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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 24 min 53 sec

L'April demande la publication du SILL 2019 et la feuille de route de la DINSIC

il y a 12 heures 38 min

Des événements et des interviews récents concernant la place du logiciel libre et des données ouvertes au sein de l'État sont inquiétants. Cédric O, nommé récemment secrétaire d'État chargé du numérique, sera évidemment jugé à l'aune de son action mais d'ores et déjà il peut appuyer deux actions concrètes : la publication officielle du SILL 2019 (Socle interministériel de logiciels libres) et la feuille de route de la DINSIC.

Fin février 2019, le journal Contexte annonçait que Christian Quest avait remis sa démission à Nadi Bou Hanna, nommé fin 2018 à la tête de la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (DINSIC). Christian Quest, par ailleurs porte-parole d'OpenStreetMap, était chargé de mission au sein d'Etalab1. Par sa démission il souhaitait tirer une sonnette d'alarme concernant les changements de priorité de la DINSIC suite à la nouvelle nomination. Il explique son départ par une « une feuille de route utilitariste et court-termiste n'intégrant quasiment aucune des valeurs qui l'ont fait rejoindre Etalab ».

Dans une interview donnée à Next INpact en mars 2019, Nadi Bou Hanna expliquait notamment que la priorité au logiciel libre était un « «débat du début des années 2000 » et qu'il préférait « une approche pragmatique ». En mars également, dans un article publié par Acteurs publics il était écrit « dans l'écosystème, certains craignent une remise à plat par le nouveau directeur, alors qu’une nouvelle dynamique animait l’Etat depuis peu, entre la promotion du logiciel libre et de l’ouverture des données au sein des administrations via le programme Entrepreneurs d’Intérêt Général (entre autres), la nomination d’un référent logiciels libres à la Dinsic et le lancement d’une communauté d’acteurs du libre au service de l’intérêt général dénomée "Blue Hats". ».

Autre signe inquiétant, la non publication du SILL (Socle interministériel des logiciels libres). Ce document a notamment vocation à encourager l’usage concerté et coordonné des solutions libres dans l’administration. Le SILL est généralement publié en tout début d'année depuis 2013 et pour le moment aucune publication ne semble prévue.

Un retour en arrière qui serait d'autant plus étonnant et inquiétant que la Cour des comptes validait en février 2018 la stratégie mise en place par la DINSIC, notamment sur le recours aux logiciels libres, et émettait des recommendations pour qu'elle soit amplifiée et relayée au sein des services de l'État.

L'April demande solennellement au secrétaire d'État chargé du numérique la publication officielle du SILL 2019 et la publication de la feuille de route de la DINSIC.

  • 1. le service au sein de la DINSIC chargé d’accompagner les administrations dans leurs démarches d’ouverture de données publiques

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (23 avril 2019)

mer, 04/17/2019 - 16:28
Start: 23 Avril 2019 - 15:30End: 23 Avril 2019 - 17:00

(Ré)-écouter en ligne --> Lire la transcription

-->

La vingt-deuxième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 23 avril 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

Notre sujet principal portera sur les entreprises du logiciel libre avec Véronique Torner (Alter Way, administratrice du Syntec Numérique, présidente de l'Open CIO Summit), Stéfane Fermigier (Abilian, co-président du CNLL et président du Groupe Thématique Logiciel Libre) et Laurent Wargon (Easter Eggs et Réseau Libre Entreprise). Nous aurons également la chronique de Xavier Berne de Next INpact et la chronique « Jouons Collectif » de Vincent Calame, informaticien libriste.

Écouter le direct mardi 23 avril 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

Liens utiles Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Apéro April le 17 mai 2019 à Marseille

mer, 04/17/2019 - 09:14
Start: 17 Mai 2019 - 19:00End: 17 Mai 2019 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

Quand et quoi

Un deuxième apéro à Marseille aura lieu vendredi 17 mai 2019 de 19h00 à 22h00 à l'adresse suivante : Foyer du peuple 50 rue Brandis, 13005 Marseille .

Vous pouvez vous inscrire sur le pad.

« Libre à vous ! » diffusée mardi 16 avril 2019 sur radio Cause Commune - CHATONS - Transcriptions - Chronique juridique

mar, 04/16/2019 - 15:30

Nous avons commencé par la chronique de Marie-Odile Morandi « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture ». Nous avons enchainé avec notre sujet principal qui portait sur le Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) avec : Angie Gaudion de Framasoft, Denis Dordoigne d’INFINI et Christian Pierre Momon du Chapril. Nous avons poursuivi avec la chronique juridique « In code we trust » de Noémie Bergez. Nous avons terminé par diverses annonces.

(Ré)-écouter en ligne    --> Écouter le direct mardi 16 avril 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

  • (X minutes Y secondes)
  • (X minutes Y secondes)
  • (X minutes Y secondes)
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  • --> Lire la transcription

    --> toc_collapse=0; Sommaire 
    1. Podcasts des différents sujets abordés
    2. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
    3. Programme de l'émission du 16 avril 2019
    4. Personnes participantes
    5. Références pour la partie sur la chronique de Marie-Odile Morandi (« Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »)
    6. Références pour la partie sur les CHATONS
    7. Références pour la chronique de Noémie Berge (« In code we trust »)
    8. Référence pour la partie annonces
    9. Pauses musicales

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h.

    N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

    Programme de l'émission du 16 avril 2019

    La vingt-et-unièmre émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 16 avril 2019 de 15 h 30 à 17 h.

    Au programme :

    Personnes participantes

    Les personnes qui ont participé à l'émission :

    • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
    • Angie Gaudion de Framasoft
    • Denis Dordoigne d’INFINI
    • Christian Pierre Momon du Chapril
    • Noémie Bergez avocat au cabinet Dune
    Références pour la partie sur la chronique de Marie-Odile Morandi (« Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture ») Références pour la partie sur les CHATONS Références pour la chronique de Noémie Berge (« In code we trust ») Référence pour la partie annonces Pauses musicales

    Les références pour les pauses musicales :

    Décryptualité du 15 avril 2019 - Assange aux mains de la justice britanique

    lun, 04/15/2019 - 23:53

    Écouter ou télécharger le décryptualité du 15 avril 2019 (15 minutes)

      La justice britannique a finalement mis la main sur Julian Assange. Retour sur l'histoire du porte étendard de wikileaks
      Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

     Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

    Le Conseil de l'Union Européenne valide le filtrage automatisé des contenus mis en ligne

    lun, 04/15/2019 - 16:32


    Le Conseil de l'Union européenne a validé la directive droit d'auteur telle que votée par le Parlement européen le 26 mars 2019. 19 États membres sur 28, dont la France, ont donc validé l'institutionnalisation du filtrage automatisé des contenus mis en ligne. Prochaine étape : la transposition en droit national.

    Lundi 15 avril les représentants des États membres réunis au sein du Conseil de l'Union européenne ont validé la proposition de directive issue des « trilogues », et adoptée avant eux par le Parlement européen, finalisant ainsi la procédure et inscrivant dans le droit de l'Union européenne la directive droit d'auteur et l'article 17 (ex-article 13) qu'elle contient.

    Cette adoption nécessitait l'approbation d'au moins 16 États membres, représentant au moins 65% de la population. Sur les 28 États membres, 6 ont voté contre (Finlande, Suède, Italie, Luxembourg, Pays-bas) et 3 se sont abstenus (Belgique, Estonie, Slovénie). Avec 19 États membres favorables, représentant 71,26% de la population, le quorum est atteint.

    Ce vote n'apparaissait malheureusement que comme une formalité étant donné le rapport de force caricatural au sein de l'institution européenne où toute critique du texte a été systématiquement ignorée ou méprisée. D'aucuns pourraient même considérer que l'opposition est plus forte qu'anticipée. Encore moins surprenant, le vote favorable de la France qui a été une cheville ouvrière du texte. On rappellera que parmi les parlementaires français, uniquement deux ont eu le courage de voter contre : Younous OMARJEE et Marie-Christine VERGIAT du groupe GUE/NGL.

    L'April restera mobilisée au moment de la transposition future du texte en droit français qui devrait se tenir assez rapidement. L'article 17 devrait ainsi être transposé via le projet de loi annoncé « sur une nouvelle régulation de la communication audiovisuelle à l’ère numérique », dont un rapport d'information préalable datant du 4 octobre 2018 militait d'ores et déjà pour l'institutionnalisation des « algorithmes de reconnaissance de contenus ».

    Franck Riester, ministre de la Culture, a d'ailleurs chargé dès le 27 mars, la HADOPI, le CSPLA (Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique) et le CNC (Conseil National du Cinéma) d'une « mission de promotion et d’encadrement des technologies de reconnaissance de contenus ». On notera l'absence du Conseil national du numérique pourtant chargé par décret « d'étudier les questions relatives au numérique, en particulier les enjeux et les perspectives de la transition numérique de la société, de l'économie, des organisations, de l'action publique et des territoires et dont une des missions en ce sens est d' « informer et de conseiller le Gouvernement dans l'élaboration, la conduite et l'évaluation des politiques et de l'action publiques ». À cette fin il « peut être consulté par le Gouvernement sur tout projet de disposition législative ou réglementaire dans le domaine du numérique ». Une absence significative qui ne fait que confirmer le caractère particulièrement biaisé de cette « mission d'information » dont on sait d'avance qu'elle ne remettra pas en cause l'opportunité d'utiliser ces technologies liberticides.

    Sujet que nous avons traité lors de l'émission du 9 avril 2019 de Libre à vous !, l'hebdomadaire de l'April sur radio Cause Commune.

    Revue de presse de l'April pour la semaine 15 de l'année 2019

    lun, 04/15/2019 - 12:36

    Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

    [estrepublicain.fr] Julian Assange: ce qu'on lui reproche, ce qu'il risque

    Le vendredi 12 avril 2019.

    Réfugié depuis 2 487 jours dans l’ambassade d’Equateur à Londres, le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a finalement été arrêté ce jeudi par Scotland Yard.

    Et aussi: [Le Courrier] La liberté à l'ère des GAFA

    ✍ Philippe Bach, le mercredi 10 avril 2019.

    Infatigable activiste du logiciel libre, Richard Stallman est en Suisse romande pour une série de conférences sur les géants d’internet, les GAFA. Il sera jeudi soir à l’EPFL à Lausanne.

    Et aussi: [EurActiv] Copyright rules will turn the EU into a French digital colony

    ✍ Amelia Andersdotter, le mardi 9 avril 2019.

    France, with its strict regulations of digital markets and its industries, has been allowed to drive the oppressive changes in copyright that are now about to be European law. It is not too late to save European citizens from these reforms that will do serious damage to the internet, writes Amelia Andersdotter.

    [Le Républicain Lorrain] Informatique à Insming: les bons conseils pour bien surfer

    Le mardi 9 avril 2019.

    L’Association de formation informatique sur logiciels libres va permettre aux personnes débutantes de s’initier sans complexe et dans la bonne humeur à l’informatique. Elle est ouverte à tous et de nombreux adhérents devraient y trouver de bons conseils.

    [ZDNet France] Le poste de travail Linux est en difficulté

    ✍ Steven J. Vaughan-Nichols, le mardi 9 avril 2019.

    Linus Torvalds se tourne vers Chromebooks et Android pour l’avenir du bureau Linux, tandis que les développeurs de Linux Mint ne parviennent pas à s’entendre entre eux.

    Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 9 avril 2019

    lun, 04/15/2019 - 11:36


    Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 9 avril 2019 sur radio Cause Commune
    Intervenants : Véronique Bonnet - Pierre-Yves Beaudouin - Nadine Le Lirzin - Étienne Gonnu - Isabella Vanni - Frédéric Couchet
    Lieu : Radio Cause Commune
    Date : 9 avril 2019
    Durée : 1 h 30 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Page des références utiles concernant cette émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    toc_collapse=0; Sommaire 
    1. Transcription
      1. Chronique « Partager est bon »
      2. Wikipédia et la Wikimedia Foundation
      3. Point d’actualité directive droit d’auteur
      4. Annonces

    Transcription

    Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web préféré, si possible libre, rendez vous sur le site de la radio, cliquez sur « chat » et vous nous retrouverez ainsi sur le salon dédié à l’émission.
    Nous sommes mardi avril 2019, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

    Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

    Le site web de l’association c’est april.org, a, p, r, i, l, point org et vous y retrouvez déjà une page consacrée à l’émission avec un certain nombre de liens, de références utiles, les détails sur les pauses musicales et évidemment cette page sera mise à jour après l’émission. Je vous souhaite une excellente écoute.

    Nous allons passer maintenant au programme de l’émission du jour. Nous allons commencer dans quelques secondes par la chronique de Véronique Bonnet intitulée « Partager est bon ».
    D’ici une quinzaine de minutes notre sujet principal portera sur Wikipédia avec nos invités Pierre-Yves Beaudouin président de Wikimédia France et Nadine Le Lirzin secrétaire de Wikimédia France mais avant tout wikipédien et wikipédienne de longue date.
    En fin d’émission nous ferons un point sur la directive droit d’auteur, enfin sur la proposition de directive droit d’auteur avec Pierre-Yves Beaudouin toujours de Wikimédia France et Étienne Gonnu de l’April.

    Aujourd’hui à la réalisation, pour sa première, ma collègue Isabella Vanni que je salue avec l’aide d’Étienne qui est à côté d’elle actuellement.

    Nous allons commencer par la seconde chronique de Véronique Bonnet. Véronique Bonnet est professeur de philosophie, elle est membre du conseil d’administration de l’April. Sa chronique s’intitule « Partager est bon » et pour cette deuxième chronique Véronique va nous commenter un texte de Richard Stallman intitulé « Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement du logiciel libre ».

    Chronique « Partager est bon »

    Frédéric Couchet : Aujourd’hui je suis avec Véronique Bonnet. Véronique bonjour.

    Véronique Bonnet : Bonjour Fred.

    Frédéric Couchet : Véronique tu es professeur de philosophie, tu es également membre du conseil d’administration de l’April. Aujourd’hui tu es là pour ta chronique « Partager est bon ». Le thème d’aujourd’hui c’est « Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement du logiciel libre », un texte signé Richard Stallman.

    Véronique Bonnet : En effet. J’avais parlé la dernière fois d’idéalisme pragmatique, c’est-à-dire qu’il y a un idéal du logiciel libre qui est de faire en sorte que tous les utilisateurs, tous les humains, puisque maintenant tous les humains utilisent l’informatique, aient leur autonomie préservée. L’idée de la philosophie GNU c’est d’appliquer ce principe-là d’une émancipation, d’un respect, à différentes occurrences de la société. Là par exemple on va aller, dans ce texte de Richard, de ce principe universel qui est rappelé, le logiciel libre est bien ce qui concerne tous les humains leur donnant la possibilité de contrôler leur propre ordinateur, le logiciel libre donne également aux utilisateurs la liberté de coopérer, de vivre dans la droiture morale.
    Ça c’est pour le principe universel et il se trouve qu’il y a des apprentis utilisateurs qui s’appellent les élèves et ce texte leur est donc consacré ; ses raisons s’appliquent aux écoles comme à tout le monde.

    Ce que je trouve extrêmement intéressant dans ce texte c’est qu’il y a une graduation des argumentaires. Il s’agit de montrer que s’il n’y a pas de logiciels libres à l’école, il peut y avoir des formes d’abstraction qui sont tout à fait non compréhensibles s’il n’y a pas d’accès au cœur du système qui s’appelle le code source.

    Je vais montrer que dans cet argumentaire Richard commence toujours par le moins important. Il va toujours de ce qui est le moins essentiel vers le plus essentiel.

    Ce qui à lui paraît le moins essentiel c’est l’argument monétaire, c’est l’argument financier et effectivement on sait à quel point il précise assez régulièrement que free software ne veut pas du tout dire « logiciel gratuit » mais « logiciel libre ». Il se trouve qu’il y a un argument qui est d’ailleurs parfois employé, on tremble que seulement celui-là soit employé, qui est que adopter le logiciel libre dans les écoles permet un gain financier important. Là je cite Richard Stallman : « Le logiciel libre fait économiser de l’argent aux écoles, mais c’est un bénéfice secondaire. Il permet des économies, car il donne aux écoles comme aux autres utilisateurs la liberté de copier et de redistribuer les logiciels. L’Éducation nationale ou tout système éducatif peut en donner des copies à toutes les écoles et chacune peut installer les programmes sur ses ordinateurs sans avoir besoin de payer pour le faire ». Donc je dirai que ce bénéfice est factuel, il est réel. C’est vrai que parfois il compte beaucoup aux yeux de ceux qui administrent les dossiers publics. C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison qu’à un moment la gendarmerie a basculé dans le logiciel libre, peut-être que ça permettait d’acheter des véhicules, d’autres ordinateurs sans avoir à chaque fois à payer pour la remise à jour ou pour l’acquisition de logiciels privateurs.

    Une fois ce premier argument évoqué, parce qu’il est réel même s’il est secondaire, il va y avoir des arguments qui vont être beaucoup plus forts et beaucoup plus en phase avec l’Éducation nationale puisque éduquer, encore une fois, c’est amener quelqu’un à sortir de ses intérêts particuliers, de ses impulsions immédiates, de ses préjugés, pour aller vers les autres.
    Cet argumentaire est présenté sous une forme qui est très ramassée, qui est très efficace, on va vers déjà du plus essentiel, je cite : « Il s’agit ici de faire de la bonne éducation plutôt que de la mauvaise éducation, approfondissons donc la question ». Et là Richard dit que cet argument commence à occuper la première place dans les préoccupations de quelqu’un qui veut vraiment adhérer à l’idéal du logiciel libre.
    Si on parle de bonne éducation, c’est parce qu’une éducation qui interdirait certains savoirs, par exemple la compréhension d’un code source, serait ennemie de l’éducation. Là je cite très exactement ce qui est dit dans le texte : « L’école a une mission sociale celle de former les élèves à être citoyens d’une société forte, capable, indépendante, solidaire et libre ». Donc si on veut que cette possibilité de participer à des échanges et à des choix collectifs soit préparée à l’école il va de soi qu’une forme d’éducation qui tournerait le dos à la transparence du code source serait, en effet, une opposition au savoir que l’on cherche. Je cite toujours : « Le savoir que tu recherches est un secret — c’est ce qu’on dit lorsqu’on utilise une informatique non-libre — apprendre est interdit », et dans ce cas-là le logiciel privateur est par essence celui qui entrave le savoir. On est dans ce que Richard Stallman appelle le culte du technologique et je dirais que sur ce point, le travail qui est effectué par la philosophie GNU est dans la lignée d’un certain théoricien qui s’appelle Michel Foucault. Michel Foucault qui dit qu’il y a deux possibilités : soit on fait du savoir un contre-pouvoir, c’est ce que veut tenter le logiciel libre puisqu’on apprend à des citoyens, de futurs citoyens, à ne pas être manipulés ; soit le savoir est la chasse gardée du pouvoir. Et on voit bien que si on va vers des formules qui disent que la technologie est sacrée, qu’elle est réservée à quelques-uns, que seuls quelques-uns peuvent comprendre, là, en effet, on est dans une démarche qui n’est pas éducative, qui ne relève pas de la bonne éducation mais de la mauvaise éducation.

    Ceci nous amène au troisième argument qui n’est pas des moindres, encore une fois on va vers des propositions qui sont de plus en plus essentielles. Puisque le logiciel libre permet l’accès au code source, ceci est essentiel certes pour ceux qui ne seront pas informaticiens, pour quiconque sera un citoyen, et je dirais que c’est essentiel aussi pour ceux qui deviendront informaticiens, qui à leur tour écriront du code puisque, en effet, le logiciel libre est propice à la maîtrise du code, à l’innovation, étant donné que lorsque le code source est ouvert, il est certain que les futurs informaticiens pourront être dans des conditions optimales pour construire/déconstruire. Par exemple ils pourront déconstruire par la rétro-ingénierie ce qu’il en est des logiciels privateurs. Là je cite à nouveau Richard : « Les écoles qui utilisent du logiciel libre permettent aux apprentis programmeurs doués de progresser. On apprend à écrire du code bon et clair en lisant beaucoup de code et en écrivant beaucoup de code. Seul le logiciel libre le permet. »

    Là c’était le troisième argument. J’en arrive à l’argument essentiel, on devine lequel, puisque le logiciel libre n’est pas simplement une affaire technologique mais une affaire éthique et la raison la plus profonde c’est l’éducation morale ; éducation morale, l’habitude d’aider les autres. Je cite le texte de Richard Stallman : « Apprendre aux élèves à partager des logiciels et ceci dès la maternelle. » C’est-à-dire que là on est bien dans l’idée d’une éducation qui va être tournée vers les autres, qui ne sera pas repliée sur soi et qui va ouvrir à ce que le pragmatisme qui est de courte vue parfois ne comprend pas, qui ouvre à l’autonomie.
    Je pense bien sûr aux problématiques contemporaines. Fred je pense que tu partages aussi cette idée que sans relâche chaque fois que nous avons à faire – là, par exemple, le projet de loi sur l’école de la confiance devant le Parlement, donc devant l’Assemblée nationale, n’a pas pu être doté de cet amendement essentiel qui aurait étendu la priorité au logiciel libre de l’enseignement supérieur au lycée et au collège ; maintenant ceci va aller devant le Sénat –, il me semble que sans relâche nous avons à faire usage de ces arguments, du plus léger au plus lourd, celui de la moralité. Économiser de l’argent certes, peut-être qu’il y a des comptables qui sont sensibles à cet argumentaire, pourquoi pas puisqu’il est factuel. Éduquer effectivement, le but c’est d’éduquer, de faire de la bonne éducation. Former des informaticiens qui puissent pratiquer le code en ayant accès au code source et surtout la moralité puisque, et c’est le titre de cette rubrique, « Partager est bon ».

    Frédéric Couchet : Eh bien merci Véronique. Évidemment je pense que toutes les personnes qui écoutent partagent ce que tu viens de dire. Je précise que nous enregistrons cette chronique en avril 2019 et que le projet de loi pour une école de la confiance, comme tu l’as expliqué, lors de son examen à l’Assemblée nationale il y avait des amendements visant à introduire la priorité au logiciel libre dans le monde de l’Éducation nationale ; que ces amendements ont été rejetés notamment par le ministre Jean-Michel Blanquer. En termes de calendrier, en avril le projet de loi va être étudié au Sénat et nul doute que les sénateurs et sénatrices vont redéposer un amendement priorité au logiciel libre. Je vais rappeler qu’en 2013 le premier amendement priorité au logiciel libre dans un petit bout de l’Enseignement supérieur et de la Recherche était initialement déposé au Sénat. Donc on va encourager les personnes qui nous écoutent évidemment à contacter les sénateurs et sénatrices et à s’appuyer sur ce texte notamment de Richard Stallman et sur les arguments que tu as cités. Le texte de Richard Stallman c’est « Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement du logiciel libre ». On va préciser qu’évidemment il faut une phase de transition, c’est pour ça que c’est la notion de priorité au logiciel libre.
    Les références sont évidemment sur le site de l’April, sinon vous retrouverez ce texte sur le site gnu.org, donc g, n, u point org.
    Je te remercie Véronique pour cette chronique.

    Véronique Bonnet : Avec plaisir.

    Frédéric Couchet : Dont je rappelle le titre « Partager est bon ». Merci Véronique.

    Véronique Bonnet : Très bonne journée.

    Frédéric Couchet : Bonne journée.

    Vous venez d’écouter la chronique de Véronique Bonnet, professeur de philosophie, membre du conseil d’administration de l’April sur la thématique « Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement du logiciel libre ». Cette chronique a été enregistrée il y a quelques jours et je disais que bientôt le projet de loi pour une école de la confiance sera examiné au Sénat. Il se trouve que j’ai sous les yeux, ce 9 avril 2019, une petite fenêtre avec Jean-Michel Blanquer, le ministre, qui est auditionné actuellement au Sénat. Donc suivez le site de l’April nous mettrons des références évidemment pour les amendements logiciel libre ou autres, en tout cas des comptes-rendus. Ça va bientôt commencer.

    Nous allons faire pause musicale. Nous allons écouter un morceau qui s’appelle Cat Machine de Dag-z et on se retrouve juste après.

    Pause musicale : Cat Machine par Dag-z.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Wikipédia et la Wikimedia Foundation

    Frédéric Couchet : Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. J’espère que vous avez dansé comme nous dans le studio sur ce morceau dont je rappelle qu’il s’appelle Cat Machine, l’artiste c’est Dag-z ; c’est sous licence Art libre et vous retrouvez évidemment la référence sur le site de l’April.

    Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur Wikipédia avec nos invités que vous connaissez déjà si vous avez écouté l’émission du 5 mars 2019, car ces personnes étaient déjà présentes : Pierre-Yves Beaudouin, président de Wikimédia France. Bonjour Pierre-Yves.

    Pierre-Yves Beaudouin : Bonjour Frédéric.

    Frédéric Couchet : Et je laisse quelques secondes à Nadine Le Lirzin, secrétaire de Wikimédia France, qui vient de s’installer. Bonjour Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Bonjour à tous.

    Frédéric Couchet : Cette émission, comme je dis, fait suite à la première émission que nous avons diffusée le 5 mars 2019. La référence est sur le site de l’April si vous voulez écouter le podcast ou lire la transcription. L’idée de cette deuxième émission, eh bien certaines personnes qui nous ont écouté nous ont dit : « Wikipédia est quand même un acteur de plus en plus important dans le monde et il faudrait consacrer une deuxième émission pour entrer peut-être un peu plus en détail sur certaines problématiques ou en tout cas questions liées à ce fameux bouton "Modifier" et également aussi sur le fonctionnement interne de l’encyclopédie, les liens entre la fondation Wikimédia, les chapitres locaux et Wikipédia ». C’est pour ça qu’on a de nouveau convié Pierre-Yves Beaudouin et Nadine Le Lirzin qui, en plus d’être Wikimédia France, sont avant tout, comme je l’ai dit en début d’émission, des wikipédien et wikipédienne de très longue date.
    On va d’abord faire un tour de table de présentation rapide. Nadine, est-ce que tu peux simplement à nouveau te présenter ? Ce que tu fais dans la vie et ton activité sur Wikipédia ?

    Nadine Le Lirzin : Sur Wikipédia je contribue comme n’importe quel contributeur à corriger, à écrire, créer des articles, vérifier, passer derrière les modifications des autres. Je fais ça depuis 2008 et, à un certain moment, je me suis dit j’ai envie de continuer un petit peu plus encore à défendre les projets. Je trouvais que dans le milieu où j’étais, le milieu un peu universitaire, ce genre de chose, ils étaient mal perçus ; c’était il y a plusieurs années, les choses changent heureusement. Donc j’avais envie d’avoir un peu des billes pour défendre de manière théorique un projet que j’aimais déjà de tout mon cœur mais parfois il me manquait des mots pour le défendre, tout simplement. Je suis donc devenue membre de l’association Wikimédia France.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Nadine Le Lirzin : Voilà. On passe de l’encyclopédie à l’association, mais les deux sont bien deux choses très différentes.

    Frédéric Couchet : Nous aurons l’occasion justement de détailler ça et de voir les liens entre les deux choses, les deux structures ou les deux projets. Pierre-Yves Beaudouin.

    Pierre-Yves Beaudouin : Quant à moi j’ai commencé en 2004. Mes contributions ont changé au cours du temps. Ces dernières années, quand le temps me le permet, je fais de la photo, de la photo de sport principalement et de cimetières, plus original.

    Frédéric Couchet : Justement, rappelle-moi comment s’appellent les gens qui sont fans de cimetières.

    Pierre-Yves Beaudouin : Les taphophiles.

    Frédéric Couchet : Taphophiles.

    Pierre-Yves Beaudouin : Sinon je suis l’actuel président de Wikimédia France. Assez vite je me suis tourné vers les structures du mouvement pour faire connaître ce projet qu’est Wikipédia et ses projets associés. Donc je fais beaucoup de relations publiques, relations presse. Voilà.

    Frédéric Couchet : D’accord. On me signale en régie qu’il faudrait que vous parliez un peu plus proches du micro, tous les deux, pour que le son soit parfait. Voilà, c’est signalé.
    On va d’abord, même si on a déjà fait une première émission sur le sujet, on va quand même revenir sur certains fondamentaux avant d’aborder de nouveaux sujets et on va d’abord commencer par rappeler les bases. Pour faire plus simple je suis parti des cinq principes fondamentaux. Je vais les lister un par un et vous allez réagir là-dessus pour expliquer un petit peu ce que sont ces cinq principes fondamentaux de manière à ce que les personnes qui nous écoutent comprennent quels sont les principes de base de Wikipédia.
    Premier principal fondamental : Wikipédia c’est une encyclopédie. Qu’est-ce que ça veut dire une encyclopédie. Qui commence ? Nadine ? Pierre-Yves ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Je peux commencer.

    Frédéric Couchet : Pierre-Yves.

    Pierre-Yves Beaudouin : L’idée c’était de rappeler que l’objectif du projet, le but principal est de rédiger une encyclopédie et donc non pas, par exemple, un dictionnaire, non pas un réseau social. Ça permet d’exclure tout un tas de contenus et tout un tas de personnes qui n’ont pas forcément leur place sur ce projet et que tout le monde ait un même but. Voilà un peu ce premier principe fondateur. À noter qu’ils ne sont pas apparus dès la création de Wikipédia ; ils sont apparus en 2005 ; ils ont été imaginés par nos amis anglophones, surtout les Américains je pense et peut-être que le fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, y a participé. Donc il y en a cinq dans la plupart des langues, sauf les Allemands qui ont zappé le cinquième et eux n’en ont que quatre.

    Frédéric Couchet : On parlera du cinquième. Je précise que Wikipédia a été créée en 2001, donc quatre ans après il y a eu ces principes fondateurs. Est-ce que tu veux préciser quelque chose sur le premier point Nadine ?

    Nadine Le Lirzin : Sur le fait que c’est une encyclopédie ? Oui. Parce qu’en creux ce n’est pas une tribune, ce n’est pas un journal intime. Je pense que ce principe a été posé parce que « encyclopédie libre » donnait cette impression que c’était libre d’y faire n’importe quoi. Tout le monde peut écrire dedans donc on peut aussi écrire n’importe quoi. Il fallait restreindre un peu le sujet.

    Frédéric Couchet : D’accord. C’est en lien d’ailleurs avec le deuxième principe fondamental qui est que Wikipédia recherche la neutralité de point de vue. Qu’est-ce que la neutralité de point de vue ?

    Pierre-Yves Beaudouin : C’est un objectif vers lequel les articles doivent tendre ; tous les articles ne respectent pas forcément ce principe, mais l’idée c’est que le rédacteur de l’article ou les rédacteurs et rédactrices des articles ne doivent pas donner leur avis, ne doivent pas laisser transparaître leurs avis, leur militantisme par exemple, dans les articles. En fait le travail d’un encyclopédiste est de vulgariser, de synthétiser le savoir, ne pas le créer lui-même. On ne se substitue aux journalistes et aux chercheurs, notamment, donc il faut synthétiser ce savoir s’il existe et s’il n’existe pas, du coup, Wikipédia ne peut pas traiter le sujet.

    Frédéric Couchet : D’accord. Nadine ?

    Nadine Le Lirzin : Je trouve que dans l’ensemble les contributeurs au long cours sont tous de bonne foi, essaient tous de respecter cette neutralité au mieux. Ce sont souvent les discussions qui font ressortir la neutralité parce qu’on se confronte aux idées de l’autre et que les problèmes, quand il y en a, viennent de l’extérieur, c’est-à-dire de personnes qui ne viennent contribuer que sur un seul sujet, qui ne sont pas souples, qui sont persuadées de détenir une vérité ou d’avoir autorité sur un sujet.

    Frédéric Couchet : Justement on prendra un exemple tout à l’heure, dans la suite de l’émission, pour mieux faire comprendre aux personnes qui nous écoutent comment ça se vit au quotidien.
    Troisième point fondamental : Wikipédia est publiée sous licence libre. Ça veut dire quoi Nadine ?

    Nadine Le Lirzin : Ça veut dire deux choses : ça veut dire que quand vous publiez quelque chose il faut que ce soit quelque chose qui sorte de vous. Je pensais plus particulièrement aux photos, ça c’est sur Wikimedia Commons : si vous prenez une photo elle est à vous, vous l’avez faite, vous la donnez en licence libre, vous permettez aux gens de s’en resservir, de l’utiliser commercialement ou non, enfin de l’utiliser. Mais licence libre c’est aussi dans les deux sens : c’est-à-dire qu’on ne peut pas faire n’importe quoi, on ne peut pas mettre n’importe quoi sur l’encyclopédie, et en même temps les autres peuvent s’en servir… Je suis en train de m’embrouiller.

    Frédéric Couchet : Non tu ne t’embrouilles pas. Tu as bien commencé l’explication, Pierre-Yves va la finir. Déjà rappeler quelle licence libre aujourd’hui, on ne va pas rentrer dans l’historique, est utilisée dans Wikipédia ?

    Pierre-Yves Beaudouin : À l'heure actuelle c’est la Creative Commons CC BY SA.

    Frédéric Couchet : Donc Partage à l’identique.

    Pierre-Yves Beaudouin : Voilà. Ça permet notamment la réutilisation commerciale ou non-commerciale, ça permet la modification, la libre modification et bien sûr la libre diffusion du contenu qu’il y a sur Wikipédia que ce soit texte ou tout ce qui est illustration. C’est un aspect assez important qui permet d’atteindre notre mission, parce que la mission du mouvement Wikimedia est d’apporter la connaissance au maximum de personnes donc ça passe notamment par les licences libres. Nous estimons, en tout cas, que ça passe par ça.

    Nadine Le Lirzin : Oui. Par exemple un éditeur qui voudrait reprendre des textes, des parties de textes, d’articles pour les éditer et faire payer ces manuels auprès des écoles, enfin peu importe où, pourrait le faire. Il suffit qu’il cite la source, qu’il dise d’où vient ce texte.

    Frédéric Couchet : Exactement. Dans la première émission on avait un peu parlé de l’historique et notamment des premiers projets qui n’avaient pas ce mode de fonctionnement et on va rappeler que c’est dans la suite logique des licences libres du logiciel libre qui dès le départ, effectivement, ont fait par principe une réutilisation-modification sans restriction commerciale, parce qu’on va préciser que dans les licences Creative Commons il y a des licences qui interdisent les réutilisations commerciales. Nous aurons l’occasion bientôt de faire une émission sur ce sujet, je le dis de mémoire, je pense que c’est le 7 juin ou plutôt le 7 mai. C'est le 7 mai, je pense, qu’on va faire une émission justement sur les licences libres, logiciels et contenus.
    On avance. Quatrième principe fondamental : c’est un projet collaboratif qui suit des règles de savoir-vivre. On va peut-être en parler un peu plus en détail tout à l’heure mais déjà, en introduction, qu’est-ce que signifie ce principe-là ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Effectivement, notamment la Wikipédia francophone par exemple ce sont 18 000 contributeurs et contributrices. Donc pour que ce projet collaboratif fonctionne il faut que des règles de savoir-vivre soient respectées comme dans n’importe quelle cité. De temps en temps ou régulièrement la communauté le dit à un rédacteur, même s’il a de bonnes compétences et qu’il est capable de synthétiser le savoir : certains sont incapables de vivre en communauté, de respecter le travail des autres. Donc le principe de Wikipédia ne peut pas fonctionner comme ça parce que ce n’est pas le dernier qui passe sur l’article qui l’emporte. Il faut accepter le travail qui a été fait depuis des années voire quelques générations maintenant. C’est rappeler un principe de base, c’est bon de le rappeler dans nos projets.

    Frédéric Couchet : C’est toujours bon de rappeler des principes de savoir-vivre dans les communautés. Nadine tu souhaites ajouter quelque chose sur ce point-là ?

    Nadine Le Lirzin : Non, ça parle de soi.

    Frédéric Couchet : Ça parle de soi.

    Nadine Le Lirzin : Le savoir-vivre ! Ça semble tellement évident !

    Frédéric Couchet : Ça semble tellement évident, mais on verra peut-être dans les exemples, tout à l’heure, que ce n’est pas forcément évident et pour toutes les personnes qui agissent dans des communautés humaines on sait que des fois le savoir-vivre n’est pas forcément partagé et des fois il y a des comportements dont il faut tenir compte ; les gens n’ont pas forcément les mêmes.
    Dernier point. Tu disais que la Wikimédia allemande ne suivait pas ce dernier point. Je vais rappeler ce dernier point fondamental : « Wikipédia n’a pas d’autre règle fixe que les cinq principes fondateurs énoncés ici. N’hésitez pas à être audacieux et audacieuse dans vos contributions puisque l’un des avantages de pouvoir modifier Wikipédia est que tout n’a pas a être parfait du premier coup ». Nadine l’avait bien expliqué dans la première émission, donc je te laisse éventuellement commenter ce cinquième point.

    Nadine Le Lirzin : C’est surtout la deuxième partie qui est intéressante, c’est « allez-y n’hésitez pas il y a un bouton "Modifier" mais en même temps il y a aussi le bouton qui dit "révoquer la modification" ».

    Frédéric Couchet : Revenir en arrière.

    Nadine Le Lirzin : Revenir dans l’historique à la version juste précédente. Quant à dire qu’il n’y a pas de règles, c’est peut-être un peu abusif parce qu’en fait il y a tellement de recommandations qu’à force elles forment un tissu .

    Frédéric Couchet : Un corpus de règles.

    Nadine Le Lirzin : Oui. Mais quand même, ce ne sont pas des principes ; on va dire qu’elles restent modifiables, améliorables.

    Frédéric Couchet : D’accord. Peut-être qu’on a l’occasion d’en discuter dans les exemples concrets. Pierre-Yves, est-ce que tu veux rajouter quelque chose sur ce point-là ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Celui-là est assez important. Ça permet que les gens n’aient pas peur de la somme des règles, ne pensent pas qu’il faille tout lire d’un seul coup avant de contribuer : il faut sauter dans le bain et puis, petit à petit, découvrir les us et coutumes et lire les autres règles.

    Frédéric Couchet : OK. Ça ce sont donc les cinq principes fondamentaux. On va maintenant arriver sur un deuxième sujet, le fameux bouton « Modifier » dont on a évoqué la dernière fois la puissance, les premières étapes : ne pas créer forcément une nouvelle page mais plutôt contribuer à des pages déjà existantes. Suite à l’émission on a eu des retours avec des questions : comment ça se passe en pratique et notamment comment se traitent, par exemple, des différences, des différents points de vue ou en tout cas des modifications qui peuvent être concurrentes ? Une autre question qui est venue aussi : à partir de quand devient-on un wikipédien ou une wikipédienne ? Est-ce qu’il y a différents statuts ? C’est-à-dire est-ce qu’à partir du moment où on modifie une page on est de facto membre de cette communauté-là ou est-ce qu’il y a des « grades », entre guillemets, en fonction du nombre de pages modifiées ? Et puis on parlera aussi de deux sujets que j’annonce tout de suite comme ça vous le savez : le principe de la guerre d’édition, justement quand on arrive à une problématique assez importante et le deuxième on prendra un exemple sur un sujet très important que sont les biais de genre, qui n’est pas lié du tout à Wikipédia mais qui existe. Ça me permettra de donner un exemple justement sur le projet récent, je ne sais pas si c’est un projet mais en tout cas le matrimoine par rapport patrimoine et comment on gère à la fois des gens qui viennent de l’extérieur avec des ambitions qui sont peut-être différentes de celles d’une encyclopédie et comment on gère ça au niveau de la communauté.
    Déjà on va dire premier thème général, ce fameux bouton « Modifier ». Donc on met de côté les modifications évidentes qui seraient une correction grammaticale ou mineure de vocabulaire, mais comment ça se passe quand, sur une même page, il y a deux modifications qui pourraient être concurrentes avec deux points de vue qui s’expriment, en tout cas deux idées qui sont mises en avant. Comment ça se passe concrètement ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Concrètement une discussion s’engage, enfin dans le cas qui se passe le mieux, on va partir de celui-là, donc une discussion dans la page de discussion, il y a un onglet.

    Frédéric Couchet : Ça c’est la page de discussion, c’est le troisième onglet sur la page.

    Pierre-Yves Beaudouin : Dans chaque article de l’encyclopédie. Chaque partie doit justifier son avis en apportant des sources de qualité, des sources fiables. Plus le sujet va être polémique et plus le sujet va être abondamment traité notamment par le milieu académique plus on va exiger des sources universitaires. Si c’est un sujet un peu plus léger, là ça peut être des sources journalistiques. Voilà. Une discussion se fait et ils doivent se mettre d’accord, il doit y avoir ce qu’on appelle un consensus. Sur Wikipédia il n’y a pas de vote à la majorité, une fois que 51 % est pour hop ! on met cette modification. Ils doivent absolument se mettre d’accord parce qu’il n’y a pas de comité éditorial sur Wikipédia donc personne ne tranche sur le fond, c’est vraiment la communauté, donc les rédacteurs qui s’intéressent à cette thématique qui décident quelle orientation doit prendre l’article, tout cela basé sur des sources déjà existantes.
    Après ça peut aussi dériver dans des conflits d’édition, des guerres d’édition. Là ce sont des gens, en fait, qui ne discutent pas mais qui essayent d’imposer leur version de l’article un peu par la force. Donc le moyen de le régler c’est que souvent ces gens-là sont interdits de rédiger, de modifier l’article.

    Frédéric Couchet : Sont interdits par qui, en fait ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Il y a quelques personnes dans les communautés qui ont le statut d’administrateur, sisop, en anglais system operator, qui peuvent protéger en lecture les articles.

    Frédéric Couchet : En écriture.

    Pierre-Yves Beaudouin : En écriture, pardon ! Souvent, quand il y a des guerres d’édition, ça conduit en fait à figer l’article sur une version. Souvent la deuxième partie, une des parties dit que c’est la mauvaise version, bien évidemment. Donc pour les obliger un peu à discuter. Sinon les administrateurs peuvent aussi bloquer en écriture des comptes pendant quelque temps si ces personnes font vraiment le bazar sur Wikipédia.

