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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 15 min 16 sec

Rejet de l'article 13 : le Parlement européen à nouveau garant des libertés ?

lun, 03/25/2019 - 11:22

Mardi 26 mars, entre 12 h 30 et 14 h 30, un vote historique aura lieu en séance plénière du Parlement européen. Les membres élus de cette institution devront en effet se prononcer pour ou contre la directive droit d'auteur ainsi que sur certains amendements dont plusieurs de suppression de l'article 131. L'April appelle l'ensemble des parlementaires à voter en faveur de ces amendements pour un rejet politique franc et massif de la généralisation des systèmes de filtrage automatisé. Comme le rejet d'ACTA en son temps, l'institution européenne doit ici confirmer son rôle de garante des libertés fondamentales.

À l'occasion de l'assemblée générale de l'April, les membres présents ont interpellé les parlementaires avec un message simple : « non à l'article 13 ». Une lettre, signée du président de l'association Jean-Christophe Becquet, a été transmise aux personnes élues pour leur communiquer celui-ci et les appeler à leur responsabiltié.

Pour résumer l'enjeu en quelques mots : l'article 13 préconise de fait la généralisation du filtrage automatisé rendu de facto obligatoire par une responsabilisation disproportionnée des plateformes de partage sur les contenus publiés par leurs utilisateurs et utilisatrices. Avec pour seuls garde-fous des injonctions contradictoires et hors-sol. Un système qui porte en lui un risque substantiel de sur-blocage et de censure.

Face à ce vote crucial l'April reste donc mobilisée jusqu'au bout et appelle chacune et chacun à faire de même pour contacter et convaincre une majorité absolue de parlementaires de se montrer à la hauteur de l'enjeu et de voter pour la suppression de l'article 13 !

Comment agir ?

Le site pledge2019 offre un outil simple et gratuit pour appeler les législateurs, et propose une vidéo très réussie pour expliciter les dangers de l'article 13. Pour un argumentaire plus détaillé, juridiquement notamment, nous vous invitons également à prendre connaissance de cette excellente vidéo (20min) de Maxime Lambrecht.

La campagne pledge2019 s'affiche comme complémentaire à celle, plus ancienne mais toujours active, de saveyourinternet.eu qui propose de nombreuses ressources argumentaires ainsi qu'une liste des parlementaires, avec informations de contact et position sur l'article 13 lors du vote du 12 septembre 2018 préalable aux négociations interinstitutionnelles.

Après des mois d'une campagne intense qui est montée en puissance depuis la fin du « trilogue » en février 2019, une victoire politique fondamentale pour les personnes qui défendent les libertés en ligne, notamment pour une meilleure considération des auteurs et autrices, est plus que jamais accessible. Ne lâchons rien à l'aune d'un vote historique !

  • 1. Dans le texte issu de négociations interinstitutionnelles, sur lequel portera le vote, l'article 13 est devenu article 17. Les deux numérotations seront précisées dans le suivi des votes, il n'est dès lors pas nécessaire de préciser systématiquement ce changement. L'April continue à utiliser la mention « article 13 » sur laquelle s'est construite une impressionnnante mobilisation.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (26 mars 2019) - Civic tech - Jouons collectif - Directive droit d'auteur

jeu, 03/21/2019 - 14:47
Début: 26 Mars 2019 - 15:30Fin: 26 Mars 2019 - 17:00

(Ré)-écouter en ligne --> Lire la transcription

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La dix-huitième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 26 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

Notre sujet principal portera sur les civic tech et le logiciel libre avec Caroline Corbal de Code for France et Emmanuel Raviart, développeur logiciel libre. Nous aurons également la chronique de Vincent Calame (« Jouons collectif »). Nous ferons un point sur la proposition de directive sur le droit d'auteur suite au vote prévu au Parlement européen le 26 mars à 12h.

Écouter le direct mardi 26 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

Liens utiles Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Journée d'action contre la censure automatisée le 21 mars 2019

jeu, 03/21/2019 - 10:31

Le site de l'April ainsi que le site de notre Chapril sont passés au noir ce mardi 21 mars 2019 en protestation contre l'article 13 de la directive droit d'auteur qui sera voté au Parlement européen lors de la plénière du 26 ou 27 mars 2019.

Cet article imposerait le filtrage automatisé de l'ensemble des contenus circulant sur les plateformes de partage. Une mesure profondément liberticide.

Vous pouvez agir en appelant les parlementaires à adopter les amendements de suppression de l'article 13 !

Liens utiles :

#SaveYourInternet

Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 19 mars 2019 sur radio Cause Commune - Logiciels libres pour l’image et la vidéo, Transcriptions, Directive droit d’auteur

mar, 03/19/2019 - 15:00

Nous avons commencé par la troisième chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi. Nous avons enchainé avec notre sujet principal qui portait sur les logiciels libres pour l'image et la vidéo avec Lionel Allorge, Jehan Pagès et Charlotte Boulanger. Nous avons poursuivi par un point sur la proposition de directive droit d'auteur avec Anne-Catherine Lorrain conseillère politique à la commission parlementaire affaires Juridiques (JURI) au Parlement européen pour le groupe des Verts européens. Nous avons terminé par diverses annonces.

(Ré)-écouter en ligne    --> Écouter le direct mardi 19 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

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    --> toc_collapse=0; Sommaire 
    1. Podcasts des différents sujets abordés
    2. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
    3. Programme de l'émission du 19 mars 2019
    4. Personnes participantes
    5. Références pour la partie chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »
    6. Références pour la partie sur les logiciels libres pour l'image et la vidéo
    7. Références pour la partie sur la proposition de directive sur le droit d'auteur
    8. Référence pour la partie annonces
    9. Pauses musicales

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h.

    N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

    Programme de l'émission du 19 mars 2019

    La dix-septième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 19 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h.

    Au programme :

    • chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi
    • les logiciels libres pour l'image et la vidéo avec Lionel Allorge, Jehan Pagès et Charlotte Boulanger
    • point sur la proposition de directive droit d'auteur avec Anne-Catherine Lorrain conseillère politique à la commission parlementaire affaires Juridiques (JURI) au Parlement européen pour le groupe des Verts européens
    • diverses annonces.
    Personnes participantes

    Les personnes qui ont participé à l'émission :

    • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
    • Étienne Gonnu, chargé de missions affaires publiques à l'April
    • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe de travail Transcriptions
    • Lionel Allorge, ancien président de l'April
    • Charlotte Boulanger, graphiste, Ubuntu-Fr, Cause Commune
    • Jehan Pagès, bénévole associatif (LILA/ZeMarmot, développeur bénévole GIMP, et ingénieur CNRS du Pôle Image GREYC
    • Anne-Catherine Lorrain conseillère politique à la commission parlementaire affaires Juridiques (JURI) au Parlement européen pour le groupe des Verts européens
    Références pour la partie chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » Références pour la partie sur les logiciels libres pour l'image et la vidéo Références pour la partie sur la proposition de directive sur le droit d'auteur Référence pour la partie annonces Pauses musicales

    Les références pour les pauses musicales :

    Décryptualité du 18 Mars 2019 - Les 30 ans du web

    mar, 03/19/2019 - 01:09

    Écouter ou télécharger le décryptualité du 18 mars 2019 (15 minutes)

      Le web a 30 ans. C'est quoi le web ? Est-ce que c'était mieux avant ?
      Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

     Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

    Participation de Véronique Bonnet aux états généraux du numérique. Table ronde : Défendre l'Europe des libertés numériques contre l'économie de la surveillance. Espace Niemeyer. Place du colonel Fabien.

    lun, 03/18/2019 - 22:10
    Début: 22 Mars 2019 - 16:00Fin: 22 Mars 2019 - 18:00

    L'April, Association francophone pour la défense et la promotion du logiciel libre, mène, depuis 22 ans, un travail de veille pour que soit respectée l'autonomie des personnes, leur vie privée, la liberté d'utiliser, étudier, améliorer, copier les logiciels, redistribuer des copies améliorées. Voulant faire prévaloir une informatique de l'émancipation, elle s'inscrit dans une articulation entre informatique libre et société libre. Sa participation à une table ronde qui oppose libertés numériques et économie de la surveillance correspond à son cœur de métier : être force de vigilance et de proposition pour l'autonomie de l'utilisateur dans toutes ses dimensions.
    Table ronde : "Défendre une Europe des libertés numériques face à
    l'économie de la surveillance"
    http://www.egrn.fr/defendre_une_europe_des_libertes_numeriques
    Le programme des 22 et 23 mars 2019.
    http://www.egrn.fr/

    Les données personnelles - Décryptualité du 10 mars 2019

    lun, 03/18/2019 - 17:11


    Titre : Décryptualité du 10 mars 2019 - Les données personnelles
    Intervenants : Manu - Luc
    Lieu : April - Studio d'enregistrement
    Date : 10 mars 2019
    Durée : 15 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Revue de presse pour la semaine 10 de l'année 2019
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Secure Cloud, Blue Coat Photos Flickr, credit - Licence CC BY-SA 2.0
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Description

    Les données personnelles, pourquoi et comment s'assurer de leur pérennité et leur sécurité.

    Transcription

    Luc : Décryptualité.

    Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

    Luc : Semaine 10. Salut Manu.

    Manu : Salut Luc.

    Luc : Eh bien on n’est que tous les deux cette semaine.

    Manu : Eh oui, en comité restreint.

    Luc : C’est toujours les meilleurs qui sont là !

    [Rires]

    Manu : On va dire ça ! On va dire ça ! Allez, vas-y, démarre sur le sommaire.

    Luc : Nouvelle République, « De l'oxygène pour les 30 ans du web », de Agnès Aurousseau.

    Manu : Ça parle du Web parce qu’on le fête en ce moment. Tim Berners-Lee, son créateur officiel, est fêté dans la foulée. Mais on parle aussi de tout ce qui se passe de pas bien sur Internet et dieu sait qu’il y en a. Il y a des bonnes choses, le logiciel libre en fait partie, la collaboration globalement. Il y a quelques articles qui sont sortis cette semaine sur le sujet.

    Luc : Dieu ! Tu veux dire Tim Berners-Lee ? C’est ça ?

    Manu : Tim Berners-Lee lui-même. Sire Tim Berners-Lee.

    Luc : LeBigData, « Apache Software Foundation : tout savoir sur l’ASF et ses projets Big Data », un article de Bastien L.

    Manu : Plutôt intéressant. Un article qui parle justement d’une fondation, un peu comme la FSF, qui fait plein de logiciels pour Internet.

    Luc : FSF, Free Software Foundation qui défend le logiciel libres.

    Manu : Et là c’est l’Apache Software Foundation et ce n’est pas tout à fait la même philosophie de travail. C’est intéressant, mais ils font plein, plein de choses.

    Luc : Basta!, « Grand débat: pourquoi la plateforme de consultation en ligne est vivement critiquée pour son opacité », un article de Rachel Knaebel.

    Manu : C’est pire que de l’opacité, c’est qu’en plus c’est du logiciel privateur, alors que la boîte qui est derrière, une petite start-up, avait promis à une époque de le mettre en logiciel libre. Donc il y a plein de choses à discuter là-dessus. Pourquoi est-ce que l’État passe par cette entreprise qui fait du logiciel privateur alors qu’il y a d’autres alternatives, notamment il y a des Espagnols qui font des choses qui ont l’air intéressantes ?

    Luc : On se demande bien pourquoi ! usine-digitale.fr, « 8 questions (et leurs réponses) que vous devriez vous poser sur la "taxe Gafa" », un article de la rédaction.

    Manu : La taxe GAFA, je pense que ça va être un sujet qui va durer. C’est la France qui, pour une fois, est courageuse et qui dit : « On va taxer les grandes entreprises d’Internet », parce que d’habitude elles passent en dehors de la taxation, donc c’est un petit peu choquant. Il y a du travail et puis surtout il y a des questions, parce que c’est assez flou.

    Luc : C’est un sujet de fond.Next INpact, « Edward Snowden s’oppose à l’article 13 de proposition de directive sur le droit d’auteur », un article de la rédaction.

    Manu : Snowden on le connaît et il défend encore la liberté, notamment contre l’article 13 qui est en train d’être mis en place soi-disant pour le droit d’auteur en Europe.

    Luc : J’en profite pour rappeler que la famille qui avait hébergé et caché Edward Snowden à Hong-Kong, qui étaient des immigrés là-bas, est sérieusement dans la merde. Edward Snowden a appelé plusieurs fois à donner des sous pour les aider, pour leur payer des avocats et des trucs comme ça. Si vous êtes reconnaissant à Snowden, autant aider les gens qui l’ont aidé.
    Educavox, « Les défis éthiques de l’identité numérique », un article d’Armen Khatchatourov et Pierre-Antoine Chardel.

    Manu : Ça parle de données, notamment, et de RGPD, le Règlement général de la protection des données. La vie privée est en jeu, c’est très compliqué, et il y a plein d’enjeux éthiques autour de cela. C’est à creuser, encore une fois.

    Luc : Developpez.com], « Le verrouillage radio de l’UE rendrait impossible l’installation de logiciels alternatifs sur les smartphones, routeurs Wifi », un article de Stan Adkens.

    Manu : Encore une initiative européenne qui ne nous enchante guère. En gros, au nom du contrôle des ondes radio, eh bien il est question d’imposer des logiciels, probablement propriétaires, sur tous nos appareils qui peuvent faire de la radio. C’est embêtant, notamment sur nos téléphones.

    Luc : Le sujet de la semaine on l’a annoncé la semaine dernière, c’est Marcos, un auditeur, qui nous a suggéré de parler de données personnelles et de conservation des données personnelles.

    Manu : Gros sujet, vaste sujet.

    Luc : Oui. Déjà, une donnée personnelle, c’est quoi exactement ?

    Manu : C’est ce qu’on accumule autour de nous, au cours de notre vie. Ce sont toutes les traces numériques qu’on a laissées, les photos qu’on a créées et qui nous contiennent ; les textes qu’on a faits ou qui parlent de nous ; les enregistrements sonores qui nous concernent et toutes nos possessions numériques.

    Luc : Également toute notre paperasse : nos feuilles de paye, toutes ces choses-là.

    Manu : Relevés d’identité bancaire, les copies de nos documents d’identité éventuellement.

    Luc : D’autant plus que tout ça s’informatise de plus en plus.

    Manu : C’est la dématérialisation et moi je trouve ça très bien.

    Luc : Donc effectivement, il y a cette vraie question de comment on fait pour gérer ses données personnelles, à la fois pour ne pas les perdre, également pour ne pas se les faire piquer ?

    Manu : Ce sont deux objectifs qui sont contradictoires !

    Luc : C’est un vrai sujet. Bien souvent il y a plein de gens qui ne les gèrent pas du tout au final.

    Manu : Moi j’ai un cas, Mag qu’on connaît bien et qui participe souvent au podcast, on a parlé avec elle du sujet, eh bien en gros sa stratégie c’est qu’elle s’en fiche. Elle ne conserve presque rien.

    Luc : Du coup ses fiches de paye, tout ça et tout ?

    Manu : Elle a sous format papier à sa librairie puisqu’elle est sa propre patronne. Donc les fiches de paye qu’elle a émises c’est la librairie qui les garde pour elle, ses relevés d’identité bancaire [relevés de comptes bancaires, NdT], elle en a des versions papier qui sont stockées dans différents papiers.

    Luc : Donc tout papier.

    Manu : Tout papier ! Et en numérique, quand elle change d’ordinateur je la vois faire de temps en temps, eh bien elle s’en fiche, elle ne copie rien d’un ordinateur à l’autre. Elle se base sur des boîtes mail, les boîtes mail qui lui sont fournies par différentes associations ou par son entreprise, eh bien c’est là-dedans que finalement il y a des données dont elle peut avoir besoin à nouveau et elle va piocher dans ses anciens mails, faire un peu d’archéologie personnelle.

    Luc : Ça, gérer ses données personnelles par mail, c’est une mauvaise habitude !

    Manu : Qu’on ne partage pas du tout, toi et moi !

    Luc : Moi jamais je ne fais ça, jamais, jamais !

    Manu : Jamais, jamais !

    Luc : Toi non plus.

    Manu : Non bien sûr !

    Luc : On est responsables, on est organisés.

    Manu : On stocke tout sous forme propre.

    Luc : On est irréprochables.

    Manu : Mais le stockage de quelques infos dont on a besoin, les stocker sur sous forme e-mails, ça marche bien. Moi j’ai même stocké des contacts avec d’anciens collègues, par exemple, sous forme d’e-mails. Je remonte dans un historique d’échanges et je peux retrouver comme ça avec qui j’ai discuté, de quoi, c’est plus facile que d’avoir tout noté sur un papier.

    Luc : Oui. Après il faut retrouver les e-mails quand ils sont un petit vieux. Les moteurs de recherche dans les logiciels d’e-mails ne sont pas toujours très efficaces. Même des grands spécialistes de l’exploitation des données comme Google — j’ai arrêté Gmail il y a quelques années —, mais j’ai pu expérimenter le fait que le moteur de recherche de Google est loin d’être aussi performant qu’on veut bien le croire.

    Manu : Et exhaustif.

    Luc : Et exhaustif. Il y a des mails que je n’ai pas retrouvés alors que j’avais des mots clefs extrêmement précis, que j’ai retrouvés par d’autres biais et j’ai pu vérifier que le mot clef précis était bien dans le mail, que je ne m’étais pas trompé, que ma mémoire ne m’avait pas fait défaut. C’est une des faiblesses, déjà il faut s’en souvenir. Ce n’est pas une méthode de classement très efficace. Surtout avec ma mémoire ! Donc même Google, qui sont censés être champions absolus de la recherche d’informations, eh bien ils perdent des mails !

    Manu : Ils les perdent, c’est-à-dire qu’ils ne les ont pas indexés, ils ne te permettent pas de les retrouver facilement, mais ils sont probablement quelque part dans le stock.

    Luc : Oui. Quand on a perdu quelque chose c’est toujours quelque part en général !

    Manu : Oui. Mais tu pourrais les avoir effacés. C’est ça la petite chose des données personnelles, c’est que quand on les a effacées, qu’on ne les a plus du tout sur aucun support, qu’on n'avait éventuellement pas dupliqué, ça peut être embêtant. Par exemple perdre ses fiches de paye ça peut être embêtant à long terme si on veut revendiquer des droits et qu’on n’a plus du tout de traces. À un moment donné on est obligé de redemander à celui qui les a émises. À certaines époques les fiches de paye étaient tout simplement perdues si on ne les avait pas sous format papier avec soi.

    Luc : Aujourd’hui c’est informatisé et normalement stocké quelque part.

    Manu : On peut s’y attendre, mais je crois qu’il y a encore des requis de conservation sous une forme ou une autre pendant un certain nombre d’années et que les fiches de paye font partie des choses qu’on recommande de garder à vie. Les factures, les relevés de comptes bancaires par contre eux ont des durées de stockage requises plus courtes, genre cinq ans, trois ans, des choses comme ça.

    Luc : Si on veut faire mieux que mettre ses données dans son mail, comment on fait pour stocker, archiver, etc. ? Toi tu fais comment par exemple ?

    Manu : Moi j’ai un système qui n’est pas hyper-compliqué. J’ai un répertoire sur mon disque dur.

    Luc : Ton disque dur il est où ?

    Manu : Sur mon ordinateur portable perso et dans ce répertoire j’ai un classement par catégories et ensuite, à l’intérieur, je classe tout par année, mois, jour. Tous les fichiers sont renommés en année, mois, jour. Je garde le fichier sous son format original. On va en reparler, ça peut être déjà en soi un peu compliqué, mais je stocke tout, donc catégorie et ensuite année, mois jour, ça me permet de bien classer tout, proprement et ça, ça me va.

    Luc : Supposons que demain il y a un type qui te vole ton ordinateur et qui se barre en courant avec. Elles sont où tes données ? Tu es foutu du coup, tu as tout perdu !

    Manu : J’ai deux autres stockages. J’ai un stockage sur une machine virtuelle dans le nuage internet. Sur cette machine virtuelle, je reproduis ce répertoire régulièrement et j’ai un stockage sur un disque dur externe. Je compte sur ces trois environnements pour pouvoir m’y retrouver en cas de rupture de mon ordinateur. Je touche du bois, je croise les doigts, ça ne m’est pas encore arrivé, je n’ai jamais perdu un disque dur d’ordinateur comme ça du jour au lendemain ; j’ai toujours eu le temps, avant qu’il arrive quelque chose de transférer.

    Luc : J’ai dit le truc du vol, mais après il peut cramer, c'est possible.

    Manu : Ça oui. Et dedans je garde des trucs qui datent de mon collège. Les premiers programmes informatiques que j’avais, je les ai encore dedans et je compte les garder ad vitam æternam.

    Luc : Toi tu es un vrai conservateur !

    Manu : Il y a un terme pour les gens qui conservent tout, qui ne jettent rien, mais mon travail c’est informaticien, je veux garder l’information. C’est la base ! C’est la nécessité. Il y a un problème qui va avec ça, c’est comment et surtout avec quel choix de format on garde tout ça et ça m’embête bien parce que je ne suis pas certain à 100 % que les logiciels que j’utilisais lorsque j’étais au collège fonctionnent encore aujourd’hui.

    Luc : Il y a à la fois les formats et les disques durs. Parce que si on met un truc sur un disque dur d’il y a 10 ans, 15 ans ou 20 ans.

    Manu : Ou sur une disquette, c’est pire encore !

    Luc : Ou sur une disquette, pire encore, on n’est pas sûr que le truc, la disquette survive très longtemps. Et puis si le disque dur a une durée de vie plus importante est-ce qu'on va encore trouver des prises compatibles pour le brancher ? Ça veut dire que ces données-là il faut les faire vivre, il faut les transvaser régulièrement sur des nouveaux supports qui sont technologiquement valides. Ce qui fait que si ce sont des archives qu’on oublie dans un coin, on a toutes les chances de les perdre.

    Manu : Ça, ça va être inévitable.

    Luc : Après ça, il y a l’autre problème qui est purement logiciel. Effectivement les vieux formats qui avaient cours il y a 15, 20 ans, etc., est-ce qu’on est capable de les lire maintenant ? Est-ce qu’on sera capable de les lire dans 50 ans ? On n’en sait pas grand-chose.

    Manu : Ce n’est pas garanti, surtout s’il s’agit de logiciels qui ne sont pas des logiciels majeurs. On peut s’attendre à ce que Word soit encore lisible dans 50 ans, j’ai assez confiance là-dedans.

    Luc : Mais il y a 12 000 versions !

    Manu : C’est un problème en soi.

    Luc : Moi j’ai déjà essayé de relire des trucs que j’avais faits dans ma vingtaine…

    Manu : Avec Word ?

    Luc : Avec Word. En utilisant le Word qu’on me force à utiliser au travail, du Word 2 ne passait pas. Tu pouvais installer un petit logiciel, donc un petit complément fourni par Microsoft, mais il faut le savoir. Il y a plein de gens qui ne savent pas que ce truc existe et puis il existera jusqu’à quand ? Est-ce qu’un jour ils ne vont pas dire « il y en a ras le bol, nous ça ne nous intéresse pas ! »

    Manu : Il existe une alternative qu’on connaît tous les deux, qui marche assez bien généralement parce qu’ils ont dû batailler avec les formats de Microsoft, c’est LibreOffice1 qui est connu pour ses formats, pour ses filtres d’import.

    Luc : Oui mais pareil. Dans x décennies, à un moment ils vont peut-être dire « on ne va pas dépenser les maigres moyens qu’on a à être compatibles avec des trucs antédiluviens. »

    Manu : Et ça, ça concerne les logiciels Microsoft qui sont ou qui étaient la plus grosse entreprise au monde et donc ces logiciels-là on peut s’attendre à ce qu’il y ait plein de gens qui aient un intérêt à garder le format et une compatibilité dans le format. Mais d’autres logiciels un peu plus obscurs, qui auront été utilisés juste par quelques entreprises ou dans un pays en particulier, il y a encore moins de certitude que les données seront lisibles.

    Luc : Tout à fait ! Et même d’une version à l’autre. Parce qu’ils peuvent faire une une version, une mise à jour du logiciel, le format n’est plus lisible parce que pff ! ils s’en foutent !

    Manu : Il y a des entreprises qui sont concernées par cette problématique-là, des grosses boîtes comme Boeing et Airbus. Les plans des avions doivent pouvoir être lisibles 50 ans après. Donc eux ont des problématiques de conserver tout ce qui fonctionnait à l’époque. Eux ce ne sont pas des données personnelles, loin de là, mais cette problématique touche tout le monde à un niveau ou à un autre.

    Luc : On a aussi les services fournis par des banques notamment, avec les coffres-forts informatiques ou numériques.

    Manu : Coffres-forts numériques.

    Luc : Est-ce qu’on peut faire confiance à ces trucs-là ?

    Manu : Moi j’aurais tendance à dire qu’on fait déjà confiance aux banques avec notre argent, ce qui me paraît quand même important !

    Luc : Une confiance relative quand même.

    Manu : Il faut que ce soit relatif, c’est nécessairement relatif. Mais si on fait confiance à une banque avec notre argent, ça me parait logique qu’on puisse faire confiance à la banque aussi avec des données personnelles. Donc mettre ses fiches de paye sur sa banque ça ne me paraît idiot.

    Luc : L’informatique bancaire n’a pas une très bonne réputation.

    Manu : Ça peut être une qualité parce que, effectivement, ils sont rarement au goût du jour, mais ça veut aussi dire qu’ils sont capables de gérer le temps qui passe, normalement.

    Luc : On a aussi cette problématique, moi je l’ai dans mon boulot par exemple. Mon boulot a mis en place un coffre-fort électronique, du coup mes fiches de paye arrivent là-bas. Moi j’ai un autre coffre-fort électronique à la poste. Donc j’ai deux coffres-forts électroniques. Il y a ce risque de voir la multiplication des coffres-forts, du coup on ne va plus savoir où on a ses données. Là encore il y a du boulot pour les transvaser, s’assurer qu’on n’a pas simplement perdu des trucs dans un coin quelque part.

    Manu : Et tu as confiance dans le fait que certes, ils vont les conserver, mais aussi qu’ils ne vont pas les partager avec la NSA par exemple, l’Agence américaine par essence qui conserve tout.

    Luc : On n’en sait rien. C’est toute la problématique. C’est pour ça que c’est important d’être maître de ses données, c'est qu'on n’est jamais sûr. Il y a aussi toujours le risque de se faire pirater ses données. On se dit qu’est-ce qu’il va faire avec mes photos, etc. Avec des données personnelles il y a l’usurpation d’identité qui vraiment, quand ça tombe sur quelqu’un ! J’ai un collègue à qui c’est arrivé. C’est très chiant !

    Manu : Moi j’ai perdu 4000 euros.

    Luc : Toi tu as perdu 4000 euros.

    Manu : Je les ai récupérés plus tard. La banque a bien vu qu’ils s’étaient trompés dans leur procédure. Mais il y a eu 4000 euros, quelqu’un s’était pointé dans une agence avec un passeport qui me correspondait.

    Luc : Ces problématiques sont présentes. Et avec les données persos, ce qui est intéressant aussi, c’est que leur valeur est relative aux personnes. Mag ne garde rien, toi tu gardes tout. On peut avoir une valeur sentimentale pour les choses. Moi j’ai souvenir, lors d’une animation, avoir croisé une dame qui voulait récupérer une vidéo de sa mère dans son iPad ; elle n’arrivait pas à la sortir, je ne sais plus si c’est parce que l’iPad ne marchait pas bien ou si c’est parce que c’est mal branlé parce que Apple n’a pas envie que les gens sortent leurs infos et préfère que tout reste dans son univers.

    Manu : Dans son petit jardin.

    Luc : Le fait est que sa mère était très malade, qu’il ne lui en restait plus pour très longtemps, et que pour elle cette vidéo était essentielle parce que c’était un des derniers souvenirs qu’elle allait garder de sa mère.

    Manu : Il va rester cette problématique-là : qu’est-ce qu’on laisse en héritage une fois qu'on est passé de vie à trépas ? Comment on s’assure que les données qu’on a générées seront encore accessibles ou, au contraire, qu’elles seront effacées ? Ça reste compliqué ça aussi.

    Luc : Eh oui, parce qu’il y a des traces qu’on n’a peut-être pas envie de laisser. On a peut-être des choses, une vie secrète et des trucs dont on n’est pas fier.

    Manu : Tu es Batman ?

    Luc : Non je suis Robin. On a peut-être des trucs dont on n’a pas envie que ce soit dans notre héritage. Et si on meurt du jour au lendemain comme ça, paf ! dans un accident, eh bien ces choses-là sont potentiellement accessibles. Ce n’est peut-être pas le souvenir qu’on a envie de laisser à nos proches.

    Manu : D’ailleurs, je dirais qu’il faut laisser à quelqu’un un accès aux données personnelles qu’on a, qui peuvent être nécessaires ou utiles à quelqu’un d’autre. Il ne faut pas que seul le dirigeant de l’entreprise possède les accès à un serveur de données de l'entreprise, par exemple.

    Luc : Oui. Ça nous rappelle une petite histoire récente : il y a un service, une sorte de banque en ligne pour une cryptomonnaie qui n’est pas le bitcoin mais une autre, peu importe.

    Manu : L’équivalent.

    Luc : Voilà. Le gars qui avait le mot de passe est mort subitement et il était le seul à avoir le mot de passe ; donc ils ont l'équivalent de 200 millions de dollars qui sont coincés dedans, de tous leurs clients.

    Manu : Je crois qu’ils ont réussi déchiffrer, tu n’as peut-être pas suivi le dernier truc et il semblerait que les dollars avaient été perdus avant. On ne sait pas exactement ce dont il s’agit, mais il y a des rebondissements dans cette histoire. Ça n’empêche que la mort subite de quelqu’un a bloqué un accès parce qu’il était le seul à posséder cet accès.

    Luc : Donc il y a cette question. Nos données personnelles sont aussi les données de nos proches au final. Donc il faut penser à leur sécurité, à leur pérennité, également à leur effacement quand on souhaite effacer des choses. Donc il n’y a pas de méthode parfaite.

    Manu : Non.

    Luc : Si ce n’est, au moins, de ne pas avoir tout au même endroit et réfléchir à ce qu’il n’y ait pas un point…

    Manu : Un point où ça peut tout être détruit d’un coup, il n’y a plus aucune trace.

    Luc : Ou perdre complètement le contrôle, si on a tout dans son mail et quelqu’un arrive à pirater notre mail, eh bien notre vie est partie et c’est lui qui la contrôle. Sujet intéressant. Merci à Marcos de nous l’avoir proposé et on se retrouve la semaine prochaine.

    Manu : À la semaine prochaine.

    Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 12 mars 2019

    lun, 03/18/2019 - 14:38


    Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 12 mars 2019 sur radio Cause Commune
    Intervenants : Jean-Christophe Becquet - Arthur Messaud - Martin Drago - Étienne Gonnu - Louis-David Benyayer - Frédéric Couchet
    Lieu : Radio Cause Commune
    Date : 12 mars 2019
    Durée : 1 h 30 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Page des références utiles concernant cette émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc n’hésitez pas à utiliser votre navigateur web préféré, rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, et vous cliquez sur « chat ».
    Nous sommes mardi 12 mars 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être un podcast ou une rediffusion.

    Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, son délégué général.
    En régie mon collègue Étienne Gonnu est présent. Bonjour Étienne.

    Étienne Gonnu : Salut Fred.

    Frédéric Couchet : Et je vous présenterai les invités suivants rapidement.
    Le site web de l’April c’est april.org. Vous pouvez trouver d’ores et déjà une page consacrée à l’émission du jour avec les références que nous allons citer dans l’émission, car nous préparons les émissions ! Évidemment la page sera mise à jour après l’émission, avec les références qu’on aura citées au cours de l’émission. N’hésitez pas à nous faire des retours, nous indiquer ce qui vous a plu, mais aussi des points d’amélioration. Nous vous souhaitons une excellente écoute.

    Maintenant le programme de l’émission. Nous allons commencer dans quelques secondes par une chronique de Jean-Christophe Becquet, président de l’April, intitulée « Pépites libres ». Normalement Jean-Christophe est avec nous au téléphone. Bonjour Jean-Christophe.

    Jean-Christophe Becquet : Bonjour Fred. Bonjour à tous.

    Frédéric Couchet : On se retrouve dans quelques secondes.
    D’ici une quinzaine de minutes, nous aborderons notre sujet principal qui portera sur le projet de règlement terroriste/censure sécuritaire avec nos deux invités de La Quadrature du Net, Arthur Messaud. Bonjour Arthur.

    Arthur Messaud : Salut Fred.

    Frédéric Couchet : Et Martin Drago. Bonjour Martin.

    Martin Drago : Salut.

    Frédéric Couchet : Et en fin d’émission nous aurons une interview de présentation de l’initiative Fund the Code! avec Louis-David Benyayer, initiative qui se déroule à Paris dans quelques jours.

    Tout de suite place au premier sujet. Nous allons commencer par une intervention Jean-Christophe Becquet, président de l’April. Jean-Christophe a une chronique mensuelle intitulée « Pépites libres ». Aujourd’hui je crois que tu veux nous parler de la récente annonce de Flickr concernant les photos sous licence Creative Commons et autres licences libres. Jean-Christophe nous t’écoutons.

    Jean-Christophe Becquet : Bonjour. Vous recherchez une photo pour illustrer une présentation, un article en ligne, un flyer ? Depuis 2004, la plateforme Flickr offre à ses utilisateurs la possibilité de choisir une licence Creative Commons pour leurs images et cela représente aujourd'hui en 2019, plus de 50 millions de photos pour lesquelles les auteurs ont préféré une licence libre.
    Le moteur de recherche de Flickr permet de sélectionner les photos sous licence libre, c’est-à-dire pour lesquelles la copie, l’utilisation commerciale et la modification sont autorisées. Cela recouvre trois licences Creative Commons : la CC BY avec 35 millions de photos, la CC BY-SA avec 21 millions de photos et la CC0, 1 million de photos. À cela s’ajoutent les œuvres du domaine public, encore 3 millions de photos. Alors la prochaine fois que vous aurez besoin d’une image, pensez à cet outil. Trouvez la photo qui vous convient, copiez-la, modifiez-la, intégrez-la dans votre composition mais surtout, n’oubliez pas de créditer l’auteur !
    Les nouvelles conditions d’utilisation de la plateforme suite au rachat par SmugMug entrent effectivement en vigueur aujourd’hui. Certaines photos vont être supprimées sur les comptes qui dépassent les nouveaux quotas pour les utilisateurs qui n’ont pas souscrit à un abonnement payant. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’entreprise s’est engagée à n’effacer aucune photo sous licence Creative Commons. « Nous voulons nous assurer de préserver ces œuvres […] pour quiconque pourrait en bénéficier » a déclaré Andrew Stadlen vice-président produit chez Flickr avant d’ajouter : « Nous savons que le coût de stockage et de diffusion de ces images est largement compensé par la valeur qu’elles représentent pour tout le monde ».
    Cette décision est saluée par Creative Commons ainsi que par la fondation Wikimedia qui voit là : « une annonce fantastique pour celles et ceux qui s’intéressent à l’avenir de la connaissance libre ». Il existe d’ailleurs un outil sous licence GPL pour transférer des photos depuis Flickr vers Wikimedia Commons : Flickr to Commons.

    Le Web fête aujourd’hui ses 30 ans d’existence. L’arbitrage de Flickr en faveur des images sous licence Creative Commons pour cette fois ne doit pas nous faire oublier les dangers de la centralisation croissante du réseau. Un moyen de contribuer à la pérennité des ressources libres consiste à les disséminer telles des graines de créativité qui ne demandent qu’à germer pour éclore sous la forme de nouvelles réalisations. Alors pour les faire vivre, devenons tous les acteurs d’un Web libre et ouvert : copions, partageons, adaptons et réutilisons, enrichissons, bref contribuons !

    Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Peut-être pour préciser la décision de Flickr – on reviendra après sur la partie centralisation contre décentralisation –, si je comprends bien Flickr a annoncé récemment un changement dans son mode de fonctionnement, notamment d’abonnement, avec des quotas. Donc les personnes qui ne passaient pas à l’abonnement payant avaient jusqu’au 12 mars, aujourd’hui, pour supprimer des photos pour descendre sous un quota, je ne sais plus combien c’est de photos, combien de mégas, mais peut-être que tu le préciseras.

    Jean-Christophe Becquet : C’est 1000 photos, je crois, par utilisateur.

    Frédéric Couchet : Donc 1000 photos par personnes qui utilisait les services de Flickr. Il y a une exception qui a été mise en place suite visiblement à des discussions, on peut quand même supposer, avec l’organisation de Creative Commons. Flickr a mis cette exception, ça a été annoncé il y a trois semaines, un mois à peu près.

    Jean-Christophe Becquet : Oui, c’est tout récent. La première annonce, en fait, ne portait que sur les photos mises en ligne avec des contraintes de date et là, récemment, ils ont élargi l’annonce en disant que quelle que soit la date de mise en ligne des photos, dès lors qu’elles sont sous licence Creative Commons, ils s’interdisent de les supprimer.

    Frédéric Couchet : D’accord. Ça signifie pour les personnes qui utilisent Flickr aujourd’hui et qui ne souhaitent pas passer à l’abonnement payant et rester, ne pas subir ce quota, soit c’est de supprimer des photos, soit c’est d’en profiter pour diffuser leurs photos sous des licences libres Creative Commons, comme tu l’as dit, Partage à l’identique par exemple. C’est aussi une bonne occasion, peut-être, pour sensibiliser ces personnes au fait que quand elles mettent en ligne des photos, si elles ne précisent pas les conditions de réutilisation, les gens, par défaut, normalement n’ont pas de droit d’usage. Donc c’est important de préciser ce droit d’usage.
    Ça se termine aujourd’hui 12 mars. Je suppose que c’est le 12 mars au soir que ça va se terminer.

    Jean-Christophe Becquet : Oui. Je pense que les photos vont être effacées dans la journée, peut-être même avec un délai technique qui se prolonge dans les jours qui viennent. En tout cas l’entrée en vigueur des nouvelles conditions c’est aujourd’hui.
    On peut se réjouir à double titre. D’une part parce que les photos existantes pour lesquelles les auteurs ont choisi des licences Creative Commons seront préservées, donc on a une pérennité de cette ressource de plusieurs millions de photos et, d’autre part, effectivement comme tu l’as dit, je pense que cette annonce aura des vertus pédagogiques et permettra aux personnes qui mettent en ligne des photos sur Flickr au moins de se poser la question de la licence et, du coup, d’aller voir. D’ailleurs Flickr n’est pas mal fait de ce point de vue-là : ils explicitent la signification de chaque licence et des différentes clauses des licences Creative Commons, donc on peut supposer que ça encouragera des personnes à faire le choix d’une licence libre. Effectivement c’est un paradoxe : souvent les gens partagent en ligne des photos, les mettent en accès public, et oublient que si elles ne disent rien, comme tu l’as dit, eh bien tout est interdit. Donc les licences libres dont certaines licences Creative Commons que j’ai citées, la CC BY, BY-SA, CC0, permettent explicitement de donner des droits d’utilisation, de copie, de réutilisation sur les images qu’on partage en ligne.

    Frédéric Couchet : Important de préciser c’est y compris pour des usages commerciaux. Je le précise parce que dans le cadre de l’émission on diffuse des musiques qui sont sous ce type de licence. La pause musicale d’après c’est une artiste qui justement a écrit il y a quelques années un article pour expliciter pourquoi elle avait choisi ces licences Creative Commons, en l’occurrence elle c’est la CC BY avec réutilisation à usages commerciaux. Ce sont souvent des choses qui choquent les gens, en tout cas qui les questionnent. Les licences que tu as citées autorisent toutes la réutilisation pour des usages commerciaux. Ça c’est aussi important à préciser dans la réflexion.
    Là on parle de Flickr, évidemment pour les personnes qui utilisent ce site c’est plutôt une bonne décision. Par contre ne peut pas s’empêcher de penser, de préciser quand même que l’annonce de Flickr, que l’engagement de Flickr, il n’y a que Flickr qui peut le tenir, on va le rappeler. C’est-à-dire que a minima les personnes qui utilisent ces services, on les encourage quand même à avoir une copie de leurs photos chez elles, c’est un minimum.

    Jean-Christophe Becquet : Tout à fait.

    Frédéric Couchet : Après il y a d’autres services qui existent, par exemple tu parlais tout à l’heure de Wiki Commons. La semaine dernière on avait une émission sur Wikipédia. Effectivement Commons accueille aussi des photos libres, ce n’est pas forcément les photos de tout le monde. En tout cas, comme tu l’as dit, il y a des outils qui permettent de passer des images de Flickr vers Commons. Une façon aussi de disséminer et de garantir la pérennité de ses images, c’est de les avoir sur plusieurs endroits et pas simplement uniquement sur Flickr, d’autant plus si elles sont sous licence libre, les mettre sur d’autres sites, ça peut en plus enrichir les communs. Par exemple quelqu’un qui va prendre une photo très intéressante, qui peut intéresser Commons, libre à elle de la mettre éventuellement sur Flickr, mais on l’encourage aussi à la poster sur Commons pour enrichir un commun informationnel important et qu’elle soit en plus partagée partout, dans plusieurs endroits.

    Jean-Christophe Becquet : Tout à fait.

    Frédéric Couchet : On peut aussi espérer que dans les années à venir vont se développer des outils, on va dire d’hébergement de photos décentralisés sur le même modèle que, par exemple, Mastodon aujourd’hui est une version décentralisée qui permet d’échanger du microblog versus Twitter qui est une version centralisée. Aujourd’hui il y a des outils qui sont en cours de démarrage, par exemple PixelFed, mais je ne suis pas sûr de l’état de développement actuel de PixelFed, mais qui toutes utilisent en tout cas un protocole qui s’appelle ActivityPub dont on a parlé il y a deux émissions avec Stéphane Bortzmeyer.
    Aujourd’hui on comprend que Flickr est un site assez incontournable pour beaucoup de personnes, mais on encourage les gens quand même à suivre ce qui se passe, notamment sur les outils décentralisés. Il y aussi, quand vous prenez par exemple un hébergement Web, vous avez sans doute des fournisseurs qui vous proposent d’installer une galerie de photos à base de logiciels libres. On encourage aussi les gens à aller voir du côté des Chatons de nos camarades de Framasoft, toutes les personnes qui participent au Collectif CHATONS, donc le Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires ; c’est chatons avec un s point org. C’est un ensemble de structures – l’April en fait partie ainsi que d’autres – qui proposent divers services : il y a des hébergements de fichiers, il y a des services de sondage et peut-être que certaines proposent des hébergements de photos permettant d’héberger aussi ses photos ailleurs que Flickr.
    Je rappelle que l’engagement de Flickr, même si on peut le saluer, toute la décision de changer appartient à Flickr et donc, absolument, il faut ne pas dépendre que de cette seule décision. Justement, le fait que ce soit sous licence libre le permet en plus.

