APRIL

S'abonner à flux APRIL
L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 5 min 17 sec

Lettre d'information publique de l'April du 1er avril 2020

mer, 04/01/2020 - 10:05

Bonjour,

Même en cette période de confinement, la plupart des activités de l'April se poursuivent et en particulier la diffusion des émissions Libre à vous ! ; toutes les personnes interviennent de chez elles. Retrouvez-nous donc sur les ondes de radio Cause Commune, mardi 7 avril 2020 de 15 h 30 à 17 h (puis en podcast) pour notre prochaine émission. Nous recevrons Angie Gaudion de Framasoft et nous aurons l'honneur d'échanger avec Emil Ivov le créateur de Jitsi. Pensez à vous abonner au podcast de l'émission. Nous recherchons encore de l'aide pour le montage audio des podcasts.

Vous pouvez retrouver les podcasts des émissions précédentes. Au programme : le burn-out ; logiciel libre au collège (chronique de Marie-Odile Morandi) ; l'énigme de la dernière version (chronique de Vincent Calame) ; Libre en Fête ; interview de Picasoft (association libriste de l'Université de Technologie de Compiègne) ; « La pituite de Luk » sur le thème de la viralité ; financement de logiciels libres avec le retour d'expérience de la société XWiki ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Mesures à la portée des gouvernements pour promouvoir le logiciel libre » ; interview sur Datashare (partage sécurisé d'informations) ; achat de matériel et logiciels libres. MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales. La chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, sur le télétravail. Agilité et logiciel libre. La chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah. Le jeu du Gnou dans le cadre de la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni.

Vous pouvez également découvrir la nouvelle interview bonus en vidéo pour l'émission. Trois questions posées à François Poulain, administrateur de l'April, membre de l'équipe Chapril et de l'équipe administration système de l'association.

Nous avons préparé la compilation de toutes les musiques libres diffusées dans l'émission. Plus de 8 h de musiques à écouter.

L'équipe Chapril a le plaisir d'annoncer l'ouverture d'un nouveau service pour faire des conférences audio basé sur Mumble. En ces temps de confinement, un tel outil est important pour maintenir les échanges et les liens entre les gens. N'hésitez pas à l'utiliser pour vous ou votre entourage.

Nous avons reçu la réponse de la Direction générale du numérique (DGNUM) du ministère des Armées suite à notre demande de communication de plusieurs documents. Réponse positive pour trois documents, et refus pour deux autres. Refus qui semblent caractéristiques du niveau d'adhérence du ministère aux produits Microsoft et illustrent, malgré des propos par ailleurs encourageants, la nécessité d'engager sans plus attendre une migration effective vers le logiciel libre. L'un des documents, portant sur les conclusions d'un rapport préconisant une migration vers le logiciel libre en 2005, serait classé confidentiel défense.

Le groupe Transcriptions vous offre neuf nouvelles transcriptions.

Plus de 100 événements étaient référencés pour le Libre en Fête mais, au vu de la situation en France, la plupart, voire la totalité, vont être annulés. Nous exprimons toute notre reconnaissance aux personnes et aux structures qui se sont investies pour proposer et organiser des événements dans le cadre de cette initiative. Nous leur donnons rendez-vous dès maintenant pour l'année prochaine !

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Prenez soin de vous, de vos proches et des autres.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

La playlist « Libre chez vous ! » : 8 h de musiques libres

Pour les pauses musicales de l'émission Libre à vous !, nous diffusons exclusivement des musiques libres. Plus de 8 h de musiques diffusées depuis la première émission en mai 2018, un grand merci aux artistes. Voici la compilation de toutes les musiques diffusées dans l'émission. Cette liste de lecture peut être écoutée avec un lecteur audio.

Faites des conférences audio avec notre nouveau service Chapril basé sur Mumble

L'équipe Chapril a le plaisir d'annoncer l'ouverture d'un nouveau service pour faire des conférences audio basé sur Mumble.

En ces temps de confinement, un tel outil est important pour maintenir les échanges et les liens entre les gens. Un des intérêts majeur de Mumble est sa capacité à fonctionner avec de petites connexions. Ses autres points forts sont sa qualité audio et sa fiabilité. Passé le cap de la configuration, c'est un outil libre formidable. N'hésitez pas à l'utiliser pour vous ou votre entourage.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. La playlist « Libre chez vous ! » : 8 h de musiques libres
  2. Faites des conférences audio avec notre nouveau service Chapril basé sur Mumble
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. L'approbation d'une ministre pour migrer vers le logiciel libre serait un secret de la défense nationale ?
    2. Libre en Fête et mesures de confinement mises en place par le gouvernement français
    3. Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune
    4. Interview bonus en vidéo de François Poulain
    5. Besoin d'aide pour le montage audio du podcast de Libre à vous !
    6. Décryptualité
    7. Neuf nouvelles transcriptions
    8. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets L'approbation d'une ministre pour migrer vers le logiciel libre serait un secret de la défense nationale ?

Le 17 février 2020 nous avons reçu la réponse de la Direction générale du numérique (DGNUM) du ministère des Armées suite à notre demande de communication de plusieurs documents. Réponse positive pour trois documents, et refus pour deux autres. Refus qui semblent caractéristiques du niveau d'adhérence du ministère aux produits Microsoft et illustrent, malgré des propos par ailleurs encourageants, la nécessité d'engager sans plus attendre une migration effective vers le logiciel libre. L'un des documents, portant sur les conclusions d'un rapport préconisant une migration vers le logiciel libre en 2005, serait classé confidentiel défense.

Libre en Fête et mesures de confinement mises en place par le gouvernement français

Suite aux décisions du gouvernement annoncées lundi 16 mars 2020, il est fort probable que la plupart voire la totalité des événements proposés dans le cadre de l'édition 2020 de Libre en Fête seront annulés. Nous exprimons toute notre reconnaissance aux personnes et aux structures qui se sont investies pour proposer et organiser des événements dans le cadre de cette initiative. Nous leur donnons rendez-vous dès maintenant pour l'année prochaine !

Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune

Cinq nouvelles éditions de notre émission Libre à vous ! ont été diffusées en direct sur radio Cause Commune et nous avons animé une Antenne libre sur les services libres.

Émission du 25 février 2020

Au programme : le burn-out ; logiciel libre au collège (chronique de Marie-Odile Morandi) ; l'énigme de la dernière version (chronique de Vincent Calame).

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 3 mars 2020

Au programme : Libre en Fête, interview de Picasoft (association libriste de l'Université de Technologie de Compiègne), et la « Pituite de Luk » sur le thème de la viralité.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 10 mars 2020

Au programme : financement de logiciels libres avec le retour d'expérience de la société XWiki ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Mesures à la portée des gouvernements pour promouvoir le logiciel libre » ; interview sur Datashare (partage sécurisé d'informations).

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 17 mars 2020

Au programme : achat de matériel et logiciels libres. MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales. La chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, sur le télétravail.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 24 mars 2020

Au programme : Agilité et logiciel libre. La chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah. Le jeu du Gnou dans le cadre de la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Antenne libre : services libres et éthiques, les CHATONS, le confinement - diffusée jeudi 19 mars 2020 sur radio Cause Commune

Émission spéciale : Antenne libre sur les services en ligne libres, éthiques, les CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires), le confinement.

Le podcast est disponible.

Interview bonus en vidéo de François Poulain

Découvrez la 6e interview bonus en vidéo (6 minutes 18) pour l'émission Libre à vous !. Trois questions posées à François Poulain, administrateur de l'April, membre de l'équipe Chapril et de l'équipe administration système de l'association.

Besoin d'aide pour le montage audio du podcast de Libre à vous !

Dans le cadre de notre émission Libre à vous ! un point important concerne la post-production, le traitement du podcast. Les podcasts resteront en effet la mémoire et la trace des émissions. C'est pour cela qu'il faut apporter un soin particulier à leur traitement avant la mise en ligne. Actuellement, le traitement est fait par Sylvain Kuntzmann, bénévole à l'April. Avoir au moins une personne en plus, permettrait de répartir le travail. N'hésitez pas à diffuser notre appel pour aider au montage audio des podcasts ou à nous contacter si vous avez de l'expérience, des compétences.

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Neuf nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec neuf nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements passés Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 6 mars 2020, la synthèse de la revue du 13 mars 2020, la synthèse de la revue du 20 mars 2020, la synthèse de la revue du 27 mars 2020.

Adhésions

Au 1er avril 2020, l'association compte 3 976 membres (3 669 personnes physiques, 307 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

L'approbation d'une ministre pour migrer vers le logiciel libre serait un secret de la défense nationale ?

mer, 04/01/2020 - 09:09

Le 17 février 2020 nous avons reçu la réponse de la Direction générale du numérique (DGNUM) du ministère des Armées suite à notre demande de communication de plusieurs documents. Réponse positive pour trois documents, refus pour deux autres. Refus qui semblent caractéristiques du niveau d'adhérence du ministère aux produits Microsoft et illustrent, malgré des propos par ailleurs encourageants, la nécessité d'engager sans plus attendre une migration effective vers le logiciel libre.

Depuis plusieurs années, et plus particulièrement depuis qu'elle a appris son premier renouvellement en 2013, l'April s'est mobilisée pour que lumière soit faite sur les conditions de conclusion de l'accord Open Bar Microsoft/Défense et sur les différentes décisions prises depuis. Un des outils juridiques à la disposition de l'April : le droit d'accès aux documents administratifs qui permet à quiconque de demander communication d'un document administratif à une administration 1, dans les limites de quelques exceptions, que le ministère des Armées ne s'est d'ailleurs pas privé d'utiliser, comme le secret des affaires ou la sécurité nationale.

C'est dans ce cadre que l'April avait fait plusieurs demandes de communication auprès de la DGNUM portant sur :

  • une lettre de 2005 dans laquelle Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, aurait approuvé les conclusions d'un rapport recommandant la migration du ministère vers le logiciel libre. Refusée.
  • Une « feuille de route » de 2018 du ministère, censée préciser les conditions d'une migration vers davantage de logiciels libres. Refusée.
  • Les comptes rendus des 6e, 7e et 8e session de la commission ministérielle techniques des systèmes d'information et de communication (CMTSIC) qui se sont tenues entre 2006 et 2009 si on s'en réfère aux documents à notre disposition.

La DGNUM a répondu favorablement à notre demande portant sur les comptes-rendu de la CMTSIC dont l'objet était, en somme, la rationalisation de l'informatique au sein des différentes branches du ministère de la Défense. L'April avait déjà obtenu communication d'autres comptes rendus de ces sessions qui ne sont pas dénués d'intérêt. Les questions de la dépendance à Microsoft et des logiciels libres y sont parfois abordées, mais elles n'adressent pas les zones d'ombre relatives aux prises de décision que dénonce l'April depuis plusieurs années.

Ce qui est plus intéressant et qui s'avère particulièrement révélateur, ce sont les motivations pour refuser la communication des deux autres documents. Leur communication nuirait-elle à la défense nationale ou aux intérêts français ?

La ministre aurait approuvé un rapport préconisant la migration vers le logiciel libre ? Confidentiel défense ! En réponse à la demande b), le ministère des Armées vous informe que la lettre n°12887 du 26/09/2005 (et non 1288 - erreur de référence) du ministère de la Défense est un courrier classifié « Confidentiel Défense » et ne peut être diffusé sans porter atteinte aux secrets protégés par la loi.

En janvier 2018 nous apprenions grâce à Next INpact qu'en 2005 — soit deux ans avant le début des négociations pour l'Open Bar — la ministre de la Défense de l'époque, Michèle Alliot-Marie aurait approuvé les conclusions d'un rapport recommandant la migration vers le logiciel libre. Nous avions demandé communication du rapport comme de cette lettre et l'administration nous avait répondu qu'elle n'était pas parvenue à les retrouver. Nous apprenons aujourd'hui qu'il y avait une erreur de nommage en ce qui concerne la lettre de la ministre, mais que celle-ci demeurait non-communicable car, selon la DGNUM, elle serait classifiée « Confidentiel Défense ». L'article R2311-3 du code la défense précisant : « le niveau Confidentiel-Défense est réservé aux informations et supports dont la divulgation est de nature à nuire à la défense nationale ou pourrait conduire à la découverte d'un secret de la défense nationale classifié au niveau Très Secret-Défense ou Secret-Défense. »

En d'autres termes : communiquer un document ministériel dont l'objet serait de valider les conclusions d'un rapport préconisant une migration vers le logiciel libre pourrait porter atteinte à la défense nationale ? Et les raisons de cette restriction d'accès seraient encore d'actualité quinze ans plus tard ?

Une feuille de route pour migrer vers le logiciel libre ? Avançons masqués

Dans la même veine, nous apprenons que la feuille de route devant préciser les possibilités de migration vers le logiciel libre au sein du ministère ne pouvait être communiquée « pour protéger les intérêts français et le secret industriel et commercial ».

En réponse à la demande a), le ministère des Armées vous informe qu'il s'est effectivement progressivement engagé dans une dynamique de moindre dépendance aux grands éditeurs en proposant une stratégie d'ouverture vers le libre. Cette stratégie est décrite dans un courrier de fin 2018, évoqué dans la réponse à la question écrite de madame Garriaud-Maylam. Ce courrier porte la mention de protection « diffusion restreinte — spécial France ». Bien qu'il ne s'agisse pas d'une mention de classification pour protéger les intérêts français et le secret de la Défense nationale, cette restriction a été apposée pour protéger les intérêts français et le secret industriel et commercial car il comporte les éléments de stratégie sur les négociations en cours.

En 2017, dans une réponse à une question écrite de la sénatrice Joëlle Garriaud Maylam sur le deuxième renouvellement du contrat open bar le ministère précisait entre autre qu' « une feuille de route pour le ministère des Armées, indiquant à la fois le calendrier et les applications pour lesquelles il serait pertinent de passer au logiciel libre, sera établie courant 2018. » Constatant l'absence de communication autour d'une telle feuille de route, l'April en a demandé communication le 25 octobre 2019. Parallèlement au refus de la commission d'accès au document administratif, que nous avions saisi entre temps, a émis un avis favorable à notre demande le 12 mars 2020, sous réserve de l'« occultation, le cas échéant, des mentions qui seraient de nature à porter atteinte au secret des affaires ». Une réserve qui apparaît donc appliquée sans retenue par le ministère.

Dans sa réponse le ministère confirme donc qu'il « s'est effectivement progressivement engagé dans une dynamique de moindre dépendance aux grands éditeurs en proposant une stratégie d'ouverture vers le libre », mais refuse toute communication, y compris d'un document partiellement offusqué, pour « pour protéger les intérêts français et le secret industriel et commercial car il comporte les éléments de stratégie sur les négociations en cours ».

Pour le reste, la DGNUM nous renvoie aux « éléments d'ouverture [qui] ont été diffusés dans la réponse [du 09/01/2020] à la question écrite n°12547 du 10/10/2019 de madame Christine Prunaud. » L'April notait effectivement un changement de ton en faveur du logiciel libre, la réponse pouvant laisser entendre que des postes de travail entièrement libres pourraient être mis en place au sein du ministère. À l'instar de la reconnaissance du « rôle des communautés » dans la nouvelle directive logicielle du ministère, il s'agit bien sûr d'un signe positif. Mais les années d'une culture d'opacité, encore à l’œuvre ici, et les renouvellements discrets des accords Open Bar successifs, illustre la réalité du niveau d'adhérence et de dépendance du ministère aux « grands éditeurs » comme Microsoft.

De même, si l'information que le ministère « s'engage dans une dynamique de moindre dépendance » est encourageante, lutter contre une dépendance décennale, au moins, ne pourra se faire sans adresser un enjeu fondamentale de souveraineté et de démocratie : la confiance. Confiance qui commence par des gages de transparence, une volonté claire de faire un état des lieux des décisions passées, et qui doit se traduire par un engagement pour une priorité effective aux formats ouverts et aux logiciels libres, en s'appuyant sur les communautés qui les font vivre.

#60 – Fleury les Aubrais – Un mois de Décryptualité – Une expérience libre – « Libre à vous ! » diffusée mardi 31 mars 2020 sur radio Cause Commune

mar, 03/31/2020 - 15:30

Au programme : la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais, retour sur un mois de Décryptualité dans la chronique « les transcription qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, et un échange avec William Gonzalez, membre de l'April et délégué à la protection des données à Fleury-les-Aubrais, sur son livre « Une expérience libre ».

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 60e émission :

  • La chronique « Les transcription qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, qui partage son analyse de l'évolution des sujets du Décryptualité de ce dernier mois.
  • Notre sujet principal porte sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais, avec William Gonzalez, délégué à la protection des données, et membre de l'April.
  • Échange avec William Gonzalez sur son livre : « Une expérience libre ».
  • diverses annonces

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

S'abonner au podcast

-->

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour l'échange sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais
  3. Références pour la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »
  4. Références pour l'échange sur « Une expérience libre »
  5. Références pour la partie sur les annonces diverses
  6. Pauses musicales
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcription et administratrice de l'April
  • William Gonzalez, délégué à la protection des données à Fleury-les-Aubrais et membre de l'April.
  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble

Références pour l'échange sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais Références pour la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » Références pour l'échange sur « Une expérience libre » Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Décryptualité du 30 mars 2020 - La fin du Plagiat

mar, 03/31/2020 - 01:36

Écouter ou télécharger le décryptualité du 30 mars 2020 (15 minutes 30 secondes)

Un algorithme a généré 68,7 milliards de mélodies de pop pour tenter d'en finir avec les plagiats involontaires.. Du coup Décryptualité a sollicité l'avis d'experts.

Decryptualité sur Mastodon

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 13 de l'année 2020

lun, 03/30/2020 - 18:56

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Wired] Open Source Fonts Are Love Letters to the Design Community

Le samedi 28 mars 2020.

Typefaces that can be freely used and modified give others a chance to hone their craft—and share valuable feedback.

[Science-et-vie.com] Observez la diffusion du coronavirus sur la planète dans ces animations

✍ Marie Atteia, le jeudi 26 mars 2020.

Un site open-source illustre l’ensemble des séquences génétiques du coronavirus obtenues par les chercheurs. Une manière de visualiser la pandémie et de comprendre son évolution…

Et aussi: [Industrie et Technologies] La Fédération hospitalière de France planche sur un respirateur rapidement industrialisable

✍ Kevin Poireault, le mercredi 25 mars 2020.

Face à la pénurie de respirateurs artificiels qui guette les hôpitaux français, le Fonds de dotation de la Fédération hospitalière de France pour la recherche et l’innovation élabore un modèle open source à partir de systèmes de traitement de l’air utilisé dans les salles blanches. Selon Enguerrand Habran, son directeur de l’innovation, un prototype devrait voir le jour cette semaine et Airbus est intéressé pour commencer rapidement l’industrialisation.

Et aussi: [Silicon] Open Source: la liste de GitHub pour suivre l'évolution du COVID-19

✍ Ariane Beky, le mercredi 25 mars 2020.

D’une carte de la JHU au calcul distribué de Folding@home, GitHub recense des projets open source de suivi du coronavirus COVID-19.

Et aussi:

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 24 mars 2020

lun, 03/30/2020 - 17:03


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 24 mars 2020 sur radio Cause Commune
Intervenants : Emmanuel Revah - Alexis Monville - mohican - Isabella Vanni - Frédéric Couchet - William Asgavari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 24 mars 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur Mozilla
  2. Agilité (un groupe de pratiques basées sur l'auto-organisation d'une équipe, l'ajustement permanent et mutuel… pour viser la satisfaction des équipes et de la structure cliente) et le logiciel libre
  3. Chronique « Le libre fait sa comm’» d'Isabella Vanni sur le projet du jeu du Gnou, avec une interview de mohican, bénévole à l'April
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Agilité et logiciel libre, c’est le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme une chronique sur Mozilla et le jeu du Gnou.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio diffuse désormais également en DAB+ en Île-de-France, c’est la radio numérique terrestre.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais également des points d’amélioration.

Nous sommes mardi 24 mars, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Comme la semaine dernière, l’émission est diffusée dans des conditions exceptionnelles suite au confinement de la population. Toutes les personnes qui participent à l’émission sont en effet chez elles.