    Frédéric Couchet : D’accord. Avant que Nadine intervienne sur ce sujet qui est évidemment essentiel, je précise que les administrateurs ou administratrices sont des membres de la communauté Wikipédia et ne sont pas forcément membres des chapters, des chapitres locaux. Tout à l’heure on parlera des chapitres, là on parle vraiment de la communauté Wikipédia. C’est important de le préciser.

    Nadine Le Lirzin : Très important.

    Frédéric Couchet : Parce que des gens peuvent se dire que finalement en France ce serait Wikimédia France qui pourrait prendre ce rôle d’administrateur ; pas du tout ! Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Surtout pas ! Wikimédia France est une association loi 1901 qui défend la diffusion de la culture libre et qui la défend notamment à travers les projets Wikimédia donc Wikipédia en premier. Mais c’est tout. On poursuit peut-être les mêmes buts au final mais par d’autres moyens. Rien à voir avec l’éditorial. On n’a vraiment rien, rien à dire sur ce qui se passe sur l’encyclopédie. Simplement, autant Pierre-Yves que moi sommes tous les deux contributeurs depuis pas mal d’année, donc là, en ce moment, on est en train de vous parler en tant contributeurs, en tant que membres de cette communauté wikipédienne.

    Frédéric Couchet : D’ailleurs quand je vous ai réinvités, tu as bien insisté sur le fait que tu voulais intervenir en tant que wikipédienne contributrice, et non pas en tant que Wikimédia France.

    Nadine Le Lirzin : Surtout pas ! Tout ce qu’on vient de vous dire en fait. Pour être tout à fait – ce n’est pas optimiste d’ailleurs, c’est réaliste – on est membre de la communauté à la première virgule. Si on est de bonne volonté, on arrive sur un sujet, même si on n’est pas d’accord et qu’on vient défendre un point de vue qui n’est pas encore défendu dans l’article, même sur un sujet polémique, on est déjà membre de la communauté. Si on va déjà sur la page de discussion pour amener des sources et pour dire « mais si, quand même ».

    Frédéric Couchet : Je te fais juste un petit signe pour les bagues.

    Nadine Le Lirzin : Les bagues qui font du bruit dans le micro.

    Frédéric Couchet : Qui risquent… Donc c’est aussi important à préciser, c’est que même sans avoir utilisé le bouton « Modifier » mais en utilisant l’onglet « Discussion » c’est-à-dire en apportant, ce qui le point essentiel, des sources, selon toi on fait déjà partie de cette communauté de wikipédiens et de wikipédiennes ?

    Nadine Le Lirzin : Oui, si on est de bonne volonté pour l’améliorer, pour ajouter quelque chose. On commence à discuter par exemple sans encore avoir fait de modification dans l’article lui-même, mais c’est déjà modifié parce que pour discuter il faut déjà cliquer sur un bouton « Modifier » ; c’est un wiki.

    Frédéric Couchet : Il faut se créer un compte pour le bouton « Discussion ». C’est ça ?

    Nadine Le Lirzin : On pourrait le faire sous IP, on n’est pas obligé d’avoir un compte.

    Frédéric Couchet : Sous IP, adresse IP, c’est-à-dire l’adresse internet de la personne de la personne qui se connecte.

    Nadine Le Lirzin : Voilà. C’est le numéro qui correspond à l’ordinateur depuis lequel vous travaillez et qui se met automatiquement. C’est une série un petit peu longuette. Dans les discussions c’est assez difficile de parler avec des IP parce qu’on oublie les numéros et on ne sait plus à qui on parle.

    Frédéric Couchet : Il vaut mieux parler avec des pseudos, c’est quand même beaucoup plus simple, c’est plus sûr.

    Nadine Le Lirzin : Oui, c’est plus simple, on est plus habitué, disons ; moi je suis un peu fâchée avec les chiffres, en plus. Autre chose : quand Pierre-Yves dit que les administrateurs peuvent bloquer la page, l’interdire en écriture, ce n’est pas de leur propre chef.

    Frédéric Couchet : Comment ça se passe ?

    Nadine Le Lirzin : C’est-à-dire que souvent ce sont les gens qui discutent…

    Frédéric Couchet : Qui sollicitent les administrateurs, administratrices.

    Nadine Le Lirzin : Qui voient que ça devient infernal, c’est-à-dire que l’article passe d’un moment à un autre, ils commencent à tirailler de tous les côtés : c’est quand les gens ne respectent plus la règle de la discussion et du savoir-vivre que les administrateurs interviennent. Finalement les administrateurs ne sont pas plus malins que les autres, souvent ils ne connaissent pas du tout le sujet d’ailleurs, ils ne se mêlent pas de l’éditorial. C’est aussi pour ça qu’ils peuvent bloquer un article sur une mauvaise version ; ça peut arriver, après ça se résout assez rapidement.

    Frédéric Couchet : En fait leur action c’est d’essayer que ces personnes discutent à nouveau et arrivent à un consensus. C’est important.

    Nadine Le Lirzin : Exactement. Leur rôle c’est d’intervenir quand le savoir-vivre est débordé. Parce qu’on peut s’énerver aussi, le savoir-vivre, des fois…

    Frédéric Couchet : Oui, des fois on peut être fatigué.

    Nadine Le Lirzin : On le perd un petit peu et on le retrouve. On va faire un tour et on revient, ça va mieux et si tout le monde est de bonne volonté on y arrive à nouveau. Mais parfois il faut que les administrateurs interviennent parce qu’on ne veut pas aller prendre l’air !

    Frédéric Couchet : Avant de redonner la parole à Pierre-Yves peut-être sur ce sujet, je vais préciser que sur Wikipédia vous avez une page qui s’appelle « Guerre d’édition » qui est relativement courte, qui vous permet de comprendre en détail comment ça se passe. Il y a un schéma qui explique avec des petites flèches comment se passe effectivement une guerre d’édition, comment on passe d’un ancien consensus à une guerre d’édition et comment on retrouve un nouveau consensus à la fin, grâce à l’intervention des personnes qui ont un rôle, un statut d’administrateur, administratrice, mais dont le but, comme le dit Nadine, c’est de rétablir justement la discussion pour retrouver un nouveau consensus. Est-ce que tu voulais ajouter quelque chose sur ce point-là avant qu’on aborde le sujet matrimoine-patrimoine, Pierre-Yves ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Je rappellerais qu’on peut considérer Wikipédia comme un bien commun, donc même si dans les faits il y a des wikipédiens et des non-wikipédiens, pour moi, en fait, tous les internautes sont potentiellement des wikipédiens ; il n’y a pas de frontières. Je rajouterais, en plus des rédacteurs de l’encyclopédie et de ceux qui laissent des messages en discussion, les donateurs et après, même potentiellement, c’est une partie de l’Internet, donc tour à tour des internautes peuvent venir contribuer à Wikipédia et d’autres pas encore. Il n’y a pas de frontières ; c’est ce qu’on essaie d’estomper au sein de Wikimédia France : tout le monde peut participer et devrait participer, nous l’estimons, même si dans les faits on est bien obligé de parler, de dire…

    Nadine Le Lirzin : Tout le monde ne contribue pas ! Dans les faits, oui. Mais quand quelqu’un vous dit : « J’ai trouvé une erreur sur tel article, vous voyez, cette encyclopédie n’est pas fiable ! », vous pouvez aussi lui répondre « pourquoi n’avoir pas corrigé ? »

    Frédéric Couchet : Effectivement. Je crois qu’on avait parlé dans la première émission sur la difficulté de cliquer sur ce bouton « Modifier » ; c’est toujours compliqué.

    On ne va pas passer tout de suite au sujet matrimoine parce qu’on va faire une petite pause musicale vu que le temps avance. On discute, le temps avance et on va rentrer sur un deuxième sujet, enfin toujours le même sujet mais sur un point d’exemple particulier relativement récent. D’abord on va faire une pause musicale. L’album s’appelle Strung Back Around [dragonchaser, NdT] de Fog Lake et on se retrouve juste après.

    Pause musicale : Strung Back Around par Fog Lake.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Strung Back Around de l’album dragonchaser de l’artiste Fog Lake. C’est sous licence Creative Commons BY, c’est-à-dire uniquement Attribution et évidement les références sont sur le site de l’April.
    Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm ; c’est l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
    Aujourd’hui on ne parle pas de logiciels libres, mais on parle d’un autre sujet tout à fait important qui est la connaissance libre avec Wikipédia, toujours avec Pierre-Yves Beaudouin et Nadine Le Lirzin qui sont wikipédien et wikipédienne de longue date, donc qui contribuent à l’encyclopédie.

    Avant la pause musicale nous parlions de guerre d’édition qui est un terme consacré sur Wikipédia. On va continuer sur un exemple : comment gérer les contributions sur Wikipédia avec notamment aussi la question des biais de genre dans les projets de l’encyclopédie. Je n’ai pas ça les statistiques en tête, peut-être que Pierre-Yves les a, par exemple sur le nombre de pages de personnalités féminines versus personnalités masculines. Récemment, c’était en septembre 2018, il y a eu le projet, je ne sais pas si c’est un projet, mais vous nous expliquerez ça plus en détail Pierre-Yves et Nadine, donc à l’occasion des Journées du patrimoine il y a eu des ateliers « pour faire vivre — je lis le texte — des textes d’autrices sur Wikipédia, mais aussi pour abonder les pages consacrées aux femmes dans la grande encyclopédie en ligne » et l’article que je lis, je ne sais plus quelle est la référence, je n’ai pas noté la référence, « ce sont des initiatives féministes dans un contexte difficile au sein de la communauté des wikipédiens. »
    Pierre-Yves est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce qu’était ce projet et concrètement quels ont été les points qui ont posé peut-être problème ou au contraire les points qui ont été très positifs dans ce projet ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Le conflit qu’il y a eu en septembre dernier portait sur une catégorie. Les articles de Wikipédia, en fait, sont classés sous forme de catégories et n’ont pas de tags comme on a l’habitude de le voir sur le reste de l’Internet. C’est surtout utilisé par les rédacteurs de l’encyclopédie pour qu’ils puissent s’y retrouver. À ma connaissance aucun lecteur ne m’a jamais dit qu’il utilisait les catégories, qu’il les voyait, c’est tout en bas des articles. Malheureusement il y a eu un conflit. En fait des personnes avaient créé la catégorie « matrimoine », qui est un concept assez récent, pour se démarquer des Journées du patrimoine comme tu l’as rappelé.

    Frédéric Couchet : Parce que le terme « patrimoine », au final souligne en fait le « talent » entre guillemets de grands hommes et oublie les femmes. C’est pour ça que ce mot de « matrimoine » a été créé.

    Pierre-Yves Beaudouin : Voilà ! C’était tout un tas d’œuvres, d’œuvres architecturales, de statues qu’il y a dans la ville, qui ont été réalisées, en fait, par des femmes et qu’on aurait pu regrouper dans cette catégorie « matrimoine ».
    Il y a eu un désaccord. Une discussion s’est enclenchée et elle a conclu à la suppression de la catégorie parce que, comme c’est un concept récent, il n’y a pas encore assez de références, assez de sources qui attestent de l’utilisation de ce terme.

    Frédéric Couchet : Donc la suppression, pour revenir à la discussion de tout à l’heure, c’est le consensus établi par les personnes qui contribuent à l’encyclopédie. C’est ça ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Voilà. Il faut bien distinguer : à ma connaissance il y a un article consacré au matrimoine, à ce terme, celui-là n’a pas été supprimé, c’est vraiment juste une catégorie. Je peux comprendre que ça ait heurté des gens. Après je leur donnerais quand même comme conseil — comme c’est juste une catégorie, de mon point de vue ce n’est pas très utile pour l’encyclopédie et surtout pour le grand public — qu'il faut un peu hiérarchiser, choisir ses combats et je pense que là ce n’est pas très important de rester focalisés sur cette catégorie. Par contre, régulièrement il y a des articles consacrés aux femmes qui sont aussi supprimés ou en tout cas il y a des discussions. Là c’est plus important parce que c’est beaucoup plus visible sur Internet.

    Frédéric Couchet : Oui. Plutôt que de se battre sur la catégorie, il faut se battre sur les autres articles ; peut-être que Nadine va réagir aussi là-dessus. Justement quand on parle de ce savoir-vivre qui est l’un des principes fondamentaux, comment ça se gère quand on a d’un côté, quelque part, une communauté de personnes qui contribuent depuis de longue date à l’encyclopédie en se basant sur des sources et puis de l’autre des personnes qui défendent quelque chose qui est important, mais qui, quelque part effectivement, arrivent sur un projet sans peut-être aborder la discussion avec les règles, justement, que ce projet connaît depuis des années.

    Nadine Le Lirzin : Si ce sont des personnes qui arrivent uniquement sur ce sujet, qui ne contribuent à rien d’autre, qui n’ont jamais contribué à rien d’autre, c’est vrai que c’est un peu suspect, ça fait un petit peu forcing. Il faut un petit minimum de contributions, tout de même, pour donner son avis dans les pages de discussion. Cette catégorie avait été proposée à la suppression, donc la discussion s’est faite sur une page particulière, qui a été ouverte pour l’occasion, qui était « Proposition de suppression de cette catégorie » et ensuite les gens discutaient et essayaient de donner leurs arguments là-dessus.
    Je l’ai lue un petit peu, cette page, il y avait des arguments des deux côtés, je ne vais pas entrer dans les détails, mais je dirais que les arguments pour supprimer l’ont un peu emporté. Je pense que dans quelques années c’est peut-être quelque chose qu’on pourra recréer, par exemple. C’est possible, mais pour l’instant c’est encore un néologisme, c’est encore trop récent, c’est encore… Même si c’est la reprise d’un mot, le mot matrimoine existait déjà bien évidemment, il n’a pas été inventé pour l’occasion, mais disons qu’on le trouve dans cette acception particulière de concurrent à patrimoine depuis peut-être le début des années 2000.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Nadine Le Lirzin : Personnellement j’aimerais bien un mot qui ferait pour les deux, par exemple.

    Frédéric Couchet : Qui ferait pour les deux. D’accord.
    On a abordé ce sujet parce que ça permet de montrer un peu dans la pratique comment les contributions se passent, pas simplement sur les articles mais aussi sur les catégories, parce qu’en l’occurrence c’était sur les catégories. Ça permet aussi de donner l’occasion de parler des sans pagEs ; je ne sais pas si c’est une association ou simplement un projet qui vise à nourrir l’histoire de l’apport des femmes. Dans ce cadre-là, donc c’est une fois par mois je crois, tu vas me confirmer après Pierre-Yves, il y a un atelier Les sans pagEs qui se passe à Paris et sans doute dans d’autres villes, qui vise à aider à contribuer sur des pages effectivement consacrées à l’apport des femmes dans l’histoire. Est-ce que c’est ça ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui, tout à fait. C’est une association que Wikimédia France soutient, qui existe depuis quelques années et dont l’objectif est de lutter contre le biais de genre. On a réalisé qu’il y avait un biais de genre assez important sur Wikipédia, qui prenait deux formes, que ce soit au sein des communautés, les communautés sont essentiellement masculines ; on n’a pas les chiffres exacts parce qu’on demande très peu d’informations personnelles au moment de l’inscription, mais des chercheurs ont fait des sondages et estiment au maximum à 20 % de femmes qui contribuent à Wikipédia. Pareil pour les articles, c’est un peu plus naturel parce qu’on sait que l’histoire de France, par exemple, est surtout orientée sur les hommes. À l’heure actuelle la Wikipédia francophone a un peu moins de 18 % de biographies consacrées aux femmes.

    Frédéric Couchet : D’accord. Je précise que le prochain atelier à Paris c’est le 25 mai à la Gaîté lyrique ; évidemment il y a sans doute des ateliers dans d’autres villes ; c’est une fois par mois donc n’hésitez pas à venir, il suffit de venir avec votre volonté pour vouloir contribuer. Est-ce qu’il faut amener un ordinateur ou est-ce qu’il y a des ordinateurs sur place, à la Gaîté lyrique ?

    Pierre-Yves Beaudouin : À la Gaîté lyrique je crois qu’il y a quelques ordinateurs.

    Frédéric Couchet : Si vous avez un ordinateur portable venez avec et sinon il y aura sans doute des ordinateurs disponibles là-bas. C’est important de montrer aussi les projets qui sont faits dans ce cadre-là pour corriger effectivement ce que tu appelles les biais de genre.
    Tout à l’heure dans l’introduction et même dans la première émission on a cité d’autres projets de la galaxie Wikipédia. Peut-être en citer deux autres qui vous paraissent vraiment importants parce que aujourd’hui, pour la plupart des gens, Wikipédia c’est wikipedia.org ou point fr, mais il y a une dizaine d’autres projets. On a cité Commons tout à l’heure. Est-ce qu’il y aurait deux projets que vous voudriez mettre en valeur ? Un chacun ; on va commencer par Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Par exemple le Wiktionnaire.

    Frédéric Couchet : Qu’est-ce c'est que le Wiktionnaire ?

    Nadine Le Lirzin : C’est un dictionnaire sur wiki, c’est un wiki dictionnaire en fait. Lui pourrait prendre « matrimoine », par exemple, parce que lui pourrait accepter, il y est peut-être d’ailleurs, je n’ai pas vérifié.

    Frédéric Couchet : On va demander à la régie de vérifier.

    Nadine Le Lirzin : Le terme « matrimoine » pourrait très bien y être même en tant que néologisme, même avec cette nouvelle acception. Le Wiktionnaire enregistre, ne porte pas de jugement, n’est pas une encyclopédie, lui c’est un dictionnaire, son principe c’est ça, c’est un dictionnaire. C’est une petite communauté, très active, et qui fait des choses assez formidables. Pierre-Yves pourrait peut-être préciser quelque chose : actuellement il y a un projet qui est lié au Wiktionnaire, je pense à Lingua Libre.

    Frédéric Couchet : Lingua Libre, c’est ça ?

    Nadine Le Lirzin : Il connaît mieux que moi.

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui. C’est ça. C’est un projet initié par Google, dont l’objectif est d’enregistrer des mots de vocabulaire sous fichier audio, en français et aussi dans tout un tas de langues. Je crois qu’à l’heure actuelle ils en sont à 90 000 mots enregistrés dans une quarantaine de langues si je ne me trompe pas. C’est un projet assez récent, en tout cas la version bêta est sortie il y a quelques mois ou une petite année. L’outil permet d’enregistrer à l’heure un petit millier de mots donc c’est très rapide. L’idée c’est on lit sur ordinateur une liste de mots et après l’outil va détecter les pauses qu’on fait naturellement, donc découper les fichiers et les importer directement sur la médiathèque. Ces enregistrements permettent aussi d’illustrer de manière sonore le dictionnaire.

    Frédéric Couchet : D’accord. Superbe. La régie très réactive précise que « matrimoine » est effectivement dans le Wiktionnaire. Le site wiktionnaire c’est wiktionary.org, donc c’est w, i, k, t, i, o, n, a, r, y point org.
    Deuxième projet peut-être à citer rapidement c’est Commons, on en a déjà parlé dans la première émission, mais est-ce que tu peux nous présenter à nouveau Commons rapidement Pierre-Yves ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Wikimedia Commons c’est la médiathèque, notamment toutes les illustrations que vous voyez dans Wikipédia, en tout cas quasiment toutes, sont sous licence libre et donc peuvent aller sur Wikimedia Commons, parce que sur Wikipédia il y a quelques exemptions au droit d’auteur, donc il n’y a pas forcément que des fichiers libres. On a voulu du coup faire un projet frère, Wikimedia Commons, qui là est totalement libre ; soit ce sont des fichiers dans le domaine public, soit ce sont des fichiers sous licence libre. Il y a principalement des photos, mais on trouve aussi un peu de cartes, de vidéos. Le millionième enregistrement sonore vient d’être téléchargé il y a une semaine, par exemple. C’est notamment très utilisé pour les exposés, pour illustrer les exposés en école primaire.

    Frédéric Couchet : On en parlait avant l’émission. On encourage évidemment les personnes qui font des exposés ou simplement qui font des articles et qui cherchent des illustrations, plutôt que d’utiliser un moteur de recherche pour aller piocher des images on ne sait trop où et dont on ne connaît pas forcément les droits de réutilisation, plutôt d’aller sur Commons. Le site web c’est commons.wikimedia.org ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui.

    Frédéric Couchet : Et là vous trouvez des ressources que vous pouvez légalement réutiliser pour vos exposés, pour vos articles, pour vos conférences. Aujourd’hui quand des gens font des conférences on est sorti de cette maladie de ne mettre que des listes à points, il y a des gens qui font des conférences uniquement avec des images, donc vous pouvez trouver des images sur Commons.
    Évidemment il y a beaucoup d’autres projets que vous retrouvez sur wikimedia.org ; il y a une liste de l’ensemble des projets.
    Justement, là on a parlé un peu des projets Wikipédia, maintenant on va parler un peu de la Fondation Wikimédia et également des chapitres locaux et du chapitre français pour expliquer quel est le rôle de ces chapitres. Là vous allez reprendre un moment vos casquettes, chapeaux, ce que vous voulez, de Wikimédia France. On va d’abord rappeler qu’à l’origine il y a une fondation américaine Wikimedia et il y a des, en anglais c’est chapters, je suppose que la traduction officielle c’est « chapitres » locaux dans chaque pays, donc évidemment en France c’est Wikimédia France dont Pierre-Yves est président et Nadine est secrétaire. Première question sur la fondation américaine mais aussi sur les chapters locaux : comment est financée cette fondation et à quoi sert l’argent ? Si les contributions sont faites par les personnes, finalement à quoi sert de l’argent ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Le gros de l’argent qui est collecté par les bandeaux qu’on voit s’afficher en fin d’année sur Wikipédia, en fait cet argent est mis dans un pot commun et chaque organisation du mouvement fait un appel à projets, une demande de subvention, même la fondation Wikimedia fait sa demande de subvention, Wikimédia France la fait aussi. Ça permet de redistribuer cet argent qui est collecté par le biais des bandeaux de Wikipédia. À l’heure actuelle le mouvement a un budget de 100 millions de dollars.

    Frédéric Couchet : Donc sur le monde entier.

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Pierre-Yves Beaudouin : Une grande partie va à la fondation américaine parce que c’est la principale organisation en termes de salariés : elle a un peu plus de 300 salariés à l’heure actuelle. Dans le monde il doit y avoir moins de 500 salariés qui bossent pour Wikipédia et les projets frères. Donc grosso modo c’est 300 à la fondation américaine. Après il y a Wikimedia Deutschland, le chapitre allemand qui est très gros parce qu’il a 100 salariés et un budget de 10 millions.

    Frédéric Couchet : Ah Oui ! Comment ça se fait ? Les gens de là-bas sont des donateurs importants ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Historiquement Wikimédia France et Wikimedia Deutschland se sont créées à quelques mois d’intervalle, en 2004 ; très vite Wikimedia Deutschland a pris un sentier de croissance beaucoup plus rapide que Wikimédia France. Ensuite elle s'est spécialisés sur le développement informatique : une grande partie, je crois 80 % de son effectif doit être consacré aux logiciels et c’est vrai qu’elle a aussi beaucoup de membres, elle a 70 000 membres. Voilà ! Tout est gigantesque en Allemagne.

    Frédéric Couchet : On reviendra tout à l’heure sur l’Allemagne quand on parlera de la directive droit d’auteur. Est-ce que sur cette partie financement tu veux rajouter quelque chose Nadine ?

    Nadine Le Lirzin : Non.

    Frédéric Couchet : Non pas du tout. La fondation américaine gère aussi, je suppose, beaucoup l’infrastructure c’est-à-dire les serveurs et sans doute aussi les développements sur les différents outils, parce qu’on rappelle qu'il y a quand même des outils comme le logiciel derrière qui est un wiki qui s’appelle…

    Pierre-Yves Beaudouin : MediaWiki.

    Frédéric Couchet : MediaWiki. Entre Wikipédia, Wikimédia, MediaWiki des fois… Donc je suppose que la fondation gère beaucoup.

    Pierre-Yves Beaudouin : Oui, c’est le principal rôle de la fondation même si, en tant que bénévole, on peut participer au développement du logiciel, mais elle assure l’hébergement et le développement de MediaWiki.

    Frédéric Couchet : D’accord. Il y a les chapitres locaux, donc en France il y a un chapitre local qui est Wikimédia France qui existe depuis quand ?

    Pierre-Yves Beaudouin : 2004.

    Frédéric Couchet : 2004. Combien vous êtes à Wikimédia France ? Il y a évidemment l’équipe conseil d’administration, bénévoles, il y a une équipe salariée. Quels sont les projets de Wikimédia France ? Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Actuellement on a huit salariés, un conseil d’administration d’une douzaine d’administrateurs, administratrices. Les projets, je ne sais par où commencer, par exemple on est en train de préparer une résidence pour un wikipédien aux archives départementales de l’Hérault.

    Frédéric Couchet : Et il y en a aussi un aux Archives nationales à Pierrefitte.

    Nadine Le Lirzin : Tout à fait.

    Frédéric Couchet : Dans la première émission on en avait parlé, j’avais situé ça à Saint-Denis mais en fait c’est à Pierrefitte.

    Nadine Le Lirzin : Tout à fait. Il y a quelques années on a aussi eu un wikipédien en résidence au château de Versailles. C’était très intéressant.

    Frédéric Couchet : Justement c’est un bon exemple. Quel est le rôle de cette personne dans une structure publique ?

    Nadine Le Lirzin : Ce wikipédien va aider la structure à se servir de cet outil merveilleux de diffusion qu’est une encyclopédie comme Wikipédia. Les services publics, dont la mission principale est de rendre service au public, finalement n’ont pas toujours les moyens et ils ont cet outil formidable qu’est l’encyclopédie, ils ont cet outil formidable qu’est Wikimedia Commons, le dépôt de photos, de vidéos, etc., mais ils ne savent pas s’en servir. Ils ont des merveilles et ils ne savent pas, finalement, comment les faire connaître, les mettre à disposition du public. Donc nous on les aide de cette manière-là : le wikipédien ou la wikipédienne qui est en résidence à l’intérieur va les former à déposer des textes sur Wikisource, des sources sur les articles, éventuellement créer des articles sur des œuvres d’art, suivant l’endroit où on est, et éventuellement des photos. Par exemple il y a eu des photos quand ça s’est fait à Versailles. Leur apprendre à contribuer principalement c’est ça, finalement. Et quand le wikipédien est parti avoir une équipe qui elle-même peut transmettre, peut poursuivre.

    Frédéric Couchet : Peut poursuivre le travail parce qu’elle a été formée.

    Nadine Le Lirzin : Exactement. C’est le but. C’est ce qu’on essaie de faire.

    Frédéric Couchet : D’accord. Et dans les autres projets de Wikimédia, est-ce que tu veux en mettre en valeur Pierre-Yves ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Un autre volet important ce sont tous les projets à destination de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et la Recherche, notamment grâce à deux partenaires que sont le CLEMI [Centre de liaison de l’enseignement et des médias d'information] et la fondation AFMI [Associés pour la Formation aux Métiers de l'Image] qui nous accompagnent là-dessus. Nos actions se déclinent sous différents projets. On a notamment un MOOC, c’est en cours en ligne qui permet de se former à Wikipédia. À l’heure actuelle il existe en français et les versions en langue arabe et en berbère sont en cours de construction.
    Il y a aussi nos projets qui se déclinent sous forme de Wikiconcours lycéens. L’idée c’est de former, d’utiliser Wikipédia qui est un peu l’outil sexy, qui permet d’intéresser les jeunes, lycéens, à les sensibiliser à l’éducation aux médias et à l’information, les fameuses fake news comme on dit depuis quelques années, mais en fait nous on travaille là-dessus depuis pas mal d’années avec les lycées.

    Frédéric Couchet : Et vous, vous travaillez beaucoup plus sérieusement que certains politiques qui annoncent combattre les fake news tout en en produisant eux-mêmes ! Je ne ferai aucune référence précise, mais je pense que les gens comprendront. Vas-y.

    Pierre-Yves Beaudouin : Ça va jusqu’au doctorat. Par exemple à Lille on forme régulièrement les doctorants de l’université de Lille à l’utilisation de Wikipédia, notamment afin qu’ils rédigent des articles sur leurs spécialités. Donc voilà un axe assez important.
    Je donnerai aussi un autre axe qu’on est en train de développer dans notre nouveau plan d’action, c’est la diversité ; on veut, en fait, diversifier les communautés qui contribuent à Wikipédia parce que même si tout le monde, sur le papier, peut contribuer à Wikipédia on observe des biais, comme on l’a expliqué tout à l’heure, outre le biais de genre. En fait on essaie de recruter des rédacteurs et des bénévoles en Outremer, en France ultramarine et aussi dans le reste de la francophonie. Wikimédia France est l’organisation la plus importante de francophonie, mais on souhaite aussi aider nos collègues du reste de la francophonie : la Belgique, le Canada et surtout l’Afrique qui est en train de débarquer massivement sur les projets Wikimédia. On essaye de les accompagner notamment grâce à des petites bourses. On a ce qu’on appelle la commission micros financements qui a un budget de 50 000 euros. Des rédacteurs de l’encyclopédie peuvent proposer des projets et on leur alloue jusqu’à 2000 ou 5000 euros s’ils sont particuliers ou regroupés sous une forme associative. Ça permet de financer des petits projets sur leur territoire.

    Frédéric Couchet : En tout cas plein de projets d’accompagnement pour que cette encyclopédie progresse et que la diversité gagne évidemment l’encyclopédie.
    Je vais finir sur une dernière question, on ne peut pas passer à côté de cette question, justement sur les liens entre les chapters, les chapitres, et l’encyclopédie. On va prendre un exemple très concret qui est évidemment en lien avec la proposition de directive droit d’auteur parce que ce n’est pas encore tout à fait fini. Récemment il y a eu l’annonce d’une campagne de fermeture d’un certain nombre de sites, donc un appel à fermer des sites le 21 mars 2019 – l’April a fermé son site, d’autres ont fermé leurs sites – et il y a eu évidemment au niveau des chapitres, Wikipédia, des structures locales, en tout cas il y a eu des débats pour savoir est-ce que tel ou tel site allait fermer. Tout à l’heure on parlait de l’Allemagne, le site allemand a fermé et il y a eu un débat au niveau du site français, le site français n’a pas fermé. En très peu de temps est-ce que vous pouvez nous expliquer ? Comment ça se passe quand il y a ce sujet-là ? Qui propose le sujet et comment ça se passe en interne pour qu’une décision soit prise ? Nadine.

    Nadine Le Lirzin : Là justement c’est un exemple intéressant de la différence entre ce qu’est un chapitre et ce qu’est une communauté linguistique d’une Wikipédia. En tant que chapitre nous pensions, nous Wikimédia France, que c’était très important de se mobiliser, pas contre la directive, attention, la directive avait beaucoup de points très intéressants.

    Frédéric Couchet : Contre les articles 11 et 13.

    Nadine Le Lirzin : Voilà. Deux articles seulement nous posaient des problèmes. On nous a fait valoir qu’on était exempté de l’article en question mais ça ne change rien parce qu’une loi qui exempte ceux qui sont en situation de monopole je me demande si c’est vraiment une bonne loi. C’est mon point de vue que je viens de donner là, je n’aurais pas dû peut-être ! On a essayé d’organiser sur l’encyclopédie, donc auprès des communautés, une prise de décision pour savoir si les contributeurs, les contributrices habituelles, étaient d’accord, si ça les concernait suffisamment pour mettre soit un bandeau d’avertissement, soit même faire un black-out comme certaines autres Wikipédia l’ont fait : par exemple les Italiens, les Catalans, ont complètement noirci leurs sites. Il y a eu des bandeaux chez les Danois, chez les Tchèques, les Slovènes, j’en oublie, mais il y a eu beaucoup de mobilisations.
    La page de décision de la Wikipédia francophone a été assez mouvementée. On l’a ouverte un petit peu tard, peut-être, et c’était vraiment serré. Les arguments pour et contre se sont développés et finalement il a été décidé de ne pas le faire parce qu’on a obtenu quelque chose comme 66 % de oui.

    Frédéric Couchet : Alors qu’il fallait 75 % de oui.

    Nadine Le Lirzin : Voilà, au départ. Enfin bon ! Ça aussi ça a été décidé un peu au dernier moment.

    Frédéric Couchet : OK ! En tout cas c’est intéressant de préciser que la décision a été prise par la communauté.

    Nadine Le Lirzin : Oui, bien sûr.

    Frédéric Couchet : Et que ce n’est pas l’association Wikimédia France qui a pris cette décision.

    Nadine Le Lirzin : Non. Pas du tout. D’ailleurs pour l’anecdote, on a un de nos administrateurs qui naïvement est allé voter et qui n’est pas un wikipédien, il n’a pas assez de contributions, on lui a retoqué son avis.

    Frédéric Couchet : D’accord. D’un point de vue pratique on a parlé de date peut-être un peu tardive, de seuil, de date de clôture. En fait, qui fixe ce seuil et cette date de clôture ? Pierre-Yves.

    Pierre-Yves Beaudouin : Tout est fixé par la communauté ; avant de lancer le vote ils décident de la façon dont ils vont voter. Chaque Wikipédia linguistique a son mode opératoire différent, parce que le seuil qui est pratiqué dans Wikipédia germanophone, par exemple, aurait permis à la Wikipédia francophone de protester. Ce qui est bien c’est qu’il y a quand même une majorité, une large majorité, 66 % ou 67 % quand même qui était pour protester, mais c’est vrai qu’on n’a pas atteint le seuil de 75 %. Comme je le disais tout à l’heure on cherche à obtenir le consensus et non pas juste 50,1 % ; je pense que c’est une bonne chose notamment pour ces grosses mobilisations. Il ne faut pas non plus prendre à la légère la fermeture du site et que ça soit juste un petit groupe de dix personnes dans son coin qui décide de ça au nom d’un projet qui fait référence aujourd’hui sur Internet.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. En tout cas c’était important d’avoir cette précision-là. Une dernière question : il y a un projet qui n’est pas lié à la fondation mais que les gens connaissent peut-être, c’est Vividia, qui est un projet d’encyclopédie francophone en ligne en wiki destiné aux huit-treize ans.

    Nadine Le Lirzin : Vikidia.

    Frédéric Couchet : J’ai dit quoi ? J’ai dit « vividia ». Excuse-moi. Donc Vikidia, v, i, k, i, d, i, a point org. Tu me disais Pierre-Yves, avant qu’on prenne l’antenne, que vous alliez travailler avec les gens de cette structure, c’est ça ?

    Pierre-Yves Beaudouin : On est en cours de discussion. On souhaite les accompagner pour qu’ils se structurent. En fait le site a énormément de succès. Vikidia existe dans plusieurs langues comme Wikipédia, je crois une demi-douzaine au moins, et ils sont un peu dépassés par le succès et ils ont des besoins financiers comme n’importe quel site. Donc on va essayer de voir pour les accompagner parce qu’on a beaucoup de partenaires qui souhaitent travailler sur Vikidia, notamment beaucoup d’enseignants d’école primaire et aussi du collège. On va essayer d’accompagner et permettre que ce projet perdure dans le temps.

    Nadine Le Lirzin : Ce serait d’ailleurs assez naturel ; enfin ça me semble assez naturel de les accompagner parce que c’est un wiki également qui fonctionne sur les mêmes principes et c’est un vivier de contributeurs pour Wikipédia. Beaucoup de nos jeunes wikipédiens viennent tout droit de Vikidia.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. On va s’arrêter là même si on va rester, on va encore parler de Wikipédia dans la partie directive droit d’auteur, mais il faut justement laisser un petit peu de temps sur cette directive. Je remercie Pierre-Yves Beaudouin et Nadine Le Lirzin, wikipédien et wikipédienne de longue date.
    Les dates qu’on a citées donc le 25 mai à la Gaîté lyrique, l’atelier Les sans pagEs dont on a parlé tout à l’heure.
    Également ce jeudi à la FPH, toujours à Paris, de 19 heures 30 à 22 heures, c’est la soirée de contribution au Libre et le deuxième jeudi c’est Wikimédia France qui propose de contribuer à ses multiples projets donc deuxième jeudi de chaque mois. Évidemment il y a sans doute des ateliers dans d’autres lieux en France ; vous allez sur le site de Wikimédia France, wikimedia.fr, je crois qu’on ne l’a même pas cité.
    On va faire une pause musicale avant notre dernier sujet. Le titre s’appelle Faust et l’artiste c’est John Vallis.

    Pause musicale : Faust par John Vallis.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Point d’actualité directive droit d’auteur

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Faust de John Vallis, musique disponible en licence libre Creative Commons Partage à l’identique et les références sont le site de l’April, april.org.
    Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
    Nous allons faire un petit point sur la proposition de directive droit d’auteur. On en a déjà parlé la semaine dernière suite au vote au Parlement européen mais ça va être aussi l’occasion d’annoncer les prochaines étapes parce que tout n’est pas fini. Avec moi pour parler de ça, toujours Pierre-Yves Beaudouin de Wikimédia France et également mon collègue Étienne Gonnu. Étienne, pour rappel, la directive a été évidemment adoptée en première lecture par le Parlement européen. Quelles sont les prochaines étapes ?

    Étienne Gonnu : Salut Fred. Bonjour Pierre-Yves. Prochaine étape au niveau de l’Union européenne c’est la validation par les États membres au sein du Conseil de l’Union européenne. Ce vote aura lieu le 15 avril donc semaine prochaine. Ça paraît très compliqué d’obtenir un rejet de ce texte. On a notamment des échos positifs qui nous viennent, là aujourd’hui de Suède parce que le Parlement suédois, enfin la commission au sein de ce Parlement suédois qui s’occupe des affaires européennes a signifié son opposition au texte. Le gouvernement a dit « si le Parlement suédois s’oppose on suivra bien sûr le Parlement », on voit là un autre système. Et puisqu’on sait que le gouvernement français aime, enfin les politiciens français en général aiment à citer les Scandinaves en exemple, on les invite à suivre cet exemple-là et à s’opposer à cette directive.
    La prochaine étape décisive sera le 15 avril. On doute que la France change de position mais peut-être que d’autres États suivront l’exemple de la Suède !

    Frédéric Couchet : D’accord. Et si le 15 avril les États membres adoptent le même texte qu’est-ce qui va se passer en France ?

    Étienne Gonnu : Du coup cette directive ne sera plus une proposition mais une directive à proprement parler et pour toute directive, l’étape suivante pour les États membres, à l’intérieur du cadre posé par la directive, c’est d’écrire une loi en fait pour transposer, c’est le terme, transposer la directive dans le droit national par une loi. En France ce sera certainement dans le cadre de la loi audiovisuelle, il y a déjà eu une mission d’information qui annonçait effectivement qu’il y aura des mesures de reconnaissance [de contenus, NdT], dans le texte le terme était déjà choisi.

    Frédéric Couchet : La mission d’information c’est qui ? Qui sont les membres de cette mission ?

    Étienne Gonnu : La rapporteure était Aurore Bergé au sein de l’Assemblée nationale.

    Frédéric Couchet : Je croyais que tu faisais référence au CSPLA, CSA et à l’HADOPI.

    Étienne Gonnu : Effectivement. Il y a cette mission d’information qui était antérieure, pendant les projets de directive on en parlait déjà et on soupçonnait déjà, donc dès l’année dernière, en cours de discussion de la directive et qui défendait corps et âme l’article 13. Et le lendemain ou deux jours après le vote par le Parlement européen, le vote du 26 mars, le ministre de la Culture français Franck Riester, annonçait effectivement dans un discours, je ne sais plus dans quel cadre exactement, mais il annonçait qu’il confiait à trois organismes français, donc l’HADOPI tristement célèbre HADOPI, le CNC qui est le Conseil national du cinéma et le CSPLA qui s’occupe, on va dire, de la gestion de la taxe copie privée, ces trois organismes doivent mener une étude sur comment appliquer des systèmes de reconnaissance de contenus, donc des filtres qu’on nous présentait pourtant comme n’étant pas le sujet de la directive. Ils sont chargés d’étudier cette piste-là.

    Frédéric Couchet : On notera qu’à priori les conclusions sont connues déjà à l’avance vu la typologie de ces structures et aussi l’absence par exemple du Conseil national du numérique qui est quand même normalement une instance qui devrait être sollicitée pour participer à ce sujet.
    Pierre-Yves Beaudouin, président de Wikimédia France, juste avant la pause musicale on parlait de l’action du 21 mars, notamment avec en Allemagne la page de Wikipédia allemande qui était fermée. C’est aussi l’occasion de rappeler que Wikimédia France, notamment grâce à ton action, a été très active contre la directive. Est-ce que tu veux faire un petit bilan de cette première phase de mobilisation parce que, évidemment, ce n’est pas terminé, à titre personnel ou au titre de Wikimédia ?

    Pierre-Yves Beaudouin : Malgré le fait qu’on ait évidemment perdu, pour notre part chez Wikimédia France on a beaucoup appris, notamment en travaillant avec Étienne de l’April et d’autres acteurs. On a beaucoup appris sur le contexte français, notamment ceux qui sont absents ou ceux qui nous ont éventuellement trahis ou déçus dans ce combat, donc sur les forces et les faiblesses de la France.

    Frédéric Couchet : Quand tu dis « trahis » tu penses à ? Si tu ne veux pas citer tu ne cites pas.

    Pierre-Yves Beaudouin : Si je peux le dire, je pense notamment à Qwant qui fait sa déclaration deux jours avant le vote, à mon avis c’est vraiment de la provocation et ce n’est pas juste une erreur de compréhension de notre part comme ils essayent de le dire depuis le vote. Voilà ! On sait qu’en France ça va être compliqué, on a vu le résultat des votes des eurodéputés français ; notre objectif est un objectif à moyen terme de structurer un peu les organisations, sensibiliser les élus, le reste aussi des autorités. Je consacre pas mal de temps à faire le tour de Paris. La semaine dernière j'ai vu le CSA, par exemple. On va essayer de voir l’ARCEP, même si l’ARCEP c’est probablement les plus compétents et les plus sérieux sur ces questions-là.

    Frédéric Couchet : C’est-à-dire qu’ils sont tellement compétents et sérieux qu’ils n’ont pas été invités à la table pour participer à l’étude !