    Jean-Christophe Becquet : Oui. Tout à fait. L’enjeu c’est vraiment la pérennité de l’accès à ses ressources. Utiliser la plateforme Flickr aujourd’hui, dans la mesure où la plateforme Flickr joue le jeu, ne me semble un mauvais choix, mais à la condition, comme tu l’as dit, de privilégier des copies multiples de ses photos, donc sur Wikimedia Commons lorsque la nature de la photo le permet. Wikimedia Commons n’accepte pas tous types de photos notamment les photos personnelles ou familiales n’ont pas leur place sur Commons. Par contre toutes les photos d’intérêt culturel, patrimonial, ont leur place sur Commons ; celles-ci peuvent être tout à fait dupliquées sur Commons. Ensuite, pourquoi pas effectivement, chercher d’autres hébergements sur lesquels dupliquer ses photos.
    Le principal intérêt que je vois aujourd’hui dans la plateforme Flickr c’est le moteur de recherche qui, grâce au nombre absolument énorme de photos proposées, permet de trouver de photos libres sur à peu près n’importe quel sujet, comme je le disais en introduction, pour illustrer une présentation, un cours, un article. On peut aujourd’hui sur à peu près sur n’importe quel sujet ou lieu trouver des photos sous licence libre, évidemment avec une qualité qui est variable selon les photos, selon les auteurs, mais en tout cas personnellement en tant que conférencier, formateur, j’utilise Flickr comme ressource et j’y trouve souvent mon bonheur.

    Frédéric Couchet : Écoute Jean-Christophe ça me paraît très clair. Je vais juste rajouter qu’à priori Flickr permet de rapatrier ses photos ce que ne permettent pas forcément tous les sites. N’étant pas utilisateur de Flickr je ne pourrais pas garantir que ça fonctionne absolument, mais en préparant l’émission j’avais vu qu’il y a des outils qui permettent de rapatrier ses photos, donc c’est plutôt une bonne chose.
    Je vais préciser pour finir que sur le site de l’April, dans la page consacrée à l’émission, vous retrouvez les références, donc à la fois le communiqué de Flickr, le lien vers le moteur de recherche, les réactions de Creative Commons, l’outil qui permet de passer à Flickr à Commons pour un certain nombre de photos d’utilité publique ; tout ça c’est sur le site de l’April, april.org, dans la page consacrée à cette émission. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose avant de conclure, Jean-Christophe ?

    Jean-Christophe Becquet : Juste par rapport à ce que tu viens de dire, effectivement dans les références j’ai aussi mis le lien direct vers le moteur de recherche paramétré pour chercher uniquement parmi les photos sous licence libre. Donc il suffit de cliquer sur ce lien et de taper son mot clef ou son critère de recherche pour avoir immédiatement une recherche parmi les images de Flickr, uniquement celles qui sont sous licence libre et qui satisfont les conditions de réutilisation, d’utilisation commerciale et de modification.

    Frédéric Couchet : Écoute Jean-Christophe, merci pour cette chronique et on va sans doute se retrouver le mois prochain pour la prochaine chronique.

    Jean-Christophe Becquet : Tout à fait.

    Frédéric Couchet : Nous te souhaitons de passer une belle journée. À bientôt.

    Jean-Christophe Becquet : Belle journée également. Bonne suite d’émission et rendez-vous en avril. Au revoir.

    Frédéric Couchet : Au revoir. Nous avons parlé de photos libres ; nous allons passer une musique libre. L’artiste s’appelle Kellee Maize et le morceau s’appelle Yesterday.

    Pause musicale : Yesterday par Kellee Maize.

    Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1

    Frédéric Couchet : Ça s’est coupé un petit peu abruptement, nous venons d’écouter Kellee Maize, le morceau s’appelle Yesterday. Comme je vous disais avant la pause musicale, cette artiste américaine a écrit un article, il y a quelques années, expliquant comment entrer dans le monde de la musique et l’un de ses conseils c’était de diffuser ses musiques sous licence Creative Commons BY, c’est à-dire Attribution. Évidemment la référence est sur le site de l’April, april.org.
    Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout ailleurs. Juste avant la pause nous parlions de photos libres. Maintenant nous allons aborder notre sujet long avec nos invités Martin Drago et Arthur Messaud de La Quadrature du Net. Rebonjour Martin, rebonjour Arthur.

    Martin Drago et Arthur Messaud : Rebonjour.

    Frédéric Couchet : Mon collègue Étienne Gonnu, en charge des affaires publiques, a pris place à la table pour animer cette partie de l’émission qui va porter sur le projet de règlement terroriste/censure sécuritaire. Je te passe la parole Étienne.

    Étienne Gonnu : Merci Fred. Bonjour Arthur, salut Martin. Première question : est-ce que vous pouvez nous présenter rapidement ce qu’est la Quadrature du Net ?

    Arthur Messaud : On va se répéter j’imagine. La Quadrature du Net est une association qui, depuis dix ans, lutte contre la censure et la surveillance sur Internet qu’elles viennent d’entreprises privées ou d’États. Pour faire large, ça a commencé avec les questions de droit d’auteur où on va vu les premières mesures de censure apparaître. Après, malheureusement, ça s’est étendu à des questions un peu plus tristes comme les mesures de réaction au terrorisme, aujourd’hui on va avoir la réaction à la haine ou au racisme en ligne. Des choses un peu moins fun que lutter contre ACTA ou lutter contre l’industrie musicale qui se mélange les pieds dans le tapis tout le temps. On va lutter entre autres contre le ministère de l’Intérieur et aussi contre les GAFAM qui, comme on va le voir, ne sont pas étrangers aux stratégies sécuritaires des gouvernements.

    Étienne Gonnu : Tu voulais rajouter quelque chose Martin ?

    Martin Drago : Non, Non. En ce moment peut-être qu’on essaie un peu plus de développer nos activités, enfin notre lutte un peu aussi sur les outils technologiques de surveillance dans l’espace public. Tout ce qui est reconnaissance faciale, micros, etc. C’est un peu un nouveau champ.

    Arthur Messaud : Pas que Internet.

    Martin Drago : Pas que Internet.

    Étienne Gonnu : OK. Si vous suivez nos actualités à l’April vous voyez qu’on a effectivement des similitudes dans nos champs d’action. Tu parlais de droit d’auteur, nous on est effectivement très mobilisés sur la directive droit d’auteur. Je pense qu’on reviendra un peu plus tard sur nos mobilisations et je pense qu’il y a des problématiques très similaires, du moins dans les menaces qui nous sont portées.
    Bien sûr si on vous a invités, si on a invité La Quadrature du Net, c’est sur cette mobilisation contre la proposition de « règlement relatif à la prévention de la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne », on a un bel exemple de novlangue, et qui est discutée au Parlement européen en ce moment. Là on est vraiment dans l’actualité. D’ailleurs pour celles et ceux qui suivent nos actualités nous avions signé effectivement un de vos appels en décembre 2018 contre la censure sécuritaire, ce qu’est clairement ce texte-là.
    Je pense qu’on pourra tous être d’accord pour dire que lutter contre la diffusion de contenus qualifiés de terroristes, que ce soit pour limiter la propagation, on va dire, d’appels à la commission d’actes dits terroristes du coup, ou simplement de préserver notamment les plus jeunes, on peut penser à l’exposition à certaines images très violentes, on peut considérer que, en soi, ce sont des buts légitimes de politique publique, des pouvoirs publics, mais souvent la question c’est comment on s’y prend, quelles sont les actions qu’on mène collectivement pour lutter justement sur cette problématique très complexe ? On peut se poser la question comment justement le règlement entend régler ces questions-là, adresse ces questions-là, et finalement pourquoi se mobiliser contre ce règlement dont on peut se dire qu’il porte des ambitions légitimes ?

    Arthur Messaud : Peut-être pour recadrer vis-à-vis de l’actualité. Ce règlement a été proposé par la Commission européenne en septembre 2018. On reviendra un peu plus tard sur sa genèse et pourquoi, en fait, ce n’est pas du tout un hasard qu’il soit arrivé l’année dernière. Là, depuis septembre, le texte a été négocié assez rapidement. Aujourd’hui il est devant le Parlement européen et on a un vote, un premier vote décisif le 21 mars. Voilà ! C’est dans dix jours, donc on est en plein dans l’actualité. C’est un des textes qu’on a vu avancer le plus vite dans l’Union européenne : en septembre, il y a 8 ou 9 mois, et on va avoir un texte qui est potentiellement bouclé alors qu’il a des conséquences extrêmement vastes et que tous les parlementaires qu’on a rencontrés nous disent tous qu’ils sont incapables de travailler dans des conditions raisonnables vu les délais et les délais c’est quoi pour que tout le monde comprenne ? Ce sont les élections européennes qui arrivent et tout le monde veut boucler, tout le monde veut avoir son petit trophée, sa petite médaille à agiter au moment des élections européennes en mode « regardez, on a lutté contre le terrorisme – même si on a fait n’importe quoi et qu’on ne comprend pas ce qu’on a fait –, regardez comme on est sérieux et qu’on défend l’Union européenne. »

    Étienne Gonnu : C’est sûr que l’héritage ! On le voit souvent ! Tu parles justement de la rapidité, effectivement, de la procédure. On peut préciser, parce que ceux qui suivent l’April savent que nous, par exemple sur la directive droit d’auteur, on arrive en plénière. Là, le vote le 21 mars n’est même pas encore à ce niveau-là, il est encore dans la commission JURI.

    Martin Drago : LIBE.

    Arthur Messaud : C’est LIBE [Commission des libertés civiles].

    Étienne Gonnu : LIBE, pardon ! Oui, tout à fait.

    Martin Drago : Mais c’est possible, il faut voir que c’est possible : le but du Parlement européen et de certains députés au Parlement européen c’est de le faire passer en plénière, c’est leur objectif, ce n’est pas sûr qu’ils y arriveront, mais leur objectif c’est de le faire passer en avril.

    Arthur Messaud : Le 3 avril.

    Martin Drago : 3-4 avril. En fait c’est incroyable d’avoir un texte présenté en septembre, adopté par les gouvernements en décembre et même pas quatre mois après en plénière ! C’est vraiment exceptionnel.

    Arthur Messaud : Ça ne serait qu’une première lecture. On est habitué dans les processus législatifs au Parlement à une lecture, deux lectures. Là, contrairement à la directive copyright où on arrive plutôt à la fin du processus avec éventuellement une victoire plus ou moins définitive, le règlement terroriste, quoi qu’il arrive, même si dans le mois qui vient on arrive un peu à obtenir des choses, ça ne sera qu’une partie du combat et le combat va reprendre, en fait, après les élections européennes, donc en septembre. Tout ce qu’on vous dit aujourd’hui il faudra le ressortir, se remettre aux frais. En septembre on devra repartir lutter avec un Parlement européen dont on ne connaît pas la composition politique mais dont beaucoup craignent qu’elle soit encore plus à droite qu’aujourd’hui. Et ça c’est clairement inquiétant. Donc nous, si on peut s’offrir un peu plus de temps pour débattre sur un sujet aussi grave, si en septembre on peut avoir des débats qui prennent plutôt plusieurs mois et pas juste quelques semaines, on est ravis. Mais ça sera plutôt un Parlement de droite, éventuellement, ou un Parlement très pro-Macron. On ne sait encore pas du tout où est-ce qu’on en est.

    Contrairement à la loi copyright on est encore beaucoup dans l’incertitude et le combat contre ce règlement a vraiment deux tons. Première tonalité c’est l’urgence et l’incompréhension et la deuxième ce sont des stratégies extrêmement dures à voir parce que c’est une confusion totale entre le Brexit – on en reparlera après, mais le Brexit vient semer une confusion pas possible là-dedans –, des députés qui ne savent pas de quoi ils parlent et on ne sait pas au final quand est-ce que ce texte sera adopté.
    C’est vraiment un des sujets à La Quadrature, je pense, une des luttes qu’on a eues qui est la plus confuse et, en même temps, quand on regarde le texte de près, on en reparlera, la plus dramatique. Tout ça dans ce contexte électoral qui fait que c’est très difficile à la fois de mobiliser les députés et aussi la population. On en reparlera, il y a quand même énormément de luttes variées en ce moment.

    Martin Drago : La plus compliquée aussi, parce que je trouve que c’est surtout le sujet en fait. On est souvent au Parlement européen avec Arthur et, en gros, le texte s’appelle « terrorisme » et pour combattre contre un texte comme ça c’est très difficile. Dès qu’on prend position contre un texte sur le terrorisme, du coup on peut être taxé de « en fait vous êtes pour les terroristes, etc. » Donc ça, ça rend les débats encore plus compliqués. Rassembler les gens pour lutter contre un texte qui, justement, devrait aider à lutter contre le terrorisme, c’est vraiment extrêmement complexe. Même les députés européens nous disent : « Ah, mais voyez », même ceux dont on aurait pensé le soutien nous disent : « Ah, mais là je ne peux pas vraiment pas voter contre un texte comme ça, c’est trop difficile. » Vraiment le prétexte utilisé par la Commission et les États membres qui poussent le texte, le prétexte du terrorisme, malheureusement il marche très bien et encore plus dans l’urgence des élections européennes qui arrivent.

    Étienne Gonnu : Bien sûr, oui. Vous parlez du contexte. Je pense qu’il est intéressant. Moi j’ai quand même cette sensation que le prétexte on va dire terroriste, il y a quelques années on pouvait quand même encore entendre des personnes dire « on ne peut pas faire tout et n’importe quoi à condition de terrorisme, il faut quand même respecter l’état de droit, avoir des réponses proportionnées par rapport à la menace », là où j’ai l’impression qu’à l’époque de la loi copyright, quoi qu’il en soit, de toute façon comme il s’agissait de sauver les auteurs qui meurent de faim on pouvait tout se permettre, je pense que ça a bien évolué sur le droit d’auteur, mais en tout cas sur le terrorisme, clairement, il est très difficile d’entendre une voix divergente effectivement maintenant. Peut-être qu’il peut être intéressant aussi de voir que ce texte-là se situe à un niveau européen, je crois que la France, on pourra en reparler, a joué un rôle assez prédominant. Si on regarde notamment en France l’évolution des textes sécuritaires, depuis 2013 notamment, on avait déjà des prémisses avant, il y a quand même un contexte et une surenchère de textes sécuritaires qui font que est-ce qu’on est encore dans un État de droit — on parle d’ailleurs régulièrement « sécurité première des libertés » ? On est quand même dans un contexte assez particulier. Comment vous, vous ressentez ça notamment dans votre mobilisation, dans les contacts que vous avez avec les parlementaires et de votre expérience à La Quadrature du Net ?

    Martin Drago : On était encore à Bruxelles la semaine dernière. C'est assez fou ! On souligne tous les dangers du texte, pourquoi il est inefficace, pourquoi il va détruire une partie du Web, de l’Internet décentralisé, etc. Moi ça m’a vachement surpris d’avoir plein de députés qui font : « Oui, mais en fait on ne peut pas ne rien faire ». Et quand on soulève ces difficultés, en fait on se rend compte qu’ils n’ont pas réfléchi sur le texte, mais que c’est juste le prétexte du terrorisme ; on sent qu’ils sont poussés de tous les côtés, ils ont peur pour leur réélection et ça marche très bien. En fait on s’est retrouvés devant des députés qui n’ont même pas réfléchi parce qu’on leur a dit « terrorisme » et du coup ils votent. Ça c’est assez incroyable à voir devant soi quand on parle.

    Arthur Messaud : On en reparlera dans le détail aussi, mais je pense que le texte ne va rien changer contre le terrorisme. Il est complètement vide, il n’a pas du tout été pensé pour être utile, il a été pensé pour être un symbole. Nous, quand on explique ça aux députés, ils soufflent et ils sont là genre : « OK, peut-être que vous avez raison, mais imaginez qu’il y ait un attentat demain – c’est vraiment le truc ultra-classique – imaginez qu’il y ait un attentat demain, si mes électeurs voient que je n’ai rien fait pour éviter ça, on va me le reprocher. Donc il faut que je fasse quelque chose, même si c’est inutile, même si je sais que ça ne sert à rien. Si je ne fais rien ce sera encore plus grave que si je fais quelque chose d’inutile. »

    Martin Drago : D’ailleurs en décembre, pendant le débat sur ce texte, le Parlement européen a adopté un rapport, ce n’est pas un texte législatif proprement dit, c’est juste « plein de bonnes intentions », on va dire entre guillemets, du Parlement européen sur le sujet du terrorisme. Dedans il y avait beaucoup de trucs problématiques dont déjà l’idée des filtres automatiques, on reviendra sur le détail du texte, filtres automatiques, quelques attaques contre le chiffrement parce que ça permettait aux terroristes d’échanger des messages, et le texte a été voté le lendemain de l’attentat de Strasbourg.

    Arthur Messaud : Il a voté à Strasbourg.

    Martin Drago : Il a été voté à Strasbourg. En plus ils ont voté alors que toutes les portes étaient fermées, etc. Ça montrait l’ambiance. Du coup c’était impossible de discuter sur le texte. Même nous, je crois qu’on a fait un article, mais c’est hyper-difficile et du coup tous les députés se sont couchés même s’il y avait des difficultés parce qu’il y avait un attentat en cours.

    Arthur Messaud : Après, sur la façon dont le public reçoit ça, je pense que c’est assez variable. Si on remonte à 2013 tu disais, donc la LPM [Loi de Programmation Militaire] de 2013, après on enchaîne directement avec la loi renseignement où le gouvernement met en avant systématiquement des prétextes terroristes pour se donner plus de pouvoirs pour surveiller la population. Alors qu’évidemment, dès qu’on allait regarder dans le détail du texte, on voyait que le terrorisme n’était qu’une parcelle du texte, que la plupart du texte ne concernait pas du tout le terrorisme mais plutôt de la surveillance économique ou de la surveillance politique. À l’époque je pense que ça prenait. Pour nous, c’était assez récent de s’en prendre au gouvernement sur ces questions, mais les gens étaient réceptifs. Je pense que là où les gens étaient encore plus réceptifs, notre public en tout cas, c’est pendant l’état d’urgence où là on a eu une espèce de tombée des masques où tout d’un coup le prétexte terroriste était clairement utilisé, sans gêne, pour faire de la censure politique ou pour faire du harcèlement de certaines populations ; tout le monde avait conscience de ça. Nous, à La Quadrature, on a quand même senti un soutien assez fort de la part du public qui ne se faisait pas du tout avoir sur le prétexte terroriste.
    Ce qui se passe aujourd’hui et pourquoi cette campagne est dure en dehors de l’urgence, c’est parce qu’en fait, si on regarde depuis trois mois ou depuis six mois, il y en a plein de sujets avec ce niveau d’anxiété en France. Il y en a plein ! Là on a la loi anti-casseurs qui ressemble beaucoup à la loi antiterrorisme dans ses fondements philosophiques. On va avoir la loi contre la haine en ligne qui va reprendre les mêmes mesures, qui va reprendre les mêmes logiques au moins techniques. On a toute la réaction aux gilets jaunes de la part du gouvernement qui s’inscrit beaucoup dans cette idée de « il ne faut plus qu’il y ait des espaces de non-droit, il faut civiliser les gens, il faut civiliser Internet » ; c’est la même chose, vu que le mouvement des gilets jaunes est expliqué comme étant né sur Internet. On a tout ce bric-à-brac qui fait qu’en plus de ça, si on rajoute le mot terrorisme, ça devient extrêmement de regarder ça au calme. On y arrive, en fait, si on regarde, le texte n’est pas très compliqué. Mais, pour le public, je pense que c’est compliqué d’avoir une grille de lecture homogène entre toutes ces différentes attaques contre nos libertés.

    Étienne Gonnu : Tu évoques le terme de « terrorisme » et je pense que c’est important de se poser aussi la question de ce que ça veut dire en droit. Finalement là on parle de textes de droit. En droit, surtout dans État de droit, si on parle de démocratie, etc., on sait que la lisibilité du droit est extrêmement importante. Déjà savoir si ce que qu’on fait est autorisé ou non et quelles sanctions on encoure ? Il y a une directive de 2017 qui définit ce qu’est un acte terroriste. La particularité ce n’est pas tant les actes, vous allez pouvoir me préciser tout ça et me corriger éventuellement, ce n’est pas tant les actes mais l’intention qui serait derrière l’acte qui va venir définir tout ça ; je trouve que c’est assez tautologique, en fait, tout ça. C’est vrai qu’on entend souvent, presque sur le ton de la plaisanterie : « Maintenant, de toute façon, la loi terrorisme ça sert à mettre les écolos en prison ! » Je crois que ce texte, le règlement, déjà ne le définit pas du tout, il s’appuie sur la directive de 2017. Est-ce que vous pouvez nous préciser, sans entrer sans les détails, comment cette directive définit justement cette notion de terrorisme, d’acte terroriste ?

    Arthur Messaud : La directive définit de façon très large, je ne vais pas vous lire les textes, je ne les ai pas sous les yeux, mais nous dans les actes qui nous inquiétaient le plus, on allait avoir du piratage informatique ou des destructions matérielles importantes, donc qui ont des conséquences économiques importantes. Évidement on va retrouver le meurtre et d’autres choses. Il y a déjà ces deux choses-là et, comme tu le disais bien, c’est l’intention qui va permettre de qualifier l’acte. L’intention, encore une fois, c’est très large, ça va être déstabiliser des institutions politiques mais aussi économiques, déstabiliser gravement ou essayer d’influencer une décision de l’État, de l’État ou de collectivités.

    Martin Drago : Ce qu’il faut voir aussi c’est, au-delà de la définition, en fait c’est qui interprète la notion. Nous c’est surtout ce qui nous inquiète vachement, c’est-à-dire que dans ce texte ceux qui interprètent la notion c’est la police qui peut avoir une visée très large avec, du coup, un risque de censure politique derrière. Ou alors une délégation, on y reviendra après, mais aux géants du Net aussi et même à tous les acteurs de l’Internet avec des grosses sanctions financières si vous ne censurez pas et si vous n’obéissez pas à la police. En fait eux aussi, et c’est normal, pour éviter une sanction financière hyper-importante vont avoir une interprétation très large.
    Il faut bien voir qu’effectivement il y a un problème sur la définition de la notion mais surtout c’est qui l’interprète et qui va l’interpréter pour sanctionner derrière.

    Arthur Messaud : Je vais appuyer ton point sans être trop provocant, ce n’est pas le but, en fait il y a un débat à savoir si c’est vraiment intéressant de se pencher sur la notion de terrorisme parce que, comme tu le dis, les écolos vont être qualifiés de terroristes ou, en tout cas, des mesures anti-terroristes vont être utilisées contre eux. À la limite est-ce que c’est notre de rôle de dire que c’est vrai ou pas ? Après tout s’il y a des écolos qui veulent s’inscrire dans des pratiques proches du terrorisme, comme on a eu des mouvements politiques terroristes depuis 300 ans, ce n’est pas notre rôle de qualifier ça ou de réécrire l’histoire ou de dire « mais en fait les Algériens qui ont provoqué leur indépendance eux c’étaient des gentils terroristes contrairement aux anarchistes du début du 20e qui eux… ». Ce n’est pas notre rôle de réécrire l’histoire, de réécrire des définitions. Comme le dit Martin, ce sont plus des questions de séparation des pouvoirs qui vont être importantes plus que des définitions. Il faut ne pas être trop légaliste, trop s’en tenir aux textes, en disant « le texte dit que telle catégorie c’est bon et telle autre ce n’est pas bon. » En fait, ce qui est intéressant, c’est de savoir qui interprète les catégories. Est-ce que c’est le pouvoir politique donc le gouvernement via sa police qui choisit ce qu’on a le droit de faire ou pas ou est-ce que c’est une autorité indépendante ? De façon classique, l’autorité indépendante ça sera le juge. Donc peut-être ne pas passer trop de temps à trop coller aux textes pour essayer de comprendre, sachant qu'on se fiche un peu de ce qui est écrit dans le texte ; le plus important c’est la personne qui va le lire et qui va l’appliquer.

    Étienne Gonnu : Je pense qu’on peut commencer malgré tout à rentrer un peu dans le texte et apparemment, quand même, ce qui est un des points de friction et un point de tension particulier, c’est que, finalement, on sort du rôle du juge et on donne un pouvoir… Alors la directive semble juste laisser la porte ouverte. On sait très bien qu’à partir du moment où on ouvre cette porte on imagine très facilement les dangers, c’est-à-dire de dire que c’est aussi l’autorité administrative qui va pouvoir décider si un contenu en ligne va relever ou non de la qualification de terrorisme. Déjà peut-être pourriez-vous préciser un peu ça. Je pense que parallèlement c’est intéressant parce que vous aviez aussi commencé à évoquer la question du rôle des plateformes, déjà définir quels types de plateformes vont être concernées et leurs rôles, parce que ça va être les deux acteurs principaux, si ce texte passe, de l’application de ce régime-là.

    Martin Drago : Le pouvoir de censure, effectivement dans le texte. En fait, le texte ne va pas préciser exactement quelle autorité a le pouvoir d’ordonner à tous les acteurs du Web, parce que dans le règlement tel qu’il a été proposé par la Commission, en gros c’est tout le monde, tous les acteurs du Web, donc tous les sites internet qui hébergent, tous les hébergeurs.

    Arthur Messaud : Qui hébergent du contenu.

    Étienne Gonnu : Qui hébergent mais qui mettent à disposition. Il y a cette notion de partage.

    Arthur Messaud : Ce n’est pas clair, ce n’est pas encore très clair, mais à priori ça sera « mise à disposition du public ». Oui.

    Martin Drago : Dans le texte aujourd’hui c’est « mise à disposition des tiers » et pas juste du public, donc ça peut être quand même extrêmement large. Donc le texte permet à la police, enfin à une autorité, d’ordonner à ces acteurs de supprimer un contenu que, elle, l’autorité, a défini comme terroriste et l’acteur doit le censurer en une heure. Sinon, derrière, il peut avoir des sanctions très importantes, c’est encore aux États de décider, mais sinon, dans le règlement, c’est 4 % du chiffre d’affaires de l’acteur.
    Effectivement le texte et on nous le répond souvent au Parlement : « Il n’y a pas marqué que ce sera la police qui doit le faire ». En fait il laisse le choix : ça peut être une autorité administrative ou judiciaire. Le fait est que tout le monde et tous les États préféreraient avoir une autorité parce que eux estiment, et ce n’est pas toujours le cas, que c’est beaucoup plus rapide. En France, on nous l’a dit quand on va vu le ministère, etc., cette possibilité de censure en 24 heures existe déjà ; en France c’est 24 heures, ce n’est pas juste une heure et c’est déjà la police qui le fait, un office dont je n’arrive jamais à retenir le nom…

    Arthur Messaud : OCLCTIC [Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication].

    Martin Drago : Dont on a déjà vu, et ça c’est intéressant à souligner, les dérives aujourd’hui. En France, cette obligation de cette censure en 24 heures forcée par la police existe. Récemment il y a eu l’affaire Indymedia qui est assez intéressante. On a eu a la police française qui a utilisé son pouvoir, qui a ordonné la censure de certaines pages d’un site Indymedia qu’elle a considérées comme terroristes. Les pages ont été censurées pendant un an et demi jusqu’à ce qu’un juge soit saisi et jusqu’à ce qu’un juge, il y a un mois, dise : « Ce n’est pas du tout un contenu terroriste, vous n’aviez pas le droit de censurer. » Moi je trouve ça toujours intéressant à souligner : en France le risque de dérive politique de la censure existe déjà, il est déjà arrivé et il va être encore plus amplifié avec un règlement comme ça où il y a des obligations encore plus strictes que ce qui existe en France aujourd’hui.

    Arthur Messaud : Ce qui est dramatique sur le cas français et qui nous en apprend un peu aussi sur l’Union européenne c’est qu’un argument qui revient souvent entre les députés qu’on a rencontrés la semaine dernière notamment, c’est : « Mais vous comprenez, on ne peut pas exiger un juge dans le règlement antiterroriste parce que sinon ça remettrait en cause le droit français ». Du coup on a un nivellement par le bas terrible où il n’y a à peu près qu’en France et au Royaume-uni que la police peut censurer sans l’autorisation préalable d’un juge et du coup tout le monde s’aligne sur le régime le moins respectueux des libertés et la procédure de l’état de droit. Il suffit qu’il y ait un cancre dans les 28 États membres ou les 27 bientôt pour que tout le monde s’abaisse à son niveau. Et c’est ça, aujourd’hui, l’Union européenne des libertés, en tout cas la façon dont les parlementaires et les gouvernements la pensent. Alors qu’au contraire, si l’Union européenne voulait se donner les moyens de fonctionner à l’inverse que ça soit, par exemple, les juridictions européennes ou le pays le plus protecteur qui montrent l’exemple, en fait ce serait possible. Ce qui se passe, je vais en dire juste trois mots, mais quand la Cour de justice de l’Union européenne, qui est la cour suprême au niveau de l’Union européenne, prend une décision qui va interdire des mesures de surveillance généralisée de la population, la plupart des États membres refusent d’appliquer les décisions de justice de l’Union européenne. Donc dès que l’Union européenne propose plus de libertés pour la population, là tout d’un coup on s’en fiche, l’intégration c’est chacun chez soi, après tout les valeurs françaises sont plus importantes que celles européennes. Par contre, dès qu’il s’agit de niveler par le bas, là l’Union européenne c’est quand même bien pratique et bien efficace !

    Pour répondre à ta seconde partie, je te laisserai compléter Martin, sur comment les GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, peut-être pas les cinq de la même façon, mais comment sont-ils mis dans le jeu ? On va un peu remonter dans le passé, je pense que c’est vraiment important pour comprendre. En 2015 on a une série d’attentats en France et en Belgique qui sont très impressionnants et, du coup, la Commission européenne met autour de la table Google, Facebook, Twitter et Microsoft en leur disant : « Il faut qu’on fasse quelque chose, on ne peut pas ne rien faire ». Eux disent : « Pas de souci, nous on est ravis de pouvoir collaborer là-dedans » et ils créent le Forum européen de l’Internet [Forum européen sur la gouvernance de l'Internet, NdT] qui correspond, en fait, à une autre structure qu’au niveau mondial les quatre acteurs avaient déjà faite, qui a pour but de mettre en commun des réflexions et des ressources technologiques pour lutter contre la propagation de contenus terroristes en ligne, donc dès fin 2015. Pendant deux ans ils continuent leurs expérimentations et tous les six mois la Commission européenne, à leurs côtés, fait des déclarations publiques en leur disant que c’est de mieux en mieux, qu’elle est ravie. Ils commencent à expliquer qu’ils ont fait une base de données, commune entre les quatre entreprises, où, en fait, chaque entreprise, dès qu’elle repère un contenu terroriste – la façon dont ils repèrent c’est en général dans des fermes à clics avec des milliers de personnes qui sont embauchées en Asie du Sud-Est, au Maghreb, en Amérique du Sud, qui toute la journée regardent des contenus signalés et qui disent « c’est terroriste ou pas terroriste » et quand une de ces personnes-là, exploitée, en tout cas économiquement exploitée – quand une personne dit que le contenu est terroriste, on fait une empreinte numérique, un hash de la vidéo ou de la photo, qui va dans la base de données commune aux quatre entreprises. Comme ça après, dès qu’une image est mise en ligne, on peut comparer son hash à ce qu’il y a dans la base de données et, du coup, empêcher sa mise en ligne. Ça ressemble vraiment beaucoup au ContentID de YouTube.

    Frédéric Couchet : On précise juste qu’un hash c’est une empreinte, en fait.

    Arthur Messaud : Une empreinte d'une image, qui ne pèse rien et qui est facile à générer et à comparer. Techniquement c’est assez simple leur histoire. C’est juste que c’est impressionnant parce que ce sont quand même quatre très grosses plateformes qui font ça et la Commission est ravie de ça. Il y a encore six mois ils disaient : « On a 80 000 contenus qui sont listés » dans, en fait, ce qui est une liste noire, une liste de blocage, privée, sur laquelle les juges n’ont aucun droit. Et ça Martin tu l’avais bien relevé. En fait, quand on regarde les documents internes de Facebook notamment, Facebook dit que c’est très important que les États n’aient pas de regard sur cette liste de blocage.

    Martin Drago : Oui. En fait il y a un droit, bref il y a des documents qui ont un peu fuité sur Internet sur les réunions entre la Commission européenne et Facebook notamment, surtout. C’est assez intéressant à lire, c’est un article de Politico et dedans on voit déjà que Facebook voit la Commission très souvent et, en gros, qu’elle promeut vraiment son outil de modération en disant « en fait ça marche trop bien » et elle parle bien d’une boîte noire en disant justement « on est hyper-clean, les États ne peuvent pas venir faire de censure politique, il y a juste nous qui pouvons le faire. C’est notre boîte noire de modération où personne ne voit ce qu’on modère, même ce qu’on modère préalablement avant même qu’on poste un contenu ». Ça c’était assez intéressant.

    Arthur Messaud : Du coup on arrive en 2018, le terme de l’expérimentation. Les quatre entreprises sont là, la Commission est là, ils font un communiqué de presse tous ensemble avec des citations de chacun comme si c’était la même grande entreprise ou institution et ils disent : « C’est génial ! Notre travail de trois ans a porté ses fruits, ça marche. Maintenant le seul problème c’est que toutes les autres plateformes du Web n’utilisent pas nos outils. Et il va falloir régler ça ! » Manifestement on comprend qu’ils sont déjà allés voir quelques plateformes moyennes comme Paste-it ou d’autres plus petits acteurs qui ont dit : « Mais non, nous on ne veut pas du tout implémenter votre boîte noire, nous on continue à faire la modération chez nous ». Apparemment ils ont tous fait la gueule parce que la Commission ou les géants ont dit : « En fait il faut les forcer à utiliser notre liste noire et nos outils de modération ». La Commission, sans souci, en plus si on demande aux ministères de l’Intérieur français et allemand, c’était Gérard Collomb à l’époque qui envoie une lettre qui a fuité aussi dans laquelle il dit : « Il faut que les petits et moyens acteurs utilisent les outils de censure développés par les géants ». En pratique ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si le règlement s’applique tel qu’il est proposé actuellement demain, que ce soit Wikipédia ou le site d’hébergement de photos dont on parlait…

    Frédéric Couchet : Flickr.

    Arthur Messaud : Flickr, je suis désolé, je ne vais pas sur Flickr, mais tous devront, en tout cas dans l’idéal de la Commission européenne et de ces entreprises : dès qu’on mettra une image en ligne ou une vidéo en ligne sur Flickr, Dailymotion ou Wikipédia, l’image passera par le filtre comparé à la liste noire des quatre grosses entreprises qui font ça toutes seules dans leur coin. Si ces entreprises ont décidé que ce contenu est illégal, parce que terroriste ou pour d’autres raisons bientôt, on va le voir, eh bien ce contenu ne sera pas mis en ligne sur la plateforme. Et si ces plateformes refusent de se soumettre à ça, à cette logique-là, elles seront exposées à des sanctions économiques.

    Frédéric Couchet : On va voir les détails après une pause musicale pour permettre de souffler un peu et de digérer ces informations. Nous allons écouter Family Blues par The Damned and Dirty.

    Pause musicale :Family Blues par The Damned and Dirty.

    Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

    Frédéric Couchet : Vous êtes de retour dans l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur le site causecommune.fm partout dans le monde.
    Nous venons d’écouter Family Blues par The Damned and Dirty. C’est en licence Creative Commons Partage à l’identique donc vous pouvez le partager avec qui bon vous semble et les références sont sur le site de l’April.

    Nous allons poursuivre le sujet sur le projet de règlement terroriste/censure sécuritaire toujours avec Martin Drago et Arthur Messaud de la Quadrature du Net et mon collègue Étienne Gonnu de l’April. Étienne je te repasse la parole.

    Étienne Gonnu : Merci Fred. Je pense qu’on a déjà fait un bon tour du contexte, notamment du contexte de la politique antiterroriste et de ce règlement. Je pense que ça va être intéressant de rentrer un peu plus dans les détails qui nous intéressent. Notamment, à nouveau pour ceux qui suivent l’April, vous savez qu’on est très engagés contre l’article 13 de la directive droit d’auteur et, comme je le disais, je vois beaucoup de similitudes entre ces deux dossiers. D’une part parce que les deux sont très marquants d’une volonté de faire porter une responsabilité de plus en plus grande sur les intermédiaires techniques, sur les contenus que leurs utilisateurs et utilisatrices vont mettre en ligne et puis les faire un peu police et juge sur leur propre territoire numérique. Quand ce sont des géants c’est une chose, mais on voit bien que, du coup, ça a tendance à pousser à la centralisation ; ça c’est vraiment un enjeu majeur. D’autre part on voit vraiment une volonté, une velléité d’exercer un contrôle de plus en plus serré, même automatisé, des flux d’information quels qu’ils soient. Là aussi de contrôler la manière dont on va produire de l’information, dont on va échanger de l’information, du savoir, etc., et à base, malheureusement de filtres automatisés ; le terme émerge de partout : directive droit d’auteur, contenus terroristes, les propos haineux en ligne. Et c’est un peu ce qu’on qualifie souvent de solutionnisme technologique. En gros on va sur-simplifier une question qui est de base extrêmement complexe politiquement, présenter un outil qui finalement ne marche pas, un outil idiot comme une solution miracle et, au passage, on annihile tout débat de fond sur comment penser Internet politiquement, collectivement, notamment quand tu évoquais la question des fermes à clics donc des personnes qui passent leurs journées à regarder des contenus que ce soit terroristes, pédopornographiques, etc., des contenus horribles. Ça fait aussi partie d’une part de la problématique de la centralisation mais c’est aussi une des considérations politiques extrêmement importantes de comment fonctionne Internet. On entend souvent parler de ce qui est acceptable dans un état de droit. Je pense que si on réfléchit à une forme d’universalisme à mon sens ça l’est assez peu.
    Je pense qu’il serait intéressant, du coup, de voir comment ce texte envisage ce filtrage. On parlait d’un délai d’une heure. Ce serait la police administrative, du coup, qui va comme ça regarder, imposer un truc, je crois qu’ils peuvent imposer au bout d’un moment le filtrage automatisé. Est-ce que vous pouvez nous détailler un peu plus ça ?

    Martin Drago : En gros ce sont vraiment les deux points principaux du texte, en tout cas qui nous inquiètent le plus. Il y a un article où effectivement la police peut imposer le retrait en une heure d’un contenu avec des sanctions financières très importantes derrière. Mais il y a un autre article effectivement, où en fait la police – et ça c’est assez nouveau quand même – où la police peut imposer on va dire des mesures proactives dont le filtrage automatique. Ça c’est dans le texte, c’est écrit : la police peut imposer le filtrage automatique et il y est toujours, ça a été adopté ; c’est proposé par la Commission, adopté comme ça par le Conseil.

    Arthur Messaud : Le Conseil ce sont les États membres réunis.

    Martin Drago : Oui. Et c’est juste au moment du Parlement où là eh bien les gens ont commencé à se dire : ah mais peut-être qu’effectivement le filtrage automatique c’est dangereux. Il faut voir le temps de réaction qu’il y a eu ! Mais effectivement, comme dans l’article 13, on retrouve cette idée de filtre automatique liée à ce qu’avait dit Arthur avant la pause parce que, en fait, ce sont des outils qui ont été développés par les grands groupes, Google, etc.
    Après c’est un débat au sein de La Quadrature. Il y a aussi une idée de ces outils, un peu de marché de ces nouveaux outils, de marché du filtre automatique quoi ! Et c’est intéressant de voir qu’en fait Facebook, Google et tout ça commencent à développer un peu cette idée du marché, soit en vendant ces filtres automatiques. Pourquoi ? Parce qu’en fait les acteurs n’ont pas le choix, soit parce la police les a imposés, soit parce qu’ils ont trop peur d’avoir une sanction financière, de ne pas pouvoir retirer en une heure si la police les appelle le week-end par exemple. Donc ils le mettent en disant « au moins je n’aurai pas de problème avec la police vu que j’ai un filtre automatique ». Ce qui est intéressant c’est donc soit Google, Facebook vous donnent ce filtre automatique en le vendant, ou vous le donnent gratuitement mais, en fait, récupèrent derrière les données qu’ils vont pouvoir récupérer sur ces outils.

    Arthur Messaud : Sur les utilisateurs.

    Martin Drago : Des utilisateurs, oui.

    Étienne Gonnu : Justement le point que je trouvais assez intéressant sur la directive droit d’auteur, c’est qu’on a appris qu’il y avait une sorte de lobbying qu’on n’avait pas vue, il y a bien sûr le lobby de l’industrie culturelle, le lobby de Google, etc. Et Audible Music, un des plus gros filtres de contenus musicaux, a beaucoup « lobbyé » pour l’article 13 parce que, pour eux, c’est un marché assez formidable. D’ailleurs je pense qu’on pourra le remettre en ligne. Pierre Beyssac était intervenu dans l’émission, a fait un très bon billet de blog où il explique plus techniquement comment fonctionnent ces filtres et qui ont les mêmes implications, les mêmes problématiques que dans le dossier qui nous intéresse.

    Arthur Messaud : Ce sont les mêmes personnes qui les ont faits, qui les ont inventés. Si on pense à ContentID en tout cas, qui est genre le plus grand filtre, c’est YouTube et Google qui l’ont fait, les mêmes personnes qui manifestement sont à l’idée du filtre dans le règlement terroriste. Enfin ce sont les mêmes acteurs qui le font, donc évidemment que ce sera pertinent.