Si vous voulez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme détaillé de l’émission du jour :
nous allons commencer dans quelques secondes par la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah qui va nous parler de Mozilla ;
d’ici une dizaine de minutes, nous aborderons notre sujet principal qui portera sur le thème « agile et logiciel libre », une rencontre sur les valeurs et principes avec Alexis Monville ;
en fin d’émission ce sera la chronique « Le libre fait sa comm’ » d’Isabella Vanni qui discutera avec mohican, bénévole à l’April, du jeu de Gnou.
À la réalisation de l’émission William Asgavari que je salue. Bonjour William.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur Mozilla

Frédéric Couchet : Nous allons commencer avec la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah qui va devoir activer son micro s’il veut parler. Bonjour Manu.

Emmanuel Revah : Salut Frédéric. Ça va ?

Frédéric Couchet : Ça va bien. Et toi ?

Emmanuel Revah : Oui, ça va.

Frédéric Couchet : Tu veux nous parler aujourd’hui, je crois, de Mozilla. Je te laisse la parole.

Emmanuel Revah : OK. Cool. Parlons un peu de Mozilla. Pour parler de Mozilla, on va déjà parler de Firefox et un peu d’histoire sur Firefox.
Firefox est un navigateur web qui né à partir de son ancêtre Netscape, repris au début sous le nom merveilleux de Phoenix, Netscape renaît de ces cendres, tel un oiseau de feu ou firebird. C’était beau, léger, rapide et sans merde de taureau ou, pour les francophones, sans bullshit. Peu après, Phoenix a été intégré dans Mozilla, une suite de logiciels tout-en-un, avec un navigateur web, logiciel de courriel, discussion instantanée, éditeur HTML, etc.
Après le gros mastodonte, la suite Mozilla, c’est fini. Maintenant il y a d’un côté Thunderbird, le logiciel de courriel à moitié laissé pour mort, et de l’autre côté Firefox, le truc tellement connu que les gens ne savent même pas que c’est un logiciel libre. Pourtant, Firefox, c’est LE navigateur libre, sécurisé et qui est du côté des utilisateurs… Hum ! Hum ! Pardon, ça me gratte la gorge de dire des conneries pareilles ou alors j’ai un petit coup de COVID-19, je ne sais pas. Déjà, la dernière version de Firefox c’est la version 42 821… Non mais sérieusement, les numéros de version commencent déjà à ressembler à des numéros de séries plus qu’à autre chose. Au moment où j’ai écrit cette chronique, c’était il y a quatre jours, on était déjà à la version 74 !
Oui, Firefox c’est libre, mais Firefox dépend de Mozilla, pas la fondation, Mozilla Corporation, l’entreprise à but lucratif Mozilla. Ils disent avoir créé la corporation pour avoir plus de liberté d’action dans leurs comptes ; sans doute qu’au pays des Donald Trump les entreprises sont plus libres que les associations ou les fondations. Ils disent que Firefox, son code source, etc., appartient à la Fondation. Ainsi la corporation s’occupe des finances, mais ne peut pas prendre le contrôle du logiciel. C’est déjà pas mal, on se souvient tous de MySQL, n’est-ce pas Monty ?
Petit bout d’histoire de MySQL et Monty. Monty qui s’appelle Michael Widenius, je ne sais si je prononce bien, c’est le gars qui a lancé MySQL, c’est une base de données sous licence libre. Monty l’a vendue un jour à Sun Microsystems pour cher, un milliard de dollars, et ensuite il a pleurniché comme un enfant gâté quand Sun à vendu MySQL à Oracle. C’est important de garder les logiciels libres, libres ! Si vous ne voulez pas qu’ils tombent entre les mains des entreprises anti-libre, ne les vendez pas s’il vous plaît !
Bref, ils ont compris maintenant. Moi, je sais bien que le développement coûte « un pognon de dingue », mais le fait que Mozilla soit une entreprise à but lucratif est un piège pour elle-même. Ce janvier, juste ce janvier, ils ont licencié 70 personnes, des ingénieurs et tout, mais de l’autre côté ils investissent plus de 40 millions de dollars pour le développement de nouveaux « produits » ! On dirait un cas de « il n’y a pas d’argent magique » ! Il n’y en a pas pour le personnel, mais pour les nouveaux projets tout beaux, on trouve de la thune fastoche.
C’est quoi ces produits ? Eh bien, il s’agit surtout de services. Oui ! Le centre de l’attention va se tourner vers des services. Ça fait déjà un petit moment d’ailleurs. Mozilla passe tout doucement d’une entreprise de logiciel libre vers une société de services centralisés.

Excitons-nous d’abord sur le cas de Pocket. Il s’agit, à la base, d’une extension liée à un service qui sert à sauvegarder des pages web afin de les consulter plus tard. L’entreprise Pocket a été achetée par Mozilla. La partie extension est devenue libre, mais la partie serveur ne l’est toujours pas. Pocket, un service centralisé et basé sur du logiciel non libre, est directement intégré dans Firefox maintenant, ce n’est plus du tout une extension qu’on installe volontairement, on ne peut pas même pas le désactiver, en tout cas pas facilement. Pour le désactiver il faut aller dans les options avancées qui font peur.

Ensuite il y a Firefox Sync. Firefox Sync c’est le truc qui, comment dire, l’idée de base est géniale. C’est un moyen de synchroniser plein de trucs entre des instances de Firefox, par exemple entre le Firefox de mon ordinateur principal et le Firefox de mon ordinateur de voyage ; ou même avec le Firefox de mon téléphone, si j’avais un ordinateur téléphone. Pour utiliser Firefox Sync, il faut s’inscrire. Déjà la page d’inscription, comme presque toutes les pages d’inscription de tous les trucs qui existent dans le monde, ne dit absolument rien sur ce que c’est. Il faut renseigner son adresse de courriel pour passer à la page suivante et enfin voir les CGU [Conditions générales d'utilisation] et une sorte de description de l’utilité d’un compte Firefox. Petit indice : vous pouvez mettre n’importe quoi pour passer la page et ensuite, enfin, lire les CGU. Franchement, je trouve que ça fait un peu dark patterns ou « interface truquée », vous savez l’interface utilisateur qui a été soigneusement conçue pour tromper ou manipuler les utilisateurs, un peu comme fait Facebook et tous ses potes.
Bref, il y a deux éléments. Il y a le côté navigateur, donc Firefox, et de l’autre côté la partie serveur. Par défaut, Firefox utilise le serveur de Mozilla. C’est cool non ? C’est quoi le problème ? Oui, mais, je veux un Internet décentralisé, je veux utiliser mon propre serveur, en mettre en place un pour mes amis, une association, une entreprise, etc. Eh bien, c’est possible, évidemment, c’est du logiciel libre tout ça. Vous avez eu peur ! Super ! Non ! Attends ! La partie serveur est incroyablement inutilisable, le mode d’emploi prévient qu’il n’y a pas de paquets, ni RPM [Red Hat Package Manager], ni deb [format de fichier des paquets logiciels de la distribution Debian GNU/Linux, NdT], ni rien. C’est-à-dire pas de version facile à installer, un peu comme on fait avec Firefox, on télécharge, on clique et c’est installé et surtout par défaut, c’est surtout ça, l’authentification se fait à travers le serveur d’authentification de Mozilla.
Petit aparté. Firefox Sync est intégré dans Firefox depuis la version 4 et Firefox Accounts, c’est Sync mais un petit peu mieux, la partie authentification, depuis la version 29 de Firefox. Pour info, la version 29 de Firefox c’était il y à deux mois ou 15 ans, je sais pas. Ah si ! C’était en 2007 ! Pardon ! 2007, ça laisse le temps de faire un petit paquet deb non ? C’est tellement vieux que ça aurait pu être déjà inclus dans Debian 5.0, c’est-à-dire en 2009.
Il faut préciser qu’il y a le serveur Sync et le serveur Accounts pour les comptes Firefox, et par défaut, ton serveur Sync personnel dépend du serveur Accounts de Mozilla pour l’authentification. Sympa non ? Toujours pas content ? Bon, si tu insistes espèce de libriste autonomiste, il y a moyen d’installer son propre serveur Accounts. Quand même ! Mais attention, la doc est préfixée d’un avertissement qui dit : « Cette doc est brouillon et incomplète, déso-lol ! P. S : sinon, il y a une image Docker à utiliser à vos risques et périls ». Il y a vraiment marqué ça sur la page d’installation, « à vos risques et périls ». Ça donne grave envie, non ?
Je suis désolé si c’est un peu trop technique pour une chronique radio, mais c’est important. Même si vous arrivez à installer ce bordel bien comme il faut, avec la doc obsolète et éparpillée, il vous reste un dernier obstacle et c’est le plus difficile : indiquer à vos utilisateurs qu’il faut aller dans « about:config » c’est-à-dire les options avancées qui font peur, et changer l’option « identity.sync.tokenserver.uri ». Il faut remplacer « https://token.services.mozilla.com/1.0/sync/1.5 » avec l’URL du serveur que tu viens d’installer.

Si dans un podcast de Libre-Nerd c’est compliqué, imagine auprès de ton asso, ton chaton, ton FAI alternatif et autre, qui veut proposer ce service très sympa et très tentant à des êtres humains. Je me permets de douter de Mozilla qui dit qu’ils font la promotion d’un Internet décentralisé… Non ! Pas avec ce genre de truc en tout cas. Ils font plein de trucs bien, mais là, c’est de la merde de taureau. Pardon, je veux dire du bullshit.
Je vais rajouter une petite couche car c’est vraiment un point qui me fait chier à travers un bouchon de liège : si tu installes ton propre serveur de compte, il faut modifier encore plein d’autres réglages dans le fameux « about:config ». Franchement, du côté utilisateur, on va directement chez Google et on arrête les conneries d’idéaliste libriste égalitariste techno-émancipé.
Firefox Sync n’est pas utilisable sans passer par l’autorité centrale que voudrait devenir Mozilla.

Maintenant, parlons un tout petit peu de Thunderbird en cours. Thunderbird, le logiciel de courriel mourant, sera relancé, grâce à MZLA Technologies Corporation. Sympa ce nom ! Encore une fois, je doute. En effet, la relance de cet oiseau trouvé au bord de la route à moitié mourant car mal nourri depuis bien des années passe par une entreprise à but lucratif qui voudrait financer le développement du logiciel à travers des partenariats et des services. Eh oui, encore des services ! Quand je vois le budget global de Mozilla, environ un demi milliard d’euros par an, et comment ils galèrent à faire tourner deux logiciels, je n’arrive même pas à me dire qu’ils ne font pas n’importe quoi. C’est évident qu’ils doivent arrêter leur dépendance au fric de Google. Et nous, les personnes qui utilisons Firefox et Thunderbird, on doit devenir la source des finances de tout ça ; ça, c’est clair et net. Mais je ne pense pas que la bonne piste est à travers des services qui, pour la plupart, existent déjà ailleurs, notamment par des fournisseurs éthiques, dont les chatons et pas que, il y en a plein. Et encore pire, des services dont les logiciels serveurs ne sont pas utilisables, voire, dans certains cas, même pas libres comme avec Pocket.
Mozilla est en train de mettre les logiciels dont nous avons besoin au second plan, derrière des services tels que des VPN [Virtual Private Network], proxys et bientôt un service de courriel, qui existent déjà ailleurs. Leur objectif ce sont des bénéfices plus qu’un Internet ouvert et participatif. Mozilla ne doit pas être à la fois l’éditeur du logiciel et le seul fournisseur des services qui vont avec, sinon, ce n’est pas vraiment libre.

Bon, j’aime bien Firefox, pour l’instant, j’étais fan depuis l’époque de Phoenix. J’adore le Mozilla, et j’aime me dire qu’il y a un dinosaure qui est de notre côté. Pour les gens qui ont oublié le dinosaure, c’était la mascotte de Mozilla, c’était un dinosaure rouge et noir, dessiné d’ailleurs par Shepard Fairey, l’artiste qui a fait OBEY et l’affiche Hope de Obama. Eh bien notre cher dinosaure a été mis à la retraite en janvier 2017. La mascotte a été enlevée et elle a été remplacée par « :// », le truc des URL. C’est mieux non ? Ça ressemble plus à un logo digne d’une Silicon Valley enfin devenu adulte, un peu comme votre oncle banquier qui a fait mai 68.
J’ai peur, je crains que Mozilla ne soit en train de s’éloigner des valeurs qui nous ont conquis à la base. Le dinosaure me manque !

Frédéric Couchet : Merci Manu pour cette chronique qui fait beaucoup réagir sur le salon web de la radio, je rappelle causecommune.fm, bouton « chat » et salon #libreavous. Je rappelle également que les personnes de l’équipe des chroniques sont libres de leur sujet, aucune censure à l’April, petite relecture. Évidemment si Mozilla veut un droit de réponse, cela pourra faire l’objet d’une belle émission avec toi et Mozilla.
Je précise aux gens qui sont sur le salon web de la radio que Manu, qui vient de faire la chronique, est présent sur le salon donc il va pouvoir répondre à toutes vos remarques, questions, « louanges », je mets des guillemets à « louanges ». Manu, comme tu t’en doutes, ta chronique fait réagir.
En tout cas je te remercie, je te souhaite de passer une bonne fin de journée et on se retrouve le mois prochain.

Emmanuel Revah : Super. Merci beaucoup Fred et merci à tout le monde.

Frédéric Couchet : Merci Manu.
On va passer une pause musicale. On va écouter Nakturnal par Kellee Maize.

Pause musicale : Nakturnal par Kellee Maize.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Nakturnal par Kellee Maize, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.

Vous écouter toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Nous allons passer au sujet principal.

[Virgule musicale]

Agilité (un groupe de pratiques basées sur l'auto-organisation d'une équipe, l'ajustement permanent et mutuel… pour viser la satisfaction des équipes et de la structure cliente) et le logiciel libre

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le thème agile et logiciel libre, une rencontre sur les valeurs et principes avec notre invité Alexis Monville. Alexis est-ce que tu es bien avec nous ?

Alexis Monville : Oui, Frédéric. Bonjour à tous.

Frédéric Couchet : Bonjour Alexis. Tu es, en version courte, membre de l'équipe de leadership de l'engineering chez Red Hat Je vais te demander une petite présentation personnelle, peut-être préciser un petit peu les mots leadership et engineering. Je te laisse la parole pour une petite présentation personnelle de ton parcours et de ton poste actuel.

Alexis Monville : C’est toujours le risque de me laisser parler en français. Quand je vais parler en français je vais toujours mettre des mots en anglais. En général en France ça passe bien, mais j’ai eu l’expérience au Québec de me faire reprendre plus d’une fois, c’était assez intéressant ; les gens pouvaient me donner des traductions à tous les mots que j’utilisais en anglais, c’était quand même merveilleux. Désolé pour ça, j’ai du mal à traduire certaines choses parce qu’on n’utilise pas souvent les mots traduits.
C’est quoi mon rôle actuel ? Red Hat, j’imagine que dans une émission comme ça…

Frédéric Couchet : Tu peux repréciser rapidement ce qu’est Red Hat.

Alexis Monville : C’est une entreprise qui fait du logiciel pour les entreprises et qui a un modèle de développement open source. Je le dis tout de suite, c’est un modèle de développement open source et on est sur une émission qui parle de logiciel libre.

Frédéric Couchet : On aura l’occasion d’y revenir, oui.

Alexis Monville : S’il y a des gens que ça intéresse, ils pourront comprendre la différence entre ce qu’est un mouvement social et ce qu’est un modèle de développement qui veut se penser en dehors de toute question politique. C’est assez amusant.
Red Hat fabrique des logiciels pour les entreprises et son modèle de développement est l’open source. L’idée c’est, en effet, qu’on va fabriquer des produits à partir de logiciels qui sont libres et que tout ce que l’on fait est sous licence libre. Ce qui fait qu’en fait les deux seules choses qui sont à nous ça doit être le logo et la marque, on a une propriété intellectuelle, ce qui est assez amusant. Ça c’est la particularité de Red Hat. Mon rôle c’est de travailler dans cette équipe qui gère l’ensemble de l’engineering et de travailler à améliorer le fonctionnement des équipes, donc l’équipe de leadership, l’équipe qui gère l’ensemble de l’engineering et l’ensemble des équipes au sein de Red Hat. En version simplifiée c’est ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Le sens d'engineering, on va peut-être préciser, on va dire que c’est dans le sens du développement du logiciel et des produits.

Alexis Monville : C’est ça, absolument.

Frédéric Couchet : OK. D’accord. En tout cas, je suis ravi de t’avoir avec nous. On se connaît depuis longtemps, on s’est connus à un moment où tu travaillais pour l’État français, à la Direction générale de modernisation de l’État il y a quelques années. Tu es une des premières personnes à m’avoir parlé d’agilité, c’est pour ça qu’on avait envie d’en parler un petit peu. En plus, je vais te le dire tout de suite, quand on a préparé l’émission, que j’en ai parlé sur certains salons, notamment sur le salon de l’April, il y a quelqu’un qui a réagi un petit peu violemment en disant que l’agilité, peut-être sans donner trop de détails, mais en gros il pouvait mettre en doute l’intérêt de l’agilité, l’utilité. On va essayer d’éclaircir un peu tout ça dans le cadre de cette émission, à la fois sur ce qu’est l’agilité et le lien avec le logiciel libre.
Je te propose déjà, premièrement, d’essayer de nous préciser ce qu’est l’agilité et ce que n’est pas l’agilité, parce que je pense qu’il y a beaucoup de méconnaissance sur ce sujet-là. Déjà en introduction, en premier sujet, l’agilité qu’est-ce que c’est ?

Alexis Monville : Qu’est-ce que c’est ? C’est vrai que c’est un bon sujet parce que quand généralement je commence à expliquer ce que c’est, les gens qui avaient une réaction épidermique par rapport à ça se rendent compte qu’on ne parlait pas de la même chose, du coup c’est quand même assez intéressant de la définir.
Comment c’est venu qu’on parle d’agile ? Il faut remonter un peu en arrière, du coup on va remonter tellement en arrière que probablement certains d’entre vous ne seront même pas nés, mais ça vaut quand même le coup d’en parler. Dans les années 90, ça faisait déjà un certain temps qu’on faisait du logiciel et ça faisait un certain temps qu’on essayait d’améliorer les méthodes de gestion de projet faisant du logiciel. Ces méthodes de gestion de projet étaient inspirées de quoi ? Elles étaient inspirées des autres projets qu’on avait faits avant ? Et qu’est-ce qu’on avait comme autres projets avant ? On avait construit des immeubles, on avait construit des voitures, on avait construit des choses comme ça, et on essayait d’appliquer certains principes de ces méthodes au logiciel.
Ce qui était assez intéressant c’est que, un peu comme aujourd’hui, la plupart des projets logiciels n’arrivaient pas à l’heure, coûtaient beaucoup plus cher que ce qui était prévu et ne satisfaisaient pas leurs utilisateurs. À chaque fois on essayait d’analyser pourquoi et on essayait d’améliorer les méthodes. Les méthodes devenaient de plus en plus grosses, de plus en plus compliquées au point où elles n’étaient pas tellement utilisées. Donc on avait d’énormes corpus méthodologiques, extrêmement lourds à mettre en place, et pourtant ça ne fonctionnait quand même pas. En fait, ce qui se passait, c’est que ça devenait de plus en plus long de développer des logiciels et ce qu’on essayait de faire c’est de planifier, de tout prévoir à l’avance. Comme les utilisateurs savaient que ça allait prendre très longtemps, ils essayaient d’imaginer tous les cas possibles, toutes les choses dont ils pourraient avoir besoin et de le dire dès le début parce qu’ils savaient qu’après ils ne pourraient plus rien ajouter. Donc ça devenait de plus en plus gros, de plus en plus gros.
Dans les années 90, il y a un certain nombre de gens qui ont dit « on prend le problème dans le mauvais sens, il faut qu’on change d’approche et qu’on fasse des méthodes qu’ils ont appelées au départ des méthodes légères de gestion de projet ». C’était une super bonne idée et il y en a plusieurs qui ont eu quelques succès en faisant. Il y a des méthodes qui ont émergé. Extreme Programming est probablement celle qui me plaît le plus et qui m’intéresse le plus. Crystal était aussi une méthode qui était intéressante là-dessus. On a des concepts de ces méthodes qui existent encore et qui sont encore utilisés aujourd’hui, bien sûr.
Ce qui s’est passé pour ces méthodes légères de gestion de projet, c’est que les gens qui étaient à l’origine de ces méthodes se sont rencontrés juste au début des années 2000, en 2001 et se sont dit « c’est quoi les points communs entre toutes nos méthodes ? » À partir de ces points communs ils ont écrit quelque chose qui s’appelle le Manifeste agile. Le Manifeste agile fait souvent référence à quatre valeurs et douze principes.
Il faut voir qu’en fait ces gens ont fait les méthodes, ont utilisé les méthodes et après ils ont regardé les points communs entre ces méthodes pour écrire un Manifeste pour dire « voila ce que l’on fait ».
Je vais vous lire la première phrase du Manifeste agile parce que ça éclaire vraiment, à mon sens, ce qu’est l’agilité. Je vais même le faire en français et je ne suis pas habitué à ça : « Nous découvrons comment mieux développer des logiciels par la pratique et en aidant les autres à le faire ». Juste en regardant ça on voit que ces gens sont pragmatiques. Ils ne nous disent pas qu’ils ont déjà tout trouvé, qu’ils ont déjà tout inventé et que c’est fini, on ne peut plus en discuter. Ils nous disent : « On découvre, on fait par la pratique et on aide les autres à le faire ». Il y a cette idée de « on va apprendre en partageant ». C’est pour ça qu’on va trouver énormément de groupes, de réunions, de meet-ups qui vont se passer dans différents villes, dans différents lieux, pour partager sur ce qui marche, ce qui ne marche pas, ce qu’on a appris en faisant des choses et faire évoluer tout ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Avant que tu nous parles notamment du détail des quatre valeurs et aussi des principes, si je comprends bien, en fait on est passé quelque part d’un développement logiciel on va dire, entre guillemets « traditionnel » dans les années 80/90, avec un cahier des charges, un livrable des mois après et une sorte d’effet tunnel où, finalement, ce qui était livré ne correspondait pas à ce que les gens voulaient dès le départ, à une méthode de développement qui est plus itérative, plus incrémentale, plus adaptative avec une réaction par rapport aux attentes de la structure cliente ?