    Pierre-Yves Beaudouin : On vise un peu le moyen terme, mais c’est vrai qu’il faut quand même combattre dès maintenant parce qu’il y a un ensemble de lois, enfin de textes législatifs, il n’y a pas que la directive, il y a aussi un règlement européen – là c’est pire : le règlement s’applique automatiquement, il n’y a même pas besoin de le transposer – qui vise à limiter les contenus terroristes en ligne. Sur le papier, bien évidemment tout le monde est contre le terrorisme. Après, dès qu’on rentre dans les détails, les principes sont les mêmes : ça va être recourir au filtrage même si, pareil, ils estiment que non il n’y a pas d’obligation de filtrage, mais dans les faits, pour pouvoir retirer du contenu sous l’heure, une fois que vous êtes prévenu il va falloir que n’importe quel site – pas que les GAFA, ce texte ne concerne pas que les GAFA – même si vous avez un petit blog, un petit site internet, dès que vous êtes contacté, il faudra le retirer dans l’heure. Et pareil au niveau français, il y a aussi des textes dans les tuyaux, par exemple qui luttent contre le discours de haine, qui sera voté avant l’été.
    Donc tout cela, en fait, fait partie d’un même principe ; les mêmes erreurs sont reprises et sont appliquées à différentes thématiques. Donc il y a la haine, il y a le contenu terroriste et il y a le droit d’auteur ; après je pense qu’il y aura le sport, dans un ou deux ans par exemple. Voilà ! Ils sont en train de reprendre en main assez drastiquement Internet et de limiter la liberté d’expression, globalement.

    Frédéric Couchet : Étienne tu veux ajouter quelque chose avant le jingle musical ?

    Étienne Gonnu : Juste peut-être pour repréciser par rapport au timing, à priori la loi que j’évoquais dans laquelle sera transposé cet article 13, on imagine que le Conseil des ministres se réunira au début de l’été pour avoir un projet de loi sans doute à la rentrée. De toute façon on vous tiendra au courant bien sûr.

    Frédéric Couchet : On précise aussi que l’article 13 est devenu l’article 17 dans la version définitive. La communication maintenant va être sans doute avec l’article 17 et la transposition, le projet de loi peut aussi arriver pendant l’été, pendant que les gens, certains, ont la chance de prendre des vacances, peut-être en juillet ; souvent la session parlementaire se termine fin juillet, voire début août. En tout cas merci pour ce point et évidemment nous allons vous tenir au courant donc n’hésitez pas à suivre les sites de l’April et de Wikimédia France donc april.org et wikimedia.fr.

    Jingle musical basé sur Sometimes par Jahzzar.

    Annonces

    Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission. Quelques petites annonces.

    Je profite que ma collègue Isabella Vanni soit en régie aujourd’hui pour signaler que le Libre en Fête 2019 c’est terminé. Le Libre en Fête ce sont des évènements partout en France et même ailleurs pour sensibiliser aux logiciels libres et cette année il y a un record du nombre d’évènements organisés : on me signale 250 évènements. Il y a même encore plus d’évènements après. C’est magnifique ! Évidemment je félicite Isabella qui a eu un rôle important de coordinatrice, mais aussi, évidemment et avant tout, les structures et personnes qui ont organisé ces évènements partout. Donc rendez-vous l’an prochain autour du 20 mars 2020.

    Pierre-Yves Beaudouin vient d’en parler. il y a la campagne contre la proposition de règlement terroriste/censure sécuritaire. Le vote en commission des libertés civiles a eu lieu au Parlement européen hier. À priori, comme on l’a dit tout à l’heure, le vote en plénière aura lieu la semaine prochaine avec, comme tu l’as dit Pierre-Yves, l’obligation pour les acteurs de l’Internet à retirer en une heure un contenu considéré comme terroriste ; évidemment ça ne concerne pas que Google, Facebook, etc., ça peut concerner de très nombreux acteurs, Wikipédia, l’April, les chatons dont je parlerai tout à l’heure en fin d’émission.

    Dans l’actualité, tout à l’heure en introduction, je parlais du projet de loi pour une école de la confiance. Surveillez le site de l’April parce que l’examen au Sénat va commencer. Il y avait l’audition du ministre Jean-Michel Blanquer tout à l’heure.

    Je l’ai cité déjà tout à l’heure, mais je le cite à nouveau : la soirée de contribution au Libre ce jeudi à la FPH à Paris avec l’atelier Wikipédia qui a donc lieu chaque deuxième jeudi du mois.
    Pour les autres événements qui se passent partout ailleurs, vous allez sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.
    Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Nadine Le Lirzin, Pierre-Yves Beaudouin, Véronique Bonnet, même si la chronique était enregistrée. En régie et aussi au micro Étienne Gonnu et en régie Isabella Vanni que je félicite pour sa première régie maîtrisée de bout en bout. Vous retrouvez sur notre site web april.org toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio causecommune.fm.

    La prochaine émission aura lieu mardi prochain à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur le Collectif CHATONS, des acteurs qui pourraient être impactés par ces dispositifs, donc le Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Nous aurons trois personnes qui feront des miaous miaous de chatons différents : Framasoft, l’April et Infini.

    Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve mardi prochain et d’ici là portez-vous bien.

    Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

    Comment se fabriquent les fake news - Antonio Casilli - L'instant M

    sam, 04/13/2019 - 09:02


    Titre : Comment se fabriquent les fake news ?
    Intervenants : Antonio Casilli, Sonia Devillers
    Lieu : France Inter
    Date : 8 juin 2018
    Durée : 18 min
    Site de l'émission
    Écouter ou télécharger le podcast
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Left click on a mouse, Cdang and Fabien1309. Licence Creative Commons CC BY-SA 3.0
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Voix off : Il est 9 heures 40 sur France Inter et c’est le dernier Instant M de la semaine.

    Sonia Devillers : Le vote de la loi contre la manipulation de l’information s’est embourbé cette nuit à l’Assemblée nationale. Pas d’adoption en première lecture. La majorité aurait sous-estimé les assauts de la France insoumise, du Front National et des Républicains qui hurlent à la mort de la liberté d’expression. « Cette loi les empoisonnent », écrit l’Obs ce matin. Pourtant, dans son édito, Le Monde la juge « délibérément inefficace pour qu’elle ne soit pas justement dangereuse ». Après La Matinale de France Inter, ce matin L’instant M vous propose de creuser le sujet. Nous ne discuterons pas forcément confiance ou vérité, mais focus, c’est ce que nous vous proposons sur ces armées de l’ombre payées pour répandre des fausses nouvelles. Nous vous racontons comment ce système est complètement artificiel.

    Voix off : L’instant M Sonia Devillers sur France Inter.

    Sonia Devillers : Bonjour à vous Antonio Casilli.

    Antonio Casilli : Bonjour.

    Sonia Devillers : Sociologue du Web, spécialiste des usages du numérique, maître de conférence à Télécom Paris Tech. Qu’est-ce que c’est Télécom Paris tech ?

    Antonio Casilli : C’est l’ancienne École nationale supérieure des télécommunications, grande école française.

    Sonia Devillers : Grande école française, et également chercheur à l’EHESS [École des hautes études en sciences sociales]. Je vous propose d’abord un petit coup d’œil sur l’actualité des médias. D’ailleurs je vais vous demander éventuellement de nous aider à comprendre les mécaniques dont je vais vous parler dans un instant et ensuite nous plongeons dans ce débat national sur les fake news.

    Voix off : Coup d’arrêt, hier, net et brutal pour Buzzfeed France. Décision totalement inattendue de son actionnaire américain en difficulté financière. Ce site – une équipe de quatorze personnes – avait développé une ligne éditoriale très nouvelle et très remuante. Au départ des classements rigolos et anecdotiques partagés à gogo sur les réseaux sociaux et puis, en France comme aux États-Unis, un deuxième fil, d’info celui-là, recrutant des journalistes d’investigation capés. Scoops et révélations, je vous en cite quelques-uns : le restaurant L’Avenue refusant les clients arabes, enquête sur les candidats aux législatives du Front National et leurs activités numériques, actes de violence commis par Jean-Michel Baylet, ancien ministre, à l’encontre d’une collaboratrice… Bref pour tout ça, tout ce que je vous ai dit, fin de partie.

    Sonia Devillers : Antonio Casilli, il y a peut-être quelque chose qu’on peut expliquer aux auditeurs, c’est-à-dire que ces médias numériques sont extrêmement dépendants en termes d’audience et du coup, économiquement parlant, des réseaux sociaux, puisque ce sont les réseaux sociaux, et principalement Facebook, qui diffusent, qui disséminent leurs contenus.

    Antonio Casilli : En effet. Il s’agit d’une manière de faire média et de faire information, qui est basée sur la circulation, sur la répétition et sur le partage. Ce sont des aspects qui sont cruciaux pour comprendre que le contenu est important mais le contenu n’est que le coup d’envoi de quelque chose qui est un processus beaucoup plus vaste, qui est basé sur la participation des publics. De ce point de vue là, si vous enlevez la caisse de résonance représentée par une plateforme comme Facebook, qui est une plateforme univers, qui a une ambition à remplacer l’Internet en tant que tel, vous vous retrouvez dans des situations comme celle dans laquelle se retrouve aujourd’hui BuzzFeed1 et d’autres médias de ce type dans la mesure où Facebook, au début de l’année, a décidé de changer radicalement son algorithme de classification des informations pour se concentrer, pour se recentrer sur ce qu’ils appellent les liens forts. Finalement de faire apparaître dans vos news feed, sur vos murs, plutôt des contenus qui viennent de vos connaissances, amis, membres de votre famille, et c’est pour ça que vous voyez peut-être davantage de vos connaissances et collègues ou alors plutôt votre grand-mère qui parle de ses chatons, et un peu moins de médias classiques qui sont considérés comme des liens faibles. Vous n’avez pas un lien direct avec Le Monde ou avec BuzzFeed en l’occurrence. Évidemment, si vous êtes un média traditionnel, en plus ancré papier ou écran comme ceux qu’on connaît partout en France et dans le monde, vous avez une base qui ne change pas malgré les changements de l’algorithme de Facebook.

    Sonia Devillers : C’est ça. Mais quand vous êtes un pur média numérique toute nouvelle génération comme l’est BuzzFeed, alors pour le coup on en souffre et on en souffre directement.

    Antonio Casilli : Vous êtes dépendant de l’algorithme et du modèle d’affaires de Facebook.

    Sonia Devillers : Et du modèle d’affaires de Facebook. Voilà, un dernier mot quand même Antonio, cher Antonio, tous les jeudis nous invitons les auditeurs de France Inter à jouer, vous vous n’avez pas le droit de jouer, c’est notre madeleine. Cette semaine figurez-vous qu’on vous offre avec l’INA [Institut national de l'audiovisuel] un an d’abonnement à Ina Premium. Alors Ina Premium c’est le site professionnel de l’INA auquel vous aurez complètement accès, c’est une mine d’or d’archives sans limite de durée. Vous pourrez tout voir, même les longs métrages et les séries de l’ORTF. Une seule adresse : linstantm@radiofrance.com. Voici ma question : Comment s’appelait l’ancêtre de La caméra cachée ?

    [Extrait sonore concernant la première émission de La caméra cachée qui se termine par « une truite qu'elle n'a pas. »]

    Sonia Devillers : « Une trute qu'elle n'a pas », je trouve ça génial. Comment s’appelait cette première émission de La caméra cachée à la télévision ? linstantm-@-radiofrance.com. Bonne chance à vous tous et un grand merci à toute l’équipe de L’instant M qui m’a accompagnée cette semaine : Anne-Cécile Perrin à la réalisation, Marion Philipppe et Redouane Tella qui ont préparé les émissions et Stéphane Beaujat qui est à la technique ce matin.

    Voix off : L’instant M sur France Inter.

    Sonia Devillers : Antonio Casilli, contrairement à ce qu’on dit, la diffusion des fake news n’est pas le fait d’une horde de colporteurs numériques qui répandent librement des fausses nouvelles et qui le font par conviction. Ça c’est très important, c’est l’un des axes majeurs de vos écrits récents et de vos recherches. Vous, ce qui vous intéresse, c’est la façon dont Google, dont Facebook, dont Twitter sélectionnent l’information. Alors on va commencer par ça parce que c’est très important d’expliquer comment fonctionnent ces régies publicitaires qui collectent des données personnelles. Les données personnelles c’est nos historiques de navigation, c’est nos listes d’amis, c’est notre localisation géographique, c’est les photos qu’on like, c'est les vidéos qu’on a regardées, etc. Pour collecter un maximum de données, ces plateformes, et donc leurs régies, ont besoin qu’on reste un maximum de temps chez elles et qu’on consomme un maximum de contenus, peu importe la nature de ces contenus !

    Antonio Casilli : Exactement. Il faut que les contenus soient attachants, compelling comme disent les Anglais, c’est-à-dire qu’ils attirent votre attention et qu’ils vous obligent à rester scotché à votre écran ou à votre mobile. Après évidemment, qu’il s’agisse d’un animal merveilleux qui fait des choses sympas, donc votre chaton qui joue du piano, ou alors qu’il s’agisse de quelque chose d’extrêmement problématique comme de la fausse information orientée propagande politique, il n’y a pas en principe de différence pour les plateformes qui sont agnostiques du point de vue des contenus. Évidemment elles sont aussi sensibles aux actions en justice et au tollé médiatique. Donc évidemment elles ne vont pas faire passer n’importe quoi. Il y a donc énormément de sélection de contenus, il y a de la modération de contenus, il y a des armées de modérateurs, qui sont souvent des personnes qui sont très mal payées qui se trouvent aux Philippines ou en Inde et qui regardent à longueur de journée des contenus problématiques. Tout cela fait partie d’un énorme modèle d’affaires qui est basé évidemment sur la collecte de données et sur l’appariement algorithmique des données. Il faut expliquer rapidement de quoi il s’agit. En gros il faut croiser les données d’une manière intelligente pour, d’une part, proposer de l’information sélectionnée d’une certaine manière : par exemple si je saisis une requête dans le moteur de recherche Google il faut que la page qui s’affiche ensuite soit significative, soit d'importance pertinente pour moi. Donc ça, si vous voulez, c’est le service de façade. Derrière il y a évidemment un autre service assuré par les grandes plateformes, qui est un service d’appariement entre des consommateurs – même si ça se discute qu’ils soient complètement des consommateurs – et des annonceurs.

    Sonia Devillers : Et des annonceurs, des marques.

    Antonio Casilli : De ce point de vue-là, rien de différent par rapport à certains médias traditionnels de nature commerciale, les journaux gratuits que vous voyez sont basés sur le même principe. Mais, en même temps, la question est que sur les médias numériques et sur les grandes plateformes numériques cela devient vraiment quelque chose dont les conséquences sont inattendues, parfois il y a des effets pervers, il y a des effets de complication…

    Sonia Devillers : C’est extrêmement intéressant parce qu’on voit bien que la logique est quand même une logique de rupture par rapport à la presse traditionnelle, c’est-à-dire on a besoin que vous restiez le plus longtemps possible sur Facebook, on a besoin que vous restiez le plus longtemps possible sur YouTube, on a besoin que vous restiez pour mieux vous connaître, pour mieux vous dessiner, etc. Ça c’est quand même extrêmement important…

    Antonio Casilli : Est-ce si différent ? Par rapport à la télévision, par rapport aux médias du siècle passé.

    Sonia Devillers : À la durée d’écoute en radio.

    Antonio Casilli : Voilà, par exemple. La différence, je dirais, est surtout dans le rôle du spectateur, des publics, on va dire comme ça, qui cessent d’être des publics passifs et qui deviennent des audiences actives qui doivent cliquer, qui doivent partager, qui doivent commenter, qui doivent qualifier l’information. Et finalement, la qualification de l’information devient la partie la plus problématique, la plus difficile à contrôler.

    Sonia Devillers : Justement on y vient, je vous propose d’aller en Macédoine, une région du monde qui a énormément fait parler d’elle puisque c’est une région du monde qui a été bassin de production et de conception de fake news. On va voir pourquoi, là encore une fois c’est exactement ce que je vous disais tout à l’heure en introduction, pas de militantisme, pas de conviction, juste un intérêt économique.

    Voix off d’un traducteur : Certains de mes étudiants ont compris qu’ils pouvaient faire de l’argent avec la politique. Ça s’est répandu comme une traînée de poudre. Aujourd’hui, quatre de mes étudiants sont millionnaires. Beaucoup d’entre eux investissent, ils ont pu faire des emprunts à la banque pour développer leur page. Je pense que le président Donald Trump est un personnage intéressant. Il veut tout, tout le temps : ambition, ego, argent, puissance… l’american way. Et parfois il va même mentir sur son succès pour aller au degré supérieur.

    Sonia Devillers : C’est-à-dire qu’avant de légiférer sur les fake news, Antonio Casilli, il faut en comprendre la logique. Et là on voit bien qu’il n’y a pas de logique politique, il n’y a pas de volonté de propagande, il n’y a pas de volonté de déstabilisation de l’opinion. Il y a volonté de se faire de l’argent. Là !

    Antonio Casilli : Entendons-nous bien. Quelque part il y a une volonté de déstabiliser le panorama politique. Après, évidemment, on passe par les petites mains de cette information et de cette manipulation de l’information. Qui sont ces petites mains ? Il s’agit parfois de jeunes en rupture scolaire qui ont besoin de faire de l’argent rapidement et dont les perspectives d’emploi sont extrêmement limitées — c’est le cas de la Macédoine —, qui se sont adonnés à cette activité de production de mèmes. Les mèmes ce sont des images choc, accompagnées parfois de messages tout à fait problématiques, parfois très chargés de contenus racistes, sexistes et ainsi de suite.

    Sonia Devillers : Des contenus compelling, comme vous disiez, sticky, c’est-à-dire qui vous scotchent à l’écran.

    Antonio Casilli : Qui scotchent à l’écran ; c’est certain. Parce que même si je ne suis pas d’accord et surtout si je ne suis pas d’accord je vais peut-être partager l’information parce que je suis scandalisé, parce que je suis heurté, parce que je suis insulté. Donc du coup, double circulation : circulation par les personnes qui adhèrent au message, donc les racistes et les sexistes de service, et de l’autre côté, par contre par les personnes, qui censurent. C'est ce qui fait le succès, en termes de clics, de plateformes comme Facebook.

    Sonia Devillers : C’est extrêmement intéressant parce qu’on voit bien qu’il y a là un bassin de production de fake news et que ce bassin de production n’est ni libre ni inspiré politiquement. Il est là et il est fait pour gagner de l’argent.
    Maintenant on va aller de l’autre côté de l’ordinateur. Qui clique ? Je vous emmène dans une usine du côté du Sri Lanka.

    Voix off d’un traducteur : Notre formule basique coûte entre 100 et 200 dollars. Et cela inclut les like sur Facebook. Le principal sera Facebook, après Twitter, Instagram et YouTube.
    —Combien de temps vous faut-il pour obtenir 2000 likes ?
    —Cela prendra environ deux semaines. Nous allons créer des profils avec des noms français, de personnes françaises, et ensuite nous allons utiliser ces profils pour faire des commentaires sur votre page, pour que ça semble plus vrai.

    Sonia Devillers : Il y a une part d’artifice dans la diffusion et l’ampleur que prend la diffusion des fakes news et ça, peu de gens le savent, Antonio Casilli. Ça s’achète la diffusion d’une fake news ! On parle beaucoup de la crédulité du public. On parle très peu de ce que vous vous décrivez très bien dans vos articles ; ça s’achète, ça se paye !

    Antonio Casilli : C’est-à-dire les fermes à clics. Les fermes à clics sont des usines qui parfois ont vraiment pignon sur rue et parfois il s’agit de millions de personnes qui se connectent depuis chez eux.

    Sonia Devillers : Dans quels pays ?

    Antonio Casilli : Il s’agit souvent de pays qu’on définit comme émergents ou en voie de développement, à faibles revenus, dans lesquels, en gros, les perspectives d’emplois et surtout le salaire moyen est très limité, parfois on parle de 130 dollars, l’équivalent de 130 dollars par mois, dans lesquels, évidemment, il devient intéressant de travailler dans ces fermes à clics, dont le principe, si vous êtes un travailleur, est celui du travail à la pièce. La pièce veut dire que chaque clic est rémunéré. Mais entendons-nous bien…

    Sonia Devillers : Quelques centimes.

    Antonio Casilli : Même moins que ça.

    Sonia Devillers : Même moins !

    Antonio Casilli : Personnellement j’ai été témoin de certaines fermes à clics qui payaient 0,0006 centime par clic.

    Sonia Devillers : Alors on est au Bangladesh, au Pakistan, au Népal, au Sri Lanka, en Inde au Kenya, à Madagascar et il faut savoir que tout s’achète : les commentaires, les partages, les retweets, des faux followers même, par exemple qui suivraient votre compte Twitter, des messages haineux ça s’achète, des messages diffamatoires aussi, faire augmenter le visionnage d’une vidéo aussi, créer des profils qui s’abonnent à des profils d’extrême droite xénophobe aussi, ça s’achète. C’est extrêmement intéressant et vous citez une enquête qui aurait révélé que Trump aurait acheté 60 % des fans de sa page Facebook aux Philippines.

    Antonio Casilli : Pas seulement aux Philippines ; de manière assez ironique, une bonne partie de ces faux fans de la page Facebook de Trump venait du Mexique. Ce qui est absolument paradoxal si on pense à l’énormité des choses que Trump a pu débiter contre les Mexicains, comme cette idée selon laquelle il va obliger le Mexique à payer son mur. De ce point de vue-là on se trouve dans une situation de travailleurs du clic qui travaillent contre leur propre intérêt.

    Sonia Devillers : Contre leur propre intérêt. Justement j’ai deux questions pour vous, Antonio Casilli. Comment on peut décrire un système aussi artificiel qui n’est qu’une grande machine économique et comprendre qu’au bout du compte il y a une modification bien réelle de l’opinion, primo ? Et secundo, est-ce que les lois sur lesquelles on travaille en France, mais pas seulement en France, prennent en compte cette dimension-là ?

    Antonio Casilli : Pour la décrire malheureusement il faut tout simplement s’adonner à un travail de recherche beaucoup plus poussé que celui qu’on mène aujourd’hui. Personnellement je fais partie d’un volet de la recherche scientifique en sciences sociales qui insiste sur le fait qu’il faut regarder ce qu’on appelle le digital labor, c’est-à-dire le travail numérique, le travail du clic. Ça se discute à l’intérieur de la discipline et à l’intérieur de nos disciplines, parce que tout le monde n’est pas d’accord. Certains continuent d’insister sur le fait que non, il s’agit de consommateurs, il ne faut pas regarder les conditions de travail de ces personnes à l’autre bout du monde.

    Sonia Devillers : Est-ce que c’est pris en compte ça, par les autorités, par les gouvernements, par les députés, par l’Assemblée nationale ? Cette dimension-là ?

    Antonio Casilli : Pas dans cette loi, pas dans la loi sur la manipulation de l’information qui est basée sur une certaine vision seulement du monde politique et de la circulation de l’information, mais aussi des infrastructures numériques que sont les plateformes, qui n’est pas du tout capable d’envisager la circulation comme un phénomène artificiel. En gros, si vous regardez ce qui est écrit dans le texte de la loi qui a été débattue hier, c’est marqué qu’on peut passer par le juge des référés quand on a eu à faire à une circulation massive et automatique d’informations. Normalement ceci veut dire que le législateur cherche à bloquer les bots, c’est-à-dire des robots.

    Sonia Devillers : On n'en parle pas des robots !

    Antonio Casilli : La réalité c’est que ces robots-là ne constituent qu’une partie un peu automatisée de certaines campagnes qui sont, par contre, des campagnes menées par des êtres humains qui font semblant d’être des robots, qui font semblant d’être d’autres humains. C’est une longue histoire mais grosso modo, derrière, il y a toujours une ferme à clics et quelque part une boîte qui fait du travail à la pièce au Sri Lanka, aux Philippines ou à Madagascar.

    Sonia Devillers : Donc on est en train de passer complètement à côté, en fait, du nerf de la guerre ?

    Antonio Casilli : Il y a évidemment le risque que la loi soit inefficace, comme d’autres lois qui ont cherché à certifier l’information sur Internet ; je pense à la loi 2007 qui instituait la Haute Autorité de santé et, par la même occasion, le label Health Online pour les sites qui parlaient de santé. Quelques années après on a complètement laissé tomber cette initiative et on risque de se retrouver dans cette situation.
    Aec notre loi sur les fake news, on a plutôt le risque de faire le jeu de l’ennemi, si l’ennemi est celui qui cherche à partager la fausse information. Pourquoi ? Parce que si on commence à monter à chaque fois un cas qui passe devant la justice autour d’une fausse information, on réplique la fausse information et donc on crée une deuxième news, une troisième news qui cherchent à déjouer la première, ce qui fait une caisse de résonance énorme et qui fait évidemment le jeu même de cette fausse information qui, je le répète est basée sur la copie, est basée sur la répétition.

    Sonia Devillers : Bien sûr. Merci beaucoup Antonio Casilli, parce que voilà des dimensions qu’on a peu entendues dans le débat public et qui, à mon avis, peuvent éclairer la réflexion et les prochaines discussions. Merci beaucoup à vous.

    Antonio Casilli : Merci.

    Directive droit d’auteur - Martin Drago sur Alterpresse68

    ven, 04/12/2019 - 13:13


    Titre : Directive "droits d’auteurs”, entretien avec Martin Drago par Luc Ueberschlag et Jeanne Roy [Alterpresse68]
    Intervenants : Martin Drago - Jeanne Roy
    Lieu : Alterpresse68
    Date : 27 mars 2019
    Durée : 7 min 53
    Écouter l'enregistrement ici ou ici
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Photo Annie Spratt publiée sur le site de La Quadrature - Licence Creative Commons BY-SA 4.0.
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Description

    À l’occasion de la session parlementaire du Parlement européen à Strasbourg, Luc Ueberschlag et Jeanne Roy se sont attachés à interroger des partisans et adversaires de la directive, dont les ramifications et conséquences pourraient être nombreuses, y compris pour votre journal électronique favori, dès lors que celle-ci sera transposée en droit français…

    Transcription

    Jeanne Roy : Est-ce que tu pourrais te présenter ?

    Martin Drago : Je suis Martin Drago. Je suis juriste à La Quadrature du Net1. La Quadrature du Net est une association qui défend et qui promeut les libertés dans le monde numérique et on lutte contre la censure et la surveillance, qu’elles viennent des États ou des entreprises privées.

    Jeanne Roy : Et vous luttez aussi contre cette directive des droits d’auteur. Vous savez qu’elle a été approuvée aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous dérangeait dans cette directive ?

    Martin Drago : Ce qui est dérangeant dans cette directive et même plus que dérangeant, c’est très grave, en fait elle promeut le filtrage automatisé des contenus qu’on peut mettre en ligne. Il y a surtout deux articles très problématiques dans cette directive ; un c’est l’article 13, qui est devenu aujourd’hui l’article 17. L’article 13 incite toutes les plateformes, une grande partie des sites en ligne, pas tous, mais une partie des plateformes qui mettent en avant pour un but lucratif des contenus sur Internet, eh bien ces plateformes doivent conclure des accords avec les ayants droit, donc les gens qui ont la propriété intellectuelle des contenus. L’article 13, en fait, impose à une grande partie de l’Internet – pas toutes les plateformes, celles qui mettent en avant des contenus en ligne à des fins lucratives –, il leur impose, pour simplifier, de mettre en place un filtrage automatique des contenus. C’est-à-dire que pour éviter qu’un contenu soit posté sur leur plateforme alors que ce contenu n’a pas obtenu l’accord de l’ayant droit, en fait il faut filtrer au préalable tous les contenus mis en ligne.
    Dans l’adoption de la directive aujourd’hui, ce qui nous fait très peur c’est que c’est la première fois que l’institution européenne vient institutionnaliser la censure automatique. Ces filtres passent par des outils automatiques, du filtrage automatisé ; c’est la première fois que l’Union européenne adopte un texte qui promeut cette censure.

    Le vrai problème qu’il y a c’est que, premièrement, les filtres automatiques c’est très dangereux, parce que souvent il peut y avoir des contenus pour lesquels, effectivement, on n’a pas les droits pour les publier, mais on peut vouloir faire de la satire, on peut vouloir faire juste un petit extrait ; ça, normalement, c’est protégé par le droit d’auteur, mais le filtre automatique, comme c’est une machine, elle n’arrive pas à faire la différence.

    Ensuite, aujourd’hui qui peut faire ces filtres automatiques ? Ce sont les géants du Web, c’est Google. Google le fait déjà sur sa plateforme YouTube, il a déjà un filtre automatique comme ça et c’est aussi Facebook. En obligeant beaucoup d’acteurs de l’Internet à mettre en place ces filtres automatiques, en fait on promeut un peu les outils développés par Google et Facebook.

    Jeanne Roy : Je viens de parler avec Virginie Rosières, qui est eurodéputée ici au Parlement et qui me dit que tout ce qui est dit, l’article 11, l’article 13, qui sont devenus le 15 et le 17 aujourd’hui, on ne sait pas trop pourquoi, me rétorque que ceci est complètement faux : cette histoire de filtrage est une invention de celles et ceux qui sont contre la directive et qui, en fait, ont construit une énorme campagne de désinformation à propos de cette directive. Qu’est-ce que vous en dites ?

    Martin Drago : C’est intéressant. C’est vrai qu’en face on a beaucoup de sociétés d’ayants droit qui disent que nous, les associations qui défendons la liberté sur Internet, avons été payées par Google. Ce matin il y avait Jean-Marie Cavada, député européen, qui disait qu’on avait été payés par Google, que les manifestations qu’il y a eues ce week-end notamment en Allemagne justement pour appeler au rejet de ce texte, en fait c’était des jeunes qui avaient été payés par Google pour descendre dans la rue. Il faut voir que de leur côté aussi la campagne est extrêmement mensongère et un peu folle. Non, pas du tout. Le filtre automatique, et ça vous le verrez partout sur Internet, quand on regarde l’article le truc c’est que les plateformes doivent faire « leur meilleur effort », je cite le texte, pour signer un accord de licence avec les titulaires de droits et certaines plateformes doivent « rendre indisponibles — c’est marqué dans le texte — tous les contenus protégés par le droit d’auteur ».
    Effectivement ils n’ont pas mis, et c’est ce qu’on nous répond, le mot « filtre automatique » dans le texte. En fait la seule façon de respecter le contenu de l’article 13 c’est de mettre en place un filtre automatique.

    Jeanne Roy : Ah oui, il n’y a pas d’autre moyen de faire le tri.

    Martin Drago : Eux nous rétorquent toujours « mais on n’a pas mis dans le texte exactement. Non, il ne faut pas mettre un filtre automatique. » En fait quand on lit l’article 13, 17 tel qu’il a été adopté aujourd’hui, la seule façon de le respecter c’est de mettre en place ces filtres automatiques.

    On estime que si vous n’avez pas fait « les meilleurs efforts possibles » pour conclure des accords avec les ayants droit, en fait vous êtes directement responsable des contenus qui sont mis en ligne sur votre plateforme. Ça peut faire vachement peur parce que vous pouvez prendre vachement de procès, etc., disant « vous êtes responsable de tous ces contenus ». La seule façon de ne pas être directement responsable c’est de faire un filtre à l'upload.

    L’article 13 ne concerne pas tous les acteurs de l’Internet. Il concerne surtout les plateformes, je le disais au début, qui mettent avant des contenus à des fins lucratives. Il y aussi des plateformes, et ça existe, qui n’ont pas un but lucratif.
    Nous, à la Quadrature du Net par exemple, on défend beaucoup de plateformes qui sont libres, qui sont gratuites, qui ne reposent pas sur un commerce de données personnelles. Par exemple la plateforme forme Mastodon2, c’est une alternative libre à Twitter, eh bien celle-là n’est pas visée par l’article 13. Donc il reste des plateformes où la liberté d’expression va être encore un peu protégée et pas limitée par ces filtres automatiques.

    Ce qu’il faut voir si on se penche sur la directive, ce qui est très gênant c’est que aussi bien l’article 11 qui concerne les articles de presse selon lequel il faut demander l’accord aux éditeurs de presse pour utiliser leurs contenus et l’article 13 qui concerne l’industrie culturelle, en fait eux, leur principal discours c’est « ah, mais c’est atroce ! Les GAFAM, donc Google, Amazon, Facebook, etc., se font vachement d’argent sur nos contenus et nous, du coup, on n’a rien et on se fait avoir par les GAFAM ! »
    Le problème c’est que l’argent des GAFAM vient d’où ? Il vient principalement de la publicité ciblée. 90 % des revenus de Google c’est de la publicité ciblée. Facebook 98 %, c’est de la publicité ciblée. La publicité ciblée c’est une publicité qui est faite par l’invasion de notre vie privée. Ça aujourd’hui, avec le Règlement général de la protection des données, qui est un texte européen qui est entré en vigueur en mai 2018, tout ce marché de la publicité ciblée qui s’est développé depuis dix ans — on vous surveille sur Internet pour vous donner la publicité la plus proche et qui pourrait le plus vous intéresser —, ce marché est illégal. C’est ça qu’on critique. En voulant absolument récupérer un peu les miettes des GAFAM, aussi bien au niveau culturel qu’au niveau de la presse, en fait on a des industries qui commencent à se faire complices d’un marché qui est illégal.

    Par exemple à La Quadrature on a fait une plainte contre Google, notamment sur cette idée de publicité ciblée et de surveillance illégale et on a commencé à gagner : la CNIL a sanctionné Google à 50 millions parce qu'il ne respectaient pas le RGPD3. Alors que nous on commence à gagner, on commence à avoir des décisions qui remettent en cause ce marché, là on a les industries culturelles et de la presse qui sont toutes contentes « ah on va enfin pouvoir récupérer les miettes du gâteau des GAFAM », alors que ce gâteau est illégal.

    Jeanne Roy : Une dernière question peut-être : c’est quoi la suite pour La Quadrature du Net et pour les défenseurs de l’Internet libre ?

    Martin Drago : C’est une très bonne question. Avec ce texte c’est un peu la première fois que le Parlement et l’Union européenne institutionnalisent à ce point la censure automatisée, c’est de cela dont on parle, et la surveillance de masse faite justement par ces GAFAM.
    Il y a un deuxième texte qui est juste derrière, qui ne concerne pas cette fois-ci le droit d’auteur mais qui concerne les contenus terroristes en ligne. C’est un texte qui doit être voté en commission au Parlement européen lundi prochain. Ça été notre principal sujet cette année, ça a été d’essayer de faire rejeter ce texte. En fait il comporte les mêmes dangers, il comporte les mêmes outils. Encore une fois on délègue à des acteurs privés, à des acteurs comme Google et Facebook, la censure avec leurs outils de filtre automatiques ; cette fois-ci ce sont les contenus que eux et la police définiront comme terroristes, ce qui engage beaucoup de problèmes. Ce texte est voté lundi prochain ; il faut continuer d’appeler. Sur notre site il y a une page dédiée, spécifique, avec un outil avec lequel on peut appeler les députés en charge de ce texte. Il ne faut pas baisser les bras, il faut continuer. Il ne faut pas que le dernier mandat de ce Parlement se finisse avec deux textes atroces adoptés au dernier moment.

    Chaîne YouTube e-penser face au rouleau compresseur des ayants droit - Décryptualité du 8 avril 2019

    ven, 04/12/2019 - 10:29


    Titre : Décryptualité du 8 avril 2019 - La chaîne YouTube e-penser face au rouleau compresseur des ayants-droit
    Intervenants : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
    Lieu : April - Studio d'enregistrement
    Date : 8 avril 2019
    Durée : 14 min 40
    Écouter ou télécharger l'enregistrement
    Revue de presse pour la semaine 14 de l'année 2019
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Série Europe complète des billets en euro, ECB, Wikimedia Commons - Licence Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication.
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Description

    Bruce Benamran, créateur de la chaîne YouTube de vulgarisation scientifique e-penser vient de passer sa chaîne en privé pour protester contre l’impossibilité de contester devant une entité indépendante les décisions des ayants droit. Une démonstration d'une informatique déloyale où les ayants droit font la loi.

    Transcription

    Luc : Décryptualité.

    Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

    Luc : Semaine 14. Salut Manu.

    Manu : Salut Nico.

    Nico : Salut Nolwenn.

    Nolwenn : Salut Luc.

    Luc : Sommaire.

    Manu : On a sept jolis articles cette semaine.

    Luc : Hou ! 20 minutes online, « Le mobile, je l’appelle le rêve de Staline », une interview menée par Michel Annese.

    Manu : Interview de Richard Stallman, le créateur du logiciel libre, qui se plaint à nouveau du téléphone portable en indiquant que c’est juste un outil d’espionnage.

    Luc : Il appelait ça le spyphone il y a quelque temps et effectivement c’est un super outil d’espionnage.
    Usbek & Rica, « Deux tiers des Français préoccupés par leurs données personnelles », un article de Lila Meghraoua.

    Manu : Ça indique essentiellement que la vie privée devient un sujet important pour les citoyens de notre beau pays ; c’est un sujet qu’on aime voir devenir plus important.

    Luc : Petit rappel, ce n’est pas dans ta revue de presse, mais la semaine dernière on a appris qu’il y a des données Facebook, donc refilées à un des multiples partenaires, qui se sont retrouvées sur Internet. Il y en avait combien ?

    Nico : Il y en avait 500 millions.

    Nolwenn : 500 millions.

    Luc : 500 millions de personnes ! Ça commence à faire bien, ce n’est pas mal, un demi milliard !
    CXP, « Incontournable Open Source », un article de la rédaction.

    Manu : Oui, en 2018 il y a eu pas mal de choses qui se sont passées, notamment des échanges de milliards de dollars. Red Hat a été rachetée par IBM pour 34 milliards. Ça indique essentiellement que le logiciel libre est un bijou ; il a une grosse valeur pour les entreprises qui se le récupèrent.

    Luc : Mais pas pour vous, parce que vous n’y avez pas droit. Les grosses boîtes l’utilisent pour leur propre profit mais ne donnent pas de liberté à leurs utilisateurs. Les Numeriques, « Microsoft ferme le rayon “livres” de son Store », un article de Mathieu Chartier.

    Manu : Là il y a un côté « on vous l’avait bien dit ! »

    Luc : Oui, on vous l’avait bien dit !

    Manu : Parce qu’effectivement il y a un magasin d’applications, enfin de contenus, qui est en train de fermer. En soi ce n’est pas choquant.

    Luc : Les e-books.

    Manu : Effectivement, des e-books protégés par des soi-disant DRM, des menottes numériques, et là, en fermant leur magasin, ils indiquent à tout le monde : « Attention les gars, on efface à distance vos livres achetés sur vos liseuses parce que ce ne sont pas vraiment les vôtres à partir du moment où il y a des menottes numériques dessus. »

    Luc : Dès lors qu’ils ferment leur service, eh bien le système de contrôle des fichiers arrête de fonctionner. Il y a des dommages.

    Manu : Oui, ils remboursent les livres, c’est bien le minimum !

    Nolwenn : Oui, mais il y a aussi des notes qui sont associées à ces livres.

    Manu : Sache que ça va. Ils vont te rembourser 25 dollars pour tout ce que tu as pu faire sur ton livre numérique. Tu es contente !

    Luc : Hou ! C’est trop la fête.

    Nolwenn : Grave !

    Luc : L’ADN, « Écrans publicitaires : comment éviter d’envoyer ses données aux marques », un article de la rédaction.

    Manu : Ça reparle d’informations personnelles, mais là c’est plus précis, ça concerne des écrans publicitaires.

    Nico : Ce sont des écrans publicitaires qui sont arrivés dans le métro. Il y a des caméras qui essayent de détecter les téléphones et autres.

    Manu : Et qui récupèrent des informations techniques.

    Nico : Qui récupèrent des informations techniques du téléphone. Il y a un développeur qui a fait une petite page internet qu’on peut héberger n’importe où. Si vous y allez ça génère des adresses MAC, en fait les identifiants de votre téléphone de manière aléatoire et ça les soumet à l’agence de publicité en disant « je ne veux pas être suivi ». Du coup comme ça, on a démultiplié les possibilités de blacklister des centaines de milliers de téléphones dans la nature.

    Luc : 01net., « Article 17 : cinq questions pour comprendre ce que cette nouvelle règle du droit d’auteur va changer », un article d’Amélie Charnay.

    Manu : C’est l’article 17, mais en fait ça correspond à l’article 13 dont on se plaignait beaucoup ces dernières semaines, ces derniers mois, ça correspond à la directive droit d’auteur qui vient d’être passée au niveau européen.

    Luc : Malheureusement !

    Manu : Grand malheureusement, donc il y a plein de questions qui se posent. Allez jeter un œil sur ce genre d’articles-là, il y en a plein d’autres, il y a plein de choses qui vont se mettre en place à la suite de cette directive, notamment au niveau français.

    Luc : Techniques de l’Ingénieur, « L’open source : des failles qui se multiplient », un article de Philippe Richard.

    Manu : Ce n’est pas un nouveau sujet là aussi. Il y a des failles dans le logiciel libre, qu’ils appellent open source.

    Luc : Dans tous les logiciels.

    Manu : Oui. Il faut toujours rappeler qu’il y a plein de failles partout. Il se trouve que quand c’est du logiciel libre c’est plus facile d’en parler et c’est plus facile de mettre du monde pour corriger.

    Luc : Et c’est plus difficile de le cacher.

    Manu : Et c’est plus difficile de le cacher en général. Mais ça a aussi révélé dans le passé qu’il y avait des logiciels libres utilisés par tout le monde sur Internet, donc une grosse valeur, et que ces logiciels libres étaient parfois développés par une seule personne et il est arrivé qu’il y ait des failles. Maintenant on se rend compte un petit peu qu’il faut investir là-dedans : il faut encourager des développeurs, des équipes de développeurs et il faut s’assurer que l’infrastructure qu’on utilise pour l’informatique de tous le jours fonctionne encore et toujours.

    Luc : C’est quoi notre sujet de la semaine ?

    Nico : On va parler encore censure et YouTube.