    Martin Drago : D’ailleurs ça revient vachement à ce que tu dis. La semaine dernière on a pas mal de députés qui nous ont dit : « Ah c’est marrant ! On a beaucoup de lobbies justement d’entreprises de filtres automatiques qui cherchent à faire passer ce règlement pour mieux vendre leurs outils derrière. »

    Arthur Messaud : Après il y a quand même des différences intéressantes avec la lutte contre la directive copyright. Dans la directive copyright, YouTube joue un jeu trouble parce qu’il joue toujours un jeu trouble : aujourd’hui il se prétend opposé à la directive alors qu’il a un peu attendu que les débats au Parlement européen aient bien avancé pour avoir une position aussi explicite qu’aujourd’hui. Reste que, de toute façon, du point de vue économique c'est très simple : YouTube a quand même bien intérêt à ce que l’article 13 soit rejeté ou sacrément affaibli.
    Dans le règlement terroriste c’est beaucoup plus compliqué parce que le règlement terroriste, à priori, n’a pas vocation à s’appliquer à YouTube. Il s’appliquera à YouTube mais YouTube respecte déjà le règlement. Le règlement a été calqué sur la pratique de Facebook, YouTube et Google en général. Eux n’ont pas d’intérêt stratégique à s’y opposer. Après ils font du petit lobby où ils disent : « Quand même ce règlement nous fait chier parce que ça nous impose des obligations, mais, après tout, ce sont des obligations qu’on respecte déjà donc ce n’est pas très grave », mais en fait le règlement les renforcera pour la raison qu’a dit Martin. Parce que d’abord ce sont les seuls à savoir faire ce que le règlement exige et du coup, toutes les plateformes vont se tourner vers eux pour savoir comment faire et aussi parce que, au passage, ce règlement a de bonnes chances de dissuader ou de détruire pas mal de petits concurrents ou de modèles alternatifs qu’à l’April comme à La Quadrature du Net on défend et qu’on espère être l’avenir du Web : des modèles alternatifs plutôt non-commerciaux, plutôt décentralisés et, en tout cas, pas capables de répondre à la police en une heure.

    Dans les tous cas YouTube en sort fortement gagnant si ce texte était adopté. À la différence de la directive Copyright où YouTube aurait plutôt intérêt à ce que la directive ne soit pas adoptée même si dans les deux cas il s’en sort très bien.
    Donc c’est intéressant de voir que l’alliance gouvernements-GAFAM change en fonction du sujet. Il faut aussi dire que contrairement à la directive copyright, sur le règlement terroriste le jeu est assez clair : c’est entre l’État sécuritaire et la population attachée aux libertés. Alors que dans le copyright on a un troisième acteur qui est une industrie vieillissante et un peu perchée depuis au moins dix ans et qui rend le débat encore plus loufoque. C’est quand même intéressant de voir…

    Frédéric Couchet : Précisons que c’est l’industrie culturelle.

    Arthur Messaud : Oui, l’industrie culturelle ! En mettant côte à côte ces débats, on voit quand même que les rapports entre l’État et les GAFAM sont encore très complexes. Il y a énormément d’alliances et d’intérêts partagés, mais on a aussi des choses qui ressemblent parfois à de la confrontation.

    Étienne Gonnu : Ce qu’on observe quand même, et vous avez mis un peu le doigt dessus, c’est-à-dire qu’on peut se poser la question au cas où ce texte arrive, propose des choses, comment est-ce que ça a fonctionné jusque-là ? On voit que ça fonctionne notamment à travers une exploitation assez sévère mais ça fonctionne sur les principales plateformes et c’est aussi le cas pour le droit d’auteur. Ce qu’on voit aussi finalement c’est qu’un des impacts principaux c’est que ça va renforcer la centralisation de tout le système autour de quelques plateformes clefs. Et si on réfléchit en termes de contrôle c’est beaucoup plus facile de contrôler un point nodal unique. En fait on peut se demander, tu parlais de ces alliances, je pense que dans les deux cas c’est aussi peut-être renforcer ces dynamiques-là. Comment ça va finir plus politiquement ces systèmes-là ? On observe que la réponse est beaucoup plus dans la décentralisation, d’étaler, de limiter la masse à contrôler, à filtrer, etc.

    Arthur Messaud : Je pense qu’il y a un problème qu’on rencontre qui était flagrant la semaine dernière. Dès qu’on parle de décentralisation ou de modèle alternatif, que ce soit aux parlementaires ou aux ministères, ils ne savent pas de quoi on parle, en fait. Il y a très peu de gens qui savent que Mastodon existe, malheureusement. En fait quand on leur en parle ils acceptent l’existence, mais ils pensent que ce sont des petits GAFAM. Ils pensent que c’est Facebook ou Twitter en plus petit. Pourtant l’idée de décentralisation à la base d’Internet ça veut dire quoi ? Ça veut dire d’être plusieurs acteurs où ensemble, collectivement, on gère la même instance mais en partageant le pouvoir, ça ce sont des choses qui ne rentrent pas du tout dans leur mentalité. Ils ne voient pas l’intérêt de défendre un modèle qu’ils n’arrivent pas, eux, dans leur culture politique, à imaginer. Ça c’est extrêmement dur. Évidemment, avoir juste quatre ou cinq acteurs qui contrôlent le Web, ça arrange tout le monde. Les personnes qui ont une philosophie sécuritaire, ça les arrange beaucoup. Mais ils ne sont même pas capables de voir ce qu’ils détruisent en faisant ça. Ça c’est inquiétant ! Je pense qu’il y a beaucoup de gens dans la population qui voient très bien ce que veut dire la décentralisation, mais en tout cas les politiques, eux, simplement parce que leur rapport à l’État étant extrêmement centralisé, ils sont enfermés dans une vision où quand on leur dit : « Mastodon on est des milliers et des milliers à héberger des millions de comptes de personnes », juste ça ne fait écho à rien du tout pour eux. Ils se disent ils sont en train de raconter n’importe quoi, ils délirent complètement. Soit il y a Twitter, soit il y a Facebook, soit il y a à la limite un petit Facebook qui, demain, sera le grand Facebook et qui, dans le meilleur des cas, est français.

    Martin Drago : Dans cette idée d’alliance, ce que je trouve assez intéressant : on peut faire un point de contexte en France en ce moment et d’ailleurs ça a été déposé lundi je crois au Parlement français, c’est une proposition de loi, cette fois-ci pas sur les contenus terroristes mais sur les contenus haineux. On parlait de problème de définition, là on le retrouve encore plus fort et on va retrouver, en fait, un peu les mêmes idées que le texte sur les contenus terroristes. C’est-à-dire des obligations de retrait de contenus extrêmement rapides – là je crois que c’est 24 heures ce qui a été proposé – et la promotion, encore une fois, de filtres automatiques. Mounir Mahjoubi, quand il présente ce texte.

    Arthur Messaud : Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État.

    Martin Drago : Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique qui dit « mais c’est trop bien », et c’est assez incroyable à lire, dans le texte il dit : « Facebook a développé des outils de filtre automatiques c’est génial ; il faut que tout le monde les utilise pour retirer et pour qu’il y ait justement le moins possible de contenus haineux en ligne. » Et là on retrouve exactement la même chose que nous on voit sur les contenus terroristes, c’est l’alliance entre les États et les grandes plateformes à tel point que là, pour ce texte sur le retrait des contenus haineux, on a truc au gouvernement qui s’appelle la mission Facebook et ce n’est pas une blague ils l’ont vraiment appelée comme ça. C’est là où c’est intéressant : est-ce que c’est Facebook qui a dicté sa loi ou est-ce que ça a été une alliance entre le gouvernement et Facebook parce qu’ils sont bien contents d’avoir une plateforme centralisée ? N’empêche qu’on retrouve exactement la même logique, on retrouve la même alliance et on débouche, en fait, sur les mêmes idées : censure extrêmement rapide et promotion des filtres automatiques de Facebook en l’espèce.

    Arthur Messaud : Là tu parles de la position du gouvernement mais si on va voir du côté de ce que dit Mark Zuckerberg, c’est assez intéressant. Cette mission Facebook c’est quelques agents de différents ministères français qui, pendant six mois, font des réunions avec Facebook ou vont dans leurs centres modérations pour voir comment ça se passe, pour voir un peu comment le meilleur acteur de la modération sur Internet se débrouille et s’en inspirer. Là je me moque un peu de la vision de Macron, mais si on regarde sur le blog de Zuckerberg qui, il y a quatre mois, parlait de cette mission, il dit : « En ce moment la France est extrêmement sage et collabore avec nous pour écrire la loi ». Zuckerberg considère qu’il écrit la loi avec le gouvernement français !

    Étienne Gonnu : C’est révélateur comme propos.

    Arthur Messaud : Il est super fier. Il est super fier et il dit : « C’est ça la bonne loi.» La bonne loi ce n’est pas l’autorégulation, ce n’est pas imposer la loi aux gens. Ce sont les entreprises privées, enfin les quatre ou cinq monopoles mondiaux, qui écrivent la loi avec les gouvernements, et ça c’est encore mieux que l’autorégulation. Je me moque !

    Étienne Gonnu : Quelque part si Facebook impose, crée sa propre loi sur son territoire qu’est Facebook, Code is Law on le répète souvent, « le code fait la loi », ça se voit beaucoup.
    Je pense qu’il n’y a pas énormément de choses à rappeler là-dessus si ce n’est que, comme dans la directive droit d’auteur, il y a de vagues rappels au respect des libertés fondamentales.

    Arthur Messaud : Qui sont complètement creux !

    Étienne Gonnu : Qui sont complètement creux et que le texte invalide par lui-même. Une question qui est importante, si les gens nous écoutent, OK ! Là on a fait un sombre constat, comment se mobiliser ? Qu’est-ce qu’on peut faire maintenant ? Le 21 mars il y a donc un vote en commission LIBE. Quelle sera la suite ?

    Frédéric Couchet : Commission des libertés civiles.

    Étienne Gonnu : Commission des libertés civiles. Comment, en tant que citoyens et citoyennes, on peut se mobiliser contre ce texte ?

    Martin Drago : Comment se mobiliser c’est : il faut appeler les députés. À La Quadrature on a créé une page sur notre site quadrature.net/…

    Arthur Messaud : Vous allez juste sur laquadrature.net, c'est la première, vous tombez dessus directement.

    Étienne Gonnu : Tous les liens seront dans une page avec toutes les références pour les retrouver.

    Arthur Messaud : Vous allez sur le site.

    Martin Drago : En fait là-dessus vous retrouverez une plateforme où il y a tous les députés concernés qui vont voter sur ce texte, il y a leur numéro de téléphone, il y a leur mail, il y a leur twitter. Il ne faut pas hésiter à les appeler. On a donné sur le site et sur la page avec les liens toute une analyse pour, justement, bien comprendre le texte, bien comprendre les conséquences, fournir des arguments.

    Arthur Messaud : Traduit en français et en anglais.

    Martin Drago : Traduit en français et anglais. Le principal c'est vraiment il ne faut pas hésiter, il faut les appeler, leur faire comprendre les dangers du texte et leur demander de voter contre ce texte parce qu’il est dangereux.

    Arthur Messaud : Ou au mieux de ne pas se précipiter. Comme on le disait tout à l’heure, un des espoirs qu’on peut avoir c’est que les députés retrouvent la raison et se disent : en dix jours on ne peut pas traiter un sujet comme ça, on le reporte à plus tard. C’est aussi un façon, en leur mettant la pression, ce qu’on peut obtenir.
    Concrètement demain, donc demain ça sera le 13 mars, s’il y a une rediffusion, désolé, on sera dès midi au CICP à Paris, c’est rue Voltaire à côté du métro…

    Martin Drago : Rue des Boulets.

    Arthur Messaud : Rue des Boulets. Dès midi on va essayer de faire une après-midi d’appels aux députés à plusieurs parce que c’est quand même plus marrant. Et vendredi 15 mars on aura notre apéro mensuel à la Quadrature du Net dans nos locaux, c’est au 60 rue des Orteaux, vers le métro Maraîchers, sur la 9. Vous pouvez aussi venir, on fera un point. On préparera aussi une session d’appels aux députés pour la semaine prochaine. Il reste une dizaine de jours pour les appeler. Quand on les voit ils râlent que les gens appellent trop ; c’est bon signe parce que ça veut dire que ça commence à être utile.
    Continuons. On voit quelques députés commencer un peu à réaliser qu’ils ont en train de faire n’importe quoi. C’est le signe, il nous reste dix jours, qu’il faut terminer ça bien et fort…

    Martin Drago : C’est vrai aussi, je pense, que ça peut être difficile d’appeler un député parce qu’il y a toujours la parole qui n’est jamais facile. Il ne faut pas hésiter à utiliser les autres outils. Envoyer des mails ça marche aussi. Nous on envoie des mails et ils nous répondent donc ils voient. Il y a plein de façons.

    Arthur Messaud : Même Twitter.

    Martin Drago : Même Twitter aussi, c’est bon.

    Arthur Messaud : Ils ne sont pas sur Mastodon, désolé !

    Martin Drago : Il faut voir qu’en ce moment la plupart veulent être réélus, donc les interpeller sur Twitter ou sur les réseaux sociaux ça ne marche pas mal aussi parce qu’ils se sentent un peu obligés de répondre.

    Étienne Gonnu : Une bonne stratégie c’est aussi de commencer par un courriel et d’appeler, parce que ce que je trouve dur c′est d’introduire. Moi je déteste appeler, mais bon ! Après on se prend au jeu, plus on en appelle plus on rentre dans le jeu : est-ce que vous avez bien reçu ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Il faut aussi voir que logiquement tout le monde n’est pas expert de ces sujets, surtout qu’ils sont complexes. Ce qui importe, tu le disais, c’est de montrer qu’il y a un rapport de force, qu’il y a aussi des gens que ça interpelle, des gens qui se mobilisent. Si les arguments ne sont pas parfaits ce n’est pas grave ils ont déjà été entendus. Et la démarche ! Les gens savent qu’une personne qui va faire la démarche d’appeler ça a du poids, ça a de la valeur pour la personne qui le reçoit. Juste un simple appel, même si les arguments ne sont pas parfaits, participe à créer un rapport de force. C’est vachement important.

    Arthur Messaud : Même si ce n’est pas long, même si c’est 20 secondes, ils ne sont tellement pas habitués ! Ce sont les assistants en général qu’on a, ce ne sont pas les députés, ils ne sont tellement pas habitués à avoir des gens qui leur parlent d’un sujet qu’en fait souvent on connaît mieux qu’eux. Quelqu’un qui aura juste écouté l’émission ici va mieux connaître le sujet que certains membres de la commission LIBE. Donc même si on baragouine un peu quelques mots en anglais ils seront tellement surpris que ça a un effet ; après ils commencent à douter, ils commencent à traîner des pieds pour aller en réunion ; ça c’est bon ! Politiquement ça permet aux députés les plus protecteurs de la liberté d’avancer.

    Étienne Gonnu : Donc là on a jusqu’au 21 mars avant le vote. On peut préciser que pour le droit d’auteur le vote sera le 26 ou le 27. N’hésitez pas à parler des deux en même temps parce qu’il y a de problématiques similaires.

    Martin Drago : C’est compliqué.

    Étienne Gonnu : C’est compliqué, mais ça montre, de la même manière, qu’il y a une mobilisation qui est faite. Je pense que faire du lien justement aussi sur la problématique du filtrage parce qu’elle est centrale aux deux, ça peut aussi renforcer mutuellement. Si vous voulez appeler, faites la démarche, essayez. Moi je trouve qu’on rentre assez rapidement dans le jeu et on a une satisfaction de se dire j’agis pour quelque chose qui est assez important. Voilà on se fait des listes. On peut se retrouver aussi entre amis. En fait, on peut se motiver aussi les uns les autres et je pense que c’est bien. Donc vendredi 15 un apéro c’est aussi une manière de se mobiliser ensemble.

    Arthur Messaud : Et puis demain au CICP, demain 13 à partir de midi.

    Étienne Gonnu : La Chambre de commerce et d’industrie de mémoire, c’est facile à rechercher. De toute façon on mettra le lien en référence. CICP, non ?

    Arthur Messaud : Non !

    Étienne Gonnu : Non ? CICPE, peut-être que j’aurais dû vérifier avant. C'est Chambre de commerce et d’industrie

    Frédéric Couchet : Non pas du tout ! C’est Centre international de culture populaire (CICP)

    Étienne Gonnu : Il aurait fallu que je m’informe.

    Frédéric Couchet : C’est un lieu qui accueille des luttes pour les libertés fondamentales et syndicales depuis très longtemps.

    Martin Drago : Je rajouterais juste un truc.

    Frédéric Couchet : Oui, pour conclure.

    Martin Drago : Même les députés, quand on les appelle, souvent en fait ils ne connaissent pas le texte. Si ça trouve il y a des moments où il n’y a même pas à avoir d’arguments ou de débat. Moi ça n’est déjà arrivé dans des appels d’avoir un assistant qui ne connaît pas le texte et juste ça, après avoir raccroché au moins il va regarder le texte, s’intéresser et avec un peu de chance tomber sur nos positions. Donc même ça, ça peut servir.

    Arthur Messaud : Merci beaucoup.

    Étienne Gonnu : Merci à vous.

    Arthur Messaud : Merci l’April.

    Frédéric Couchet : Merci à La Quadrature, donc Arthur Messaud et Martin Drago. Vous allez sur le site laquadrature.net et directement vous allez avoir toutes les informations pour agir sur ce sujet. Je rappelle que c’est en commission des libertés civiles. Ce ne sont pas tous les parlementaires en plus, c’est restreint.

    Arthur Messaud : C’est juste 60.

    Frédéric Couchet : Et au niveau français il y en a peut-être dix ou douze.

    Arthur Messaud : Six.

    Frédéric Couchet : Six.

    Arthur Messaud : Mais il y en a des méchants. Il y a Rachida Dati et Brice Hortefeux qui font pas de mal de bruit et qui sont assez efficaces.

    Martin Drago : Qui sont les plus derrière ce règlement.

    Étienne Gonnu : Ce sont eux qu’il faut embêter du coup.

    Arthur Messaud : Oui ! Oui !

    Frédéric Couchet : Ne pas hésiter en tout cas à les appeler. Toutes les références sont sur le site de La Quadrature du Net, laquadrature.net.
    On va faire une pause musicale avant le dernier sujet. On va écouter Microwave Safe par Cud Eastbound.

    Pause musicale : Microwave Safe par Cud Eastbound.

    Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Microwave Safe par Cud Eastbound. C’est en licence Creative Commons Partage à l’identique. Évidemment vous retrouvez les références sur le site de l’April.

    Nous allons passer maintenant au dernier sujet : la présentation d’une initiative qui s’appelle Fund The Code! avec normalement au téléphone avec nous Louis-David Benyayer. Bonjour.

    Louis-David Benyayer : Bonjour.

    Frédéric Couchet : Louis-David Benyayer, vous allez nous présenter une initiative qui va se dérouler la semaine prochaine, Fund the Code!. Première question, expliquez-nous ce qu’est cette initiative.

    Louis-David Benyayer : Fund the Code! a lieu le 19 mars, mardi prochain et c’est une soirée conviviale pour découvrir, fêter et financer le logiciel libre. C’est une soirée au cours de laquelle des projets qui se sont portés candidats vont se présenter au public. Nous, organisateurs, avons récolté un peu d’argent et l’audience qui sera présente répartira cet argent auprès des projets qui se seront présentés. Cette année on a aussi Jean-Baptiste Kempf, qui est un contributeur historique de VLC, qui fera un pitch d’intro, qui nous racontera un petit peu son parcours.

    Frédéric Couchet : J’en profite pour rappeler que Jean-Baptiste Kempf est intervenu dans l’émission de radio il y a quelques mois pour parler notamment des DRM et VLC c’est évidemment le fameux lecteur multimédia libre que beaucoup de gens utilisent notamment sous Windows parce qu’il lit de très nombreux médias, mais souvent ils ignorent que ce logiciel est un logiciel libre et souvent ces personnes ignorent le mode de financement de VLC.
    Ça se passe le 19 mars à Paris à partir de 19 heures au Liberté Living-lab, c’est bien ça ?

    Louis-David Benyayer : Oui, c’est ça, 9 rue d’Alexandrie dans le 2e, dans le Sentier.

    Frédéric Couchet : D’accord. À quel type de public s’adresse cette initiative ? Qui peut venir ? Qui peut être intéressé à venir le 19 mars à cette soirée Fund the Code! ?

    Louis-David Benyayer : C’est un événement qui est ouvert à tout le monde, qui est ouvert à tous les curieux qui veulent découvrir le logiciel libre. En vérité on s’est un peu appuyés sur ce que vous avez dit tout à l’heure, c’est-à-dire que le logiciel libre on l’utilise tous quotidiennement par l’utilisation d’Internet et de notre téléphone portable et on ne sait pas toujours que c’est du logiciel libre.
    Tous ceux qui ont envie de découvrir ces projets, les gens qui les portent surtout, c’est évidemment les gens qu’on souhaite attirer le plus. Également tous les porteurs de projets dans le Libre et l’open source qui veulent en profiter pour rencontrer des utilisateurs voire des contributeurs. C’est véritablement un événement qui est ouvert bien au-delà des développeurs libres et open source qui portent des projets.

    Frédéric Couchet : D’accord. C’est important de préciser, si je comprends bien, que le but de la soirée ce n’est pas uniquement la partie financement par rapport aux sponsors qui ont donné de l’argent, donc de répartir, en fait, par rapport aux différents projets, mais c’est aussi un appel à contribution. Des personnes qui ont envie par exemple d’aider soit en développement, soit en documentation, soit en autre chose par rapport à un projet libre, ces personnes peuvent venir à cette soirée et trouveront de quoi satisfaire leurs envies.

    Louis-David Benyayer : Exactement. On le fait, en fait, pour être une soirée qui permet de mettre en contact des gens qui développent des projets, qui ont sûrement besoin d’être soutenus par d’autres efforts, des gens qui sont des curieux, intéressés, qui veulent comprendre et puis des gens qui veulent s’engager un peu plus en contribuant à des projets. Parfois on n’a pas toujours autour de soi des projets qui nous mobilisent, eh bien là c’est l’occasion de découvrir ; ce soir-là, il y a aura une quinzaine de projets qui se présenteront et ce sera peut-être l’occasion pour certains de contribuer à l’un ou à l’autre.

    Frédéric Couchet : D’accord. Quels types de projets vont être présentés ? Dans quels domaines d’activité ?

    Louis-David Benyayer : Fun the Code! c’est la quatrième édition qu’on organise. On a commencé en 2013 ; l’événement s’appelait précédemment Hackadon. On sollicite des projets qui sont bien sûrs issus du logiciel, mais également qui peuvent aller dans des démarches contributives sur la connaissance, même si ce n’est pas un projet qui s’est porté candidat comme Wikipédia. On a eu par exemple comme projet les années précédentes OpenStreetMap ou Open Food Facts qui ne sont pas exclusivement des logiciels, mais des activités contributives.
    Cette année on a une dizaine de projets, on a dix projets qui ont été sélectionnés et qui sont principalement dans le logiciel ou des plateformes. On a des projets qui sont plutôt connus comme AdAway qui est un bloqueur de publicité ou comme KIWIX et puis on a des projets qui sont très émergents.

    Frédéric Couchet : C’est quoi KIWIX ?

    Louis-David Benyayer : C’est un projet qui apporte des contenus Internet aux gens qui n’ont pas accès à Internet, donc qui permet d’avoir accès à des contenus.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Louis-David Benyayer : Et puis on a des projets qui ont une notoriété en devenir : Sugarizer qui est une plateforme pédagogique libre pour les six-douze ans ou bien Pytition qui est logiciel d’auto-hébergement de pétitions en ligne.
    Donc on est sur des projets qui sont soit déjà un petit peu avancés mais qui peuvent témoigner d’un progrès, soit des projets qui sont en train d’émerger et sur lesquels on a l’envie et le souhait de leur donner un coup de projecteur.

    Frédéric Couchet : D’accord. Parmi les sponsors, quels types de structures, on peut même citer des noms, soutiennent cette quatrième édition ?

    Louis-David Benyayer : Oui. On a des sponsors. Cette année on en a cinq : on a Kisio Digital qui est une solution open source dans la mobilité ; Xkiwi qui est sur une solution de contenus ; BlueMind.

    Frédéric Couchet : XWiki.

    Louis-David Benyayer : XWiki, pardon, j’ai bugué, BlueMind de messagerie, on a aussi un organisateur de conférences qui s’appelle API Days et puis la Société Générale. Donc entre BlueMind, XWiki et la Société Générale il y a un monde en termes de taille. En tout cas vous voyez qu’il y a une diversité à la fois en termes de taille et en termes de projets. Je pense que ce qui les unit dans leur motivation à soutenir l’événement c’est qu’ils sont tous utilisateurs ou producteurs ou les deux de logiciels libres et qu’ils ont conscience qu’il faut, à certains moments, soutenir des projets qui émergent, donc ils ont envie de contribuer à cet événement qui s’est donné cette mission.

    Frédéric Couchet : Comme c’est marqué sur le site qu’on n’a pas encore cité mais que je vais citer, fundthecode.org, c’est marqué ; la phrase d’accroche c’est : « Les logiciels libres ne poussent pas dans les arbres », donc il faut évidemment les soutenir.
    D’un point de vue pratique, est-ce que les personnes qui sont intéressées doivent s’inscrire ? Est-ce que l’accès est payant ? Est-ce qu’il y a un programme prédéfini ? Ça commence à 19 heures, est-ce qu’il y a un horaire de fin ? Comment ça se passe en pratique ?

    Louis-David Benyayer : Pour venir c’est très simple, il suffit de s’inscrire sur le site fundthecode.org. Il n’y a aucune exigence à part celle de donner son nom pour qu’on puisse savoir un petit peu combien de personnes risquent de venir. Il n’y a évidemment pas de contribution financière exigée, il n’y a aucune contrainte particulière, tout le monde peut venir. La soirée commence à 19 heures. On a Jean-Baptiste Kempf qui fera l’introduction. Ensuite on a dix projets qui vont se présenter, ils auront chacun entre cinq et dix minutes pour se présenter, donc ça va durer…

    Frédéric Couchet : Une petite heure.

    Louis-David Benyayer : Entre une heure et demie et deux heures, parce qu’on va probablement faire une petite pause au milieu. Ensuite on a aussi ouvert la porte aux projets qui ont candidaté mais qu’on n’a pas retenus — on a eu plus de 20 candidatures et il y en a seulement 10 qui se proposeront pour récolter des gains — eh bien on leur laissera aussi du temps pour se présenter brièvement. Tout ça devrait nous amener autour de 22 heures et on continuera avec celles et ceux qui souhaitent prolonger les discussions jusqu’à une heure plus tardive.

    Frédéric Couchet : Ou une heure tôt le matin ! Je ne sais pas. Là on a parlé de l’initiative et de la soirée. On va le rappeler une nouvelle fois le 19 mars au Liberté living-lab, 9 rue d’Alexandrie dans le 2e arrondissement à Paris. C’est organisé par Fund The Code !. Fund The Code ! c’est une organisation ? C’est une association ? Qui porte ce projet-là en fait ?

    Louis-David Benyayer : Il n’y a pas de structure juridique. C’est principalement des individus. Cette année on est trois à l’organiser : Bastien Guerry, développeur, qui est l’initiateur de ce projet, qui a coorganisé la totalité des quatre éditions, et puis Rudy Cambier du Liberté living-lab. Cette année nous sommes les trois individus qui organisons cet événement. Donc on est totalement bénévoles sur l’organisation de cet événement ; il n’y a pas de structure qui porte de façon significative cet événement-là.

    Frédéric Couchet : D’accord, donc ce sont des énergies bénévoles. Là on parle d’un événement qui a lieu à Paris, mais on peut se poser la question : est-ce que des événements sont prévus ailleurs ? Si des structures ou des personnes souhaitent organiser un événement Fund The Code ! ailleurs qu’à Paris est-ce qu’elles doivent vous contacter ? Comment ça se passe ? Comment des personnes peuvent rejoindre l’initiative ?

    Louis-David Benyayer : C’est tout à fait ce qu’on souhaite, c’est-à-dire qu’il y ait des soirées similaires qui aient lieu à d’autres endroits. Lors de l’édition 2015 il y avait déjà eu un Fund The Code ! à Orléans, donc c’est tout à fait possible, la marque n’est pas du tout protégée, il n’y a pas du tout de licence particulière pour le faire. Sur le site sont présentes un certain nombre de ressources qui devraient permettre d’y parvenir seuls. Ensuite nous on est tout à fait disposés à recevoir ces propositions pour les soutenir et les aider le plus possible en leur transférant notre expérience, les outils qu’on a utilisés et nos méthodes. On souhaite aussi que le site fundthecode soit un peu la pierre angulaire numérique des événements qui ont lieu. Très concrètement, si vous avez envie d’en organiser un, vous vous rendez sur le site, vous consultez ce qui est déjà disponible et si vous avez besoin qu’on vous aide, vous nous écrivez et on le fera.

    Frédéric Couchet : Je crois que c’est parfait. Je vais rappeler la date, donc mardi 19 mars de 19 heures à plus tard dans la soirée au Liberté living-lab 9 rue d’Alexandrie dans le 2e arrondissement de Paris. Le site c’est fundthecode.org et la référence est aussi sur le site de l’April. Louis-David est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose ?

    Louis-David Benyayer : Non. Écoutez je crois que notre événement fait un peu écho aux discussions précédentes que j’ai pu suivre, il y a un lien quand entre l’open source et les logiciels et les questions de liberté individuelle. Donc évidemment soutenir les logiciels libres et open source dans une certaine mesure c’est aussi contribuer à un monde plus équilibré entre l’individu et les institutions.

    Frédéric Couchet : C’est une belle conclusion. C’était Louis-David Benyayer, de l’initiative Fund The Code ! qui se déroule le 19 mars à Paris, donc fundthecode.org. Merci Louis-David et puis à bientôt. Je vous souhaite une bonne journée.

    Louis-David Benyayer : À très bientôt.

    Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin l’émission ; un petit jingle, s’il vous plaît.

    Jingle musical : basé sur Sometimes par Jahzzar.

    Frédéric Couchet : Quelques annonces, des annonces qui ne vont pas vous surprendre. La campagne contre l’article 13 mais aussi l’article 11 de la proposition de directive droit d’auteur se poursuit. Vous avez plusieurs sites de référence. Vous allez sur april.org, vous allez sur saveyourinternt.eu, vous avez pledge2019.eu, vous avez aussi laquadrature.net. J’en profite pour signaler que nous ferons un point sur la directive la semaine prochaine dans l’émission avec Anne-Catherine Lorrain qui travaille pour le groupe des Verts au Parlement européen. Nous ferons un petit point de 15-20 minutes pour savoir où ils en sont dans leurs discussions.
    Nous en avons parlé longuement dans l’émission, bien sûr, de la campagne contre la proposition de règlement terroriste/censure sécuritaire, donc là le site de référence c’est laquadrature.net.
    Dans les autres annonces, nos camarades de Reflets.info – Reflets c’est un journal d’investigation en ligne et d’information-hacking – vont produire des documentaires d’investigation. Le site de Reflets, c’est reflets.info, avec un s à reflets, r, e, f, l, e, t, s. Ils se lancent dans la réalisation de documentaires. Le thème de leur premier documentaire, c’est marqué sur le site, reste confidentiel, ce qu’ils peuvent dire simplement c’est qu’il portera sur l’utilisation de l’argent public, sur des contrats publics importants, sur des sociétés privées qui ont obtenu des contrats juteux, des mélanges de genres pour des hommes politiques partis pour le privé. Bref ! D’un truc qui comme dirait l’autre « nous coûte un pognon de dingue ». Je vous encourage, il y a un appel à soutien financier, de mémoire je crois que la somme demandée est à peu près 20 000 euros pour la réalisation de ce documentaire et c’est soutenu par pas mal d’organisations, donc reflets.info, reflets avec un s. Ça c’est important à soutenir.

    Sinon dans les actualités Le Libre en Fête proposé par l’April et organisé par les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres, se poursuit, je vous rappelle que c’est du 2 mars au 7 avril 2019. Le site c’est libre-en-fete.net. On a parlé des événements de La Quadrature cette semaine. Si jeudi vous vous ennuyez, vous avez la soirée de contribution au Libre à la FPH dans le 11e donc à Paris. Évidemment tous les autres événements vous les retrouvez sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

    Notre superbe générique a commencé. J’en profite pour remercier Étienne Gonnu qui a assuré la régie et l’animation du sujet sur la censure sécuritaire.
    Je remercie également Patrick Creusot, bénévole à l’April, qui a pris le relais pendant qu’Étienne était à la table ici.
    Je remercie nos autres invités : Jean-Christophe Becquet président de l’April, Martin Drago et Arthur Messaud de la Quadrature du Net et Louis-David Benyayer de l’initiative Fund the Code!

    Vous retrouvez sur notre site web april.org une page avec toutes les références utiles, qui va être mise à jour après l’émission car nous avons cité quand même pas mal de références.

    La prochaine aura lieu mardi prochain, mardi 19 mars 2019 à 15 h 30. Notre sujet principal portera sur les outils multimédias libres pour l’image et la vidéo ; on parlera notamment de Gimp, de Kdenlive, de Blender et aussi de mode de fonctionnement de ces projets et de leur financement.

    Nous vous souhaitons de passer une belle journée, on se retrouve mardi prochain et d’ici là portez-vous bien.

    Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

    Revue de presse de l'April pour la semaine 11 de l'année 2019

    lun, 03/18/2019 - 13:22

    Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

    [Le Telegramme] Défis. Une association avec plusieurs missions

    Le dimanche 17 mars 2019.

    L’association Défis organisait, vendredi, la journée du Libre et une opération portes ouvertes de ses locaux, boulevard Leclerc. Durant toute la journée, les bénévoles et salariés de Défis ont reçu un nombreux public venu s’informer sur les différentes missions de l’association et les logiciels libres.

    [ZDNet France] Une vulnérabilité découverte dans le système de vote suisse pouvait modifier l'issue du vote

    ✍ Catalin Cimpanu, le samedi 16 mars 2019.

    Un correctif a été déployé dans le système de vote électronique de la Suisse, qui devrait être déployé plus tard cette année.

    Et aussi: [L'OBS] Et si l'Europe défendait sa souveraineté numérique face aux Gafa?

    ✍ Thierry Noisette, le vendredi 15 mars 2019.

    Loin derrière les géants chinois et américains, l’Union européenne doit agir pour reprendre place dans la révolution numérique, plaide un avis du CESE.

    Et aussi: [Reporterre, le quotidien de l'écologie] Amers, déçus, enthousiastes... vos avis sur le «grand débat national»

    Le jeudi 14 mars 2019.

    Le «grand débat national» lancé par Emmanuel Macron comme réponse au mouvement des Gilets jaunes se termine en fin de semaine. Que pouvons-nous en penser? Reporterre a posé la question à plusieurs personnes qui y ont participé, Gilet jaune ou pas.

    [Next INpact] Directive Droit d'auteur: notre schéma pour comprendre l'article 13

    ✍ Marc Rees, le mercredi 13 mars 2019.

    Alors que la proposition de directive sur le droit d’auteur sera soumise au vote du Parlement européen fin mars, David Kaye, rapporteur spécial des Nations Unies, s’inquiète des effets de l’article 13 sur la liberté d’expression. Les ayants droit contestent les risques de filtrage. Next INpact publie un schéma décrivant cette disposition phare.

    Et aussi: Voir aussi: [L'ADN] 30 ans du Web: le revenge porn et les cyber-attaques ne sont pas nouveaux

    ✍ Marine Protais, le mardi 12 mars 2019.

    Le Web fête ses trente ans. Son anniversaire fait resurgir l’idée que le Web utopique du départ aurait glissé vers une version cauchemardesque. Cette conviction doit être relativisée. L’historienne Valérie Schafer rappelle que les conduites criminelles existent depuis les débuts, tout comme les initiatives visant à en faire un espace où règne créativité et égalité.

    Et aussi: [El Watan] «L'ESS est une économie du réel et de plus équitable»

    Le lundi 11 mars 2019.

    Thierry Jeantet est le fondateur en 2004 et désormais ancien président du Forum international des dirigeants de l’économie sociale et solidaire / Les Rencontres du Mont-Blanc, devenues en 2017 ESS Forum international. Militant et acteur de l’économie sociale et solidaire (ESS), dans laquelle il voit une alternative au capitalisme, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’ESS et d’autres, à caractère politique. ll est depuis le 7 juin 2018, président de la Fondation Ag2r La Mondiale et, depuis sa création, administrateur de la Fondation Macif.

    Le CESE préconise l'usage des logiciels libres pour une politique de souveraineté européenne

    lun, 03/18/2019 - 11:36

    Le 13 mars 2019, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) publiait son avis « pour une politique de souveraineté européenne », présenté par son rapporteur Benoît Thieulin. Prenant acte des enjeux profondément politiques liés à la position dominante des silos technologiques essentiellement américains et chinois, notamment dans des considérations écologiques, le Conseil préconise l'usage de logiciels libres et le soutien à leur développement à l'échelle européenne.

    Près d'un an après la Cour des comptes, qui validait le recours aux logiciels libres au sein de l'État dans son rapport public annuel 2018, le CESE — chambre consultative de valeur constitutionnelle — rappelle dans sa préconisation n°17 qu'une « politique de souveraineté européenne » ne peut faire l'économie d'une stratégie politique volontaire en faveur du logiciel libre. Sans limiter son analyse au premier niveau évident d'un usage effectif de logiciels libres par les administrations publiques, l'avis met en avant le rôle moteur de soutien au développement que doit jouer la puissance publique au profit d'une informatique libre au service de tous : penser l'informatique comme un « bien commun », ou un commun informationnel, pour répondre efficacement aux enjeux d'interopérabilité, de neutralité mais aussi écologiques qui s'y attachent.

    Préconisation n°17 : Établir au niveau européen les régulations fondamentales de l’usage des blockchains et des logiciels libres et soutenir leur développement par la mise en place de coopératives de développeurs, l’introduction de quotas dans les appels d’offres publics et le financement de projets répondant à des besoins collectifs au plus près des territoires. Les régulations devront permettre l’émergence de gouvernances non énergivores ouvertes sur la société civile, et garantir l’interopérabilité et la neutralité des solutions proposées. »

    Le gouvernement français qui semble prompt à rappeler son attachement au logiciel libre, démontre systématiquement son refus de traduire en actes ses paroles en s'en remettant à des arguments éculés. Le retour en arrière annoncé à la DINSIC (Direction interministérielle au numérique)1 dont la politique en faveur du logiciel libre était l'objet de la recommandation du rapport de la Cour des comptes, le rejet d'une priorité au logiciel libre dans l'Éducation nationale, en sont les plus récents exemples. Le gouvernement sera inspiré de prendre dûment en compte l'avis du CESE dont une des traductions effectives est l'inscription dans la loi d'une priorité au logiciel libre et aux formats ouverts dans les administrations publiques.

    La préconisation du CESE est détaillée dans l'avis à partir de la page 43, extrait :

    « Au-delà d’applications ou de technologies particulières et face aux positions dominantes d’opérateurs issus d’États tiers, l’UE aura avantage à développer une culture de la pluralité des systèmes et à favoriser la diversité du monde numérique afin de préserver la liberté de choix des acteurs. Face à un modèle numérique américain fondé sur le marché et la concentration capitalistique et technologique, et un modèle chinois fondé sur un contrôle et une surveillance étroits du net par les autorités , elle gagnerait à privilégier le modèle des biens communs – celui d’un socle technologique et juridique reposant sur des règles élaborées en commun et sous contrôle public . Pour atteindre cet objectif, l’UE a intérêt à :

    […]

    - développer le recours à des logiciels libres (open source), dont le code est accessible et auditable : le logiciel Open Street Map, utilisé par les services de la présidence de la République française pour l’organisation des déplacements présidentiels, la plateforme Wikipédia, qui draine à elle seule plus du tiers des 300 millions de sollicitations journalières du moteur de recherche Google Search, ou encore la messagerie électronique protégée Proton, sont autant d’exemples de telles ressources ouvertes, écrites en open source en dehors des entreprises et des institutions et qui constituent de véritables opérateurs du bien commun. Une politique de soutien au développement de ces ressources peut passer par la mise en place de coopératives permettant de réunir plusieurs développeurs de petite taille, de manière à atténuer le déséquilibre de forces existant face aux GAFAM ; elle peut également prévoir l'obligation d’une proportion de logiciels libres dans les réponses aux appels d’offres publics. Un soutien financier pourra être apporté aux niveaux européen, national et régional aux projets visant à développer des solutions alternatives fondées sur le logiciel libre pour des services jugés d’intérêt général (géolocalisation, contenus éducatifs et culturels, valorisation des régions et du patrimoine, etc.).

    Proscrire l'utilisation d'algorithmes de filtrage à priori

    Sans prendre position sur le fond de la directive droit d'auteur encore en cours de discussion, et contre laquelle l'April appelle à une mobilisation massive, l'avis met intelligemment en garde, page 31, contre les algorithmes de filtrage automatisé, objet de l'article 13, et leur potentiel impact sur la neutralité du Net.

    « En matière de lutte contre les contenus illicites et les informations mensongères, comme en matière de protection du droit d’auteur, il paraît donc à l’inverse préférable de défendre la neutralité du Net en proscrivant l’utilisation d’algorithmes de filtrage à priori. »
    • 1. Dans une interview accordée à Next INpact (article réservé aux personnes abonnées) le nouveau directeur de la DINSIC considère le logiciel libre comme un débat « du début des années 2000 ». « Le sujet n'est donc pas logiciel libre ou propriétaire » poursuit-il, s'appuyant donc sur une argumentation poussiéreuse dénuée de toute analyse politique sur la construction et la maîtrise des systèmes d'information.