Alexis Monville : Exactement. En fait, c’est ça qu’ils ont appris dans les années 90 et c’est ça qu’ils ont voulu partager au travers du Manifeste en 2001.

Frédéric Couchet : D’accord. Tu nous a lu la première phrase du Manifeste et je précise qu’on mettra évidemment les références sur le site de l’April, april.oprg, et sur causecommune.fm. J’en profite pour rappeler que le salon web, si vous voulez réagir, c’est sur causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur #libreavous. Dans le Manifeste il y a quatre valeurs. C’est quoi ces quatre valeurs qui sont le socle ?

Alexis Monville : Ce socle est assez amusant parce qu’on voit quelle est la situation dans laquelle étaient les développeurs de ces méthodes dans les années 90. On le voit parce qu’ils présentent les valeurs en opposition avec autre chose, ils disent, en fait : « Ces expériences nous ont amenés à valoriser les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils. » Ça ne veut pas dire que les processus et les outils n’ont aucune valeur, mais ça veut dire que les individus et leurs interactions ont plus de valeur que ça. Ça c’est important parce qu’on s’est rendu compte que dans les méthodes qu’on dit parfois waterfall, etc.

Frédéric Couchet : Water quoi ?

Alexis Monville : Waterfall. L’idée c’était ce que tu as décrit en fait : on a une description de ce que l’on voudrait au départ et après ça vient cascade se faire, un joli Gantt chart – j’ai encore utilisé un mot super – comme un joli diagramme Gannt de gestion de projet à l’époque ; ça représente une très jolie cascade.
Les individus et leurs interactions étaient un peu écrasés par les processus et les outils qui étaient mis en place. C’était un peu ça l’idée. Ça c’est la première des valeurs.
Si on regarde ce qui se passe à partir de 2001, je peux décrire toutes les valeurs ou je peux commencer à décrire ce qui s’est passé à partir de 2001 et revenir un peu en arrière après.

Frédéric Couchet : Ce qui te paraît le mieux pour que les gens comprennent, c’est toi l’expert là-dessus.

Alexis Monville : Ce qui se passe à partir de 2001 c’est qu’on commence à entendre parler plus d’agile. Quand on commence à entendre parler plus d’agile, on l’entend par différents canaux et il y a un canal qui va vraiment avoir énormément d’impact, c’est un bouquin qui est écrit par un des signataires du Manifeste qui s’appelle Jeff Sutherland, qui est un des créateurs de la méthode Scrum. En fait, le bouquin s’appelle Faire deux fois plus en deux fois moins de temps [The Art of Doing Twice the Work in Half the Time].

Frédéric Couchet : On précise que Scrum c’est une des méthodes qui permettent de mettre en place l’agilité. C’est ça ?

Alexis Monville : C’est ça. En fait, cette promesse avec le titre de ce bouquin va avoir un impact incroyable. Faire deux fois plus en deux fois moins de temps, ça va avoir un impact incroyable. Ce qui est génial c’est que c’est faux, mais ça va super bien marcher auprès d’un large public de gens qui aimeraient bien pouvoir faire deux fois plus avec deux fois moins d’effort. Ça va vraiment lancer le mouvement de l’agilité mais sur une sorte de malentendu.

Frédéric Couchet : Sur une prémisse fausse quelque part.

Alexis Monville : Oui. Parce qu’en fait si la promesse c'était d’apporter deux fois plus de valeur aux utilisateurs avec deux fois moins d’effort, je pense que tout le monde serait d’accord, parce que je pense qu’on peut aller vers ça. Par contre, faire deux fois plus ce n’est pas le but.

Frédéric Couchet : Si je peux me permettre une intervention c’est peut-être justement ce qui a aussi généré beaucoup de réticence voire de rejet de cette notion, c’est justement le fait de faire deux fois plus par rapport au fait que tu insistes sur le fait de produire plus de valeur pour les individus.

Alexis Monville : Oui, Exactement. Je pense qu’en fait on est partis sur quelque chose qui était une sorte de malentendu et surtout, là maintenant, on est partis avec énormément de gens qui ont envie de passer à l’agilité. Quand il y a énormément de gens qui ont envie de quelque chose, ce qui se passe c’est que c’est une très belle opportunité pour lancer des produits.
On a parlé de services juste avant, dans la chronique d’avant, on peut dire des produits et des services. Du coup on va en lancer, ça va être une grande décennie de lancement de produits et de services qui vont mis en rayon puisqu’on va sortir des tas de choses pour vendre de l’agilité. Et on va t’en vendre en fonction de tes moyens : si tu as un euro, on va te trouver un truc à un euro ; si tu en a dix, on va te trouver des trucs à dix euros, on va te vendre un bouquin ; si tu en as 100, on va peut-être te vendre, je ne sais pas, une petite formation en ligne et si tu en as 1000 on peut même te vendre une certification. Tu pourras être certifié par rapport à une de ces méthodes agiles. C’est quand même merveilleux, deux jours et tu as un badge que tu peux mettre sur ton site. Un truc super !

Frédéric Couchet : Ça c’est la décennie 2000.

Alexis Monville : Ça c’est la décennie 2000 et un peu après, en gros ça va continuer jusqu’à à peu près 2015/2016 où on va continuer à avoir cette énorme demande d’agilité, cette énorme demande d’agile et on va avoir tous ces produits qui vont arriver jusqu’à des niveaux assez incroyables où les gens veulent transformer l’entièreté de leur organisation pour être agiles. Quand tu écoutes ce qu’ils te disent, tu te dis « ah oui, ils veulent être agiles, ils veulent être plus réactifs par rapport au marché, plus souples » et en fait ils sont passés où les individus et leurs interactions dans tout ça ? Elle est passée où l’adaptation au changement quand on fait des plans, des trains et des lancements de trucs qui sont assez énormes ? En fait, on a mis un peu de côté et on a du mal à retrouver les valeurs initiales du Manifeste dans ces grandes méthodes et ces grands frameworks sur lesquels on peut être certifié.

Frédéric Couchet : Framework c’est un cadre de travail on va dire.

Alexis Monville : Oui, excusez-moi.

Frédéric Couchet : C’est aussi un exercice pour moi ! En tout cas c’est intéressant de voir effectivement comment tu replaces les valeurs, les individus au centre de l’agilité alors que finalement, ce qui a été vendu par beaucoup de gens, ce n’est pas du tout ça.

Alexis Monville : Du coup, allons vite regarder les trois autres valeurs.
On a dit « les individus et les interactions plus que les processus et les outils, ça nous donne quelque chose ».
On a dit ensuite « des logiciels opérationnels plus qu’une documentation exhaustive ». Ça fait référence à quoi ? Ça veut dire que si j’écris des spécifications, qu’elles soient générales, détaillées, techniques, ce que l’on veut, et que j’ai 250 pages de spécifications, je vais faire énormément de travail, je vais être très actif à écrire des choses, mais je n’ai pas beaucoup de logiciel. Et quand mes utilisateurs lisent des spécifications, ils interprètent les choses comme ils le veulent. Ce sont les basiques de la communication. Si je leur montre un logiciel opérationnel et qu’ils peuvent jouer avec, ils vont comprendre des choses. Il y a des tas d’exemples qui sont hyper-évidents quand on les voit et quand on voit le logiciel, mais quand on lit les spécifications on ne comprend pas tous la même chose. Je vais vous donner un exemple tout bête, un truc de design de site web : l’équipe de design qui s’occupait de l’univers de la marque avait décidé qu’avant de rentrer dans une catégorie du site web il y aurait une petite animation graphique qui durerait 20 secondes, qui permettrait aux utilisateurs d’entrer dans l’univers de la marque. Si vous avez déjà été sur site web dans votre vie, vous savez que 20 secondes d’animation avant d’aller quelque part après avoir cliqué c’est peut-être exagéré.

Frédéric Couchet : C’est l’horreur !

Alexis Monville : Évidemment, dans les spécifications ça ne se voyait pas. Les designers qui ont travaillé sur une animation de 20 secondes, qui a quand même coûté une fortune pour la première catégorie, quand ils l’ont présentée à la première démo, évidemment les gens qui l’avaient demandé se sont rendu compte immédiatement qu’il y avait un problème. Évidemment, ils savaient très bien qu’ils l’avaient écrit dans les spécifications, qu’ils l’avaient validé. En fait, là l’idée c’était de collaborer pour savoir « c’est quoi la durée qui est acceptable ? » Et là c’est intéressant de travailler et de collaborer directement avec le client plus que de négocier et de dire « attends, c’est écrit dans les spécifications, nous on te les fait toutes comme ça et tu te débrouilles ». C’est ce qui nous permet d’introduire la troisième valeur : c’est la collaboration avec les clients plus que la négociation contractuelle. C’était évident pour l’équipe que, en fait, fabriquer des animations de 20 secondes qu’on n’utiliserait jamais c’était idiot ; collaborer avec le client pour savoir ce qu’est la bonne durée d’une animation qui nous permet de rentrer dans l’univers, est-ce qu’on doit l’afficher à chaque fois ou est-ce qu’on ne l’affiche que la première fois, etc. Il y avait des tas de questions qui pouvaient se poser ; quand on travaille avec le client assis à côté de soi c’est beaucoup plus facile de le faire. Donc collaborer avec le client c’est plus important que de faire tout ce qui est écrit dans les spécifications.
La dernière de ces valeurs c’est l’adaptation au changement plus que le suivi du plan. Je viens de l’évoquer avec cet exemple, c’est plus intéressant de s’adapter au changement que de suivre le plan. Dans l’exemple que je vous donne il y avait un contrat avec d’énormes pénalités de retard, tout était cadré très serré, ça coûtait très cher de faire ce site et pourtant ils ont trouvé le moyen de s’entendre et de s’adapter au changement. Il y avait quand même quelqu’un qui s’occupait de faire les révisions contractuelles toutes les deux semaines, c’était assez terrible pour cette personne, mais c’était intéressant de voir que même dans un cadre très contraint ils ont réussi à aller vers plus de collaboration et plus d’adaptation au changement.
Voilà les quatre valeurs. C’est cette idée, en fait, qu’on a toujours un peu de mal à se comprendre et pour collaborer et faire collaborer des gens qui ont différentes fonctions, qui viennent de différents horizons, eh bien ce n’est pas forcément si facile. Il faut avoir cette intention de le rendre possible et ce n’est pas dans le contrôle qu’on va la fabriquer, c’est dans chercher cette entente et accepter ces feed-backs, ces retours directs du client et s’adapter à tout ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais répéter les quatre valeurs si je les ai bien notées :
collaboration avec le client plutôt que négociation et contrat ;
réaction au changement plutôt que le suivi d’un plan ;
le logiciel ou en tout cas un produit plutôt fonctionnel plutôt qu’une documentation complète ;
et la quatrième ce sont les personnes enfin les individus et les interactions plutôt que les processus et les outils.
Ce sont les quatre valeurs.

Alexis Monville : Oui, absolument.

Frédéric Couchet : Je précise à William, en régie, que j’ai un retour bizarre de grésillement dans le casque, ce n’est pas très grave, c’est juste que si ça passe à l’antenne, n’hésitez pas à le signaler sur le salon web.
Dans tout ceci, en fait, il y a une notion qui semble apparaître c’est celle de changement, de transformation : comment on peut initier un changement et une transformation pour se mettre à mettre en place, en action, ces quatre valeurs de l’agilité et les principes qui vont avec ?

Alexis Monville : La question c’est d’où on part et où est-ce qu’on veut aller. Un des points importants c’était de se dire « on s’intéresse aux individus et à leurs interactions, on va collaborer avec une équipe qui a diverses compétences et diverses perspectives et on va collaborer avec le client, avec les utilisateurs eux-mêmes du logiciel ». On part du principe que les utilisateurs du logiciel ne sont pas les développeurs du logiciel. C’est un des points qui est toujours compliqué : quand l’utilisateur du logiciel c’est le même que le développeur du logiciel, on peut prendre des raccourcis qu’on ne peut pas prendre quand on a à faire à un utilisateur pour qui on est relativement proche de la magie quand il utilise quelque chose. Il sait ce qui se passe derrière. Il y a ces choses-là qui viennent dedans.
Comment on met en place les choses ? Je pense qu’on met en place les choses en s’accordant sur l’objectif que l’on veut atteindre. Ça c’est vraiment un truc important. C’est là où le « deux fois plus en deux fois moins de temps » n’est pas suffisant. Il faut s’accorder sur l’objectif que l’on va atteindre et quel l’impact ça va avoir pour les différentes parties prenantes, pour les gens qui sont impliqués là-dedans.
On pourra peut-être y revenir. Ce qui me paraît assez intéressant c’est qu’à partir de 2015/2016 certains des signataires du Manifeste agile vont dire que l’agile est mort. C’est-à-dire après, en gros, 15 ans de produits et de services vendus, de certifications, de formations, de tas de trucs, de grandes transformations, de grands cadres de travail vendus, ils vont dire « c’est mort ! En fait ça n’a pas marché, on a échoué. C’est devenu de nouveau très compliqué, et c’est devenu de nouveau quelque chose qui n’aide pas les gens. »
Il y a une partie des signataires qui vont aller dans ce sens-là. Il y a une autre partie des signataires qui vont dire « ce n’est pas ça le problème. Le problème c’est ce qu’on en a fait, c’est cette productisation qu’on en fait qui n’est pas bonne. Mais si on revient aux valeurs, on peut vraiment permettre aux gens, aux personnes de vraiment collaborer ». En fait, c’est en revenant aux valeurs et aux principes qu’on peut permettre aux gens de collaborer. Et c’est là où je trouve que c’est vraiment intéressant. C’est ça qui m’intéresse après. Ce ne sont pas tellement les différentes pratiques et outils qui existent, c’est de retourner aux valeurs et de se poser des questions. Un exercice que peuvent faire les gens c’est d’aller voir le Manifeste pour le développement agile des logiciels, regarder les douze principes sous-jacents au Manifeste et se poser la question « nous, dans notre équipe, quelles sont les choses que l’on fait déjà, quelles sont les choses avec lesquelles on est d’accord et quelles sont les choses avec lesquelles on n’est pas d’accord ? Ou quelles sont les choses qu’on aurait envie de faire et qu’est-ce qu’on pourrait essayer pour aller dans cette direction-là ? »
Je pense que c’est là qu’on peut initier un vrai changement qui est un vrai changement durable.

Frédéric Couchet : D’accord. En fait ces règles et ces principes, finalement ce sont plus des sources d’inspiration que des règles à suivre formellement. Ça me fait penser à une méthode de développement qui a eu beaucoup de succès il y a quelques années, qui en a sans doute beaucoup, c’est Getting Things Done, GTD, je ne sais plus comment ça se traduit en français, c’est moi qui m’auto-piège, que les choses soient faites avec de très nombreux principes et en fait tellement trop de principes à suivre strictement que ça n’a pas fonctionné. En fait ce sont plutôt des inspirations, des sources d’inspiration et chacun doit avoir sa propre vision et quelque part sa propre interprétation de l’agilité, en gros. C’est bien ça ?

Alexis Monville : oui. Si je prends un autre exemple qui est un exemple classique, il y a des raccourcis que certains vont faire en disant « l’agilité ce sont des gens qui collent des post-it sur les murs. »

Frédéric Couchet : Oui, c’est vrai !

Alexis Monville : Oui, c’est un bon truc, du coup il faut mettre un petit « r » derrière le post-it sinon ce n’est pas bon, mais est-ce que ce sont vraiment des gens qui vont coller des petits papiers autocollants sur des murs ? Pourquoi certains font ça ? Pourquoi ils font ça ? C’est qu’ils trouvent pratique, comme ils sont une équipe colocalisée qui travaille dans la même pièce, d’avoir sur un mur leur plan de travail et de savoir ce qu’ils ont à faire, ce qui est en cours et ce qu’ils ont terminé parce que c’est quand même sympa de célébrer ce qui est terminé. D’avoir ça visuellement pour tous, en permanence, c’est quand même super pratique, donc voilà pourquoi ils font ça. Qu’est-ce qu’ils vont faire aussi ? Eh bien par exemple le matin ils vont tous se réunir en face de ce board et ils vont partager ce qu’ils ont fait hier, ce qu’ils ont appris, ce qu’ils ont comme difficultés, en quoi ils auraient besoin d’aide et qu’est-ce qu’ils ont prévu de faire aujourd’hui. Qu’est-ce que ça va leur permettre ? Ils ont un temps de synchronisation qui leur permet de vérifier qu’ils sont tous toujours alignés dans la même direction et puis d’identifier les besoins de collaboration : « Toi tu as une difficulté avec ce truc-là, moi je connais bien ce domaine, peut-être qu’on peut faire un peu de pair programming pour essayer de trouver ». Ou : « Peut-être que là il y a une technologie qui est complexe, toi tu as travaillé à essayer de l’apprendre et à essayer de comprendre, eh bien peut-être que pour cette fonctionnalité on pourrait faire du world programming, travailler tous ensemble, un clavier et toute l’équipe avec un écran pour mettre en place cette fonctionnalité, comme ça on va apprendre cette nouvelle technologie, cette nouvelle interface de programmation, etc. » Donc on va identifier, grâce à ce temps de synchronisation, des opportunités de collaboration, des opportunités d’apprentissage, des opportunités de s’entraider.

Frédéric Couchet : D’accord.

Alexis Monville : Ça, ça marche, je suis dans une équipe colocalisée. Donc je colle des post-it sur des murs, je me réunis devant un board et ça marche super bien. Ce sont des pratiques qui sont super pour rester synchronisés. Si je suis une équipe distribuée, ça n’a pas de sens et pourtant je pourrais aussi avoir un temps de synchronisation.

Frédéric Couchet : OK. Je propose de parler de la suite après la pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va se faire une petite pause. On va écouter El jefe par San Blas Posse. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commue, la voix des possibles.

Pause musicale : El jefe par San Blas Posse.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter El jefe par San Blas Posse, disponible sous licence libre Creative Commons Partage à l’identique. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de Cause commune, causecommune.fm. J’espère que vous avez dansé comme nous, en tout cas moi j’ai dansé !
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix de possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Je suis Frédéric Couchet le délégué général de l’April.
Nous discutons actuellement avec Alexis Monville de la société Red Hat du thème de l’agilité et du logiciel libre. Je précise que vous pouvez aussi nous rejoindre sur le salon web de la radio, causecommune.fm, bouton « chat » et vous allez sur le salon #libreavous. Il y a des gens qui interagissent. Vous pouvez poser des questions ou faire des réactions.

Je disais que juste avant la pause musicale que nous parlions d’initiation au changement, à la transformation avec la méthode agile et Alexis nous parlait de la question de synchronisation notamment dans les équipes distribuées, c’est-à-dire les équipes qui ne sont pas au même endroit, ce qui va nous permettre de revenir un petit peu sur le logiciel libre, comment certaines, on va dire approches agiles, peuvent bénéficier au logiciel libre.
Je voudrais relancer le sujet sur la synchronisation en équipe distribuée. C’est quoi les bonnes pratiques ou peut-être les méthodes, les conseils que l’agilité propose pour ces équipes distribuées ? Alexis Monville.