    Luc : On avait parlé d'une vidéo1 il y a quelques mois suite à un truc du Joueur du Grenier qui est un type qui fait des vidéos assez marrantes sur des jeux, qui n’est pas du tout un libriste, qui est un peu sensible aux questions d’Internet mais pas tant que ça.

    Manu : Surtout depuis qu’il a une chaîne internet et que l’article 13, dit article 17, est en train de passer.

    Luc : Voilà, tout à fait. Donc à l’époque c’était assez intéressant de voir l’importance et l’influence et le système qui se mettait en place au niveau de YouTube par rapport à la gestion des droits d’auteur et des ayants droit. Si on résume le truc, quelqu’un qui fait une vidéo sur YouTube peut utiliser par exemple de la musique ou des images qui sont couvertes par un droit d’auteur, ou pas d’ailleurs, ou en tout cas qui sont revendiquées par un ayant droit qui dit : « Ces trucs-là sont à moi ». Dans le système de YouTube, l’ayant droit peut récupérer 100 % de l’argent généré par une vidéo dès lors qu’il y a ne serait-ce qu’un petit bout d’un truc qu’il a identifié à lui dans la vidéo.

    Nico : Après le Joueur du Grenier et la musique d’Harry Potter qu’avait été revendiquée par Disney, il y a e-penser donc Bruce Benamran2 qui fait de la vulgarisation scientifique sur une chaîne YouTube, qui a un petit million d’abonnés, donc ce n’est pas non plus un petit inconnu.

    Manu : Il a une certaine notoriété, il passe avec des stars comme Alexandre Astier dans différentes conférences.

    Nico : Donc il a fait une vidéo sur un petit blues man américain qui est mort il y a 70 ans.

    Manu : Donc son œuvre est dans le domaine public.

    Nico : L’œuvre est dans le domaine public et donc il a illustré sa vidéo avec dix secondes d’un extrait musical composé par cette personne-là. Un des ayants droit a décidé de récupérer la monétisation de cette vidéo-là. Bruce n’est pas du tout d’accord, bien entendu, puisqu’il y a le droit de citation en France.

    Manu : Et en plus de ça c’est dans le domaine public.

    Nico : Ce serait compliqué puisque la mélodie en elle-même est dans le domaine public, mais l’interprétation qui a été faite à ce moment-là, potentiellement est bien détenue par des maisons de disques ou autres. En tout cas il a dit : « Non, ça fait partie du droit de citation ; dix secondes sur une vidéo de plusieurs minutes, il n’y a pas photo ! » Donc il a un bouton « faire appel » dans YouTube. Sauf que cet appel-là est traité par l’ayant droit lui-même.

    Luc : C’est un recours gracieux.

    Nico : Voilà. Un recours en disant « voilà mes arguments, pourquoi j’ai le droit de faire ça et j’ai une légitimité de le faire ». Sauf que c’est l’ayant droit qui récupère ce truc-là et qui doit le traiter. Là l’ayant droit dit : « Non, moi je maintiens ma démonétisation. » Là il y a une espèce de deuxième appel possible de fait mais qui va encore une fois auprès de l’ayant droit, avec un mécanisme un peu particulier au sens où si jamais cet appel-là est refusé, toujours par l’ayant droit, vous recevez ce qu'on appelle un strike3.

    Manu : Un avertissement. Je viens de regarder la traduction.

    Nico : C’est un avertissement dans YouTube. Le premier on vous supprime la vidéo en question et on suspend vos droits pendant une semaine ; au deuxième on vous supprime la vidéo et on suspend pendant deux semaines et au troisième eh bien on vous strike complètement votre chaîne YouTube, on vous supprime vos vidéos et votre compte disparaît juste de la surface de la planète. Donc Bruce Benamran a déjà plusieurs dossiers…

    Nolwenn : Benamram ?

    Nico : Benamran. Benamram. [Le nom exact est Benamran, NdT]

    Nico : Il pensait déjà à plusieurs cas comme ça, en fait en cours de gestion. Il y a la première vidéo qui va se faire striker le 8 avril, il y en une autre qui va se faire striker le 24 avril, donc il attend son troisième strike prochainement ; donc ça risque de disparaître.

    Manu : Il semblerait, on est en train de regarder quasiment en temps réel, que lui-même a réagi il y a deux jours et que sa chaîne a été passée en mode privé.

    Luc : On enregistre lundi soir. Il n’y a plus rien ou presque sur sa chaîne. En gros c’est lui qui a pris les devants. À priori c’est ça ?

    Nolwenn : Il n’y a plus rien ou presque sur sa chaîne ou c’est juste que nous on n’y a pas accès parce qu’on n’est pas abonnés à sa chaîne ?

    Manu : Elle est marquée comme privée. Non, non. Même si on était abonnés, vraisemblablement elle est privée donc il n’y a plus que lui qui y a accès. Peut-être qu’il peut partager, mais globalement il a, en quelque sorte, retiré tout ce qu’il avait fait comme contenus sur YouTube. Il y a quelques exceptions mais c’est rare. En gros, d’après son compte Twitter, il l’a fait exprès, en quelque sorte, pour se plaindre à YouTube de ne pas avoir de tierce personne qui prend part dans son conflit avec l’ayant droit.

    Luc : Oui. Parce que là-dedans YouTube, en gros si c’est l’ayant droit qui veut récupérer le pognon qui juge à chaque fois, YouTube là-dedans n’intervient pas.

    Nico : Non. Et puis il pensait essayer de se rapprocher de YouTube en disant « attendez je fais des appels mais c’est toujours la même personne qui me répond. Il faut peut-être que vous tranchiez un peu et que vous m’aidiez. » En fait YouTube a dit : « Non, les conflits entre tiers ça ne nous regarde pas, vous voyez ça entre vous et nous on n’a pas notre mot à dire. » Ne pas prendre position c’est bien sûr prendre position !

    Luc : C’est une neutralité qui n’est quand même pas très honnête.

    Nico : Surtout que Bruce, en fait, a décortiqué tout le mécanisme de Content ID derrière et il montre bien…

    Manu : Content ID ?

    Nico : C’est le filtrage. En fait ce n’est pas un filtrage du coup, il explique bien comment ça marche, mais ce n’est pas un filtrage au sens où ce n’est un robot qui va prendre la décision. Les ayants droit mettent à disposition de YouTube l’intégralité de leur catalogue.

    Manu : De ce qu’ils veulent référencer en tout cas.

    Nico : De ce qu’ils veulent référencer. Le Content ID navigue dans YouTube à partir de règles en fonction du nombre de visiteurs d’une vidéo ou autres et va rapporter à l’ayant droit toutes les vidéos qui contiennent un morceau d’extrait sonore ou vidéo de son propre catalogue. Là il y a des outils pour, en gros, tout sélectionner, démonétiser. Donc c’est juste de l’abattage fait par l’ayant droit.

    Luc : L’ayant droit n’a pas nécessairement l’obligation de justifier qu’il a effectivement les droits dessus. On peut imaginer sans mal qu’il ne va pas faire dans la dentelle et récupérer tout le pognon qu’il peut.

    Nico : On en arrive à des cas comme e-penser. Il était intervenu à France 4 dans une émission qui a diffusé un magnéto de ses propres chaînes YouTube. Il se trouve que France 4 a réclamé la démonétisation de sa vidéo parce qu’elle considérait que c’était du contenu France 4 alors que non, c’était du contenu de e-penser qui était diffusé sur France 4.

    Luc : La solution qu’il aurait ce serait de faire un vrai procès.

    Nico : C’est compliqué. Déjà il faut trouver la bonne juridiction.

    Manu : Comment ça ? C’est compliqué de trouver la bonne juridiction ?

    Nico : Si on parle de YouTube, ça va être dans un tribunal au fin fond de la Californie. Il risque d’y avoir des ayants droit au Texas ou on ne sait pas trop où. Le droit français qui va donner le droit de citation. Le fair use qui existe aux États-Unis mais pas en Europe. C’est un vrai merdier abominable !

    Luc : Hormis le fait que ça coûte une fortune. En gros, s’il se lançait là-dedans ça lui coûterait beaucoup d’argent. On peut supposer que ce sera fini dans dix ans et en attendant, l’ayant droit lui a le doigt sur le bouton et il fait ce qu’il veut.

    Nico : C’est ça.

    Manu : Sachant qu’on est dans un champ qui est en train de bouger. L’article 17 qui vient d’être voté peut chambouler tout ça.

    Nico : Là, pour le coup, ça serait peut-être presque intéressant puisque l’article 17 imposerait d’avoir un tiers neutre pour justement les appels et les prises de décision en cas de conflit ce qui permettrait peut-être…

    Manu : De résoudre ce cas-là en tout cas.

    Nico : De résoudre ce cas-là en particulier. Après c’est toujours pareil, si le tiers neutre, en fait n’est pas si neutre que ça et est toujours à la solde des ayants droit parce que ça m’étonnerait que ça vienne d’un artiste ou d’un truc comme ça.

    Luc : Là on voit Google. On peut supposer que vu tout ce qu’ils se prennent dans les dents avec les ayants droit qui veulent leur prendre l’argent et justement cette loi qui vient de passer qui vise quand même en grande partie à leur pomper de l’argent…

    Manu : Et avec les États. La France a envie de récupérer de l’argent aussi.

    Luc : Du coup ils ne veulent fâcher personne et ils vont dans le sens de celui qui tape le plus fort. Pour moi ça démontre que tous ces systèmes de surveillance automatiques sont inefficaces.

    Manu : Et les systèmes de centralisation. Le contenu centralisé c’est un moyen facile de bloquer une personne sur toute son existence numérique quasiment.

    Luc : Voilà. Celui qui a la main sur le système a le pouvoir, fait ce qu’il veut et peut choper 100 % des revenus d’une vidéo alors qu’il n’y a qu’une toute petite fraction qui est couverte par un droit d’auteur.

    Nico : Après la centralisation a aussi des intérêts. Par exemple la modération est très difficile à faire dans un contexte distribué puisque, du coup, chaque personne va devoir se prendre par la main et faire le boulot, alors qu’on a vraiment des gros gains à tout centraliser et avoir une modération centrale avec des vraies personnes formées, y compris au niveau psychologique. Par exemple, si on parle de censure terroriste ou de la pédopornographie, il y a intérêt à avoir le cœur bien accroché.

    Manu : Je pense que tu abuses en disant que les gens ont été formés. Il y a des documentaires là-dessus.

    Nolwenn : Oui. Il y a le cas de Facebook qui est apparu il y a quelques mois où justement il y a des modérateurs qui sont en grande détresse psychologique parce qu’ils ont vu passer des choses vraiment pas sympas.

    Manu : Et ils n’étaient pas formés du tout.

    Nolwenn : Voilà.

    Luc : Depuis le début d’Internet les modérateurs ce sont des communautés, ce sont en général des bénévoles qui font partie d’une communauté avec des gens qui se foutent sur la gueule comme partout. C’est plus ou moins bien, mais il y a quelque chose de foncièrement humain, de foncièrement social dedans et pas quelqu’un qui est payé pour cliquer toute la journée sur des trucs.

    Manu : Il y a une alternative qu’on promeut ici, dont on discute régulièrement qui s’appelle ?

    Luc : PeerTube4.

    Nico : PeerTube.

    Manu : C’est décentralisé, c’est plutôt intéressant technologiquement, ça a été proposé à Bruce donc le responsable de e-penser, enfin le créateur de e-penser, malheureusement il a mal réagi.

    Luc : Qu’est-ce qu’il a répondu ?

    Nolwenn : En gros il a répondu que PeerTube il y a du « porn chelou » et des snuff movies.

    Manu : Des snuff movies ? Hein ? Quoi ?

    Luc : On ne va pas en parler ! Ce n’est pas un libriste. Il dit aussi qu’il est dans la défense de son bon droit, etc., mais l’alternative ne l’intéresse pas trop. C’était à peu près le même topo avec le Joueur du Grenier quand il avait fait sa vidéo. Ce sont des gens qui ont une grosse audience et à mon sens c’est une des faiblesses qu’on a aujourd’hui dans les alternatives qui sont proposées par le monde du Libre, c’est que techniquement ça marche et c’est prometteur ; il y a des gens hyper-motivés, hyper-compétents et pleins de talent, mais il y a cette question de ce que moi j’appelle l’économie de la rareté : il y a une rareté, c’est le fameux temps de cerveau disponible.

    Manu : L’attention.

    Luc : L’attention. Nos journées ne font que 24 heures, on passe quelques heures devant un écran. Le fait de découvrir quelqu’un, le fait de passer du temps à regarder, etc., tout ça c’est une rareté et aujourd’hui les GAFAM sont très forts pour maîtriser ça et dans le Libre on n’a pas grand-chose.

    Nico : Il y a aussi l’économie tout court puisqu’il y a le problème de la monétisation. Ça pose beaucoup moins de questions avec des alternatives comme Tipeee, Patreon.

    Manu : Donc des outils de don.

    Nico : De don direct.

    Luc : Il y a aussi des gens qui font de la pub directe, même si moi je n’aime pas la pub, ils peuvent être indépendants de la plateforme au niveau financier. Mais dès lors qu’ils n’arrivent pas à exister dans l’espace et à avoir suffisamment de public, même si ce qu’ils font est très bien, eh bien c’est foutu.

    Nico : Ça ne marchera pas.

    Luc : Ça ne peut pas marcher ! À mon sens c’est vraiment un truc sur lequel il faut réfléchir : nos propres alternatives et ce qu’on a à proposer.

    Manu : Ça va sûrement évoluer et puis ça va évoluer au niveau de e-penser parce que là sa chaîne passée en privé ça va sûrement bouger, on va voir. Est-ce qu’on en parle ? Pour l’instant ça n’a pas été repris sur les médias. Peut-être qu’il n’est pas assez connu pour cela, pour l’instant. Peut-être que vous allez en entendre parler demain sur France 2 et on aura été les premiers à en parler, pour ce que ça peut servir. En tout cas bonne chance à lui quand même parce qu’il se trouve confronté à une machine invulnérable et ce n’est pas lui qui va pouvoir la faire tomber.

    Luc : Très bien. Nous on reste indépendants de YouTube et on se retrouve la semaine prochaine.

    Manu : À la semaine prochaine.

    Nolwenn : À la semaine prochaine.

    Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (16 avril 2019) - CHATONS - Transcriptions - Chronique juridique

    jeu, 04/11/2019 - 10:37
    Début: 16 Avril 2019 - 15:30Fin: 16 Avril 2019 - 17:00

    (Ré)-écouter en ligne --> Lire la transcription

    -->

    La vingt-et-unième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 16 avril 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

    Notre sujet principal portera sur le Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) avec : Angie Gaudion de Framasoft, Denis Dordoigne d'INFINI et Christian Pierre Momon du Chapril. Nous aurons également la chronique de Marie-Odile Morandi « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » et la chronique juridique de Noémie Bergez.

    Écouter le direct mardi 16 avril 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

    Liens utiles Les archives de l'émission

    Écouter les émissions précédentes

    Libre en Fête : record d'événements proposés

    mer, 04/10/2019 - 15:44

    L’édition 2019 du Libre en Fête vient de se terminer et le bilan est plus que positif : 254 événements ont été référencés dans le cadre de cette initiative, ce qui représente un nouveau record (l'ancien record, 216 événements, remontait à 2009).

    Chaque année depuis 2002, l’April invite les groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres, ainsi que toute organisation ayant à cœur la promotion du logiciel libre à proposer, à l’arrivée du printemps, des événements de découverte du Libre à destination du grand public, dans une dynamique conviviale et festive.

    Grâce à la mobilisation de nombreuses structures partout en France, et également en Belgique et en Suisse, le grand public a eu l'opportunité de s'initier aux applications et aux systèmes d'exploitations libres, de se familiariser avec les projets collaboratifs en ligne, de découvrir comment améliorer la sécurité de ses navigations sur le web, et bien plus encore.

    Nous tenons à remercier très chaleureusement toutes les personnes et structures qui ont organisé ces événements : leur action a assuré le succès du Libre en Fête 2019.

    Rendez-vous l'année prochaine !

    Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 9 avril 2019 sur radio Cause Commune - Wikipédia – chronique « Partager est bon » sur écoles et logiciels libres

    mar, 04/09/2019 - 15:30

    Nous avons commencé par la chronique de Véronique Bonnet (« partager est bon ») sur le thème « Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement du logiciel libre »). Nous avons enchainé avec notre sujet principal qui portait sur Wikipédia avec nos invités : Pierre-Yves Beaudouin et Nadine Le Lirzin, président et secrétaire de Wikimédia France. Nous avons poursuivi avec un point sur la proposition de directive droit d'auteur. Nous avons terminé par diverses annonces.

    (Ré)-écouter en ligne    --> Écouter le direct mardi 9 avril 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

    Podcasts des différents sujets abordés

    Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

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    --> toc_collapse=0; Sommaire 
    1. Podcasts des différents sujets abordés
    2. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
    3. Programme de l'émission du 2 avril 2019
    4. Personnes participantes
    5. Références pour la partie sur la chronique de Véronique Bonnet (« Partager est bon »)
    6. Références pour la partie Wikipédia et la fondation Wikimédia
    7. Référence pour la directive droit d'auteur
    8. Référence pour la partie annonces
    9. Pauses musicales

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h.

    N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

    Programme de l'émission du 2 avril 2019

    La dix-neuvième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 2 avril 2019 de 15 h 30 à 17 h.

    Au programme :

    • chronique de Véronique Bonnet (« partager est bon ») sur le thème « Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement du logiciel libre »)
    • Wikipédia et la fondation Wikimédia
    • diverses annonces.
    Personnes participantes

    Les personnes qui ont participé à l'émission :

    • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
    • Étienne Gonnu, chargé de missions affaires publiques à l'April
    • Pierre-Yves Beaudouin, président et secrétaire de Wikimédia France
    • Nadine Le Lirzin, secrétaire de Wikimédia France
    • Isabella Vanni, coordinatrice vie association et responsable projets à l'April
    Références pour la partie sur la chronique de Véronique Bonnet (« Partager est bon ») Références pour la partie Wikipédia et la fondation Wikimédia Référence pour la directive droit d'auteur Référence pour la partie annonces Pauses musicales

    Les références pour les pauses musicales :

    Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 2 avril 2019

    mar, 04/09/2019 - 07:00


    Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 2 avril 2019 sur radio Cause Commune
    Intervenants : Jean-Christophe Becquet - Magali Garnero - Didier Clermonté - Romain Volpi - Isabella Vanni - Étienne Gonnu - Frédéric Couchet
    Lieu : Radio Cause Commune
    Date : 2 avril 2019
    Durée : 1 h 30 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Page des références utiles concernant cette émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    toc_collapse=0; Sommaire 
    1. Transcription
      1. Chronique « Pépites libres »
      2. Sujet principal « Bouge ton GULL »
      3. Chronique « Le libre fait sa comm' »
      4. Annonces

    Transcription

    Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Je vous rappelle que la radio dispose d’un webchat, donc vous pouvez utiliser votre navigateur web préféré, si possible libre, vous rendre sur le site de la radio causecommune.fm, cliquer sur « chat » et nous rejoindre sur le salon dédié à l’émission.
    Nous sommes mardi 2 avril 2019, nous diffusons en direct mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

    Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

    Le site web de l’April c’est april.org, a, p, r, i, l, point org et vous y retrouvez d´ores et déjà une page consacrée à l’émission du jour avec un certain nombre de références. Cette page sera bien entendu mise à jour après l’émission avec les références que l’on citera au cours de l´émission. Je vous souhaite une excellente écoute.

    Nous allons passer au programme du jour.
    Dans quelques secondes nous allons commencer par la chronique de Jean-Christophe Becquet, président de l’April. La chronique est intitulée « Pépites libres ». Normalement Jean-Christophe est avec nous au téléphone. Bonjour Jean-Christophe.

    Jean-Christophe Becquet : Bonjour.

    Frédéric Couchet : On se retrouve tout de suite. D’ici une quinzaine de minutes nous allons parler de notre sujet principal, les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres, ce qu’on appelle les GULL, avec mes trois invités que je présenterai tout à l’heure, trois invités de talent ; ils représentent chacun un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres .
    En fin d’émission nous aurons la chronique de ma collègue Isabella Vanni « Le libre fait sa comm’ » et nous aurons l’occasion notamment de parler d’un événement qui va se passer à Lyon ce week-end.
    À la réalisation mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

    Étienne Gonnu : Salut Fred.

    Frédéric Couchet : Étienne s’est levé pour parler dans le micro. Il ne s’y attendait pas.

    Tout de suite place au premier sujet. Nous allons commencer par l’intervention de Jean-Christophe Becquet. Jean-Christophe est président de l’April. Sa chronique intitulée « Pépites libres » a pour objectif de nous présenter une ressource sous licence libre – ça peut être un texte, une image, une vidéo, une base de données – sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile, et les auteurs de ces pépites ont choisi de mettre l’accent sur les libertés accordées à leur public. Aujourd’hui, Jean-Christophe, tu souhaites nous parler d’un jeu de données diffusé sous licence ouverte qui s’appelle le RNE, le Répertoire national des élus. Jean-Christophe, nous t’écoutons.

    Chronique « Pépites libres »

    Jean-Christophe Becquet : Bonjour. Le RNE est donc une ressource en open data, c’est-à-dire une donnée produite par une administration ou une collectivité qui est mise à disposition des citoyens sous licence libre. RNE est l’acronyme de Répertoire national des élus. Ce jeu de données fourni par les préfectures et les services du ministère de l’Intérieur contient des informations sur les personnes titulaires d’un mandat électoral. On y trouve des informations comme le nom, le sexe, la date de naissance, la profession ainsi que les dates de début et de fin de mandat pour les différents étages du mille-feuille administratif : les communes, les départements, les régions, l’État et l’Europe.
    Cela peut paraître surprenant, mais cette mise à disposition sous licence libre des informations sur les élus est en fait très récente. Elle date du mois de janvier 2019. Le collectif Regards Citoyens avait d’ailleurs salué la publication fort attendue de ce Répertoire national des élus tout en regrettant la fréquence de mise à jour, seulement trimestrielle, alors que des élections partielles impactant les données ont lieu toute l’année. On peut espérer que cela évolue avec le temps.
    Le RNE est un fichier très utile pour l’action citoyenne. Par exemple, pendant les débats sur la directive droit d'auteur au Parlement européen, l’April appelait les personnes attachées à un Internet ouvert à contacter leurs représentants au Parlement européen. Et ce n’est pas parce que le résultat du vote nous déplaît qu’il faut arrêter d’agir, bien au contraire ! Pour ma part, j’adresse chaque jour à un acteur local dans ma région, depuis 2010, un courrier de sensibilisation aux enjeux du logiciel libre. Pour mener à bien ce type d’action, une liste des élus s’avère très utile.
    Un des critères pour mesurer la réussite d’une publication en open data est ce qu’on appelle les réutilisations. Ce sont des exemples d’usages du jeu de données pour un article, une infographie, ou une application.
    Le RNE publié sur le portail national data.gouv.fr a fait l’objet de plusieurs réutilisations. Par exemple, le site polipart.fr permet de retrouver en fonction de sa commune de résidence, les élus qui nous représentent. Autre exemple, un article du Dauphiné s’est appuyé sur le RNE pour montrer comment se répartissent nos élus par profession, par sexe ou par âge en fonction du type de mandat. Et ce type d’analyse n’est pas réservé à des experts. Un élève de troisième s’est servi du RNE pendant son stage chez Etalab pour réaliser avec des logiciels libres, une analyse statistique sur nos élus.
    Ces ressources en open data améliorent la transparence de l’action publique ; elles encouragent l’innovation et elles constituent un formidable support pédagogique. Par exemple, j’enseigne les systèmes d’information géographique, des logiciels qui permettent d’analyser les données inscrites sur un territoire. Il y a dix ans, je n’avais pas d’autre choix que de faire mon cours sur les parcs naturels des États-Unis, faute de données libres disponibles en local. Aujourd’hui on trouve des données sur n’importe quelle commune ou région de France. Grâce aux licences libres, mes étudiants peuvent utiliser ces informations sans restriction dans leurs projets personnels ou professionnels.
    J’aimerais donc pour conclure inviter nos auditeurs à rechercher, à demander et à réutiliser des données en open data en fonction de leurs centres d’intérêt. Le champ est très large : ça peut concerner la vie politique, l’économie, les transports, mais aussi le patrimoine avec les bibliothèques et les musées qui partagent de plus en plus de bases de connaissance en open data, nouvelles pépites, sans doute, pour des chroniques en perspective.

    Frédéric Couchet : Oui. Ça ouvre le champ à de nouvelles chroniques « Pépites libres ». Comme tu le dis c’est très récent, c’est janvier 2019. Je suppose que c’est le ministère de l’Intérieur qui a publié ce Répertoire national des élus.

    Jean-Christophe Becquet : Effectivement une partie des données vient du ministère de l’Intérieur et le reste des préfectures départementales, en fonction des différents échelons d’élus.

    Frédéric Couchet : D’ailleurs précisons. Ce répertoire, en fait, comprend neuf échelons, il y a neuf fichiers. Ça va des conseillers au niveau du conseil municipal jusqu’aux maires, en passant par les sénateurs, députés, les représentants aussi au Parlement européen, donc c’est très large. Neuf fichiers et, comme tu le dis, une des réutilisations qui a été faite sur le site du Dauphiné c'est de regrouper toutes ces données dans un seul fichier, notamment parce qu’il y a certainement des élus qui, je suppose, apparaissent plusieurs fois dans plusieurs fichiers parce qu’il y encore le cumul des mandats qui existe ; donc un travail qui a été fait par Le Dauphiné c’est de regrouper.
    Les informations qui sont dans ce fichier c’est quoi ? C’est nom, prénom, date de naissance, profession ? Ou est-ce qu’il y a d’autres types de données concernant les élus ?

    Jean-Christophe Becquet : Non. Dans ce fichier-là c’est tout. Ce sont effectivement des informations assez minimalistes. Un des intérêts, une réutilisation possible ce serait bien sûr de croiser ce fichier avec d’autres jeux de données pour avoir des informations complémentaires. Un des exemples que je donnais, le site Polipart croise mais c’est dans l’autre sens, c’est-à-dire qu’on a une base de données d’adresses dans laquelle on saisit en fait son adresse qui correspond à son lieu de résidence et, en fonction de ça, avec une base de données adresses et le Répertoire national des élus, ça nous sort pour chaque échelon du mille-feuille administratif l’élu dont on dépend, donc le maire, les présidents des conseils départemental et régional, les élus nationaux et européens, députés, sénateurs et les parlementaires européens.

    Frédéric Couchet : D’accord. Où peut-on trouver ce site, enfin la source originale ? Sur quel site ?

    Jean-Christophe Becquet : Ce fichier est hébergé sur le portail national français open data dont l’adresse est data.gouv.fr et j’ai mis le lien direct pour télécharger le RNE en particulier, donc un des multiples jeux de données hébergés sur le portail data.gouv.fr, sur la page de l’émission, sur le site de l’April.

    Frédéric Couchet : D’accord. On précise que comme tu parles d’open data, ce sont des données ouvertes. On a consacré une émission sur le sujet, de mémoire en octobre 2018 ; évidemment on consacrera à nouveau des émissions. Ces données sont diffusées sous une licence ouverte qui permet la réutilisation y compris pour des usages commerciaux donc c’est très important. Tu as cité tout à l’heure cet élève de troisième qui a fait un stage chez Etalab. Il faut préciser peut-être ce qu’est Etalab. Est-ce que tu peux nous préciser ce qu’est Etalab ?

    Jean-Christophe Becquet : Etalab est un service de l’État qui s’occupe de la politique nationale open data, c’est-à-dire qu’il vise à encourager les administrations en particulier et à accompagner également les collectivités dans la publication de jeux de données publiques sous licence libre. Effectivement ce jeune, élève de troisième, a fait un stage d’une semaine chez Etalab pendant lequel on lui a demandé de travailler sur le Répertoire national des élus pour y extraire des statistiques. Le service Etalab est très gros consommateur de logiciels libres, donc le travail qui a été fait par cet élève de troisième a été également réalisé avec des logiciels libres.

    Frédéric Couchet : On va peut-être indiquer pour Etalab qu’on espère que ça va se poursuivre, parce que les annonces récentes, les événements récents, les mouvements chez Etalab notamment avec le départ d’un contributeur majeur d’Etalab et les propos tenus par le nouveau directeur, le nouveau DINSIC, Direction informatique numérique – j’ai un trou de mémoire sur ce que signifie DINSIC –, en gros la nouvelle personne en charge de la stratégie informatique de l’État. Ses propos, dans une récente interview, laissaient penser à quelques inquiétudes par rapport à la partie logiciel libre-données publiques. Mais bon ! On verra sur les faits et on verra aussi selon l’impulsion que donnera le nouveau ministre en charge du Numérique Cédric O qui remplace Mounir Mahjoubi.
    Tout à l’heure tu parlais de Regards Citoyens. Regards Citoyens a mis en place une copie ou en tout cas une sauvegarde journalière des données de manière à être sûrs qu’elles resteront disponibles régulièrement. C’est sur le site de Regards Citoyens. Je crois, si je me souviens bien, que c’est une mise à jour tous les jours.

    Jean-Christophe Becquet : Oui, tout à fait. Il y a un double intérêt : le premier intérêt c’est effectivement une préservation de l’accès à la donnée en cas de défaillance ou de changement de politique au niveau d’Etalab qui gère le site data.gouv.fr. Un autre intérêt c’est de pouvoir faire des comparaisons sur l’historique de ce fichier.
    J’évoquais tout à l’heure, effectivement, le point de progrès sur la fréquence de mise à jour. Aujourd’hui Etalab annonce que ce fichier doit être mis à jour de manière trimestrielle. Comme il a été publié pour sa première version début janvier on n’a pas encore eu de mise à jour sur ce fichier. Ce qui m’intéressait énormément par exemple dans mon département c’est de savoir quelles sont les communes qui ont changé de maire depuis le début de l’année pour avoir les noms des nouveaux élus et pouvoir leur adresser un courrier de sensibilisation au logiciel libre. En attendant que ce fichier passe avec une mise à jour qu’on pourrait espérer hebdomadaire, voire quotidienne, on peut effectivement utiliser ce service mis en place par Regards Citoyens qui, dès qu’une seconde version du fichier sera parue, permettra de voir les différences, les évolutions entre les versions successives.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. Grâce à l’aide d’une des invitées ici présentes j’ai la définition exacte de DINSIC donc c’est Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État.
    J’en profite : un jour tu nous parleras un petit peu de cette initiative que tu mènes depuis 2010 d’envoyer chaque jour un courrier à un élu de ta région. Si je calcule bien ça doit faire pas loin de 25 000 courriers ou 2500, plutôt 2500, peut-être pas 25 000. En tout cas c’est vraiment très important et je pense que tu nous feras un petit retour.
    J’en profite pour signaler aussi, comme on parle de données ouvertes, que tu interviendras normalement le 30 avril dans une émission consacrée à OpenStreetMap, donc le 30 avril sans doute avec Christian Quest d’OpenStreetMap et sans doute une troisième personne.
    Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose, Jean-Christophe, sur cette pépite libre ?

    Jean-Christophe Becquet : Non, c’est tout pour aujourd’hui. Je répète juste mon appel : consommez et demandez de l’open data pour enrichir à la fois le contenu de ce portail opendata.gouv.fr et les portails régionaux et départementaux qui se développent un peu partout sur le territoire. Plus on aura des données libres dans tous les domaines sur tous les territoires, plus ça rendra possibles des initiatives intéressantes et originales.

    Frédéric Couchet : C’est une belle conclusion, merci Jean-Christophe. On se retrouve le 30 avril pour une intervention sur OpenStreetMap et notamment ce que tu fais dans ta région. Et on se retrouvera en mai pour la prochaine chronique « Pépites libres ». Nous te souhaitons de passer une belle journée.

    Jean-Christophe Becquet : Entendu. Bonne suite d’émission. À très bientôt. Au revoir.

    Frédéric Couchet : Merci. Nous allons passer à une petite pause musicale. Le morceau s’appelle Dolling par CyberSDF et on se retrouve juste après.

    Pause musicale : Dolling par CyberSDF.

    Sujet principal « Bouge ton GULL »

    Frédéric Couchet : Vous êtes toujours sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Vous écoutez l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
    Nous venons d’écouter Dolling par CyberSDF. Les références se trouvent évidemment sur le site de l’April dans la page consacrée à l’émission du jour.

    Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres. Je vais présenter mes invités. Nous allons commencer par Magali Garnero. Bonjour Magali.

    Magali Garnero : Salut Fred.

    Frédéric Couchet : Didier Clermonté. Bonjour Didier.

    Didier Clermonté : Bonjour Fred.

    Frédéric Couchet : Romain Volpi. Bonjour Romain.

    Romain Volpi : Bonjour Fred.

    Frédéric Couchet : On aurait pu intituler ce sujet « Bouge ton GULL », oui j’ai osé le faire, parce qu’en fait l’acronyme pour groupe d’utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres c’est GULL, G, U, deux L ; ces groupes existent depuis au moins une vingtaine d’années. On va échanger un petit peu avec nos invités qui chacun et chacune sont bénévoles dans un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices. Magali représentera évidemment Parinux, la région parisienne ; Didier Clermonté LINESS, l’Essonne et le régional de l’étape, plutôt régional de la région de Lyon, Romain Volpi pour l’association lyonnaise qui s’appelle l’ALDIL et qui interviendra ensuite dans la chronique avec Isabella pour présenter un événement important dans, on va dire, l’agenda libriste annuel que sont les Journées du Logiciel Libre de Lyon qui ont lieu ce week-end.

    Déjà première chose, on va faire un petit tour de table de présentation pour savoir ce que vous faites dans la vie. Allez Magali, qu’est-ce que tu fais dans la vie, Magali Garnero.

    Magali Garnero : Je suis libraire, je ne suis pas du tout informaticienne et j’anime une petite librairie de quartier dans le 11e arrondissement de Paris où je vends pas mal de livres dont certains Framabooks, des Floss Manuals, bref des livres que vous ne trouvez nulle part ailleurs. Je suis également trésorière de Parinux et administratrice à l’April.

    Frédéric Couchet : Et Framasoft aussi.

    Magali Garnero : Et membre de Framasoft.

    Frédéric Couchet : Et membre de Framasoft. Donc elle multi-casquettes. Pour les personnes à qui le nom Magali Garnero ne dirait rien, vous pouvez chercher Bookynette.

    Frédéric Couchet : Voilà, avec un « y ».

    Frédéric Couchet : Avec un « y ». Elle est plus connue sous ce nom-là. Didier Clermonté qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

    Didier Clermonté : Je suis retraité, j’ai 71 ans, j’ai été de base ingénieur des travaux publics, j’ai fait ma carrière essentiellement en bureau d’études génie civil donc j’ai rédigé des notes de calcul. J’ai développé des petites logiciels techniques et maintenant je suis président de LINESS qui est le GULL de l’Essonne. LINESS comme Linux Essonne.

    Frédéric Couchet : Très bien. Et Romain Volpi, tu fais quoi ?

    Romain Volpi : Je travaille dans une petite société d’informatique sur Lyon. Sinon je suis administrateur de l’ALDIL qui est l’Association lyonnaise de développement de l’informatique libre et membre de l’April et de Illyse.

    Frédéric Couchet : Très bien. Illyse c’est Saint-Étienne.

    Romain Volpi : C’est Lyon Saint-Étienne.

    Frédéric Couchet : Lyon Saint-Étienne. OK. Première question collective évidement, c’est quoi un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres, donc c’est quoi un GULL ? D’où vient ce terme et quels sont les objectifs de ces groupes ? Quels sont les publics visés ? Qui veut commencer ? Magali.

    Magali Garnero : GULL, c’est la traduction de LUG, Linux User Group. On va dire que ce sont des gens bien qui se sont retrouvés ensemble pour utiliser les logiciels libres et surtout les défendre, les promouvoir et les améliorer.

    Frédéric Couchet : Effectivement, historiquement le nom anglais vient de Linux User Group. Linux est une partie du logiciel libre : c’est un noyau de système d’exploitation. Ça a été francisé après par GULL, groupes d’utilisateurs de logiciels libres, parce que effectivement initialement c’était plutôt des gens qui utilisaient des systèmes d’exploitation que nous on appelle GNU/Linux, pour rendre aussi le travail, mettre aussi en valeur le travail du projet GNU notamment de la Fondation pour le logiciel libre de Richard Stallman. Aujourd’hui même si initialement c’était des gens qui utilisaient plutôt un système de type GNU/Linux, aujourd’hui ça regroupe plutôt des gens qui utilisent globalement du logiciel libre ; ça peut être du logiciel libre sur des environnements privateurs comme Windows ou Mac, voire d’autres systèmes libres comme les systèmes de la famille BSD.
    Ça existe depuis combien de temps ? Il y a d’ailleurs une petite question aux trois GULL. On va utiliser le terme GULL, ça ira plus vite comme ça pendant l’émission, vos trois GULL existent depuis combien de temps ? Romain, l’ALDIL à Lyon ?

    Romain Volpi : Une vingtaine d’années.

    Frédéric Couchet : Une vingtaine d’années. LINESS en Essonne ?

    Didier Clermonté : Depuis 2000,19 ans.

    Frédéric Couchet : 19 ans, ah oui ! Et Parinux ?

    Magali Garnero : À priori 1998.

    Frédéric Couchet : Je confirme. Étant plus vieux que Magali et étant déjà à l’époque activiste logiciel libre, j’ai assisté à la naissance de Parinux. Donc là ce sont des groupes qui existent depuis assez longtemps et effectivement, sans doute que les premiers ça doit faire 20-25 ans qu’ils doivent exister ; maintenant il y a des groupes qui existent depuis plus récemment, évidemment.
    Là on a trois types différents. Quelles sont les principales activités ? Quels sont les principaux objectifs d’un GULL ? Didier.

    Didier Clermonté : Je ne parlerai pas en règle générale, je parlerai pour LINESS. Quand on installe un système GNU/Linux, les gens nous disent : « Vous êtes bien gentils mais après qui va me faire de l’assistance ? » Donc mon but c’est que les gens aient un point où ils savent que tous les 15 jours ils peuvent venir, 53 rue Monttessuy à Juvisy, et ils seront dépannés dans la mesure du possible. C’est un point de maintenance, un point d’assistance, de l’assistance à l’utilisateur en fait.

    Frédéric Couchet : Donc c’est une permanence qui a lieu tous les ?

    Didier Clermonté : 15 jours.

    Frédéric Couchet : 15 jours. Donc tous les 15 jours, LINESS, vous avez une permanence physique où les gens peuvent venir. C’est quoi ? C’est le soir ? Le week-end ?

    Didier Clermonté : C’est le samedi après-midi. Tout le samedi après-midi.

    Didier Clermonté : Tout le samedi après-midi. D’accord. C’est important parce que c’est une activité que n’ont pas forcément tous les GULL, d’avoir une permanence régulière. Pour les gens qui sont en Essonne c’est à Juvisy, on mettra l’adresse sur le site, sinon vous allez sur le site de LINESS, c’est liness.org, avec deux « s », l, i, n, e, deux s.

    Didier Clermonté : Comme Line et Essonne.

    Frédéric Couchet : La principale activité, le but c’est d’offrir de l’aide aux personnes qui découvrent le logiciel libre et de le faire en plus de façon récurrente, quelque part, avec un rendez-vous régulier. Est-ce que vous organisez aussi des conférences à LINESS en dehors de ces ateliers ?

    Didier Clermonté : Historiquement c’est arrivé. Depuis que je suis président, non, mais historiquement c’est arrivé. Oui, il y a eu des conférences ; LINESS a un vidéoprojecteur. Pour l’instant c’est un peu en sommeil.

    Frédéric Couchet : D’accord. Et quel type de public vient à ces rendez-vous ?

    Didier Clermonté : Absolument n’importe qui. On n’a pas de tranche d’âge.

    Frédéric Couchet : D’accord. Vous n’avez pas un public type ; ça pourrait être un public de jeunes qui découvrent l’informatique ou au contraire comme toi de retraités qui veulent s’y mettre ou qui veulent changer de système, ou de professionnels.

    Didier Clermonté : Il y a absolument de tout.

    Frédéric Couchet : De tout. D’accord. Côté Parinux, quels sont les publics visés, les principales activités, même si après on pourra rentrer un peu plus dans le détail, de Parinux ?

    Magali Garnero : Si je ne rentre pas le détail on va dire que c’est tout public. Pour certains événements à la Cité des sciences on accueille tous ceux qui veulent venir. Pour d’autres événements ça va être beaucoup plus restrictif comme les soirées de contribution où on n’accueille que les gens qui viennent contribuer à des projets libres. Après il y a les apéros, les villages, on va un peu partout et là c’est ouvert vraiment à tous.

    Frédéric Couchet : On va rentrer un peu plus dans le détail tout à l’heure, mais je vais quand même rappeler que tu as cité trois types, deux événements récurrents, on va les préciser. Des événements à la Cité des sciences et de l’industrie, ce sont les Premier samedi, c’est facile de s’en souvenir, c’est le premier samedi du mois. On va supposer que le prochain a lieu le, tu vérifies, le 6 avril 2019.

    Magali Garnero : On est quel jour ?

    Frédéric Couchet : On est mardi. C’est à la Cité des sciences et de l’industrie, au Carrefour numérique, à partir de ?

    Magali Garnero : De 14 heures.

    Frédéric Couchet : De 14 heures. Je cherchais si c’était 13 heures ou 14 heures.

    Magali Garnero : On se retrouve à 13 heures pour manger à la pizzeria et après on va bosser.

    Frédéric Couchet : Donc les personnes qui viennent se sensibiliser au logiciel libre vous avez l’information secrète. Maintenant il vous reste à trouver le nom de la pizzeria et l’adresse, mais je pense que Magali vous la donnera. Les Premier samedi on va supposer que c’est plutôt un public néophyte qui découvre.

    Magali Garnero : Voilà.