    Pourquoi une bibliothèque universelle des logiciels ? Roberto Di Cosmo sur RFI

    sam, 03/16/2019 - 16:42


    Titre : « Pourquoi une bibliothèque universelle des logiciels ? »
    Intervenants : Roberto Di Cosmo - Caroline Lachowsky - Thomas Hervé Mboa Nkoudou en off - François Héran en off
    Lieu : Émission Autour de la question - RFI
    Date : septembre 2018
    Durée : 48 min 30
    Présentation de l'émission - Télécharger le podcast
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Photo prise le 13 janvier 2017, Encuentro con Roberto Di Cosmo: “Software Libre: Desafíos y contexto internacional” - Licence CC Attribution-NonCommercial 2.0 Generic
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Description

    Notre invité du jour, le chercheur en informatique Roberto Di Cosmo, s'interrogera autour de la question suivante : « Pourquoi une bibliothèque universelle des logiciels ? » Pourquoi une bibliothèque universelle (une bibliothèque d’Alexandrie) des logiciels ? Comment collecter, préserver et rendre accessible à tous, ce nouveau patrimoine commun de l’humanité ? Comment partager nos logiciels en toute liberté ? Avec Roberto Di Cosmo, chercheur en informatique détaché auprès d'Inria, directeur de l'initiative Software Heritage, professeur d'Informatique de l'Université Paris Diderot, et membre de l'IRIF [Institut de recherche en informatique fondamentale].

    Transcription

    Voix off : Autour de la question. D’où ça vient ? Qu’est-ce que ça va changer ? C’est pour qui ? À quoi ça sert ? Caroline Lachowsky.

    Caroline Lachowsky : Bonjour. Ravie de vous retrouver chers amis auditeurs pour une nouvelle saison avec Hugo Violasse à la réalisation cette année, autour de toutes les questions qui nous animent. J’en profite pour vous remercier de votre interactivité et de votre curiosité. Nous ferons d’ailleurs encore plus appel à vous pour nourrir nos échanges. Je vous en reparle très vite, car nous sommes concernés et tous contributeurs aujourd’hui et c’est précisément cette réflexion qui a amené notre invité. Le chercheur en informatique Roberto Di Cosmo, ardent défenseur de la diffusion des savoirs, a initié une bibliothèque universelle des logiciels. Une véritable bibliothèque d’Alexandrie pour collecter, préserver et rendre accessibles à tous les codes sources de tous les logiciels disponibles dans le monde. Soutenue par l’Unesco, cette initiative essentielle, Software Heritage1, arrive à point nommé pour préserver et mettre en commun ce nouveau patrimoine de l’humanité. Autour de la question pourquoi et comment partager nos logiciels en toute liberté ? Bienvenue.
    Bonjour Roberto Di Cosmo.

    Roberto Di Cosmo : Bonjour Caroline.

    Caroline Lachowsky : Merci d’être en direct avec nous. Vous êtes chercheur informaticien, professeur à l’université de Paris Diderot, détaché auprès d’Inria, l’Institut national de recherche en informatique, ardent défenseur des logiciels libres et de la diffusion de tous les savoirs. Vous êtes à l’initiative de ce fantastique projet de grande bibliothèque du code source, Software Heritage, inauguré à l’Unesco en juin dernier : la bibliothèque d’Alexandrie des logiciels a pour mission de collecter, d’organiser, de préserver et de partager tous les logiciels disponibles. C’est une initiative formidable, assez monumentale ; comment vous est venue cette idée Roberto Di Cosmo ?

    Roberto Di Cosmo : Tout d’abord je vous remercie beaucoup Caroline de m’accueillir pour parler de ce projet ; c’est quelque chose que je trouve passionnant. Pour comprendre effectivement il faut que je vous dise comment cette idée est née. Je suis un chercheur en informatique, avec les gens qui travaillent avec moi comme Stefano Zacchiroli et d’autres personnes de mon équipe, je travaille sur l’analyse et l’évolution des codes logiciels. Il y a à peu près quatre ans on avait commencé un certain travail d’analyse sur des logiciels, qui avait l’air de fonctionner plutôt bien, et c’était tout naturel de se poser la question et de dire comment on peut faire ce travail-là sur tous les logiciels qui existent ? Donc on a juste commencé à chercher en se disant il doit bien y avoir un endroit dans lequel il y a bien tous les codes sources de tous les logiciels ; il y a sûrement quelqu’un qui y a pensé. Et on a bien cherché, on a bien cherché à droite, à gauche, on n’a rien trouvé et, du coup, on a pris conscience d’un problème qui est quand même incroyable, c’est-à-dire que l’informatique est une discipline qui a changé, transformé, révolutionné notre monde, il y a des logiciels partout, ils sont nécessaires pour communiquer, pour transférer, pour acheter, pour s’entretenir, pour tout faire – et ils sont assez récents, ça fait une cinquantaine d’années que les logiciels ont commencé vraiment à transformer notre monde – et pourtant, personne jusque-là ne s’est soucié de préserver ce nouveau patrimoine des connaissances technologiques.

    Caroline Lachowsky : Un nouveau patrimoine de connaissances technologiques. Rappelons, on va y revenir, que les logiciels, les tout premiers sont toujours valables aujourd’hui. J’ai envie de vous poser la question : pourquoi maintenant ? Mais parce que maintenant peut-être qu’on est à une période charnière, justement, entre les débuts de l’informatique et puis cette croissance exponentielle des logiciels ?

    Roberto Di Cosmo : Absolument. Donc là, quand on a commencé à regarder – le sujet est immédiatement devenu passionnant quand on s’en est aperçu – on s’est rendu compte qu’on est à un moment vraiment charnière, un moment particulier dans l’histoire de l’informatique, parce que les premiers informaticiens un peu modernes, ceux qui commencé à travailler avec des vrais ordinateurs, datent d’il y a un petit demi-siècle. Un petit demi siècle c’est beaucoup pour la vitesse d’évolution de l’informatique mais c’est très peu par rapport à l’histoire d’une discipline.
    Donc on a une opportunité unique de pouvoir encore parler à la plupart des gens qui ont écrit les premiers logiciels, qui savent comment les logiciels qui ont fabriqué Internet, qui ont fabriqué le Web, qui ont fabriqué tout ça, ont été développés, pourquoi ils ont été faits de telle sorte ; ces personnes sont encore vivantes.

    Caroline Lachowsky : Donc on peut aller les voir et on peut leur demander comment elles ont fait leur code et récupérer tous ces codes sources. C’est ça ?

    Roberto Di Cosmo : On peut aller les voir. Exactement. Et ça c’est une opportunité unique parce que dans d’autres disciplines ! Je parle des mathématiques : moi j’aimerais bien pouvoir parler avec Archimède et lui demander pourquoi il a fait les choses comme ça, mais c’est un peu trop tard, il y a 2000 ans qui sont passés ! J’aimerais bien parler avec Leibnitz, avec Newton, avec Pascal, mais c’est un peu trop tard, ils sont déjà tous partis, alors que dans l’informatique l’essentiel des gens est encore là. Donc il y a cette possibilité de tout récupérer et, en plus, si vous regardez – on a des chiffres, on peut regarder comment ça fonctionne – aujourd'hui on voit que le développement des logiciels explose. Il n’y a jamais eu autant de logiciels qui sont développés. Donc non seulement on peut récupérer le passé, mais on se trouve aussi dans une phase où il est vraiment nécessaire de construire l’infrastructure de préservation pour s’assurer que demain on ne devra pas faire un effort inhumain pour récupérer des choses qu’on perd. Chaque année qui passe, la quantité de logiciels à préserver grandit et il faut s’y mettre tout de suite pour que la tâche ne soit pas infaisable.

    Caroline Lachowsky : Pour collecter ce qui est fait et ensuite pour pouvoir les relire, si j’ose dire, sur tous les supports parce que cette question est là aussi, évidement.

    Roberto Di Cosmo : Évidemment ! Et c’est très bien qu’on ait parlé de ça parce que vous voyez, on peut se poser la question et savoir : mais d’accord, mais les logiciels, moi je suis pas informaticien pourquoi ça devrait m’intéresser ? D’un côté, il faut savoir que les logiciels arrivent en deux fois : il y a les logiciels exécutables qu’on peut trouver sur son téléphone ou sur son ordinateur, qu’on utilise pour faire une tâche particulière, ça c’est bien, mais ces logiciels exécutables-là ne sortent pas d’un chapeau ; ils ont été écrits, et regardez, on utilise vraiment le terme « écrire un logiciel ». Les logiciels sont écrits par des développeurs, par des êtres humains, qui peuvent être des développeurs, des ingénieurs, des chercheurs, des hobbyistes, des personnes qui ont appris l'informatique toutes seules et qui écrivent ces logiciels dans ce qu’on appelle des langages informatiques. Ces langages informatiques et ces codes sources des logiciels sont une forme de connaissance spéciale parce qu’ils sont faits pour qu’un autre développeur puisse les lire, parce qu’on a besoin de les modifier peut-être dans une semaine, peut-être dans un mois, et peut-être que la personne qui va les modifier ça va être moi-même donc j’ai intérêt à ce que ça soit lisible. Et en même temps, ils sont suffisamment techniquement détaillés pour produire les exécutables qu’on utilise partout.
    Donc nous on se focalise sur les codes sources et pourquoi les codes sources ? Parce que justement, comme ils sont faits pour être lus par des êtres humains, ils ont la propriété qu’on pourra toujours les relire et comprendre ce qu’ils font, même quand les machines sur lesquelles ils pouvaient s’exécuter n’existeront plus.

    Caroline Lachowsky : Autour de la question. Pourquoi et comment l’heure est venue de collecter et de partager tous ces codes sources de nos logiciels en toute liberté ? Petit rappel historique et chronologique de cette informatisation de notre monde. C’est le mix forcément codé et programmé par Hugo Violasse.

    Voix off : Le premier programmeur au monde est une programmeuse. Et ça, c’est l’histoire d’Ada Lovelace2 ; elle s’est passionnée pour la machine analytique. Dans une de ses notes, elle décrit l’enchaînement d’instructions qu’il faut donner à la machine pour réaliser une suite mathématique, mais pas seulement l’algorithme qui permet de réaliser cette suite, elle décrit jusqu’à la position des rouages. Et ça, traduire un algorithme dans une séquence d’instructions qu’il faut donner à un ordinateur pour qu’il le réalise, c’est de la programmation informatique.

    — C’est incroyable ça !

    — Ça c’est un ordinateur qui ne peut rien faire comme ça. Ce qu’on fait c’est qu’on prend une cassette et, à partir de là, cette cassette contient des programmes pour l’ordinateur et, vous avez vu, j’ai appuyé sur un bouton, j’appuie sur autre bouton et maintenant on va charger le programme.

    — Ah ! Vous êtes le nouveau prof d’informatique, c’est ça ?

    Voix off de Richard Stallman : J’ai décidé de porter la liberté aux utilisateurs de l’informatique. Le but est d’éliminer le logiciel pas libre et de le remplacer par du logiciel libre. Le logiciel privateur ne doit pas exister.

    b>Voix off : Tant mieux, parce que moi, j’adore ça la liberté !

    Voix off de Roberto Di Cosmo : Il n’y a pas un catalogue central de tous les logiciels ; nous utilisons tout le temps des plateformes diverses et variées, pour développer, pour distribuer.

    b>Voix off : C’est là, à Alexandrie, qu'il met en place un projet qu’il a imaginé pour la Grèce c’est-à-dire réunir tous les savoirs du monde au même endroit. L’idée est magnifique, il faut juste la réaliser !

    — Ouais, il n’y a plus qu’à réunir les gars maintenant.

    Caroline Lachowsky : Il n’y a plus qu’à… Roberto Di Cosmo ; c’est vite dit sauf que c’est un travail de titan, monumental. Est-ce qu’on pourrait avoir une idée, après ce résumé de l’informatique au cours de notre siècle – on a même entendu Richard Stallman, celui qui nous met en avant les logiciels libres –, est-ce qu’on peut avoir une idée du volume de données monstrueux que vous avez à traiter pour cette bibliothèque universelle des logiciels ?

    Roberto Di Cosmo : Effectivement, c’est une très bonne question : il y a combien de codes sources logiciels informatiques qui sont à l'extérieur. Je peux déjà vous dire ce que nous avons trouvé. Au bout de quatre ans de travail, parce qu’on a quand même commencé à travailler il y a un petit moment pour construire l’infrastructure.

    Caroline Lachowsky : L’infrastructure de cette bibliothèque universelle des logiciels et commencé à les collecter ; c’est ça ?

    Roberto Di Cosmo : Eh oui, exactement, commencé à les collecter. Parce que si vous voulez, d’une certaine façon, on a besoin de construire une infrastructure, un énorme aspirateur qui se connecte aux différents endroits de la planète dans lesquels on développe les logiciels, en particulier, en premier lieu, les logiciels libres, et qui les récupère avec toute leur histoire de développement. Donc on sait en détail quelle ligne de code a été rajoutée, par qui, à quel moment, pourquoi ; ça c’est vraiment passionnant et fascinant.
    Là, aujourd’hui, on a déjà identifié plus de 80 millions d’origines à partir desquelles on récupère ces logiciels et après, en regardant ce qu’il y a là-dedans, on a trouvé plus de 4 milliards et demi de fichiers sources tous différents, parce qu’un même fichier source peut-être réutilisé à plusieurs endroits mais nous on ne le garde qu’une seule fois. Donc il y a plus de 4 milliards et demi de fichiers sources tous différents qui ont été développés. Dans notre bibliothèque, si vous regardez, le logiciel le plus ancien date des années 70, voire un peu avant, et le logiciel le plus moderne date peut-être d’hier, parce qu’on ne collecte pas seulement le passé, mais aussi tout ce qui se développe aujourd’hui.

    Caroline Lachowsky : Vous m’avez montré sur votre ordinateur tout à l’heure le code source d’Apollo. Incroyable, avec des commentaires, en plus, Roberto Di Cosmo.

    Roberto Di Cosmo : Absolument. Si vous regardez, dans cette énorme bibliothèque on trouve de vrais trésors. Un de ces trésors que j’adore particulièrement c’est le code source du système de commande de l’Apollo 11 qui a plusieurs particularités. Tout d’abord parce qu’effectivement, là on a mentionné Ada Lovelace, mais la personne qui a piloté l’équipe qui a développé ce logiciel s’appelle Margaret Hamilton]3 ; c’est une dame incroyable.

    Caroline Lachowsky : Une femme informaticienne.

    Roberto Di Cosmo : Une femme informaticienne qui a 82 ans aujourd’hui. J’ai eu la chance de la rencontrer il y a quelques mois lors d’une conférence internationale ; elle est toujours aussi brillante, aussi géniale que ce qu’elle était à l’époque où elle développait ces codes-là.
    Donc on trouve de vrais trésors, parce que vous voyez, à l’époque, l’ordinateur de l’Apollo 11 c’était un ordinateur qui était très avancé pour l’époque mais qu’on programmait avec des langages informatiques qui étaient de très bas niveau, très proches de la machine. On souffrait beaucoup pour programmer tout ça donc on mettait énormément de commentaires. Les commentaires sont faits pour des êtres humains, pour leur dire « regarde, l'instruction suivante va faire telle ou telle autre chose ». Et dans ce qu’on a regardé ensemble tout à l’heure, il y avait justement un fragment du programme d’allumage des réacteurs de l’Apollo 11 qui est développé d’une façon un peu particulière. Du coup, les commentaires des développeurs sont géniaux parce qu’il y a un des développeurs qui écrit, qui reprend l’ancienne devise honni soit qui mal y pense, c’est-à-dire « ne pensez pas mal ; si on a codé comme ça c'est qu'on n’avait pas le moyen de faire mieux » et plus tard un autre qui écrit noli me tangere, « ne pas toucher si vous ne savez pas ce que vous faites ». Ça c’est une partie qui est super délicate dans les commandes de l’Apollo 11.

    Caroline Lachowsky : Que ce soit pour l’Apollo ou que ce soit pour les commandes d’un avion, il vaut mieux ne pas toucher au code source !

    Roberto Di Cosmo : Il vaut mieux ne pas toucher si on ne sait pas ce qu’on fait. D’accord ! Il faut un peu regarder.
    Donc on peut encore relire tout ça et, en relisant ces codes, on voit vraiment une histoire passionnante. Et vous voyez, les instructions pour l’ordinateur vont finir dans l’ordinateur, mais les commentaires ne disent rien à l’ordinateur ; ils nous parlent à nous, ils nous racontent une histoire humaine. L’histoire de l’informatique est une histoire d’êtres humains, d’hommes et de femmes qui ont travaillé ensemble, qui ont passé des nuits et des jours de passion pour construire cette infrastructure logique qui change le monde d’aujourd’hui.

    Caroline Lachowsky : Qui change le monde d’aujourd’hui !

    Roberto Di Cosmo : Et c’est cette histoire qu’on veut construire.

    Caroline Lachowsky : Voilà. Vous voulez construire cette histoire et vous nous montrez aussi que ces logiciels, ces codes sources, sont quoi ? Des sortes d’objets vivants, enfin sur lesquels on peut aussi travailler aujourd’hui encore.

    Roberto Di Cosmo : Absolument. C’est tout à fait ça. C’est important de comprendre que les codes sources des logiciels sont des objets nobles. Ce sont des créations de l’esprit humain ; ils sont développés par des êtres humains et maintenant, comme la complexité technologique grandit énormément, très souvent ce sont des gros logiciels. Prenez les navigateurs internet comme Firefox, prenez des systèmes de base de données comme PostgreSQL ou d’autres, du traitement d’images comme Gimp, ce sont des logiciels qui font des centaines, des milliers, voire des millions de lignes de code. Une seule personne ne peut pas se permettre d’écrire tout ça toute seule, donc on écrit de façon collaborative et on travaille ensemble sur cet objet, sur des plateformes qu’on appelle souvent des forges logicielles pour travailler ensemble. Et c’est fascinant. Par exemple, si on veut comparer avec la littérature, le code source on l’écrit, on l’écrit comme on écrirait un texte, et là aussi c’est important de savoir pourquoi tel texte a été écrit de telle façon. Dans notre approche traditionnelle à la littérature, d’abord on sélectionne les livres qui sont importants et, une fois qu’on a trouvé un livre qui est important, je ne sais pas, de Zola, de Hugo, eh bien on passe des nuits et des semaines et des années avec des étudiants dans les bibliothèques à chercher les lettres, les notes, les brouillons de ces écrivains.

    Caroline Lachowsky : Comment ont été écrits ces chefs-d’œuvres.

    Roberto Di Cosmo : Pourquoi ils ont décidé d’écrire comme ça, etc. Dans le monde de l’informatique, pour les besoins de l’informatique, on garde la trace de tous ces développements au moment où on développe. Du coup, il y a peut-être des logiciels qui ne sont pas très intéressants, ce n’est pas grave, mais quand on a un logiciel intéressant, on a toute cette trace. Donc nous ne gardons pas seulement des codes sources mais aussi toute la trace de développement.

    Caroline Lachowsky : La trace humaine derrière ! On reconnaît bien l’humaniste et informaticien que vous êtes, Roberto Di Cosmo, et vous avez choisi évidemment d’écouter Birdy sur RFI People Help The People.

    [Pause musicale]

    Caroline Lachowsky : Birdy sur RFI, People Help The People. C’est votre choix Roberto Di Cosmo et pour cause, l’entraide, le partage, c’est la source même de cette bibliothèque universelle des codes sources.

    Roberto Di Cosmo : Vous avez raison Caroline, c’est un de mes moteurs intérieurs depuis très longtemps. À la fois comme enseignant en informatique, comme professeur d’université, comme chercheur, ma mission a toujours été de partager à la fois la connaissance et la passion pour la connaissance. Il ne suffit pas juste de partager les notions, il faut aussi partager la passion. Et là c’est une vraie passion de partager un peu cette histoire de l’informatique parce que, autant la plupart des personnes qui nous écoutent ne sont pas directement capables de lire un programme informatique aujourd’hui, autant dans quelques années — le travail qu’on fait c’est sur le long terme — la plupart d’entre nous seront capables de lire un peu le code informatique de la même façon que la plupart de nous sont capables, aujourd’hui, de faire un peu de maths, de faire un peu d’histoire, de faire un peu de philosophie ; petit à petit l’informatique entre dans les écoles.
    Donc on construit cette infrastructure pas seulement pour aujourd’hui mais vraiment pour le futur, pour les générations futures.

    Caroline Lachowsky : Pour les générations futures, pour qu’elles soient capables de revenir à la source, justement, de tous ces logiciels que nous utilisons et pour les générations futures sur tous les coins de la planète parce que vous qui êtes très sensible à ces questions de partage, de transfert, de diffusion des savoirs, comment faire pour que cette bibliothèque universelle des logiciels puisse être accessible à ceux qui en ont le plus besoin et je pense notamment au grand Sud, à nos auditeurs sur le contient africain, en Amérique latine, ailleurs que là où on pense qu’ils sont fabriqués ces logiciels.

    Roberto Di Cosmo : Effectivement. Ça c’est vraiment la question de l’universitaire. Un des aspects magiques de l’information et de l’informatique, de l’Internet d’aujourd’hui, c’est qu’effectivement une infrastructure comme celle-ci, peu importe où elle est fabriquée, elle peut rendre un service à tout le monde sur la planète et il ne faut pas oublier qu’il y a quand même des tuyaux, des fois, qui ne sont pas si grands que ça donc c’est très important qu’il n’y ait pas une seule copie de cette bibliothèque.
    Nous construisons ici, à Paris, ce projet magnifique de Software Heritage, mais dès le départ, dans notre tête, il y a eu cette idée de faire en sorte que, à terme, on arrive à avoir un grand réseau international de miroirs pour faire en sorte qu’il y ait une copie de tous ces contenus à différents endroits sur la planète. Pourquoi ? Pour rendre plus facilement accessible de l'endroit où l'on se trouve et aussi, éventuellement, pour adapter la présentation aux besoins des différentes personnes. Il y a des gens qui veulent faire de la recherche très avancée sur les contenus, ils ont une certaine infrastructure ; d’autres veulent juste le réutiliser ailleurs. Et il y a aussi un autre aspect, je vous le disais tout à l’heure : 80 millions de ressources en logiciels.

    Caroline Lachowsky : C’est monstrueux.

    Roberto Di Cosmo : C’est énorme ! Comment chercher dedans ce qui est intéressant. Donc là on essaie de nouer des partenariats avec des équipes de recherche, avec des entreprises, par exemple avec Qwant4 récemment, pour construire un moteur de recherche qui soit adapté au code source, qui facilite l’accès aux contenus pour tout le monde.

    Caroline Lachowsky : Pour tout le monde et qui permette aussi — ce dont on parle beaucoup aujourd’hui ce sont les questions de science ouverte — que tous les chercheurs aient accès à cela. À ce sujet je vous propose, Roberto Di Cosmo, d’écouter l’éclairage d’un chercheur camerounais, Thomas Hervé Mboa Nkoudou. Il est doctorant en communication publique à l’université de Laval au Québec ; il est président de l’APSOHA, l’Association pour la promotion de la science ouverte en Haïti et en Afrique francophone ; il a beaucoup travaillé sur toutes ces questions de libre accès, sur les obstacles aussi à l’adoption de la science ouverte par les étudiants africains. Il réagit depuis Yaoundé, au Cameroun, à la création de cette bibliothèque universelle des codes sources de logiciels.

    Thomas Hervé Mboa Nkoudou : En fait, pour moi, ça a toujours été très important cette idée d’ouverture et de partage de l’information et du code source ou de design qui existe. En tant qu’Africain et pensant à partir de l’Afrique, je dirais que c’est une grosse chance pour nous de pouvoir avoir accès à toutes ces données, de façon libre et de façon ouverte, parce que ça nous permet de contourner un certain nombre de barrières notamment financières. Pour moi c’est d’une importance capitale d’avoir accès aux codes.

    Caroline Lachowsky : Vous avez même mené une enquête sur les obstacles, finalement, à l’adoption de l’open science notamment chez les étudiants en Afrique, en Haïti. Quels sont ces obstacles ?

    Thomas Hervé Mboa Nkoudou : En fait, le projet SOHA5 est né du financement, d’aide du Canada qui visait justement à documenter l’invisibilité des chercheurs d’Afrique francophone et Haïtiens sur le Web scientifique. On se posait la question de savoir pourquoi avec tous les outils open qui existent aujourd’hui, ces Africains et Haïtiens sont toujours autant absents sur la scène internationale du savoir. Alors on a mené cette enquête-là qui nous a amenés vers neuf injustices cognitives. Nous les avons appelées des injustices cognitives, c’est-à-dire des obstacles qui nous empêchent de penser en tant qu’Africains parce qu’elle n’est pas forcément liée à nous, elle est quelquefois liée à la barrière linguistique, elle est liée à la barrière infra-structurelle, elle est liée à la barrière pédagogique… ; en tout cas il y en a neuf ; nous avons sorti un livre là-dessus avec mes collègues.

    Caroline Lachowsky : Et vous avez l’impression que justement ces bibliothèques universelles du code source, cette manière de partager le patrimoine logiciel de l’humanité, ça peut être particulièrement utile pour lever ces obstacles, les injustices cognitives pour les chercheurs africains ou pour les étudiants africains et haïtiens ?

    Thomas Hervé Mboa Nkoudou : C’est déjà un bon début, mais il faut se poser la question de savoir aussi dans quel sens ? Parce que le libre accès et l’ouverture aussi est un couteau à double sens. Parce s’il faut faire u peu une écologie du savoir sur le Web, on se rend compte que la majorité des savoirs disponibles proviennent d’une région du monde, notamment du Nord. Il faut donner aux Africains, donner aux universités africaines, aux institutions supérieures africaines, les infrastructures qui permettront aux chercheurs africains ou bien aux savants africains de générer la connaissance endogène.

    Caroline Lachowsky : Merci infiniment. On va en reparler avec vous certainement sur notre antenne Thomas Hervé Mboa Nkoudou. Est-ce que vous auriez, pour terminer, une question à poser à notre invité, en studio avec nous, Roberto Di Cosmo ?

    Thomas Hervé Mboa Nkoudou : Je ne sais pas quelles mesures ont été prises au niveau local, parce que l’Unesco c'est quand même une vraie puissance politique, ils peuvent vraiment faire avancer les choses au niveau africain. Donc j’aimerais bien savoir sur une structure au niveau du Cameroun, au niveau d’autres pays africains, quelles sont les dispositions qui ont été prises ? Parce qu’il est aussi vrai que l’Unesco, en tant que force politique, va peut-être s’arrêter au niveau étatique, au niveau exécutif, et l’information n’arrive jamais où ça devrait arriver, c’est-à-dire au niveau des étudiants par exemple, qui pour moi est la chose qui ferait changer les choses. Lors de sa présentation, qu’il nous présente un peu les dispositions pour qu’un étudiant qui n’est pas le neveu de tel ministre soit autant informé, autant impliqué dans la chose. C’est compliqué comme question, mais ce sont nos réalités.

    Caroline Lachowsky : Que pouvez-vous répondre, Roberto Di Cosmo, à cette question compliquée mais bien réelle de Thomas Hervé Mboa Nkoudou au Cameroun ?

    Roberto Di Cosmo : Effectivement. Il a soulevé tout un tas de questions. J’aimerais bien les reprendre dans un autre ordre.

    Caroline Lachowsky : Volontiers.

    Roberto Di Cosmo : Tout d’abord, ce qu’on appelle la science ouverte aujourd’hui m’appelle une petite réflexion. Vous voyez, à l’époque où moi j’étais étudiant, par exemple, je n’aurais jamais pensé à de la science fermée ; la science était naturellement ouverte. J’ai étudié à Pise qui était la patrie de Galileo Galilei qui est celui qui a créé la méthode scientifique – c’est ce que nous disons en Italie, je sais bien qu’en France on dit autre chose, mais l’important c’est que la méthode scientifique est là – et une partie essentielle de la méthode scientifique c’est la capacité pour d’autres de vérifier, indépendamment, ce que nous avons trouvé, nous, dans notre recherche.

    Caroline Lachowsky : Donc la science, pour vous, était essentiellement, fondamentalement ouverte.

    Roberto Di Cosmo : Fondamentalement ouverte parce que sinon ce n’est pas de la science. Comme disait Karl Popper qui est un épistémologue très influent du début du siècle passé, les occurrences non reproductibles n’ont pas d’intérêt pour la science. C’est nécessaire de pouvoir reproduire ces connaissances. Pour reproduire ces connaissances il faut regarder le monde d’aujourd’hui qui est un monde beaucoup plus complexe que celui de nos ancêtres il y a quatre ou cinq siècles. Vous avez des articles scientifiques qui décrivent ce qu’on a trouvé quand on fait de la recherche mais, très souvent aujourd’hui, quand vous regardez ces articles, un article vous dit que vous avez analysé un certain nombre de données, un certain jeu de données, que vous avez fait un certain type de calcul et que ce calcul a donné un certain résultat qui est le résultat scientifique. Je ne sais pas, par exemple 42. Eh bien si vous avez seulement l’article, vous n’avez pas les données, vous n’avez pas les logiciels avec lesquels on a fait les calculs, comment je peux bien vérifier, moi, que le résultat est bien 42 et comment je peux jouer avec pour apprendre des choses nouvelles, changer un peu les données, voir si le résultat reste toujours 42 ou si c’était un hasard, etc. ? Donc c’est vraiment nécessaire de rendre les articles scientifiques librement accessibles. Et là il y a une véritable barrière entre le Nord et le Sud qui vient du modèle de publication scientifique actuel qui est complètement inadapté au mode de transmission moderne dans lequel Internet permet de rendre les choses disponibles immédiatement, alors qu’on a bloqué tout ça derrière des barrières financières sur lesquelles il faudrait passer une émission entière.

    Caroline Lachowsky : Oui, il faudrait passer une émission entière. Rappelons quand même que vous êtes un ardent défenseur des logiciels libres.

    Roberto Di Cosmo : Et de l’open access.

    Caroline Lachowsky : Et de l’open access et que vous avez tout de suite senti ces obstacles, ces dangers, cette fermeture.

    Roberto Di Cosmo : Immédiatement.

    Caroline Lachowsky : Une fermeture on va dire quoi ? Économique, du savoir, enfin vraiment on a fermé un outil qui était totalement ouvert.

    Roberto Di Cosmo : Qui était totalement ouvert. Qui était censé être ouvert. Pour résumer en quelques lignes ma vision de ce qui s’est passé ; je suis suffisamment âgé pour avoir vécu la période avant Internet. Avant Internet, le mécanisme le plus efficace pour diffuser le savoir c’était effectivement de publier dans des journaux papier qui, après, étaient redistribués dans toutes les bibliothèques sur le monde ; il n’y avait pas d’autre solution.

    Caroline Lachowsky : Or aujourd’hui, avec Internet…

    Roberto Di Cosmo : Or aujourd’hui, avec Internet, cette façon de fonctionner est complètement obsolète ; on peut aller beaucoup plus vite. Mais si vous voulez, avant, l’économie d’avant Internet était une économie dans laquelle tout le monde trouvait son petit bénéfice : les chercheurs y trouvaient la façon la plus efficace de distribuer ; les bibliothèques avaient une façon de dupliquer les choses à un coût pas trop élevé ; les éditeurs se rémunéraient à côté. Aujourd’hui on est dans un monde dans lequel le travail habituel des éditeurs n’a plus de sens ; il faut distribuer plus facilement, plus rapidement, mais on a, entre temps, des entreprises milliardaires qui existent et qui freinent évidemment. Là il y a un changement de modèle économique ; ce changement-là n’a pas été complètement maîtrisé.

    Caroline Lachowsky : Et en même temps, vous qui êtes un ardent défenseur de l’open access, des logiciels libres, pour monter cette extraordinaire bibliothèque universelle du code source, donc pour collecter et partager cette science informatique, vous avez fait une fondation et qui est-ce qu’on retrouve ? Certains de vos « ennemis » entre guillemets des GAFAM, des gros stores, des grosses entreprises informatiques qui, au départ, voulaient tout fermer et qui, en fait, se rendent compte que ce n’est pas possible.

    Roberto Di Cosmo : Et là, si vous voulez, c’est quelque chose de fascinant ; vous avez raison de le rappeler. Il y a 20 ans j’avais écrit un livre6 qui était un peu au vitriol sur Microsoft. Vous savez des fois on dit : « Quand le sage indique que la lune, le sot ne voit qu’un doigt ». À l’époque j’étais très énervé contre un monopole complet sur la chaîne de l’information et il y a 20 ans, le monopoliste sur la chaîne de l’information s’appelait Microsoft. Si vous regardez, aujourd'hui ce ne sont pas tout à fait les mêmes.

    Caroline Lachowsky : Aujourd’hui ce sont les GAFA.Ce ne sont pas tout à fait les mêmes.

    Roberto Di Cosmo : Donc je ne suis pas très surpris de voir Microsoft qui devient plutôt partenaire en soutien. Je ne dis pas que tout est blanc, mais quand même, le monde n’a pas mal changé. Et effectivement on a besoin de contribuer à ce partage de la connaissance. Je reviens sur la partie science ouverte ; c’est important de partager les articles, c’est important de partager les données et jusque-là on avait un petit peu oublié que c’est bien d’avoir les articles et les données, mais si on n’a pas les logiciels avec lesquels on a fait les analyses, on est toujours incapable de reproduire le résultat scientifique.

    Donc ce qu’apporte Software Heritage, dans cet éclairage-là, c’est une plateforme internationale pour partager les codes sources des chercheurs, des recherches et, avec ça, on commence à travailler avec le ministère de la Recherche ici en France, on commence à collaborer avec des entités internationales, parce que c’est la même infrastructure qu’on utilise aussi pour le patrimoine culturel, c’est le même tuyau, mais qui a une finalité importante pour le partage des connaissances.

    Caroline Lachowsky : Et qui pourra donc être partagé sur la planète entière ?

    Roberto Di Cosmo : Sur la planète entière.

    Caroline Lachowsky : Dans le monde entier et réduire cette injustice cognitive dont parlait notre chercheur camerounais.

    Roberto Di Cosmo : Absolument. Mais il y a une autre partie dans l’injustice cognitive dont il parle c’est effectivement le fait qu’il faut exposer plus souvent les chercheurs des pays émergents à des modèles, des connaissances et à des modèles économiques plus avancés, sur lesquels on commence à travailler maintenant.
    Je reviens sur votre question sur Microsoft. Par exemple Microsoft, Oracle, ces entreprises-là, il y a 20 ans, ne juraient que par des logiciels propriétaires, fermés, et maintenant, si vous regardez 20 ans après, petit à petit, elles sont en train de prendre un énorme tournant, elles sont en train d’investir de plus en plus dans le développement des logiciels libres, elles contribuent aux logiciels libres. L’année passée Microsoft était le premier contributeur en logiciels libres sur la plateforme la plus connue qui s’appelle GitHub ; c’est étonnant mais en réalité c’est aussi naturel parce que la complexité des logiciels grandit à une telle vitesse qu’on ne peut plus se permettre de tout refaire tout seul et qu’il est nécessaire d’avoir des ingénieurs et des personnes qui connaissent bien ces logiciels ; et la meilleure façon de les connaître c’est de pouvoir mettre les mains dans le code source. Vous vous rappelez, c’est le code source qu’on peut lire en étant développeur.

    Caroline Lachowsky : Donc mettre les mains dans le cambouis du code source, ouvrir le capot de la machine.

    Roberto Di Cosmo : Dans le cambouis du code source, ouvrir le capot de la machine. Donc petit à petit les gens sont en train de migrer dans cette direction et c’est le même mouvement que vous voyez aussi dans ce mouvement de science ouverte ; on se rend compte que c’est important de partager parce que, comme ça, on construit plus, on va plus loin. Ce qui n’enlève rien, après, à la difficulté de valoriser la recherche scientifique, mais ça c’est un autre sujet.

    Caroline Lachowsky : C’est un autre sujet. Autour de la question, « comment partager nos logiciels en toute liberté ». On s’interroge depuis la Jamaïque sur l’importance de partager avec Capleton sur RFI Never Share ; ça c’est politique !

    [Pause musicale]

    Caroline Lachowsky : Capleton sur RFI, Never Share. Et si on partageait justement, Roberto Di Cosmo, nos logiciels et nos codes sources dans cette formidable initiative que vous avez lancée, Software Heritage, la bibliothèque universelle, la bibliothèque d’Alexandrie des logiciels ? Au fond c’est un peu la question des communs, du patrimoine commun que vous relancez là. Je ne sais pas si c’est une forme de résistance, mais en tout cas c’est une manière d’organisation de nos communs et de ce nouveau patrimoine commun de l’humanité.

    Roberto Di Cosmo : Absolument. Le cas des logiciels est vraiment fascinant. D’un côté ils sont relativement récents, de l’autre côté ils ont changé toute notre vie et d’un autre côté, si vous regardez même comment les modèles économiques dans le monde des logiciels ont évolué avec l’arrivée du logiciel libre. On est train d’apprendre petit à petit, ça prend du temps ; la définition du logiciel libre de Stallman date des années 80, donc on a une petite trentaine d’années de recul, pas plus, mais ça change vraiment, et on se rend compte que, des fois, il y a des biens communs qu’il faut nourrir, que le modèle économique on le construit au-dessus et pas en violant les biens communs : il faut les soigner.

    Caroline Lachowsky : Ça veut dire qu'il faut réfléchir ; il faut vraiment changer de regard et commencer par voir ce qui se passe, et ensuite réfléchir : quel modèle économique est approprié à ces logiciels libres, à cette ouverture ?

    Roberto Di Cosmo : Il faut changer de regard. Ça serait long à expliquer, mais disons que les dernières quarante années de l’histoire l’informatique ont été construites sur un modèle économique qui était basé sur la notion de vente de licences qui est une façon très bizarre de créer de la rareté. Une licence, c’est juste l’autorisation de faire une copie d’un logiciel qui existe déjà, qui a été déjà développé. Alors qu’en informatique il n’y a rien de plus facile que de faire une copie d’un logiciel et de le recopier exactement identique à l’original, comme dans tout le patrimoine immatériel.

    Caroline Lachowsky : C’est-à-dire que le modèle économique n’est absolument pas adapté…

    Roberto Di Cosmo : Ce n’est pas là qu’il y a la rareté. La rareté c’est la capacité de créer, de modifier, d’adapter, d’évoluer, d’installer, de tester, de fabriquer, de former, etc. Il y a plein d’autres raretés. C’est autour de ça qu’on a construit des modèles économiques beaucoup plus avancés, beaucoup plus modernes, beaucoup plus efficaces aujourd’hui ; mais ça demande vraiment un changement copernicien de regard sur les modèles économiques.

    Caroline Lachowsky : À propos de ce changement, changement de regard, et puisque nous sommes une émission de science, on le sait bien la science avance beaucoup plus par collaboration qu’autre chose, mais enfin le fil est un peu tendu entre compétition et collaboration en science. À ce sujet, je vous propose un nouvel éclairage de chercheur ; c’est celui du démographe François Héran, professeur au Collège de France sur la chaire Migrations et sociétés.

    François Héran : Ma position a toujours été d’ouvrir les données, le plus possible. Effectivement il y a un problème de propriété intellectuelle, c’est-à-dire que des gens qui se sont fatigués à répondre à des appels d’offre internationaux extrêmement complexes et qui ont eu du mal à nettoyer les données – c’est un gros travail – méritent effectivement, pendant quelques mois, d’avoir une priorité sur l’exploitation des données. Mais enfin, cette durée qui leur est accordée ne doit pas dépasser six mois, peut-être un an dans certains cas et, au-delà de ce délai, il faut vraiment que les données d’enquête – là je parle des données d’enquête qui est un domaine que je connais bien – soient ouvertes, soient accessibles. C’est important pour deux raisons parce que, d’une part, c’est de l’argent public la plupart du temps donc il faut que toute la communauté puisse en profiter et, de l’autre, il y a un grand principe en science, c’est la réplication des expériences. Il faut qu’à partir des mêmes données une autre équipe ait la possibilité de refaire des calculs, d’appliquer d’autres modèles pour vérifier si on obtient ou pas les mêmes résultats.
    C’est absolument fondamental qu’une expérience scientifique – et une enquête est une expérience – puisse être répliquée librement sans quoi il n’y a pas de science.
    Mais c’est vrai que la propriété intellectuelle, dans certaines limites, doit aussi, bien sûr, être respectée.

    Caroline Lachowsky : Est-ce qu’on peut justement respecter cette propriété intellectuelle en science quand on monte, comme vous, quand on collecte, quand on organise comme vous, Roberto Di Cosmo, une bibliothèque universelle du code source en marche, enfin qui fonctionne pour les codes sources actuels aussi ?

    Roberto Di Cosmo : Oui, effectivement. C’est une question qu’on s’est évidemment posée au moment de la création du projet. Le titre de Software Heritage c’est vraiment Software Heritage, tout notre patrimoine logiciel, tout, tout, y compris les logiciels qui sont potentiellement maintenant encore couverts par des propriétés intellectuelles particulières, des droits d’auteur qui empêchent de les distribuer.
    On s’est posé la question de comment faire. Évidemment si on veut tout collecter, on a regardé et effectivement il y a deux types de difficultés : il y a des difficultés techniques, c’est-à-dire qu’il y a des logiciels qui sont difficiles à trouver, des logiciels qui sont faciles à trouver. Les logiciels les plus faciles à trouver ce sont ceux qu’on retrouve sur Internet ; les plus difficiles à trouver ce sont ceux qu’on retrouve dans des tiroirs, dans ces cartes perforées des années 50, voire sur un disque qu’on n’arrive plus à relire, donc il y a ces difficultés-là, ces difficultés techniques.

    Caroline Lachowsky : Ce sont des difficultés techniques, mais il y a des difficultés juridiques aussi.

    Roberto Di Cosmo : Il y a des difficultés juridiques, évidemment. Il y a un énorme pan de logiciels, la plupart de ceux qu’on a c’est dans cette catégorie, qui ont des licences, des droits d’auteur qui permettent de les copier, de les rendre disponibles ; là-dedans vous avez les logiciels libres, mais aussi d’autres types de logiciels. Après vous avez des logiciels qu’on appelle propriétaires, dans lesquels on vous empêche d’avoir accès au code source : on ne peut pas les lire, on ne peut pas les copier, on ne peut pas les réutiliser, mais on aimerait bien avoir ça aussi, alors comment on fait ?

    Caroline Lachowsky : Et vous allez pouvoir l’avoir ? On pense à certaines grosses entreprises, Apple pour ne pas les citer, qui sont quand même les plus fermées du monde.

    Roberto Di Cosmo : Mais là effectivement, on met en place des stratégies et c'est un peu la complexité de tout le projet qu’on mène qui n’est pas seulement une complexité technique. Donc pour tout ce qui est ouvert, facilement accessible, on veut tout automatiser, c’est ce qu’on en train de faire. Pour les choses qui sont encore couvertes par des droits d’auteur on a besoin de parler avec les gens qui ont cette propriété et de les convaincre, petit à petit, de les rendre disponibles.