Alexis Monville : Merci Frédéric. J’en profite pour dire qu’il y a des gens qui demandent des photos de toi en train de danser sur la musique, sur le salon.

Frédéric Couchet : J’ai vu !

Alexis Monville : OK ! J’avais peur que tu n’aies pas vu. C’est important.
Ce qui est important quand on est une équipe distribuée c’est de partager un petit peu des choses sur ce qui se passe dans son environnement à soi qui est souvent son environnement chez soi. D’ailleurs merci à tous de nous accueillir chez vous puisque, à priori, on est tous chez nous en ce moment, ce qui est un autre sujet qu’on pourra aborder.
Si on regarde les principes et les valeurs du Manifeste agile, il n’y a pas de pratiques qui sont recommandées pour la synchronisation. On dit juste qu’en fait ce serait bien si vous travailliez tous les jours, quotidiennement ensemble.

Frédéric Couchet : D’accord.

Alexis Monville : Comment ? Il y a des équipes qui vont trouver des façons de faire. Et ce qui est amusant c’est qu’en fonction des équipes et des gens, en fonction de qui ils sont, ils vont trouver des façons différentes de faire. J’ai vu des équipes qui sont vraiment distribuées sur énormément de time zones.

Frédéric Couchet : Zones horaires différentes.

Alexis Monville : En fait elles ont très peu de zones de recouvrement dans toute l’équipe, voire pas du tout. Pour certains, la solution qu’ils ont trouvée, c’est d’avoir deux rendez-vous de synchronisation dans la journée avec des gens qui font les deux et qui font le lien entre les différentes personnes des différents fuseaux horaires. OK ! Si ça marche pour eux, c’est chouette !
Il y a d’autres équipes qui se sont dit « en fait nous on ne peut pas avoir de périodes de recouvrement ». Ce qu’ils vont faire c’est qu’ils vont avoir un fichier, souvent un étherpad, et ils vont utiliser cet étherpad comme leur lieu de synchronisation.

Frédéric Couchet : On précise juste qu’un étherpad c’est une sorte de bloc notes en ligne où tout le monde peut modifier le texte sur une page web.

Alexis Monville : Oui, absolument. Donc ils vont utiliser ça, ça va être leur point de rendez-vous et ils vont répondre au même genre de questions que l’on a évoquées tout à l’heure pour les gens qui se réunissaient devant leur tableau avec des étiquettes collantes.
Ces équipes vont trouver des moyens de faire des choses qui sont soit la synchronisation, soit la collaboration. Eh bien oui, quand on fait du pair programming et qu’on est dans le même bureau, on peut s’asseoir derrière le même clavier, le même écran. Quand travaille chacun de chez soi il va falloir trouver d’autres techniques pour le faire, il y a plein de techniques pour faire du pair programming.

Frédéric Couchet : Explique juste en deux mots ce qu’est le pair programming, s’il te plaît.

Alexis Monville : Le pair programming, on a deux développeurs qui vont travailler avec un clavier, un écran.

Frédéric Couchet : D’accord.

Alexis Monville : Généralement, quand on est un manager, on a du mal à accepter que ça va être vraiment super comme idée. Mais quand on a déjà essayé de faire quoi que ce soit à deux plutôt qu’à un, on comprend vite quel va être le bénéfice. La meilleure approche que j’ai pour apprendre à des managers que ce n’est pas mal de faire comme ça, c’est quand ils ont un courrier difficile à écrire ou une note difficile à écrire ou un e-mail difficile à écrire, c’est de se mettre à deux pour l’écrire. On va voir qu’en fait on va écrire quelque chose qui est bien meilleur, plus vite. Pourquoi ? Parce qu’on a cette boucle de feed-back, cette boucle de retour, ces yeux additionnels qui vont nous permettre d’aller beaucoup plus vite.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vois que le temps file et c’est quand même une émission qui est consacrée aux libertés numériques, je voudrais qu’on parle un peu du parallèle que tu peux faire avec le logiciel libre, les questions de comment certaines approches agiles peuvent bénéficier au logiciel libre. Déjà est-ce que tu vois un parallèle entre l’agilité et le logiciel libre, vu de ton expérience sur les deux sujets ?

Alexis Monville : Il n’y a déjà rien qui les oppose en fait, ça c’est déjà un truc qui est important. L’importance des utilisateurs est importante dans les deux parties.
Je sais que satisfaire l’utilisateur c’est une notion un peu bizarre, souvent, mais le fait que les utilisateurs et les développeurs travaillent ensemble et qu’on va s’intéresser à satisfaire leurs besoins c’est quelque chose qui est intéressant, quelque chose qu’on retrouve dans le logiciel libre en se disant « je vais avoir un logiciel qu’on va pouvoir adapter à nos besoins ». Ça c’est intéressant.
Un des points que l’on voit sur les premiers logiciels libres qui ont vraiment eu beaucoup de succès c’est que les utilisateurs étaient les développeurs. Ils n’avaient pas ce problème d’avoir cette distance entre l’utilisateur et le développeur. Je crois qu’il y a beaucoup de choses qu’on va trouver dans l’approche agile qui aident à créer ce pont entre les utilisateurs qui ne sont plus les développeurs du produit et qui vont aider les développeurs qui veulent faire du Libre à se rapprocher de leurs utilisateurs. Ça c’est un deuxième pont que je vois.

Frédéric Couchet : Juste préciser sur ce pont-là qu’il y a une distribution logicielle libre bien connue, qui s’appelle Debian GNU/Linux, qui a un contrat social et dans le contrat social, je l’ai sous les yeux, le quatrième point c’est « nos priorités sont nos utilisateurs et utilisatrices et les logiciels libres ». Ça regroupe ce que tu viens de dire.

Alexis Monville : Exactement. C’est pour ça que je ne vois pas d’opposition, je ne vois que des points qui pourraient les rapprocher. Et quand après on s’intéresse aux pratiques, aux différentes méthodes, il y a plein de choses qui sont intéressantes. Quand on se dit « c’est quoi un utilisateur ? » C’est quoi un utilisateur quand on regarde un peu les idées ? Qu’est-ce que l’Impact mapping par exemple, les cartes d’impact introduites par Gojko Adzic. Qu’est-ce que c’est qu’une user story ? Il y a des choses qui sont très intéressantes à regarder dans ce domaine-là.
Quand on regarde les pratiques d’ingénierie qui sont souvent associées aux méthodes agiles comme le TDD. Le TDD c’est un bon exemple. Comment on traduit TDD, Test-Driven Development ?

Frédéric Couchet : Du développement piloté par les tests.

Alexis Monville : Piloté par les tests, voilà. Ça ce sont des pratiques qu’on retrouve dans pas mal de logiciels libres aujourd’hui parce que c’est quand même vraiment beaucoup plus pratique de comprendre, de vraiment comprendre la fonctionnalité en fabricant le test qui va permettre de la développer. Et ça va vraiment permettre de créer le minimum de code pour satisfaire la fonctionnalité.
C’est un truc important la simplicité, parce que la simplicité ça va aider à maintenir et ça va aider à modifier le code par la suite.

Frédéric Couchet : D’accord. Dans le développement logiciel libre, comment certaines approches agiles peuvent bénéficier au logiciel libre en général, donc au développement, aux utilisateurs et utilisatrices ?

Alexis Monville : J’ai pris l’exemple de comment on décrit les utilisateurs avec différents personas. Identifier les différents utilisateurs d’un produit ça permet de ne plus les confondre et de ne pas être confus. Par exemple une confusion classique, c’est celui qui va opérer le logiciel, donc qui va s’occuper de gérer le logiciel quand il tourne et celui qui va utiliser le logiciel à un autre niveau. Ce ne sont pas les mêmes, ils n’ont pas besoin des mêmes choses. Il y en a un qui va s’intéresser à regarder le moteur pendant qu’il tourne et il y en a un qui va utiliser le résultat du moteur. Ce n’est pas la même chose et ils n’ont pas besoin des mêmes choses. C’est comme votre mécanicien quand il regarde votre voiture, il n’a pas besoin de regarder les mêmes choses que vous quand vous la conduisez. C’est intéressant de distinguer les deux utilisateurs, parce que si on n’en a qu’un on va donner à celui qui conduit la voiture des tas d’indications qui ne vont lui servir à rien. Même si on a encore des indications de température d’eau du moteur ou d’huile du moteur sur certaines voitures, il y a assez peu de gens qui les utilisent à part quand ça devient rouge. C’est la même chose dans les logiciels. Donc identifier les personas et comprendre ce qui va vraiment avoir de l’impact pour eux, je pense que ce sont des choses qui sont intéressantes.
Ça ce sont des petites pratiques. Dans les principes ça va être de se dire « je vais présenter un résultat qui fonctionne et je vais demander aux gens de me dire ce qu’ils en pensent ». Ça, ça rejoint pas mal de principes du logiciel libre. On le voit parfois, on le sent parfois un peu oublié dans certains logiciels où les gens essayent d’avoir un gros impact et de sortir un gros truc d’un coup. En fait, on n’est pas très sûr que ça résolve bien le problème que l’on voulait résoudre.

Frédéric Couchet : Tout à l’heure tu as parlé des users story, ce sont les récits d’utilisation, c’est peut-être quelque chose qui peut être important aussi dans le cadre du logiciel libre, parce qu’en fait une histoire d’utilisation c’est comment une personne va décrire ce dont elle a besoin et comment, ensuite, derrière ça va être mis en œuvre, mais la personne décrit le besoin. Quand tu parlais tout à l’heure des utilisateurs et des utilisatrices, l’important c’est que le logiciel soit utilisé par ceux auxquels c’est destiné.

Alexis Monville : Ça a deux bénéfices. Un premier bénéfice c’est qu’on va s’intéresser à l’impact que ça va avoir pour l’utilisateur. Avant de dire ce que l’on veut faire, c’est-à-dire la tâche ou la fonctionnalité qu’on veut avoir, on va s’intéresser à quel est l’impact pour l’utilisateur. Si je prends un exemple de tout à l’heure qui était donné dans la chronique du début, moi, en tant qu’utilisateur, je voudrais pouvoir mettre de côté une page web pour pouvoir la lire plus tard. De quoi j’ai besoin pour faire ça ? Est-ce que j’ai besoin d’un service centralisé quelque part, d’un endroit où je ne sais pas où il est pour pouvoir faire ça ? Peut-être que oui ou peut-être que non, mais la fonctionnalité elle-même n’a aucun rapport avec mon besoin. Il va y avoir des tas de façons de répondre à mon besoin. C’est pour ça, en fait, que c’est intéressant d’abord de regarder vraiment l’impact pour l’utilisateur avant de se poser la question de quelle fonctionnalité je vais faire. Après on peut regarder pour qui, les autres parties prenantes, par exemple pour le constructeur du logiciel ou pour l’entreprise qui va gérer le logiciel, quels sont les bénéfices pour eux d’une certaine fonctionnalité. On va pouvoir comprendre pourquoi certaines entreprises font certains choix. C’est pour ça que je recommande vraiment de regarder l’impact pour l’utilisateur d’abord. Ça c’est une pratique importante.

Frédéric Couchet : D’accord. Toi tu as commencé l’agilité, notamment dans une société qui a peut-être dix ou quinze personnes, je parle de eNovance.

Alexis Monville : Oui.

Frédéric Couchet : Maintenant tu es chez Red Hat où il y a quelques milliers de personnes je pense. Première question : finalement l’agilité c’est à la fois pour les grandes équipes et pour les petites équipes ? Deuxième question, un peu liée, qu’est-ce que ça change de faire de l’agilité entre une petite équipe telle que tu as pu le faire chez eNovance ou dans d’autres structures ou dans une grande équipe telle que Red Hat ?

Alexis Monville : En fait, je pense que le point important c’est qu’on n’est pas très doués pour travailler à plus d’un certain nombre. Je pense que l’être humain n’est pas très vieux en termes d’évolution, ce qui fait qu’on a des fonctions qui évoluent lentement, il y a des choses qui sont câblées depuis longtemps en nous. Quand on veut travailler de manière proche avec des gens, notre groupe de travail est généralement de pas plus de 12 personnes. Et ça, ça rejoint un peu la taille d’une bande que l’on pouvait avoir dans les premiers humains quand ils se baladaient pour faire de la cueillette et de la chasse. Les tribus faisaient à peu près une centaine de personnes. En fait, on retrouve cette taille d’équipe à l’échelle des entreprises. C’est aussi pour ça que quand les entreprises grandissent, souvent on entend les startups dire « au-delà de 15 personnes c’était compliqué, il a fallu complètement réinventer l’organisation ». Quinze personnes ce n’est pas grand ! En fait, on vient de dépasser la taille de la bande initiale. Ils vont redire la même chose quand ils vont dépasser 30, 50, et puis quand ils vont arriver à 100 et quand ils vont arriver à plus de 100 ils vont dire « c’est comme si on était une grande entreprise maintenant, il n’y a pas de différence ». En fait, dès qu’on dépasse la taille de la tribu, ça devient compliqué de se connecter avec les gens qui sont à côté. Pourquoi ? Parce qu’on n’a plus forcément la même notion d’appartenance et de contribution à ce que la tribu, dans son ensemble, essaie de faire.
Quand on parle d’agilité, on peut en parler à différentes tailles. Je crois que ce qui marche vraiment, ce qui est vraiment intéressant, c’est quand on en parle dans l’équipe avec laquelle on collabore toute la journée. C’est là où ça marche vraiment.
Après il faut avoir conscience qu’il y a d’autres équipes autour de nous qui vont essayer d’aller dans un but commun. Il faut se poser la question « c’est quoi ce but commun ? » C’est là qu’il faut avoir des objectifs de plus grand niveau, qui vont sûrement être à l’échelle de la tribu, qui vont permettre à toutes les équipes de se dire « OK ! Si c’est ça nos objectifs au niveau de la tribu, comment nous, notre équipe, on va contribuer à ça ? » C’est ça qu’on essaye de mettre en place. On essaye de présenter des objectifs, d’avoir des grands résultats clefs qui ont un impact sur les utilisateurs, pour permettre à toutes les petites équipes de se dire « OK, moi comment je contribue à ça ? » et de publier ce qu’elles vont faire. Voilà. Nos contributions à ça, ça va être ça. Ça va être ça notre position et on a des connexions à faire avec d’autres équipes parce qu’on a des dépendances entre nous, donc il faut qu’on aille dans le même sens, mais on va s’organiser pour gérer ces dépendances ». Et si on fait ça, eh bien on peut aller à n’importe quelle taille.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc même chez Red Hat, on reconstruit quelque part des petites tribus si j’ai bien compris.

Alexis Monville : Oui. On se rend compte que dès qu’on dépasse la taille d’une tribu c’est compliqué, donc il faudrait mieux avoir deux tribus. On n’utilise pas forcément ce vocabulaire-là, je l’utilise là parce que je trouve que c’est plus pratique, c’est plus parlant, mais c’est un peu ce qu’on retrouve.

Frédéric Couchet : D’accord. Comme tu parles de petit nombre, ça me fait penser à une question avec l’actualité. Comment on vit l’agilité ou est-ce que l’agilité peut apporter quelque chose dans cette période de confinement de la population mondiale quasiment ? pas totalement mondiale, mais il y a quand même beaucoup de pays où il y a du confinement maintenant. Dans ce contexte-là, c’est quoi l’agilité ?

Alexis Monville : En fait on va revenir à la première valeur du Manifeste agile. Qu’est-ce qu’elle nous dit ? Elle nous dit que les individus et leurs interactions sont plus importants que les processus et les outils. Ça veut dire que les processus et les outils qu’on a en place aujourd’hui doivent servir les individus et leurs interactions. Moi j’ai été épaté de voir le nombre de gens qui m’ont contacté sur la messagerie instantanée, par messagerie électronique pour me parler, pour me demander juste comment ça allait. Je trouve ça magique, je trouve ça super intéressant. Du coup, on a aussi utilisé la technologie pour faire des trucs : mes enfants sont à Paris pendant que je suis à Bordeaux. On essaye de faire des dîners en ligne avec eux et c’est plutôt marrant. On fait des dîners avec des amis ou des apéros avec des amis, on en a un tout à l’heure, et je trouve ça plutôt marrant de se dire « oui, on est séparés physiquement, mais il ne faut pas qu’on oublie qu’on est des êtres qui avons besoin de cette interaction sociale » – même si je suis un peu introverti, j’ai besoin de cette interaction sociale – et, à un moment donné, il faut s’organiser pour le faire. Je pense que c’est cette idée que la collaboration n’est pas automatique, en fait elle doit être intentionnelle et pour la mettre en place il faut mettre en place une sorte de cadre de collaboration et de temps à autre il faut réfléchir à ce cadre de collaboration pour essayer de voir ce qui fonctionne, voir ce qui pourrait être amélioré et faire évoluer ce cadre de collaboration. Je pense que c’est un des grands points de l’agilité de se dire, à intervalles réguliers, on va réfléchir à ce qui marche, ce qui ne marche pas et on va l’améliorer. La collaboration c’est intentionnel.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise qu’il va nous rester à peu près cinq minutes au maximum. Je précise aux gens qui écoutent que si vous entendez des bruits bizarres derrière c’est mon fils qui fait du hautbois. Je ne sais pas si ça s’entend, même s’il n’est pas à côté de moi.
Avant les questions de conclusion, je crois que tu voulais parler un petit peu de diversité d’agilité. C’est bien ça ?

Alexis Monville : En fait, c’est un point qui me préoccupe beaucoup. On se rend compte depuis plusieurs années qu’on a un problème dans l’informatique en général et dans le logiciel libre en particulier, c’est sur la diversité des gens qui s’intéressent au sujet, qui contribuent. On voit dans les entreprises de la technologie aux États-Unis et dans le monde entier qu’on a un gros problème de diversité. On met souvent en cause la formation en disant « s’il y a 80 % d’hommes dans les formations de computer science, forcément il ne peut pas y avoir moins de 80 % d’hommes dans les entreprises de Tech. Ce qui est un problème c’est que ce n’est pas complètement vrai parce qu’il y a quand même maintenant plusieurs universités où ils sont à 50/50. Pourtant, dans les entreprises de la Tech, il y a des entreprises qui sont à moins que ça. Dans certaines communautés du Libre on est encore à moins, moins que ça. Ce problème de diversité – je parle du genre, mais il y a d’autres aspects de la diversité qui sont importants – c’est un vrai problème pour la collaboration, pour l’innovation et c’est un point sur lequel il faut vraiment être aussi intentionnel, se dire « qu’est-ce que je vais faire pour changer cet état-là ? Qu’est-ce que je vais faire pour changer cette situation ? Et qu’est-ce que je vais faire pour être plus inclusif, pour inclure mieux les gens qui sont différents de moi ? » Parce que si on est différents, on va avoir des points de vue différents, on va penser différemment et si on pense différemment ça va sûrement frotter un peu, mais on devrait en sortir des choses plus intéressantes.

Frédéric Couchet : D’accord. Merci.
Les deux dernières questions : la première, question assez traditionnelle maintenant : pour conclure, quels sont les éléments clefs à retenir de cette émission en moins de deux minutes, Alexis ?

Alexis Monville : La collaboration c’est intentionnel et si vous voulez initier un changement, un exercice que je vous recommande c’est d’aller voir les principes sous-jacents au Manifeste agile et vous poser la question « qu’est-ce qu’ils représentent pour vous ? » Quand vous vous êtes posé cette question, allez voir vos collègues dans votre équipe en disant « qu’est-ce que ça représente pour nous ? Quel est celui sur lequel on a envie de tenter quelque chose, d’expérimenter quelque chose ? » Je ne dis pas que ça va forcément être incroyablement un succès, mais vous aurez au moins expérimenté quelque chose et ça c’est un premier pas vers le changement. Ça ce serait vraiment le truc que je voudrais retenir c’est : on peut expérimenter, on peut essayer des choses et allons-y ! C’est par nous que commence le changement. Ça c’est moins de deux minutes, donc c’est bon, c’est le gros le truc que j’aimerais qu'on puisse faire : c’est pas nous que commence le changement.
C’était quoi ta deuxième question ? Je l’ai oubliée.

Frédéric Couchet : Je ne l’ai pas encore posée. [Rires]. C’est la question bonus : est-ce que tu aurais, je ne sais pas, des conseils de lectures, de séries, de podcasts, pour les personnes qui nous écoutent ? Pas du tout forcément en lien avec le logiciel libre ou avec l’agilité, un coup de cœur à partager.