    Frédéric Couchet : Les soirées de contribution, on y reviendra tout à l’heure parce que c’est important, c’est un public un peu différent, parce que c’est comment contribuer au logiciel libre et pas forcément d’un point de vue technique. Là aussi c’est récurrent dans le sens où c’est chaque jeudi à la célèbre FPH qu’on cite très régulièrement dans cette émission, dans le 11e arrondissement de Paris, c’est à 19 heures ; la prochaine a lieu jeudi 4 avril à partir de 19 heures. Et puis tu as cité des événements, c’est-à-dire la présence de bénévoles du GULL à des événements qui peuvent être très variés comme l’espace numérique de la Fête de l’Huma ou des salons un peu plus professionnels comme le POSS, le Paris Open Source Summit, à la fin de l’année. Oui, je sais, je cite des événements des fois comme ça ! Côté ALDIL est-ce que c’est la même chose ou c’est un peu différent ?

    Romain Volpi : En fait l’ALDIL a été créée pour gérer l’avènement qui a lieu tous les ans, les JDLL, les Journées du Libre lyonnais. Après on a développé d’autres événements plus réguliers. Tous les jeudis, par exemple, on a des permanences dans une MJC, une Maison des jeunes et de la culture.

    Frédéric Couchet : Et culture. Maison des jeunes et de la culture.

    Romain Volpi : C’est ça, sur Lyon, où les gens peuvent venir ; ce sont les Jeudis Bidouille, c’est ouvert à tous. On a les lundis aussi dans une autre MJC de Lyon. Après on accompagne aussi des MJC pour migrer sous Linux et on a aussi, une fois par mois, une conférence qui a lieu le jeudi soir, plus deux, trois install-parties dans l’année et deux, trois salons où on défend le logiciel libre.

    Frédéric Couchet : La conférence c’est à La Maison des Rancy.

    Romain Volpi : À la Maison des Rancy. Oui. Maison Pour Tous des Rancy.

    Frédéric Couchet : Maison Pour Tous des Rancy. Ça me dit quelque chose parce que j’y suis déjà intervenu justement. On voit des événements assez variés avec quand même des permanences. C’est important pour les personnes qui nous écoutent de se dire que ces groupes d’utilisateurs proposent généralement des permanences. Je précise que même si on a des représentants et une représentante de Paris, l’Essonne et puis de Lyon, évidemment il y a de nombreux GULL qui existent. Le site de référence pour les retrouver c’est un site qu’on cite à chaque émission également, c’est l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, sur lequel vous pouvez faire une recherche. Il n’y a pas que des GULL d´ailleurs il y a d’autres structures qui sensibilisent au logiciel libre. Normalement dans votre région va dire que vous avez un GULL qui ne doit pas être très loin, peut-être pas à 500 mètres, mais pas forcément très loin et que, globalement, vous allez retrouver les mêmes types d’activités avec des permanences, des conférences, de la présence à des ateliers. Je précise, si vous cherchez, si vous êtes dans une région, par exemple à Montpellier, eh bien vous allez voir Montpel’libre et si vous êtes dans une région pour laquelle vous ne savez pas s’il en existe un, vous allez sur l’Agenda du Libre. Magali.

    Magali Garnero : agendadulibre.org/organisations au pluriel, vous tapez votre ville, votre département, vous les trouvez et ils font aussi des apéros. C’est une activité dont on n’a pas parlé alors que c’est quand même assez fédérateur.

    Frédéric Couchet : C’est une activité dont on parle à peu près à chaque émission parce que c’est vrai que c’est une activité fondamentale pour la sensibilisation au logiciel libre et pour le partage, parce que lors des apéros on ne partage pas que les logiciels, on partage autre chose. Romain tu voulais ajouter quelque chose.

    Romain Volpi : Oui. Ce qui est important à dire aussi c’est que c’est ouvert à tous et pas seulement aux membres des associations ; généralement on accueille aussi les gens qui ne sont pas membres. Certains adhérent justement à ce moment-là, mais ce n’est pas une obligation d’adhérer ; c’est un partage avant tout.

    Frédéric Couchet : C’est important de le préciser parce que, effectivement, ce ne sont pas des services, quelque part, c’est ouvert à toute personne. D’ailleurs il peut y avoir des groupes qui fonctionnent différemment ; effectivement vos trois groupes fonctionnent de cette façon-là.

    Sur la partie JDLL dont tu parlais tout à l’heure, les Journées du Logiciel Libre, on ne va pas trop rentrer dans le détail parce que sinon ma collègue Isabella, qui fait sa chronique tout à l’heure sur ce sujet avec toi, se dira de quoi je peux parler, mais on en parlera parce que c’est un événement important et en plus très sympathique. Pour y avoir participé de nombreuses fois, je trouve que c’est un des événements les plus sympathiques qui existent en France même si les autres événements sont sympathiques. Mais en tout cas l’organisation est fiable, il y a du public, c’est varié, mais on laissera évidemment Isabella en parler.
    Vous, vous êtes bénévoles. Une caractéristique des GULL, par rapport à d’autres structures – par exemple à l’April on n’est pas un GULL en tant que tel, on fait de la promotion et de la défense en général et on a une autre spécificité, une autre caractéristique c’est que nous sommes quatre personnes dans l’équipe salariée – à ma connaissance, je ne sais pas si c’est vrai, mais je pense qu’il y a très peu de GULL qui ont des personnes salariées ; c’est plutôt sur un mode bénévole.

    Magali Garnero : Je n’ai pas de salariés ou alors c’est au black, parce qu’on ne paye rien !

    Frédéric Couchet : Magali, c’est en direct.

    Romain Volpi : Non, non ! Pas de salariés du tout. C’est compliqué.

    Frédéric Couchet : De mémoire, je ne suis pas sûr qu’il y ait des structures, en tout cas dans les GULL, je ne pense qu’il y ait des structures qui ont des salariés. C’est important aussi parce que quand les personnes qui viennent vous voir à des événements, je suppose que ça se passe toujours très bien, mais il faut quand même que les personnes aient en tête qu’elles ont en face d’elles des personnes bénévoles, qui donnent de leur temps. Ça me fait penser à une question parce que vous avez quand même des profils très différents ; c’est ça qui est intéressant. Magali Garnero, tu l’as dit tu es libraire ; Didier Clermonté aujourd’hui tu es retraité et Romain, toi tu as une formation d’informaticien.

    Romain Volpi : Oui, tout à fait.

    Frédéric Couchet : Et même dans le Libre je suppose.

    Romain Volpi : Non, pas forcément dans le Libre.

    Frédéric Couchet : Pas forcément. En tout cas tu es informaticien.

    Romain Volpi : Je suis sensibilisé au Libre depuis longtemps.

    Frédéric Couchet : Depuis longtemps. Donc trois profils assez différents. Finalement, qu’est-ce qui vous motive chacun et chacune à contribuer dans un GULL ?

    Magali Garnero : Le partage de la connaissance.

    Frédéric Couchet : D’accord. On fait un premier tour de table. Didier.

    Didier Clermonté : Se rendre utile, pour un retraité trouver un but et être efficace. Faire quelque chose.

    Frédéric Couchet : D’accord. Romain.

    Romain Volpi : Permettre de partager la connaissance de l’informatique qui n’est pas forcément aisée pour tout le monde en fait. C’est vrai que c’est vraiment le leitmotiv pour moi.

    Frédéric Couchet : D’accord. Ça me fait penser à la chronique de Vincent Calame la semaine dernière, que je vous encourage à écouter, qui était justement sur le fait de partager ce qu’on découvre. Lui parlait des trucs et astuces dans l’utilisation d’un logiciel. Là effectivement il y a le partage. Ça me fait penser aussi à une autre chronique de Véronique Bonnet, qui sera diffusée la semaine prochaine, qui est intitulée « Partager est bon ». Donc c’est le partage, c’est l’entraide. Je sais un peu comment Magali est arrivée dans le logiciel libre. On ne va pas révéler. La semaine dernière j’ai révélé le petit nom d’un de mes invités que je connais depuis longtemps, on ne va pas rentrer dans tous les détails, mais on se connaît effectivement depuis quelques années. Didier, toi qu’est-ce qui t’as amené au logiciel libre dans ton parcours ?

    Didier Clermonté : Professionnellement j’ai été vite confronté aux limites des logiciels propriétaires ; il n’y a pas tellement de logiciels de calcul de béton armé et en plus, s’ils ne conviennent pas, eh bien on ne peut rien faire, on est coincé. Je me suis dit il faut que je me fasse les miens et il faut qu’on puisse les modifier, les analyser, savoir ce qu’ils font.

    Frédéric Couchet : D’accord. Je précise aussi que maintenant tu participes à une autre activité dont on parlera dans deux semaines, donc le 16 avril, pas avec toi mais avec d’autres personnes, le chaton de l’April. On va faire un test. Est-ce que Magali se souvient de ce que veut dire CHATONS ? Généralement tu es la spécialiste !

    Magali Garnero : Le CHATONS c’est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires. Par contre, pour le Chapril, je ne sais pas exactement parce que vous avez choisi un acronyme, Chapril, mais comme ça change suivant qui en parle !

    Frédéric Couchet : Le projet CHATONS avec un « S », donc chatons.org, initié par Framasoft vise à offrir des services éthiques, loyaux, libres, en alternative aux services des GAFAM et le chaton de l’April s’appelle Chapril. Il peut y avoir plusieurs significations ; ça vient sans doute d’une contraction de « chat » et de « April », donc c’est chapril.org. Il y a actuellement quatre services et d’autres vont venir. Toi, Didier, tu contribues notamment sur deux de ces services, le « date » et le « paste », c’est-à-dire permettant d’échanger des données de façon sécurisée. Voilà ! Tu t’investis très largement dans le logiciel libre en plus de ton activité à LINESS. Je tenais à le préciser parce qu’on peut contribuer sans forcément être informaticien ou informaticienne ou avoir des connaissances techniques.
    Donc les GULL c’est principalement des bénévoles. Vous accueillez tout public. Est-ce que vous travaillez sous un mode de partenariat ? Parinux par exemple a une sorte de partenariat avec la Cité des sciences parce que, finalement, la Cité des sciences accueille Parinux et d’autres groupes, d’autres structures lors de ce qu’on appelle les Premier samedi et globalement lors les conférences, mais est-ce que vous avez l’occasion de travailler avec des partenariats par exemple pour sensibiliser des publics différents ? Je ne sais pas. Romain.

    Romain Volpi : Oui. Dans le cadre de la Maison Pour Tous des Rancy c’est vrai qu’on intervient beaucoup chez eux. Effectivement, ils ont des espaces publics numériques qui se tiennent à peu près tous les six mois dans lesquels on va faire, par exemple, une install-partie. C’est vrai qu’on a aussi des partenariats avec d’autres MJC ou d’autres Maisons pour tous où, en gros, ils adhèrent à l’association, on vient et on encadre les gens pour leur installer Linux ; on intervient plusieurs fois pour les accompagner.

    Frédéric Couchet : D’accord. LINESS, vous avez des partenariats ?

    Didier Clermonté : Avec le RERS, Réseau d'Echanges Réciproques de Savoir. Notre adresse légale est chez eux et en échange tous leurs postes sont sous Ubuntu et c’est moi qui les entretiens, qui assure la maintenance des postes. C’est un réseau d’échanges de savoir.

    Frédéric Couchet : D’accord. Magali ?

    Magali Garnero : On va citer à nouveau la FPH qui nous reçoit tous les jeudis soir. On a aussi des partenariats un peu temporels, ponctuels, on va dire ponctuels, avec l’université Paris Descartes ; deux fois par an on va leur des install-parties. On va aussi aller aux Geek Faëries.

    Frédéric Couchet : Ah ! Les fameuses ! Explique-nous ce que sont les Geek Faëries parce que c’est intéressant.

    Magali Garnero : Les Geek Faëries c’est un des festivals que je préfère parce que j’y vais en tant qu’informaticienne mais je ne parle qu’avec des gens qui ne le sont pas. En gros c’est le festival de l’imaginaire. Donc on va trouver des fans de tout ce qui est Manga, d’Harry Potter, de fantastique et ainsi de suite, qui se costument ou pas et qui sont, en fait, hyper-réceptifs à ce qu’on leur dit. Leur liberté c’est très important même si eux ne respectent pas forcément le droit d’auteur. En tout cas ils aiment bien savoir ce qu’ils peuvent faire, ne pas faire et ainsi de suite.

    Frédéric Couchet : Ça se passe où ?

    Magali Garnero : Ça se passe à Selles-sur-Cher.

    Frédéric Couchet : C’est situé où pour les personnes qui ne maîtriseraient pas la géographie ? Je vois que Magali qui y a pourtant été plusieurs fois…

    Magali Garnero : Ça se passe environ à 4 heures 15 de Paris en voiture.

    Frédéric Couchet : Dans quelle direction ?

    Magali Garnero : Je n’en sais rien !

    Frédéric Couchet : D’accord. Selles-sur-Cher vous cherchez sur un moteur de recherche.

    Magali Garnero : Après Orléans.

    Frédéric Couchet : Après Orléans, et c’est en juin.

    Magali Garnero : C’est en juin et cette année ça sera les 8-9 juin.

    Frédéric Couchet : D’accord. Comme peut pas être à la fois sur le webchat et autres on va demander aux gens qui sont sur le webchat de nous chercher où est Selles-sur- Cher.
    On va préciser que la FPH, on n’explicite pas l’acronyme à chaque fois parce qu’il est assez long, c’est devenu carrément un mot clé la FPH, mais sinon ça veut dire la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme.
    On me signale aussi que je n’ai pas explicité GAFAM. GAFAM c’est un peu l’acronyme pour Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft ; en fait ce sont tous ces géants du Net, de l’informatique qui font notamment commerce de vos données ou de vos libertés. Quand à BSD initialement ça veut dire Berkeley Software Distribution, c’est un système d’exploitation libre qui vient du monde universitaire américain. Pareil, BSD c’est maintenant un mot clef qui est effectivement largement utilisé, un peu comme GNU, on n’explique pas ce qu’est GNU mais en fait GNU c’est un acronyme récursif pour GNU’s Not UNIX ; Unix c’est un système originellement multitâche, multi-utilisateur. J’encourage les gens qui s’intéressent à cette histoire de l’informatique, qui est passionnante, de rechercher notamment sur les pages de Wikipédia, ce qui me fait penser que la semaine prochaine nous parlerons à nouveau de Wikipédia.

    Nous allons bientôt faire une petite pause musicale. On va quand même finir sur les partenariats. Je dis ça aussi pour encourager les autres GULL à aller chercher des partenariats. Un partenariat qui est assez logique et qui rejoint une autre activité de l’April dont parlera tout à l’heure Isabella – voyez ce talent pour faire des liens entre les différents sujets – qui est évidemment Libre en Fête. Un partenariat classique c’est avec les structures d’initiation à l’informatique, les espaces publics numériques, quel que soit le nom qu’on leur donne, comme les Cyber-bases, ce sont des endroits où les gens viennent se sensibiliser à l’informatique, s’initier à l’informatique et il y a beaucoup de ces espaces publics numériques qui font leurs formations, leurs initiations sur logiciel libre. Les GULL peuvent trouver là un mode de partenariat assez pratique et utile tout simplement parce qu’il y a des ordinateurs qui sont déjà disponibles. Assez souvent c’est en dual-boot. Je vais par exemple parler de ma ville, Saint-Denis : la Cyber-base de Saint-Denis, place de la Résistance, c’est en double amorçage ; dual-boot ça veut dire double amorçage. Ça veut dire qu’on peut démarrer soit un système d’exploitation privateur soit un autre système d’exploitation libre comme Debian GNU/Linux dont on a parlé ou Ubuntu dont on a déjà parlé dans une émission. Les ordinateurs sont déjà présents, vous avez là des personnes qui peuvent aider et vous pouvez faire des événements soit récurrents, donc des permanences quelque part, ou des événements ponctuels par exemple les samedis du Libre ou des dimanches du Libre ou des mardis soir du Libre. Ce sont des événements importants et ça permet en plus de toucher un public qu’on ne toucherait pas forcément directement. Tu voulais réagir Didier ?

    Didier Clermonté : Nous à LINESS samedi prochain on fait une install-partie. On a mis des annonces dans le journal local, on va voir si on attire du monde.

    Frédéric Couchet : Une install-partie, ce qu’on appelle une fête d’installation même si ça n’a pas forcément un côté festif : des personnes viennent avec leur ordinateur – ça peut être leur ordinateur portable, ça peut être leur tour – et elles vont être accompagnées pour installer un système d’exploitation libre. Ce ne sont pas forcément les gens bénévoles qui vont le faire, c’est accompagner de manière aussi à ce qu’il y ait vraiment un partage de la connaissance, du savoir. On encourage les personnes qui viennent à faire des sauvegardes de leurs données avant au cas où, parce que ça reste de l’informatique, de toute façon ce n’est pas de la magie.
    Je vais donner à la parole à Magali, mais juste avant je vais préciser que Selles-sur-Cher c’est en Loir-et-Cher.

    Magali Garnero : J’avais trouvé !

    Frédéric Couchet : Tu avais trouvé, c’est ce que tu voulais dire ?

    Magali Garnero : Non.

    Frédéric Couchet : Non ! Je te laisse intervenir et après on fera la pause musicale.

    Magali Garnero : Les partenariats ce n’est pas forcément avec des lieux. Nous, en tant que GULL, régulièrement on a exposé des choses qu’avait faites l’April comme l’Expolibre. On a aussi retransmis à nos adhérents la lettre ouverte de La Quadrature. Bref ! En tant que GULL on peut se servir de ce que font les associations nationales pour relayer. On a participé à Libre en Fête. On peut se servir de ce que vous faites à l’April pour animer des événements ou même pour transmettre des informations.

    Frédéric Couchet : On pense notamment aux campagnes du Pacte du logiciel libre : lors des élections, on encourage des candidats et candidates aux élections à signer un Pacte les engageant à promouvoir et à défendre le logiciel libre. Évidemment ce n’est pas l’April avec sa petite équipe de salariés et ses nombreux bénévoles quand même…

    Magali Garnero : Mais qui sont merveilleux.

    Frédéric Couchet : Mais qui sont merveilleux effectivement, surtout mes collègues… Il y a un relais d’informations et d’actions locales ; il y a une action nationale et puis il y a les actions locales. Tu as tout à fait raison de préciser qu’un partenariat ce n’est pas forcément avec lieu physique, ça peut être avec d’autres structures ou ça peut être dans le cadre d’un projet.

    Nous discutons, nous discutons et le temps avance et là je sens qu’on veut une pause musicale. Nous allons lancer une pause musicale, le temps pour moi de retrouver le titre. Ça s’appelle Rats par Franky Barbano et on se retrouve juste après.

    Pause musicale : Rats par Franky Barbano

    Frédéric Couchet : Vous écoutez toujours Cause Commune sur 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur causecommune.fm. Je suppose que les gens de la région de Lyon écoutent avec attention Romain Volpi pour l’ALDIL, l’Association Lyonnaise pour le Développement de l’Informatique Libre. Toujours en compagnie de Didier Clermonté de LINESS, le logiciel libre en Essonne. On va citer d’ailleurs le site web de l’ALDIL, on a oublié aldil.org ; LINESS, liness.org et Magali Garnero dite Bookynette pour Parinux, le GULL de Paris et de sa région, c’est parinux.org. Magali est tout à fait sympathique parce qu’en fait elle lève le doigt pour intervenir. Donc Magali.

    Magali Garnero : J’espère que des Lyonnais et des Stéphanois te regardent parce que tu es magnifique ! Tu es en costume !

    Frédéric Couchet : On avait dit qu’on ne balançait pas. On ne touche ni aux cheveux, ni à la façon dont les gens s’habillent, mais c’est vrai qu’il est magnifique, Romain Volpi. Évidemment Didier est aussi magnifique, dans un autre style.

    Nous venons d’écouter Rats par Franky Barbano. Évidemment c’est sous licence libre, les références sont sur le site de l’April, april.org, et nous parlions avant la pause des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres, donc les GULL. On a parlé un petit peu des partenariats qui pouvaient être des partenariats avec des lieux physiques mais également avec des projets ou d’autres structures. J’en profite pour signaler que la lettre ouverte de La Quadrature du Net dont parlait tout à l’heure Magali, je suppose que c’est la lettre ouverte contre le projet de règlement terroriste/censure sécuritaire.

    Magali Garnero : Exactement.

    Frédéric Couchet : Tout de suite j’en profite, même si je le rappellerai à la fin d’émission, que le vote en Commission affaires libertés civiles au Parlement européen aura lieu lundi prochain, le 8 avril, et que toutes les informations pour se mobiliser, pour comprendre l’enjeu de ce dossier censure sécuritaire sont sur le site de La Quadrature du Net, laquadrature.net.

    On va revenir à notre sujet sur les GULL, les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres. On a vu que ça visait des publics très variés, que le mode d’organisation de ces groupes était principalement du mode bénévolat, qu’il y avait des rendez-vous réguliers, des permanences ; des fois c’est tous les quinze jours, des fois c’est toutes les semaines, tous les mois à Paris. Évidemment dans les autres régions, il y a des événements ponctuels importants, on en reparlera tout à l’heure notamment avec les Journées du Logiciel Libre de Lyon qui approchent, qui auront lieu ce week-end.
    Là on va peut-être parler un petit peu des personnes qui voudraient contribuer à un GULL. Quelles compétences faut-il pour contribuer à un GULL ? Pour contribuer à ses activités ? On a bien compris le public que vous visiez. Est-ce qu’il faut des connaissances techniques ? Est-ce que quelqu’un qui n’a pas de connaissances techniques et qui veut simplement partager le savoir comme vous l’avez dit tout à l’heure, ou aider comme l’a dit Didier, quelles sont les compétences pour contribuer à la vie d’un GULL ? Romain.

    Romain Volpi : Sur l’ALDIL on ne cherche pas forcément de compétences particulières. On ne demande de compétences techniques. On cherche des personnes motivées, en fait, et qui sont prêtes à donner un peu de temps de temps en temps et à parler du logiciel libre aux gens. Pendant les install-parties effectivement on a besoin de personnes techniques, mais même une personne non technique peut aider, même pour les JDLL, par exemple en venant accueillir les intervenants, en venant parler avec les personnes, aller prospecter un petit peu pour voir les gens pour leur demander de venir aux événements ou des trucs comme ça. Il n’y a pas besoin d’une compétence particulière ; c’est ça l’avantage des GULL et du Libre en général.

    Frédéric Couchet : D’accord. Didier, Magali. Didier.

    Didier Clermonté : D’abord nous on est quand même beaucoup plus petits que mes deux amis.

    Magali Garnero : Ce n’est pas la taille qui compte !

    Didier Clermonté : Oui. Pour aider les gens j’ai quand même besoin de gens qui soient un peu techniques.

    Frédéric Couchet : Excusez-moi. On est quand même partis dans une barre de rire. Je pense que les personnes qui écoutent l’émission régulièrement se disent que cette émission est particulière, elle n’est pas comme les autres ; je pense que c’est en grande partie dû aux personnes invitées. Ceci dit, il y a une question que je vais poser mais vous me répondrez après. Tu disais que tu n’as pas la même taille que l’ALDIL ou Parinux au niveau LINESS. La question pour tous les trois après c’est : combien de membres bénévoles font partie de vos groupes ? On continue sur la partie compétences. Vas-y Didier.

    Didier Clermonté : Pour aider les gens j’ai besoin de gens qui s’y connaissent un tout petit peu. On peut soit venir se faire aider, soit on aide. Mais pour aider eh bien il faut quand même maîtriser un tout petit peu, sans ça on n’aide pas.

    Frédéric Couchet : Justement, et après je passe la parole à Magali, est-ce qu’une personne qui découvre le logiciel libre et qui dit ce monde de partage, d’entraide me plaît bien je voudrais un peu contribuer à un GULL, peut, comme l’a dit Romain, participer sur l’accueil, sur l’accompagnement des gens, sur la prospection – j’aime beaucoup ce terme prospection, c’est peut-être lié au fait que tu es habillé comme ça aujourd’hui –, mais si une personne souhaite aller un peu plus loin pour aider à l’accompagnement lors d’une fête d’installation, est-ce que vos groupes organisent, je ne sais pas, des sessions entre guillemets pour « les former » ou en tout cas leur expliquer un petit peu les bases leur permettant de mettre le pied à l’étrier quelque part ? Didier.

    Didier Clermonté : Moi j’explique ce que je fais au fur et à mesure. Maintenant ça reste quand même assez limité, bien sûr. Maintenant quelqu’un qui a commencé à apprendre, après il peut apprendre aux autres, c’est une autre forme de partage, quand on a vu une fois.

    Frédéric Couchet : D’accord. Parinux, Est-ce que vous avez ce genre de système ?

    Magali Garnero : Nous on a besoin de tout profil. Pour les Premier samedi du Libre on a besoin de personnes qui accueillent, on a besoin de personnes qui installent, on a besoin de personnes qui soient suffisamment douées pour enlever les bugs qui sont créés parce qu’il y a toujours un bug qui se glisse dans une installation. Parfois on a besoin de personnes qui seront là avant et après, qui n’ont pas besoin de savoir faire grand-chose, juste d’être là et d’aider à porter des colis, des câbles, des ordinateurs. C’est tout bête, mais c’est indispensable.

    Frédéric Couchet : D’accord. Tant qu’on est à la question de la contribution, tout à l’heure tu parlais d’une des activités de Parinux que sont les soirées de contribution. Je ne suis pas sûr que beaucoup de GULL pratiquent ce genre d’activité car finalement c’est un peu le niveau au-dessus, quelque part, c’est d’encourager des personnes à venir contribuer au logiciel libre. Est-ce que tu peux nous expliquer comment ça fonctionne ?

    Magali Garnero : En fait, en juillet 2014, on se retrouve avec Emmanuel Seyman, qui est très actif dans la communauté que ce soit chez Fedora, chez Perl, chez Borsalinux.

    Frédéric Couchet : Chez Parinux aussi, c’est un ancien président de Parinux.

    Magali Garnero : C’est un ancien président de Parinux et on se dit que ça serait bien que des fois on se donne des petits temps, juste pour nous, entre contributeurs, pour faire avancer des projets, que ce soit du code, que ce soit de la traduction, quelle que soit la compétence, mais juste prendre un projet et le faire avancer. Lui je sais qu’il s’intéressait pas mal aux journées Perl qu’il allait y avoir.

    Frédéric Couchet : On va préciser que Perl est un langage de programmation.

    Magali Garnero : Exactement. Il faisait un événement autour de journée-là et il s’était rendu compte que l’année précédente il avait ça depuis chez lui et que ça n’avait pas avancé aussi vite qu’il voulait. Moi je me suis rendu compte que pour certains événements aussi qu’on avait besoin de se retrouver et de discuter ensemble, de contribuer à des projets. Ce qui est amusant c’est que c’est une réflexion qu’on a eue bien avant Contributopia de Framasoft.

    Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux expliquer en une phrase, si tu as compris, ce qu’est Contributopia de Framasoft ?

    Magali Garnero : Dans Contributopia de Framasoft, il y a énormément d’objectifs et de points de vue différents. Moi je l’ai compris de telle manière que ça permette de rendre les gens acteurs dans leur informatique. Ils peuvent contribuer, ils peuvent voir comment ça se passe, ils peuvent faire progresser les choses, ils peuvent se former à ce qui les intéresse et ils peuvent former les autres. On n’est vraiment plus dans une société de consommation — on achète bêtement, on consomme —, on est vraiment dans une société de contribution. On devient actif, on devient réactif et du coup, après, on partage avec les autres.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Magali Garnero : C’est ma vision à moi, ce n’est pas forcément celle de Framasoft parce que je vous dis, on est une trentaine de membres et chacun a une définition un peu différente, mais l’idée est là.

    Frédéric Couchet : Je pense que Framasoft sera notre invité en juin, je pense que nous aurons notamment Pierre-Yves Gosset qui viendra présenter tous les projets de Framasoft.

    Magali Garnero : Bande de veinards ! Bref. Nos soirées de contribution on se retrouve avec Emmanuel et on décide de mettre ça au point parce que ça nous évite de procrastiner chez nous et là, en étant à plusieurs, on est là, on peut se soutenir pour faire avancer des projets. Au départ on décide de faire ça tous les quinze jours. On en parle à la FPH, donc à Vincent Calame qui dit : « Oui, pas de souci, en plus le jeudi moi je n’ai rien de prévu donc je vous accueille ». On commence à se dire : on fait ça le premier et le troisième, le deuxième et le quatrième, on fait deux jeudis consécutifs ; bref ! Pour que ce soit beaucoup plus simple on décide de faire ça tous les jeudis. Plus simple, oui. Comme ça les gens ne se posent pas de question et savent qu’il y a une soirée de contribution, mais après c’est de l’organisation. Il est hors de question qu’on vienne tous les jeudis, tous, enfin Emmanuel et moi, pour animer ces soirées, donc on cherche d’autres contributeurs qui seront responsables. Il se trouve que dans la réalité Emmanuel et moi on vient tous les jeudis, mais on n’est pas obligés d’être là du début à la fin.

    Frédéric Couchet : Parce que vous n’avez pas de vie sociale en dehors du logiciel libre quelque part.

    Magali Garnero : Si, si, on a plein de vie sociale, je te rassure, d’ailleurs ça fait longtemps que je n’ai pas mangé de cancoillotte, rien à voir private joke, message subliminal.

    Frédéric Couchet : On balance des suggestions d’invitations. OK ! Continue Magali, donc les soirées de contribution, chaque jeudi à la FPH.

    Magali Garnero : Au départ c’est juste des soirées de contribution, plusieurs personnes venaient ; en moyenne on est à peu près une vingtaine, des fois moins, des fois le double, tous les jeudis soir.
    Cette année en septembre, avec ma présidente Khrys, on s’est dit : si on mettait une thématique à ces soirées parce que les gens veulent contribuer, mais ils ne savent pas forcément à quoi. On s’est dit que le premier jeudi on allait faire des soirées Ubuntu et Ouvre-boîte pour aider les associations d’Ubuntu-fr et l’association Ouvre-boîte que tu as peut-être déjà invitée.

    Frédéric Couchet : Pas encore, ça fera partie des personnes invitées, mais tu peux expliquer ce que fait Ouvre-boîte.

    Magali Garnero : Ouvre-boîte, ce sont des gens merveilleux qui encouragent les administrations à ouvrir leurs données, que ce soit du code, que ce soit des bases de données et ainsi de suite. Et quand ils n’ont pas de réponse de ces administrations, ils appellent la CADA, ils envoient un petit mail bien réglementaire avec du texte bien écrit en disant « on ne nous a pas répondu » ou alors « on nous a répondu par la négative » et ils argumentent sur pourquoi il faudrait libérer ces données-là.

    Frédéric Couchet : On précise que la CADA c’est la Commission d’accès aux documents administratifs. On a déjà traité ce sujet dans une émission Libre à vous ! avec notamment le président de la CADA, avec Regards Citoyens et Next INpact. Vous allez sur le site de l’April, april.org, dans les archives de l’émission. Vas-y.

    Magali Garnero : Ça c’est pour le premier jeudi.
    Pour le deuxième jeudi on a contacté Wikimédia France pour qu’ils viennent nous parler des projets différents. Comme ils ont énormément de projets ils peuvent tenir toute l’année sans souci.
    Le troisième jeudi c’est l’April qui se réunit à partir de 18 heures 45 pour le groupe Sensibilisation, et à 20 heures 30 voire 21 heures si le groupe Sensibilisation a pris trop de place, eh bien c’est le groupe Transcriptions qui se met à la tâche et qui transcrit pendant une heure et demie des vidéos ou des émissions de radio comme celle qu’on écoute actuellement.
    Et puis le quatrième jeudi, eh bien c’est Framasoft, donc la soirée de contribution se transforme en Contrib’Atelier. Je salue les participants comme Sangokus ou Rijaka qui ont animé ces soirées de contribution-là.

    Frédéric Couchet : D’accord. C’est une bonne présentation. On précise que les noms que tu viens de citer sont des pseudos de personnes.

    Magali Garnero : Exactement.

    Frédéric Couchet : Souvent dans la communauté du logiciel libre, même dans d’autres communautés, l’utilisation de pseudos est assez récurrente ; d’ailleurs toi tu es plus connue…

    Magali Garnero : Ça fait bizarre chaque fois que tu dis Magali.

    Frédéric Couchet : Ça fait bizarre. D’ailleurs récemment j’ai reçu un courriel de quelqu’un qui me demande : « Est-ce que tu connais une certaine Magali Garnero parce que je ne trouve pas d’informations sur elle ? » Je lui ai dit : « Cherche Bookynette et tu verras, tu trouveras un peu plus d’informations. »
    Est-ce que à LINESS et à l’ALDIL vous avez ce genre de soirées de contribution ou pas du tout ?

    Romain Volpi : Non, pas du tout.

    Didier Clermonté : Non, pas du tout.

    Frédéric Couchet : D'accord. Si d’autres GULL ont ce genre de soirées de contribution nous sommes preneurs de l’information. Effectivement, comme tu l’as dit, il y a chaque jeudi à la FPH, mais on pourra annoncer sur la page de l’émission sur le site de l’April les autres soirées de contribution. Magali tu veux ajouter quelque chose ?

    Magali Garnero : Oui, parce qu’en fait il y a quelque chose qui est très particulier avec Parinux, et qui explique qu’on fait ces choses-là, c’est que la plupart des associations ont leur siège à Paris. C’est-à-dire qu’elles n’ont pas besoin de nous pour marcher. Elles fonctionnent, elles ont leurs adhérents, elles ont leurs lieux. Donc nous, à Parinux, notre but ça va être de les mettre en rapport les unes avec les autres. Je suis allée à Montpel’libre, eux organisent plein d’événements avec des drapeaux April, des drapeaux La Quadrature et ainsi de suite, mais ce sont eux-mêmes qui les animent. Alors que nous on n’a pas besoin d’animer ce genre d’événements-là parce que les associations sont déjà là. Donc c’est une force qu’on a à Paris.

    Frédéric Couchet : Exactement.

    Romain Volpi : À part Wikipédia qui est à Lyon.

    Magali Garnero : Et Framasoft aussi est à Lyon.

    Frédéric Couchet : Le siège de Wikipédia est à Lyon. C’est ça ?

    Romain Volpi : Non, c’est Framasoft. Je me suis trompé.

    Frédéric Couchet : C’est Framasoft, oui, c’est ce qui me semblait. Sinon je demanderai la semaine prochaine à mes invités de Wikipédia de confirmer.
    On va revenir un petit peu sur le principal public cible que sont quand même les personnes qui découvrent le logiciel libre. Est-ce que sur vos sites web vous avez une sorte de support via forum ? Est-ce que vous faites du support par courriel ou est-ce que ce n’est vraiment que du présentiel ? Romain ? Didier ?

    Romain Volpi : On fait du support par mail et on a aussi un Mastodon où, du coup, on va répondre aux questions. Après il n’y a pas forcément beaucoup de monde. On reçoit deux, trois mails de temps en temps, mais généralement c’est lors des soirées.

    Frédéric Couchet : Lors des événements.

    Romain Volpi : Oui, lors des événements ou lors des soirées Jeudis du Libre ou des trucs comme ça qu’on va avoir des questions, mais très peu sur les forums.

    Frédéric Couchet : D’accord. Et côté LINESS ?

    Didier Clermonté : On a une liste de diffusion sur laquelle chacun peut s’inscrire totalement librement. On a de temps en temps des questions, pas énormément.

    Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Parinux, est-ce que vous avez un support par mail ou par Web ?

    Magali Garnero : On a des questions, mais on les renvoie aux Samedi du Libre ou aux APL, les apéros parisiens du Libre qui ont lieu tous les 15 du mois.

    Frédéric Couchet : Oui, parce que les APL ça peut vouloir signifier d’autres choses.

    Magali Garnero : On l’a choisi pour ça.

    Frédéric Couchet : Ah ! Vous l'avez choisi pour ça. Ce qui me fait penser qu’un autre événement important dans la vie des GULL et même dans les organisations du logiciel libre ce sont les fameux apéros. Par exemple à l’April on a un apéro par mois, un vendredi, la date du prochain n’est pas encore fixée. Côté Parinux c’est facile, c’est le 15 du mois. LINESS vous avez plus des permanences, vous n’avez pas d’apéros et Lyon, de temps en temps, vous avez des apéros à Lyon, à l’ALDIL. Pas tout le temps ?

    Romain Volpi : Non.

    Frédéric Couchet : Peut-être la veille des JDL ? Peut-être le vendredi ?

    Romain Volpi : Oui, c’est ça.

    Frédéric Couchet : Par exemple tout à l’heure tu citais le GULL de Montpellier, Montpel’libre, chaque troisième jeudi du mois c’est un apéro April ; je sais que régulièrement ils font des apéros, ils accueillent d’autres structures.
    Je reviens à une question que j’ai posée tout à l’heure sur laquelle je n’ai pas eu de réponse parce que je n’ai pas fait de relance, c’était la remarque de Didier laissant sous-entendre que LINESS était un petit GULL par rapport aux gros GULL que pourraient être l’ALDIL et Parinux. Une question simple : dans ces structures vous avez combien de bénévoles, enfin de membres actifs ?

    Romain Volpi : De membres actifs qui viennent aider tout le temps, qui participent ?

    Frédéric Couchet : Qui participent aux événements, pas forcément tout le temps mais en tout cas qui participent ?

    Romain Volpi : Je dirais une vingtaine.

    Frédéric Couchet : Une vingtaine. Côté LINESS ?

    Didier Clermonté : De cotisants une dizaine et puis un petit peu plus, quelques électrons libres qui passent de temps en temps, quinze.

    Frédéric Couchet : Magali ?

    Magali Garnero : À Parinux c’est un peu compliqué parce que les bénévoles se mélangent, ils font partie de plusieurs associations. Dans le nombre de bénévoles je vais peut-être compter des gens qui sont à FDN ou des gens qui sont à l’April ou ainsi de suite. Mais je dirais que ceux qu’on voit le plus souvent et pas forcément aux mêmes événements, on doit être une trentaine, peut-être un peu moins. On va dire qu’on est une trentaine, mais ils ne sont pas tous adhérents à Parinux.

    Frédéric Couchet : D’accord. Finalement LINESS ce n’est pas forcément si petit que ça par rapport à d’autres structures du Libre, que ce soit Parinux et l’ALDIL.
    On va quand même rappeler, encore une fois, qu’il y a d’autres GULL qui existent, voir le site de l’Agenda du Libre.
    Est-ce que vous êtes en recherche, justement, de nouveaux bénévoles ou est-ce que vous avez des perspectives de nouvelles activités ? Ou est-ce que les activités que vous faites vous suffisent déjà et remplissent déjà votre vie ? Ou est-ce que vous dites : tiens, dans les années à venir j’aimerais bien développer de nouveaux types d’activités, je ne sais pas, peut-être des formations ? l’ALDIL. Vas-y Romain.

    Romain Volpi : Les apéros.

    [Rires]

    Romain Volpi : Réellement on y pense ; il faut juste qu’on trouve l’endroit, le lieu qui nous permette de le faire sans problème et qu’on puisse discuter tous ensemble sans avoir trop d’interférences autour, quelque chose de sympa. Mais il faut le mettre en place et ça demande des autorisations, des assurances et des trucs comme ça.

    Frédéric Couchet : Ça c’est une bonne question, tiens ! Une question pratique en fait. On va poser une question sur des GULL qui n’existent pas, justement. Supposons qu’on est dans une région, je ne sais pas quelle région, mais une région où il n’y a pas de GULL actif ou en tout cas pas proche. Une personne se dit ou des personnes se disent je veux monter un GULL, est-ce qu’il faut un statut juridique particulier ? Est-ce que c’est forcément une association ? Est-ce qu’il faut des assurances particulières ? Quels conseils vous donneriez à quelqu’un qui voudrait monter un GULL dans une région où à priori il n’y en pas selon l’Agenda du Libre, le site de référence ?

    Magali Garnero : Être à plusieurs.

    Frédéric Couchet : Déjà être à plusieurs, pas une seule personne.

    Magali Garnero : Être au moins deux, ça c’est le minimum pour monter une association ou une entreprise, mais surtout être à plusieurs pour se motiver les uns les autres à faire les choses. C’est le premier conseil que je donne, c’est gratuit, c’est cadeau, être à plusieurs, parce que si on est tout seul c’est forcément voué à l’échec. Quand on est deux on peut faire des brainstormings, on peut habiter deux réseaux différents, donc ça a plus de chances.
    Après, dans les autres conseils, faire ce que vous aimez faire. Ne faites une activité comme de la maintenance informatique ou du service après installation si vous n’aimez pas ça, parce que du coup ça deviendra vite une contrainte et vous arrêterez très rapidement. Ne proposez que des activités que vous aimez et si ce n’est que des apéros eh bien n’organisez que ça. Peut-être que lors de ces apéros il y a des gens qui discuteront avec vous et qui vous diront : « C’est cool, moi j’aimerais bien faire ça » et du coup pouf ! Nouvelle activité.

    Frédéric Couchet : Didier ?

    Didier Clermonté : Oui. Pour compléter ce que j’ai dit tout à l’heure sur les partenariats, le RERS effectivement on est basé chez eux au point de vue légal mais par contre, physiquement, on fait nos réunions dans un petit club informatique local de Juvisy, le club informatique de Juvisy qui nous héberge. En somme ils nous prêtent leur salle deux samedis par mois gratuitement. On en a besoin, ça nous permet de ne pas avoir de frais.

    Frédéric Couchet : D’accord. Donc se rapprocher d’une structure.

    Didier Clermonté : D’une structure existante.

    Frédéric Couchet : D’une structure existante. Ça peut être celle que tu cites, ça peut être un espace public numérique comme j’en ai cités tout à l’heure. Romain, est-ce que tu as des conseils ? Sur l’habillement, est-ce qu’il faut forcément avoir un tee-shirt ou est-ce qu’il faut avoir un costume, une cravate, une chemise blanche ? Le pauvre. C’est Magali qui a commencé !