    Caroline Lachowsky : De l’importance de ce patrimoine de l’humanité et de pouvoir le relire, s’en servir, le réutiliser, le développer autrement ensuite.

    Roberto Di Cosmo : Exactement. Faire en sorte qu’au moins il n’y ait plus la nécessité impérieuse de maintenir le code source secret, pour des raisons de business ou pour des raisons que vient d’évoquer votre invité maintenant, qui est le fait que pendant une période on a besoin de le garder secret pour le temps de travailler correctement dessus. Une fois que ce besoin a disparu, il faut que le code soit disponible. Là c’est un travail énorme, on ne le mène pas nous directement, mais on travaille avec des entités comme le Computer History Museum et d’autres qui vont faire un travail vraiment ponctuel d’aller discuter avec les entreprises pour rendre ce code disponible.
    Une fois que le code est devenu disponible d'un point de vue juridique, nous on va l’insérer dans cette bibliothèque pour que tout le monde puisse y avoir accès. Et ce qui est important dans cette bibliothèque-là, qu’on est en train de construire maintenant, et à la différence avec les autres bibliothèques traditionnelles c’est que même si on veut que notre bibliothèque soit répartie un peu sur toute la planète, on veut que l’interface, pour les utilisateurs, soit toujours la même. C’est-à-dire qu’on puisse trouver le même catalogue, qu’on puisse utiliser le même outil de recherche.

    Caroline Lachowsky : Où qu’on soit sur la planète ?

    Roberto Di Cosmo : Où qu’on soit sur la planète, peu importe à quel miroir on puisse se connecter, pour donner une vision uniforme de l’ensemble du développement.

    Caroline Lachowsky : Autour de la question comment partager nos logiciels en toute liberté, aller un petit clin d’œil à votre Italie natale, Roberto Di Cosmo, entre tradition et extrême modernité dans le patrimoine, du côté des Pouilles, la tarentelle est revisitée électro par le groupe Mascarimirì.

    [Pause musicale]

    Caroline Lachowsky : Mascarimirì sur RFI, quand la tarentelle, danse traditionnelle des Pouilles, nous met en transe électro sur RFI. Nous sommes en votre compagnie, Roberto Di Cosmo, autour de cette bibliothèque universelle des logiciels. Là aussi on est quand même entre, comment dire, entre tradition et modernité parce que l’analogie avec la bibliothèque d’Alexandrie a vraiment quelque chose à voir.
    Vous l’avez dit au début de cette émission, nous sommes dans une période charnière où l’on peut retrouver, collecter, faire parler les premiers informaticiens, collecter tous les codes sources. La démarche fait aussi que vous devez parler à des informaticiens, à des bibliothécaires, à des industriels ; on a parlé de code source ouvert, open source, finalement c’est extrêmement large, mais il y a un lien entre ce qui se passait autrefois à Alexandrie et ce qui se passe aujourd’hui dans votre Software Heritage.

    Roberto Di Cosmo : Effectivement. C’est bien de revenir sur l’analogie de la bibliothèque d’Alexandrie ; je l’aime beaucoup parce que très souvent les gens pensent à la bibliothèque d’Alexandrie comme à un endroit mythique qui, malheureusement, a brûlé. Nous on va essayer de faire le maximum pour que la nôtre ne brûle pas ; on essaye de faire des copies partout.

    Caroline Lachowsky : Vous avez des copies partout dans le monde.

    Roberto Di Cosmo : C’est sûr que si une copie brûle, il en reste quand même à un autre endroit. Une image que les gens n’ont peut-être pas, c’est qu’à l’époque de la bibliothèque d’Alexandrie ce qui se passait vraiment c’est qu’il y avait des savants qui étaient dispatchés aux quatre coins de la planète pour aller chercher les nouveautés, les papiers les plus importants, les copier, les ramener à cet endroit unique. C’est ça l’analogie que j’aime bien parce qu’en réalité on construit cet endroit dans lequel on rapatrie les nouvelles connaissances, les nouveaux codes sources qui sont développés un peu partout. C’est un peu le rêve : avoir cet objet central unique, mais qui est juste une archive, d’accord ? Pour développer on le fait ailleurs, mais dès qu’il y a quelque chose de nouveau, d’intéressant qui est développé, il faudrait qu’il arrive très rapidement dans cet endroit central où on peut chercher, où on peut observer. C’est une sorte de grande infrastructure, un grand télescope qui nous permet d’observer la galaxie des logiciels et le développement des logiciels.

    Caroline Lachowsky : La galaxie du savoir. Vous avez parlé d’utopie, Roberto Di Cosmo. En même temps c’est une utopie que vous êtes en train de réaliser. Mais c’est compliqué, il faut du financement.

    Roberto Di Cosmo : Absolument !

    Caroline Lachowsky : C’est un projet très complexe, vous-même vous y passez votre vie, vos jours et vos nuits et vous n’êtes pas le seul ! Comment est-ce que vous avez fait pour convaincre des industriels, des informaticiens, des bibliothécaires, pour rassembler tout ça, pour monter ce projet, et qu’est-ce qu’il vous faudrait aujourd’hui ?

    Roberto Di Cosmo : Merci super ! Effectivement, au moment où on a trouvé l’opportunité de créer ce projet-là, c’était tellement passionnant qu’on ne pouvait pas ne pas y aller. Donc il fallait absolument y aller, mais comment faire ? Comment démarrer quelque chose comme ça ? C’était clair qu’à long terme ce qu’on veut créer c’est une fondation internationale indépendante qui a comme seule et unique mission de maintenir cette infrastructure au service de tout le monde. Donc ce n’est pas une start-up, ce n’est pas une entreprise, ce n’est pas un projet de recherche qui dure quatre ans et après on passe à autre chose. Vous pouvez vraiment imaginer ça comme la création des réseaux des bibliothèques publiques à l’époque de Thomas Jefferson.

    Caroline Lachowsky : Aux États-Unis.

    Roberto Di Cosmo : Dans les années 1700, aux États-Unis, à cette époque-là. C’est passionnant mais comment démarrer ? Là je dois dire que j’ai eu, que tous les gens qui se passionnent pour le projet ont eu énormément de chance jusque-là. La première chose ça a été de rencontrer l’Inria ; je suis professeur à l’université de Paris Diderot, mais j’ai rencontré l’Inria qui est l’Institut national de recherche en informatique ; j’ai rencontré son PDG, Antoine Petit, qui est aujourd’hui président du CNRS. Et au moment où il assumait ses fonctions, je lui ai proposé cette initiative en disant « l’Inria, si elle veut avoir un impact sur la société, ça c’est une piste ». Et là, il a eu la capacité de décision, je ne saurais jamais comment le remercier assez, il a décidé d’y aller.

    Caroline Lachowsky : On y va ! C’est monstrueux, c’est énorme, mais on y va !

    Roberto Di Cosmo : Avec, après, toute l’évaluation qu’il faut, etc. Et effectivement, avec des moyens qui ne sont pas grands comme les grandes entreprises.

    Ça c’était la première étape pour donner un socle qui est stable. Mais dès le départ la mission était de réunir sans exception le maximum de partenaires, parce que pour avoir du succès à long terme il faut trois éléments essentiels :

    • d’un côté de la bonne science et de la bonne technologie ; donc être en relation avec l’Inria et avec les autres académies c’est important ;
    • deux, les financements parce que ça coûte ; on a besoin de financements et ces financements doivent venir des entreprises comme celles qu’on a là, des mécènes qu’on n’a pas encore trouvés pour l’instant, je pense qu’ils vont venir bientôt, des institutions publiques, d'États, des gouvernements, un peu de toute la société civile ;
    • mais après on a aussi besoin, et ça c’est le troisième pilier qui est important, de la reconnaissance de l’importance du code source des logiciels dans notre patrimoine. Et ça c’est un travail qu’on fait vraiment au jour le jour avec l’Unesco pour rendre cet objet culturel qu’est le code source, noble, reconnu au niveau international.

    Caroline Lachowsky : Merci infiniment Roberto Di Cosmo d’être venu en direct pour partager, justement, cette initiative incroyable, phénoménale, essentielle. Je rappelle que nous sommes tous concernés et au fond, tous contributeurs potentiels : Software Heritage, la grande bibliothèque universelle du code source des logiciels disponibles. Le lien est évidemment sur notre site et vous revenez, Roberto Di Cosmo, nous en parler, nous dire où en est ce projet. Merci à vous.

    Roberto Di Cosmo : Merci à vous.

    Voix off : Autour de la question sur Internet www.rfi.fr.

    Caroline Lachowsky : Autour de la question c’est fini pour aujourd’hui. N’hésitez pas à nous réécouter, à nous podcaster à volonté sur le site de RFI et sur l’appli RFI Pure radio. Au plaisir de vous retrouver demain « Au-dessous du volcan » pour changer de regard sur les activités telluriques de la terre vues de l’espace avec Hugo Violasse à la réalisation et Caroline Fillette en coulisses. Merci de votre curiosité amis auditeurs. À demain. Dans quelques instants l’heure d’un nouveau journal.

    Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (19 mars 2019)

    jeu, 03/14/2019 - 15:01
    Début: 19 Mars 2019 - 15:30Fin: 19 Mars 2019 - 17:00

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    La dix-septième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 19 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

    Notre sujet principal portera sur les logiciels libres pour l'image et la vidéo avec Lionel Allorge, Jehan Pagès et Charlotte Boulanger. Nous aurons également la chronique de Marie-Odile Morandi (« Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »). Nous ferons un point sur la proposition de directive sur le droit d'auteur, à quelques jours du vote au Parlement européen, avec Anne-Catherine Lorrain, conseillère politique à la commission parlementaire affaires Juridiques (JURI) au Parlement européen pour le groupe des Verts européens.

    Écouter le direct mardi 19 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00  S'abonner au podcast

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

    Liens utiles Les archives de l'émission

    Écouter les émissions précédentes

    Promouvoir les logiciels libres en milieu associatif

    mer, 03/13/2019 - 18:47
    Début: 15 Mars 2019 - 21:00Fin: 15 Mars 2019 - 23:00

    Présentation et discussion autour de l'intérêt et de le l'importance de promouvoir les logiciels libres au sein des associations (et aussi à titre individuel !)

    Cette intervention se fera dans le cadre de Libre en fête 2019 au Bar Commun dans le XVIIIème arrondissement de Paris.

    Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 12 mars 2019 sur radio Cause Commune - Règlement terroriste - Pépites libres - Fund the Code!

    mar, 03/12/2019 - 15:30

    Nous avons commencé par la troisième chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, président de l'April. Nous avons enchainé avec notre sujet principal qui portait sur le projet de règlement terroriste / censure sécuritaire avec nos invités : Arthur Messaud et Martin Drago de La Quadrature du Net. Nous avons poursuivi par une interview de présentation de l'initiative Fund the Code! avec Louis-David Benyayer. Nous avons terminé par diverses annonces.

    (Ré)-écouter en ligne    --> Écouter le direct mardi 12 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

    Podcasts des différents sujets abordés

    Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

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    1. Podcasts des différents sujets abordés
    2. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
    3. Programme de l'émission du 12 mars 2019
    4. Personnes participantes
    5. Références pour la partie chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet
    6. Références pour la partie projet de règlement terroriste / censure sécuritaire
    7. Références pour la partie présentation de l'initiative Fund the Code!
    8. Référence pour la partie annonce d'événements
    9. Pauses musicales

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h.

    N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

    Programme de l'émission du 12 mars 2019

    La seizième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 12 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h.

    Au programme :

    Personnes participantes

    Les personnes qui ont participé à l'émission :

    • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
    • Étienne Gonnu, chargé de missions affaires publiques à l'April
    • Jean-Christophe Becquet, président l'April
    • Arthur Messaud et Martin Drago juristes à La Quadrature du Net
    • Louis-David Benyayer, cofondateur de Without Model
    • Patrick Creusot, bénévole à l'April (en régie)
    Références pour la partie chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet Références pour la partie projet de règlement terroriste / censure sécuritaire Références pour la partie présentation de l'initiative Fund the Code! Référence pour la partie annonce d'événements Pauses musicales

    Les références pour les pauses musicales :

    Règlement relatif à la prévention de la diffusion en ligne de contenus à caractère terroriste - Décryptualité du 4 mars 2019

    lun, 03/11/2019 - 18:03


    Titre : Décryptualité du 4 Mars 2019 - Le règlement relatif à la prévention de la diffusion en ligne de contenus à caractère terroriste
    Intervenants : Nolwenn - Nico - Mag - Manu - Luc
    Lieu : April - Studio d'enregistrement
    Date : 4 mars 2019
    Durée : 15 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Revue de presse pour la semaine 9 de l'année 2019
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Hourglass - Licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 2.5.
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Description

    Dans la foulée de La Quadrature du Net, nous abordons le règlement relatif à la prévention de la diffusion en ligne de contenus à caractère terroriste

    Transcription

    Luc : Décryptualité.

    Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

    Luc : Semaine 9. Salut Manu.

    Manu : Salut Mag.

    Mag : Salut Nico.

    Nico : Salut Nolwenn.

    Nolwenn : Salut Luc.

    Luc : Revue de presse.

    Manu : Oui. On a un joli sommaire. Sept articles principaux.

    Mag : korii., « Alexa va-t-elle devenir un membre de notre famille ? », par Coralie Lemke.

    Manu : Ça parle d’Alexa, l’enceinte intelligente, connectée, qui vous écoute en permanence. Effectivement, ça parle d’elle dans son rôle principal, au niveau de la famille.

    Mag : Il va falloir qu’on leur explique ce qu’est réellement une famille, quand même.

    Luc : Alexa est enceinte ?

    Manu : Alexa ? Va savoir. Il y a eu un film et il est référencé dans l’article, qui parle de gens qui tombent amoureux de leur téléphone portable. Donc ça va dans cette direction-là !

    Mag : BFMtv, « Grand débat : des algorithmes pour trier les préoccupations des Français », par Elsa Trujillo.

    Manu : Ça parle du grand débat. Il y a eu plus d’un million de contributions, beaucoup trop pour qu’une ou deux personnes puissent les lire et les compiler. Ils sont en train de mettre des outils automatiques, donc des algorithmes, pour gérer un petit peu tout ça, en extraire des données. C’est toujours un peu compliqué et là, on aborde un peu le sujet.

    Luc : Je suppose qu’on sait exactement comment marchent ces algorithmes !

    Manu : Du tout ! Et justement, ça fait bien sûr partie du problème.

    Mag : Numerama, « La réforme du droit d’auteur en Europe entre dans sa dernière ligne droite », par Julien Lausson.

    Manu : Ça se passe mal. Il y a des articles qui ne nous plaisent pas dans le logiciel libre et en général sur l’Internet libre. C’est embêtant et on va devoir se battre encore pour éviter des lois liberticides.

    Mag : InformatiqueNews.fr, « L’Unesco publie l’appel de Paris sur le code source ».

    Manu : C’est en partenariat avec Software Heritage, donc des gens qui sont très intéressants, qui veulent conserver tous les logiciels possibles et imaginables pour le futur. Légalement ils ont surtout le droit de le faire avec le logiciel libre, ça nous arrange, parce que le logiciel libre on aime bien. Ils sont en train de constituer une grande bibliothèque d’Alexandrie de tous ces codes sources. Il y a un travail énorme, même l’Unesco s’en préoccupe.

    Mag : Le Monde Informatique, « Les clouds providers sont devenus les moteurs de l'open source », par Matt Asay.

    Manu : Le sujet est hyper-trollesque parce que ça met en avant les clouds providers, notamment les GAFAM, en impliquant qu’ils font des choses bien pour le logiciel libre, ils y contribuent et ils y travaillent beaucoup. Il y a une petite description des contributions qui sont faites sur les logiciels qui nous intéressent. C’est du troll énorme !

    Mag : LeMagIT, « Open Core : Redis Labs en finit avec Apache et crée sa propre licence… non open source », par Cyrille Chausson.

    Manu : Redis Labs je ne sais plus trop ce qu’ils font. Je crois que c’est un moteur d’indexation, un truc pointu, et effectivement ils ont arrêté d’utiliser une licence libre, open source, ils ont fait leur propre tambouille ; c’est un petit peu rageant. Ça parle de licences, de clauses, BSD notamment. Allez jeter un œil si ce sont des sujets qui vous intéressent.

    Mag : Le Monde.fr, « En Suisse, on encourage les hackers à pirater le système de vote électronique », par Simon Auffret.

    Manu : Un vote électronique c’est déjà embêtant au départ parce que c’est compliqué, c’est même impossible d’assurer l’anonymat et la sécurité ; tout ça c’est déjà mal démarré. Mais là c’est une bonne démarche, ils proposent d’essayer de hacker le système, de le pirater ; ce n’est pas bête.

    Luc : Dans l’optique de voir s’il est solide, c’est ça ?

    Manu : Dans l’optique de voir s’il tient le coup, effectivement, face à des attaques externes. On verra s’il en ressort quelque chose intéressant, notamment du logiciel libre un peu solide parce qu’il y a peut-être des moyens d’éviter quand même des gros problèmes dans le vote électronique parce qu’il est utilisé en Suisse et il va continuer de l’être encore quelque temps au moins.

    Mag : Alors ce soir, Luc, on parle de quoi ?

    Luc : Ce soir on va parler d’un sujet lié à l’actualité institutionnelle et européenne, non pas sur la réforme du droit d’auteur qu’on a déjà évoquée, mais sur un règlement contre le terrorisme et la propagande terroriste sur Internet. La Quadrature du Net1 a réagi là-dessus et cette disposition prévoit deux trucs.

    Nico : En fait, la première chose, c’est ce qu'ils appellent l’autorité compétente ; en France ça risque d’être l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information] ou quelque chose dans ce goût-là.

    Luc : Ou la police.

    Nico : Ou la police, qui va notifier à un hébergeur ou à un fournisseur de contenus ou à un site internet en général, un contenu manifestement terroriste, eh bien on aura une heure pour le supprimer.

    Mag : Une heure !

    Nico : Oui, une heure !

    Mag : Ce n’est pas beaucoup une heure !

    Nico : Non, ce n’est pas beaucoup. Bien sûr les GAFAM et autres ne vont pas avoir trop de problèmes parce qu’ils ont des astreintes, ils ont déjà plein de gens qui sont opérationnels 24 sur 24.

    Mag : Oui, mais nous, les petites associations on dort la nuit !

    Nico : Les petites associations, les blogs personnels ou autres.

    Manu : Les entreprises, la plupart des entreprises.

    Nico : Elles ont des astreintes aussi, normalement. Mais bon ! Ça risque d’être compliqué encore pour les petits et, en plus de ça, ils aiment bien en ce moment tout ce qui est l’automatisation, donc il y aura un contrôle à priori des données : vous devrez avoir des algorithmes pour détecter du contenu terroriste et l’enlever avant même qu’il apparaisse ou pour interdire de republier des données suite à une suppression.

    Nolwenn : Et les algorithmes en question, on a une idée de qui ou quand ou comment ils seront faits ? Par qui ? Pour quoi ?

    Nico : Aucune idée. On risque encore de voir les mêmes revenir, parce que les GAFAM ont déjà des outils de ce type-là, plutôt accès pour la publicité ou des choses comme ça ou quelques petits mesurettes à droite à gauche. Mais il y a de grandes chances que ce soit eux qui vont encore développer ces outils-là. On verra bien, mais ça risque encore d’être du Google ou autres à fournir ces algorithmes.

    Luc : On rappelle que les sites web utilisent beaucoup ce genre d’outils, notamment pour établir qu’on n’est pas un robot. Tous les machins où il fait cliquer les photos.

    Mag : Les CAPTCHA.

    Luc : Les CAPTCHA. On travaille pour Google à faire de l’identification sur ces photos-là. C’est typiquement ce genre de services qui, aujourd’hui, sont déjà très largement répandus sur énormément de sites internet.

    Nolwenn : Il y a aussi un certain nombre de sites web, pour ne pas dire la majorité, qui utilisent tout ce qui est les Google Fonts, les Google Statistics et autres, ne serait-ce que pour mesurer leur trafic, avoir l'affichage des polices qui leur plaît, tout ça.

    Luc : Là on parle de police de caractères, pas la police antiterroriste ! Quoique ça vaudrait peut-être le coup de créer une police qui s’appelle antiterroriste ! Comme ça on pourrait…

    [Rires]

    Manu : Donc les deux mesures c’est un, il faut retirer ce qui est manifestement terroriste en moins d’une heure et deux, avoir des algorithmes qui essayent d’automatiser l’impossibilité de publier.

    Nico : C’est ça. Ça pose plein de questions. Ce sont des lames de fond qui existent aujourd’hui. Il y en a déjà eu avec les droits d’auteur, là avec le terrorisme ; ils aiment bien tout ce qui est contrôle automatique, suppression, et là surtout, le gros danger, c’est qu’on ne sait pas qui va demander les retraits. Le texte de loi est assez flou, c’est une autorité compétente.

    Luc : À chaque pays de s’organiser comme il le souhaite.

    Nico : À chaque pays de s’organiser un peu comme il veut. Qui ça va être ? Si c’est l’ANSSI on peut espérer qu’ils fassent bien leur boulot parce qu’ils sont quand même relativement indépendants et ils savent de quoi ils parlent. Mais si c’est à la discrétion du ministère de l’Intérieur ou de n’importe quel flic qui passe par là, qui a envie de supprimer un contenu, on ne sait pas trop ce que ça peut donner.

    Mag : Tu veux dire que ça ne passe plus par un juge comme avant ?

    Nico : Pas forcément, en tout cas. Après, chaque pays décidera. Peut-être qu’ils demanderont à un juge ou autre. Il y a quand même des espèces de gardes-fous en disant qu’il faut quand même un minimum de contrôle sur ce qui est censuré et que ce n’est pas censé remettre en cause la liberté d’expression – c’est répété pas mal de fois dans le texte –, ça doit être des mesures proportionnées, ça doit respecter la diversité et autres. Mais bon ! S’ils ont envie de nommer un dictateur à la place, pour cette autorité compétente, ils pourront très bien le faire.

    Nolwenn : Mais justement, s’il y a ce système de mesure pour vérifier s’il y a du contenu qui fait l’apologie ou non du terrorisme, j’ai envie de dire dans quelle mesure est-ce qu’on a encore un minimum de liberté d’expression ? Parce que si on est journaliste indépendant, par exemple, et qu’on écrit sur le terrorisme, que ce soit les terrorismes actuels qu’on a eus récemment ou un autre type de terrorisme, qu’est-ce qui empêcherait la police de communiquer là-dessus et donc de prévenir les gens de se méfier ou autre ?

    Manu : À priori il y a un mot clef qui est bien mis en avant et qui doit être assez clair c’est « manifestement ». Donc ce « manifestement », il faut vraiment que tout le monde soit d’accord sur le fait que le contenu ciblé, le contenu dont on a demandé le retrait, soit « manifestement » pro-terroriste. À priori il suffirait de quelqu’un qui dise : « Eh bien non, pour moi ça ne l’est pas », pour qu’on n’ait pas à le retirer.

    Luc : Pas tout à fait, parce que ton « manifestement » ça reste une notion floue et on est bien dans un déséquilibre de la décision avec d’un côté une autorité qu’on suppose administrative parce que la mode n’est pas tellement, en fait, de passer par les juges, nos gouvernements n'ont fait que des lois qui passent par des trucs administratifs.

    Manu : En plus un juge au milieu de la nuit ça va être compliqué !

    Luc : Voilà ! Et puis il y a quand même un déséquilibre énorme entre quelqu’un, une institution, la police comme ça qui interdit et dans l’instant, dans l’heure, dans un instant extrêmement bref et quelqu’un qui est en face, qui n’a pas nécessairement les moyens – on va parler des chatons juste après – et qui du coup se dit : si je dis non à quoi je m’expose ? Je m’expose à des mesures de rétorsion de type saisie, etc., intimidation ; je m’expose à des procès qui vont durer des années et qui vont me coûter des milliers d’euros d’avocat alors que j’ai n’ai pas nécessairement les moyens si je suis un particulier ou une petite association. Donc il y a un déséquilibre de forces qui est énorme et des abus de pouvoir on en a vus un certain nombre. Pendant l’état d’urgence après les attentats du Bataclan, François Hollande et son ministre, je ne sais pas qui exactement, mais François Hollande s’en est vanté dans son livre, a fait assigner à résidence des écolos qui voulaient contester la COP21, d’ailleurs sans se justifier en disant juste « c’est l’état d’urgence, vous êtes assignés à résidence, vous ne sortirez pas ». Et puis dans les lois par rapport à ces questions de surveillance, on a la loi de surveillance, me semble-t-il, ou renseignement, qui permet d’espionner à peu près n’importe qui ; il y a une vague commission qui est censée encadrer le truc, mais qui est consultée à posteriori et qui donne vaguement son avis et, si elle n’est pas d’accord, on passe outre. C’est ce genre d’ambiance dans laquelle on navigue aujourd’hui.

    Nico : On a vu récemment une affaire où un fab laf a été incendié. Il y a eu une revendication de postée sur un blog, un peu anarcho-gaucho-extrémiste, et tout de suite le gouvernement est arrivé en disant « c’est du contenu terroriste » avec notification, demande de suppression, etc. Et le site a dit : « Eh bien non ! » En plus c’était un peu un site de journalisme associatif, il a dit : « On ne peut pas retirer ça ». Du coup ça a été très loin. Même la CNIL, la personne qualifiée de la CNIL s’est portée caution pour eux en disant « je vais m’opposer à cette suppression-là ». Au bout de la bataille, effectivement, le juge a tranché : « Non, ce n’était pas du contenu terroriste », parce que ça ne rentrait pas dans les caractéristiques du terrorisme habituel. Mais il a fallu aller jusqu’à un juge.
    La plupart des petits sites vont courber l’échine parce qu’ils ne voudront pas prendre le risque et les gros sites vont être noyés sous les contenus, il y aura toujours du contenu terroriste parmi l’intégralité de leurs données, donc ils vont bloquer plus que de raison parce qu’ils n’ont pas envie de se faire attaquer pour avoir laissé passer du contenu illégal.

    Mag : C’est quoi du contenu terroriste ?

    Nico : Il y a un article de loi, apparemment européen, qui définit ce qu’est le groupe terroriste. Il doit y avoir un certain nombre de critères ou autres. C’est vrai que c’est un terme qui est assez mal défini, qu’on a tendance à utiliser partout dès qu’on a des mesures un peu extrêmes. Effectivement, l’incendie d’un fab lab, ce n’est pas tous les jours non plus qu’on le fait, mais de là à ce que ça tombe dans le terrorisme ! Normalement il y a des notions de menaces de la population vraiment par la peur et d’essayer de faire passer ses messages par la peur ; ça reste vague et ça peut-être la porte ouverte à toutes les fenêtres.

    Luc : Dans les trucs qui peuvent justifier la mise hors ligne des contenus, il y a cette idée de soutenir les actions terroristes, d’appeler à des actions terroristes, donc pour moi ça ouvre la possibilité à des tas d’interprétations. C’est-à-dire que si, par exemple, on conteste la façon dont la politique antiterroriste est menée, je pense toujours à notre état d’urgence où la police est allée défoncer les portes des fichés S pour retourner leur appartement et ne rien trouver ou presque, ce qui est, à mon sens personnel, totalement stupide et contre-productif.

    Mag : Tu es un terroriste si tu dis ça !

    Luc : Peut-être ! Oui ! À partir du moment où je conteste la politique, la façon dont elle est menée, peut-être qu’il n’y a pas un grand pas à franchir avant de dire que je suis moi-même terroriste.

    Manu : Ceci dit, indépendamment de la définition exacte de ces termes et de la limite exacte, on est tous d’accord qu’un contenu qu’on trouverait, nous, pro-terroriste ou qui encourage ou qui fait un appel au terrorisme, on est tous d’accord qu’on ne voudrait pas l’héberger soi-même !

    Luc : Non, bien sûr, bien entendu !

    Manu : C’est important à expliciter ça, quand même ! Tu dis : « Attention, attention, il ne faut pas de lois antiterroristes ». On est d’accord qu’il est normal de retirer un contenu terroriste.

    Nico : Les politiques jouent là-dessus, justement ; tout le monde sera d’accord qu’il faut absolument supprimer les contenus terroristes sauf que la définition de terroriste n’est pas claire ; les gens vont penser effectivement à Daesh, vont penser à l’attentat du Bataclan, vont penser à tous ces trucs-là. Mais il y a toute la zone grise où ça ne va pas être définissable. On a eu le problème de l’affaire de Tarnac où ça a mis dix ans avant de se décider : non, en fait il n’y a avait rien et pendant dix ans ils ont gueulé au terrorisme !

    Mag : Ou Notre-Dame-des-Landes : les gens qui allaient manifester ont aussi été considérés comme des terroristes.

    Luc : Combien de politiciens ont dit : « Terroriste, terroriste » à la première occasion en disant « vous faites ça », même sur les trucs de droit d’auteur. Il y a des gens qui ont été dire : franchement, les mecs qui piratent de la musique ou des films sur Internet c’est un peu des terroristes.

    Manu : On avait un terme à une époque, parce que le concept est quand même beaucoup plus général, il date de loin, c’est « pédonazi », donc maintenant « pédonazi terroriste » ; ce sont vraiment des gens qui sont méchants-méchants, il faut les interdire.

    Mag : Tu as oublié « porno » : « pédo porno nazi ».

    Manu : Terroriste de Daesh.

    Luc : Il faudrait un acronyme, c’est trop long.

    Nico : C’est vrai qu’on est à peu près tous d’accord que si on voit une vidéo de décapitation de Daesh il va falloir la supprimer, mais ça va représenter un contenu qui est plus que minimaliste et en plus ces sites-là, généralement, sont planqués au fin fond d’Internet et de toute façon, si vous leur envoyez une notification, ils ne supprimeront pas.

    Luc : Le truc c’est aussi que si c’est sur tes serveurs, que tu offres un service, et là je pense aux chatons2, on en parle régulièrement, c’est une initiative de Framasoft pour avoir des hébergements associatifs et éthiques, potentiellement n’importe qui peut venir sur ton hébergement et poster un truc comme ça. Mais si tu dois t’en rendre compte, toi, ça veut dire que tu surveilles ce que postent tous les gens Ça veut dire que tu as un boulot ! Tu es constamment en train de regarder tout ce qui se passe.

    Mag : C’est impossible ; c’est totalement impossible !

    Luc : Donc c’est impossible et en plus ça te met dans une dynamique assez différente. Ce que je trouve assez important aussi dans cette affaire c’est qu’avec cette histoire de contrôle automatique et cette contrainte de temps, ça veut dire qu’on favorise les GAFAM, encore une fois. On a vu sur la question de la réforme des droits d’auteur qu’en essayant de leur piquer du pognon on favorise les GAFAM parce que, finalement, on les met toujours au centre et là on favorise encore les GAFAM. L’État et le pouvoir en général d’un côté disent : « Ils ne sont pas gentils, les GAFAM ont trop de pouvoir », mais en même temps ils font tout pour qu’ils en aient de plus en plus !

    Manu : Pour le coup, ça risque de s’étendre à plus que le terrorisme, parce qu’il y a d’autres sujets qui sont sur la table. Non ?

    Nico : Il y a déjà un article de loi qui est en cours de préparation sur le pédopornographique ; ce sont à peu près les mêmes termes, c’est quasiment un copier-coller, on remplace terrorisme par pédopornographie et on retrouve la même chose : du contrôle, de la censure, des outils d’automatisation de détection. Voilà ! On est en train de tourner en rond entre droits d’auteur, terrorisme, pédophilie ; c’est ticket gagnant pour tous les politiques !

    Luc : Vaste sujet épineux on a quand même la sensation et l’impression que ces sujets réellement importants sont instrumentalisés pour obtenir d’autres résultats. C’est ce que dit d’ailleurs La Quadrature. Le vote sur ce sujet se fait le 21 mars. La Quadrature du Net appelle à contacter les députés européens et on peut les appeler directement ou leur envoyer un mail sur leur page : il y a tout un élément qui permet de voir les 60 députés européens qui doivent se prononcer là-dessus. Donc allez-y, envoyez des messages, soyez polis, précis, fermes, et faites entendre votre voix. On se retrouve la semaine prochaine.

    Mag : La semaine prochaine on va parler d’un sujet qui nous a été conseillé par Marcos.

    Luc : Oui. Un auditeur qui nous a écrit, donc sur les données personnelles. Comment on peut gérer ses données personnelles, ce genre de choses. Donc merci à lui de son petit mail et de cette suggestion. On en parle la semaine prochaine.

    Mag : Salut.

    Nico : Salut. Bonne semaine à tous

    Revue de presse de l'April pour la semaine 10 de l'année 2019

    lun, 03/11/2019 - 16:52

    Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

    [Nouvelle République] De l'oxygène pour les 30 ans du web

    ✍ Agnès Aurousseau, le dimanche 10 mars 2019.

    Créé dans un idéal d’échange libre et gratuit il y a trente ans, le web est désormais dominé par des géants marchands. Alors, quelle place pour la collaboration sur la Toile?

    Et aussi: [The Conversation] Pourquoi les filles ont délaissé l'informatique

    ✍ Chantal Morley, le dimanche 10 mars 2019.

    Quels sont les biais qui détournent les filles des métiers du numérique, alors que des mathématiciennes et des programmeuses ont largement contribué à l’invention de l’ordinateur moderne?

    [LeBigData] Apache Software Foundation: tout savoir sur l'ASF et ses projets Big Data

    ✍ Bastien L, le vendredi 8 mars 2019.

    La fondation Apache Software Foundation supervise le développement de logiciels Big Data comme Hadoop, Hive ou Cassandra. Découvrez tout ce que vous devez savoir à son sujet.

    [Basta!] Grand débat: pourquoi la plateforme de consultation en ligne est vivement critiquée pour son opacité

    ✍ Rachel Knaebel, le jeudi 7 mars 2019.

    Comment seront traitées et hiérarchisées les contributions des citoyens au grand débat? Les outils numériques utilisés sont-ils transparents? Des lobbies ou groupes de pression sont-ils en mesure d’influencer la synthèse de proposition qui sera rendue publique? Les opinions émises risquent-elles de servir à des campagnes de manipulation à l’approche des élections européennes? Plusieurs acteurs du numérique critiquent vivement le choix qui a été fait par le gouvernement et son prestataire, la startup Cap collectif qui gère la plateforme du grand débat. Pourtant, des outils transparents, qui permettent une véritable appropriation démocratique, existent.

    Et aussi: [usine-digitale.fr] 8 questions (et leurs réponses) que vous devriez vous poser sur la "taxe Gafa"

    Le mercredi 6 mars 2019.

    Le gouvernement a présenté ce mercredi 6 mars 2019 au Conseil des ministres son projet de loi relatif à la taxation des grandes entreprises du numérique, familièrement appelée “taxe Gafa”. Le ministre de l’Economie en a révélé les contours lors d’une conférence de presse en amont. Il a évoqué une fiscalité du 21e siècle, adaptée à l’économie du 21e siècle, où la data est une source de valeur centrale. Mais concrètement, ça donne quoi?

    Et aussi: [Next INpact] Edward Snowden s'oppose à l'article 13 de proposition de directive sur le droit d'auteur

    Le mercredi 6 mars 2019.

    «Si vous êtes de l’Union européenne, soyez actif dès maintenant, rendez-vous sur pledge2019.eu et demandez à votre représentant de “#SaveYourInternet”». Edward Snowden est intervenu sur son fil Twitter pour dire tout le mal qu’il pense de l’actuel article 13 de la proposition de directive sur le droit d’auteur.

    Et aussi: [Educavox] Les défis éthiques de l'identité numérique

    ✍ Armen Khatchatourov et Pierre-Antoine Chardel, le mardi 5 mars 2019.

    Si le RGPD est entré en application récemment, en plaçant l’Europe à l’avant-garde de la protection des données à caractère personnel, il ne doit pas nous dissuader de nous interroger en profondeur sur la question des identités, dont les contours se sont redéfinis à l’ère numérique. Il s’agit bel et bien de porter une réflexion critique sur des enjeux éthiques et philosophiques majeurs, au-delà de la seule question de la protection des informations personnelles et de la privacy.

    [Developpez.com] Le verrouillage radio de l'UE rendrait impossible l'installation de logiciels alternatifs sur les smartphones, routeurs WiFi

    ✍ Stan Adkens, le lundi 4 mars 2019.

    Les technologies d’appareils qui se connectent à des réseaux sans fil, mobiles ou au GPS explosent au fil des années et la propagation des ondes radio avec. Et les Etats prennent de plus en plus de dispositions pour réguler l’utilisation de ces ondes radio afin d’assurer un usage efficace du spectre radioélectrique qui garantit la santé, la sécurité et la compatibilité électromagnétique.

    Et aussi:

    Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 5 mars 2019

    lun, 03/11/2019 - 12:19


    Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 5 mars 2019 sur radio Cause Commune
    Intervenants : Xavier Berne - Pierre-Yves Beaudouin - Nadine Le Lirzin - Noémie Bergez - Frédéric Couchet
    Lieu : Radio Cause commune
    Date : 5 mars 2019
    Durée : 1 h 30 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Page des références utiles concernant cette émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web, rendez-vous sur le site de la radio et cliquez sur « chat » pour nous rejoindre sur le salon.
    Nous sommes mardi 5 mars 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

    Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April. Le site web de l’association c’est april.org, a, p, r, i, l point org et vous trouvez déjà sur le site une page qui indique les références de ce dont on va parler au cours de l’émission ; elle sera mise à jour après l’émission, évidemment, en fonction de nos échanges. Je vous souhaite une excellente écoute.

    On va passer maintenant au programme de cette émission. Nous allons commencer dans quelques secondes par un échange avec Xavier Berne, journaliste pour Next INpact, site d’actualité et d’enquêtes qui traite d’informatique mais aussi de l’actualité politique liée à l’informatique libre. Normalement Xavier est avec nous au téléphone.

    Xavier Berne : Absolument. Je suis là. Bonjour.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toi, on se retrouve dans quelques secondes. D’ici une quinzaine de minutes notre sujet principal portera sur Wikipédia, l’encyclopédie libre ; nos invités, aujourd’hui, Nadine Le Lirzin, secrétaire de Wikimédia France.

    Nadine Le Lirzin : Bonjour.

    Frédéric Couchet : Bonjour Nadine. Et Pierre-Yves Beaudouin, président de Wikimédia France. Bonjour Pierre-Yves.

    Pierre-Yves Beaudouin : Bonjour Frédéric.

    Frédéric Couchet : Nous expliquerons évidemment en détail ce qu’est Wikipédia et ce qu’est Wikimédia France.
    En fin d’émission nous aurons la première chronique juridique de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui nous parlera du concept d’originalité dans le droit d’auteur.
    À la réalisation aujourd’hui Patrick Creusot, bénévole à l’April. Bonjour Patrick. Je salue également Charlotte Boulanger, bénévole à Cause Commune, qui l’aide dans cette mission de régie.

    Tout de suite nous allons passer au premier sujet, un échange avec Xavier Berne. Je rappelle que Xavier Berne est journaliste pour Next INpact, donc nextinpact.com, et Xavier souhaite nous parler de Parcoursup. « Parcoursup est une application web destinée à recueillir et à gérer les vœux d’affectation des futurs étudiants de l’enseignement supérieur public français, mise en place par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en 2018 dans le cadre de la loi orientation et réussite des étudiants. Elle remplace l’ancien système d’Admission Post-Bac (APB), qui avait été vivement critiqué en 2017. » Je précise que cette source c’est Wikipédia, pour faire le lien avec le sujet d’après. Xavier, tu vas nous parler notamment d’un jugement récent concernant Parcoursup. Xavier on t’écoute.

    Xavier Berne : Absolument. Effectivement le 4 février dernier, le tribunal administratif de Guadeloupe a ordonné à l’université des Antilles de communiquer à l’UNEF, le syndicat étudiant, son algorithme local de sélection des étudiants. En fait, algorithme c’est quand même un bien grand mot parce que, en réalité, les universités recourent à des tableurs excel qui leur permettent, tout simplement, d’opérer un pré-classement des candidats notamment par exemple à partir de leurs notes, avant que se tienne un jury où là seront sélectionnés les candidats retenus pour des formations, ensuite, de type licence, BTS, etc.
    Sur le fondement de la fameuse loi CADA dont on a déjà parlé dans cette émission, relative aux documents administratifs, l’UNEF avait demandé l’année dernière à plusieurs dizaines d'universités de rendre publics leurs algorithmes locaux afin, tout simplement, que les candidats sachent sur quels critères leurs dossiers allaient être examinés.

    Frédéric Couchet : Pourquoi ce jugement est important ?

    Xavier Berne : Il s’agit d’un jugement qui est hautement symbolique parce que c’est le premier qui a été rendu sur ce sujet et, surtout, le tribunal va à rebours de la position du ministère de l’Enseignement supérieur mais aussi des universités. En fait le juge, dans le détail, a retenu que la divulgation de cet algorithme local ne portait pas atteinte à ce qu’on appelle le secret des délibérations du jury, une notion qui avait été introduite l’année dernière par le gouvernement sans que celui-ci, d’ailleurs, n’avoue réellement pourquoi il a voulu introduire cette notion lors des débats sur le projet de loi Parcoursup. Le juge a donc ordonné la communication des procédés algorithmiques utilisés par l’université des Antilles ainsi que les codes sources afférents, sous un mois, avec astreinte. Ce qu’il est important de retenir aussi c’est que le tribunal a clairement suivi l’analyse du Défenseur des droits qui, au mois de janvier, avait estimé que se plier à cet effort de transparence n’obligeait pas les universités à dévoiler le contenu de l’appréciation portée sur chaque candidature mais, en fait, uniquement les critères pris en compte pour l’appréciation des candidatures.