Alexis Monville : Il y a deux livres que j’ai bien aimés. Il y en a un que j’ai lu récemment que j’ai bien aimé. Il y en a un qui s’appelle The Art of Gathering de Priya Parker. Je sais que proposer un bouquin sur l’art de se réunir à une époque où on ne peut pas se réunir c’est un peu paradoxal, mais c’est un bouquin que j’ai beaucoup aimé, ça m’a rappelé un dîner TEDx, ça m’a amusé, j’ai écrit un article là-dessus et j’ai mis une photo de toi dedans.

Frédéric Couchet : Oui, j’ai vu.

Alexis Monville : C’est un bouquin super intéressant parce que ça nous rappelle les principes de comment on se réunit, pourquoi on se réunit et ça donne envie de le faire en ligne même quand on ne peut pas le faire. Je trouve ça intéressant.
Il y a un deuxième bouquin que j’ai bien aimé qui s’appelle Talking to Strangers de Malcolm Gladwell. J’ai bien aimé ce bouquin parce qu’il y a beaucoup de gens qui vous disent qu’instantanément ils sont capables de se faire une opinion sur les gens et qu’ils savent comment sont les gens, ils savent les lire instantanément. Talking to Strangers explique vraiment bien pourquoi ce n’est pas vrai et ça c’est super important parce que, du coup, ça permet de se dire « je n’aime pas trop cette personne, je devrais faire un petit effort pour essayer de la connaître un peu mieux », parce que c’est probablement là qu’est le problème. Du coup c’est intéressant.
Et puis podcast, si, j’ai un podcast que j’aime beaucoup, qui m’amuse énormément, ça s’appelle Command Line Heroes, c’est Saron Yitbarek qui fait un boulot extraordinaire de narration. Ça parle d’ailleurs un peu des origines du logiciel libre au départ, la quatrième saison est sur le matériel. Le deuxième ou le troisième épisode est très drôle parce qu’il parle du Altair 8800 et ça parle aussi du moment où le logiciel va devenir quelque chose qui est quelque chose qu’on pourrait peut-être vendre. Je trouve ça très intéressant de se replacer au début de l’histoire où le logiciel n’est pas encore soumis au copyright, où ce n’est pas encore arrivé en fait. Je trouve ça très amusant. Je vous recommande cet épisode-là, entre autres, de Command Line Heroes.

Frédéric Couchet : D’accord. On mettra les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm. Pour les personnes qui veulent prendre et relire les valeurs, les principes agiles dont vient de parler Alexis, la page Wikipédia les liste. Méthode agile, page Wikipédia, vous trouverez la lecture conseillée par Alexis Monville.
Alexis je te remercie grandement de cette participation à cette émission à distance. Je rappelle, Alexis, que tu es membre de l'équipe de leadership de l'engineering chez Red Hat. Je te souhaite une belle fin de journée et à bientôt.

Alexis Monville : Merci beaucoup Frédéric. À bientôt. Merci à tous.

Frédéric Couchet : Merci à toi.
On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

On va écouter Requiem for a fish. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Requiem for a fish par The Freak Fandango Orchestra.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Requiem for a fish par The Freak Fandango Orchestra. Aujourd’hui on a choisi des musiques qui bougent parce qu’il faut bouger. C’est disponible sous licence libre Creative Commons Attribution Partage à l’identique. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix de possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer mainetenant au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Le libre fait sa comm’» d'Isabella Vanni sur le projet du jeu du Gnou, avec une interview de mohican, bénévole à l'April

Frédéric Couchet : Parler d’actions de type sensibilisation menées par l’April, annoncer des évènements libristes à venir avec éventuellement des interviews de personnes qui organisent ces évènements, c’est la chronique « Le libre fait sa comm’ » de ma collègue Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsables projets à l’April.
Isabella va nous parler aujourd’hui avec mohican, bénévole à l’April, du jeu du Gnou. Je leur passe la parole. C’est à toi Isabella.

Isabella Vanni : Merci Fred. Bonjour à toutes et à tous. J’espère que vous m’entendez bien. Je voulais déjà savoir si mohican est avec nous.

mohican : Oui, Bonjour. Vous m’entendez ?

Isabella Vanni : Le son est très faible, mais perso je t’entends. On va essayer de faire notre échange. Merci tout d’abord d’être avec nous aujourd’hui, d’avoir accepté notre invitation. Pour commencer je te propose de te présenter et de nous dire comment et quand tu es devenu bénévole à l’April et plus particulièrement au sein du groupe Sensibilisation ?

mohican : Je suis mohican. En fait ça faisait un moment que je suivais les publications de l’April et quand j’ai vu qu’il y avait une réunion de ce groupe Sensibilisation je suis venu voir puisque moi je fais déjà, à ma petite échelle, de la sensibilisation auprès du grand public, j’ai un blog qui s’appelle « Libère ton ordi » qui est consacré à ça. Quand j’ai vu que l’April commençait à travailler sur un projet de jeu, ça m’a intéressé d’autant plus que j’ai moi-même inventé des jeux à une certaine époque.

Isabella Vanni : Très bien. Donc tu as lié deux grandes passions. Je suis l’animatrice du groupe de travail Sensibilisation de l’April, j’aimerais que ce soit toi à nous en dire plus sur le jeu du Gnou. En quoi ça consiste ? En quoi il s’agit, par exemple, d’un jeu coopératif et d’un jeu pédagogique ?

mohican : L’objectif du jeu c’est évidemment la sensibilisation. On s’est dit que pour sensibiliser aux notions de logiciel libre, c’était important que le jeu ait lui-même une forme, bien sûr il est sous licence libre, mais au-delà de ça, en fait il promeut aussi la coopération puisque c’est une des valeurs du Libre. Donc on en a fait un jeu coopératif où tous les joueurs qui sont autour de la table forment une même équipe et vont pouvoir s’entraider pour atteindre l’objectif du jeu.

Isabella Vanni : En fait il s’agit d’un jeu de plateau, c’est-à-dire qu’on a un pion unique qui représente l’équipe de toutes les personnes qui participent. Le jeu a évolué, on a aussi rajouté pas mal de quiz. En fait c’est un jeu de plateau avec des choses qui peuvent se passer, des questions auxquelles il faut répondre. C’est à travers ce jeu de quiz qu’on en apprend plus sur les enjeux numériques et sur ce qu’on peut faire pour se protéger.

mohican : La partie coopérative du jeu peut se faire de deux façons différentes. Comme tu l’as dit, il y a des quiz auxquels les joueurs doivent répondre. Il y a un joueur qui tient la carte avec la question dessus, mais les autres joueurs peuvent l’aider, ils peuvent donner leur opinion et essayer de l’aider à répondre à la question. C’est la première façon de faire. La deuxième façon de coopérer dans ce jeu : au fur et à mesure qu’on progresse sur le parcours, on tombe sur des cases « danger » et on peut acquérir des protections contre ces dangers. En fait, la coopération peut se faire lorsque par exemple un joueur arrive sur une case « danger » pour laquelle il n’a pas de protection, mais si un autre joueur de l’équipe a une protection il peut tenter de la lui transférer. Donc c’est en ça que ça devient aussi coopératif.

Isabella Vanni : Exactement. C’est le transfert de la protection qui a beaucoup plu aux bénévoles de l’Ubuntu Party en novembre dernier. Ils nous ont vraiment complimentés pour cet aspect du jeu. Est-ce que tu peux nous faire quelques exemples de dangers sur lesquels on peut tomber sur le plateau du jeu ?

mohican : On a conçu le jeu pour qu’il parle des enjeux du numérique d’une façon assez large, donc pas seulement les questions de logiciel libre. Il y a des dangers qui sont liés, bien sûr, au logiciel privateur, des dangers qui sont liés aux abus du copyright, mais il y a aussi des dangers notamment sur le fait d’être traqué sur l’Internet ; il y a des dangers par rapport à la centralisation des services internet. Je ne me souviens plus du cinquième, en tout cas il y a cinq dangers qui couvrent un petit peu quelque chose d’assez large pour les enjeux du numérique. Le dernier enjeu ce sont les actions liberticides, donc l’aspect plutôt juridique.

Isabella Vanni : J’aimerais dire que le jeu, en fait, a évolué. Au départ on n’avait pas les cartes quiz, on posait des questions aux personnes, mais il y avait un grand blanc, surtout si les personnes qui participaient étaient néophytes, voire pas du tout sensibilisées. L’idée d’ajouter des cartes quiz avec des questions QCM ou « oui ou non », « vrai ou faux », en fait est venue suite à un test, une sorte d’atelier qu’on a fait auprès du siège de Belugames, c’est-à-dire un éditeur de jeux coopératifs. On a eu la chance d’être accueillis et de pouvoir faire un test avec des professionnels du jeu coopératif.
mohican, est-ce que tu peux nous dire à quelle étape du projet du jeu du Gnou nous sommes aujourd’hui et, chose très importante, est-ce que les gens qui nous entendent peuvent déjà jouer au jeu du Gnou s’ils le souhaitent ?

mohican : On est dans une version bêta mais qui est assez aboutie. C’est-à-dire que ce qui nous manque maintenant c’est juste de réviser un peu tous les textes, ceux qui sont sur ces questions quiz et les différents descriptifs. Il faut qu’on affine les textes, il faut qu’on affine les graphismes, mais le jeu déjà en tant que tel est tout à fait jouable. On l’a déjà utilisé à plusieurs reprises. On continue à le tester, mais en réel, c’est-à-dire qu’on a déjà imprimé le jeu, c’est un brouillon bien sûr, mais on continue à l’utiliser vraiment.

Isabella Vanni : Les personnes peuvent télécharger les éléments graphiques. On mettra bien évidemment toutes les références, elles sont d’ailleurs déjà sur la page de l’émission d’aujourd’hui. Puisque c’est toi qui as fait beaucoup d’ateliers, de tests sur le jeu, je voulais savoir quels sont les retours de la part du public.

mohican : Ce sont des retours qui sont positifs parce que c’est quand même un sujet qui intéresse les gens. Ils ont toujours l’impression d’apprendre quelque chose en participant au jeu. Ce que je voudrais dire aussi, qui est très important sur ce mode de sensibilisation, par comparaison par exemple avec une conférence, c’est que là on a vraiment les participants qui sont actifs. Ils sont actifs et surtout ils interagissent entre eux. Ce n’est pas juste l’animateur qui va porter la bonne parole ; là on donne vraiment aux participants l’occasion d’échanger entre eux, de raconter leurs expériences, de se poser des questions ensemble, de chercher des réponses ensemble. Donc ils sont actifs et ça c’est important aussi pour les motiver et faire qu’ils s’intéressent vraiment à la chose et qu’ils se sentent entendus.

Isabella Vanni : Je te remercie pour ce retour. J’ai pu constater, en ayant animé des ateliers, que c’est très important aussi pour les animateurs parce qu’on se rend compte en fait de comment on peut améliorer le jeu et c’est important aussi pour les personnes qui pensent en savoir beaucoup. Il y a des personnes qui se sont présentées en disant « je suis libriste, je connais très bien ». Eh bien il y a des personnes qui n’ont pas répondu correctement par exemple à des questions concernant l’idée reçue de la gratuité du logiciel libre. Donc même les personnes qui pensent savoir peuvent apprendre des choses. C’est plutôt plaisant pour un jeu comme le nôtre.
Comme tu disais, on peut déjà jouer, mais il y a encore de la relecture, de la rédaction à faire concernant notamment les cartes quiz, les textes qui accompagnent le jeu. On a aussi trouvé un bénévole qui va réaliser la partie design. Est-ce que tu peux nous dire comment contribuer au jeu ?

mohican : C’est vrai qu’en ce moment c’est un peu difficile de se rencontrer et c’est quand même important de pouvoir faire des réunions pour discuter. On en a fait une, bien sûr en vidéoconférence, il y a quelques jours. C’est vrai que pour les gens qui seraient nouveaux, qui voudraient contribuer sans faire partie du groupe Sensibilisation, ça va être un peu plus compliqué. Par contre, je pense que pour ce qui est de la relecture des textes par exemple, ça peut se faire de façon assez simple. Il faudra télécharger les quiz, tous les intitulés des questions et les réponses et relire. Ce dont on a besoin, par exemple, c’est de deux choses : c’est d’une part que les textes soient vraiment compréhensibles pour un public relativement jeune ; avec ce jeu, d’une part on vise le grand public. Et ce jeu peut se jouer dès l’âge du collège, donc on veut aussi que le vocabulaire utilisé, les tournures de phrase soient compréhensibles pour des jeunes. Ça c’est la première chose à bien regarder.
La deuxième chose c’est que ça soit formulé, que les questions soient formulées de façon non ambiguë pour qu’il n’y ait pas d’hésitation sur ce qu’il faut répondre, oui ou non, à telle ou telle question.

Isabella Vanni : Très bien. C’est important. On a besoin de relecteurs, de personnes qui nous aident à rédiger de nouvelles questions éventuellement. On me dit que notre temps est terminé.
mohican, je te remercie beaucoup d’avoir participé et j’espère qu’on pourra voir notre jeu finalisé bientôt. Merci beaucoup.

mohican : Merci à vous.

Frédéric Couchet : Merci à Isabella et à mohican. C’était le jeu du Gnou. Vous retrouverez les références sur april.org et sur causecommune.fm.

Annonces

Frédéric Couchet : Je vais faire les annonces finales, peut-être pas toutes parce que je regarde le temps. Quelques-unes.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Jeudi dernier on a fait une Antenne libre April/Cause Commune sur les services en ligne libres, éthiques, la continuité pédagogique et les CHATONS, le Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Le podcast est disponible sur le site causecommune.fm et sur le site april.org. Consultez le site des CHATONS avec un « S », chatons au pluriel point org. [chatons.org]
Demain soir il y a une Antenne libre Cause Commune donc mercredi 25 mars à 22 heures sur le thème de vivre mieux le confinement avec des membres des différentes équipes de la radio. Soyez au rendez-vous.
On vous a mis également en ligne une playlist des morceaux de musique libre diffusés dans Libre à vous !, donc huit heures de musique. Un grand merci aux artistes qui ont fait ces titres de musique libre. N’hésitez pas à l’écouter.
On a également toujours besoin d’aide pour le traitement des podcasts pour soulager Sylvain Kuntzmann et Olivier Grieco.
C’était les principales annonces que je fais assez rapidement pour tenir.

À 17 heures, pour les personnes qui nous écoutent sur Internet et en DAB, il y a une émission, je lis : les relations numériques au travail. C’est l’émission Cause à effet à 17 heures en DAB+ et sur Internet.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Emmanuel Revah, Alexis Monville, mohican, Isabella Vanni.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Asgavari.
Merci également à Sylvain Kuntzmann qui va s’occuper du traitement du podcast. Merci à Quentin Gibeaux qui va s’occuper de la découpe du podcast.
Vous retrouverez sur notre site web april.org toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont, bien sûr, les bienvenues. Vous pouvez nous contacter notamment par courriel.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission qui a été, comme je vous l’ai dit au début, enregistrée dans des conditions particulières suite au confinement. Toutes les personnes étaient chez elles. Chez moi j’avais demandé un peu le silence, mais je ne l’ai pas trop obtenu.
Si vous avez aimé l’émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 31 mars 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur la politique logiciel libre de la ville de Fleury-les-Aubrais.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là, prenez soin de vous et des autres.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Faites des conférences audio avec notre nouveau service Chapril basé sur Mumble

lun, 03/30/2020 - 10:29

L'équipe Chapril a le plaisir d'annoncer l'ouverture d'un nouveau service pour faire des conférences audio basé sur Mumble :

https://mumble.chapril.org/

Utilisez notre service dans votre navigateur web. Ou installez un logiciel client sur votre machine. Vous pouvez consulter une documentation.

En ces temps de confinement, un tel outil est important pour maintenir les échanges et les liens entre les gens. Un des intérêts majeur de Mumble est sa capacité à fonctionner avec de petites connexions. Ces autres points forts sont sa qualité audio et sa fiabilité. Passé le cap de la configuration, c'est un outil libre formidable. N'hésitez pas à l'utiliser pour vous ou votre entourage.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Comment se défendre face aux géants d’internet - Grand bien vous fasse - France Inter

lun, 03/30/2020 - 08:38


Titre : Comment se défendre face aux géants d’internet (GAFA) ?
Intervenant·e·s : Anne-Sophie Jacques - Maxime Guedj - Hélène (auditrice) - Pierre-Yves Gosset (en off) - Giulia Foïs - Ali Rebeihi
Lieu : Émission Grand bien vous fasse, France Inter
Date : février 2020
Durée : 45 min [la chronique « Pas son genre » de Giulia Foïs n'est pas transcrite]
Écouter ou enregistrer le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Association, image Pixabay - Pixabay License
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Ali Rebeihi : Bonjour à tous Soyez les bienvenus en direct ou en podcast.
Comment se défendre face aux titans d’Internet ? Le combat est-il déjà perdu d’avance ? Quelles sont les armes des consommateurs et des citoyens face à la puissance jamais égalée de Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft. Les GAFAM, les fameux cinq cavaliers qui ont pris d’assaut notre vie sociale, privée, intime, professionnelle, publique. Cinq cavaliers qui ont bien sûr facilité notre quotidien mais qui ont également capté notre attention, notre temps de cerveau de disponible, nous ont rendus accros à leurs outils et services numériques. Comment a-t-on pu accepter cette servitude volontaire sans se défendre ? Est-il encore possible d’échapper à cette emprise ? Quelles sont les pistes pour jouir d’un Internet libre et sans entrave ? Nos invités vous délivrent quelques conseils pour reprendre un peu de pouvoir face aux GAFAM.
Avec nous ce matin la journaliste Anne-Sophie Jacques et le consultant Maxime Guedj.
Et vous, comment vous défendez-vous face aux géants d’Internet ? Au contraire, avez-vous aboli toute velléité d’autodéfense numérique en faisant confiance aux GAFAM ? 01 45 24 7000, sans oublier l’appli France Inter et la page Facebook de Grand bien vous fasse.
Vers 11 heures moins 25 vous retrouverez la combattante Giulia Foïs pour sa chronique « Pas son genre ».
Bienvenue dans Grand bien vous fasse, la vie quotidienne, mode d’emploi.

Voix off : France Inter. Grand bien vous fasse. Ali Rebeihi.

Ali Rebeihi : Bonjour Anne-Sophie Jacques.

Anne-Sophie Jacques : Bonjour.

Ali Rebeihi : Vous êtes journaliste indépendante. Bonjour Maxime Guedj.

Maxime Guedj : Bonjour.

Ali Rebeihi : Vous êtes ingénieur, consultant, indépendant également et vous publiez ensemble aux Arènes Déclic ou « Comment profiter du numérique sans tomber dans le piège des géants du Web ». Dans ce livre vous militez pour un Internet libre, sans surveillance et sans dépendance. C’est encore vraiment possible Anne-Sophie Jacques ?

Anne-Sophie Jacques : Oui, c’est encore vraiment possible. En fait toute la découverte de ce livre, quand on a commencé la rédaction avec Maxime, c’est de réaliser, déjà à partir du constat que vous venez de dresser en introduction, qu’effectivement on est quand même très coincés vis-à-vis de ces géants du Web, vous l’avez dit, qui nous manipulent, qui créent des services, qui nous rendent complètement accros.

Ali Rebeihi : Mais qui ont également amélioré notre quotidien !

Anne-Sophie Jacques : Certes, ils ont amélioré notre quotidien, mais à quel prix ! C’est l’objet du livre aussi et du constat que l’on fait. Dans notre enquête, ce qu’on a surtout réalisé, ce qu’on n’avait pas encore vu avant de commencer, c’est qu’il y a énormément de gens qui se battent pour les libertés sur Internet. Il y a une communauté qui est énorme, avec un enthousiasme qui est fou et pas depuis hier, depuis au moins 30 ans. De toute façon le Web c’est tout jeune, ça a à peine 30 ans, ce n’est rien du tout, c’est une grosse génération.

Ali Rebeihi : Maxime Guedj.