    [Rires]

    Romain Volpi : Je prends cher ! Je n’aurais pas dû venir en fait.
    Non, je n’ai pas forcément de conseils. Les conseils qui ont été donnés sont largement suffisants. Il faut être plusieurs, il faut être motivés, il ne faut pas se lancer dans quelque chose qu’on n’a pas envie de faire, sinon c’est là où on va courir à la catastrophe. Ce sont les meilleurs conseils, je crois, qu’on peut donner : se regrouper à plusieurs et être motivés pour ce qu’on fait.

    Frédéric Couchet : Magali.

    Magali Garnero : Pour revenir à la question que tu avais posée juste avant et comme il ne reste pas beaucoup de temps je fais un appel. Nous, à Parinux, on s’est lancés pour devenir un chaton. On va être un chaton de la portée du mois de juin, enfin je l’espère, je croise les doigts. On va l’appeler Bastet.

    Frédéric Couchet : Attends ! Vous allez l’appeler comment ?

    Magali Garnero : Bastet, comme la déesse égyptienne de la fertilité. Donc pour ce chaton on cherche des cat-sitters.

    Frédéric Couchet : Des cat-sitters ? Qu’est-ce que ça veut dire, un cat-sitter ?

    Magali Garnero : Tu vois ce qu’est une baby-sitter ?

    Frédéric Couchet : Oui à peu près.

    Magali Garnero : Eh bien un cat-sitter c’est pour animer des services de notre chaton que ce soit un « date » ou… Je sais qu’il y en a déjà une dizaine à peu près parce que comme on a Dino, Nicolas Schont qui nous a installé ça, il a installé un IEX Cloud, enfin il a installé énormément de choses donc on en a déjà pas mal, mais on a beaucoup de services et on n’a pas assez d’animateurs, ce qui est à peu près courant chez les chatons. Donc je fais un appel : si vous avez envie de participer à notre chaton – je suis désolée je fais de la concurrence à Chapril – n’hésitez pas. Sachant que si vous êtes motivé pour venir chez nous vous pourrez aussi être motivé pour installer le même service au Chapril, donc ça peut être sympa.

    Frédéric Couchet : Et le principe des chatons avec un « s », justement le « s » c’est la multiplicité de ces services plutôt que de défendre d’une seule structure qui gère à la fois les services et vos données.
    On va bientôt passer au sujet suivant tout en restant avec un de nos invités, notamment Romain. On en était au niveau des appels. Est-ce que côté LINESS et l’ALDIL vous avez des appels à faire passer, des besoins particuliers ? LINESS, Didier Clermonté ?

    Didier Clermonté : Que les gens viennent plus.

    Frédéric Couchet : Que les gens viennent plus.

    Didier Clermonté : Oui. O a quand même quelques actifs, c’est sympa. Il faut voir que maintenant on est plutôt dans une phase de renaissance de LINESS qui a eu un gros passage à vide il y a quelques années, qui était quasiment mort. Pour l’instant on redémarre un peu. Espérons. On verra l’année prochaine.

    Magali Garnero : Il espère, modeste. La première fois que j’ai rencontré Didier c’était à une AG de l’April, il m’a dit : « Je suis tout seul dans mon GULL, je m’ennuie ». Et maintenant ils font des permanences tous les mois, vous êtes une vingtaine, ce n’est pas juste une renaissance, c’est génial ce que tu as fait avec ton GULL !

    Didier Clermonté : Historiquement ça a été beaucoup plus gros. Il y a eu historiquement des réunions communes Parinux LINESS, il y a quinze vingt ans.

    Magali Garnero : On refait ça quand tu veux.

    Frédéric Couchet : Ils sont en train de prendre rendez-vous tous les deux ! Après ça fait partie de la vie des GULL et même globalement des associations, il y a des hauts et des bas. On connaît des associations qui aujourd’hui n’existent plus ou en tout cas que sur le papier. Ça existe, c’est la vie ! Je salue effectivement le travail mené notamment par Didier et des autres bénévoles de LINESS pour cette renaissance de LINESS. Côté ALDIL, à part avoir du public samedi et dimanche à Lyon pour les Journées du Libre, on va en parler juste après avec Isabella, est-ce qu’il y a des besoins particuliers ?

    Romain Volpi : Je dirais plus de membres actifs ça ne serait pas mal.

    Frédéric Couchet : C’est assez traditionnel on va dire, avoir plus de membres actifs pour ne pas reposer sur la même petite équipe, quelque part, de gens sur-motivés mais qui peuvent se fatiguer un petit peu.

    Romain Volpi : C’est ça, tout à fait. Plus on a de monde plus on peut organiser d’événements et surtout plus on peut avoir de monde différent et croiser plus de têtes.

    Frédéric Couchet : Exactement. Je vous remercie tous les trois. Le site de référence pour trouver le GULL près de chez vous et lui dire « Bouge ton GULL », je le refais une deuxième fois, c’est évidemment le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org. Je vais rappeler les sites web des trois GULL qui étaient présents ici : côté lyonnais c’est ALDIL, aldil.org ; LINESS, liness.org ; Parinux, parinux.org. C’est assez facile, souvent ça se finit en point org. Sur l’Agenda du Libre il y a, je dirais de mémoire, 180 peut-être 200 GULL répertoriés. Moins ?

    Magali Garnero : La moitié.

    Frédéric Couchet : La moitié. Peut-être que toutes les organisations, globalement.

    Magali Garnero : À peu près un par département pour les GULL, sauf certains départements où il y en a plusieurs. Mais effectivement si tu rajoutes toutes les associations nationales, les tiers-lieux et ainsi de suite on monte à 200.

    Frédéric Couchet : Voilà. On monte à 200.
    Je vous remercie tous les trois. Vous allez rester pour la suite et notamment Romain. Nous allons faire une pause musicale. Le morceau s’appelle S’ils savaient par Löhstana et on se retrouve juste après.

    Pause musicale : S’ils savaient par Löhstana.

    Frédéric Couchet : Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout ailleurs.
    Nous venons d’écouter S’ils savaient par Löhstana. Les références sont sur le site de l’April, april.org.

    Chronique « Le libre fait sa comm' »

    On va essayer de retrouver un peu de sérieux pour aborder le sujet suivant, la chronique de ma collègue Isabella Vanni intitulée « Le libre fait sa comm’ ». Isabella est coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April. La chronique « Le libre fait sa comm’ » a notamment pour objectif d’informer sur les actions de type sensibilisation menées par l’April, mais c’est aussi l’occasion d’annoncer des événements libristes à venir. Comme on a déjà eu l’occasion de l’annoncer il y a un événement libriste qui approche à Lyon. Donc Isabella je te passe la parole.

    Isabella Vanni : Merci Fred. Bonjour à tout le monde. Effectivement les 6 et 7 avril il y a les Journées du Logiciel Libre à Lyon. Comme ça a été dit tout à l’heure, c’est un événement qui est devenu incontournable dans l’agenda libriste et c’est pour cette raison que l’April y participera de deux façons : on va avoir un stand dans le village associatif et notre collègue Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l’April, va faire deux interventions dans la journée de samedi. On s’est bien rentabilisés !
    D’abord, il participera à une table ronde qui a un superbe titre : « Killing me(mes) softly ? ». Vous l’aurez peut-être compris, mais sinon je vais l’expliquer, c’est une table ronde consacrée à la nouvelle directive sur le droit d’auteur qui a été votée récemment par les parlementaires européens. Pour rappel cette directive contient malheureusement un article qui instaure en fait de facto le filtrage automatisé des contenus qui sont hébergés sur le Web. Cette table ronde, c’est l’occasion de parler de ce sujet, de revenir sur la campagne qui a été menée contre cet article, campagne à laquelle l’April a bien évidemment participé activement, de faire le point aussi sur les prochaines étapes, les prochaines actions qu’on peut mener. Autour de la table, avec Étienne, il y aura Pierre-Yves Beaudouin, président de Wikimédia France, et une représentante du mouvement d’artistes Create Refresh. Cette table ronde se tiendra de 11 heures à 13 heures dans la salle des Rancy.
    La deuxième intervention d’Étienne est une conférence qui a pour titre « Le logiciel libre, un enjeu politique et social. Discussion autour de l’action institutionnelle de l’April ». Ce sera une présentation un peu plus globale des actions institutionnelles menées par l’April, donc directive droit d’auteur, bien sûr, mais aussi priorité au logiciel libre dans l’administration publique, ou par exemple l’accord entre Microsoft et le ministère des Armées, l’accord dit Open Bar sur lequel, encore, l’April a été très active.
    Aujourd’hui, on a l’occasion d’avoir avec nous Romain Volpi, bénévole actif pour l’ALDIL, l’Association des utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres sur Lyon qui, je l’ai découvert aujourd’hui, est née exprès pour organiser les Journées du Logiciel Libre. Si j’ai bien compris…

    Romain Volpi : Née exprès pour ?

    Frédéric Couchet : C’est ce que tu as dit tout à l’heure.

    Romain Volpi : Ah oui, l’association est née exprès.

    Isabella Vanni : Je ne savais pas.

    Romain Volpi : En fait, la première JDLL a eu lieu avant même la création de l’ALDIL.

    Isabella Vanni : Ah oui, je me suis renseignée. En fait ça existe depuis 1998 et ce n’était pas organisé à la Maison Pour Tous, par contre.

    Romain Volpi : Non, au tout départ, c’était organisé sur le campus de La Doua en fait, j’ai perdu le nom de l’école qui nous accueillait et maintenant, effectivement, c’est à la Maison Pour Tous depuis quelques années, puisque maintenant on est en partenariat avec eux pour les JDLL, notamment aussi avec Illyse et on organise à trois cet événement.

    Isabella Vanni : Est-ce que tu peux nous dire ce que fait l’association Illyse ?

    Romain Volpi : Illyse c’est un FAI, un fournisseur d’accès à Internet associatif local, donc ça veut dire : Internet Libre Lyon et Saint Étienne. J’espère que je ne me ferai pas reprendre, mais normalement, c’est ça.

    Isabella Vanni : Je pense que c’est correct. En tous cas, quelqu’un va me corriger, s’il y a besoin. Donc, ça existe depuis 22 ans désormais, on est à la vingt-deuxième édition et le thème de cette année est particulièrement beau : « Ecologeek : pour une terre communautaire ». Je voulais un peu savoir ce que vous avez concocté pour l’édition de cette année. Pourquoi cette thématique, et comment ?

    Romain Volpi : Pourquoi cette thématique ? J’avoue que je n’étais pas là quand ils ont décidé la thématique, je n’ai rejoint qu’après l’organisation des JDLL.

    Isabella Vanni : C’est une excuse !

    Romain Volpi : Mais non, au final, « Ecologeek », le partage, ça permet aussi d’avoir de l’écologie derrière. En gros on peut appliquer le partage qu’on utilise pour le logiciel libre à toutes les ressources qu’on a sur Terre, en fait, pour l’appliquer à l’écologie au final et, du coup, avoir moins de déchets. Au final, ce ne sont pas des choses dissonantes. Ça reste dans des thèmes assez proches.

    Isabella Vanni : Ce sont des philosophies très proches. Ça permet de proposer des styles de vie, d’actions, alternatifs. D’ailleurs j’ai vu que vous proposez aussi une buvette responsable avec des produits du terroir. Il y a une monnaie locale qui peut être utilisée. Donc c’est vraiment tout…

    Romain Volpi : Ça, ça fait déjà plusieurs années, depuis deux ou trois ans, je crois, la buvette est tenue par un acteur local. C’est important aussi de faire participer les acteurs locaux quand on organise nos événements.

    Isabella Vanni : Très bien. Je voulais savoir le programme de cette année. Quelles sont les activités que vous proposez ?

    Romain Volpi : Il y a des conférences : sur les deux jours, on a 160 conférences, si je me rappelle bien. 80 ateliers où des gens vont pouvoir venir et participer aux ateliers et justement, par exemple, on a des ateliers sur la découverte de Linux où, en gros, ils vont apprendre à utiliser le logiciel ou des choses comme ça. On a une install-partie qui aura lieu durant tout le week-end et on a aussi une session de certification dans laquelle on a une réduction par rapport au prix normal de la certification sur le reste de l’année, qui est la certification ALPIC.

    Isabella Vanni : Quels sont les publics ciblés ?

    Romain Volpi : Ça va être du tout public, ça va être aussi du public enfant puisqu’on a un pôle gones.

    Isabella Vanni : J’allais te demander. C’est très bien, ça.

    Romain Volpi : Le gone c’est l’enfant sur Lyon et, du coup, ça va être des ateliers pour les enfants. Du coup on a tout public. Du public un peu plus technique parce qu’on a des conférences un peu techniques. On essaie de viser un peu tout le monde pour qu’il n’y ait personne qui s’ennuie. Après, c’est aussi une possibilité de rencontrer l’April, d’autres grands noms de la défense du logiciel libre en France qui seront présents avec leurs stands ou même qui feront des conférences. Voilà.

    Isabella Vanni : Il y aura un grand village associatif, effectivement. Je ne me souviens plus combien de stands sont prévus, mais ça avait l’air…

    Romain Volpi : Là, comme ça, je ne me rappelle plus puisque je ne me suis pas occupé du pôle stands, j’avoue.

    Isabella Vanni : Je pense qu’il y en a quelques dizaines, c’est plutôt pas mal.

    Romain Volpi : On a même des institutions en plus, cette année. On a le Grand Lyon qui vient, puisqu’ils font de l’open data. Ils ont eu droit à une conférence et un stand qui sera tenu par eux sur ce week-end.

    Isabella Vanni : J’ai vu qu’il y aura aussi la projection du film documentaire La Bataille du Libre qui est sorti récemment. Donc ça fait une activité de plus.

    Romain Volpi : Tout à fait, ça ce sera le dimanche en fin d’après-midi.

    Isabella Vanni : Et bien sûr, il y aura toujours les démonstrations des fab labs.

    Romain Volpi : Oui, oui, bien sûr.

    Isabella Vanni : Ça, c’est assez récurrent, je crois, dans les Journées du Logiciel Libre.

    Romain Volpi : Je ne me rappelle plus si c’est récurrent, mais il y en avait déjà eu l’année dernière et il y en aura aussi cette année dans le cadre des ateliers et aussi sûrement sur les stands dans un espace, justement, fab lab.

    Isabella Vanni : Est-ce que tu veux rappeler ce que c’est, un fab lab ? Je te laisse le faire, mais, sinon, je peux le faire.

    Romain Volpi : Non, je vais te laisser la main.

    Isabella Vanni : D’accord. Donc un fab lab, on va dire que c’est un laboratoire, un tiers-lieu, donc un lieu où les personnes peuvent aller apprendre à construire, bidouiller, vérifier comment les objets sont faits, se faire aider pour en construire d’autres. C’est une autre façon, en fait, de partager la connaissance. C’est pour ça que les deux philosophies, le Do it yourself, « fais-le-toi-même » du fab lab, ça marche très bien avec le logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Si je peux préciser, l'un des fab labs les plus sympas se trouve au Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l’industrie. Fab lab ça veut dire laboratoire de fabrication. Ça vient de l’anglais. En tous cas pour les Parisiens, enfin les Franciliens, on vous encourage à aller au Carrefour numérique de la Cité des sciences.

    Romain Volpi : Mais à Lyon, on a le LOL et le LOV.

    Frédéric Couchet : Ah, le LOV, c’est un très beau mot. Je vous laisse poursuivre.

    Isabella Vanni : Très bien. On a bien placé le Carrefour numérique de Paris, c’est super. On va donner les informations pratiques pour les Journées du Logiciel Libre. Ça se passe en week-end. Les horaires ?

    Romain Volpi : 10 heures-18 heures. Les conférences vont commencer à 10 heures le samedi. Par contre elles commenceront à 11 heures le dimanche, ce qui permettra aux gens d’aller aussi visiter un peu les stands parce qu’on est bien chargés au niveau conférences.

    Isabella Vanni : Magnifique. Et au niveau pratique, pour les personnes qui souhaitent venir aux Journées du Logiciel Libre, il faut s’inscrire ? On peut venir librement ?

    Romain Volpi : Non, aucune inscription. Vous venez, on vous met un bracelet pour vous compter, pour savoir si ça marche bien et c’est tout. Rien à payer, pas d’inscription, vous venez et vous êtes les bienvenus.

    Isabella Vanni : Et si je veux savoir ce qu’il y a comme programme, je le trouve sur place ?

    Romain Volpi : Il y a un programme sur place, il doit y avoir des programmes déjà actuellement à la Maison Pour Tous des Rancy, disponibles en version papier. Et sinon il y a le site jdll.org sur lequel on peut trouver toutes les informations sur les programmes, sur ce qui se passe, quand et comment.

    Isabella Vanni : Est-ce qu’il y aura des diffusions audio, vidéo, ou est-ce que vous prévoyez de les rendre disponibles pour ceux et celles qui ne peuvent pas se rendre sur place ?

    Romain Volpi : Il va y avoir des captations sur certaines conférences.

    Isabella Vanni : C’est très bien ça.

    Romain Volpi : Mais pour le coup, je ne sais pas où. Je ne sais pas comment ça va être diffusé.

    Isabella Vanni : On le découvrira et on mettra l’information à disposition. J’aurais aimé savoir, comme il s’agit d’un événement qui est organisé bénévolement, je suis plutôt épatée par la variété des activités que vous proposez et c’est quand même un événement qui a besoin de financements. Donc je voulais savoir comment vous avez fait pour vous financer.

    Romain Volpi : L’ALDIL prend en charge une partie. Chaque année elle fait un don pour les JDLL.

    Isabella Vanni : Donc ce sont les cotisations des membres.

    Romain Volpi : Oui, grâce à la cotisation des membres. Après on va démarcher des institutions telles que l’Université de Lyon 1, le Grand Lyon et tout ça. Et le reste c’est du financement participatif à travers une plate-forme de crowdfunding.

    Isabella Vanni : Est-ce qu’on peut encore vous faire des dons ?

    Romain Volpi : Non, c’est trop tard.

    Isabella Vanni : Incroyable !

    Romain Volpi : Ça s’est fini il y a deux semaines, je crois.

    Isabella Vanni : OK, pour l’année prochaine. Non ? C’est trop tard ? Est-ce que tu veux rajouter quelque chose, l’interview arrive bientôt à sa fin ?

    Romain Volpi : Non, je n’ai rien à rajouter. Venez nombreux aux JDLL et participez. Voilà. C’est tout.

    Isabella Vanni : Très bien.

    Frédéric Couchet : Eh bien, merci Isabella, merci Romain. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose sur ta chronique ?

    Isabella Vanni : J’aurais aimé, mais s’il n’y a plus de temps…

    Frédéric Couchet : Vas-y, en quelques secondes.

    Isabella Vanni : Je veux profiter du fait qu’on participe aux Journées du Logiciel Libre pour dire que l’April participe à beaucoup d’événements au cours de l’année, des événements libristes ou des événements grand public, et qu’on arrive à le faire grâce à nos membres qui, localement, répondent présent ou présente à nos appels et qui nous permettent, du coup, d’être présents sur plein d’événements. En 2018, on a participé avec un stand à 17 événements, donc on a doublé par rapport à 2017. Je souhaitais vraiment remercier tous les membres bénévoles qui nous ont aidés.

    Frédéric Couchet : Tout à l’heure, on parlait de love [LOV], on aime les bénévoles, évidemment. Eh bien, merci Isabella pour cette chronique « Le libre fait sa comm’ ». Merci Romain pour toutes ces précisions sur les Journées du Libre de Lyon qui ont lieu ce week-end.

    Maintenant un petit jingle pour les annonces de fin, avant la fin de l’émission.

    Jingle musical basé sur Sometimes par Jahzzar.

    Annonces

    Frédéric Couchet : J’en ai parlé tout à l’heure : la campagne contre la proposition de règlement terroriste/censure sécuritaire se poursuit. Le site de référence c’est laquadrature.net. Le vote en Commission des affaires liberté civile aura lieu au Parlement européen le 8 avril. Pour les personnes qui seraient intéressées pour en savoir plus vous pouvez aussi réécouter l’émission Libre à vous ! du 12 mars ; nous avions deux personnes de La Quadrature du Net pour discuter de ce sujet.
    On parlait de sensibilisation tout à l’heure. Ce week-end se termine aussi un événement important, plutôt des événements importants, plus de 240 événements dans le cadre du Libre en Fête, donc libre-en-fete.net. Il reste encore quelques jours pour profiter de ces événements et là encore, évidemment, ce sont beaucoup de GULL qui justement organisent ces événements dans le cadre de ce Libre en Fête proposé par l’April depuis 2002.

    On a parlé tout à l’heure de la soirée de contribution au Libre, donc à la FPH jeudi soir.
    Les JDLL, Journées du Logiciel Libre à Lyon, ce week-end.
    Le Premier samedi du Libre à la Cité des sciences et de l’industrie, samedi. Vous voyez, où que vous soyez, vous pouvez participer à plein de choses et évidemment tous les autres événements vous les retrouvez sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

    Notre émission va se terminer. Je remercie évidemment toutes les personnes qui ont participé : Magali Garnero dite Bookynette et à qui je promets effectivement de la cancoillotte bientôt à la maison. Romain Volpi pour l’ALDIL. Didier Clermonté pour LINESS. Isabelle Vanni pour l’April et mon collègue Étienne Gonnu qui non seulement fait des conférences à Lyon ce week-end mais s’occupe aussi est de la régie. Donc Étienne Gonnu qui est en régie, merci.

    Vous retrouverez sur le site de l’April, april.org, toutes les références utiles ; il y a déjà une page, mais elle va être enrichie avec les références citées pendant l’émission.

    Notre prochaine émission aura lieu mardi 9 avril à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur Wikipédia. C’est l’occasion d’approfondir la connaissance de cette encyclopédie libre parce que nous avons déjà consacré une émission à Wikipédia, c’était le 5 mars 2019. D’ailleurs l’émission sur Wikipédia sera diffusée exceptionnellement ce soir à 21 heures, comme ça vous pouvez, si vous ne l’avez pas écoutée, écouter cette émission ou la réécouter. Nous aurons l’occasion avec les mêmes invités d’aller un peu plus en détail à la fois sur le fonctionnement de l’encyclopédie Wikipédia et de la Fondation Wikimédia ; c’est une demande des personnes qui ont écouté la première émission. Donc voilà, nous sommes à l’écoute des personnes qui nous écoutent.

    Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve mardi prochain et d’ici là portez-vous bien.

    Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

    Décryptualité du 8 avril 2019 - La chaîne youtube E-penser face au rouleau compresseur des ayants-droits

    mar, 04/09/2019 - 01:12

    Écouter ou télécharger le décryptualité du 8 avril 2019 (14 minutes)

      Bruce Benamram, créateur de la chaîne youtube de vulgarisation scientifique e-penser vient de passer sa chaîne en privé pour protester contre l’impossibilité de contester devant une entité indépendante les décisions des ayants de droits. Une démonstration d'une informatique déloyale, où les ayants droits font la loi.
      Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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    Revue de presse de l'April pour la semaine 14 de l'année 2019

    lun, 04/08/2019 - 19:14

    Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

    [20 minutes online] «Le mobile, je l'appelle le rêve de Staline»

    ✍ Michel Annese, le jeudi 4 avril 2019.

    De passage en Suisse pour des conférences, Richard Stallman, le pape du logiciel libre, encourage à se détourner progressivement des «logiciels privateurs».

    Et aussi: [Usbek & Rica] Deux tiers des Français préoccupés par leurs données personnelles

    ✍ Lila Meghraoua, le mercredi 3 avril 2019.

    D’après une étude de la société Norton Lifelock, les scandales à répétition liés à l’accès aux données personnelles de Facebook et l’explosion du nombre de cyberattaques finissent par avoir raison du «naturisme numérique» des Français. Deux tiers d’entre eux seraient même particulièrement soucieux de la sécurité de leurs données personnelles.

    Et aussi: [Les Numeriques] Microsoft ferme le rayon “livres” de son Store

    ✍ Mathieu Chartier, le mercredi 3 avril 2019.

    En fermant sa librairie en ligne, Microsoft va aussi priver ses clients des ouvrages pour lesquels ils avaient payé. Une décision radicale qui trahit le manque de succès de cette boutique et donnera droit à des remboursements, voire (dans certains cas) à des dédommagements.

    Et aussi: [CXP] Incontournable Open Source

    Le mardi 2 avril 2019.

    2018 a marqué un tournant pour les logiciels Open Source, avec notamment le rachat de Red Hat par IBM pour 34 milliards de dollars et celui de Github par Microsoft pour 7,5 milliards de dollars. Des entreprises privées qui misent sur les acteurs du Libre. Et ce de façon massive, si l’on en juge par le montant de ces transactions.

    [L'ADN] Écrans publicitaires: comment éviter d'envoyer ses données aux marques

    Le mardi 2 avril 2019.

    Des écrans publicitaires récoltent l’adresse des smartphones des passants afin de mesurer l’efficacité d’une pub. Le dispositif inquiète depuis quelques jours malgré sa légalité. Un codeur a développé un programme visant à gêner l’opération.

    Et aussi: [01net.] Article 17: cinq questions pour comprendre ce que cette nouvelle règle du droit d'auteur va changer

    ✍ Amélie Charnay, le lundi 1 avril 2019.

    Les députés européens viennent de voter une nouvelle directive droit d’auteur pour mieux protéger les œuvres en ligne. Mais l’article 13 du texte, devenu article 17 dans la version finale, suscite la polémique. On vous explique pourquoi.

    Et aussi: [Techniques de l'Ingénieur] L'open source: des failles qui se multiplient

    ✍ Philippe Richard, le lundi 1 janvier 1.

    De plus en plus d’entreprises s’appuient sur la richesse de l’open source pour développer leurs propres applications. Mais l’open source est, au même titre que les logiciels propriétaires, touché par des failles de sécurité. Faute de temps, de moyens ou d’expérience, des développeurs ne corrigent pas ou ne détectent pas ces vulnérabilités.

    La directive droit d’auteur inscrit dans le droit la censure automatisée - Benjamin Sonntag

    lun, 04/08/2019 - 09:49


    Titre : Benjamin Sonntag : « La directive droit d’auteur inscrit dans le droit la censure automatisée »
    Intervenants : Benjamin Sonntag - Pablo Pillaud-Vivien
    Lieu : La Midinale - Regards
    Date : 27 mars 2019
    Durée : 10 min 40
    Visualiser la vidéo
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Benjamin Sonntag, 2013, Benjamin Sonntag Photos, auteur Elisian - Licence CC BY-SA 2.0 FR
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Description

    La directive droit d’auteur a été adoptée hier au Parlement européen. Avec quelles conséquences ? Une alternative…

    Transcription

    Voix off : Regards - Prunelles aiguisées - « La Midinale » par Pierre Jacquemain et Pablo Pillaud-Vivien tous les jours à 12 heures 30.

    Pablo Pillaud-Vivien : Bonjour Benjamin Sonntag.

    Benjamin Sonntag : Bonjour.

    Pablo Pillaud-Vivien : Vous avez cofondé La Quadrature du Net, une association de défense des droits et des libertés des citoyens sur Internet. Si on vous a invité aujourd’hui c’est que hier a été votée au Parlement européen une directive qui encadre le droit d’auteur. Vous pouvez nous expliquer ce que ça va changer, ce que ça veut dire.

    Benjamin Sonntag : Ça va changer beaucoup de choses. Il y a deux articles qui sont passés qui nous posent le plus problème. Le premier c’est sur les citations de presse. L’idée c’est que aujourd’hui des sites comme Google News reprennent le titre, un morceau de vignette, d’image et trois mots, une phrase de l’article de presse. Eh bien demain les plateformes comme Google vont devoir payer pour pouvoir citer ne serait-ce que le titre et cinq mots d’un article de presse. Donc ça va être encore une usine à gaz qu’on va monter pour quelque chose qui, peut-être, pose problème à la presse, mais ce n’est pas ça qui va améliorer le modèle économique de la presse. Nous on regarde ça avec beaucoup de circonspection, on pense que ça va être juste inutile.

    Pablo Pillaud-Vivien : C’est quand même une façon d’aller chercher de l’argent chez Google et de le donner aux éditeurs de presse.

    Benjamin Sonntag : Oui. Mais ça veut dire que les éditeurs vont encore plus dépendre de Google et d’autres plateformes de ce type. Donc l’indépendance de la presse qui est actuellement pour moi assez nulle du fait qu’elle est possédée majoritairement par des milliardaires va continuer à prendre des coups parce qu’elle va être possédée par des sociétés capitalistiques milliardaires aussi.
    Ça n’améliore pas, je pense, la situation d’indépendance des citoyens vis-à-vis de la qualité de ce qu’ils pourraient trouver en ligne sur Internet, ou dans le monde réel !

    Pablo Pillaud-Vivien : Ça c’était le premier point.

    Benjamin Sonntag : Ça c’est le premier point, le plus petit. Le plus important c’est ce que nous on appelle la censure algorithmique ou la censure automatisée. C’est quelque chose qui existe déjà : sur une plateforme comme YouTube il y a un système qui s’appelle Content ID, qui a été mis en place par les ingénieurs de YouTube, de Google donc, qui bloque et qui démonétise ou qui carrément censure des vidéos sous prétexte qu’elles ont des petits morceaux ou des gros morceaux d’œuvres protégées par le droit d’auteur. Ça peut être des morceaux de films, ça peut être des morceaux de musique, ça peut être des petits morceaux de musique, ça peut être de petits morceaux de films, le problème c’est que ces systèmes algorithmiques ne sont pas du tout malins, ils n’ont pas la capacité à comprendre qu’il y a des exceptions dans le droit d’auteur pour le pastiche, pour le droit de citation, pour certaines formes de remix, donc déjà aujourd’hui ça pose un problème.

    Ce que fait cette directive c’est qu’elle met dans le droit le fait que les grosses plateformes vont être obligées de disposer de ce genre de système de censure automatique. Eux parlent de filtrage sur des algorithmes, nous on utilise les vrais mots qui consistent à montrer ce que ça fait dans le monde réel : c’est de la censure et elle est algorithmique et elle est automatisée. Donc on dénonce cette censure automatisée parce que même si elle ne s’applique qu’aux grandes plateformes elle n’est pas du tout capable de comprendre la complexité et la finesse du droit d’auteur et surtout, elle est poussée en masse par beaucoup de Français mais surtout ceux qu’on appelle les ayants droit c’est-à-dire des grosses sociétés qui possèdent des pools d’artistes, un peu comme du bétail, et qui, d’ailleurs, souvent emmènent les artistes au casse-pipe pour défendre cette directive alors elle na va pas apporter quoi que ce soit aux artistes, notamment pour l’accès à leur public ou pour mieux vivre de leurs œuvres. Et pour terminer, le principal problème ce n’est pas tant que cette directive institue cette censure automatisée, c’est qu’elle la met dans le droit et elle ouvre, pour nous, une boîte de Pandore qu’on ne pourra pas refermer de sitôt on le craint de permettre une censure automatique et ça c’est un véritable problème.

    Pablo Pillaud-Vivien : Mais là, quand vous parlez, on a l’impression que vous voulez laisser une totale liberté voire une totale impunité aux géants du Net comme Google, Amazon.

    Benjamin Sonntag : Les géants du Net ont déjà une responsabilité qui fait d’ailleurs qu’ils appliquent déjà cette censure automatique ; ils n’ont pas attendu le droit pour censurer en masse. Le problème c’est que nous on essaye de trouver une balance. On ne veut pas qu’ils aient un pouvoir illimité, qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent sur Internet, évidemment. Le droit s’applique dans chaque pays.

    Pablo Pillaud-Vivien : On parle souvent de pillage des contenus par ces géants du Net, c’est-à-dire qu’en fait eux utilisent déjà des contenus sur lesquels eux ils se font grassement.

    Benjamin Sonntag : Ce n’est pas tant les géants du Net qui utilisent ces contenus que les internautes qui publient ces contenus à destination de leur public. Il y a une espèce de jeu de dupes.

    Pablo Pillaud-Vivien : Les internautes ne gagnent pas d’argent alors que Google gagne beaucoup d’argent

    Benjamin Sonntag : Il y a pas mal d’internautes qui gagnent de l’argent aujourd'hui.

    Pablo Pillaud-Vivien : Moins que Google.

    Benjamin Sonntag : Beaucoup moins que Google, évidemment. Le principal problème pour nous c’est aussi que ces grosses plateformes avalisent le modèle économique de la publicité ciblée. Indépendamment de la directive européenne, nous on la combat évidemment, d’ailleurs elle est probablement massivement illégale depuis la directive RGPD1 de l’an dernier, en mai 2018 : la publicité ciblée est probablement totalement illégale en droit européen, mais les autorités nationales type la CNIL n’ont peut-être pas encore mesuré à quel point il faudrait agir pour faire appliquer le droit.

    Il y a tout un jeu d’influences, de rétro-influences dans tous les sens sur des ayants droit qui essaient de faire du beurre sur le dos des artistes, de Google, Facebook, YouTube qui font du beurre sur le dos des artistes, bien souvent aussi, tout ça n’a jamais favorisé les artistes. Déjà à l’époque on dénonçait avec HADOPI2 le fait que c’était une mauvaise réponse à un faux problème, on voit ce qu’a donné HADOPI depuis.

    S’il vous plaît, essayez d’écouter un peu les citoyens qui se mobilisent, qui réfléchissent aux enjeux du numérique et aux enjeux des plateformes et qui disent : « Vous êtes en train d’apporter une mauvaise réponse à un faux problème ». Là on est en train d’annoncer la même chose. On verra dans dix ans ce que ça a aura donné. Google aura continué à être Google, les artistes continueront à se plaindre parce que leurs ayants droit leur diront de se plaindre parce qu’ils ne font assez de blé sur leur dos. Ça n’aura pas amélioré la situation des artistes, ni Google, ni les SACEM et compagnie.

    Pablo Pillaud-Vivien : Du coup vous proposez quoi comme alternative pour rétribuer justement ces producteurs de contenus ?

    Benjamin Sonntag : On le proposait déjà en 2008 ; on proposait une licence globale à l’époque, on pense toujours que c’est une bonne solution.

    Pablo Pillaud-Vivien : Est-ce que vous pouvez expliquer rapidement ce qu’est la licence globale ?

    Benjamin Sonntag : L’idée de la licence globale3, après il faut voir, le diable est dans les détails évidemment, c’est de proposer de prendre quelques euros sur les abonnements internet pour financer la culture donc pour les artistes musicaux, films, séries, les youtubeurs et compagnie ; ça peut aller très loin, aussi sur les livres, ça peut couvrir un peu tous les arts, en échange d’une légalisation, et là on est très précis, du partage hors marché entre individus.
    L’idée c’est de dire quand on échange avec d’autres personnes des séries, des films, de la musique, parce que c’est ce qu’on aime, parce que c’est ce qui nous passionne, parce que c’est ce qu’on admire, qu’on puisse le faire légalement. Ça existe depuis toujours, ça existe depuis la cassette audio, ça existe même depuis avant la cassette audio, ça n’a jamais tué des artistes comme on l’a entendu bien souvent en forme de propagande éhontée.

    Nous on propose déjà des modèles vertueux qui permettent à la fois de légaliser le partage et à la fois de rémunérer les artistes. Après nous on n’est pas non plus artistes, moi je ne suis pas versé dans ces domaines-là. Ce que je vois c’est qu’on applique de la censure, on applique des écoutes sur Internet avec HADOPI, des choses qui ne marchent pas, on le voit avec HADOPI. Là on s’attend à ce que ça n’ait aucun effet sur les grosses plateformes. D’ailleurs on ne défend pas les grosses plateformes, nous on attaque les GAFAM, on les a même attaqués en plainte de groupe l’an dernier dans le cadre du RGPD et les affaires sont en cours ; on attaque vraiment ces grosses plateformes, mais ce qu’on craint et c’est ce qui arrive toujours dans le droit, ça se voit dans plein de sujets, c’est ce qu’on appelle mission creep, l’extension du domaine des lois. Typiquement cette loi aujourd’hui, cette directive européenne ne va s’appliquer qu’aux gros acteurs, typiquement des Google, Facebook, Twitter, ce genre de plateformes. On s’attend à ce que demain soit dans des droits locaux, puisque cette directive doit être appliquée [transposée] dans le droit local des pays membres, soit plus tard dans une version deux de la directive, qu’ils appliquent ça à toutes plateformes. Et dans ces cas-là des plateformes vertueuses qu’on appelle de nos vœux, des systèmes comme Mastodon4, des systèmes comme Diaspora5 qui sont des alternatives libres, décentralisées surtout, à Google, Facebook, Twitter ou ce genre de service, ces plateformes-là vont morfler très sérieusement si demain elles sont obligées de mettre en place des algorithmes qui sont extrêmement complexes, qui sont extrêmement coûteux, de censure préventive de contenus.

    Et puis même, l’idée c’est quelle société on crée quand on met dans le droit des systèmes de censure préventive. Nous ça nous paraît extrêmement choquant dans l’équilibre des droits entre les libertés fondamentales et le bien-être des artistes, la capacité d’innover, la capacité aussi de lutter contre des monopoles comme YouTube ou Facebook.

    Pablo Pillaud-Vivien : J’ai lu dans un éditorial du Monde que finalement cette bataille entre ceux qui étaient pour ou contre la directive c’était une bataille entre ceux qui étaient pour la démocratie, enfin ceux qui se battaient pour la démocratie, pour plus de démocratie et ceux qui se battaient pour plus de liberté. Est-ce que c’est comme ça aussi que vous envisagez la bataille ?

    Benjamin Sonntag : Hou là ! Déjà ça me parait compliqué de pousser aussi loin. Nous on se bat à la fois pour la démocratie et pour la liberté. La démocratie ce n’est pas juste le vote et la liberté ce n’est pas juste la liberté de faire n’importe quoi ; ça s’arrête là où commence celle d’un autre. Il faut rappeler ces fondamentaux-là et on a souvent à faire à énormément de ce qu’on appelle du FUD [Fear Uncertainty and Doubt], de peurs, d’incertitudes et de doutes qui sont posés là pour essayer de défendre telle ou telle opinion. Je prends l’exemple de monsieur Cavada qui récemment disait que les manifestants en Allemagne – il y avait plusieurs dizaines de milliers de manifestants en Allemagne contre cette directive – étaient payés par les GAFAM. Je n’ai entendu aucun journaliste en entendant ça lui dire « OK, vous avez quoi comme preuve ? » Donc les débats sont très sanguins. On peut mettre des grands mots comme « démocratie » ou « liberté » dans cette histoire. Moi ce que je vois c’est que c’est aussi une histoire industrielle, qui a des enjeux industriels et Google a poussé de tout son poids contre cette directive. On s’est retrouvés avec eux quelque part dans ce combat parce qu’elle [la directive] nous paraît vraiment attentatoire aux libertés dans le sens où elle institue dans le droit des censures automatisées et ça, ça nous paraît totalement délirant. Après on est contre Google sur tout le reste des sujets parce que c’est une société qui fait du fichage en masse d’individus pour de la publicité ciblée de manière totalement illégale.
    On peut dire que c’est démocratie contre liberté ; nous on dit surtout que c’est démocratie et liberté contre monopole et business as usual.

    Pablo Pillaud-Vivien : Merci beaucoup Benjamin Sonntag.

    Benjamin Sonntag : Avec grand plaisir.

    Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 26 mars 2019

    lun, 04/08/2019 - 07:51


    Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 26 mars 2019 sur radio Cause Commune
    Intervenants : Caroline Corbal - Emmanuel Raviart - Vincent Calame - Étienne Gonnu - Frédéric Couchet
    Lieu : Radio Cause Commune
    Date : 26 mars 2019
    Durée : 1 h 30 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Page des références utiles concernant cette émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc vous pouvez vous rendre sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquer sur « chat », rejoindre le salon de la radio et éventuellement échanger avec nous ou nous poser des questions.
    Nous sommes mardi 26 mars 2019, nous diffusons en direct mais vous écoutez peut-être un podcast ou une rediffusion.

    Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition, la 18e de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
    Le site web de l’April est april.org et vous y retrouvez déjà une page avec les références que l'on va citer dans l’émission ; la page sera mise à jour évidemment après l’émission en fonction des références que l’on citera. Je vous souhaite une excellente écoute.

    Maintenant voici le programme de cette émission. Nous allons commencer par un moment qui ne sera pas un moment de grande joie, car nous allons faire un point sur la désormais célèbre directive droit d’auteur qui vient d’être adoptée au Parlement européen.
    D’ici une quinzaine de minutes notre sujet principal portera sur les civic techs et le logiciel libre avec nos invités Caroline Corbal et Emmanuel Raviart que je présenterai tout à l’heure.
    Et en fin d’émission d’émission nous aurons la troisième chronique de Vincent Calame intitulée « Jouons collectif ».
    Aujourd’hui à la réalisation de l’émission Patrick Creusot, bénévole à l’April. Bonjour Patrick. Patrick dit bonjour sans avoir allumé son micro !

    Tout de suite place au premier sujet avec mon collègue Étienne Gonnu en charge des affaires publiques à l’April. Étienne, on aurait pu fêter quelque chose aujourd’hui, mais c’est plutôt une mauvaise nouvelle qui vient d’arriver du Parlement européen il y a quelques minutes sur la désormais directive droit d’auteur.

    Étienne Gonnu : Tout à fait. Effectivement on aurait pu espérer un résultat plus positif, notamment au vu de l’incroyable mobilisation qui s’est construite ces derniers jours, ces dernières semaines. Malheureusement c’est un peu la douche froide. La directive a été approuvée, malheureusement sur les mêmes prétextes depuis le début. Il y a eu avant le vote ce qu’on appelle les explications de vote, donc des débats, chaque différente position a été exprimée et ça a peu évolué depuis le début, c’est-à-dire que les pro-article 13 s’appuient finalement sur trois jambes. C’est-à-dire prendre des postures de défense de la liberté, de défense des auteurs et autrices, à peu près tout le monde peut se retrouver là-dessus, bien sûr ; décrédibiliser la mobilisation en disant à la fois qu’elle est manipulée par Google, par les grandes plateformes. On a vu aussi le rapporteur accuser la jeunesse, bien sûr, qui serait facile à manipuler. Et puis toujours en niant, et ça paraît assez incroyable qu’on en soit encore là, mais toujours en niant la réalité du filtrage qui serait imposé par ce texte alors que c’est à peu près évident pour toute personne qui a lu le texte en réalité.