    Frédéric Couchet : Oui. D’ailleurs tu précises que c’est important parce que ça va à l’encontre de la position du gouvernement mais aussi de la CADA, la Commission d’accès aux documents administratifs, qui avait pris position pour dire qu’il y avait une non-communicabilité, si je me souviens bien, justement parce que ça pouvait apporter des éléments d’identification, en tout cas d'explication sur des décisions particulières individuelles, alors qu’en fait, la publication qui était demandée, c’est vraiment les règles générales, ce qu’on appelle un peu les algorithmes qui sont, quelque part, une suite finie d’opérations qui permettent d’arriver à une décision ou à mettre en place une procédure. Donc ce jugement est important parce qu’il va à l’encontre de ce qu’affirmaient le gouvernement, la CADA.
    Tout à l’heure tu parlais d’un amendement en 2018, si je me souviens bien, et je crois que c’est bien indiqué dans un de tes articles, le gouvernement avait bien dit que ça ne remettrait pas en cause, justement, l’accès à ces documents administratifs, à ces algorithmes locaux, et pourtant, de facto, la réalité est contraire. C’est pour ça que ce jugement est très important. Et pourtant, il semblait que le gouvernement avait promis la transparence sur Parcoursup, justement pour mettre un terme aux critiques qui avaient concerné Admission Post-Bac.

    Xavier Berne : Effectivement. Sur ce dossier on peut vraiment parler d’un bal des faux-culs. J’ai exhumé quelques citations intéressantes lors de la préparation de cette émission. L’année dernière devant le Sénat, lors de l’examen du projet de loi sur Parcoursup, Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, avait par exemple assuré que les codes sources de tous les algorithmes de Parcoursup seraient rendus publics. Promesse à nouveau formulée quelques semaines plus tard, en avril 2018, sur Public Sénat, je cite : « La totalité des algorithmes sera publiée ». Même Mounir Mahjoubi, son collègue secrétaire d’État chargé du Numérique, s’y était engagé cette fois dans les colonnes de L’Ètudiant, voilà ce qu’il disait, je cite : « Le code source de l’algorithme national de Parcoursup sera rendu public. L’algorithme d’affectation utilisé par chacun des établissements le sera également. »
    On voit clairement, aujourd’hui, que ce n’est pas le cas vu que les algorithmes d'affectation utilisés par chacun des établissements n’ont pas été rendus publics. En revanche, il faut quand même souligner que le code source de la plateforme nationale de Parcoursup a, lui, été rendu public, mais pas les fameux algorithmes locaux et c’est un petit peu le problème, parce qu’en fait, pour de nombreux observateurs il s’agit du cœur de la machine Parcoursup, là où se joue en grande partie la sélection des étudiants.

    Frédéric Couchet : Oui. Parce qu’il faut expliquer que l’accès au code source ne suffit pas. Le code source peut être accompagné de documents externes, de documentation externe ou de procédures externes et c’est un peu ce dont on parle avec ces algorithmes. Il y a la partie nationale et puis il y a, évidemment, la partie locale, donc les algorithmes locaux. Par rapport à ce jugement, c’est un jugement en première instance, est-ce que ça signifie que désormais toutes les universités vont devoir divulguer leurs algorithmes locaux ?

    Xavier Berne : Non effectivement. Déjà il faut savoir que seules certaines universités ont recours à ces outils d’aide à la décision.

    Frédéric Couchet : Ces fameux tableurs.

    Xavier Berne : Oui. Il y a environ une université sur quatre qui y a eu recours. Et surtout, comme tu l’as déjà dit il me semble, l’université des Antilles veut se pourvoir en cassation.

    Frédéric Couchet : Je ne l’avais pas dit.

    Xavier Berne : OK, pardon ! Il me semblait. Autant dire que les universités, les étudiants et le gouvernement vont scruter cette décision du Conseil d’État avec la plus grande attention et la bataille s’annonce vraiment rude parce qu’il y a des positions très fermes de la part du ministère mais aussi de la technicité, en fait, dans cette matière. Les textes sur lesquels cette bataille est lancée sont très peu intelligibles et j’ai l’impression qu’il y a une confusion de certains acteurs, justement, entre ce que tu disais : algorithme, code source et il y a aussi une nouvelle notion qui a été introduite par la loi numérique de 2016, c’est sur les principales règles de fonctionnement, en fait, des algorithmes qui ressemblent un peu plus, comment dire, à une sorte de notice, de mode d’emploi de fonctionnement des algorithmes utilisés par les administrations.

    Frédéric Couchet : Tu veux dire qu’au-delà du code source de la plateforme, il y a les algorithmes locaux et ensuite il y a des documents qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement de l’algorithme. C'est ça ? En fait il y a trois types de documents quelque part.

    Xavier Berne : Exactement, c’est tout à fait ça. Depuis la loi numérique de 2016, alors c’est une mesure qui est entrée en vigueur en septembre 2017, toutes les administrations, donc ça ne concerne pas uniquement Parcoursup, même si c’est là que c’est intéressant parce que, ironie de l’histoire, ces dispositions avaient été taillés pour APB, le prédécesseur de Parcoursup, donc toutes les administrations, à partir du moment où il y a une décision individuelle qui est prise à l’égard d’un citoyen, doivent être capables d’expliquer comment elles en sont arrivées à ce résultat, en décrivant, par exemple, quelles données ont été traitées, quelles opérations ont été effectuées par le traitement.

    Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que ces réticences sont surprenantes, je parle par rapport aux deux types d’acteurs, on va dire, les universités et le gouvernement ? Est-ce que c’est vraiment si surprenant que ça ? Je vais prendre un exemple par rapport au gouvernement, et tu es bien placé pour le savoir, la première version du code source réclamée, je crois que c’était APB ou Parcoursup, mais tu me corrigeras, avait été envoyée en format papier. C’était quand même montrer une certaine… !

    Xavier Berne : C’était APB.

    Frédéric Couchet : C’était APB ?

    Xavier Berne : Oui, c’était sur APB, c’était l’association Droits des lycéens qui avait à l’époque saisi la CADA.

    Frédéric Couchet : Donc ça ne montre pas forcément une volonté de contribuer, parce qu’envoyer un code source par papier c’est quand même un peu absurde ou, en tout cas, c’est une volonté de ne pas vraiment contribuer. Est-ce que ces réticences sont les mêmes côté gouvernement et côté université d’après toi ?

    Xavier Berne : Oui. J’ai quand même l’impression que c’est le ministère de l’Enseignement supérieur qui a remonté, d’une certaine manière, les craintes des universités. Moi je vois un peu ça comme une caisse de résonance.

    Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est un relais du gouvernement qui, finalement, contraint les universités. On peut peut-être supposer que le fait que l’université des Antilles aille devant le Conseil d’État a été fortement encouragé par le ministère ; on peut le supposer.

    Xavier Berne : Oui, en tout cas c’est ce que m’ont indiqué certaines sources. D’ailleurs j’ai été très surpris parce que, quand j’ai contacté l’université, le lendemain du jugement, ils avaient déjà un communiqué de presse prêt, vraiment bien taillé, expliquant qu’ils allaient former leur pourvoi en cassation. Donc je pense qu’il y avait pas mal de préparation derrière tout ça.

    Frédéric Couchet : De ton point de vue, si on a compris. On va rappeler, peut-être, qu’en 2016 il y a la fameuse loi pour une République numérique qui avait fait un certain nombre d’avancées. L’an dernier, en 2018, il y a un amendement, dont tu as parlé au départ, qui, finalement, vise à vider d’une partie de sa substance la loi Lemaire, en tout cas en ce qui concerne Parcoursup. On va attendre, évidemment, ce que va dire le Conseil d’État parce que je suppose que l’UNEF va poursuivre devant le Conseil d’État et va défendre cette position.
    Toi, tu attends quoi ? Des clarifications, par exemple législatives dans le cadre d’un nouveau projet de loi que pourrait porter le ministre Mounir Mahjoubi ? Est-ce que tu crois que c’est la CADA ? Il me semble qu'on a déjà parlé dans notre émission, justement avec le président de la CADA, Marc Dandelot, de certains reculs quand même de la CADA récemment, parce que visiblement la CADA soutient la position du gouvernement et des universités. D’après toi, la solution est plutôt législative ? Elle est plutôt autour de la CADA ? Ou finalement c’est le Conseil d’État qui va trancher ?

    Xavier Berne : Ça dépend si on veut avancer à droit constant ou pas. Le législateur s’est prononcé, il y a eu le vote de certaines dispositions. Il faut aussi rappeler que cet amendement a été voté dans un contexte un petit peu particulier.

    Frédéric Couchet : Lequel ?

    Xavier Berne : Le gouvernement a attendu, en fait, la dernière ligne droite des débats, c’est-à-dire l’examen en séance publique au Sénat, juste avant ce qu’on appelle la commission mixte paritaire, à un moment où, une fois que ça a été voté, derrière, après, on ne pouvait plus changer grand-chose.

    Frédéric Couchet : Donc c’était bien volontaire du gouvernement. Une pratique habituelle on va dire !

    Xavier Berne : On va dire que ce n’était pas la première fois et je pense que les sénateurs qui n’étaient pas forcément très avertis, très alertes sur ce sujet, se sont fait enfumer. Derrière ils ont essayé de reprendre la main sur ce sujet, mais ils n’ont jamais réussi. Les députés ont toujours soutenu le gouvernement dans cette entreprise. Les sénateurs avaient essayé de revenir, en fait, sur cet amendement lors du projet de loi sur le RGPD, dans les mois qui ont suivi ; les députés ont toujours suivi l’initiative du gouvernement donc ça n’a pas été modifié.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Xavier Berne : Je pense, pour répondre à ta question, je vois que le temps passe, que le Conseil d’État pourrait faire une précision, pourrait peut-être clarifier un petit peu les choses. C’est ce qu’on peut attendre, en tout cas dans l’immédiat, sinon, effectivement, il faudrait plutôt, à mon avis, repasser par la case Parlement.

    Frédéric Couchet : D’accord. Juste avant de terminer on a une petite question sur le salon web dont j’avais donné les références tout à l’heure : vous allez sur causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » ; la question : y a-t-il aussi des acteurs privés qui contribuent à créer les algorithmes de Parcoursup ? Est-ce qu’à ta connaissance il y en a ?

    Xavier Berne : À ma connaissance non, mais j’avoue que je ne suis pas forcément bien au fait de ce point de détail-là.

    Frédéric Couchet : D’accord. OK. De toute façon on vérifiera. Moi non plus ; ça me paraît non, mais on vérifiera ; en tout cas il y avait cette question-là. Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose en conclusion ?

    Xavier Berne : Non, je pense qu’on a à peu près fait le tour du sujet sur les principaux éléments. Merci.

    Frédéric Couchet : En tout cas je renvoie les personnes qui nous écoutent aux deux articles qu’a publiés Xavier Berne sur nextinpact.com récemment. Les titres c’est « Transparence de Parcoursup, un an de mensonges », notamment du gouvernement ; le deuxième article c’est « Retour sur le jugement imposant à une université de divulguer son "algorithme local" Parcoursup ». Ces deux références sont sur le site de l’April, sinon vous allez sur nextinpact.com et vous les trouverez. Xavier Berne, je te remercie pour cette première chronique et je te souhaite de passer une belle fin journée.

    Xavier Berne : C’est bon, merci Fédéric. Au revoir.

    Frédéric Couchet : Au revoir. Nous allons passer à une pause musicale. C’est un groupe français qu’on a déjà écouté. Le groupe s’appelle Demi-sel et le titre s’appelle Polka du père Frédéric/Kubipolka.

    Pause musicale : Polka du père Frédéric/Kubipolka par le groupe Demi-sel.

    Voix off : Cause Commune 93.1.

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Demi-sel, le titre s’appelle Polka du père Frédéric/Kubipolka. J’en profite pour signaler que, bien sûr, les musiques diffusées ici sont sous licence libre et le groupe Demi-sel, je crois qu’il a un site web, je le rajouterai sur la page de références sur le site de l’April, tourne actuellement, en tout cas il tourne régulièrement en concert.
    Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Libre à vous ! c’est l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Nous allons maintenant poursuivre avec le sujet suivant, notre sujet principal qui va porter sur Wikipédia, l’encyclopédie libre. Je vais représenter nos invités : Pierre-Yves Beaudouin, président de Wikimédia France. Rebonjour Pierre-Yves.

    Pierre-Yves Beaudouin : Rebonjour.

    Frédéric Couchet : Nadine Le Lirzin, secrétaire de Wikimédia France. Rebonjour Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Bonjour.

    Frédéric Couchet : Wikipédia, on peut supposer que la plupart des personnes qui écoutent l’émission connaissent de nom. On peut même supposer que la plupart ont déjà été sur Wikipédia rechercher des informations, que ce soit pour faire son devoir d’école, quitte à copier-coller sauvagement des pages ou, simplement, pour avoir la réponse à la question qu’on se pose à midi à table par exemple : on sort le téléphone et on regarde sur Wikipédia.
    Le but de l’émission c’est d’expliquer un peu plus ce qu’est Wikipédia et surtout d’expliquer que Wikipédia ce n’est pas simplement un site web que l’on peut consulter, que l’on peut lire, c’est un site web qui a notamment un bouton absolument magique, dont on va parler tout à l’heure, qui est le bouton « Éditer ».

    Nadine Le Lirzin : « Modifier ».

    Frédéric Couchet : « Modifier », excuse-moi, tu as tout à fait raison, ça dépend, effectivement, des types de wiki ; on expliquera ce qu’est un wiki. Donc le bouton « Modifier » sur lequel une personne peut appuyer et ainsi contribuer à Wikipédia, mais on va en reparler.
    Première question : un petit point sur l’historique de Wikipédia qui fête aujourd’hui ses 18 ans, donc Wikipédia est majeure. Pourquoi à l’origine ce projet a été lancé et par qui ? Quel était le problème à résoudre, en fait ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Sur ce point exact je n’ai pas vraiment de réponse. En fait il faut se remettre dans le contexte. Wikipédia a vu le jour le 15 janvier de 2001, a été créée par deux américains, Jimmy Wales et Larry Sanger. Mais, en fait, leur idée initiale était de créer Nupedia qui avait vu le jour un an avant. C’était une encyclopédie assez classique, assez traditionnelle, ça ressemblait à ce qu’on avait l’habitude de connaître, Universalis et Britannica, sauf que là c’était sur Internet. Les rédacteurs de l’encyclopédie étaient triés sur le volet grâce à leur CV.

    Frédéric Couchet : Une sorte de cooptation à l’époque sur Nupedia, en fait, pour pouvoir contribuer.

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui. Un an après, parce que ce projet vivotait, je crois que c’est Larry Sanger qui a entendu parler des wikis, donc des sites facilement modifiables par tout un chacun et par n’importe quel internaute notamment, sans avoir de connaissances en informatique, et qui a convaincu Jimmy Wales de se lancer dans l’aventure et donc de créer un peu en annexe, en projet annexe à Nupedia, le véritable projet Wikipédia qui servait un peu de bac à sable, de brouillon, pour la véritable encyclopédie. Tous les internautes pouvaient proposer des articles sur Wikipédia et après ils étaient validés par les sachants.

    Frédéric Couchet : D’accord. À l’origine, en fait, Wikipédia était un bac à sable, comme tu le dis, pour que les gens, en gros, s’amusent, mettent des choses, fassent des brouillons et qu'ensuite le comité d’experts et d’expertes, quelque part, valide pour mettre sur Nupedia. Donc c’était ça ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Voilà !

    Frédéric Couchet : Je ne savais pas.

    Pierre-Yves Beaudouin : Ce n’était pas très disruptif ; il y avait quand même une élite qui sélectionnait les articles. Mais très vite, Wikipédia s’est mise à rédiger des milliers d’articles, et de qualité, donc en fait a tué le père ; 18 ans après c’est le seul projet qu’on connaisse et plus personne n’a entendu parler de Nupedia.

    Frédéric Couchet : Et plus beaucoup de monde a entendu parler des autres encyclopédies qui pouvaient exister. La partie clef qui a permis, peut-être, cette explosion de Wikipédia c’est justement le transfert de modèle, d’un modèle où, en fait, les personnes qui pouvaient écrire étaient cooptées avec un comité de validation à l’ancienne, machin, etc., à un modèle où n’importe qui peut contribuer, et avec l’explosion aussi d’Internet. Un petit peu, d’ailleurs, comme dans le monde du logiciel libre où le logiciel libre s’est considérablement développé à partir du moment où il y a eu la démocratisation d’Internet et, en 2001, Internet était de plus en plus accessible par toute personne. Donc ces deux choses-là, finalement : de plus en plus de personnes qui ont des choses à partager en commun et des outils qui leur permettent facilement de modifier des pages et de contribuer.
    Comme tu l’as dit tout à l’heure, la base de Wikipédia en termes de logiciel, c’est un logiciel qui s’appelle MediaWiki, mais il en existe plein d’autres. Donc un wiki, comme l’as dit tout à l’heure, c’est un site web sur lequel une personne peut modifier directement et, avec certains mots clefs, peut mettre du texte en gras, en italique, etc., comme on le fait sur un traitement de texte classique sauf que là c’est en ligne et sauf que là c’est de façon collaborative. C’est bien ça ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui, c’est exactement ça, et il y a quelques fonctionnalités en plus, notamment la gestion des révisions sur Wikipédia qui s’appelle l’« historique », qui permet à tout un chacun de voir l’article depuis sa création, même des articles qui ont été créés il y a 18 ans, par exemple, vous pouvez voir : au départ il y avait un paragraphe, même une seule phrase, et maintenant ils peuvent faire 40 pages.

    Frédéric Couchet : D’accord. Outre le fait que ce soit un wiki, il y a un point essentiel c’est que c’est diffusé sous licence libre. Je ne sais pas si c’était le cas de Nupedia, je ne me souviens plus, en tout cas ce qui n’était pas le cas des encyclopédies qui existaient à l’époque. Le fait que ce soit sous licence libre apporte clairement quelque chose. Nadine Le Lirzin, est-ce que là-dessus c’est pour toi un point essentiel le fait que l’encyclopédie soit disponible sous une licence libre, en l’occurrence c’est Creative Commons Partage à l’identique ?

    Nadine Le Lirzin : Oui, c’est indispensable. Ça permet une véritable diffusion, sans arrêt. Quand on contribue sur Wikipédia, on a le premier message qui apparaît, qui vous dit : « Les contributions que vous allez faire vont être partageables par tous, même pour des buts commerciaux ». La licence est libre. Ça ne concerne pas le droit d’auteur, bien sûr, un auteur est toujours propriétaire de son œuvre de l’esprit, mais elle est librement réutilisable, elle est librement copiable, il suffit de citer la source, de diffuser sous la même licence, bien sûr – on ne peut pas s’approprier un travail qui est libre pour ensuite lui mettre des droits et se l’approprier dans son coin. Donc c’est l’ouverture vers plus de liberté et puis un appui à la créativité, c’est-à-dire qu’on peut vraiment faire ce qu’on veut. Je pense à Wikipédia mais aussi à d’autres projets Wikimedia comme Commons.

    Frédéric Couchet : Justement, qu’est-ce que c’est que Wikimedia Commons ?

    Nadine Le Lirzin : Commons c’est une grande médiathèque qui accueille principalement des photos mais aussi beaucoup de vidéos maintenant, enfin ça bouge. Sur Commons on peut utiliser les photos, on les voit d’ailleurs circuler ; il suffit de citer l’auteur, mais on peut les modifier, on peut les vendre, on peut faire des mashups.

    Frédéric Couchet : Parce qu’en fait, ce qui est important aussi dans ce que tu cites sur Wikimedia Commons, c’est qu’en fait il y a d’autres projets que Wikipédia, donc Commons ; il y en a plein d’autres, on ne va pas tous les citer, mais si vous allez sur Wikipédia vous les retrouverez. Commons permet, quand par exemple on recherche une illustration pour un article, qu’on souhaite utiliser quelque chose qui est sous licence libre, c’est l’une des sources principales de référence. Ça me fait penser aussi que souvent une façon de contribuer à Wikipédia c’est, sur les pages qui concernent des personnalités, de proposer des photos sous licence libre, parce que souvent ça manque en fait, on ne voit pas de photo et il y a un petit message qui dit : « Une photo sous licence libre serait la bienvenue ». Ça c’est important, et ce succès de Wikipédia et le succès du logiciel libre sont un peu concomitants en termes de temps, de durée.
    Comme je disais tout à l’heure, c’est arrivé à un moment où il y avait des gens qui, effectivement, avaient envie de partager. Les licences libres permettent de partager dans un cadre juridique qui est bien défini et qui permet des réutilisations y compris commerciales. Effectivement, dans Wikipédia il n’y a pas de restrictions à l’usage commercial, ce qui permet aussi le succès, de la même façon qu’il y a ça dans le logiciel libre. C’est important de le préciser parce que les gens qui pensent aux licences Creative Commons, les licences Creative Commons permettent, pour certaines, des restrictions commerciales et d’autres pas. Wikipédia a fait le choix de Creative Commons Partage à l’identique, c’est, en gros, vous pouvez partager ce contenu mais sous les mêmes termes de la licence, vous ne pouvez pas retirer des libertés et vous pouvez partager quelles que soient les conditions c’est-à-dire en modifiant, en refaisant un mashup comme tu le disais, y compris en le vendant par exemple sur un CD, sur un DVD, etc. Et c’est le même choix qu’on a fait dans la radio : toutes nos musiques sont sous ce type de licence. Oui, Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Très important ça veut dire qu’on ne peut mettre sur l’encyclopédie que quelque chose dont on est l’auteur. On ne peut pas aller piller d’autres auteurs pour mettre leurs textes en ligne et les offrir au monde, même si on pense que ces textes sont merveilleux.

    Frédéric Couchet : Même si on pense que c’est bien.

    Nadine Le Lirzin : Voilà, exactement.

    Frédéric Couchet : D’ailleurs ça me fait penser dans les fondamentaux, dans les principes fondateurs de Wikipédia, il y en a cinq, il y en a certains dont on a déjà parlé : le fait que ce soit une encyclopédie, le fait que ce soit publié sous licence libre. Il y en a un dont on n’a pas parlé mais dont on peut parler éventuellement maintenant, c’est la neutralité du point de vue. C’est-à-dire que les articles ne doivent pas promouvoir un point de vue particulier, mais on doit pouvoir présenter plusieurs points de vue, chacun étant libre de défendre plus ou moins fidèlement ses points de vue. Est-ce que c’est à peu près ça ?

    Nadine Le Lirzin : Non. Ce n’est pas ça du tout, parce que c’est une encyclopédie, ce n’est pas une tribune. Ce n’est pas que chacun vient défendre ses points de vue, c’est que chaque sujet peut être abordé de différents points de vue.

    Frédéric Couchet : De différents points de vue. D’accord.

    Nadine Le Lirzin : On ne vient pas défendre les siens obligatoirement. On vient dans un esprit encyclopédique communiquer comment ces sujets ont été traités, sont traités actuellement par les spécialistes, par ceux qui, finalement, ont autorité, plus ou moins autorité, pour en débattre.
    Sur les sujets d’actualité c’est vrai qu’on peut aussi avoir des contributeurs qui arrivent avec des idées très fortes sur ce qu’ils ont envie de faire passer, mais les véritables contributeurs, ceux qui sont là depuis longtemps, ceux qui restent, ceux qui vraiment le font dans un esprit de partage de la connaissance, finalement arrivent tous à la même conclusion à un moment, c’est qu’on est tous là pour la même chose. On peut ne pas être d’accord, on peut travailler, on peut, par exemple, être d’extrême gauche et travailler avec des gens peut-être d’extrême droite. On s’en fout d’ailleurs, ce n’est pas le débat. On ne vend rien en fait ! Si les gens sont tous de bonne foi, si vraiment leur but c’est de défendre une encyclopédie, de porter à la connaissance des choses qui aident les autres à réfléchir, qui aident les autres à avancer, à se faire une idée d’un sujet, il y a un respect qui s’installe, je dirais, entre contributeurs, peu à peu. Ce ne sont pas leurs idées qui passent. On arrive à un équilibre. Mais attention ! On parle beaucoup de consensus, ce n’est pas non plus une mollesse de point de vue, le consensus n’est pas quelque chose qui dissout tout. Le consensus se fait sur une base d’argumentation, de la littérature existante, les sources, la discrimination entre les sources aussi, c’est-à-dire qu'une source ne vaut pas une autre. Ça s’apprend peu à peu, il faut lire beaucoup, il faut être patient. Certains wikipédiens vont en bibliothèque. Moi je suis allée à la bibliothèque pendant des années. Je disais même : si vous avez quelque chose à vérifier sur tel ou tel sujet, je suis à la bibliothèque toute la journée, demandez-moi, je peux chercher n’importe quelle revue incroyable ou livre introuvable aujourd’hui, je vérifierai vos sources.

    Frédéric Couchet : D’accord. Tu parlais de ces différentes personnes qui contribuent. L’un des derniers principes fondateurs dans Wikipédia c’est le savoir-vivre, dans ce projet collaboratif. Ça c’est un point essentiel parce que, comme tu le dis, les contributeurs, les personnes qui contribuent, viennent de profils très différents et, des fois, peuvent aussi avoir d’autres objectifs que la partie encyclopédie libre qui devrait normalement être, effectivement, l’objectif principal. Donc ce savoir-vivre il s’exprime comment en fait, ces règles de savoir.vivre ? Il y a des règles précises ? Comment ça s’exprime ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Tout à fait. Déjà il faut réaliser, par exemple, la Wikipédia en langue française donc la Wikipédia francophone c’est une petite ville, c’est 18 000 personnes, qui viennent forcément d’horizons très divers.

    Frédéric Couchet : Tu dis que c’est une petite ville par rapport à, prenons les États-Unis. Est-ce que tu sais combien il y a de personnes qui contribuent ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Sur la Wikipédia anglophone ça doit être 50 000.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Nadine Le Lirzin : Elle est anglophone, elle n’est pas seulement américaine.

    Frédéric Couchet : D’accord. Parce que 18 000 ça ne paraît pas forcément petit, mais bon ! Peut-être qu’à l’échelle de Wikipédia c’est petit.

    Pierre-Yves Beaudouin : Je disais une ville de taille moyenne pour la France, par exemple. Du coup, forcément, comme les personnes viennent d’horizons différents, il peut y avoir un grand universitaire qui collabore avec un adolescent, par exemple, donc il faut tout un tas de règles. C’est vrai que l’aspect collaboratif est très important et malheureusement, on le voit régulièrement, il y a des bons wikipédiens qui seraient très utiles à l’encyclopédie pour partager leurs connaissances mais qui sont incapables d’accepter de collaborer avec d’autres personnes, qui essayent de s’approprier les articles. Donc il y a tout un tas de règles, d’us et coutumes qui se sont mis en place pour que les gens puissent collaborer et s’entendre même en étant très différents et de points de vue divers et variés.

    Frédéric Couchet : Ce que tu dis est intéressant parce que c’est vrai que le fait de retrouver quelqu’un qui est un spécialiste, une personne qui est spécialiste d’un sujet, commencer à débattre, à discuter sur le contenu d’une page avec une personne qu’elle ne connaît pas, qui est peut-être jeune ou qui, peut-être dans son esprit, manque de connaissances, c’est une remise en question, en tout cas personnelle. Il faut pouvoir dialoguer ; on peut être très bien expert dans son domaine sans être capable de dialoguer avec les autres pour contribuer. Et Wikipédia c’est quand même une encyclopédie collaborative, libre mais collaborative. J’ai une question plus personnelle : comment vous êtes venus, vous, à Wikipédia. Nadine ?

    Nadine Le Lirzin : Comment j’y suis venue ?

    Frédéric Couchet : Qu’est-ce qui a été le déclic ? Tu t’en souviens ?

    Nadine Le Lirzin : Mon horreur des fautes d’orthographe, je crois. Il me semble que mes premières modifications ça me démangeait de venir corriger. Je voyais une faute dans un texte, parce que je consultais déjà l’encyclopédie, bien sûr, elle était vraiment petite à ce moment-là, beaucoup d’ébauches, beaucoup d’articles très courts, mais ces articles très courts existaient, ils avaient ce mérite d’exister, on sentait quand même le potentiel qui était là. Oui, peut-être que c’est ça au départ. Et puis des références. Il se trouvait aussi qu’à l’époque je travaillais comme traductrice d’un grand érudit, donc j’étais plongée dans des domaines d’érudition qui étaient merveilleux, que je découvrais, j’apprenais chaque jour ; chaque page que je traduisais j’apprenais plus qu’en une année de fac. Et puis j’avais envie de transmettre, je me disais : mais c’est fou, parce que ça va être dans un livre, bon, je vais le traduire, qui va acheter ça ? Personne ! Ça ne va pas être lu, ça va s’empoussiérer quelque part alors que c’est formidable. Ah bon, cet auteur existait ! Etc. Enfin l’envie de faire connaître plus.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Nadine Le Lirzin : Et puis plus égoïstement, c’est assez valorisant en fait. On est content ! Même si c’est une petite chose, même si c’est un petit paragraphe, même si c’est une petite phrase, on est content de soi.

    Frédéric Couchet : Que cette phrase soit sur l’encyclopédie, ça apporte une satisfaction personnelle et ça c’est essentiel.

    Nadine Le Lirzin : Mais oui, c’est très important !

    Frédéric Couchet : Bien sûr.

    Nadine Le Lirzin : Et puis ça va peut-être être traduit d’ailleurs, parce que Wikipédia ce n’est pas en une seule langue, c’est mondial, donc peut-être qu’on va pouvoir ajouter une information à un article et puis ça va être traduit dans je ne sais combien de langues, des langues tellement rares qu’elles n’ont presque plus de locuteurs. On a quand même des Wikipédia formidables pour ça. Certaines Wikipédia, avec très peu de contributeurs, sont des réceptacles de la langue en ce moment. Il y a des langues dans lesquelles il n’y avait pas de dictionnaire écrit. C’est un travail de… ! Oui, je suis très admirative du projet.

    Frédéric Couchet : Ça se voit.

    Nadine Le Lirzin : Je n’ai pas perdu l’enthousiasme. Pour moi c’est une cathédrale, c’est un endroit où on est tous, on n’est pas anonymes entre nous parce que, finalement, on arrive à se connaître. C’est une ville de 18 000 personnes. Moi j’ai vécu en province en France, une ville qui faisait beaucoup plus d’ailleurs que 18 000, on arrive à connaître le monde. J’ai commencé sur l’encyclopédie en 2008 ; oui, on commence à connaître les personnalités, sans avoir besoin de connaître leur identité civile.

    Frédéric Couchet : Exactement. Et Pierre-Yves, toi comment tu es venu à Wikipédia ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Moi je ne me souviens plus exactement, c’était en 2004, c’était durant l’été, au lieu de rédiger mon mémoire de DEA pour aller en thèse ensuite, je m’ennuyais et j’ai commencé à améliorer les articles d’économie, donc ma passion. Ce qui est marrant c’est qu’au départ je pensais ne pas avoir assez de diplômes donc je laissais des commentaires en page de discussion.

    Frédéric Couchet : Pour qu’on comprenne bien, donc tu modifiais des pages où tu rajoutais en discussion ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Je suggérais des améliorations.

    Frédéric Couchet : Tu suggérais des améliorations mais, ne te sentant pas suffisamment à la hauteur, tu les suggérais simplement en disant : quelqu’un d’autre de mieux placé que moi va intégrer ça dans la page principale. C’est ça ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui. Comme quoi la première étape c’est d’oser modifier une encyclopédie. C’est vrai que le terme, avoir appelé Wikipédia « encyclopédie » peut faire peur. Même en ayant bac + 5, je ne me sentais pas capable et avoir le droit de modifier ce wiki, qui était en libre accès, en plus.

    Frédéric Couchet : Qu’est-ce qui a apporté le fait qu’à un moment tu t’es senti capable de modifier directement la page ? Est-ce que c’est parce que les gens ont mis en ligne tes propres modifications et t’ont dit : « Vas-y directement » ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Je ne crois pas. J’ai été bien accueilli et après, assez vite, j’ai vu qu’en fait j’étais plus diplômé et qualifié que les autres wikipédiens donc il fallait que je me mette à modifier, à améliorer l’encyclopédie.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Nadine Le Lirzin : C’est beau ce que dit Pierre-Yves parce que c’est une forme de respect aussi. Moi aussi j’ai beaucoup hésité. Au départ j’avais peur qu’on voie mon adresse IP.

    Frédéric Couchet : Ton adresse IP c’est l’adresse de la machine depuis laquelle tu te connectes. Tu avais peur pourquoi ?

    Nadine Le Lirzin : Parce que je n’avais pas choisi de pseudo, je n’avais aucune idée du pseudo à prendre d’ailleurs, et chaque fois que j’allais pour modifier, on me disait : « Attention, on va voir votre adresse IP » et là j’imaginais qu’on allait me tracer, qu’on allait savoir qui j’étais. Un jour j’ai finalement créé un compte avec un bon pseudonyme, mais je n’osais pas ! Ça a duré des semaines, je regardais, j’ouvrais, je voyais les articles après modification, je voyais l’apparence que ça avait en Wiki Code, parce que maintenant il y a un éditeur visuel. C’est quand même beaucoup plus facile.

    Frédéric Couchet : On n’est plus obligé de saisir manuellement les codes wikis, pour modifier la page ; il y a un éditeur visuel qui permet par exemple de mettre en gras en sélectionnant le texte, en cliquant.

    Nadine Le Lirzin : Comme si on était dans un traitement de texte un petit peu.

    Frédéric Couchet : Exactement.

    Nadine Le Lirzin : C’est devenu plus simple. Mais au départ on ouvrait et on voyait des signes un peu bizarres, un peu étranges. Moi je suis pas informaticienne du tout, je trouvais ça un peu étrange, alors j’observais, j’allais voir un autre article, je regardais comment c’était fait ; j’ai beaucoup hésité. Il y a une forme de respect du travail des autres, de ce qui est déjà écrit.

    Frédéric Couchet : D’accord. C’est très intéressant. On va justement essayer, après la pause musicale qu’on va faire, d’entrer un peu plus dans le détail pour les personnes justement comme toi, quelque part, qui se disent : j’ai un peu peur de modifier, d’utiliser ce fameux bouton « Modifier ». On va en parler un peu plus en détail juste après la pause.
    On va écouter un groupe qu’on a déjà écouté dans l’émission mais qui a eu un grand succès, en tout cas vu les retours qu’on a eus. Le groupe s’appelle Ceili Moss et le titre s’appelle The next market day.

    Pause musicale : The next market day par Ceili Moss.

    Voix off :Cause Commune 93.1.

    Frédéric Couchet : Vous êtes toujours sur Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 et sur causecommune.fm. Nous venons d’écouter Ceili Moss, le titre s’appelle The next market day et, si je me souviens bien, c’est un groupe belge qui lui aussi tourne, comme Demi-sel. Je vous encourage à aller les voir aussi sur scène.
    Nous sommes de retour pour continuer notre sujet sur Wikipédia, toujours avec Pierre-Yves Beaudouin et Nadine Le Lirzin de Wikimédia France et on expliquera tout à l’heure ce qu’est Wikimédia France. On va poursuivre d’abord sur Wikipédia et ce fameux bouton « Modifier », cette crainte de vouloir contribuer à Wikipédia.
    J’ai envie de dire, comment une personne qui est sur une page Wikipédia, sur laquelle elle peut se dire : tiens il y a des fautes d’orthographe, même s’il y en a beaucoup moins maintenant, évidemment, mais peut-être des améliorations à apporter, comment cette personne peut faire ? Est-ce qu’il y a des compétences particulières à avoir, techniques ou autres ? Comment on peut s’y mettre pour contribuer à Wikipédia ? Qui veut intervenir là-dessus en premier ? Pierre-Yves.

    Pierre-Yves Beaudouin : Je vais commencer. Ce qui est conseillé quand on est un nouveau contributeur, c’est d’améliorer un article, ne pas commencer par créer un nouveau sujet. En fait, ce qu’il faut garder en tête, c’est que le travail d’encyclopédiste est un travail de synthèse. On ne veut pas l’avis des wikipédiens, s’ils sont fans de foot ou de musique ou d’extrême gauche par exemple, non ! Ils doivent synthétiser les ouvrages qui font référence ou les articles de presse qui font référence sur le sujet. C’est ça la principale qualité, en fait : savoir faire de la recherche bibliographique, faire le tri entre la bonne et la mauvaise presse, les fake news et le travail universitaire de qualité, et ensuite synthétiser l’information sans la plagier, c’est là où ça peut devenir complexe.

    Frédéric Couchet : La difficulté, peut-être.

    Pierre-Yves Beaudouin : Mais il faut bien savoir aussi que la communauté fait un effort pour documenter l’aide. Elle n’est pas forcément à jour – toutes les communautés du Libre ont ce problème –, mais il y a tout un tas de pages qui permettent d’apprendre à contribuer petit à petit à Wikipédia. Il y a aussi des vidéos ; au sein de l’association Wikimédia France on a fait un MOOC.

    Frédéric Couchet : Un MOOC, c’est quoi ?

    Pierre-Yves Beaudouin : C’est un cours massif en ligne [massive open online course], ce sont des sortes de vidéos interactives qui permettent d′en savoir un peu plus sur la façon de contribuer à Wikipédia.

    Frédéric Couchet : C’est une formation en ligne à base de vidéos et d’autres outils. C’est ça ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui.

    Frédéric Couchet : D’accord. J’en profite pour préciser que sur la page Wikipédia, comme tu le dis, en fait les premiers liens qui apparaissent ce sont des liens aidant à contribuer, soit en vidéo, soit en texte, les questions-réponses les plus fréquentes. Tout de suite on est dans le bain. Si on a envie de contribuer on va sur wikipedia.fr, on n’utilise pas un moteur de recherche pour rechercher quelque chose et arriver sur Wikipédia, on va tout de suite sur wikipedia.fr et ensuite on suit les liens qui permettent de contribuer. Je te laisse poursuivre.

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui, c’est la particularité. On essaye, même si on a un ratio très disproportionné entre lecteurs et rédacteurs de l’encyclopédie. Par exemple, à l’heure actuelle, en France il y a 30 millions de visiteurs uniques par mois et la Wikipédia francophone est constituée de 18 000 personnes. Mais la communauté essaye : idéalement on aimerait que chaque lecteur devienne aussi contributeur de l’encyclopédie. Donc on peut commencer juste par corriger des petites fautes d’orthographe ou des petites erreurs factuelles de dates, ou rajouter un ouvrage, mettre à jour l’article aussi. L’article peut avoir quelques années, peut commencer à vieillir ; il manque des informations sur la biographie de la personne. Un bon conseil, en fait, c’est de commencer par ses passions.

    Frédéric Couchet : Les sujets où on se sent à l’aise, justement, pour pouvoir contribuer.

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui. Les wikipédiens estiment que tout le monde a quelque chose, a un savoir à apporter, soit du point de vue de sa formation, soit ses passions – si on fait de la guitare ou du chant ou on joue à un sport –, soit ses lectures, soit ses études, soit le village ou la ville où on a grandi, etc. Forcément on a quelque chose à apporter à l’encyclopédie. Maintenant il y a plusieurs millions d’articles déjà créés, donc vous trouverez forcément un sujet qui vous intéresse et sur lequel vous avez des choses à apporter et où vous êtes capable de synthétiser de l’information soit qui se trouve ailleurs sur Internet, si elle est sous licence libre vous pouvez carrément la copier-coller, si la licence est compatible avec celle de Wikipédia, soit, sinon, aller en bibliothèque pour synthétiser ces informations.

    Frédéric Couchet : Avant de passer la parole à Nadine qui hochait la tête et qui, forcément, veut intervenir, je vais citer le cinquième principe fondateur de Wikipédia, je vais lire : « Wikipédia n’a pas d’autres règles que les cinq principes fondateurs énoncés sur la page. » Et ça se poursuit par : « N’hésitez pas à être audacieux dans vos contributions puisque l’un des avantages de pouvoir modifier Wikipédia est que tout n’a pas à être parfait du premier coup ». C’est le droit à l’erreur dont tu parlais tout à l’heure, Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Exactement. C’est très important. On ne peut pas faire de grosse bêtise, en fait, sur un wiki puisque dans l’historique on peut revenir très facilement à la version précédente ou encore celle d’avant. On ne fait rien d’irréparable. Si on vient et qu’on fait les choses de bonne foi, quelqu’un va venir derrière et améliorer ou donner un conseil. Il y a des gens de très bonne volonté. Par exemple il y a un service – service, je ne devrais pas dire ça – d’accueil des nouveaux.

    Frédéric Couchet : Explique-nous ça.

    Nadine Le Lirzin : L’accueil des nouveaux, ce sont des wikipédiens ou des wikipédiennes qui se proposent parrain, marraine des nouveaux, si vous avez envie d’être encadré, mais ce n’est pas du tout une obligation non plus. Le wiki est très transparent, c’est une société panoptique comme décrivait Foucault, c'est cette société où tout le monde peut voir tout le monde. Tout ce qu’on écrit est vu presque à la seconde ; dès qu’on appuie sur « Publier », quelqu’un regarde, peut-être ne regarde pas, on ne sait pas. On peut aussi travailler dans son coin et ne rien demander à personne, c’est tout à fait faisable. Mais on peut aller demander de l’aide et là il y a vraiment des gens de très bonne volonté. Ils font ce qu’ils peuvent dans les sujets qui les concernent ou qui les intéressent ou le temps qu’ils ont à y consacrer aussi. C’est du bénévolat, ça prend beaucoup de temps quand même.

    Frédéric Couchet : Comment se passe cet échange ? C’est par courriel ? C’est sur des pages spéciales du wiki ?

    Nadine Le Lirzin : Non. Tout se fait sur le wiki.

    Frédéric Couchet : Tout se fait sur le wiki. D'accord.

    Nadine Le Lirzin : Tout se fait sur le wiki. On peut passer par un échange plus privé, certaines personnes le font peut-être, mais non, tout se passe visiblement, soit sur la page de discussion d’un utilisateur, la page de discussion d’un article, le lieu de rencontre d’un projet. Vous pouvez, par exemple, vous intéresser à l’histoire militaire et puis vous retrouvez, je ne sais plus comment ça s’appelle, le bistrot de l’histoire militaire. Il y a quelques contributeurs-contributrices qui s’intéressent à ce sujet et qui seront ravis de vous accueillir si vous avez une passion pour ce sujet-là.

    Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est l’onglet discussion qu’il y a sur toutes les pages Wikipédia.