Maxime Guedj : Ce qu’on peut dire c’est que c’est vrai que ça amélioré certaines choses, ça nous fait peut-être gagner du temps en termes d’efficacité. Maintenant, on voit qu’il y a quand même pas mal de gens qui cherchent aussi à faire des vacances détox, à se déconnecter de plus en plus, donc c’est aussi ça qui, en partie, nous a poussés à la nécessité d’écrire ce livre. Au fur et à mesure que cette défiance monte également au sein du monde des technologies et puis de la part des usagers, il y a une forme de défiance qui se construit autour de ça. L’idée c’est aussi de dire qu’il ne faut peut-être pas tout jeter, mais en fait à l’intérieur, dans le numérique, il y a aussi d’autres façons d’envisager le numérique, d’autres façons de le concevoir pour que ça respecte aussi les citoyens, nos libertés et notre vie privée.

Ali Rebeihi : Rappelez-nous quelle est la puissance actuelle des géants du Web, que l’on appelle donc les GAFAM, Google Amazon, Facebook Apple et Microsoft. Ces GAFAM n’ont jamais autant concentré de pouvoirs dans l’histoire de l’humanité ?

Maxime Guedj : C’est étonnant, mais quand on regarde en termes de capitalisation boursière aux États-Unis, Google, Amazon, Microsoft et Apple sont à mille milliards de dollars ; Facebook est autour de 500/530 je crois. Pour une comparaison, c’est Exxon qui est à 250 milliards.

Ali Rebeihi : La compagnie pétrolière.

Maxime Guedj : Voilà, la compagnie pétrolière. Donc on voit qu’on est passé dans une autre phase. Bien sûr que l’extraction des minerais sur la planète continue, mais je dirais que le nouveau minerai à extraire aujourd’hui, qui a le plus de valeur, c’est la donnée et ce minerai est extrait à travers toutes ces plateformes que l’on utilise chaque jour.

Ali Rebeihi : Sans tomber dans la paranoïa, peut-on dire que ces géants du Web ont pris le pouvoir dans nos vies, que nous sommes tous devenus dépendants de leurs outils et services ?

Anne-Sophie Jacques : C’est vrai qu’on est dépendants, mais comme le disait Maxime, ce qui va intéresser ces géants qui sont devenus énormes, c’est en fait notre donnée, c’est ce qui nous appartient, c’est tout ce qu’on fait, tout ce qu’on mange, tout ce qu’on voit, tout ce qu’on lit, tout ce qu’on aime. C’est ça qui les intéresse. Les outils peut-être qu’ils nous rendent service, mais ces outils sont là pour capter le plus de choses sur nous.
Donc on réalise que cette grande phrase qui est connue aujourd’hui « quand c’est gratuit c’est nous le produit » va bien au-delà de ça. Nous ne sommes plus qu’un produit, il n’y a plus que ça qui les intéresse. C’est là où il faut effectivement faire un pas de côté et se dire qu’on n’a pas envie d’être juste un consommateur à la solde de ces géants qui ont pris un pouvoir énorme et qu’on peut faire autrement.

Ali Rebeihi : Nous autres citoyens et consommateurs ne sommes pas à armes égales, c’est un peu comme si sur un ring Mike Tyson combattait contre Jean-Claude Dusse des Bronzés. C’est un peu ça le rapport de force.

Anne-Sophie Jacques : C’est vrai qu’on pourrait parler d’un combat du pot de terre contre le pot de fer, mais il y a des combats de pot de terre qu’il faut mener. Je pense que c’est vraiment capital et je pense qu’on est pile au moment, là, dans l’histoire de ce Web, où on peut nous, citoyens, essayer de faire basculer les choses et rejoindre un mouvement dont je disais tout à l’heure qu'il est ancien et sur lequel on peut s’appuyer, duquel on peut s’inspirer. On peut parler de Edward Snowden qui est assez connu du grand public, qui a révélé en 2013 que les services secrets américains surveillaient l’ensemble des compatriotes de Edward Snowden1, surveillaient toute la population, voire toute la population du monde. Ils se sont servis pour cela des plateformes que sont Facebook et compagnie. On peut s’inspirer de ces gens qui ont fait ces révélations, qui se sont privés eux-mêmes de liberté pour sauver nos libertés à nous.

Ali Rebeihi : Le problème c’est que nous sommes tous très accrochés, nous sommes une grande majorité à nous considérer comme dépendants de nos objets connectés. Pour beaucoup, oublier son smartphone ou ne plus avoir de batterie c’est une source d’angoisse avec cette peur de rater quelque chose. C’est le fameux FOMO, Fear of missing out, en français je crois que ça s’appelle nomophobie. On est tous accrochés, Maxime Guedj

Maxime Guedj : Oui, c’est vrai que c’est devenu indispensable et certains peuvent même le décrire presque comme une extension de notre corps. Après, est-ce que finalement c’est son caractère indispensable qui est si problématique ? Notre frigo, notre machine à laver nous sont indispensables, pour autant ça ne semble pas nous poser autant de problèmes que le téléphone.
Je pense que ce qui s’est passé c’est qu’on avait à la base un outil technologique. Un outil c’est à notre service et, au départ, l’informatique c’était effectivement pour nous simplifier la vie et faciliter un certain nombre de choses, faire de nouvelles découvertes scientifiques et le Web, à la base, c’était ça, c’était un espace de partage de la connaissance. Sauf que voilà, il y a eu cette bascule avec le modèle économique qui a été découvert, notamment par Google, à travers la captation de données et qui s’est généralisé maintenant à l’ensemble des produits en ligne qui s’adressent au grand public.
Par contre j’aurais tendance à dire, et ce qu’on a essayé de montrer dans le livre c’est aussi ça, c’est-à-dire qu’on aimerait un peu dire qu’on n‘est pas bloqués, contrairement peut-être, si vous voulez, à d’autres secteurs où effectivement on est très dépendants de grosses industries et où effectivement les petits pas permettent de changer les choses, mais pas forcément tout, avec le numérique, si vous voulez, on change d’application. On parle à l’intérieur du livre par exemple de Signal par rapport à Messenger.

Ali Rebeihi : Rappelez ce qu’est Signal.

Maxime Guedj : Signal est une application de discussion instantanée qui est chiffrée, qui est recommandée par Edward Snowden, ce n’est pas très compliqué de le faire et une fois qu’on le fait on invite aussi ses amis à le faire et là, collectivement on peut déjà retrouver de l’espace en termes de vie privée.

Ali Rebeihi : En 20 ans nous avons assisté à une extension du numérique dans tous les domaines de notre vie, nous rendant disponibles, flexibles, multitâches, réactifs tout le temps, jour et nuit ; tout cela a des conséquences bien réelles sur nos vies, Anne-Sophie Jacques. Nous sommes devenus impatients et tous ces outils et services ont pompé notre attention. Ce sont des vampires numériques pour vous ?

Anne-Sophie Jacques : Vous avez dit tout à l’heure que nous sommes tous accros, ce qui est vrai, on est quand même tous assez accros de notre petite machine, mais ce n’est pas un hasard en fait. Il faut savoir que ces géants-là embauchent des armées de psychologues, de gens qui étudient la façon dont notre cerveau fonctionne pour faire en sorte qu’on y reste le plus longtemps possible.
Quand on a commencé ce livre, on se disait c’est un peu comme si on réalisait que matin, midi et soir on mangeait des plats surgelés, peut-être des pizzas, des hamburgers, des frites, on buvait du soda et que, en fait, on pouvait aussi commencer à refaire de la cuisine, à retourner sur le marché le matin, à découvrir d’autres aliments, à se réapproprier des recettes qui ont été accaparées par ces géants qui en font un business de fou.

Ali Rebeihi : Maxime Guedj, ces géants du Web, ce sont des vampires numériques qui vident nos capacités de concentration, d’attention ?

Maxime Guedj : Oui. J’aurais tendance à tempérer cette vision un peu diabolisante, on va dire, des géants. Je pense que c’est ce qu’on s’est attachés à expliquer dans le livre : on a essayé de déplier tout ça. C’est aussi le résultat d’un mode de financement particulier dans le monde des startups qui est fait aussi de pressions économiques. Est-ce que c’était forcément une volonté à la base de capter nos données ?

Ali Rebeihi : Non. Je ne crois pas.

Maxime Guedj : En tout cas ce qui s’est passé, c’est ce qui s’est retrouvé à être le plus rentable économiquement et effectivement, pour une entreprise comme Google, ce sont des entreprises lucratives, la recherche c’est d’augmenter le profit. C’est pour ça qu’on regarde aussi dans le livre des alternatives d’organisation autour des associations, de coopératives, d’autres entreprises aussi mais qui prennent des modes de structuration différents, qui ne cherchent pas forcément à lever des fonds par les leviers classiques pour essayer de s’extraire effectivement de ces pressions.

Ali Rebeihi : Au départ, Internet fut d’abord un immense terrain de liberté, Maxime Guedj.

Maxime Guedj : Oui. Personnellement je m’en souviens.

Ali Rebeihi : À la soif de connaissance et de liberté s’ajoute très vite la soif de profit.

Anne-Sophie Jacques : C’est vrai que c’est comme si on avait découvert un immense territoire, un territoire pour le coup très foisonnant. Je ne sais pas si vous vous souvenez de vos premiers pas sur Internet quand on découvrait les blogs, les sites d’info faits de bric et de broc, il y avait des choses très inventives et c’était vraiment un endroit conçu pour qu’on partage la connaissance. Il faut bien avouer qu’aujourd’hui la connaissance est plutôt capturée, elle est plutôt enfermée et il est peut-être temps de se dire qu’Internet est un bien commun. Je ne dis pas qu’à ses départs le Web était merveilleux, était fabuleux, mais c’était comme un pays très complet avec des choses plus ou moins belles, plus ou moins fortes, et ce pays-là, en fait, il nous a été confisqué.

Ali Rebeihi : Maxime Guedj.

Maxime Guedj : Pour tirer la métaphore, je dirais qu’il faut peut-être décoloniser en fait ce territoire des GAFAM et retrouver notre indépendance.

Ali Rebeihi : C’est fort comme terme !

Maxime Guedj : Si vous voulez, c’est fort, après ça dépend de chacun et de ce qu’il entend, la connotation qui va être reliée à ce terme, mais aujourd’hui on n’est pas indépendants. Si vous êtes sur Messenger pour parler à vos amis, Messenger qui est l’application de messagerie instantanée proposée par Facebook, si un de vos amis veut communiquer avec vous et que vous êtes sur Messenger eh bien cet ami sera obligé de se soumettre aux conditions générales d’utilisation de Facebook pour pouvoir communiquer avec vous. Ce n’est pas du tout le cas par exemple avec les opérateurs téléphoniques. Si demain Orange vous disait que vous ne pouvez plus appeler ni envoyer de textos à des personnes qui sont chez Free, Bouygues ou autre, eh bien ce serait tout à fait scandaleux. Pourtant c’est ce qui se passe aujourd’hui dans le domaine du numérique avec ces géants.

Ali Rebeihi : Avec quelle recette les GAFAM ont-ils connu une expansion et une telle domination au cours de ces 20 dernières années ?

Anne-Sophie Jacques : Avec quelle recette ? Comme Maxime le disait tout à l’heure, c’est vraiment avec le fait de comprendre que plutôt que de nous vendre un service on allait proposer des choses gratuites sur Internet, un service gratuit et que, en échange, ce qui allait nourrir leur modèle économique, c’est la donnée. La donnée c’est de savoir, comme je le disais, ce qu’on fait. Mais en fait, la donnée c’est même plus intime que ça, c’est-à-dire que là on va chercher au fond de nous, au cœur de nous, de nos émotions, de nos pensées, et c’est ça qui est dangereux en fait.

Maxime Guedj : Maintenant on parle beaucoup d’intelligence artificielle qui n’est que la suite de ces algorithmes qui deviennent juste de plus en plus perfectionnés, c’est-à-dire qu’ils ont tellement de données que maintenant le but du jeu, si j’ose dire, c’est d’anticiper.

Ali Rebeihi : De prédire.

Maxime Guedj : De prédire nos prochains comportements et on voit bien que ça peut avoir tout un tas d’applications effectivement dans le monde commercial.

Ali Rebeihi : Comment se défendre face aux géants du Web, les GAFAM, Google, Amazon Facebook, Apple, Microsoft ? N’hésitez pas à témoigner au 01 45 24 7000. Alexia Rivière, Julia Macarez et Clément Martin m’ont aidé à préparer cette émission réalisée par Claire Destacamp. Belle journée à l’écoute de France Inter.

Pause musicale : Vertige de l'amour par Alain Bashung.

Ali Rebeihi : Alain Bashung, Vertige de l'amour.

Voix off : Hou la, la, je capte mal la Wifi.
Grand bien vous fasse
Il faut peut-être redémarrer la box.
Ali Rebeihi.
Tu sais que moi aussi je vais sur le Facebook.
Sur France Inter.

Ali Rebeihi : 10 heures 23, comment se défendre face aux géants d’Internet, les fameux GAFAM, Google, Amazon, Facebook, Apple Microsoft ? Toutes vos questions au 01 45 24 7000.

Voix off : Cette nuit Léa a fait un cauchemar. La ville était contrôlée par un géant tellement partout dans les rues, dans les existences, que c’était comme s’il avait sucé la vie et le cerveau des gens. Léa a rêvé de l’ogre GAFAM.
GAFAM, c’est un mot qui reprend la première lettre de Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, les marques les plus cool du monde. Pourquoi parler d’ogre alors ?
Parce que GAFAM désigne plus largement ces géants des technologies à ce point importants dans l’économie et dans nos vies qu’ils en deviennent inquiétants, car ce sont tout d’abord des entreprises qui cherchent à faire du profit.
Au début le rêve était cool, le géant, appelons-le Georges, était prêt à tout pour aider tout le monde : besoin d’un bon resto, Georges avait la réponse et, en plus, il disait comment y aller. Et pour acheter des livres, des vêtements, de la musique, n’importe quoi, il était encore là. Et puis le rêve devenait angoissant. Le père de Léa est commerçant, si Georges ne parlait pas de lui, il n’avait pas de clients ! À la fin, on réalisait qu’en échange de ses services Georges avait pris le contrôle, il vous suçait le cerveau, les infos persos et toute votre mémoire. Le pire, c’est qu’il vendait toutes ces données à des publicitaires ou mieux ! à des hommes politiques pour manipuler Léa. Le rêve était devenu un cauchemar.
C’est ça le géant GAFAM : un monstre qui prend tout l’oxygène, qui empêche toute diversité.

Ali Rebeihi : Extrait des Clefs du Numérique2, écrit et narré par notre camarade Bruno Duvic.
Maxime Guedj, Anne-Sophie Jacques, vous publiez donc Déclic, « Comment profiter du numérique sans tomber dans le piège des géants du Web ». Vous l’avez dit tout à l’heure, les GAFAM collectent nos données pour analyser nos comportements mais désormais il faut prédire nos désirs, synonyme de nouveaux marchés à conquérir. Les GAFAM ont largement investi un domaine comme la recherche cognitive. Quels sont les grands domaines de recherche Maxime Guedj ? Je pense aux biais cognitifs. Je rappelle qu’un biais cognitif ça tort la réalité en l’analysant avec des raisonnements irrationnels et illogiques et les GAFAM investissent beaucoup dans ce domaine-là.

Maxime Guedj : Oui. C’est vrai. Si vous voulez, le design des interfaces va définir – les interfaces c’est l’écran qu’on voit quand on utilise ces applications – va définir nos capacités d’usage mais aussi, potentiellement, influencer nos comportements.
Donc pour l’étape qui a suivi et qui, effectivement, devient de plus en plus étudiée au sein de cette industrie, c’est de comprendre, même à un niveau psychologique, que si je vais mettre le bouton de notification en rouge, en vert, en bleu, ça va agir différemment sur l’usager.
Pour revenir au niveau des biais cognitifs, il y en a tout un tas qui ont été très bien listés par l’économiste Daniel Kahneman3 qui a eu le prix Nobel d’économie pour ça. C’est important de les connaître pour s'en sortir.

Ali Rebeihi : Exemple, le biais de confirmation qui consiste à privilégier la recherche d’informations qui confirme nos idées préconçues.

Maxime Guedj : Voilà. Exactement. Ça c’est parfait aujourd’hui pour les algorithmes qui vont trier toutes les informations qu’on a dans nos fils d’activité, que ce soit sur Facebook ou Instagram, qui vont continuer de nous fournir des informations qui restent dans notre confort et qui vont ainsi avoir tendance à renforcer encore plus ce biais cognitif et à réduire, finalement, nos capacités à penser les choses autrement ou même à voir qu’il y a d’autres possibilités de voir les choses.

Ali Rebeihi : Anne-Sophie Jacques.

Anne-Sophie Jacques : Tout à l’heure, dans l’extrait, on a entendu le mot « manipulation » ; on en est vraiment là. Il y a eu un scandale qui a été formidable pour justement comprendre ce principe de manipulation, c’est le scandale de Cambridge Analytica, découvert en 2018 grâce à un lanceur d’alerte. Cambridge Analytica4 c’est le nom d’une agence marketing en Angleterre qui a avoué sur son site que son but c’est de prendre les données des utilisateurs notamment de Facebook et de se servir de ces données pour les manipuler, pour leur donner des consignes de vote. En l’occurrence, le scandale de Cambridge Analytica nous a montré que l’élection de Trump a été favorisée par toute cette armée de marketeurs qui ont ciblé des gens qui ne savaient pas encore pour qui voter, mais qui ont reçu, sur leur fil Facebook, tout un tas de vidéos qui leur ont fait finalement voter Trump, une façon, pour eux, de voir le monde selon Trump. C’est assez inquiétant.

Ali Rebeihi : Vous rappelez dans vote livre que les GAFAM dépensent des sommes considérables pour acheter ou inventer des services qui ont pour but de collecter toujours plus de données.

Anne-Sophie Jacques : C’est ça. En fait à chaque service offert on peut dire « chouette, Google sort un nouveau service » ou « chouette, Google rachète une grosse entreprise » et ils en rachètent énormément, ils ont énormément de moyens. En fait, non ! Tout ça a pour seul but de faire en sorte d’extraire toujours plus de données.

Ali Rebeihi : Bonjour Hélène, bienvenue.

Hélène : Bonjour.

Ali Rebeihi : Vous appelez d’où Hélène ?

Hélène : J’appelle de Marseille.

Ali Rebeihi : Comment faites-vous pour vous défendre face à ces géants du Web avec vos petits moyens ?

Hélène : En fait, les géants du Net n’ont de pouvoir que parce que nous leur en donnons finalement, parce nous utilisonsleurs services. Il y a des alternatives à Facebook – il y a Diaspora5 par exemple ; à Google Chrome – il y a des navigateurs libres. À côté des géants il y a énormément d’alternatives qui existent, qui ont été créées de façon collaborative et qui sont créées justement pour éviter la captation du pouvoir par un géant privé. Il y a un site qui existe, qui s’appelle degooglisons-internet.org6, qui liste la totalité des alternatives à tous les logiciels possédés par des GAFAM. C’est super intéressant.

Ali Rebeihi : Comment vous faites au quotidien ? Donnez-nous un exemple Hélène.

Hélène : Un exemple je n’ai pas Google Chrome. J’utilise Qwant [Firefox, NdT]. Je ne vais jamais faire de recherches sur Google, je vais sur DuckDuckGo. En fait, j’ai changé tous les logiciels de mon ordinateur, je suis d’ailleurs sur un système libre, Linux [GNU/Linux], ce n’est pas Microsoft par exemple. Je fais tout simplement attention à ne pas utiliser les services des GAFAM.

Ali Rebeihi : Anne-Sophie Jacques.

Anne-Sophie Jacques : Très intéressant le témoignage d’Hélène. C’est bien. Elle a vraiment compris une chose fondamentale, c’est que si ces géants existent c’est aussi parce qu’on les utilise et qu’on peut très bien utiliser des outils qui existent par ailleurs. Elle a cité « Dégooglisons Internet » qui est une initiative de l’association Framasoft7, qu’on vous engage à découvrir, qui est une association qui est super, on en parle beaucoup dans le livre, qui permet et qui donne accès à tout un tas d’outils qui sont libres. En fait, ce sont des outils simples qui ne vont pas récupérer nos données, qui ne vont pas nous pister, qui ne vont pas nous surveiller. Ils sont là, ils attendent juste qu’on les prenne et qu’on s’en empare.

Ali Rebeihi : Merci beaucoup Hélène de nous avoir appelés.
Il n’y a pas que d’affreux gauchistes ou libertaires qui tirent la sonnette d’alarme. Certains piliers de l’industrie du Web s’alertent. Je pense à Roger McNamee, l’un des premiers investisseurs de Facebook. Pour Roger McNamee, Facebook est en train de tuer, dit-il, la démocratie. Il dénonce également le comportement, irresponsable selon lui, d’Alphabet, Alphabet c’est la maison mère de Google. C’est fort ce que nous dit Roger McNamee.