    Frédéric Couchet : Effectivement l’article 13 qui est maintenant officiellement l’article 17 parce qu’il y a eu une manipulation – certains pourront penser que le changement d’article quelques jours avant c’est le processus normal démocratique –, mais en fait c’est souvent aussi une façon de détourner l’attention de la mobilisation. Le désormais article 17 qui était anciennement l’article 13 porte sur le filtrage automatisé, l’institutionnalisation du filtrage automatisé sur les plateformes.

    Étienne Gonnu : Effectivement ce n’est pas écrit noir sur blanc, mais on voit bien que c’est la seule manière pour les plateformes de répondre aux obligations qui leur sont faites, puisque le texte renforce leur responsabilité sur les contenus mis en ligne par leurs utilisateurs et utilisatrices. Donc elles sont tenues, de fait, de mettre en place un filtrage automatisé.

    Frédéric Couchet : Côté logiciel libre, on a déjà consacré plusieurs émissions au sujet, donc on invite les personnes qui nous écoutent à se connecter sur le site de l’April et à aller sur la partie consacrée à l’émission pour regarder les archives, ne serait-ce que celles de la semaine dernière. On a aussi consacré un long sujet sur justement l’impact de l’article 13 on va dire sur Internet. Également l’exception pour les forges logiciel libre. Peut-être que tu peux faire un petit rappel sur cette exception qui est quand même présente, même si ça ne remet pas en cause le danger de cette directive.

    Étienne Gonnu : Tout à fait. C’est d’ailleurs comme ça que l’April a commencé à s’engager sur ce texte il y a au moins un an et demi. Parmi les plateformes, puisque toutes les plateformes de partage de contenus soumis au droit d’auteur sont concernées, de fait c’était le cas au début pour les plateformes de développement et de partage de logiciels libres qu’on appelle aussi des forges logicielles. On a milité à l’April, avec d’autres structures, pour obtenir une exception qui a évolué. Au début elle était réservée à des plateformes à but non-lucratif. Il y a eu différentes évolutions jusqu’à atteindre une définition qui nous paraît exclure à peu près correctement, correctement même, les plateformes de développement et de partage de logiciels libres.
    Notons aussi, c’est un mini lot de consolation, mais prenons aussi ce qui est positif : dans le texte anglais effectivement ce sont les plateformes open source qui sont exclues et dans la traduction française ils ont traduit cela par « développement et partage de logiciels libres » qui est donc à l’article 2.6 dans les définitions du texte.

    Frédéric Couchet : Cette exception est valable pour les plateformes à but non-lucratif ou à but lucratif. C’était un des enjeux de la mobilisation des derniers mois parce que le Conseil de l’Union européenne, donc le représentant des États, avait une position un petit peu différente de celle du Parlement européen. Mais on insiste encore une fois que contrairement peut-être à d’autres structures du logiciel libre qui ont pris position aujourd’hui, le fait qu’il y ait cette exception ne remet pas en cause le danger de cette directive et qu’en aucun nous n’acceptons comme principe le filtrage automatisé sur les plateformes. On peut même rajouter que OK, les forges logiciels libres sont exemptées avec cette exception ; Wikipédia a aussi une exception mais qui est limitée par effet de bord par rapport aux autres articles.
    Rappelons que dans le domaine du logiciel libre, quand on a consacré nos émissions aux plateformes par exemple de partage de vidéos comme PeerTube, aux services décentralisés de microblogging comme Mastodon qui, pour les personnes qui connaissent Twitter, permet d’échanger des messages courts mais de façon décentralisée, aujourd’hui il y a un grand doute et un grand danger sur ces plateformes. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a quelques jours on a mis sur le site de l’April et sur le site de notre chaton c’est-à-dire chapril.org sur lequel vous avez des services par exemple de partage, de création de rendez-vous, de partage d’informations de façon confidentielle, un bandeau noir en disant que le site fermait parce que, avec cette nouvelle directive, eh bien il y a un vrai danger sur ces plateformes-là, au-delà de la partie forges logicielles.

    Étienne Gonnu : Exactement. Je pense que tu as parfaitement résumé. On défend le logiciel libre, on ne défend pas que les logiciels, on défend une certaine vision de l’informatique au service de tous et de toutes.

    Frédéric Couchet : Est-ce que le vote a été serré ?

    Étienne Gonnu : C’est un peu difficile de répondre à cette question parce que la procédure d’adoption des directives est assez particulière. De toute façon tout le droit européen et toutes les procédures européennes sont difficilement abordables lorsqu’on n’a pas l’habitude.
    La procédure est comme suit : avant de voter directement le texte il y a différentes étapes à passer et notamment pour ce vote final, avant de pouvoir éventuellement proposer des amendements, comme un amendement de suppression pour l’article 13 – amendement de suppression que nous défendions –, il faut que les parlementaires valident, votent le principe d’amender le texte. C’est-à-dire qu’ils votent pour ensuite pouvoir proposer des modifications.
    À ce premier niveau de vote, eh bien le fait de modifier le texte a été rejeté. Là ça a été effectivement très serré. Il y a 317 parlementaires contre 312, donc 5 voix de différence, donc 317 parlementaires qui ont jugé que, malgré la mobilisation citoyenne extrêmement importante, rappelons par exemple qu’il y a eu 200 000, je n’ai plus le chiffre, personnes mobilisées dans les rues au niveau européen, qu’il y a une pétition avec 5 millions de signataires, qu’il y a eu des tensions très fortes, donc on voit qu’il y a un débat très fort sur ce texte et malgré tout cela 317 parlementaires ont décidé qu’il n’y avait pas lieu de voter des amendements pour modifier ce texte.
    Donc il n’y a pas de modifications : c’est le texte issu des négociations interinstitutionnelles, du « trilogue » qu’on a de nombreuses fois évoqué, qui était juste l’étape précédente, c’est ce texte qui a été mis au vote dans son intégralité, donc avec l’article 13 tel qu’il était rédigé avec cette obligation de fait de mettre en place des filtres automatisés, c’est ce texte qui a été soumis au vote et celui-ci a été voté à 348 voix pour et 274 voix contre.
    À priori il y aura ce qu’on appelle un roll call, en gros une liste des parlementaires et quels ont été leurs votes. Donc on pourra savoir qui a jugé pertinent, parmi ces parlementaires, de confier finalement l’application du droit d’auteur à des systèmes automatisés gérés par des entités de droit privé.
    Cette liste sera certainement intéressante en mai lors des élections européennes par exemple !

    Frédéric Couchet : Le 26 mai 2019 il y a des élections européennes. Pour les personnes qui votent encore, il y en a, ça peut être effectivement un argument pour choisir telle ou telle personne. Malheureusement on n’a pas encore le détail de ce vote nominatif, mais on peut supposer vu le passé sur les votes précédents que la partie française a majoritairement voté en faveur de la directive, avec à sa tête Jean-Marie Cavada qui était encore ce matin sur une radio concurrente mais néanmoins amie, c’est-à-dire France Inter, pour raconter un peu n’importe quoi, il faut quand même être assez clair. Côté français les parlementaires européens français ont majoritairement voté pour la directive avec le soutien évidemment du gouvernement français. Je dis ça aussi pas simplement par rapport aux élections du 26 mai mais aussi par rapport à l’étape d’après, parce que l’étape d’après, tu vas nous l’expliquer rapidement, c’est la transposition dans le droit national.

    Étienne Gonnu : C’est l’étape suivante dans une directive parce qu’une directive ne s’applique pas directement dans les droits nationaux. Les textes sont adaptés, effectivement, enfin des lois sont passées presque comme une loi normale, si ce n’est que la directive, en fait, va poser le cadre. Là aussi il faudra qu’on étudie les marges de manœuvre possibles pour atténuer autant que possible les effets liberticides de ce texte, mais effectivement ça va arriver à l’Assemblée nationale, à priori je pense dans un temps relativement court. On va voir, ça n’a pas été inscrit à l’ordre du jour du Parlement. On sait que ça va être un combat difficile parce qu’il y a déjà pas mal de députés, notamment de la majorité, qui ont pris des positions assez claires sur leur intention concernant cet article et sur l’institutionnalisation des filtrages automatisés. Donc ça va être effectivement une étape importante.
    Et puis parallèlement, et le sujet est directement connexe, c’est une révision d’une autre directive qui est souvent annoncée et qu’on a déjà évoquée notamment puisqu’elle touche à la responsabilité, justement, des intermédiaires techniques, qui est la directive e-commerce de 2000 et là aussi il va falloir qu’on soit vigilants. En fait pour que l’article 13 puisse produire les effets qui sont attendus par ses défenseurs, eh bien il faut qu’ils agissent sur cette directive e-commerce pour affaiblir encore, finalement, le régime des intermédiaires techniques et les rendent toujours plus responsables de ce qui passe par leurs tuyaux. En fait c’est aussi une remise en cause de la neutralité du Net. Après c’est encore un débat qu’il faudra pousser par la suite.

    Frédéric Couchet : Comme tu le dis, la prochaine étape on va dire au niveau européen c’est la révision de la directive e-commerce. Donc ce sera évidemment sous la prochaine mandature européenne qui commencera à partir de fin mai. Beaucoup d’acteurs vont sans doute se mobiliser effectivement pour ce sujet qui est essentiel, qui est le statut juridique des différentes plateformes hébergeurs et peut-être la création de nouveaux statuts. Comme je le disais tout à l’heure par rapport au logiciel libre, nos plateformes d’hébergement de vidéos ou autres services peuvent être directement concernées à terme et mettre en danger des choses qui nous permettent en fait de partager librement et en se basant, on le rappelle encore une fois, sur le droit d’auteur, parce que les licences libres se basent sur le droit d’auteur.
    Dans la journée, enfin dans la soirée, il devrait y avoir le communiqué de presse de l’April qui va reprendre ce que tu viens de dire Étienne. Je vous encourage à lire dès à présent l'article notamment de Marc Rees sur Next Inpact qui est en accès libre. Également les articles de Julia Reda. On va citer Julia Reda, du groupe des Verts européens, qui a mené une bataille importante justement contre cet article 13 et aussi l’article 11 sur les droits voisins pour la presse. Qui a fait un énorme travail pédagogique, notamment quelques heures avant le vote, pour expliquer ce qui allait se passer aujourd’hui en termes de vote, parce que ce n’était pas forcément facile à suivre. Je vous encourage à lire ces articles et évidemment, de toute façon, il va y avoir encore pas mal d’analyses qui vont être publiées et il y a la transposition qui va arriver et là on va se rendre compte, peut-être, que finalement les grands perdants ce n’est pas ceux qu’on croit et que les industries culturelles se sont peut-être tiré une balle dans le pied ou dans la tempe.
    Étienne, est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

    Étienne Gonnu : Je pense qu’on a fait un bon tour de la question. En tout cas c’est un coup dur mais on ne va pas se laisser abattre. Il reste des combats à mener et on les mènera tant qu’il y aura besoin de le faire.

    Frédéric Couchet : Exactement. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui se sont mobilisées soit en appelant des parlementaires européens, soit en relayant les informations, soit les membres de l’April lors de l’AG avec la fameuse petite photo qu’on a faite. J’en profite aussi pour féliciter chaleureusement Étienne pour son travail sur ce dossier au niveau de l’April ; il a été le fer de lance de ce dossier. On ne maîtrise pas le vote des parlementaires et quelque part, effectivement, ce vote est de leur responsabilité. Peut-être que certains seront jugés le 26 mai 2019 lors des élections.
    Nous allons faire une pause musicale.
    Avant la pause musicale, on me signale sur le salon dont je parlais tout à l’heure que la Free Software Foundation Europe, la Fondation pour le logiciel libre Europe, a envoyé un communiqué. Effectivement ils ont envoyé un communiqué pour, quelque part, encourager la Commission à développer et à promouvoir des outils de filtrage en logiciel libre. C’est vrai que ce communiqué nous pose un sérieux problème, d’ailleurs Étienne a fait tout à l’heure un petit tweet pour les interpeller. Je pense qu’on aura l’occasion d’y revenir parce qu’on ne comprend absolument pas, du tout, cette communication. Voilà ! Donc c’est cette réponse que je fais et je précise que ça n’engage pas du tout la FSF américaine qui, je pense, n’est pas du tout sur ce genre de position. Mais après tout, Qwant aussi a pris il y a quelques jours une position en faveur de la directive. Peut-être est-ce lié au fait qu’ils ont 20 % de financement de Spinger, Axel Springer, un magnat de la presse et 20 autres % de la Caisse des dépôts et consignations, donc de l’État français ; cela explique effectivement que peut-être ils aient pris cette position. Comme on dit en anglais et pour notre invité, Follow the Money, « suivez l’argent » et vous comprendrez pourquoi les gens prennent des positions. Mais bon !

    On va passer à une pause musicale. Ça s’appelle C’est Pas Comme Ça et l’artiste s’appelle Candy Says.

    Pause musicale : C’est Pas Comme Ça par Candy Says.

    Voix off : Cause Commune 93.1.

    [Le morceau se termine par « tu me prends la tête »]

    Frédéric Couchet : Je crois qu’il y a beaucoup de gens aujourd’hui qui nous prennent la tête, c’est une belle conclusion.
    C’était Candy Says, le morceau s’appelle C’est Pas Comme Ça. Je rappelle évidemment que c’est sous licence libre, en l’occurrence Creative Commons Partage à l’identique, comme toutes nos musiques et vous retrouvez la référence sur le site de l’April.

    Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
    Nous allons changer de sujet avec un sujet qui est aussi dans l’actualité mais un peu différemment, qui est celui des civic techs et on va aborder évidemment plus sur l’angle logiciel libre-transparence et également données ouvertes, avec nos invités. Tout d’abord Caroline Corbal de Code for France. Bonjour Caroline.

    Caroline Corbal : Bonjour.

    Frédéric Couchet : Emmanuel Raviart, développeur logiciel libre. Bonjour Emmanuel.

    Emmanuel Raviart : Bonjour Frédéric.

    Frédéric Couchet : Nous allons parler de civic techs, de logiciels libres. Déjà je vais vous poser une petite question, je vais vous laisser vous présenter chacun et chacune. On va commencer par Caroline. Caroline que fais-tu dans la vie ?

    Caroline Corbal : J’ai cofondé une association qui s'appelle Code for France, par ailleurs je suis présidente de DemocracyOS France, ce sont deux associations qui sont spécifiquement dédiées aux civic techs qui est le sujet d’aujourd’hui. Par ailleurs je travaille dans un cabinet de conseil qui s’appelle Inno3 et qui est spécialiste du logiciel libre, de l’open data et de l’open hardware.

    Frédéric Couchet : On en profite pour saluer Benjamin Jean qui est le fondateur de ce cabinet.
    Emmanuel, tu es développeur de logiciels libres mais tu as fait plein de choses. Quelles sont les choses essentielles que tu as faites, notamment par rapport évidemment au sujet du jour ?

    Emmanuel Raviart : Comme je suis vieux, j’ai d’abord commencé par créer trois entreprises qui travaillent dans le domaine du logiciel libre ou des données ouvertes. Elles ont toutes les trois la particularité d’être détenues par les salariés et de pratiquer l’égalité des salaires. Entre-temps, j’ai été développeur pour Etalab et même brièvement directeur technique d’Etalab.

    Frédéric Couchet : Rappelle-nous ce qu’est Etalab.

    Emmanuel Raviart : Etalab c’est le service du Premier ministre qui est chargé de l’ouverture des données publiques de l’État. Après ce passage à Etalab j’ai été assistant parlementaire.

    Frédéric Couchet : On va dire, tu peux le dire, de Paula Fortezza.

    Emmanuel Raviart : De la députée Paula Fortezza.

    Frédéric Couchet : De la République en marche, qui est notamment très impliquée sur tous les aspects on va dire participation, logiciel libre, vie privée, etc. J’en profite aussi pour signaler par rapport au planning de l’émission, une des entreprises dont tu as parlé c’est Easter-eggs et que nous avons un sujet justement sur les modèles d’organisation d’entreprises du Libre avec Easter-eggs, c’est en mai. Il y aura la société 24ème qui est une Scop basée sur l’organisation des entreprises libérées. Pour Easter-eggs ce sera Pierre-Yves Dillard qui viendra. Je ne me souviens plus exactement de la date, mais c’est en tout cas en mai cette émission.
    On va revenir sur civic techs et logiciels libres. Je vais déjà poser la question : c’est quoi ce mot, ce buzzword quelque part qui depuis deux, trois ans, voire un peu plus, arrive, civic techs ça signifie quoi ? Caroline Corbal

    Caroline Corbal : Les civic techs, en fait, ce sont des technologies donc des outils numériques, des logiciels, qui permettent de renforcer la participation démocratique, l’engagement des citoyens et aussi la transparence et la responsabilité des institutions et gouvernements. Le buzzword en fait est né en 2016 quand la France accueillait le sommet du Partenariat pour un gouvernement ouvert, mais il ne faut pas oublier que les civic techs existaient avant. Déjà en 2009 quand Regards Citoyens s’est créée l’idée c’était d’utiliser le numérique pour rapprocher les citoyens de l’exercice démocratique, notamment par la publication de l’information publique.

    Frédéric Couchet : D’accord. C’est intéressant que tu le précises parce que ce n’est pas forcément nouveau, même si le terme est nouveau.

    Caroline Corbal : Exactement.

    Frédéric Couchet : Ce qui peut être intéressant, et on va sans doute en parler dans le cours de l’émission, c’est peut-être la distinction, justement, entre des structures comme Regards Citoyens qui sont, on va dire, dans la civic tech ou en tout cas dans la participation, dans la démocratie, et des structures qui sont plus peut-être côté civic business ou avec des modèles d’organisation totalement différents basés sur le secret absolu. On va sans doute revenir la-dessus. La première question après cette petite présentation sur ce terme civic tech, c’est qu’il y a une supposition là-dedans c’est que l’informatique, le numérique, quelque part est forcément bon pour la démocratie. Est-ce réellement le cas, Emmanuel Raviart ?

    Emmanuel Raviart : Le numérique ce n’est pas démocratique en soi. Si vous utilisez des outils numériques pour construire un Internet décentralisé, aux mains des citoyens, où chacun peut apprendre et s’exprimer, là c’est démocratique.
    Si c’est pour un Internet contrôlé par des GAFAM, par des entreprises qui sont soit américaines, soit chinoises, qui savent tout sur vous, le numérique n’est pas démocratique. Donc on ne peut pas dire que le numérique est ou n’est pas démocratique.

    Frédéric Couchet : Caroline ?

    Caroline Corbal : Je pense que souvent le raccourci est fait. De fait le numérique est une vraie promesse, une promesse formidable pour accélérer la circulation de l’information, pour permettre à chacun de s’exprimer librement, pour permettre en fait aux citoyens de s’impliquer entre deux temps d’élections. Mais c’est aussi hyper-aberrant et même dangereux de dire que juste mettre à disposition des outils numériques va avoir des effets démocratiques.
    En fait, pour que le numérique produise de la démocratie, il faut que lui-même soit démocratique et ça, ça implique des constructions et ces constructions-là reposent sur des outils techniques, certes, mais surtout des processus et des valeurs qui doivent être centraux.

    Frédéric Couchet : C’est très bien cette première introduction, parce que souvent soit les personnes ont un avis très négatif sur le numérique qui ne peut rien apporter à la démocratie, soit c’est tout beau et extraordinaire. Ça me rappelle un événement, un débat qu’il y avait eu à Paris je crois que c’est l’an dernier, un événement que tu connais bien Caroline vu que tu as participé à son organisation qui est Paris Open Source Summit, il y avait un débat à un moment. Je ne citerai pas les deux personnes parce que voilà ! mais ce sont deux personnes politiques et il y avait un débat sur le vote électronique : est-ce que le vote électronique, pour les votes institutionnels j’entends bien, donc les élections municipales ou autres, est-ce que c’est bien ou un mal ? Les deux personnes n’étaient pas du tout d’accord, évidemment, avec des arguments qu’Emmanuel Raviart connaît bien, que beaucoup de gens connaissent bien, contre le vote électronique, notamment le fait que ça enlève totalement la participation citoyenne par le dépouillement par exemple ; une des grandes forces du vote en tant que tel c’est que le citoyen, la citoyenne peuvent participer au dépouillement. C’est important de préciser déjà que l’informatique ou le numérique en tant que tels n’apportent pas un vrai plus démocratique s’ils n’intègrent pas les processus et les bases démocratiques de transparence dedans.
    Justement on va essayer de voir, dans un premier temps, quels sont les grands principes qui permettent à des outils pour lesquels on peut se dire qu’on peut avoir un vrai apport démocratique. Évidemment nous on suppose qu’il y a le logiciel libre, il n’y a peut-être pas que le logiciel libre, il y a peut-être des nuances. Qui veut commencer ? Emmanuel Raviart.

    Emmanuel Raviart : Pour contrebalancer ce que je disais sur la neutralité du numérique, il ne faut pas oublier que le numérique apporte beaucoup de choses ; il apporte déjà l’information. C’est-à-dire que grâce au numérique les citoyens n’ont jamais été aussi informés ou désinformés, mais quand même globalement informés. Ça c’est le premier pas qui peut permettre plus de démocratie, c’est déjà l’information.
    Après, ce que ce peut permettre le numérique c’est donner le pouvoir, parce qu’une fois qu’on a l’information on se retrouve maintenant dans une société où quel que soit le sujet, quel que soit l’organe, que ce soit un gouvernement ou un parlement ou quelque chose comme ça, il y a toujours plus compétent à l’extérieur. C’est ça aussi qu’a apporté le numérique, cette ouverture vers la société civile qui peut maintenant challenger ce que dit l’autorité.
    Donc le numérique est un outil de puissance mais pour que cet outil de puissance puisse être vraiment contrôlé il faut savoir qui le contrôle. Pour ça on a besoin de tout contrôler dans le processus. C’est-à-dire que dans une élection papier c’est très facile pour un citoyen de suivre exactement ce qui se passe à tous les moments du vote : on peut voir l’impression des bulletins de vote, on peut voir la diffusion dans les bureaux de vote, on peut voir l’urne vide transparente se remplir, on peut voir le dépouillement, on peut assister à tout ça.
    Lorsque c’est numérique, on ne voit rien. C’est-à-dire qu’il y a tout un tas de choses qui font qu’on ne maîtrise pas. On ne maîtrise pas à la fois l’ordinateur sur lequel ça tourne parce que même maintenant on sait qu’on peut pirater les microprocesseurs. Si c’est un logiciel libre, on maîtrise son code source donc on peut avoir un peu une confiance sur le code source qui a été développé, mais on n’est pas sûr que c’est celui-là qui est installé sauf si on a une maîtrise complète du processus qui nous assure que le logiciel dont on a vu le code source est bien celui qui a été installé. On n’a pas de maîtrise sur le réseau, on n’a pas de maîtrise sur…
    Le grand problème du numérique c’est que pour remplacer des outils de démocratie existants, ça enlève un contrôle citoyen qu’il y a dans les élections papier.
    Par contre, là où le numérique va apporter énormément, à condition qu’il apporte toujours ses garanties de transparence, c’est pour des sujets où actuellement il n’y avait pas encore de démocratie.
    Si on veut, le numérique c’est très bien si ça ne remplace pas le peu ou la démocratie qu’on a actuellement mais ça rajoute plus de démocratie. J’ai répondu un peu à côté.

    Frédéric Couchet : Je relancerai par d’autres questions. Cette introduction est très bien.

    Emmanuel Raviart : C’est quelque chose qui est vraiment important. Donc il faut à la fois faire attention là où l’utiliser, éviter de remplacer des processus démocratiques qui marchent déjà par d’autres dont on n’est pas sûrs qu’ils marchent bien. Après il faut se donner les moyens de contrôler le plus possible l’ensemble de la chaîne de l’élection et ça, avec le numérique, c’est extrêmement difficile. Bien sûr l’ouverture des logiciels, l’ouverture des données publiques et des choses comme ça, est une composante, mais ce n’est pas suffisant.

    Frédéric Couchet : On va revenir un peu plus précisément sur ces questions-là et je vais laisser la parole à Caroline. Deux réactions par rapport à ce que tu nous dis : même dans l’action citoyenne ou l’action des structures comme l’April, l’informatique, le numérique nous a donné accès plus facilement par exemple à des parlementaires, alors que les lobbies traditionnels avaient un accès direct tout simplement par leurs moyens. Je me souviens par exemple qu’en 2006, lors des débats sur la loi droit d’auteur, il y avait un parlementaire, on ne va pas le citer parce qu’il est monté très haut, pas en compétences, aujourd’hui il est assez connu, qui avait raconté juste n’importe quoi en hémicycle ; il avait été pris à partie par des gens et il était venu s’expliquer sur le forum de Framasoft.
    Deuxième exemple sur la directive droit d’auteur : aujourd’hui des gens qui n’ont pas les moyens d’un lobby pour aller voir les parlementaires ou les codes pour les contacter peuvent tout simplement leur envoyer des courriels ou ne serait-ce que sur Twitter échanger. Par exemple je salue le travail qu’a pu faire aujourd’hui Pierre Beyssac, qu’on a reçu dans cette émission, et qui encore récemment échangeait beaucoup sur Twitter. Voilà ! Effectivement, ce pouvoir qu’apporte aux citoyens et citoyennes l’informatique est un point essentiel et aussi la transparence avec le travail que fait par exemple Julia Reda. Étienne vous dirait ici qu’on attendait des semaines avant d’avoir les textes officiels sur la directive droit d’auteur suite au « trilogue » alors qu’en fait finalement c’est Julia Reda qui est arrivée à publier un certain nombre de bouts.
    Toujours sur ce sujet-là Caroline Corbal.

    Caroline Corbal : Déjà je suis complètement en phase avec ce qu’a dit Emmanuel, j’espère que ça lui fera plaisir. Peut-être, pour résumer sur les grands principes qu’on essaye un peu d’avoir toujours en tête côté Code for France dans le cadre de la démarche de la participation qu’on encadre, c’est vraiment résumé :

    • c’est donc la transparence, transparence sur le fonctionnement des outils, donc être en capacité d’auditer le logiciel, de comprendre comment les données sont traitées ; transparence aussi des processus donc des règles du jeu dans lequel le citoyen s’embarque durant ces démarches de participation ;
    • autre principe la liberté ; la liberté d’accéder au code, la liberté de le modifier, de se le réapproprier ; la liberté aussi tout simplement de s’exprimer ;
    • la diversité, je pense que c’est super important dans les civic techs parce qu’aujourd’hui les civic techs touchent une partie de la population qui est encore extrêmement réduite. Il y a beaucoup de travail à faire pour aller toucher d’autres publics. Je pense que la diversité doit vraiment être au cœur des démarches de participation citoyenne. C’est vraiment dans l’inscription même du principe d’égalité à la vie publique en fait. Ça, ça passe par de la pédagogie, par des dispositifs de montée en compétences des publics éloignés du numérique. Ça passe aussi par développer des outils qui soient accessibles pour que les personnes en situation de handicap puissent avoir exactement le même accès que les autres à ces outils-là ;
    • et dernier principe — il pourrait y en avoir plein, mais on va se limiter à quatre — je dirais la collaboration. Permettre à tout le monde de pouvoir collaborer sur le futur de ces outils. En fait un outil numérique doit répondre à des besoins. Le corollaire c’est qu’on doit pouvoir participer à l’évolution des outils pour qu’ils répondent à un besoin, c’est assez logique en fait. Et, en parallèle, la collaboration aussi entre différents types d’acteurs. C’est-à-dire que les civic techs doivent permettre à des institutions de collaborer avec la société civile, avec des entreprises, avec des chercheurs, etc.

    Frédéric Couchet : D’accord. On va peut-être préciser et après je laisserai la parole à Étienne qui veut intervenir, pourquoi on parle de ce sujet aujourd’hui ? Peut-être que les gens se disent civic techs ça ne me concerne pas, mais en fait aujourd’hui il y a des débats. L’un vient de se terminer, le grand débat — je prends le terme officiel, n’y voyez aucune connotation de positionnement par rapport à ce sujet-là —, il y a le vrai débat donc gilets jaunes et derrière il y a des outils ; on va en reparler tout à l’heure parce que derrière c’est le même outil, la même plateforme. Évidemment, autant vous le dire tout de suite, cet outil-là n’est pas du tout dans les règles que nous venons d’évoquer et on va expliquer les problématiques que cela peut poser.
    Je voulais rappeler ce point-là : on fait cette émission-là aujourd’hui parce qu’il y a ce cadre-là, même si ce n’est pas nouveau, le fait d’avoir un acteur, et on va y revenir, qui est à peu près dans une situation de monopole et en plus avec un contrôle total sur l’outil, sur ce qui en est fait, est quelque chose évidemment qui nous perturbe, enfin qui nous questionne plus que ça alors qu’il existe, comme vient de le dire Caroline, des méthodes différentes, des positionnements différents et évidemment des outils différents et on va revenir dans le détail de ces différents points. Étienne Gonnu tu voulais dire quelque chose ?

    Étienne Gonnu : Oui. Je voulais rebondir parce que je trouve assez intéressante, enfin très intéressante la manière dont tu as présenté ces principes. Il y a deux aspects que ça m’évoque et c’est pour cela, d’ailleurs, que le logiciel libre est une brique indispensable pour qu’une civic tech puisse être considérée comme civic tech. Déjà parce que c’est aussi intégrer que le processus, comment est organisé un débat, le processus du débat, doit pouvoir être aussi débattable lui-même ; on doit pouvoir agir dessus puisque ça fait aussi partie du débat. Sur l’auditabilité, il n’est pas forcément question que tout le monde soit en mesure d’avoir cette capacité-là d’aller auditer un texte, d’être capable d’agir dessus, mais cette transparence que ça apporte c’est ça qui va permettre d’avoir cette confiance.
    De la même manière qu’on sait, dans une démocratie, que le fait que le droit soit accessible, qu’on puisse savoir quelles sont les règles qui s’imposent à nous, c’est un critère indispensable dans un État de droit, mais tout le monde n’est pas en mesure de lire un texte juridique. Mais le fait que ce soit accessible et transparent est en lui-même un critère indispensable.

    Frédéric Couchet : On va essayer de passer en revue ces différents points, même si certains l'ont été, en rappelant que chacun n’est pas suffisant en tant que tel, que c’est un ensemble qui permet, et même avec ça on verra sans doute tout à l’heure qu’il reste encore des choses à faire.
    Déjà, pour parler de ce qui nous intéresse en premier qui est la partie logiciel libre, c’est donc le code de la plateforme quand on parle de la plateforme de consultation, quelle qu’elle soit, c’est qu’elle soit en logiciel libre, ça c’est un premier impératif nécessaire mais pas forcément suffisant. Tout à l’heure Emmanuel Raviart tu as un petit peu expliqué, est-ce que tu peux revenir dessus rapidement ?

    Emmanuel Raviart : Avoir le code source d’un logiciel et d’un logiciel de vote ça permet de vérifier que le logiciel fonctionne bien de la manière dont on dit qu’il a été conçu ; ça permet d’auditer le code. Ça permet d’auditer ce que fait le logiciel. Il y a d’autres manières d’auditer. On peut aussi le traiter comme une boîte noire et vérifier ses entrées et sorties. Il faut savoir que dans un logiciel chaque caractère, chaque octet, chaque instruction peut avoir un effet, donc il faut absolument pouvoir connaître tout ça, le disséquer, à tel point qu’il est reconnu par les experts de sécurité qu’une bonne manière de rendre son logiciel sécurisé c’est de le rendre libre. C’est la même chose pour la démocratie : une bonne manière de s’assurer que ce logiciel respecte ce qu’il est censé faire c’est d’avoir le code source pour pouvoir le vérifier. Ça n’est pas suffisant évidemment.

    Frédéric Couchet : Tu voulais rajouter quelque chose ?

    Emmanuel Raviart : Non.

    Frédéric Couchet : Effectivement c’est un premier élément, c’est la sécurité par la transparence versus la sécurité par l’obscurité.

    Emmanuel Raviart : J’insiste vraiment, ce n’est pas suffisant. Maintenant les logiciels tournent sur des microprocesseurs, même les microprocesseurs en tant que tels peuvent se faire pirater. Dans les microprocesseurs il y a maintenant des logiciels. Ce n’est pas parce qu’on est sûr que le logiciel dont on a vu le code source, qui a été installé, est bon, est bien libre, est bien celui qu’on croit qu’il est, ce n’est pas pour ça que l’ordinateur va faire exactement ce qu’on croit qu’il va faire. Donc il faut vraiment penser à l’ensemble de la chaîne. C’est une chaîne, on va dire, de production continue. Il faut faire toutes les étapes une par une et ça c’est sans doute surhumain.

    Frédéric Couchet : Également. La confiance ce n’est pas blanc ou noir. On accorde des degrés de confiance ; un des éléments c’est le code source.
    Un deuxième élément qui est un peu lié au code source mais pas forcément totalement, là on peut prendre les consultations où il y a des gens qui proposent des choses qu’on peut voter, soutenir, etc. ce sont les algorithmes qui traitent ces données, notamment de mise en valeur. Pourquoi par exemple sur une consultation telle proposition est mise en valeur et pas telle autre ? Donc c’est l’accès à la documentation détaillée des algorithmes qui sont ensuite mis en œuvre dans un code source. Ça c’est un deuxième élément qui est assez proche du code source mais qui est finalement l’accès aux algorithmes des contributions, donc qui permette de gagner une transparence et de voir effectivement comment est mis en valeur tel ou tel processus et également de voir pourquoi, tout d’un coup, une proposition prend beaucoup de votes alors que quelques jours avant elle n’avait pas forcément beaucoup de votes. Caroline.

    Caroline Corbal : Je suis complètement en phase avec toi. Donc ouverture du code source, transparence des algorithmes et après, un point complémentaire, je pense que c’est l’ouverture des données.

    Frédéric Couchet : C’était le troisième point dans la liste sur mon papier, exactement. Donc l’ouverture des données. Vas-y Caroline.

    Caroline Corbal : Donc l’ouverture des données. Tu voulais rajouter quelque chose d’abord sur le sujet précédent.

    Frédéric Couchet : Sur la partie algorithmes ?

    Emmanuel Raviart : Oui.

    Frédéric Couchet : Emmanuel.

    Emmanuel Raviart : Le mot algorithme me fait à chaque fois bondir parce qu’en fait l’algorithme c’est un peu le vœu pieux de ce qu’on veut que le logiciel fasse. Quand on commence à dessiner un logiciel on peut éventuellement penser à un algorithme c’est-à-dire une abstraction de ce que le logiciel va faire réellement. Or, tout codeur sait que même si on a un cahier des charges précis, à un moment le développeur va lui-même avoir des marges de manœuvre et des choses comme ça.

    Frédéric Couchet : Sur l’algorithme.

    Emmanuel Raviart : Donc connaître l’algorithme ça peut être intéressant, mais ça n’est sûrement pas suffisant ; il faut toujours connaître le code source. Ce n’est pas parce qu’on croit qu’un logiciel fait ça que le logiciel en détail fait réellement ça. Souvent, le fait de dire « je vous donne l’algorithme » c’est aussi un moyen de ne pas donner le code source et donc de ne pas savoir ce que fait le logiciel. Mon raisonnement est un peu différent, c’est de dire : si vous voulez connaître l’algorithme commencez par nous donner le code source et de là on pourra retrouver, au moins en ingénierie inverse, l’algorithme. Toujours dire « la priorité c’est le code source plutôt que l’algorithme ». Je voulais juste insister là-dessus, parce que l’algorithme c’est un vœu pieux. Le code source, à priori, c’est ce que ça fait réellement.

    Frédéric Couchet : Tu as tout à fait raison. En plus, pour faire écho à une émission qu’on a faite récemment sur Parcoursup, il y a des fois des algorithmes nationaux et puis des fois il y a des algorithmes locaux et après, comme tu le dis, il y a la mise en œuvre de ces algorithmes par les personnes qui développent et qui ont une liberté d’implémentation ou qui, tout simplement, peuvent des fois faire des erreurs. Effectivement c’est chaque bout qui est important et in fine, pour la personne qui maîtrise, l’accès au code source est essentiel. Ce qu’on peut dire c’est que la connaissance, la publication d’algorithmes permet d’élargir le nombre de personnes qui peuvent essayer de comprendre comment ça fonctionne, même si in fine, effectivement, il faut quand même aller jusqu’au bout donc le code source et éventuellement, si possible la partie, comme tu le disais tout à l’heure, processeur, microprocesseur, les puces spécialisées, etc. Là on rentre dans un débat très important et très compliqué mais qui est effectivement totalement essentiel.

    Emmanuel Raviart : Il faut juste savoir que le département, le DARPA [Defense Advanced Research Projects] américain, donc ceux qui ont créé Internet il y a quelques années, là actuellement a une initiative sur le vote électronique. Ils dépensent déjà 10 millions de dollars rien que pour concevoir un logiciel libre de vote et ils disent : « Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg », donc ils savent très bien que ça ne sera pas suffisant.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. Donc les données ouvertes, ça c’est un point supplémentaire, la publication des données ouvertes sauf les données personnelles. En fait il peut y avoir un petit débat pour savoir où se situent les données personnelles. En quoi est-ce essentiel d’avoir l’accès à ces données ?

    Caroline Corbal : L’accès aux données est essentiel déjà pour un impératif de transparence, aussi pour que les citoyens puissent effectuer des vérifications. Et c’est notamment pour ça qu’on s’est positionnés avec Code for France dans le cadre du grand débat parce que les données n’étaient déjà pas mises tout de suite en open data et ensuite pas toutes mises en open data. On considère que c’est un impératif démocratique de base. Du coup on a mis à disposition les données au grand public, avec une mise à jour régulière, ce qui a permis à des citoyens de s’approprier ces données, d’y accéder, de les utiliser, de se les approprier, notamment à des chercheurs. Il y a plein de chercheurs qui ont commencé à faire leurs analyses et ça a permis la production d’analyses citoyennes, donc des analyses par et pour les citoyens. Notamment je vous invite à aller voir un projet qui s’appelle la grandeannotation.fr, qui repart des contributions publiées sur la plateforme pour permettre à des citoyens de les annoter ; c’est vraiment une analyse du grand débat par les citoyens. Il y a déjà des projets qui ont repris la Grande Annotation. Ces projets en plus se complètent donc c’est ça qui est super riche et qui est né, en fait, de l’ouverture des données.

    Frédéric Couchet : Ce qui peut avoir aussi pour effet de bord de montrer peut-être les limites de la plateforme officielle : quand on permet à partir des données de faire des analyses, d’arriver peut-être à des conclusions radicalement différentes. Avoir uniquement les données disponibles mais sans le code auditable, Emmanuel va dire que ce n’est pas suffisant évidemment, il faut que la plateforme soit notamment auditable. En tout cas ça permet à des chercheurs de faire des analyses, de mettre en valeur des contributions et aussi de voir les mobilisations c’est-à-dire les fameux lobbies ; on l’a vu notamment sur des consultations précédentes, ne serait-ce que récemment le Conseil économique et social [Conseil économique, social et environnemental] qui a fait une consultation, je ne sais plus quel titre ils avaient intitulé mais qui était dans le cadre des débats, il y a eu une mobilisation très forte des gens qui étaient contre le mariage pour tous ; cette mobilisation s’est vue et après on peut analyser d’où viennent les contributions quand on a effectivement accès à ces données. Donc c’est assez essentiel. [Je vois que notre invité suivant va s’installer, vous entendez peut-être un petit peu de bruit.]
    Tout à l’heure tu as cité, et avant qu’on fasse bientôt une pause musicale, un élément important parce que là, quelque part, on est sur la technique avec le logiciel libre, on est sur les données, et il y a l’humain, la gouvernance. Tout à l’heure tu as parlé d’impliquer les différentes structures dans la gouvernance, dans comment fonctionne la plateforme, comment évolue la plateforme, parce qu’une plateforme qui est éditée par une seule entreprise eh bien c’est l’entreprise qui décide comment ça va évoluer. Donc un point essentiel pour que le numérique devienne démocratique, comme tu le disais tout à l’heure, c’est la partie on va dire gouvernance, l’implication de l’ensemble des acteurs et des actrices, utilisateurs ou utilisatrices de la plateforme ou en tout cas intéressés. Est-ce que tu peux un petit peu détailler cet aspect-là, s’il te plaît Caroline ?

    Caroline Corbal : Complètement. Ça c’est un modèle qui nous est extrêmement cher que ce soit côté DemocracyOS ou Code for France, ce sont les communs numériques. On est convaincus que les civic techs doivent être impérativement des communs numériques. Peut-être pour donner une définition des communs, les communs ce sont des ressources partagées. Ce sont des ressources qui sont développées par un ensemble d’acteurs qui est souvent hétérogène et qui sont régis par des règles qui assurent leur caractère ouvert et partagé. Donc on peut avoir tous types de communs et les logiciels peuvent être des communs. Ce qui est intéressant dans cette notion-là c’est la partie, comme tu le disais, gouvernance ; par exemple le choix de la licence fait partie de ces règles-là qu’on va mettre en place.

    Frédéric Couchet : Le choix de la licence de la plateforme et des données.

    Caroline Corbal : Oui, pardon, associées au logiciel.
    Après il y a toutes les règles qui vont permettre à chacun de s’impliquer dans l’évolution de l’outil. Un exemple que j’ai en tête c’est le logiciel Decidim qui est un logiciel qui est né en 2015 à Barcelone, qui n’a pas mal progressé, qu’on utilise aujourd’hui en France. En fait c’est un logiciel où on retrouve des acteurs publics, donc l’impulsion très forte est publique à la base, mais on retrouve aussi des citoyens bénévoles, aujourd’hui aussi des entreprises qui contribuent, des chercheurs. Donc on a tout cet ensemble d’acteurs qui contribuent au futur du logiciel, qui disent qu’ils aimeraient développer telle ou telle fonctionnalité. En fonction de règles qui ont été établies collectivement par la communauté, des investissements sont fléchés vers le développement de ces fonctionnalités. C’est un modèle que je trouve particulièrement intéressant et pérenne pour garantir la pérennité des plateformes, leur indépendance. Je pense qu’on a tout intérêt à investir sur ces modèles-là.