    Nadine Le Lirzin : Surtout, ce qu’il faut savoir, c’est facile en fait. Il ne faut pas hésiter et on a tous quelque chose à apporter. L’histoire des sources, d’aller en bibliothèque, etc., il ne faut pas s’arrêter à ça, parce qu’on dirait qu’on sort de la faculté et puis qu’il y a un prof qui nous demande d’aller faire des recherches, je ne sais quoi. Ce n’est pas vrai ! On peut aussi avoir un monument historique dans sa commune de 200 habitants, la croix, le calvaire, je ne sais quoi, et qui n’est toujours pas illustré sur Wikipédia. On peut prendre la photo avec son téléphone, on essaie de la faire nette plutôt que floue, c’est mieux. Ça, ça va documenter, on a le droit ! On fait soi-même la photo, on a le droit de la poser. On a déjà moins le droit d’aller prendre un livre paru sur le sujet, de prendre la photo du photographe même si elle est magnifique, puis de la mettre ; ça on n’a pas le droit. On doit mettre des choses qui sortent de nous, mais ça peut être des très petites choses.
    Je me rappelle d’un jeune garçon qui contribuait sur le catch et qui était dyslexique. Il avait vraiment un enthousiasme à communiquer ce qu’il savait sur le catch, ça le passionnait complètement. Il revenait sans arrêt, il fallait passer derrière lui, il fallait corriger, c’était un peu fastidieux pour ceux qui suivaient les articles, mais c’était merveilleux de voir à quel point son envie de partager passait au-delà de ce handicap qu’est la dyslexie. Tant pis ! Ça ne fait rien, c’est dyslexique, mais j’y vais parce que je veux trop le dire, il faut que je le dise.

    Frédéric Couchet : D’accord. Là on est sur l’aide on va dire en ligne, la contribution en ligne. Est-ce qu’il y a des rencontres physiques entre wikipédiens et wikipédiennes, notamment en France ? On ne va parler que de la partie française.

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui notamment à l’heure actuelle. Au mois de mars il y a tout un tas d’activités parce que c’est le mois de la contribution francophone qui a lieu une fois par an au mois de mars. À l’heure actuelle il y a un peu plus de 50 ateliers de prévus dans 12 pays différents de la francophonie et notamment en France il y a énormément d’activités. Par exemple vendredi prochain, à l’Unesco, il va y avoir un très grand atelier pour un peu féminiser l’encyclopédie.

    Frédéric Couchet : Qu’est-ce que tu appelles féminiser l’encyclopédie ? Féminiser les contributions ? Les personnes qui contribuent ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Il y a les biais dans les deux sens. Il y a le contenu : évidemment il y a moins de biographies, beaucoup moins de biographies de femmes que d’hommes, et aussi au sein de la communauté. Malheureusement, on n’a pas les chiffres exacts parce qu’on ne demande pas trop d’informations personnelles, on ne collecte pas trop de données personnelles sur les contributeurs ou contributrices, mais les chercheurs qui ont fait des sondages estiment autour de 15-20 % de femmes qui contribuent à Wikipédia, donc on aimerait un peu diversifier cela. Donc il y a tout un tas d’ateliers ; en France ces activités sont réunies sous le nom des ateliers Les sans pagEs qui ont lieu un peu partout en France, dans cinq ou six villes je crois, une fois par mois. N’hésitez pas à faire une recherche sur votre moteur de recherche préféré et à vous rendre dans ces ateliers. Ça permet aussi de rencontrer des wikipédiens, des wikipédiennes expérimentés, confirmés, qui vont vous aider, parce que des fois c’est vrai que les premières étapes peuvent être un peu plus compliquées ; on a toujours des questions et c’est une façon conviviale de rédiger des articles. Moi, le week-end dernier, je suis allé à un atelier, par exemple, pour rédiger Wikipédia.

    Frédéric Couchet : Ce qui permet aussi une rédaction collaborative de visu en fait, dans la même pièce quelque part, ce qui complète la collaboration naturelle à Wikipédia sur le site. Ça ce sont des évènements physiques. Donc il y a des personnes spécialistes de Wikipédia, des wikipédiens et wikipédiennes, c’est comme ça qu’on les appelle, qui vont aider les personnes à faire quelque part leur première contribution ou des contributions plus importantes. Par exemple je suppose qu’il est plus difficile de créer une nouvelle page sur un sujet que de modifier une page qui existe déjà ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui. Ça je le déconseille vraiment pour les débutants, les grands débutants qui commencent à modifier l’encyclopédie, parce qu’il y a notamment ce qu’on appelle des critères d’admissibilité pour s’assurer la fiabilité du contenu de Wikipédia.

    Frédéric Couchet : Explique-nous ça. Vas-y.

    Pierre-Yves Beaudouin : En fait tout n’est pas autorisé, parce que, comme je le disais, c’est surtout un travail de synthèse. Donc s’il n’y a rien à synthétiser, là on va tomber dans ce qu’on appelle le travail inédit, la recherche originale, et, en fait, le wikipédien ne doit pas se substituer au journaliste ou au chercheur parce que, sinon, il n’y aurait aucun moyen de vérifier l’information. Ce n’est pas une encyclopédie signée, contrairement à Universalis où là c’est un spécialiste qui s’engage, qui engage son nom, sa notoriété, et il n’a pas forcément besoin de lister ses sources lorsqu’il rédige un article. Sur Wikipédia, en fait, vous allez tout en bas de l’article, il y a une grande section « références », qui permettent de vérifier toutes les informations qui sont contenues dans cet article.

    Frédéric Couchet : C’est vrai que la base de sources est très importante et ça me fait penser aussi, tu parlais de biographie tout à l’heure, sauf erreur de ma part, on ne peut pas créer sa propre page pour faire parler de soi sur Wikipédia.

    Pierre-Yves Beaudouin : C’est fortement déconseillé.

    Frédéric Couchet : C’est fortement déconseillé. Je dis ça parce que j’ai eu des questions récemment me disant : pourquoi telle et telle personne n’ont pas de page ? Est-ce que la personne pourrait la créer ? J’ai expliqué : eh bien non, ce n’est pas le mode de fonctionnement.

    Pierre-Yves Beaudouin : Ça étonne encore des gens. Mais si on pense plutôt à des politiciens ou des entreprises, on ne concevrait pas que Renault rédige la fiche sur son entreprise ou que Carlos Ghosn modifie lui-même sa biographie.

    Frédéric Couchet : Justement. J’ai une petite question, je ne pensais pas en parler, mais comment est géré ce genre de cas où une entreprise, où un responsable politique tente, subrepticement, de modifier sa page en se cachant derrière un pseudo, mais dont l’adresse IP, en fait, révèle que, par exemple, c’est le siège de telle entreprise ou de tel groupe politique ? Comment c’est géré en interne ça ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Ça dépend du type de modifications. Si ce sont des modifications factuelles…

    Frédéric Couchet : Je parle de modifications pas du tout factuelles, mais, au contraire, pour mettre en avant quelque chose ou, en tout cas, pour se faire de la pub ou autre.

    Pierre-Yves Beaudouin : Souvent ça se passe mal parce que, déjà, ils ne maîtrisent pas les codes de Wikipédia ou même le style d’écriture. Souvent les services de communication de ces entreprises sont incapables d’écrire dans un style encyclopédique et vont forcément mettre en avant : l’entreprise est forcément première sur son marché ; on se retrouve avec plusieurs premiers sur le même marché, bien souvent. Donc c’est assez facile. Et en plus, on parlait du droit d’auteur, souvent ils se contentent de faire un copier-coller du site officiel de l’entreprise. Bien souvent ce sont des stagiaires à qui on demande, ce sont des petits jeunes qui viennent de débarquer dans l’entreprise à qui on dit : « Toi tu dois maîtriser Wikipédia donc tu vas te charger d’améliorer l’article. » Il y a aussi des points de vue. En fait ils n’ont aucune considération pour l’histoire, ils ne s’y intéressent pas du tout : même si l’entreprise a un siècle, ils vont virer toute la partie historique.

    Frédéric Couchet : Ils vont carrément virer ! Ah oui, d’accord !

    Pierre-Yves Beaudouin : C’est très facile à détecter, en fait, ce genre de modifications. Pareil pour les personnalités, ces articles sont très surveillés, ce qu’on appelle les biographies de personnes vivantes, parce que là c’est vrai qu’il y a beaucoup de problèmes de risques juridiques, de diffamation, tout ça, d’insultes. Donc ce qu’on appelle les patrouilleurs, ce sont des wikipédiens qui vont surveiller un peu l’encyclopédie en temps réel ; si on regarde, il doit y avoir quelques dizaines de wikipédiens bénévoles qui protègent l’encyclopédie parce que c’est un bien commun et, en fait, elle est vandalisée, soit du vandalisme bête et méchant, soit des gens un peu plus malhonnêtes, donc il faut protéger ce bien commun.

    Frédéric Couchet : D’accord. Tu parlais des personnalités vivantes, je suppose que ça arrive aussi sur les personnalités qui viennent récemment de mourir et, si je me souviens bien, il y a un bandeau quand une personnalité vient de mourir, je ne sais plus quel texte est indiqué disant « faites attention, les pages vont être modifiées rapidement, il peut y avoir des choses fausses, etc. »
    Le temps passe vite à la radio, ça me fait penser que tu viens de parler du mot important bénévole, mais il n’y a pas que des bénévoles. Je précise que vous êtes tous les deux bénévoles au sein de Wikimédia France. Justement, ça va nous permettre de parler un petit peu de la structure qui, entre guillemets, qui « gère », vous emploierez le terme que vous voulez, mais derrière en fait Wikipédia il y a aussi une fondation, donc Wikimedia Foundation US, et il y a des structures locales ; vous, vous êtes Wikimédia France. Deux questions : à quoi sert la fondation américaine Wikimedia et à quoi sert la version, on va dire française, Wikimédia France dont vous êtes respectivement président et secrétaire ? Qui veut commencer ? Nadine ?

    Nadine Le Lirzin : Pourquoi pas. La fondation américaine gère les serveurs. Ça c’est une différence fondamentale. Ce sont des données énormes qui circulent sur toute la planète. Eux gèrent les serveurs.

    Frédéric Couchet : Donc les machines physiques, les grosses machines physiques qui hébergent les données dans plusieurs coins de la planète.

    Nadine Le Lirzin : Oui, exactement, qui sont des champs d’ordinateurs en fait, à droite, à gauche. Et les chapitres, ils appellent ça chapitres, enfin les associations locales sur la planète, soit géographiques donc nous Wikimédia France, ou bien des associations locales thématiques et puis plus transversales, qui peuvent aller d’un pays à l’autre, ça peut être sur un sujet, un thème, ces associations, en fait, demandent des subventions en quelque sorte, on va dire, pour fonctionner, éventuellement peuvent en obtenir de la Fondation. Et surtout, la première chose, c’est de montrer la participation qu’on a dans les projets pour obtenir le droit de s’appeler Wikimédia quelque chose : Wikimédia groupe d’utilisateurs, Wikimédia France, Wikimedia Deutschland, etc. Tout ce monde-là travaille aux mêmes choses finalement. La partie Fondation ou la partie associations n’ont aucune responsabilité éditoriale.

    Frédéric Couchet : Ça c’est important de le préciser. Le contenu est produit par les wikipédiens et wikipédiennes.

    Nadine Le Lirzin : Exactement. Finalement on n’a aucun droit. Si on est wikipédien soi-même, bien sûr on peut aussi écrire dedans, heureusement ce n’est pas interdit, mais on n’a vraiment aucune responsabilité là-dedans, et puis aucun mérite. Le mérite ce sont les wikipédiens, les wikipédiennes, ce sont ceux qui bossent tous les jours, les patrouilleurs, les créateurs d’articles, toutes les différentes catégories de wikipédiens, les correcteurs d’orthographe.

    Frédéric Couchet : Avant de venir sur Wikimédia France, tu as dit que la Fondation Wikimedia gère les serveurs, mais elle gère aussi, je suppose, les problèmes juridiques, parce qu’il peut y avoir quand même pas mal de problèmes juridiques. Et c’est sans doute aussi un des rôles que joue Wikimédia France, parce que vous avez une équipe salariée à Wikimédia France, je ne sais plus combien de personnes mais tu vas me le dire, donc quel est le rôle de Wikimédia France à la fois sur les aspects juridiques, d’un point de vue accompagnement des personnes qui veulent débuter, et peut-être aussi des relations avec les pouvoirs publics notamment français ? Pierre-Yves Beaudouin.

    Pierre-Yves Beaudouin : Le gros volet juridique, en fait, est géré par l’hébergeur, la Wikimedia Foundation, quand il y a des problèmes concernant le contenu hébergé sur les sites Wikipédia. Mais c’est vrai que l’autre aspect important, notamment de plaidoyer et de points de contact avec les autorités et avec le législateur, est assuré en France par Wikimédia France. Notamment il y a quelques semaines j’étais intervenu sur la directive européenne droit d’auteur.

    Frédéric Couchet : Dans notre émission, je précise.

    Pierre-Yves Beaudouin : En fait les affiliés, les organisations Wikimedia ont un rôle un peu de représentation. C’est vrai que, comme le rappelait Nadine, Wikipédia est un site autogéré qui fonctionne de lui-même, mais après il a fallu avoir un peu des représentants ou des personnes qui expliquent, qui permettent d’expliquer le fonctionnement de cette encyclopédie, notamment aux autorités. Donc c’est notamment mon travail au sein de Wikimédia France.
    À l’heure actuelle on a neuf salariés qui montent des projets principalement dans deux axes, l’éducation et la culture, dans le but de favoriser la contribution, comme je le disais, que les internautes deviennent aussi acteurs et se mettent à modifier l’encyclopédie, soit un particulier de chez lui – on essaye de faciliter la contribution, notamment on a développé le MOOC qui s’appelle WikiMOOC –, soit les institutions, aussi, qui ont beaucoup de contenus soit dans le domaine public : on les incite à adopter les licences libres, comme par exemple les Archives nationales qui ont basculé il y a quelques années. Voilà ! On accompagne ces institutions parce que, même une fois qu’elles ont fait l’étape juridique, déjà convaincre leur département juridique et leur hiérarchie de choisir les licences libres, après il y a un besoin, quand même, de formation. Ce sont de nouvelles pratiques : le travail collaboratif, la contribution à Wikipédia ou aux autres projets frères du mouvement Wikimedia, donc elles ont besoin d’être accompagnées. C’est là où Wikimédia France intervient.

    Frédéric Couchet : D’accord. Donc vous accompagnez à la fois les personnes individuelles et les institutions françaises. D’ailleurs est-ce que vous ressentez un progrès de ce côté-là par rapport aux institutions françaises ? Pas une meilleure prise en compte mais une meilleure participation des différentes institutions françaises, que ce soit les bibliothèques ou autres ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui énormément. J’étais déjà président il y a dix ans et le plus frappant c’est dans le domaine de l’Éducation nationale. L’Éducation nationale voulait nous voir disparaître, essayait de faire l’autruche et ne pas parler de Wikipédia, pendant pas mal d’années. En fait, maintenant c’est incontournable : ils préfèrent encadrer l’usage de Wikipédia.

    Frédéric Couchet : Notamment par les élèves dont je parlais tout à l’heure.

    Pierre-Yves Beaudouin : On a notamment un projet avec notre partenaire du CLEMI dans le cadre de l’éducation aux médias et à l’information, maintenant ce sont les fameuses fake news, mais, en fait, ce travail existe depuis longtemps et cette problématique aussi. Donc on peut maintenant utiliser Wikipédia comme support pédagogique en fait, un peu plus sexy, qui devrait intéresser les jeunes pour les éduquer au traitement de l’information, à détecter des infox, etc. Il y a la même chose aussi dans le domaine de la culture. Et très récemment, par exemple, là je reviens à l’Éducation, il y a des parlementaires qui ont même proposé un « amendement Wikipédia » pour inciter les enseignants à contribuer, à faire contribuer leurs élèves et à enseigner Wikipédia. Et on n’était même pas impliqué, Wikimédia France n’était même pas impliquée dans cet amendement.

    Frédéric Couchet : Ce n’est pas vous qui aviez suggéré cet amendement. Je suppose que c’était dans le projet de loi pour une école de la confiance. Ce qui est marrant c’est qu’on a le même retour d’expérience dans le logiciel libre parce qu’il y avait des amendements priorité au logiciel libre dans ce projet de loi qui n’étaient pas issus d’actions de l’April ou d’autres personnes ; c’était simplement des parlementaires qui ont compris, depuis quelques années, cette importance et qui ont donc déposé ces amendements. Malheureusement je pense que l’amendement Wikipédia a dû être retoqué, mais je précise que le projet de loi va arriver au Sénat très bientôt et que le Sénat montre des fois des capacités d’innovation et d’avancées beaucoup plus importantes que l’Assemblée nationale. On verra ça !
    Le temps passe vite à la radio. Je vais relayer une question qu’il y a eu tout à l’heure sur le salon web. La question c’est : Wikipédia a-t-elle remplacé les encyclopédies papier ? D’après vous ?

    Nadine Le Lirzin : Oui, probablement.

    Frédéric Couchet : J’aurais tendance à dire, oui.

    Nadine Le Lirzin : Oui. Il me semble d’ailleurs qu'au point de vue de la fiabilité, Wikipédia est finalement plus fiable. Il y a eu des études.

    Frédéric Couchet : C’est un point important la fiabilité parce que ça a été souvent mis en cause.

    Nadine Le Lirzin : Il y a eu des études très poussées et très étonnantes sur la Wikipédia anglophone, je pense par exemple au niveau de la médecine. La médecine, les articles de médecine, ça semble un sujet délicat, sensible, et on s’est aperçu, cette étude a montré qu’il y avait moins d’erreurs parce que, finalement, il y a une mise à jour continuelle des sujets, moins d’erreurs que dans une encyclopédie papier qui est figée. On pourrait dire sur des sujets plus littéraires qu’il y a moins de parti pris : puisque c’est écrit collaborativement, on n’a pas une personne qui vient et qui s’approprie un sujet. Lisez le Larousse du 19e siècle – je l’ai encore chez moi, je ne sais pas trop ce que je vais en faire – mais dans cette encyclopédie parfois certains articles sont vraiment à mourir de rire. On sent bien qu’il y a une personne qui l’écrit et personne n’est venu lui dire « Attends, tu as écrit n’importe quoi ». Donc oui, on remplace.

    Frédéric Couchet : D’accord. Le sujet va se terminer parce que le temps passe. Est-ce que vous voulez ajouter quelque chose peut-être pour encore plus encourager les personnes à devenir contributrices sur Wikipédia ? Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Moi je voudrais ajouter une chose. Bien sûr que le but et ce qu’on aimerait c’est que les gens contribuent. Il y a cet onglet « Modifier », je vous assure, modifiez, essayez de modifier, allez-y, vous avez tous quelque chose à apporter. Mais il y a aussi ceux qui resteront lecteurs et merci de nous lire. Merci, continuez à nous lire et on va continuer à bosser pour vous, mais soyez quand même bien conscients que cette encyclopédie est modifiable à tout instant. Gardez votre esprit critique. Nous, en tant que wikipédiens, on essaie d’avoir un esprit critique, on essaie de faire attention à nos sources, les comparer, les peser, et vous, en tant que lecteurs, votre mission c’est aussi de nous mettre en cause. C’est aussi de faire attention, de comparer, de revenir, d’aller dans ce bas de page, les références, et d’aller voir les sources finalement. Voilà ! Je crois qu’on a vraiment besoin d’esprit critique, tous ! Ça fait défaut.

    Frédéric Couchet : D’accord. Pierre-Yves est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

    Pierre-Yves Beaudouin : J'évoquerais peut-être un projet en cours qui destiné à mettre un wikipédien en résidence dans une institution culturelle, ça s’appelle Wikipédia en résidence. On est en train de faire un financement participatif pour financer un poste aux Archives nationales. Comme je l’expliquais, les Archives nationales ont énormément envie de collaborer avec les projets Wikimedia, mais ont besoin d’être formées, tout leur staff a besoin d’être accompagné dans ça. Donc voilà. On est en train de collecter de l’argent pour envoyer quelqu’un qui ne va pas être payé pour rédiger des articles de Wikipédia, mais qui va former le staff, l’équipe salariée des Archives, afin qu’ils le fassent eux-mêmes, notamment après le départ de ce fameux wikipédien en résidence.

    Frédéric Couchet : D’accord. Donc les Archives nationales à Saint-Denis ?

    Pierre-Yves Beaudouin : À Pierrefitte.

    Frédéric Couchet : À Pierrefitte, excuse-moi, c’est juste à la limite. Je précise que j’habite Saint-Denis, excusez-moi cette erreur. Effectivement c’est à Pierrefitte. Écoutez, merci Nadine Le Lirzin, secrétaire de Wikimédia France et Pierre-Yves Beaudouin président de Wikimédia France.
    Nous allons faire une pause musicale. Le titre c’est Optimism, l’artiste c’est Minda Lacy. et on se retrouve juste après.

    Pause musicale : Optimism par Minda Lacy.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Frédéric Couchet : Vous êtes toujours sur Libre à vous! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout ailleurs. Nous venons d’écouter Optimism de Minda Lacy ; c’est en licence libre également. Vous trouvez la référence sur le site de l’April.
    Nous allons passer maintenant au sujet suivant : la première chronique de Noémie Bergez qui est avocate au cabinet Dune. Bonjour Noémie.

    Noémie Bergez : Bonjour Fred.

    Frédéric Couchet : Ta première chronique va porter sur la notion d’originalité dans le droit d’auteur. Je te passe la parole.

    Noémie Bergez : Exactement. Bonjour à tous. Effectivement cette première chronique est consacrée à l’originalité en droit d’auteur. Après une première présentation sur le droit d’auteur qui est une branche du droit de la propriété intellectuelle, nous nous attarderons un peu sur l’originalité en logiciel et nous finirons par quelques réflexions sur l’originalité en matière de logiciel libre.

    Concernant le droit d’auteur. Le droit d’auteur c’est une composante du droit de la propriété intellectuelle. Il existe deux branches en droit de la propriété intellectuelle, la première qui est la propriété littéraire et artistique et ensuite nous avons la propriété industrielle. Le droit d’auteur se rattache à la propriété littéraire et artistique au même titre que les droits voisins du droit d’auteur, que les droits des producteurs. La deuxième branche est la propriété industrielle qui elle est composée du droit des marques, droit des dessins et modèles, droit des brevets.
    Ces règles sont réunies dans le Code de la propriété intellectuelle qui est codifié depuis 1992.
    Il faut savoir que pour le droit d’auteur il existait deux lois avant 1992, une loi de 1957 et une loi de 1985.

    Plus spécifiquement concernant la protection par le droit d’auteur. Ce qui est vrai c’est qu’en matière de propriété industrielle, lorsqu’on veut protéger, par exemple en droit des marques, une marque, on va déposer une demande auprès d’un organisme. À la différence, en droit d’auteur, il n’existe aucune formalité, aucun enregistrement n'est nécessaire pour pouvoir bénéficier de la protection.
    On a, dans le Code de la propriété intellectuelle, un article qui est L111-1 qui nous dit que « l’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre du seul fait de sa création d’un droit de propriété incorporelle, exclusif et opposable à tous » et cet article est complété par un autre article qui dit que « l’œuvre est réputée créée, indépendamment de toute divulgation publique, du seul fait de la réalisation, même inachevée, de la conception de l’auteur ». Ce qui signifie, en réalité, qu’il suffit qu’il y ait une forme, peu importe que l’œuvre soit achevée ou pas, mais on peut bénéficier d’une protection par le droit d’auteur si on a une forme.
    Dans le Code de la propriété intellectuelle il existe des articles qui viennent un petit peu nous expliquer ce qui est protégé : « l’œuvre est protégée quels que soient le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination » et on a aussi une liste qui est non-exhaustive d’exemples d’œuvres susceptibles d’être protégées. On va avoir les œuvres dramatiques, les compositions musicales, les logiciels. Ce qu’il faut savoir c’est que dans le Code de la propriété intellectuelle il n’existe pas d’article imposant une condition.
    On a l’impression qu’il n’y a pas de critères pour que l’œuvre soit protégée ; en réalité il en existe un qui est une seule exigence, une unique, qui est l’originalité.

    L’originalité on ne la retrouve nulle part dans le Code de la propriété intellectuelle, mais ce qui est marrant c’est qu’il y a quand même une référence qui concerne les titres des œuvres. L’article L112-4 dispose que le titre d’une œuvre de l’esprit, dès lors qu’il présente un caractère original, est protégé comme l’œuvre elle-même. Et c’est la seule référence qu’on retrouve dans le Code à la notion d’originalité. Ce caractère original a été en fait affiné, défini par les juridictions qui nous indiquent, pour les œuvres de l’esprit, que « l’œuvre est protégée si elle comporte l’empreinte de la personnalité de son auteur », ce qui signifie le reflet de sa personnalité, qui est un caractère extrêmement subjectif.

    C’est vrai que par rapport à d’autres matières comme le droit des marques, j’ai indiqué tout à l’heure qu’il existait des formalités en droit des marques ou en droit des brevets, on peut trouver en droit d’auteur des moyens pour protéger un petit peu son œuvre : on pense notamment au dépôt du logiciel auprès de l’Agence pour la protection des programmes, l’APP, on pense aussi à l’enveloppe Soleau ; on peut aussi s’envoyer l’œuvre en recommandé en conservant le recommandé sans l’ouvrir.
    Tous ces moyens ce sont des moyens qui vont permettre d’établir la titularité des droits, qui vont permettre d’établir la date de l’œuvre, mais en aucun cas ça ne va permettre automatiquement de bénéficier d’un droit d’auteur sur l’œuvre. Parce que c’est vrai que, finalement, ce sont seulement les juges qui sont en mesure de dire si l’œuvre est ou non originale.

    En matière de logiciel, et là aussi c’est assez intéressant, parce que la notion d’originalité n’est pas exactement la même que pour les autres œuvres. En France, c’est la loi du 3 juillet 1985 qui protège le logiciel sous le bénéfice du droit d’auteur. Finalement, le législateur considère que l’originalité ne va pas résulter du seul genre de l’œuvre, c’est-à-dire que même si dans le Code de la propriété intellectuelle le logiciel est visé, il faut la condition d’originalité pour pouvoir bénéficier d’une protection. Ça, ça a été précisé par la Cour de cassation, dans un arrêt du 7 mars 1986, où les juges ont jugé qu’un logiciel est original lorsque « son auteur fait preuve d’un effort personnalisé allant au-delà de la simple mise en œuvre d’une logique automatique et contraignante » et que « la matérialisation de cet effort réside dans une structure individualisée ».

    En fait, si on compare cette définition avec la définition de l’originalité qu’on a vue tout à l’heure, à savoir l’empreinte de la personnalité de l’auteur, on s’aperçoit que pour les logiciels la définition de l’originalité est assez différente et on ne retrouve pas l’empreinte de la personnalité de l’auteur.

    L’originalité est précisée également dans la directive du 23 avril 2009 pour les logiciels dans laquelle il est clairement dit « qu’un programme d’ordinateur est protégé s’il est original », on en revient vraiment à cette condition, « en ce sens qu’il est la création intellectuelle propre à son auteur » et « qu'aucun autre critère ne peut s’appliquer pour déterminer s’il peut bénéficier de la protection ».
    Donc le programme d’ordinateur peut être protégé. Comme pour les autres œuvres, les idées, les principes ne sont pas protégés. Pour bénéficier de la protection sur un logiciel, eh bien on peut considérer que l’organigramme du programme va être protégé, le code source, le matériel de conception préparatoire peuvent également être protégés.

    La question qui se pose c’est que généralement, quand il n’y a pas de difficulté, personne ne s’interroge vraiment sur l’originalité. L’intérêt de l’originalité va arriver au moment de litiges, puisque, quand on rédige des contrats de cession de droits d’auteur, des licences, la notion d’originalité n’apparaît pas dans ces textes. L’originalité va se poser dans le cadre d’un contentieux où un défendeur, généralement à qui on reproche une contrefaçon, va avoir à se défendre sur les faits qui lui sont reprochés, la contrefaçon, et va opposer comme moyen de défense le fait que l’œuvre n’est pas originale. Dans ce cas-là ça va être au demandeur, à celui qui est l’auteur, eh bien d’apporter la preuve devant les juges que son œuvre est originale. Ça fait partie des règles assez classiques en matière de procédure civile. Ce qu’on voit souvent c’est que l’auteur va devoir décrire dans ses conclusions, de manière très précise, en quoi l’œuvre, si on est en dehors du logiciel, « comporte l’empreinte de sa personnalité », ou, si on est dans le cadre d’un logiciel, eh bien en quoi « il a fait un effort personnalisé allant au-delà de la simple mise en œuvre d’une logique automatisée ».
    Ce sont vraiment ces descriptions qui vont être appréciées par les juridictions.

    La question qu’on peut se poser c’est : est-ce qu’il faut spontanément démontrer cette originalité quand on saisit une juridiction ou est-ce qu’il faut attendre que finalement l’adversaire conteste l’originalité pour, éventuellement, avoir à s’en justifier ?
    Là-dessus il existe un peu deux cas d’école. Parfois certaines juridictions vont dire que finalement c’est l’auteur qui se prévaut du droit d’auteur qui va devoir expliciter les contours de l’originalité, il est le seul à pouvoir le faire. Dans d’autres cas, les juridictions vont considérer que finalement, dans la mesure où l’originalité n’est pas contestée par l’adversaire, cette question n’a pas à être motivée dans la décision de justice, donc les juges vont passer outre et vont considérer qu’il n’y a pas de débat sur l’originalité puisqu’elle n’est pas contestée.

    Ce sont les règles assez classiques qui s’appliquent dans le cadre de la procédure civile où, finalement, le juge va se prononcer sur tout ce qui lui est demandé et seulement ce qui lui est demandé. Il ne va pas interagir sur d’autres éléments hors du débat.

    Ça m’amène justement à une réflexion en matière de logiciel libre puisque là, dans le cas du logiciel libre, on a un auteur qui décide de distribuer son œuvre sous une licence qu’il a choisie. La licence va définir les conditions dans lesquelles les autres utilisateurs vont pouvoir utiliser son œuvre. Il détermine, finalement, les droits d’auteur qui vont pouvoir être exploités par les autres utilisateurs.

    Ce qui est intéressant c’est que les utilisateurs qui, finalement se soumettent à la licence en utilisant l’œuvre, eh bien on peut se poser la question : en cas de contentieux est-ce qu’ils seraient légitimes à contester l’originalité ? D’une certaine manière est-ce que, si on considère qu’il y a une violation de la licence, qu’ils n’ont pas respecté cette licence, on tomberait dans la contrefaçon et donc l’autorisation qui leur avait été initialement consentie tombe et est-ce qu’ils seraient en mesure, pour se défendre, de dire : eh bien non finalement il n’y a pas de contrefaçon parce que l’œuvre n’est pas protégée par le droit d’auteur ?
    Cette question amène à réfléchir sur deux notions qui sont la responsabilité contractuelle, extracontractuelle. Les juridictions aujourd’hui sont de plus en plus concernées par cette vraie question juridique de savoir, dans le cadre d’une exploitation sur un logiciel où on a souvent des licences – c’est vrai que c’est une œuvre de l’esprit qui implique souvent la rédaction de licences et le fait qu’une licence ait été conclue – eh bien dans ce cas-là c’est vrai que les juridictions ne savent pas encore si elles doivent considérer que la violation de la licence tombe sous le coup de la simple responsabilité contractuelle où on est dans le cas d’un contrat qui n’a pas été respecté ou si on est vraiment dans la contrefaçon telle qu’elle est prévue par le Code de la propriété intellectuelle.

    Dans certains cas c’est vrai que les juridictions ont bien dit que lorsqu’on avait à faire à des violations de licences, le débat sur l’originalité ne devait pas avoir lieu puisque, finalement, la question qui se posait c’était le périmètre du contrat et sa bonne ou mauvaise exécution.

    Aujourd’hui on a un arrêt de la Cour d’appel de Paris d’octobre 2018 qui a saisi la CJUE, la Cour de justice de l’Union européenne, afin de savoir si le fait, pour un licencié d’un logiciel, de ne pas respecter les termes d’un contrat de licence, est-ce que cela est constitutif d’une contrefaçon ou est-ce que ça peut obéir à un régime juridique distinct comme le régime de la responsabilité contractuelle ? La Cour de justice de l’Union européenne va être amenée à se prononcer sur cette question qui nous intéresse vivement parce que ça risque aussi de faire évoluer, justement, les difficultés qu’on peut avoir quand on est face à des contestations d’originalité alors même qu’il existe un contrat et que la partie s’est soumise à ce contrat.
    Donc on attend avec impatience les suites qui seront apportées à cet arrêt.
    Je vous remercie.

    Frédéric Couchet : Merci Noémie. On attend évidemment cet arrêt de la CJUE en espérant que ça ne soit pas comme le dernier arrêt qu’on attendait, qui était sur les ventes forcées où la CJUE avait pris une position très surprenante.
    En tout cas merci Noémie Bergez du cabinet Dune. J’en profite pour saluer Olivier Hugot, qui est également avocat et depuis très longtemps proche de l’April.

    On va bientôt terminer l’émission. Je vais faire quelques annonces après un petit jingle musical.

    Jingle musical, basé sur Sometimes par Jahzzar.

    Nous approchons de la fin de l’émission. Je vais faire juste quelques annonces très rapides, mais des annonces importantes.
    La campagne contre l’article 13 mais aussi l’article 11 de la proposition de directive droit d’auteur. Il y a de la mobilisation en cours, vous pouvez aller sur april.org, Wikimédia France et le site de campagne saveyourinternet.eu. On n’a pas encore de date du passage en séance publique mais probablement ce sera la dernière semaine de mars, sauf s’ils l’avancent à la semaine prochaine, à priori on saura ça demain. Voilà, la campagne contre l’article 13.
    Également une autre campagne au niveau européen, la campagne contre la proposition de réglement terroriste/censure sécuritaire. Là vous allez sur le site laquadrature.net, donc le site de La Quadrature et nous aurons la semaine prochaine deux personnes de La Quadrature pour parler de ce sujet.
    Dans les autres actualités un peu plus souriantes parce que là c’est pour défendre des libertés qui sont mises en danger, je vous rappelle que le Libre en Fête 2019 a commencé ce samedi 2 mars. Il se déroule jusqu’au 7 avril. Il y a déjà plus de 120 évènements référencés partout en France, donc vous allez sur le site libre-en-fete.net.
    Je rappelle aussi que comme chaque jeudi soir à Paris, à la FPH dans le 11e arrondissement, il y a la soirée de contribution au Libre. Et tous les autres évènements vous les retrouvez sur le fameux site l’Agenda du Libre dont on a parlé la semaine dernière avec Emmanuel Charpentier donc agendadulibre.org.

    Notre émission se termine. Je vais remercier toutes les personnes qui ont participé à l’émission : Xavier Berne, Pierre-Yves Beaudouin, Nadine Le Lirzin, Noémie Bergez.
    Je remercie également Patrick Creusot à la régie, Charlotte Boulanger qui était avec lui. Je remercie également PG sur le salon pour les questions qu’il a posées et que j’ai relayées ici.

    Vous retrouvez sur notre site web april.org toutes les références utiles concernant l’émission, la page va être mise à jour après l’émission pour rajouter des points.
    On se retrouve, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, le 12 mars 2019. Notre sujet principal portera sur la proposition de règlement terroriste/censure sécuritaire avec nos camarades de La Quadrature du Net. Je vous souhaite de passer une belle fin de journée et d’ici mardi prochain portez-vous bien.

    Wesh Tone par Realaze.

    Décryptualité du 10 mars 2019 - Les données personelles

    lun, 03/11/2019 - 00:08

    Écouter ou télécharger le décryptualité du 10 mars 2019 (15 minutes)

      Les données personnelles, pourquoi et comment s'assurer de leur pérénité et leur sécurité.
      Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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    Google s'insère de manière violente et douce à la fois - Xavier Coadic

    dim, 03/10/2019 - 16:30


    Titre : Google s'insère de manière violente et douce à la fois
    Intervenants : Xavier Coadic - Antoine Gouritin
    Lieu : Rencontres Désinspirantes de Disruption protestante
    Date : février 2019
    Durée : 43 min
    Écouter le podcast
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : logo No G00gle - Licence CC Attribution-Share Alike 4.0 International
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Antoine Gouritin : Bienvenue dans ce nouvel épisode des Rencontres Désinspirantes de Disruption protestante. Chaque semaine une position lucide à rebours du mythe de la start-up nation avec un acteur de l’innovation française. Je suis Antoine Gouritin.
    La semaine dernière Florence Durand Tornare, déléguée générale de l’association Villes Internet1, nous racontait les relations complexes entre les collectivités et les start-ups et appelait à une décélération et au retour du bon sens. Vous pouvez écouter cette discussion dans votre application de podcast favorite, sur Spotify et sur disruption-protestante.fr. À la fin de notre conversation, Florence évoquait sa visite de l’atelier Google de Rennes : « J’ai réfléchi depuis que j’y suis allée parce que ça m’a traumatisée ! »
    Aujourd’hui retour à Rennes où j’ai rencontré Xavier Coadic. Xavier est tour à tour entrepreneur, chercheur, il travaille maintenant sur le biomimétisme. Je vous mets les liens vers ses projets dans la description de l’épisode. Xavier est aussi impliqué dans le monde associatif rennais et connaît bien les structures qui travaillent sur le sujet de la fameuse inclusion numérique, terme à la mode. J’ai commencé par lui demander comment l’arrivée des ateliers Google s’insérait dans l’existant.
    Bonne désinspiration !

    Xavier Coadic : Tu as commencé par parler d’inclusion, je n’ai pas utilisé ce terme-là et j’y fais attention parce que depuis deux-trois ans c’est devenu un terme packagé partout en France, déjà parce qu’on parle de fracture numérique, d’exclusion. Il y une fracture sociale, je crois réelle, la fracture numérique si elle existe, peut-être qu’elle existe, elle est plus liée à la fracture sociale, elle est une conséquence de ces choses-là.
    Parler d’inclusion je pense que c’est un peu too much pour utiliser les anglicismes que les gens du numérique digitalisé aiment beaucoup. Et comment Google s’insère dans cela de manière à la fois violente, massive, et à la fois douce et pernicieuse ? Ça fait un bon teaser pour continuer dans les anglicismes. Google ne s’insère pas, Google est là depuis longtemps. Le moteur de recherche, enfin l’entreprise Google et tous les services, le courriel, le moteur de recherche, plein d’autres choses, le DNS [Domain Name System] public pour entrer dans la technique. Google était et est toujours sur les ordinateurs des écoles, des particuliers, des collectivités publiques, des entreprises privées. La grande différence, c’est que Google ouvre une boutique, et je ne dirais pas atelier, je dirais bien boutique. Ils ont ouvert un store, comme aurait dit Apple il y quelques années, en plein centre-ville, rue de la Monnaie pour l’anecdote, on pourra y revenir après parce que c’est complètement incroyable. C’est pour ça que je dis que c’est intelligent, pernicieux et des fois c’est vraiment vicieux.

    Google était là massivement, d’ailleurs surtout ces dernières années, de nombreuses fois a été condamné pour position de monopole qui viole les lois antitrust à l’échelle nord-américaine, à l’échelle européenne ou à l’échelle mondiale. Donc ça veut dire qu’il y a quand même un problème avec cette entreprise, ne serait-ce que sur les règles économiques, financières et position de marché.
    Donc Google était là de manière massive et intrusive dans nos quotidiens parce que, s’il fallait détailler, Google, son métier, c’est de nous pomper plein de choses et pas que de la donnée, c’est de nous pomper plein de choses.
    Ensuite Google fait un truc nouveau, c’est-à-dire qu’en France il s’installe gentiment, de manière cosy, en ouvrant une boutique tout à fait charmante dans le centre historique et bourgeois de Rennes. Même l’annonce de ce truc-là a été faite de manière pleine de velours et de dorures de l’Élysée, puisque c’est le président Emmanuel Macron qui recevait, en janvier 2018, des grandes stars apparemment du business et du numérique de l’Europe et de la planète. À la sortie de ces rencontres, le président de Google France, si je ne dis pas de bêtises, annonce que Google va ouvrir des ateliers numériques, il appelle ça comme ça, partout en France, très rapidement, et notamment que la première ville serait Rennes.
    C’est comme ça ; c’est arrivé plein de velours et plein de velours de communicants politiques et de dorures de la République, avec des grands chiffres parce que derrière il faut marketer une annonce comme ça. C’est pour ça que je dis que Google est intelligent et les personnes qui travaillent avec Google. 100 000 personnes par an [Nombre de personnes qui seraient « formées », NdT] ! C’est énorme ! Si Rennes intra-muros atteint les 200 000 habitants ce ne serait déjà pas mal, peut-être qu’avec la métropole on les dépasse. La réalité, c’est complètement aberrant.

    Antoine Gouritin : J’ai entendu 8000 finalement entre juillet et décembre.

    Xavier Coadic : Déjà il faudrait s’entendre, enfin pas s’entendre, rien que ça, ça demanderait au moins un mémoire de licence, a minima, pour bien montrer qu’il y a une différence entre formation et l’espèce de speed dating, pour revenir dans les anglicismes qu’ils aiment tellement : je ne vois pas comment en 40 minutes, avec trois post-it et du langage complètement dévoyé, on peut appeler ça de la formation. Donc 8000 personnes en speed dating sur une année c’est que dalle. Et pour revenir à ce que tu demandais sur Rennes, malheureusement je n’ai pas de chiffres sourcés, détaillés, que ce soit journalistiques ou universitaires, mais la réalité est bien plus grande ; il suffit juste de cumuler les écoles, les ateliers, un groupe de travail, je ne sais pas, du GIS Marsouin [groupement d’intérêt scientifique Marsouin] pourrait le faire assez facilement ou de la FING [Fondation Internet Nouvelle Génération], de montrer qu’à Rennes ça doit être à peu près ce qui se fait par trimestre quand on cumule toutes les organisations actrices historiques du numérique rennais. Donc Google et ses chiffres !

    Antoine Gouritin : Quelle a été la réaction ? À l’inauguration on a vu tous les élus locaux qui y étaient. Moi j’ai rencontré Florian Bachelier, le député de la circonscription. À ce sujet il m’avait paru, en tout cas dans l’entretien qu’on a eu, peut-être un peu plus critique sur ce qui se passait, en tout cas en en parlant avec lui. Comment est-ce que ça a été accueilli et comment tu as trouvé les discours des élus locaux de côté-là ?