Maxime Guedj : Oui. Tout à fait, c’est extrêmement fort et si vous voulez, à l’intérieur de cette industrie, il y a de plus en plus de gens qui s’en rendent compte. Moi aussi j’ai cru aux promesses des start-ups et de ce milieu-là et aujourd’hui on voit bien que c’est extrêmement compliqué. Les pressions économiques qui sont en place permettent difficilement de trouver d’autres modèles. C’est pour ça qu’on parle de ces autres outils, de ces autres initiatives. Je remercie beaucoup Hélène d’avoir parlé de ces outils qu’on liste notamment dans le livre et j’espère que de plus en plus de gens vont les découvrir.

Ali Rebeihi : Et Sean Parker, toujours actionnaire de Facebook et premier président de Facebook, déclare que Facebook rend délibérément ses utilisateurs accrocs. Il s’inquiète des comportements encore inconnus sur les enfants. Anne-Sophie Jacques.

Anne-Sophie Jacques : Oui. Il faut les écouter, parce que eux ont vraiment fait partie de la machine, en font peut-être même encore partie et quand on parle de dangers pour la démocratie ce ne sont pas des mots en l’air, il faut les prendre très au sérieux. Quant à ce que l’utilisation des écrans sur nos enfants peut engendrer, on n’a pas encore trop d’idées, j’imagine que ça va être très documenté. Quand il compare Snapchat qui est une messagerie, une application plutôt pour les ados, qui est très utilisée – mon fils passe un temps fou sur cette appli.

Ali Rebeihi : Le massage est passé.

Anne-Sophie Jacques : J’espère qu’il lira le livre. On en parle souvent. Quand il compare Snapchat à de l’héroïne !

Ali Rebeihi : Il vous dit ça ?

Anne-Sophie Jacques : Non, pas mon fils !

Maxime Guedj : C’est Justin Rosenstein, de chez Facebook, qui compare le pouvoir addictif de Snapchat à l’héroïne et il en sait quelque chose ! C’est lui qui a inventé le bouton « like » sur Facebook.

Anne-Sophie Jacques : Ce ne sont pas des mots en l’air, en fait. C’est vrai que quand on en parle avec les parents, qu’on leur dit : « Tu sais, il compare à de l’héroïne », les parents disent : « Oui, mais qu’est-ce que tu veux, ils sont devant leurs écrans » et c’est assez étonnant, assez inquiétant aussi qu’on ne fasse pas le rapport et qu’on ne dise pas : « Si ton fils avait une seringue dans la chambre est-ce que tu lui laisserais la seringue à portée de main ? » Non, on ne le fait pas encore, mais je pense qu’il y a quand même une prise de conscience qui est en train d’arriver et qui va porter tout ça.

Ali Rebeihi : Comment agissez-vous avec votre fils ?

Anne-Sophie Jacques : Je ne suis pas un bon exemple. Il est grand maintenant, donc ce n’est pas facile de lui piquer son portable, d’ailleurs ça n’aurait aucun sens. J’ai assez confiance en fait en cette génération qui arrive, qui est effectivement toujours plantée devant son écran, mais j’ai assez confiance en elle sur le fait de se dire qu’ils peuvent aussi récupérer énormément de liberté en s’en débarrassant, que eux aussi ont le choix de faire autre chose. Voilà ! Je pense que s’ils doivent passer par cette étape complètement accros au téléphone, à le regarder jour et nuit, je pense qu’ils vont passer aussi par l’étape de « ah, ah, il y a un autre monde vachement plus libre, vachement plus sain, où je récupère de mon temps de cerveau et ce monde-là va être génial à investir. »

Ali Rebeihi : Est-ce que le Réglement général sur la protection des données est vraiment utile, le fameux RGPD, censé protéger nos données ? Expliquez-nous peut-être d’abord comment ça fonctionne. Qu’est-ce que c’est concrètement ce RGPD8 ?

Anne-Sophie Jacques : C’est un règlement européen qui a été adopté par la Commission européenne en 2013 [par le Parlement européen le 27 avril 2016, NdT] si mes souvenirs sont bons. L’avantage du Règlement c’est qu’il s’applique à l’ensemble des pays membres de l’Union européenne et ce Règlement impose à tout service, tout site qui récupère nos données personnelles – nos noms, nos prénoms et plus – de nous en informer, de nous dire qu’il les récupère et à nous de dire si on est on est d’accord ou pas. C’est pour ça qu’aujourd’hui quand vous ouvrez un site, vous avec un bandeau. Des fois le bandeau est tout petit, des fois les boutons, on a parlé des boutons tout à l’heure, sont un peu cachés, on ne les voit pas, c’est un petit peu compliqué. Il faut savoir que ce Règlement est hyper-important. On peut penser que ça ne va pas assez loin, mais l'Europe on est les seuls au monde à s’être protégés de l’extraction de nos données via ce règlement.

Ali Rebeihi : Comme beaucoup, par exemple moi je clique sur « oui », parce que je suis un peu pressé, que je n’ai pas envie de cocher d’autres cases. On est beaucoup à être comme ça, à dire « oui », à accepter.

Maxime Guedj : Oui. C’est vrai.

Ali Rebeihi : C’est mon problème !

Maxime Guedj : La CNIL [Commission nationale de l'informatique et des libertés] travaille beaucoup à ce niveau-là. C’est la question du consentement, c’est-à-dire que normalement il faudrait que le bouton « Refuser » soit de la même taille, exactement pareil, à côté du bouton « Accepter ».
Je voudrais ajouter sur le RGPD, ce que le RGPD change véritablement et apporte c’est que jusque-là il n’y avait pas vraiment de statut quant à nos données personnelles et sur le fait qu’elles pouvaient être commercialisées. On disait après tout si vous utilisez Google, c’est qu’elles appartiennent à Google. Ce que le RGPD apporte c’est de dire : vos donnés sont personnelles. Le propriétaire, la propriétaire des données c’est la personne qui génère ces données. Ça, c’est quand même un changement radical vis-à-vis de notre position avec les données. On peut espérer que ça va engager de plus en plus les entreprises à nous respecter.

Ali Rebeihi : Dans quelques instants vous nous délivrerez vos conseils de base, quelques conseils d’autodéfense numérique. En attendant il est temps de retrouver la chronique « Pas son genre » de Giulia Foïs.

Chronique « Pas son genre » de Giulia Foïs, non transcrite.

Voix off : Grand bien vous fasse sur France Inter.

Ali Rebeihi : 10 Heures 46. Comment se défendre face aux géants d’Internet, les fameux GAFAM, Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft ? Toutes vos questions au 01 45 24 7000.
Maxime Guedj, Anne-Sophie Jacques, je rappelle que vous publiez aux Arènes Déclic. L’une des clefs pour reprendre le pouvoir face à ces géants du Web c’est peut-être de basculer vers le logiciel libre. Expliquez-nous comment ça fonctionne. C’est l’équivalent d’une recette de cuisine en accès libre où chacun peut améliorer la recette ? C’est un peu ça ?

Maxime Guedj : Si vous voulez un logiciel, quand il est exécuté par un ordinateur, on ne peut pas véritablement savoir quelle est sa recette, en fait. On parlait de plats préparés, on ne peut pas remonter à la recette.
La différence avec un logiciel libre c’est que son code source, c’est-à-dire les instructions qui ont été écrites par des développeuses, des développeuses pour faire fonctionner ce logiciel, est public, donc on peut inspecter comment fonctionne ce logiciel et s’assurer qu’à l’intérieur il n’y a pas de mouchards ou de choses qui n’iraient pas dans le sens de l’usager.
L’autre chose que ça apporte c’est qu’on peut modifier ce logiciel, donc on peut l’adapter à nos propres besoins. Il y a un exemple qu’on évoque dans le livre qui est particulièrement intéressant de ce point de vue, c’est une femme qui a un pacemaker. Il faut se rappeler qu’aujourd’hui on a des logiciels partout, ce n’est pas que dans nos téléphones, c’est aussi dans plein de dispositifs. Donc cette femme a un pacemaker, elle était enceinte, elle a eu des palpitations et ça faisait fonctionner son pacemaker d’une mauvaise manière, ça l’activait alors qu’il ne fallait pas. Elle a contacté l’industriel qui faisait ce pacemaker pour lui indiquer qu’il y avait ce problème, simplement il ne voulait pas changer le logiciel puisque ce n’était pas forcément rentable de s’intéresser juste à cette petite part de la population, ce cas extrême. Si le logiciel de ce pacemaker avait été libre, eh bien elle aurait pu soit elle-même soit avec des développeurs ou des développeuses le modifier pour l’adapter à son cas particulier.
Même d’un point de vue respect de l’environnement c’est aussi intéressant puisque ça peut permettre de lutter contre l’obsolescence programmée. On sait qu’il y a des logiciels, par exemple Microsoft Windows X : Microsoft a annoncé dernièrement qu’il ne maintiendrait plus les prochaines mises à jour, ce qui laisse tout un tas personnes bloquées avec ce logiciel, donc soumises à devoir faire une mise à jour. Si le logiciel était ouvert, c’est le cas de Linux [GNU/Linux] dont on parle dans le livre, eh bien ou pourrait avoir des personnes qui pourraient continuer de l’améliorer, de le modifier pour garder ce logiciel utilisable même si on a une ancienne machine.

Ali Rebeihi : Giulia Foïs.

Giulia Foïs : Moi je suis fascinée par tout ça, de toute façon, à partir du moment où on rentre dans ce monde. Les réseaux sociaux ça va encore, mais dès que ça devient un petit peu technologique, mon cerveau se met à la fois en apnée et en admiration, donc j’écoute et je bois.

Ali Rebeihi : Qu’est-ce que l’open source ? Maxime Guedj. C’est aussi un moyen de rééquilibrer ses forces face aux géants du Web.

Maxime Guedj : L’open source s’inspire beaucoup de l’éthique des logiciels libres qui a démarrée avec Richard Stallman9. L’open source a été une manière, si vous voulez, de récupérer l’intérêt que les industriels ont découvert vis-à-vis de l’ouverture de cette source, puisque ça permet de maintenir le code par des équipes qui sont aussi bénévoles, etc. Il y a finalement tout un intérêt économique à développer des logiciels avec une source ouverte. La différence c’est que l’open source va permettre certaines méthodes de commercialisation que le logiciel libre n’autorise pas, donc le logiciel libre participe vraiment à créer du commun. Quand on fait un logiciel libre il faut le garder ouvert et, à l’intérieur de cette licence-là, si vous modifiez ce logiciel, y compris si vous en faites un logiciel commercial, vous vous engagez à le garder ouvert. Cet engagement ne s’applique pas forcément avec l’open source.

Ali Rebeihi : Un exemple concret d’open source ?

Maxime Guedj : Par exemple Facebook, Google, etc., utilisent énormément de technologies open source, mais, comme elles sont open source, ils vont pouvoir derrière les ré-encapsuler, les refermer dans des interfaces et des programmes qui, eux-mêmes, sont fermés. Ce qui fait que nous on n’a pas accès au code source de Facebook, par contre ça ne les empêche pas, à l’intérieur du fonctionnement de Facebook d’utiliser ce type de technologie ouverte.

Ali Rebeihi : Écoutons Pierre-Yves Gosset, directeur de l’association Framasoft, militant du logiciel libre.

Voix off de Pierre-Yves Gosset : Ce qu’on veut c’est construire et coproduire des logiciels libres au service de la société de contribution. Si vous voulez développer des biens communs, il faut être prêt à y participer. C’est une société de l’effort, c’est évident. Ce n’est pas ce qui nous est vendu en face, évidemment ; on est plutôt dans une société du confort avec la société de surconsommation. La société de contribution est une société de l’effort qui va nécessiter de prendre du temps, de prendre sur soi, de mettre de l’énergie dans le maintien et le développement de ces biens communs. Il est difficile aujourd’hui quand on regarde cette société de la surconsommation, de se dire qu’elle a un avenir d’égalité et de fraternité pour beaucoup de gens. Concrètement dans cinq ans, dans dix ans, si jamais on ne développe pas le logiciel libre, on aura quoi ? On aura un « Googleternet » sur lequel vous pourrez consommer des vidéos, sur lequel vous pourrez publier des contenus, mais tous ces contenus seront validés, monétisés et on va vous encourager à produire des contenus qui n’existent pas ou qui ne sortent pas trop du cadre.

Ali Rebeihi : Extrait du documentaire Internet ou la révolution du partage10 de Philippe Borrel, diffusé en 2019. J’aimerais que vous partagiez quelques conseils d’autodéfense numérique, peut-être d’abord le mot de passe, Maxime Guedj, c’est dans la partie pratique de votre livre, dans la deuxième partie.

Maxime Guedj : C’est vrai qu’on a tendance, avec les mots de passe, à entrer des mots de passe qui sont très réduits en termes de taille et qui vont être facilement cassables. De ce point de vue, une des choses les plus importantes, c’est d’avoir un mot de passe qui va être différent sur chaque plateforme.

Anne-Sophie Jacques : Anne !

[Rires]

Maxime Guedj : C’est compliqué. Je suis d’accord que c’est compliqué. Il y a un logiciel dont on parle qui peut vous aider à les mémoriser ou bien il y a une autre technique, c’est-à-dire que vous pouvez retenir par exemple un mot de passe qui est assez long, qui est assez compliqué et, à l’intérieur de ce mot de passe, vous pouvez avoir une partie que vous allez changer en fonction de l’URL du site sur lequel vous êtes. Comme ça il n’y a pas besoin de retenir.

Giulia Foïs : Vous voulez ma mort psychique !

Maxime Guedj : Non, en l’occurrence ce n’est pas vrai. Par contre il y a d’autres qui s’intéressent à vous surveiller.

Anne-Sophie Jacques : Pierre-Yves Gosset, qu’on a entendu à l’instant, dit une chose qui est capitale c’est qu’effectivement il va falloir faire un effort. Tout à l’heure, Ali, vous nous disiez que vous ne preniez pas le temps d’appuyer…

Ali Rebeihi : Pas toujours.

Anne-Sophie Jacques : Pas toujours, on est d’accord. Moi je ne veux pas du tout vous culpabiliser, on est beaucoup à ne pas le faire. Vous nous demandez quelles sont les alternatives, j’en ai une pour vous, puisqu’on ne clique pas toujours sur ce bouton-là : on peut installer comme navigateur sur son ordinateur un navigateur qui s’appelle Firefox11, qui est un navigateur libre. Il offre des extensions dont une qui s’appelle uBlock Origin12, on en parle dans le livre. C’est vraiment très facile.

Giulia Foïs : Il vous regarde !

Anne-Sophie Jacques : En trois clics c’est fait. Cet outil-là va empêcher les pisteurs de vous pister. Vous n’avez même plus besoin de cliquer sur le « Oui », sur le « Non », tous les pisteurs qui sont sur les sites seront totalement bloqués. Ce qui est assez amusant c’est que quand on l’installe, on voit des chiffres apparaître, on se dit « que sont ces chiffres ? », on les regarde et on voit toutes les régies publicitaires qui ont accès à ce que nous on fait sur ce site. Ça peut être le site de Météo-France, ça peut être le site du Monde, tous les sites en fait. Là on les bloque avec ce petit outil que est assez fabuleux.

Ali Rebeihi : Comment naviguer de façon anonyme ?

Anne-Sophie Jacques : Là c’est plus compliqué. Dans le livre on a effectivement toute une partie sur les outils qui nous permettent de naviguer sans se faire repérer. Maxime, peut-être qu’on pourrait toucher un mot un des VPN ?

Ali Rebeihi : C’est quoi un VPN ?

Maxime Guedj : Un VPN [Réseau privé virtuel - Virtual Private Network], c’est une machine intermédiaire à laquelle vous allez vous connecter et qui va vous amener le site que vous souhaitez regarder. L’intérêt c’est que le lien entre vous et cette machine est chiffré. Quand vous essayez de vous connecter mettons à DuckDuckGo qui est une alternative, un moteur de recherche alternatif à Google, si vous y allez directement, votre opérateur voit la requête passer dans ses tuyaux et sait que vous accédez à ce site. Si vous utilisez un VPN, il va juste voir que vous vous connectez à une machine qui est toujours la même, mais il ne saura pas ce que vous faites vis-à-vis de cette machine.

Anne-Sophie Jacques : C’est un peu comme si vous aviez envie de manger plein de pizzas, mais vous n’osez plus aller à la pizzeria le soir parce qu’on vous a repéré, on sait que vous venez tous les soirs. Vous demandez à une tierce personne d’aller l’acheter pour vous, elle va l’acheter comme ça vous êtes tranquille, vous pouvez manger votre pizza et personne ne vous embêtera.

Ali Rebeihi : J’ai tout compris. Quelle messagerie instantanée vous conseillez ?

Anne-Sophie Jacques : Dans le livre on conseille la messagerie Signal13.

Ali Rebeihi : Pourquoi ?

Anne-Sophie Jacques : Parce que c’est une messagerie qui, quand on s’envoie des messages, tous les messages sont cryptés, c’est déjà une bonne chose. C’est une messagerie qui s’engage également à ne pas utiliser la façon dont on navigue. Elle ne réutilise pas le fait de savoir si on a envoyé des photos, des vidéos. Voilà ! Vous voyez de quoi je veux parler ?

[Rires]

Ali Rebeihi : Non pas du tout ! Quel moteur de recherche conseillez-vous ?

Anne-Sophie Jacques : Tout à l’heure Maxime a évoqué le moteur de recherche DuckDuckGo14 qui est effectivement aujourd’hui un des plus performants, qui est une super alternative à Google. Il y en a plein d’autres qui sont cités dans le livre.

Ali Rebeihi : Il y a Searx.

Maxime Guedj : Searx15 c’est autre chose, mais c’est également un moteur de recherche.

Ali Rebeihi : C‘est autre chose, c’est à-dire ?

Maxime Guedj : C’est-à-dire que là vous êtes complètement indépendant. Vous avez DuckDuckGo ou Qwant qui fonctionnent sur des machines qui ne vous appartiennent pas, qui sont à une entreprise, donc il peut toujours y avoir quelque part un risque de se dire « qu’est-ce qu’elles font avec ces recherches ? », eh bien Searx c’est un logiciel qu’on peut installer soi-même sur sa propre machine ou le faire installer sur une machine de quelqu’un qui s’y connaît. Ce logiciel est ce qu’on appelle un métamoteur, donc il va chercher de manière anonyme sur tous les autres moteurs, Google, etc., en vous permettant de garder l’anonymat.

Ali Rebeihi : Vous conseillez également, dans votre livre, par exemple de ne plus recevoir de notifications sur son smartphone.

Anne-Sophie Jacques : On parle des outils, mais il y a aussi une façon de vivre et de comportement à avoir. Effectivement, par exemple si on est un peu accroc aux réseaux sociaux, je ne sais pas si c’est votre cas.

Ali Rebeihi : Je ne suis pas sur les réseaux sociaux.

Giulia Foïs : Il n’est accro de rien !

Anne-Sophie Jacques : On peut aussi, par exemple, supprimer l’application de Facebook ou de Twitter de notre téléphone ce qui déjà nous évite de les regarder quand on fait la queue cinq minutes à la boulangerie. Effectivement, on peut aussi décider de ne pas recevoir les notifications qui captent notre attention, qui font qu’on est moins disponible pour le reste.

Ali Rebeihi : Question très intéressante qu’on vient de recevoir : si j’ai coché « Oui » pour consentement à l’utilisation des donnés, puis-je revenir sur ma décision ?

Anne-Sophie Jacques : Oui, bien sûr. Je crois que dans les paramètres il y a toujours la possibilité. Après c’est un petit peu la limite, on peut toujours revenir, mais avant de trouver de trouver la page qui nous permet de changer et de faire un choix différent, ce n’est pas toujours simple ! On invite aussi les sites à être un petit plus en conformité avec le Règlement européen, le RGPD, pour faire en sorte que le consentement soit un vrai consentement.

Ali Rebeihi : Marie nous dit : « Se passer des GAFAM c’est presque possible. J’ai un iPhone mais au quotidien j’ai réussi à me passer de Google. J’ai fermé mes comptes Facebook, Instagram, WhatsApp. J’utilise Signal à la place. J’ai arrêté Amazon. C’est un processus qui s’est fait sur environ en deux ans. Je ne suis absolument pas bloquée dans ma vie quotidienne numérique et j’ai toujours des amis.