    Frédéric Couchet : D’accord. Justement tu parles d’investissement. Après la pause musicale on parlera aussi un peu de modèles économiques de fonctionnement. Là je crois qu’on a fait le tour sur les principes essentiels pour que, finalement, l’outil numérique ait toute sa force démocratique, mais ce n’est sans doute pas suffisant. Par exemple le simple fait de la forme, de la façon de poser les questions sur une consultation est en soi un vrai questionnement, un vrai problème par rapport aux objectifs. Je sais qu’il y a eu un débat entre les garants, je crois, et justement les organisateurs du grand débat sur la façon de faire des questions soit ouvertes soit fermées. Est-ce que tu voulais rajouter quelque chose là-dessus Emmanuel ?

    Emmanuel Raviart : Oui, je voulais rajouter quelque chose. Ce que dit Caroline sur les communs est très intéressant, mais moi j’y apporterais des nuances.

    Frédéric Couchet : Vas-y.

    Emmanuel Raviart : En fait, si on fait la comparaison avec le monde du logiciel libre en général. Le monde du logiciel c’est plein de projets avec chacun des gouvernances très différentes : il y en a qui sont gérés juste par un développeur, d’autres qui sont gérés par une association, une fondation et des choses comme ça. Il y a en a certaines qui essaient de créer le modèle démocratique idéal pour créer le logiciel et je ne crois pas qu’il existe de modèle démocratique idéal pour construire un logiciel. Il y a des logiciels qui peuvent être codés par une personne, d’autres qui peuvent être codés par une équipe. Ce qui est important, et c’est ça qu’apporte le logiciel libre, c’est cette communauté, ce vivier de gens avec tout un tas de projets qui sont managés de manières différentes, gérés de manières différentes et de temps en temps il y en a qui marche, hop ! on reprend l’idée, on en fait un projet concurrent ou alors on l’améliore. C’est cette énergie parallèle et ces choses-là qui font que, à mon avis, c’est plus important que la gouvernance des communs. Le logiciel libre c’est le choix et finalement au lieu de chercher à dire on va faire une démocratie parfaite, on va faire des outils parfaits avec un fonctionnement démocratique parfait, je crois que le plus important c’est de pouvoir innover sur plein de projets différents et pouvoir prendre les meilleurs logiciels au fur et à mesure des besoins. Je voulais juste dire ces nuances que j’apporte. Souvent on commence par se dire : avant de créer mon logiciel je vais d’abord créer la structure démocratique parfaite et généralement, une fois qu’on a créé la structure démocratique, on a oublié qu’on voulait faire le logiciel. Voilà. Un logiciel peut se faire de manière très dictatoriale et ça peut être un très bon logiciel libre quand même. Ce n'est pas du tout en désaccord avec ce que tu disais.

    Caroline Corbal : Je suis d’accord avec toi. En fait sur Decidim, ce qui est intéressant, c’est qu’au début ce sont les besoins techniques qui ont prévalu, c’est que Consult n’allait pas, il manquait des fonctionnalités et c’est juste ensuite, quand il a fallu rajouter de nouvelles parties prenantes parce qu’il y avait pas mal aussi d’autorités locales qui ont voulu se rajouter, là il a fallu créer des règles de gouvernance adaptées.

    Frédéric Couchet : Justement. Pour mieux comprendre, pour que les personnes comprennent mieux, après la pause on parlera un peu plus de Decidcim. Quel est ce logiciel, cette plateforme ? Effectivement à quoi ça sert et comment c’est né ? [Tu peux rentrer ; Vincent Calame rentre]. On va faire la pause musicale donc tu tombes au bon moment. On va faire une pause musicale, ça s’appelle Le jour du départ et c’est Max Livio.

    Pause musicale : Le jour du départ par Max Livio.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Max Livio, c’est un reggae tout à fait sympathique. Les personnes qui suivent l’émission l’auront peut-être reconnu, parce qu’on l’a déjà passé. On a appris récemment que Max Livio faisait partie des candidats d’une émission de télé sur TF1, c’est un artiste qui se présente depuis une dizaine d’années, donc il a fait au moins un album en licence Creative Commons Partage à l’identique ; ça s’appelait Le jour du départ, Max Livio.
    Vous êtes toujours sur Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout ailleurs.
    Nous parlons toujours du sujet des civic techs et du logiciel libre, des données ouvertes, de la gouvernance. On a parlé un petit peu, pas théorique, mais en tout cas grandes idées et échanges. On va parler maintenant un peu plus concret et notamment on va citer quand même la structure qui est quasiment en situation de monopole en France depuis quelques années sur ce sujet-là, qui n’est pas du tout dans le mode du logiciel libre, qui n’est pas du tout dans les données ouvertes et qui n’est pas du tout dans une gouvernance ouverte également ; c’est donc la société Cap Collectif qui existe depuis 2014 et qui, comme j’ai dit tout à l’heure, leur outil propulse de nombreuses consultations depuis quelques années en France, notamment les consultations récentes du grand débat, du vrai débat. J’aurais envie de vous demander quels problèmes posent l’utilisation de cette plateforme même si on a bien une idée de la réponse, mais quand même ! Qui veut commencer ? Emmanuel Raviart. En fait ils sont en train de se regarder tous les deux.

    Emmanuel Raviart : À qui ne voudra pas répondre ! Je vais prendre le problème un peu différemment. En fait, quand on y réfléchit, on est en train de demander aux citoyens de proposer, de mettre leurs opinions politiques, ce qui est quand même quelque chose qui jusqu’à maintenant était considéré comme très proche de l’intime et du secret sur une plateforme hébergée par un prestataire dont on connaît un peu les antécédents.

    Frédéric Couchet : Quels antécédents ?

    Emmanuel Raviart : Il a été lobbyiste notamment pour l’industrie du tabac ou autres. C’est même un lobbyiste agressif. J’ai même été victime une fois de son lobbying, donc je peux vous le raconter ; je ne vous raconterai pas, mais en tout cas c’est agressif ! Ce n’est pas illégal du tout mais c’est un peu violent. En fait ce n’est pas tellement ça le sujet le plus intéressant. On est en train de demander aux citoyens de mettre des choses qui sont quand même très privées, dont on a tout intérêt à se protéger et à laisser secrètes, sur une plateforme dont on ne maîtrise pas grand-chose, qui travaille en plus pour le ministère de l’Intérieur, donc on ne maîtrise pas totalement… En fait on est en train de se dire que les citoyens sont invités à donner leurs opinions politiques à une plateforme privée et aussi au ministère de l’Intérieur. On peut peut-être réfléchir là-dessus deux minutes. C’est une façon de prendre le problème un peu différemment.

    Frédéric Couchet : Comment expliquez-vous ce quasi-monopole ? Finalement tout à l’heure Caroline parlait de Decidim, mais il y a aussi des logiciels libres de consultation. Il y a DemocracyOS, vous en faites la promotion et vous en connaissez certains. Est-ce que vous avez une idée qui explique ce monopole de fait ? Emmanuel Raviart a l’air d’être bien au courant.

    Emmanuel Raviart : Non, je ne suis pas bien au courant, mais c’est une entreprise qui est très efficace, qui a su créer une association autour de son logiciel, qui a su faire du lobbying, qui est là depuis assez longtemps d’ailleurs ; elle a le mérite d’être un peu antérieure à d’autres initiatives et c’est un très bon lobbyiste, qui connaît le fonctionnement de l’Assemblée, qui connaît le fonctionnement du politique, qui avait ses réseaux. Donc il avait un tapis rouge devant lui et il est suffisamment bon pour s’en servir. Voilà ! C’est aussi une des raisons de son succès.

    Frédéric Couchet : D’accord. Caroline est-ce que tu veux rajouter quelque chose ou est-ce que tu estimes qu’Emmanuel a tout dit ?

    Caroline Corbal : Non, je pense que ça va, il a fait le tour.

    Frédéric Couchet : Pour les personnes, parce qu’on ne va pas rentrer dans tous les détails des activités de Cap Collectif et de l’historique de Cyril Lage son cofondateur, mais sur le site de l’April, vous pouvez aller voir, j’ai mis des références parce qu’il a fait l’objet de plusieurs enquêtes récentes notamment sur Bastamag. Il y a un article aussi de Quitterie de Villepin sur Médiapart, il y a un article récent dans Les Jours, mais je crois que Les Jours c’est réservé aux personnes abonnées. En tout cas, il y a effectivement un questionnement qui est fait à la fois sur le recours à cette plateforme totalement privatrice et sur le contrôle d’une seule structure et sur le passé de cette personne qui a été dix ans lobbyiste chez Spin Partners, le patron de Spin Partners est l’un des directeurs de l’École de guerre économique. On voit déjà, quand on parle de guerre économique, qu’on n’est pas du tout dans le même type de société que la nôtre. Et qui a en grande partie aussi théorisé le fait de créer des plateformes de consultation citoyenne pour la manipulation de l’opinion. Ce sont des choses qui ne sont pas très surprenantes. Une question qu’on peut se poser, mais je ne la poserai pas évidemment, c’est pourquoi avoir créé Cap Collectif ? Est-ce que c’est vraiment pour l’intérêt général ou pour une autre raison ?
    Ceci dit ça pose une question, parce que finalement le modèle économique de Cap Collectif c’est sur des ventes de licences, comme Microsoft historiquement et d’autres. Caroline Corbal, tout à l’heure tu parlais notamment d’autres outils, là en logiciels libres avec une transparence et une gouvernance vraiment différentes, tu parlais notamment de Decidim. Quels sont justement les modèles économiques pour les structures qui créent ce genre d’outils, mais vraiment ce coup-ci en logiciels libres avec données ouvertes ? C’est peut-être l’occasion de nous expliquer ce qu’est Decidim, comment ça fonctionne, comment ça a été créé.

    Caroline Corbal : Déjà sur cette question des modèles économiques, peut-être une remarque préalable, c’est que pour les civic techs, on peut faire coexister des modèles non-lucratifs aussi, donc c’est fondamental que les associations continuent d’exister avec des modèles non-lucratifs et qu’en parallèle des entreprises puissent vivre de modèles viables et pérennes.

    Frédéric Couchet : Oui. D’ailleurs ça me fait penser par rapport ça, excuse-moi, avant que tu poursuives, on va rappeler que dans le monde politique une bonne partie du politique est faite de façon totalement bénévole, c’est-à-dire par les militants, par les gens qui collent les affiches, par exemple par les gens qui vont faire le dépouillement dont on parlait tout à l’heure c’est de façon bénévole, c’est effectivement important ce que tu rappelles : il y a une partie bénévole, on va dire non payée quelque part dans ce monde politique et que peut-être c'est même la majorité des cas. Vas-y, je te laisse poursuivre.

    Caroline Corbal : Il faut que ces deux modèles-là cohabitent. Sur le modèle économique de certaines entreprises, un modèle qui peut être intéressant c’est celui qui est expérimenté encore aujourd’hui parce que rien n’est écrit, rien n’est évident, ils sont encore en train d’apprendre et d’expérimenter, c’est une entreprise qui s’appelle Open Source Politics et qui propose du service autour de logiciels libres pour la participation citoyenne. Donc il y a eu DemocracyOS, beaucoup.

    Frédéric Couchet : Donc DemocracyOS c’est un outil ?

    Caroline Corbal : C’est un outil, c’est une plateforme de consultation en ligne. Aujourd’hui ils utilisent beaucoup le logiciel Decidim qui est assez complet en termes de fonctionnalités : il permet d’avoir des boîtes à idées, de la consultation, des budgets participatifs. Donc par exemple il y a plusieurs collectivités locales qui utilisent aujourd’hui Decidim pour leurs démarches de participation et une entreprise comme Open Source Potilitcs, ce qui est intéressant c’est qu’elle va faire de l’accompagnement, donc du service autour de ces communs numériques. Ça va être par exemple tout ce qui est processus d’animation de la consultation mais aussi développement de fonctionnalités, adapter le logiciel aux besoins de l’utilisateur, etc. Toutes ces améliorations-là sont reversées ensuite, grâce à la licence qui est associée à Decidim, au pot commun, donc elles peuvent aussi bénéficier à des projets qui n’ont pas de budget, qui ne souhaitent pas se faire accompagner. En fait ça enrichit le commun qu’est Decidim.
    Ça c’est un modèle qui est particulièrement intéressant pour une autre raison aussi c’est que des modèles comme celui qu’on a évoqué précédemment avec Cap Collectif, ça pose un problème éthique qui est celui de l’investissement public dans le sens où à chaque fois qu’une collectivité locale, je reprends cet exemple-là parce que aujourd’hui c’est un peu plus courant dans les civic techs, réutilise Decidim [Cap Collectif, NdT], enfin utilise Cap Collectif, ils repayent pour accéder au logiciel. Et à chaque fois c’est de l’argent public, donc c’est de l’argent du contribuable, alors que s’ils utilisent des communs numériques, ils vont peut-être plus investir sur l’amélioration du logiciel pour qu’il réponde plus aux besoins des citoyens ou sur de l’accompagnement pour que la démarche se passe mieux, et puis en plus, surtout, ça sera reversé au pot commun. Donc en fait c’est un cercle vertueux. Je pense qu’il y a encore énormément de pédagogie à faire sur ce modèle-là, que ce soit auprès des institutions publiques, des citoyens et des entreprises.

    Frédéric Couchet : D’accord. Decidim, historiquement si je me souviens bien, pour faire le lien avec la discussion tout à l’heure entre on fait une gouvernance et on développe et Manou, Emmanuel Raviart qui dit…[rires] On a révélé, en fait je voulais le faire rire, c’était mon test.

    Caroline Corbal : Ça y est !

    Frédéric Couchet : Voilà c’est fait. On a révélé qu’avec Emmanuel Raviart, on se connaît depuis plusieurs années donc je l’appelle par son petit nom, mais l’explication d’Emmanuel Raviart de dire on commence par coder et après, ce qui est important, c’est le code. Decidim, si je me souviens bien, c’est la mairie de Barcelone qui a lancé ce projet initialement ; je vais essayer d’expliquer très rapidement. Je vais quand même préciser que malgré le nom Open Source Politics c’est une entreprise française.

    Caroline Corbal : Oui.

    Frédéric Couchet : Ce n’est pas une multinationale américaine, pas du tout, c’est une entreprise française qui doit peut-être être basée à Saint-Denis ou pas, mais je ne sais plus.

    Caroline Corbal : Ils sont à Paris maintenant.

    Frédéric Couchet : Donc Decidim, initialement, est développé par un besoin d’une collectivité qui est la mairie de Barcelone, qui a ensuite évolué et qui est repris par d’autres collectivités et notamment grâce au travail d’entreprises comme Open Source Politics. C’est bien ça ?

    Caroline Corbal : Exactement. Tu as extrêmement bien décrit. C’est né à Barcelone ; ils avaient utilisé Consult qui était l’outil lancé par Madrid initialement. Progressivement ils ont développé Decidim, ils ont inclus de plus en plus d’acteurs dans la gouvernance, donc ils se sont posés des questions pour qu’il n’y ait pas de position dominante qui émerge dans la gouvernance de l’outil. Ils ont établi un certain nombre de règles. Je vous invite à aller voir Metadecidim, c’est la communauté qui gère Decidim, l’évolution du logiciel. Ce qui est intéressant c’est que le projet prend vraiment une dimension européenne aujourd’hui, notamment en France. Donc dans Code for France, une de nos ambitions c’est de faire progresser Decidim, de faire en sorte qu’on puisse le rendre accessible à de nombreux publics notamment qui n’ont pas de budget. Là on va lancer une plateforme Decidim à disposition gratuitement des associations parisiennes, parce qu’il y a beaucoup d’associations parisiennes qui ont besoin d’outils de démocratie participative ou même de gestion interne un peu plus participative de leur vie quotidienne. Ça c’est un des projets qu’on va mener avec Code for France sur Decidim.
    Un dernier point peut-être sur les communs numériques, un des enjeux qu’on va avoir à gérer je pense avec ces communs pour la participation, c’est de toujours se rappeler cette volonté qui est à la base du commun qui est de créer, enfin de garantir des conditions d’accès égalitaires aux communs. En fait aujourd’hui le commun est de plus en plus technique, il y a de plus en plus de fonctionnalités qui se développent. Un des enjeux ça va aussi être de continuer à faire en sorte qu’il soit simple, accessible pour tous. En fait ça demande un effort, ce n’est pas naturel. Là on tend vers de l’expertise. Il va falloir toujours avoir ce truc en tête et investir pour que ça reste quelque chose de vraiment accessible dans les faits pas que dans le discours.

    Frédéric Couchet : Exactement. Étienne tu voulais intervenir ? Étienne Gonnu.

    Étienne Gonnu : Simplement pour dire que je pense que tu défends très bien globalement, tes arguments sont vraiment justes pour défendre la priorité au logiciel libre que nous on défend. Effectivement dans ce reversement aux communs, cette idée finalement : on voit bien que si des grosses collectivités, si l’État soutient et finance du logiciel libre, les plus petites collectivités, les plus petites associations vont pouvoir bénéficier du développement fait, du financement en amont. Je pense que c’est extrêmement bien.

    Frédéric Couchet : Tout dépend d’une volonté politique initiale : à Barcelone il y avait une volonté politique de faire un commun. Visiblement en France la volonté politique des communs n’est pas encore tout à fait présente. On ne va guère être surpris vu les dernières annonces qu’on a concernant des structures comme la DINSIC, donc la DSI de l’État ou autres structures.
    Caroline tu veux rajouter quelque chose.

    Caroline Corbal : Juste peut-être pour souligner quand même le travail de la mission Société Numérique qui dépend de l’Agence du numérique.

    Frédéric Couchet : D’accord.

    Caroline Corbal : Et qui investit pour les communs numériques. L’année dernière on a publié avec eux, avec toute une communauté d’acteurs dans le cadre de l’événement Numérique en commun(s) un tutoriel pour les communs numériques, donc pour aider notamment les collectivités locales à rentrer dans des démarches de communs numériques, pour un peu nuancer le tableau.

    Frédéric Couchet : C’est l’Agence du numérique et c’est Société Numérique, c’est ça ?

    Caroline Corbal : Voilà c’est la mission Société Numérique au sein de l’Agence du numérique qui met à disposition ce genre de ressources.

    Frédéric Couchet : Oui, effectivement, toutes les agences de l’État ne sont pas à « jeter » entre guillemets. Il y en a qui font un travail correct, quand même ! Caroline tu as tout à fait bien fait de le dire et on rajoutera la référence sur le site de l’April dès qu’on pourra.
    Emmanuel là-dessus, sur Decidim ou sur… Tu parlais tout à l’heure, justement tu as créé trois entreprises, donc les modèles économiques tu connais un petit peu aussi. Est-ce que tu as un commentaire à faire ?

    Emmanuel Raviart : Non. Sur Decidim je n’en ai pas à part que j’avais essayé de l’installer, je n’y étais pas arrivé mais c’était mon problème à moi.

    Caroline Corbal : Tu n'as pas e chance !

    Frédéric Couchet : Tu avais pris une version vraiment alpha.

    Emmanuel Raviart : Non, c’était moi qui avais… Bon ! C’est très bien Decidim. Je n’ai pas de choses à dire en plus tout de suite.

    Frédéric Couchet : D’accord. De toute façon on approche de la fin de ce sujet. C’est l’occasion, avant qu’on oublie, de citer quelques sites web. Donc codefor.fr, c’est Code for France. Avant d’oublier aussi, Caroline Corbal, je crois que vous avez une assemblée générale bientôt donc je te laisse donner les informations.

    Caroline Corbal : Ce sera le 24 avril à 18 heures 30 au Liberté Living Lab et vous êtes les bienvenus, on va renouveler le conseil d’administration, donc n’hésitez pas.

    Frédéric Couchet : Liberté Living Lab c’est à Paris. Est-ce qu’il y aura une diffusion ?

    Caroline Corbal : C’est une excellente question. Si le besoin se fait ressentir on pourra avoir une vidéoconférence ; tout sera documenté sur des pads et vous pouvez aussi rejoindre notre chat où tout se passe, c’est chat.codefor.fr.

    Frédéric Couchet : Vous allez sur chat.codefor.fr, vous pourrez rejoindre ce projet et on mettra la référence sur le site de l’April.
    Je crois qu’on a fait une bonne partie de l’émission à moins que vous vouliez rajouter quelque chose sur ce sujet entre civic techs, civic business. Est-ce que vous avez des annonces à faire par rapport à ça, au-delà de l’assemblée générale de Code for France ?

    Emmanuel Raviart : Ce que je voudrais juste dire pour les auditeurs qui sont tech ou pas tech mais enfin qui s’intéressent vraiment à la démocratie numérique, rappeler qu’il y a une association qui travaille beaucoup sur ce sujet, une association principalement d’informaticiens mais pas que, qui s’appelle Regards Citoyens, qu’on cite sans doute régulièrement ici. Grâce à elle, maintenant l’Assemblée nationale et le Sénat publient en open data énormément de données quand même ; c’est grâce à Regards Citoyens. Je vous conseille d’aller sur Regards Citoyens.
    Pour améliorer la démocratie il faut la comprendre et je me suis rendu compte par ma carrière, par ma petite carrière que finalement on ne se rend pas compte, on ne sait pas du tout comment fonctionnent ni l’administration française, ni le Parlement et tout ça. Il y a une initiative que j’aime bien, j’en suis un peu à l’origine mais qui continue sans moi, qui est le Parlement ouvert de la députée Paula Forteza. Si vous voulez savoir un peu comment fonctionne l’Assemblée allez toutes les semaines au Bureau Ouvert. Le site c’est parlement-ouvert.fr et l’initiative c’est Bureau Ouvert. C’est comme ça, c’est en apprenant comment ça fonctionne réellement qu’on pourra améliorer les choses parce qu’un des reproches qu’on peut faire aux civic techs en général c’est que souvent les logiciels n’ont pas d’utilisateurs et n’ont pas notamment les politiques comme utilisateurs et qu’il faut absolument se greffer à eux si on veut essayer de changer les choses.

    Frédéric Couchet : Exactement. Comme tu parles de Parlement ouvert, j’en profite pour signaler que Marie-Odile Morandi qui est bénévole à l’April, qui s’occupe des transcriptions, a utilisé ce site l’an dernier pour suggérer des questions au gouvernement, que trois de ses questions ont été relayées — site proposé par Paula Forteza et Matthieu Orphelin — et les trois ont reçu des réponses [une seule question a reçu une réponse, NdT]. Donc c’est une façon aussi de s’impliquer via des sites participatifs.

    Emmanuel Raviart : Des sites montés avec un logiciel libre islandais que nous avions réutilisé.

    Frédéric Couchet : Et qui s’appelle comment ?

    Emmanuel Raviart : Je viens d’oublier son nom, je vais le retrouver, je l’avais installé, je devrais le retrouver.

    Frédéric Couchet : OK. Écoutez en tout cas merci à vous. On mettra la référence, le nom de logiciel islandais sur le site de l’April, l’assemblée générale de Code for France le 24 avril au Liberté Living Lab à Paris et s’il y a besoin d’une retransmission n’hésitez pas à nous envoyer un petit message, en tout cas il y aura les comptes rendus qui seront publiés et tout est sur le site également.
    Je remercie bien sûr Emmanuel Raviart et Caroline Corbal, mais vous restez évidemment avec nous pour la chronique qui va suivre.

    Caroline Corbal : Merci.

    Frédéric Couchet : Nous allons d’abord faire une petite pause musicale. Nous allons écouter When the Devil's Got Your Name par The Damned and Dirty.

    Pause musicale : When the Devil's Got Your Name par The Damned and Dirty.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter When the Devil's Got Your Name par The Damned and Dirty. C’est en licence Creative Commons Partage à l’identique et la référence est évidemment sur le site de l’April.

    Vous êtes toujours sur Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout ailleurs et vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !.

    Nous allons terminer par le dernier sujet avec la chronique de Vincent Calame, ça doit être ta troisième chronique, Vincent.

    Vincent Calame : Oui.

    Frédéric Couchet : Intitulée « Jouons collectif ». Je rappelle, Vincent, que tu es informaticien et bénévole à l’April et que dans le cadre de ton travail tu échanges avec pas mal de collectifs donc tu viens un peu nous raconter tes expériences, en tout cas tes réflexions là-dessus. Aujourd’hui le thème est « en fait c’est simple ». Quand tu m’as envoyé ça, je me suis dit de quoi veut-il parler ?

    Vincent Calame : En fait l’idée de cette chronique m’est venue à la fin de ma chronique précédente quand je suis allé voir notre ami Étienne qui était alors en régie. Quand on va en régie on voit une console avec plein de boutons, on a l’impression qu’on est devant une station, un poste de pilotage d’avion. Là il me dit : « Mais, non, en fait c’est simple, il y a juste à appuyer au bon endroit ». Cette phase « en fait c’est simple », je l’entends souvent, je l’ai notamment entendue peu de temps après quand j’ai expliqué une commande à une collègue qui m’a dit : « Mais en fait c’est simple ! » Donc c’est quelque chose qui revient très souvent. Après avoir expliqué une commande, une fonction, eh bien la personne réagit en disant « mais en fait c’est simple ».

    Frédéric Couchet : J’ai toujours cru que l’informatique c’était compliqué mais finalement tu me dis : « En fait l’informatique c’est simple ! » C’est ça ?

    Vincent Calame : En fait je pense que c’est assemblage complexe de choses très simples. Après tout l’informatique ce sont des 0 et des 1, donc on ne peut pas faire plus simple que des 0 et des 1, mais c’est assez complexe. Ce qui est complexe, surtout, c’est que c’est intimidant parce qu’il y a beaucoup de possibilités : quand on est face à un logiciel il y a des boutons, il y a des commandes partout, on ne sait pas où cliquer. Mais souvent, une fois qu’on sait où cliquer, ça devient d’une simplicité biblique dirons-nous.

    Frédéric Couchet : L’expérience de la régie pourrait le laisser penser mais en fait le problème, des fois, c’est qu’on a appris à cliquer, on se dit c’est simple et puis le temps passe et on oublie. C’est un des problèmes, non ?

    Vincent Calame : Oui, ça c’est le gros problème de l’informatique que j’ai remarqué, c’est que ça s’oublie très vite ; dès qu’on ne pratique pas ça s’oublie. Je dirais, c’est une hypothèse très personnelle, que comme l’informatique normalement c’est sur un écran il n’y a que la mémoire visuelle qui est en action, il n’y a pas du tout de mémoire du geste, ce qui fait que finalement on perd très vite ses repères. Maurice Chevalier chantait « Marcher au pas, c’est comme la bicyclette ça ne s’oublie pas », mais je crois que l’informatique, comme on ne sollicite pas vraiment son corps, ça s’oublie très rapidement.

    Frédéric Couchet : Oui, parce qu’il n’y a pas la mémoire du geste, etc. Par contre, Vincent, je suis un peu désolé, tu as de citer Maurice Chevalier, je connais tes capacités vocales, je pense qu’à ta prochaine chronique tu devras nous chanter du Maurice Chevalier ou du Boris Vian, parce que je sais que tu maîtrises tout ça. Il rougit parce qu’il n’avait pas prévu que je fasse ça !
    Donc comme un sport qui va être pratiqué régulièrement, en tout cas la mémoire des gestes, toi tu dis, ton sentiment c’est que l’informatique doit être pratiquée régulièrement.

    Vincent Calame : Oui. Ça doit être pratiqué régulièrement parce qu’une interface simple c’est quoi ? C’est une interface qui vous est familière. C’est comme un site web ; les sites nous paraissent plus ou moins compliqués. Certains qu’on fréquente couramment nous paraissent simples, en fait c’est familier.
    La petite difficulté c’est qu’il y a quand même beaucoup de fonctions qu’on n’utilise pas souvent. Même dans un logiciel qu’on utilise quotidiennement, il y a des fonctions avancées, notamment, qu’on n’utilise qu’une fois par mois et là aussi on va très vite oublier comment faire. Je crois qu’il y a deux choses : finalement il ne faut pas se focaliser sur la fonction exacte, mais il faut un, ne pas oublier son existence — on va se dire avec ce logiciel je suis capable de faire ça ; comment, j’ai oublié, mais je sais que je suis capable le faire — et ensuite savoir comment retrouver cette information du fait que cette fonction existe.

    Frédéric Couchet : D’où peut-être l’importance, des fois, de documenter ces fonctions qu’on utilise peu souvent, voire de toujours documenter tout ce qu’on fait. Moi j’ai l’habitude de documenter au maximum quand j’installe des logiciels. Je pense que je ferai réagir tout à l’heure Emmanuel Raviart qui me fait non avec un signe de la tête. Oui ! Ah si, si !

    Emmanuel Raviart : Je documente toujours, je garde l’historique complet pour pouvoir le refaire et ça me sert tout le temps.

    Frédéric Couchet : Tu confirmes.
    Pour revenir au titre de la chronique, « en fait c’est simple », finalement, imaginons une formation, est-ce que c’est la personne qui donne la formation qui doit dire cette phrase à celle qu'elle accueille ?

    Vincent Calame : Effectivement c’est le piège, c’est que quand on forme on est devant la personne et quand on dit à une personne « tu vas voir c’est simple » et qu’on clique trois fois très rapidement, ce n’est pas très pédagogique et là aussi on intimide encore plus la personne en lui disant que c’est simple. Si elle ne comprend pas elle va culpabiliser en pensant que c’est de sa faute. Le « en fait c’est simple » doit être la conclusion d’une formation. C’est quand l’étudiant, enfin la personne apprenante se rend compte « finalement oui c’était simple une fois qu’on sait ». L’informatique c’est beaucoup l’œuf de Colomb, c’est simple, mais il suffisait d’y penser, il fallait y penser. C’est un peu ça, une fois qu’on sait ça nous paraît assez évident.

    Frédéric Couchet : Là tu expliques que finalement c’est simple pour la personne qui a appris ou la personne qui utilise, mais on est dans une émission où c’est le partage, le logiciel libre, les données, on partage, est-ce que l’étape d’après ce n’est pas de partager ces fameux petits trucs et astuces, ces petites notes dont parlait Emmanuel Raviart il y a un instant.

    Vincent Calame : Si,si, complètement. Vous pouvez vous dire que quand vous trouvez qu’un logiciel est simple ce n’est pas parce qu’il est simple, c’est parce que vous le maîtrisez. J’ai cette remarque de gens qui ne se rendent pas compte même de leurs propres compétences d’ailleurs en informatique, ils disent « en fait c’est très simple ». Oui, en fait c’est très simple parce que tu sais utiliser le logiciel de manière efficace, il te fait réellement gagner du temps, parce que le but du logiciel c’est quand même ça, et tous ne font pas gagner du temps, mais si tu sais bien l’utiliser, tu le maîtrises bien, ça te paraît simple et à ce moment-là je pense que l’étape d’après, qu’on apprécie, c’est de rendre un peu à la communauté ce qu’elle nous apporte et notamment en aidant les autres, les débutants, en les aidant à maîtriser ce logiciel pour que ça fasse boule de neige. Là il y a plusieurs techniques, c’est souvent participer à des forums ; les gros logiciels ont des forums d’aide aux utilisateurs, donc c’est un bon moyen d’aider des gens à maîtriser un logiciel : partager votre connaissance, sachant qu’en plus ces forums sont archivés donc il y a des chances que des personnes recherchant, via un moteur de recherche, trouvent vos réponses. Et puis il y a une autre piste, c’est d’ouvrir un billet de blog où vous mettez justement vos découvertes, par exemple vous découvrez une fonction que vous n’aviez jamais découverte sur un logiciel et ça peut être un bon moyen de la partager. Ce sera peut-être vu par cinq personnes par mois, ce n’est pas grave, la ressource existe, les moteurs de recherche vont la retrouver et vous pourrez sans le savoir, vous n’aurez peut-être pas de retour, mais vous pourrez rendre service à quelqu’un qui cherchait depuis des heures la fonction que vous maîtrisez parfaitement et qui ne vous prend qu’une minute à faire.
    Je rajoute qu’on parle beaucoup de contribution dans le cadre du logiciel libre, ce type de contribution est un bon exemple : on peut contribuer de manière très efficace au logiciel libre sans taper une ligne de code justement en partageant son savoir et ses astuces et son savoir-faire.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. Est-ce que Caroline ou Emmanuel vous voulez réagir là-dessus ou non ?

    Emmanuel Raviart : Non. C’est parfait et c’est vraiment ce qu’il faut faire : écrire une petite doc, la mettre en ligne. Moi j’utilise plutôt git pour mettre en ligne mais c’est le même principe.

    Frédéric Couchet : Chacun sa méthode de mise en ligne. Effectivement la tienne est un peu plus geek, on va dire, mais on retrouve aussi l’information et c’est vrai, je pense qu’on a tous ici été confrontés à ce cas-là où on cherche une solution, un conseil et on le trouve sur Internet, des fois sur un forum, des fois sur un site web, des fois sur git. Donc on vous encourage, en tout cas Vincent vous encourage à partager vos trucs et astuces, vos documentations ; c’est simple à faire et ça peut sauver pas la vie mais en tout cas ça peut aider d’autres personnes sur Internet.

    Vincent Calame : Oui, parce que du fait des moteurs de recherche, si vous mettez les bons mots dans votre titre, il y a des chances que la personne quand elle va taper, elle va trouver votre site parce que vous dites comment mettre en gras tel cadre. Soyez assez précis et les moteurs vous trouveront.

    Frédéric Couchet : Eh bien écoute, merci pour cette chronique. Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ?

    Vincent Calame : Non.

    Frédéric Couchet : Non. Donc pour la prochaine émission tu sais ce qui t’attend ; si ça se trouve il ne va plus vouloir venir ! J’en profite quand même pour remercier grandement Vincent parce que Vincent s’occupe en partie de l’accueil des associations libristes à la FPH dans le 11e et je le remercie d’autant plus que nous étions ce week-end à la FPH, ce dimanche pour un April Camp. Un April Camp c’est une réunion de membres de l’April ou de soutiens, donc c’était ouvert à toute personne. Grâce à Vincent et à la FPH, on peut avoir un lieu absolument incroyable, accessible pour toute personne. On me montre un petit papier.

    Caroline Corbal : Éviter les acronymes.

    Frédéric Couchet : FPH c’est Fondation pour le Progrès de l’Homme, homme avec un grand « H », précisément c’est la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, c’est dans le 11e arrondissement. Je tenais à le remercier. Outre ça il est d’une gentillesse incroyable et il a une voix magnifique, notamment quand il chante du Boris Vian. Nous sommes fans tous les deux de Boris Vian.

    Nous allons passer aux annonces diverses et variées. Je regarde l’heure.

    Jingle musical basé sur Sometimes par Jahzzar.

    Frédéric Couchet : Je rappelle que la radio a une boîte vocale donc vous pouvez appeler le 01 88 32 54 33, je répète 01 88 32 54 33 et vous pouvez laisser un message d’une durée maximale de dix minutes ; ce message passera à l’antenne à un moment que je ne connais pas. N’hésitez pas à l’utiliser.

    En début d’émission on a parlé malheureusement du vote au Parlement européen sur la directive droit d’auteur et l’article 13. La mobilisation n’est pas finie, parce qu’il y a une autre campagne en cours qui concerne la proposition de règlement terroriste/censure sécuritaire et ce n’est pas une blague, mais le vote aura lieu en commission des libertés civiles le 1er avril. Là vous allez sur le site de La Quadrature du Net donc laquadrature.net et vous aurez toutes les informations pour vous mobiliser sur cet autre texte qui met en danger les libertés fondamentales.

    Côté plutôt positif le Libre en Fête se poursuit, vous savez les événements partout en France pour sensibiliser autour du logiciel libre. C’est jusqu’au 7 avril, le site c’est libre-en-fete.net.
    On parlait de la FPH à l’instant, il y a la soirée hebdomadaire de contribution au Libre, donc jeudi soir 28 mars à partir de 19 heures si je me souviens bien.

    Vincent Calame : 19 heures 30.

    Frédéric Couchet : 19 heures 30, tu vois je me souvenais mal !
    La Fondation pour le logiciel libre, donc la Free Software Foundation a remis ses awards donc ses prix annuels ce week-end. OpenStreetMap a reçu le prix pour le projet pour un bénéfice social. Nous recevrons justement des gens d’OpenStreetMap sans doute courant avril, peut-être mai, pour présenter ce projet magnifique de cartographie libre. Une deuxième personne a reçu un prix ; il s’agit de Deborah Nicholson, c’est le prix pour l’avancement du logiciel libre. Deborah Nicholson est impliquée dans de nombreux projets de logiciels libres depuis une dizaine d’années dont notamment le projet Software Freedom Conservancy, je ne sais pas comment on traduirait de l’anglais, mais c’est un projet qui accueille d’autres projets logiciels libres pour leur fournir une base de soutien légal, financier et qui existe depuis maintenant une quinzaine d’années, donc Software Freedom Conservancy. Deborah Nicholson et OpenStrretMap ont reçu ce prix qui est remis chaque année par la Fondation pour le logiciel libre dans leur événement annuel à Boston aux États-Unis.

    On entend le générique qui part en mode tapis.
    Je vérifie si j’ai d’autres annonces, à priori non. Si vous cherchez des événements libristes, vous allez évidemment sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org et vous retrouverez tous les événements.

    Notre émission se termine. Je vais remercier évidemment chaleureusement Patrick Creusot en régie ; Étienne Gonnu qui est passé du côté de la régie à côté de Patrick ; Emmanuel Raviart dont j’ai révélé malheureusement le petit nom, merci Emmanuel ; Caroline Corbal, merci Caroline ; Vincent Calame, qu’on retrouvera le mois prochain.

    Vous retrouverez sur le site de l’April, april.org, toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio, donc causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour nous indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

    La prochaine émission aura lieu mardi 2 avril à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices du logiciel libre avec trois personnes invitées : de mémoire Magali Garnero pour Parinux, le groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de Paris ; Didier Clermonté pour LINESS, c’est un groupe qui est situé en Essonne et nous aurons Romain Volpi, si je me souviens bien qui lui est à l’ALDIL qui est l’Association du développement de l’informatique libre dans la région lyonnaise et qui, le week-end qui suit, fait un week-end de conférences et d’événements autour du logiciel libre. Donc c’est la semaine prochaine mardi 2 avril à 15 heures 30, les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres.

    Nous vous souhaitons de passer une bonne fin de journée. On se retrouve mardi prochain et d’ici là portez-vous bien.

    Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

    Directive droits d’auteurs - Lionel Maurel

    dim, 04/07/2019 - 07:33


    Titre : Directive « droits d’auteurs », entretien avec Lionel Maurel.
    Intervenant : Lionel Maurel
    Lieu : France Culture
    Date : 27 mars 2019
    Durée : 2 min 45
    Écouter l'enregistrement
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : argent, espèces, devise, etc., photo Pxhere - Licence Creative Commons CC0 Domaine public
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Description

    Ce filtrage imposé par l’UE risque donc de donner encore plus de pouvoir aux plus grandes plateformes, qui dominent déjà…

    Transcription

    Lionel Maurel : L’argent que se font les grandes plateformes type YouTube ou Facebook est directement lié, via le ciblage publicitaire, à l’exploitation des données personnelles des Européens. En gros, nous on dit que ce que demandent les industries culturelles ce sont les miettes de la surveillance de masse des Européens. Voilà ! Elles veulent être intéressées au business du ciblage publicitaire.

    Que des petites plateformes soient exemptées ce n’est pas forcément d’ailleurs quelque chose de très beau ou de très bon, parce que ça veut dire que vous allez voir tout un écosystème de startups qui va pouvoir se monter sur le ciblage publicitaire.
    Heureusement que l’Union européenne a adopté une autre réglementation de protection des données personnelles qui s’appelle le RGPD1, qui permet d’enrayer un peu ce mécanisme d’exploitation des données personnelles.

    C’est pour ça qu’en fait dire que les industries culturelles luttent contre les GAFAM est très amusant. Ce n’est pas du tout ça en fait. Elles ne veulent pas lutter contre ces acteurs, elles veulent être intéressées à leur business qui est intrinsèquement contraire aux libertés fondamentales.

    Comment YouTube fait son chiffre d’affaires ? Il fait son chiffre d’affaires en vendant de la publicité ciblée. La publicité ciblée marche avec l’exploitation des données personnelles des individus. Il faut faire des profils et ce que vend YouTube aux intermédiaires c’est le profil de ses utilisateurs pour faire de la publicité ciblée. Et ça, en fait, ça génère de l’argent et les industries culturelles demandent une part de cet argent-là. C’est ça le cœur de l’affaire.

    La directive dit aux plateformes si vous ne voulez pas voir votre responsabilité engagée en justice, concluez des licences, c’est-à-dire des accords de redistribution de cet argent-là avec les titulaires de droits. Ce sont les grandes sociétés d’auteurs et les grands producteurs du cinéma, les grands producteurs de la musique et la presse, les éditeurs de presse. C’est ça qu’ils veulent, ça va se terminer comme ça : un grand deal de redistribution des recettes publicitaires.

    Moi en tout cas, ce que je constate, c’est qu’en France je n’ai pas l’impression que la condition des auteurs soit aussi reluisante que ce qu’on nous dit là sur le pays de Beaumarchais. La plupart des auteurs que je vois, pas ceux qui signent des tribunes le dimanche pour ou contre la directive, je trouve qu’ils sont précaires en fait. Voilà ! Et la directive n’apporte absolument rien directement sur ces sujets-là.

    Non, pas du tout en fait. La directive droit d’auteur est vraiment tournée vers les rapports avec les grands intermédiaires numériques. Il y a vraiment très peu de choses. Après il y a quelques exceptions au droit d’auteur, ça c’est un autre débat, mais sinon, sur le fond des choses, elle ne va pas changer significativement toutes ces questions.

    Il y aurait pu y avoir une sorte de salaire minimum des auteurs, c’était possible, comme les auteurs le réclament au salon du livre. Il disent : « On veut au moins 10 % dans les contrats ». Ça c’était possible à faire au niveau de la directive, tout à fait, mais finalement moi je n’en ai pas entendu parler.

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