    Xavier Coadic : Avant l’inauguration quand même, comme je disais tout à l’heure, la négociation, l’annonce de ces choses-là se font fin janvier, début février 2018, à échelle locale, rassurons-nous, ce n’est pas comme gagner la coupe du monde foot, mais il y a un emballement politico-médiatique. Il y a eu je ne sais pas combien de papiers, en général ce sont des reprises de l’AFP, ce sont les mêmes papiers avec le même titre, aspirateurs à clics, pour rester poli : Google, les ateliers numériques, Rennes première ville en Europe ; pas d’analyse, pas de recherche, de construction de critique. Et puis il y a le personnel politique, ça reste quand même des élus, mais qui s’emballe là-dessus : « Chouette ! Google ! On va faire de l’inclusion numérique – comme tu disais – 100 000 personnes par an ! » Des chiffres délirants.
    L’inauguration officielle se fait en juin et, de février à juin, il y a toute une préparation, je ne dirais pas que c’est de la guerre psychologique, mais en tout cas il y a une préparation bien marketée, bien travaillée, avec un service comm’. Et ce service comm’ – tu as raison de parler de monsieur Bachelier, mais ce n’est pas le seul – a été beaucoup alimenté par des élus, de tous bords politiques, du parti socialiste, de La République en marche, des Républicains et puis d’autres qu’on n’a pas beaucoup entendus – qui ne dit rien consent ; je ne sais pas quel était leur deal politique pour ne pas s’en prendre à leurs copains d’alliance. Mais ça a été beaucoup, beaucoup soutenu et relayé. Je ne parle même pas des associations French Tech, des acteurs historiques – enfin historiques, ils ne sont pas si vieux que ça –, mais dont on a l’habitude qu’ils aiment ce genre d’opportunité comme ils disent. Donc il y a eu une vraie préparation.

    En réaction aussi on a été quelques-uns et quelques-unes, pas très nombreux, mais on l’a fait quand même, à se dire : on n’est pas d’accord. On n’est pas d’accord pour plein de raisons et à l’intérieur de ce désaccord général, on a même des désaccords entre nous. Il y a des personnes qui sont totalement contre Google, il y a des personnes qui sont, on va dire, plus modérées ; elles n’ont pas tout à fait tort, on ne peut pas interdire à une entreprise de s’installer, sauf si on prouve que cette entreprise fait vraiment des trucs qui dépassent les droits de l’homme. Mais on vit en démocratie, si une entreprise veut ouvrir une boutique elle a le droit, que ce soit le boulanger du coin ou Google boutique. On a travaillé sur nos désaccords sans forcément les allier, mais on a trouvé des points communs et l’éducation au numérique par une entreprise dont le métier est de tout voler, l’argent, les données, l’intimité ; que les élus se mettent dedans et, finalement, il n’y a pas que le langage qui a joué parce que le langage prépare des choses. Je suis en train de relire Hannah Arendt, on le sait depuis les années 50-60, toute cette préparation pour dénier l’action politique. Je crois que le politique, je ne peux pas dire qu’ils sont idiots, je pense qu’ils en ont conscience, je ne suis pas sûr qu’ils mesurent bien les conséquences.

    Antoine Gouritin : C’est ça. Quand j’en ai discuté avec Florian Bachelier, c’est ce que je lui ai expliqué ; je lui ai dit : « Est-ce que vous vous rendez aussi compte qu’il va y avoir des partenariats ? » On parle avec les élus, mais il y a la CCI [Chambre de commerce et d’industrie], il y a Pôle emploi et là, lui n’avait pas saisi. Je lui ai dit : « Est-ce que vous vous rendez compte que certaines personnes vont pouvoir se dire on accueille à bras ouverts Google en disant Google va aider les demandeurs d’emploi sur Internet, Google va aider les étudiants, Google va aider les entreprises à être plus visibles, à faire plus de chiffre, à vendre, etc. Est-ce que ce n’est pas, justement, le rôle des partenaires qui soutiennent, de Pôle emploi d’un côté, la CCI pour les entreprises ? » Et là il s′est arrêté, il m’a regardé, il a fait : « Ah oui, on n’y avait pas pensé comme ça ! »

    Xavier Coadic : C’est tellement, comme je disais tout à l’heure, à la fois violent et massif cette configuration de Google sur la planète et aussi fin et insidieux du côté local, que c’est super complexe de tout aborder. Tu as raison de relever que la CCI c’est loin d’être neutre, notamment la CCI Ille-et-Vilaine et Bretagne. On essaye de travailler sur les statistiques, justement, dans wiki no-google2, c’est hallucinant. Par jour d’ouverture, en tout cas pour la CCI Ille-et-Vilaine, enfin Rennes, Saint-Malo, c’est quasiment sur deux ans ou deux ans et demi, quasiment un atelier Google SEO [Search Engine Optimization] ou AdWords. En gros c’est une chambre consulaire qui, normalement, est là pour aider les entrepreneurs locaux, qui fait VRP et qui vend du produit Google à des entrepreneurs locaux qui, eux, peuvent être éloignés du numérique.
    Quand tu ouvres un service de taxi, quand tu deviens cordonnier, quand tu montes ton AMAP ou ta Scop en légumes, tu n’as pas fait des études d’ingénieur en informatique. Bon ! Le problème n’est pas là. Mais ils font quand même le travail de VRP gratuitement, enfin gratuitement ! Mieux que ça, avec de l’argent public, de l’argent privé aussi, parce que c’est une CCI, mais de l’argent public, pour vendre des produits Google. Et ça, ils le font depuis longtemps pour la CCI. C’est quand même incroyable ! Depuis quelque temps effectivement, on s’est aperçu qu’en France, mais ça, la responsabilité de Pôle emploi qui est un service public sans être… – le statut de Pôle emploi est aussi assez étrange –, donc Pôle emploi suit surtout des directives qui viennent du ministère, donc de l’État. Oui, Google a bien compris ça et avait déjà dealé avec nos ministères et notre État français de pouvoir être à l’intérieur de Pôle emploi. Est-ce que c’est de la délégation de service ? Non, je crois que c’est tout bêtement basique : Google a besoin de s’accaparer et de capter les choses. Google n’aide personne. C’est normal, c’est une entreprise, son métier c’est de faire de l’argent. Google n’est pas l’assistance publique des hôpitaux du numérique. Non ! Google c’est une entreprise qui doit faire de l’argent pour vivre, comme toute entreprise. Elle en fait beaucoup plus que la plupart des entreprises, elle le fait avec un système qui est plus que dégueulasse, puisque, par moment, on sait qu’il est illicite et éthiquement, je n’en parle même pas, on pourrait peut-être en parler après, mais c’est incroyable. Et oui, elle s’insère dans les couches du service public, Pôle emploi.
    C'est-à-dire le droit, c’est écrit noir sur blanc partout, les droits de l’homme et du citoyen, on va dire les droits de l’Homme avec un grand « h » ou droits de l’humain, du citoyen, pour inclure les femmes, dans notre droit français, notre droit des travailleurs, l’accès à l’emploi, à l’offre d’emploi, à la mobilité. Non, non ! On a inséré Google là-dedans dont le métier ce n’est pas de nous faciliter la vie ; le métier c’est de capter des choses. Et oui, les politiques, pour beaucoup, n’ont pas pigé ça !

    Antoine Gouritin : C’est un peu une démission aussi face au monopole en se disant : ils ont les outils, pour être visibles nos entrepreneurs locaux, de toute façon, n’ont pas le choix, doivent passer par Google, donc qui mieux que Google pour leur expliquer comment marcher sur Google ?

    Xavier Coadic : C’est l’argument, en général, qu’ils sortent. Ça veut dire qu’ils acceptent, à mots cachés, de démissionner de leurs responsabilités politiques voire de leurs responsabilités morales. Je renvoie à ce que je disais sur Hannah Arendt qui expliquait que l’utilisation mécanique de mots dévoyés, je n’ai pas le verbos de Arendt, je le traduis avec mes mots, permet de faciliter une acceptation de l’ordre du psychique et du psychologique, qui engendre, en fait, une action politique qui se vide de son sens ; c’est un consentement contraint pour faire le bond jusqu’à Chomsky. Sa réflexion pousse loin parce que, au final, on te fait croire que tu agis forcément pour le bien commun, pour le bien du plus grand nombre, mais, comme elle expliquait, c'est comme quand un dictateur russe finit par te faire croire que faire un faux témoignage c’est bon pour les personnes qui t’entourent, pour les dénoncer.
    On en arrive là en fait. On a des politiques : le truc digital à la place de numérique c’est le truc qui fait rire tout le monde depuis des années, mais ce n’est que le côté rigolo de cette mécanique-là de langage qui crée un compromis, une dette intellectuelle.
    Donc le politique démissionne lui-même, mais en faisant le VRP de Google et en faisant accepter ce truc-là, il pousse beaucoup plus loin sa démission des responsabilités politiques. Donc effectivement, ils te disent qu’ils ne savent pas ; il ne faut pas les prendre pour des idiots les politiques, ce sont des personnes, je pense, intellectuellement armées et pas si bêtes que ça. Les vraies questions qu’il faudrait leur poser c’est quels intérêts ils ont à ça. Est-ce qu’ils ne sont plus capables d’assumer une action politique publique et, dans ce cas-là, c’est une démission symbolique : ils refilent ça à Google et ça pose des problèmes graves et je pense qu’ils sont capables de les comprendre. Ou alors, et là c’est plus vicieux, mais je ne veux pas rentrer dans du complotisme à la con, ils y ont des intérêts personnels ou politiques à servir les intérêts de Google. Dans les deux cas ça ne sert ni le bien commun, ni la population, ni le problème de fracture sociale ou d’inclusion numérique ou d’éducation au numérique. C’est même tout l’inverse !

    Antoine Gouritin : Tu parlais de digital. Je reviens sur une anecdote que tu m’avais racontée, peut-être qu’on peut la raconter, sur ce qu’on apprend aux ateliers numériques de Google censés former au numérique les citoyens rennais pour l’instant, on va voir après plus largement.

    Xavier Coadic : Il y a un exercice très simple à faire, c’est de faire l’idiote ou l’idiot du village. C’est de se pointer avec son ordinateur dans lequel on a mis une panne volontaire, pas forcément une vraie panne ; c’est facile de dire à un ordinateur « ne démarre pas comme d’habitude », d’arriver à l’entrée de cette boutique Google et dire : « Vous pouvez m’aider parce que mon ordinateur ne démarre pas, enfin comme je veux ? » On ne va pas utiliser des termes compliqués, il ne faut les brusquer ; on ne va pas dire : « Mon ordinateur ne boote pas, peut-être que c’est le BIOS ; vous connaissez UEFI ? » Pour l’avoir fait et pour avoir d’autres personnes qui l’ont fait, la personne à l’accueil, avec le tee-shirt atelier numérique Google, répond : « Ah non ! Non, surtout pas ! Ici, nous on fait du digital monsieur, on ne fait pas du numérique. » Fin de l’histoire, je ne sais pas si elle très drôle, mais elle est super révélatrice de cet usage du langage, de ce qu’ils font réellement. Ce n’est même pas une boutique, en fait, de formation numérique. Qu’ils ne fassent pas de la maintenance d’appareil, OK ; mais c’est extraordinairement stupide !
    Ce qui est marrant c’est que ça révèle aussi ce qu’on avait regardé dans ce temps latence, pour revenir à ta question de tout à l’heure, entre fin janvier-début février et quand ils ont ouvert, ce sont les offres d’emploi, parce que c’était l’un des arguments : 100 000 personnes à former, c’était l’un des arguments bien marketé, et Google va créer de l’emploi sur le territoire. OK. Toutes les offres d’emploi qu’ils ont diffusées ce n’était pas vraiment de l’emploi. Les profils c’était coach en marketing, sur tous les profils, avec forte sensibilité et formation au marketing digital. Il n’y avait rien de numérique ou d’informatique là-dedans, ni de socio dont on a tellement besoin dans le numérique, ni de philosophie, rien, c’était du coach en marketing et qu’ils prenaient au statut autoentrepreneur. En gros, c’est comme Uber et compagnie, ça ne crée pas de l’emploi.

    Antoine Gouritin : Ça je peux t’en parler parce qu’il se trouve que, pour tâter un peu le terrain, j’étais allé voir et j’avais fait quelques entretiens pour voir un peu de quoi il retournait parce qu’ils te marketaient bien le truc : c’était animer, donner de la visibilité aux start-ups locales, faire des partenariats avec les entrepreneurs locaux, tous les organismes publics, etc. ; c’était bien vendu, c’était intéressant et, en fait, c’est ce que tu disais, ils cherchaient des gens spécialistes en marketing digital et c’est tout.

    Xavier Coadic : Je ne sais pas s’il faut blâmer ces personnes.

    Antoine Gouritin : Non, non, non !

    Xavier Coadic : Je n’ai pas assez discuté avec elles. Je pense que quand tu es autoentrepreneur tu as besoin de bouffer et, dans ce domaine-là, ça ne doit pas être si simple.

    Antoine Gouritin : Ceux que j’avais vu, je crois que c’était des vrais contrats, par contre.

    Xavier Coadic : Pour l’instant de ce qu’ils ont affiché, j’ai beau essayer de creuser, mais il y a deux personnes salariées dans cette boutique et sept personnes sous…

    Antoine Gouritin : D'accord. OK !

    Xavier Coadic : Après, à voir avec un tribunal administratif ou des personnes compétentes là-dessus pour voir si on requalifie le truc en salariat déguisé. Je ne veux pas blâmer la personne avec le tee-shirt qu’on n’a pas piégée parce que ce n’était pas une caméra cachée ou un micro caché, c’est juste qu’on voulait savoir. Qu’on soit entrepreneur, qu’on soit chercheur en éducation populaire, qu’on soit chercheur à l’université, on va tâter le terrain, on essaye de comprendre comment ça fonctionne. C’est la démarche qu’on a faite en disant « notre appareil bug, aidez-nous ! »
    On a aussi été quelques-uns et quelques-unes à se rendre dans différentes formations qu’ils proposaient.

    Antoine Gouritin : En fait, ce ne sont pas vraiment des formations. C’est proposé par des partenaires. Pour en connaître quelques-uns, je ne sais pas si c’est le cas de tous, mais en tout cas ceux que je connais, en fait, c’est de l’échange de visibilité. Ce sont des petits entrepreneurs locaux qui viennent faire une conférence sur leur cœur de métier, mais, en gros, ils viennent se faire de la pub ; c’est à moitié de la pub, à moitié de la formation et c’est gratos. Google ne paye pas, en tout cas ceux que je connais, ne paye pas les intervenants puisque c’est de la visibilité, en fait, d’aller faire sa conférence à l’atelier numérique.

    Xavier Coadic : J’espère que quand ils payent leur loyer ou leurs courses alimentaires ils payent en visibilité aussi. Je ne sais pas si le gouvernement Macron et Mounir Mahjoubi ont prévu le chèque visibilité, après le chèque accessibilité.

    Antoine Gouritin : Ce n’est pas mal. Il faudrait leur soumettre.

    Xavier Coadic : Je pense qu’ils ont déjà eu l’idée.

    Antoine Gouritin : Surtout pour Google. Il y a des nouveaux ateliers qui vont ouvrir sous peu. C’est aussi un travail que vous avez commencé de regarder un petit peu les endroits. Au départ, vous aviez peut-être l’idée que c’était des territoires plutôt République en marche, apparemment. En étudiant d’un peu plus près — on va parler du cas de Montpellier qui est assez intéressant, sinon c’est Montpellier, Nancy et Saint-Étienne les trois prochains — c’est plus compliqué que ça finalement.

    Xavier Coadic : C’est même encore plus balaise. Je vais revenir à ce que tu disais sur les ateliers, qu'il y a quelques entrepreneurs locaux qui y vont gratuitement, parce que c’est révélateur du système, de la stratégie d’implantation sur un territoire qui est, en général, métropolitain en termes de classification.
    Donc Google choisit Rennes comme première ville pionnière, les arguments que j’ai dits : 100 000 formations, créer de l’emploi et puis Rennes pionnière des Télécoms. Ils nous ont tartiné ça avec du miel qui était, en fait, juste de l’eau et du sucre bien frelaté.
    Et puis, très vite, on a été quelques-un.e.s à ne pas être d’accord, à mettre en place le wiki2, parce que face à une surveillance généralisée et une espèce de marketing de la psyché, des esprits, on trouvait que la documentation en termes encyclopédiques, même si elle peut prendre plusieurs formes, c’était sympa, et puis avec des outils libres et open source, de la donnée accessible, de la contribution vraiment citoyenne. Donc on a mis ça en place et on s’est mis à surveiller plusieurs pans et notamment les ateliers et les formations qu’ils proposent à l’intérieur. Donc oui il y a des entrepreneurs, mais il y a aussi des associations. Ce qui est assez drôle c’est qu’il y a des associations qui ont touché des chèques plus que conséquents de Google il y a deux ans ou trois ans, qui sont plutôt des associations d’éducation populaire. Tu vois, Google avait bien préparé le terrain, a acheté sa sympathie et puis c’est très dur, derrière, d’ouvrir ta gueule, il faut dire ce qui est, ou de râler, ou de prouver qu’il y a des choses dangereuses voire dégueulasses qui se font sur ce que tu aimes bien, la ville où tu aimes bien vivre, les gens avec qui tu aimes bien vivre ; c’est compliqué quand tu as touché un gros chèque, quand tu es une association, une Scop ou un entrepreneur qui a sa visibilité qui en dépend. Mais il y a tout type de structures.

    Le tableau des partenaires à l’entrée chez Google, d’ailleurs je pense qu’ils font un peu de forcing à Rennes. On s’est rendu compte au départ, enfin on a continué à faire toute la liste, que des organisations n’avaient pas signé réellement de partenariat. C’est juste qu’une fois, quelqu’un de l’organisation était venu participer à l’un des ateliers de Google. C’est le cas des universités, par exemple. Il y en d’autres c’est contractualisé, effectivement c'est partenaire, ça c’est contractualisé : tu retrouves Pôle emploi, tu retrouves deux ou trois grandes banques française mais c’est l’échelle régionale qui a signé, tu retrouves la CCI, la Chambre des métiers, l’Artisanat et les métiers ; c’est assez hallucinant leurs partenariats. Donc il y a ça.

    Quand on avait un peu espionné dedans, le jour de l’inauguration par exemple, on avait taupé des conversations et on avait compris aussi en avant, parce qu’on a essayé de rencontrer des personnes, pour Google, en fait, Rennes était un symbole fort. On sait très bien que Rennes c’est une ville militante et notamment le campus Rennes-II, mais les lycéens aussi, Rennes-I aussi, Rennes peut très vite entre guillemets « mettre des bâtons dans des roues ». Et Google avait et a toujours l’expérience de ça, du quartier Kreuzberg à Berlin, sauf que c’était un campus qu’ils voulaient ouvrir, c’était plus gros, donc ils se méfiaient un peu.
    Ils savaient très bien et ils ont dit, des mots de l’ancien du Carrefour numérique qui a aujourd’hui un rôle soi-disant éthique à Google et du président de Google France, que c’était un gros test de passer à Rennes et qu’en gros, si ça passait à Rennes, s’il n’y avait pas de rébellion, pas de grèves, de manifs et pas de vitrines cassées, après c’était open bar en France. Et Rennes est principalement une ville de gauche. En tout cas la mairie et la métropole sont à gauche. Le département qui a son siège à Rennes, même s’il est plus grand, plutôt gauche aussi, même si ça peut se discuter sur la répartition. Donc attention avant de dire République en marche.
    Par contre, la réalité qu’on a observée, ça va faire sept mois maintenant, c’est que, effectivement, il y a beaucoup de députés qui viennent ici, ce n’est même pas forcément de la circonscription, il y en a qui viennent de loin, de Nice et tout, il y en a qui viennent plusieurs fois par mois, qui font de la pub réellement sur les réseaux sociaux pour Google ; ce sont des minis reportages qu’ils font. On dirait des blogueurs YouTube ou des personnes sur Instagram. Et puis ils invitent d’autres députés d’autres circonscriptions et là, c’est plutôt la République en marche, à Rennes.
    Effectivement, on savait que Google allait dans d’autres villes, on a commencé à regarder quelles étaient les villes potentielles. On n’était pas dans la confidence, on se doutait un peu. Et puis ils ont annoncé au mois de décembre, au début de l’hiver, de nouvelles villes, donc Nancy, Montpellier et Saint-Étienne. Donc on a regardé quel était le profil des élus en mairie, en métropole, dans les conseils généraux ; quels étaient les premiers à déclarer « on est trop contents que Google arrive ». Les éléments de langage étaient les mêmes qu’il y a un an à Rennes, quasiment mot pour mot : 100 000, digital, marketing, atelier. Oui, on est principalement sur des élus de droite, alors la République en marche c’est toujours difficile à classer, mais en général, avant d’adhérer à la République en marche ils étaient plutôt de droite, sinon ce sont des Républicains.

    Antoine Gouritin : Tu parles d’éléments de langage. Moi j’ai noté le maire et président de la métropole à Montpellier dans un communiqué de presse : « L’arrivée de Google à Montpellier nous permet de devenir partenaire d’un projet qui représente un véritable levier d’insertion, de développement économique ou même de développement personnel puisqu’il permettra à des milliers de Montpelliérains d’utiliser le numérique pour se former gratuitement et à tous les niveaux ». Ça rejoint exactement ce que tu disais.

    Xavier Coadic : Il faut féliciter le service comm de chez Google, qui a une capacité à influencer les services comm, donc les spin doctors des politiques, de celui du président de la République en passant par le secrétaire d’État au numérique jusque, et tu viens de les citer, aux maires de métropoles. Montpellier et Rennes sont de taille pas tout à fait comparable, mais il n’y a pas trop de différences, ce n’est pas le petit village du coin ! Ils arrivent quand même à refourguer le même discours avec les mêmes éléments de langage qui sont répétés, martelés, de manière incroyable. Il n’y a même pas de différence. C’est tellement gros qu’il n’y a même pas besoin d’enquêter. Il suffit de prendre les déclarations, de les coller les unes à côté des autres, ce sont les mêmes !

    Antoine Gouritin : Jusqu’au patron de Google France qui, en début d’année, a squatté le compte Twitter de l’Élysée. Ça ce n’était pas mal aussi !

    Xavier Coadic : On ne parle pas beaucoup, en fait, des misères que Google fait sur les personnes, déjà, et ensuite dans les villes. Je pense que le véritable sujet est là parce que, à un moment, quand on veut convaincre des élus ou qu’on veut dire aux élus « le prochain mandat ce ne sera pas vous parce que vous avez participé à nous faire du mal », il va falloir leur faire comprendre, mais ça, ça vaudrait une émission à part entière. Pour en avoir fait une conférence dessus à Pas Sage en Seine3 je sais et je sais ce que ça coûte, il y a réellement du danger à le faire.
    Donc Google nous fait des misères et fait aussi des misères aux entreprises, augmente ses prix. Mais c’est normal, c’est une boîte qui est là ! C’est comme le dealer : la première dose est gratuite, la deuxième est un peu moins gratuite et quand vous êtes tous bien accros, on augmente les prix de Maps, de Google Adwords, d’autres et puis tout le monde pleure en disant « oui, mais on ne sait pas faire autre chose. » Donc Google a besoin de gagner du terrain.
    On a quand même un truc qui s’appelle la CNIL en France, la Commission nationale informatique et libertés, avec des lois qui viennent de 1978, donc qui ne sont pas nouvelles ! On a quand même des belles choses même si c’est loin d’être parfait. Donc il y a une semaine, après un gros dossier, La Quadrature du Net4 notamment qui est une association française, qui ne vit quasiment que de dons, même que de dons si je ne dis pas de bêtises, avait lancé une procédure juridique à la fois en France mais aussi remontée jusqu’à la Cour européenne contre Google notamment, mais d’autres entreprises. Bref ! La procédure se fait, Google est reconnue coupable ; cette fois ce n’est plus de l’optimisation fiscale, ce n’est plus position dominante sur le marché, c’est reconnu de nous espionner, de nous piquer nos données : 50 millions d’euros. C’est une première en France, il n’y a jamais eu plus cher. Google a eu d’autres amendes pour d’autres raisons dans le monde beaucoup plus chères. Ils nous doivent encore, depuis un an et demi, quatre milliards deux ou quatre milliards un en Europe, deux milliards et quelques il y a deux ans. Ils n’ont toujours pas payé. Là ils prennent 50 millions, ils sont condamnés pour faire du mal à nos intimités, à voler nos vies privées.
    L’annonce tombe genre à 14 heures, le jour même à 17 heures, sur le fil Twitter officiel de l’Élysée, c’est-à-dire de la maison, le service qui gère pour la présidence française, quoi ! une pub pour Google en France. Rien que d’en reparler j’en ai les bras qui m’en tombent. On ne peut pas dire que les personnes de l’Élysée, quel que soit le gouvernement qui y est, quels que soient les services qui y travaillent qui, des fois, restent selon les gouvernements quel que soit leur bord politique, on peut ne pas les aimer, on ne peut pas les traiter de personnes complètement idiotes et de services idiots.
    On peut ne pas l’aimer du tout, Google est loin d’être une entreprise idiote. Je pense que des fois elle va même trop loin dans son humour : on ne paie pas d’impôts, mais on s’installe rue de la Monnaie à Rennes. On vous espionne partout sur la planète et puis, quand on se fait virer d’un quartier, Kreuzberg en Allemagne, on va certainement squatter les locaux de la Stasi, l’ancienne police est-allemande. Donc ils utilisent le compte de l’Élysée le jour où ils prennent une amende record pour infraction aux lois informatique et libertés, pour faire leur pub, avec le soutien de l’Élysée ! Est-ce que c’est le patron qui a eu les clefs ? Enfin c’est hallucinant, c’est un mépris de tout ! C’est un mépris des règles, c’est un mépris de l’humain, c’est un mépris de l’éthique.

    Antoine Gouritin : On parle de Google, mais évidemment ça ne s’arrête pas à Google. Je voulais finir là-dessus.

    Xavier Coadic : Il n’y a pas que Google dans l’affaire.

    Antoine Gouritin : Il n’y a pas que Google. Quand on voit Emmanuel Macron il y a quelques mois, qui voulait l’aide de Zuckerberg et de Facebook pour contrôler les fake news ; quand on voit Facebook qui finance de plus en plus de thèses à l’université, des recherches dans l’intelligence artificielle, mais Amazon aussi, IBM aussi.

    Xavier Coadic : Google aussi investit largement.

    Antoine Gouritin : Amazon, enfin tout le monde. Ça c’est pareil, il nous faudrait un épisode et puis avoir un épisode un peu plus tard pour parler de souveraineté numérique et de tous ces sujets-là. Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? On parle souvent, que ce soit sur ces questions-là ou sur l’écologie ou autre, de solutions personnelles. À mon avis, c’est plutôt souvent des problèmes de système que de solutions personnelles, mais là il y a quand même des choses qu’on peut faire. Qu’est-ce qu’on peut faire de ce côté-là ?

    Xavier Coadic : Oui, il y a des choses qu’on peut faire et qu’on doit faire individuellement : aiguiser sa curiosité, son esprit critique. Ça parait si simple à dire et tellement compliqué à faire, encore plus aujourd’hui dans ce système technicien — c’est Ellul, je crois, qui passe là-dessus — et ce système d’information à la fois généralisé, rapide mais hyper-individualisé. Voilà ! Il faut aller creuser. Là on est dans l’ordre de la survie, mais il faut avoir conscience qu’on ne le fait pas que pour soi. Comme je le disais au début, les données personnelles et l’intimité c’est bien gentil, mais si ça a autant de valeur c’est parce que ça appartient à nous mais au reste de notre humanité proche, les personnes qu’on aime, les personnes qui sont de notre famille et faire juste cette activité-là, d’aiguiser son esprit critique, c’est aussi se protéger soi mais protéger les personnes qui nous sont chères.

    Effectivement, faire ça tout seul ça ne résoudra pas le problème, parce qu’on ne vit pas dans des îles isolées, et quand bien même on vivrait sur des îles isolées ça ne fonctionne pas comme ça, on est tous interdépendants les uns des autres ; c’est le principe d’un système. Donc oui, c’est politique. Faire du logiciel libre, faire de la donnée libre. Si on fait de la donnée libre c’est pour protéger la donnée, l’intimité des personnes ; c’est politique.
    Framasoft5, en France, fait un travail extraordinaire là-dessus et notamment pourquoi c’est politique et pourquoi c’est compliqué. Et on le voit, comme tu le disais très bien, on a des élus au niveau de la nation, au niveau du président de la République, au niveau des secrétaires d’État, au niveau des ministres, qui nous sortent des trucs ! C’est dix par jour, c’est impossible à suivre ou à combattre. Oui, c’est un système politique qu’il faut repenser. Ça passe par le langage.

    Il y a quelque temps, aux ex-Assises de la médiation numérique renommées pour le coup, beaucoup de pinceaux de langage, Numérique en Commun[s], j’avais enfin croisé physiquement, parce qu’Internet me permet de croiser et beaucoup de lire, Alain Giffard qui est une personne assez extraordinaire, qui fait des travaux là-dessus depuis des années, qui travaille aussi sur l’éducation populaire numérique, qui, au niveau universitaire est respecté, qui parlait de cette dette du langage qui est faite. Il prenait l’exemple de ce Numérique en Commun[s], des personnes de la médiation numérique qui sont en première ligne sur ces problématiques-là, qui, au passage, est l’un des métiers rendus les plus pauvres en France, et le secrétaire d’État ne voulait pas parler des médiateurs et des médiatrices numériques, il ne voulait parler que de médiation numérique. Tu vois, il y a tout un jeu de langage comme ça , et puis il y en avait plein d’autres, digital/numérique. Giffard avait très bien analysé ça. On revient à Arendt, on ne peut pas dire qu’il y a une surprise, Arendt, Jürgen Habermas et les années 60, l’idéologie de la science, enfin la science et la technique comme idéologies ; ce ne sont pas les seuls, il y en eu plein d’autres, Ellul ; ce n’est pas nouveau ce qui nous arrive, on ne peut pas être surpris, en tout cas pour des intellectuels, des universitaires et des politiques qui sont au contact d’eux, voire le sont.
    Je pense que ce n’est pas complètement inconscient ou par faute de ne pas savoir, mais ils utilisent un langage qui nous bourre le mou, qui nous bourre le cerveau. En gros c’est du marketing, c’est du coaching, c’est du management, ça convient très bien à la start-up nation, à beaucoup d’élus ou de responsables politiques mais aussi de responsables de chambres consulaires qui sont aussi en responsabilité là-dessus, qui nous vendent un discours… Ce n’est même pas qu'ils nous lavent le cerveau, ils ne nous rendent pas complètement bêtes, mais ils nous préparent à ce qui arrive : à se faire complètement dévorer à tous les niveaux, du niveau universitaire. On a cité les villes, mais il en a une qui n’est pas citée dans le truc, mais en réalité c’est qu’ils s’y implantent : c’est à Nantes, l’université, et le double discours est magnifique.
    Pour l’arnaque, Google signe avec la Fondation de l’université de Nantes. Le vice-président, mais je crois qu’il est encore monté en grade, en tout cas à l’époque où c’est signé, le vice-président de la Fondation de l’université de Nantes est aussi président de l’université. Le mois A, la Fondation de l’université signe un partenariat avec Google pour faire des formations, c’est-à-dire les coachs Google en marketing vont remplacer les profs, les intervenants, les universitaires pour venir raconter des conneries à des universitaires. Quand ils vont avoir des diplômes ils ne vont jamais être embauchés s’ils ne sont pas formés, et intellectuellement c’est dramatique. Ça pose des problèmes de privatisation du service universitaire, de remplacement d’intellectualité. Je pense que tu imagines bien tous les problèmes que ça pose, il faudrait une heure pour en parler. Et puis le mois A + 1, l’université, pas la Fondation, l’université de Nantes fait tout un plan marketing en disant « on quitte le moteur de recherche Google parce qu’on fait du made in France qui respecte la vie privée, on va chez Qwant6 ». Mais c’est incroyable ! En termes de stratégie et de marketing c’est poudre de perlimpinpin et compagnie et c’est tout le temps comme ça.
    En fait, Google s’implante aussi à Nantes en plus des ateliers dans les autres villes. Est-ce que c’est plus grave un atelier bourgeois dans le côté cosy du centre-ville X, Y, ou Z ou de s’implanter dans l’université ? Je crois qu’il ne faut même pas chercher lequel est le plus grave, c’est pareil. C’est juste révélateur d’un envahissement de la pensée ; ça faisait longtemps, mais là c’est vraiment affiché. C’est assumer complètement qu’on vous espionne de A à Z et, finalement, on installe les petites bases d’espionnage à l’intérieur de vos villes, de vos villages, de vos universités.

    Antoine Gouritin : Est-ce que le discours critique arrive à prendre auprès du grand public ? Comment tu l’as senti, toi, depuis l’ouverture des ateliers avec tout le travail de fond que vous faites ?

    Xavier Coadic : Pour qu’il prenne il faut qu’on arrive, et moi le premier, à se détacher de nos travers militants. Quand on part dans ce discours critique, on essaie d’amener de la rationalisation et de la radicalité. Même aujourd’hui, le radicalisme et tout ça, tout le monde est suspecté de radicalisme ; tu mets un gilet jaune, qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, ils sont radicaux, il faut les emprisonner, il faut les surveiller. Tu dis que Google c’est mal, il faut te surveiller, il faut te mettre des bâtons dans les roues. C’est une société complètement de l’aberration dans laquelle à la fois on accepte un langage, comme j’essaye d’expliquer, qui ne veut plus rien dire et qui crée de l’endettement et de la compromission intellectuelle, mais de l’endettement moral et éthique. Et de l’autre côté, dès que tu essaies d’avoir une approche un peu radicale ou critique, tu deviens dangereux.
    Effectivement, dans ces mécanismes-là, on embarque de l’émotion et de l’émotionnalité. J’ai souvent dit, depuis un an maintenant, qu’au départ on a réagi de manière épidermique à Google. On faisait des trucs depuis des années à Rennes, mais on aurait dû sortir du bois avant. On porte aussi notre part de responsabilité que Google ait choisi, ait réussi à s’installer. On aurait dû être plus radicaux, plus critiques avant. On était des gentils gnous, trop dociles, et des pingouins du Libre, des Tux. Voilà !

    Comment tu le vis au quotidien ? Comment tu le rapportes ? Je ne vais pas faire toute une conférence gesticulée dessus, mais comme il y a le Festival des Libertés Numériques et c’est une chouette chose qu’on a à Rennes et qui nous permet de faire pas mal de trucs depuis deux ans maintenant. Pour faire une conférence gesticulée il faut prendre ce qu’on appelle les savoirs chauds, c’est-à-dire ce que tu as vécu dans ta vie perso. Ce n’est pas facile à faire, en tout cas pour moi, donc je vais le faire à la radio, en podcast en avant-première, j’ai pris un exemple des rapports et des discussions avec mon père. Je pense qu’on a des rapports et des discussions qui sont chouettes, sains, qui peuvent aller dans tous les sens, mais sur le côté vie privée, informatique, mon père typiquement sortait : « Je n’ai rien à cacher ». Ça me mettait en boule ! Et là tu peux mettre de côté la capacité à intellectualiser, à réfléchir, à rationaliser ; tu es purement dans l’affect.

    Antoine Gouritin : J’ai des élèves ingénieurs en informatique qui m’ont sorti ça il y a quelques mois ; c’est incroyable !

    Xavier Coadic : Oui. Quand j’interviens en école sup, j’arrive, je me prépare, je fais du yoga avant et je prépare mon cours pour répondre à ça. Mais quand ça touche à la famille, je n’arrive plus à réfléchir. Par contre, avec le temps, ça m’a amené à dire : mais attends, on ne peut pas sauter à la gorge. Comme je disais tout à l’heure, protéger sa vie privée, son intimité, c’est aussi vouloir du bien et protéger les personnes autour de nous ; on ne va pas leur sauter à la gorge toutes les 30 secondes. J’étais assez à l’aise d’aller dans les arrêts de bus et j’adore ça, comme j’expliquais, faire des ateliers improvisés, ou des petits tips de cinq dix minutes avec des inconnus ou dans des cafés, ou aller chercher des élèves ingénieurs d’une école vraiment tech, et puis ingénieurs marketing et dire venez trois ou quatre ensemble, et d’autres de l’université. En fait on fait un groupe mixte ou trans-écoles, appelle ça comme tu veux, je les fous dans un café et on fait une journée complète dédiée au numérique, on fait comme si c’était un hackerspace, on fait plein de trucs chouettes et ils en découvrent.

    Mais avec la famille ou les proches c’est plus compliqué, mais c’est révélateur, peut-être, des démarches qu’on doit avoir. On vit une période, on ne prend pas doucement le chemin : on est complètement en train de glisser ou on a déjà mis les pieds dedans, dans une forme de totalitarisme politique, intellectuel et technologique. Il va falloir qu’on mette nos égos ou nos émotions de côté, enfin pas complètement parce que c’est ce qui fait de nous des êtres humains et pas des machines, mais trouver de nouvelles manières d’aborder nos proches directs pour les protéger. Même si on n’aime pas nos proches, déjà protège-toi toi-même, et si tu ne t’aimes pas toi, protège tes proches, tes amis, ta famille. Et là, il faut trouver des nouvelles manières de dire et de faire et souvent c’est par une prise de conscience. Il n’y a pas de modèle parfait. Il y a des personnes à qui tu vas dire : « On va t’installer tel truc sur ton ordinateur ou ton smartphone, on va faire autrement » OK. Ou de faire regarder une conférence ou un film comme Nothing to Hide qui fait vite prendre conscience. Ou la conférence à Sud Web du mec qui travaille sur le système d’exploitation Eelo pour smartphones7, qui explique très bien : « Vous allez tous flipper si la poste et si des marketeux ouvraient votre courrier, mettaient des petits messages dedans ». Mais c’est ce qui se passe dans vos smartphones et vos mails. Et pas que le mail, tout, le SMS, le MMS, Facebook, Messenger, enfin !
    On ne peut pas dire « je n’ai rien à cacher ». Déjà si tu le dis et que tu le penses c’est que ce fameux discours du marketing qui t’a répété des trucs, eh bien ça y est, il a marché. Et finalement, depuis 1950-60, on n′a toujours pas intégré Hannah Arendt dans l’éducation populaire, ce qui est dramatique. En tout cas ça fait flipper, on a raté une marche. Et si tu le penses vraiment, au moins essaie de virer cette pensée pour protéger les gens qui te sont proches.

    Antoine Gouritin : Comment tu en as parlé à ton père alors ?

    Xavier Coadic : On en parle toujours. J’ai appris à être moins sur l’émotion, moins épidermique aussi pour être plus pédagogique, pour lui expliquer les choses. Mon père est entrepreneur depuis de longues années, donc il y a plusieurs manières de lui aborder. Il y a des choses de famille, personnelles, qu’il veut cacher, mais il y a des choses de l’entreprise. Ce n’est pas mon père qui défiscalise 20 milliards comme Google je ne sais pas où. Ça va ! Là-dessus, il est plutôt l’entrepreneur dont on n’entend jamais parler, qui ne défiscalise pas, qui en a chié, qui continue à se battre. Je ne parle pas tout de suite de menaces numériques ou de modèles de menaces, mais il comprend qu’il n’a pas envie, typiquement, qu’on ait accès à des comptes bancaires ou, aussi, la sécurité de ses clients. Il travaille avec des collectivités publiques, il est urbaniste, il travaille sur l’aménagement du territoire. Il y a des choses un peu sensibles qui transitent entre serveurs et tout ça. Ça il comprend. J’ai trouvé un ordinateur très jeune dans mes mains parce que mon père s’est intéressé à ça. Ça fait des années qu’il y avait un serveur, un NAS [Network Attached Storage], un répétiteur, il y avait tout ce qu’il fallait dans la maison, donc j’étais plus étonné qu’il n’ait pas franchi le pas de « faisons attention à notre hygiène numérique ». C’était une discussion du coin de table ou au café, quand on mange ensemble, quand on discute, de dire aussi que ça touche directement dans leur quotidien, dans leur intimité la plus profonde, parce que maintenant il sait que je travaille sur des trucs un peu… avec de l’ADN, des empreintes digitales, de la reconnaissance morphologique donc il commence à comprendre que sur un serveur il n’y a pas que ton adresse mail, le montant de ton compte bancaire et le mot de passe du truc où tu t’es inscrit. Il y a des choses quand même beaucoup plus intimes et beaucoup plus hards. Mais ça aide, après, pour en discuter avec d’autres.

    Par contre, bizarrement d’un autre côté, ça me rend plus sévère sur le jugement des personnes dont on parlait tout à l’heure, qui sont en responsabilité économique ou politique. J’arrive plus à faire des choses ouvertes et détendues avec les personnes qui me sont proches, mais du coup j’en suis d’autant plus sévère avec les autres parce que je me rends compte à quel point ce qu’elles font… Avant j’appelais ça de la pollution. Non, elles participent à un endoctrinement et, comme je disais, je ne pense pas que ça soit des personnes idiotes. Je pense qu’elles le font avec une certaine conscience du truc auquel elles participent.

    Antoine Gouritin : C’était les Rencontres Désinspirantes de Disruption protestante. Retrouvez toutes les informations sur la série et écoutez les autres épisodes sur disruption-protestante.fr et abonnez-vous dans votre application de podcast favorite pour ne rien rater.
    Disruption protestante est une série produite par Antoine Gouritin. La musique originale du générique est de Julien Soler.

    Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (12 mars 2019)

    ven, 03/08/2019 - 15:04
    Début: 12 Mars 2019 - 15:30Fin: 12 Mars 2019 - 17:00

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    La seizième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 12 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

    Notre sujet principal portera sur le projet de règlement terroriste / censure sécuritaire avec nos invités : Arthur Messaud et Martin Drago de La Quadrature du Net. Nous aurons également la troisième chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, président de l'April. Et nous aurons une interview de présentation de l'initiative Fund the Code! avec Louis-David Benyayer.

    Écouter le direct mardi 12 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00  S'abonner au podcast

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

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