Anne-Sophie Jacques : Ce qui est dingue, c’est que non seulement on n’est pas bloqué. C’est vrai que c’est long, il faut se déshabituer, ce n’est pas facile, ce n’est pas confortable de changer nos habitudes, mais on se rend compte qu’on récupère énormément de temps et qu’on en profite pour faire autre chose.

Ali Rebeihi : Je recommande votre livre qui est également un guide. Merci Anne-Sophie Jacques et Maxime Guedj. Déclic « Comment profiter du numérique sans tomber dans le piège des géants du Web, c’est publié aux Arènes. Merci d’être venus ce matin.
Demain nous serons en direct du salon de l’Agriculture. Venez nombreux dès 9 heures 45 Porte de Versailles, nous évoquerons les plaisirs de la pomme de terre…

Des solutions libres face au COVID-19 - Décryptualité du 23 mars 20

ven, 03/27/2020 - 17:04


Titre : Décryptualité du 23 mars 2020 - Des solutions libres face au COVID-19
Intervenant·e·s : Manu - Mag - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 23 mars 2020
Durée : 14 min 30 s
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 12 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : The Jitsi logo, Wikipédia - Licence Creative Commons BY-SA 3.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Face à la pandémie, de nombreuses initiatives s'appuient sur le libre et ses principes pour proposer des solutions rapides et faciles à mettre en œuvre et mieux travailler ensemble.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 12. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Manu : On a cinq articles qui, globalement, parlent du sujet du jour, du moment, du mois, de l’année.

Luc : L’affaire Griveaux ? Non ?

Manu : Non.

[Rires]

Mag : Le Monde Informatique, « Les failles des logiciels open source bondissent en 2019 », par Jacques Cheminat.

Manu : On l’a mis en premier pour s’en débarrasser parce que c’est un sujet qui était déjà là la semaine dernière.

Mag : Pas intéressant ? Pardon !

Manu : Non c’est intéressant. Il y a plein de failles qui viennent d’apparaître, mais ce sont des failles qui apparaissent parce qu’il y a beaucoup de tests qui ont été faits et, avec le logiciel libre, on peut faire plus facilement ces tests, donc ils sont en cours de correction.

Luc : On en a parlé la semaine dernière.

Manu : On a quatre gros articles qui suivent et qui parlent tous plus ou moins du Covid-19, c’est normal.

Mag : Ou en tout cas des alternatives qu’apporte le Libre pour subir cette maladie.

Luc : En tout cas la façon dont le Libre est invoqué, utilisé, face à ces difficultés, on voit que ça part dans tous les sens, ce qui est très intéressant.

Manu : Oui.

Mag : Le Monde Informatique, « Télétravail : pourquoi ne pas s'inspirer de l'Open Source », par Matt Asay.

Manu : Et plusieurs autres articles secondaires qui sont intéressants. Il y a notamment une interview, une discussion avec Linus Torvalds qui travaille à distance pour faire le noyau Linux et l’outil utilisé par tous les développeurs, un truc phénoménal qui s’appelle Git. Linus Torvalds bosse vraisemblablement en robe de chambre, avec son chat, et on ne le dérange pas avec des visioconférences, il considère que c’est inutile. Globalement il y a du télétravail dans l’open source, donc dans le monde du logiciel libre, c’est plus ou moins la même chose et effectivement, il y a des choses dont il faut s’inspirer.

Luc : Il y a aussi des méthodes de travail dans l'informatique qu’on peut utiliser dans d’autres domaines. Sur la question de la téléconférence et du télétravail, j’aime bien rencontrer des gens en vrai, je n’aime pas trop le télétravail et je pense que ça dépend vraiment des boulots qu’on fait. Effectivement quand on code, je sais même si je ne code pas moi-même, qu’il y a des moments où on a vraiment besoin d’être isolé et que les téléphones, les notifications dans tous les sens font que les gens ne sont plus concentrés sur ce qu’ils font. Tout le monde un, ne fonctionne pas pareil et tout le monde n’a pas le même boulot qui nécessite les mêmes choses. C’est une forme d’inspiration mais à chacun, après ça, de l’adapter à ce qu’il fait.

Manu : Comment tu pourrais adapter cette inspiration dans le monde de la librairie ? Ça va être difficile.

Mag : Je me vois très bien ouvrir un Jitsi1 constamment et les gens qui veulent me commander des livres se banchent et ils me les commandent à voix haute et moi il faudra que j’entende. Ça peut être une idée, en tout cas ça m’a bien donné envie de l’envoyer à certains de mes clients pour dire « eh, venez causer avec moi ». Est-ce qu'ils ont envie de causer avec moi, ça c’est une autre question.

Manu : Je crois que tu pourrais envisager des clubs de lecture, notamment quand tu discutes avec des clients de livres en commun sur un sujet particulier, là, la visioconférence pourrait apporter quelque chose, en ce moment, en tout cas.

Mag : En ce moment uniquement, parce que sinon c’est mieux s’ils viennent à la librairie.

Mag : Article suivant : ZDNet France, « Comment l'open source fait face à la crise du COVID-19 », par Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : C’est une petite liste rapide de sujets qui sont en lien avec le COVID-19, bien sûr, mais qui parlent de fabrication de matériel, de travail en commun pour essayer de résoudre ce qui manque en ce moment. Il y a d’autres articles secondaires qui abordent de manière plus précise, mais notamment des masques, du matériel de test, du matériel dans les respirateurs, il y a des problématiques de valve, notamment en Italie.

Mag : Attention ! En Italie, il y a une équipe qui a fait des valves avec un coût de 1 euro au lieu de 10 000 euros faits par une entreprise pour aider un hôpital et pas de chance !

Manu : Scandale !

Luc : Scandale ! Effectivement, ce sont des hôpitaux italiens qui n’avaient plus de valves pour leurs respirateurs, c’est 11 000 euros la valve.

Manu : Officiellement, en tout cas c’est ça que le fabricant fait..

Luc : Quand le fournisseur la donne. Après, il faut voir ce qu’il y a derrière puisque s’ils n’ont plus de valves c’est peut-être qu’ils n’ont pas fait de stocks, ils n’ont peut-être pas bien prévu les choses. Effectivement, quand on voit la différence, on se dit que c’est énorme. En tout cas ce qui c’est passé c’est qu’après qu’ils ont fait ces valves imprimées en 3D, le fournisseur officiel a dit « on va vous faire un procès parce que vous n’avez pas le droit, c’est la propriété intellectuelle, etc. »

Mag : C’est honteux. Ce mec-là qui va faire un procès à des gens qui vont aider en pleine crise, comme ça, il ne ferait pas mieux de se taire !

Luc : C’est ambigu parce que tu peux imaginer que la fiabilité des valves ne soit pas du tout la même et, du coup, que ces valves imprimées en 3D soient relativement dangereuses. Mais après tu diras qu’entre pas de valve du tout et une valve qui marche moins bien, il n’y a pas photo !

Mag : Ils se dépêchent d’en reproduire et les valves qui sont faites sont là en urgence le temps que les nouvelles arrivent, mais tu ne fais pas un procès !

Luc : C’est ça le problème, vu l’urgence tu peux effectivement essayer d’arrondir les angles en disant « utilisez vos valves, on vous en envoie d’autres, vous nous envoyez les factures, on se dépêche, on essaye d’être au taquet pour sauver des vies ». C’est là où effectivement ça fait mal.

Mag : Un euro la valve, ne me dites pas qu’ils font du bénef dessus !

Luc : C’est toujours difficile à estimer dans le sens où, quand tu produis un outil quelconque, il y a toute la recherche et les gens tu les payes. Après ça, tu vas avoir toute la maintenance, il faut qu’il y ait des gens qui soient constamment disponibles, etc. Après, peut-être qu’ils se font des bénefs de fou furieux dessus, ils ne seraient pas les premiers à être sur des marchés de niche où ils s’en mettent plein les poches ; c’est très possible aussi.

Mag : J’y crois moyen.

Luc : Avec ce niveau de différence, c’est très possible.

Manu : sur les respirateurs il y a des médecins qui font preuve d’inventivité, je suppose que c’est le bloc qui pousse l’air pour pousser sur quatre patients en même temps, et effectivement ils ont mis en place des petites pièces qui permettent de dériver le flux d’air et de le réutiliser. C’est un peu à l’arrache, parce qu’ils n’en ont pas assez, mais ça a l’air d’être de l’inventivité au moment où on en a besoin. Sachant qu’il y a plein de gens qui sont en train de faire des masques en ce moment, de plein de manières différentes, avec différents niveaux de qualité, y compris des particuliers.

Luc : On parle de médecine de catastrophe. Donc il s’agit de s’adapter à des situations exceptionnelles avec beaucoup de gens qui vont mourir, donc on pare au plus pressé.

Mag : À la guerre comme à la guerre !

Luc : Ce que je trouve aussi intéressant par rapport à ces démarches open source, une des démarches de certains projets en tout cas, c’est de faire des appareils qu’on puisse construire soi-même avec des gens compétents, mais pas nécessairement avec des outils de folie, donc pas nécessairement des trucs qui vont être de top qualité, mais qu’on peut construire rapidement et avec des moyens modestes. C’est hyper-intéressant pour les pays moins développés. On sait que la maladie est en train d’arriver en Afrique et il va y avoir potentiellement beaucoup de morts parce qu’il y a un manque de moyens et là, effectivement, un respirateur qui puisse être produit localement rapidement, même si ce n’est pas du aussi haut niveau que du matériel professionnel très cher, eh bien il a le mérite d’exister là où il n’y aurait rien. Et ça aussi c’est une valeur énorme.

Mag : Article suivant : korii, « Wikipédia gagne la guerre contre la désinformation sur le COVID-19 », par Antoine Hasday.

Luc : Voilà une autre démonstration de la puissance du Libre. Évidemment, avec des évènements pareils, il y a des tas d’informations qui circulent dans tous les sens.

Manu : De désinformation et de rumeur.

Luc : On voit que Wikipédia, derrière, a su mobiliser des gens déjà fiables, sérieux, compétents aussi, qui ont réussi à faire le tri et à faire le ménage.

Mag : Ce qui est extraordinaire c’est que toutes les conneries qu’on peut entendre sur le COVID sont aussi sur Wikipédia. Ils ont fait une page spéciale désinformation2 avec une petite section pour les conneries de l’administration Trump. Aller voir pour se marrer.

Luc : C’est ça que je trouve assez fabuleux, c’est que finalement on arrive dans une situation où il y a un certain nombre d’institutions publiques qui devraient en théorie être les trucs sérieux en qui on devrait avoir confiance, Trump tout particulièrement, qui racontent d’énormes conneries, donc participent à la désinformation et à l’ambiance de parano.

Manu : On ne peut jamais tout à fait faire confiance à certaines administrations. Après tout la Chine c’est le premier cas, on sait qu’ils ont bloqué l’information, on en a déjà parlé dans le passé et on ne peut jamais être certain exactement de ce qu’ils nous fournissent comme information : ils contrôlent et ils ont d’autres intérêts qui sont en jeu. Ce n’est pas beaucoup mieux avec les hommes politiques qu’on a en Europe. Par exemple, dans quelle mesure on fait toujours confiance à tout ce qu’ils nous disent parce que des fois il y a des choses qui peuvent aller à l’encontre de leur carrière, de leurs décisions passées, qui peuvent se révéler mauvaises à un moment donné. Ils peuvent être tentés de les retenir pour les orienter dans d’autres directions.
Il est même question que la Russie puisse utiliser le COVID-19 pour perturber des élections futures. N’oublions qu’il y a les élections de Trump [élections américaines, NdT] qui arrivent et là, si c’est bien le cas que la Russie à cet intérêt à créer de la dissension dans les pays occidentaux, il y a une occasion phénoménale pour eux sachant qu’à côté ils revendiquent le fait de ne pas avoir beaucoup de malades dans leur pays.

Luc : L’article sur cette question de Wikipédia parle aussi des GAFAM. Il dit que les GAFAM devaient peut-être s’inspirer de Wikipédia. Mais là où ça ne marchera pas c’est que Wikipédia c’est beaucoup d’humains qui sont de bonne volonté et qui ont envie de bien faire alors que les GAFAM sont là pour gagner de l’argent, donc ils font appel à des systèmes automatiques pour que ça leur coûte moins.

Manu : Dans une certaine mesure.

Luc : Dans une certaine mesure ou à des gens payés au lance-pierre qui font ça en boucle toute la journée et qui, du coup, ne sont pas là pour faire bien, ils sont là pour gagner leur vie avec un boulot pas facile.

Manu : Pire encore, les personnels qu’ils utilisent, qui sont payés au lance-pierre, ressortent de tout ça avec des stress post-traumatiques parce qu’on leur montre en permanence, toute la journée, des choses qui sont juste affreuses. Sans même parler du COVID-19 et de la désinformation, il y a plein de cas où ces gens-là sont juste en burn-out à la sortie. On ne connaîtra jamais forcément parce que c’est toujours dans d’autres pays. Ils se débrouillent pour mettre ça dans d’autres pays.

Luc : En plus, je pense que les gens qui font ce genre de boulot de base ça doit être des sous-traitants, je pense que les GAFAM ne les embauchent pas directement. Ce sont des gens à qui on ne demande pas d’être intelligents, on leur demande juste d’appliquer bêtement une consigne, genre on ne veut pas voir de téton.

Manu : Ah oui, pas de téton, ça jamais, jamais !

Luc : Donc on imagine ce que ça donne dans des situations comme ça avec des intérêts divergents, de la panique, des trucs comme ça. Forcément c’est compliqué.

Manu : Ils font quand même des efforts, ils ont besoin de montrer qu’ils font des efforts. Il y a Facebook qui revendique d’avoir un groupe qui travaille à des pompes open source. On pourrait peut-être aller par là.

Luc : Sur ce coup-là, Facebook ne revendique rien du tout, ce sont juste des gens qui s’organisent sur Facebook pour travailler sur un de ces projets. Rappelons qu’en faisant ça, tout ce qu’ils mettent dans Facebook, ils le cèdent à Facebook, même s’ils le mettent sous une licence libre, ils ont cédé leurs droits à Facebook. De l’intérêt de réfléchir aux outils qu’on utilise.

Mag : Le dernier article : Heidi.news, « Les biohackers se mobilisent contre le coronavirus », par Fabrice Delaye.

Manu : C’est une initiative, l’Open-Source-COVID-19, qui a été lancée par des militants d’après l’article. On ne connaît pas trop la profondeur, la disparité des gens qui interviennent là-dedans, mais en gros son but c’est d’être un laboratoire géant au niveau de la planète pour créer des moyens de détection plus simples, moins chers, pour détecter le virus et éventuellement trouver ensemble des moyens de contrecarrer sa propagation ou de traiter les effets secondaires. C’est quelque chose qui est intéressant, mais on ne sait pas encore ce que ça va donner ou ce que ça peut donner.

Mag : En tout cas, ça sera une information qui va être distribuée à tout le monde, quel que soit son pays, sa langue et ses moyens financiers. Rien que pour ça, ça mérite d’être salué.

Luc : Oui, parce que, encore une fois, tous les pays du tiers-monde qui n’ont pas les moyens, ce ne sont pas des marchés rentables pour les grosses boîtes, elles ne vont pas miser là-dessus. Aujourd’hui on parle beaucoup de la potentielle efficacité d’un remède contre le paludisme, or c’est typiquement une maladie qui touche énormément de gens dans le monde mais qui n’a pas beaucoup été étudiée, sur laquelle on n’a pas beaucoup misé, un peu mais pas tant que ça. Les premiers à vraiment s’intéresser c’étaient plutôt les militaires américains parce qu’ils envoyaient des troupes à droite à gauche et c’était plutôt pour eux. Du coup, on voit comment avec le Libre on arrive à avoir quelque chose de beaucoup plus humain. Comme on n’est pas là pour faire du profit, on peut faire des choses qui permettent à des gens qui n’ont pas les moyens de se soigner et d’éviter d’être soumis à tout ça.

Mag : C’est incroyable toutes les choses positives qui peuvent arriver en temps de crise. Il faut reconnaître ça. Je préférerais éviter les crises, mais il y a plein de choses collaboratives qui sont faites et ça mérite d’être salué.

Manu : En partie grâce à Internet et au logiciel libre, on pourrait parler de l’intelligence des foules, l’intelligence du monde quand on lui demande de contribuer.

Luc : Il y a les deux. Toutes ces histoires me font penser à ce qui se passe, on en a déjà parlé dans le podcast il y a longtemps, heureusement, qui sont les groupes qui s’organisent pour offrir des services cartographiques en cas de catastrophe, que ce soit des guerres, autour d’OpenStreetMap3, même si ce n’est pas un projet d’OpenStreetMap même, mais je suppose qu’on devrait trouver pas mal de gens dedans qui sont OpenStreetMap par ailleurs. Ce sont des gens qui sont formés pour ça, qui sont des bénévoles, et quand il y a un tremblement de terre, une guerre, ils récupèrent des photos aériennes, des photos satellites et ils vont bosser pour produire très rapidement une carte qui permette aux gens sur le terrain d’intervenir, de savoir où les routes passent, où elles ne passent pas, etc.

Manu : Je crois que c’était à Haïti où effectivement, grâce à leurs cartes, les gens qui intervenaient sur place pouvaient avoir une idée de ce qui avait été bougé, mais aussi de là où les gens s’étaient finalement installés. On voit les tentes et on voit les regroupements de personnes, ça permet de mieux intervenir. Sans que ce soit parfait c’est un travail en constant développement. Là on est au début de quelque chose qui pourrait donner lieu à ce genre d’initiative.

Mag : En tout cas, c’est toujours mieux que de ne rien avoir.

Luc : Ce que je trouve intéressant aussi, c’est qu’on voit que quand il y a urgence et quand il y a des gros enjeux, eh bien on va vers ce genre de solution dans le partage. Dans les articles il y avait également un laboratoire Pfizer qui n’est pas du tout dans le partage et qui finalement dit : « On va mettre en open source des outils qu’on a pour que tout le monde puisse progresser ». On voit que tous ces systèmes de fermeture ne sont pas du tout dans l’intérêt général. Ce sont vraiment des trucs pour que l’intérêt particulier s’en mette plein les poches et garde du contrôle là-dessus.
Ce que je trouve intéressant et après cette crise-là, ça va être aussi le rôle de l’informatique parce qu’aujourd’hui il y a énormément de choses qui sont organisées au travers de ça, sur savoir où sont les malades, où sont les places d’hôpital, etc. On a des GAFAM lorgnent sur les données de santé. On rappelle qu’il n’y a pas très longtemps Amazon a passé un accord avec l’équivalent de la sécurité sociale britannique pour que Amazon puisse taper dans les données, organiser et gérer toutes les données de santé des Britanniques. Je ne serais pas étonné qu’ils viennent avec des solutions clés en main en cas d’épidémie.

Manu : Ça fait un moment que Google lorgne là-dessus. Ils sont en association avec des assurances et ils voudraient pouvoir optimiser les données de santé. Parfois il y a des choses qui sont louables : essayer d’utiliser les données de la foule pour en retirer des informations qui permettent ensuite de faciliter les traitements, mais c’est rageant que ça passe par des nœuds comme les GAFAM. Leur donner d’autant plus de pouvoir c’est un peu énervant alors que, finalement, à qui on devrait le donner ? Eh bien aux médecins, on devrait le donner à des groupes qui sont constitués de manière internationale, l’OMS aurait peut-être son mot à dire. Il ne faut pas centraliser, éviter autant que possible, décentraliser tout ça, faire en sorte que ce soit utilisable et réutilisable par tout le monde.

Mag : Du coup je vous dis à la semaine prochaine.

Manu : À la semaine prochaine.

Luc : Salut tout le monde.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (31 mars 2020)

ven, 03/27/2020 - 15:26
Start: 31 Mars 2020 - 15:30End: 31 Mars 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

60e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 31 mars 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal portera sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais, avec William Gonzalez, délégué à la protection des données, et membre de l'April.
  • Le sujet principal se poursuivra par un échange avec William Gonzalez sur son livre : « Une expérience libre ».
  • La chronique « Les transcription qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, qui partagera son analyse de l'évolution des sujets du Décryptualité de ce dernier mois.

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 31 mars 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 31 mars 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

#59 Agilité et logiciel libre - Mozilla - le jeu du Gnou - « Libre à vous ! » diffusée mardi 24 mars 2020 sur radio Cause Commune

mar, 03/24/2020 - 15:30

Au programme : Agilité et logiciel libre, la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah, et le jeu du Gnou dans le cadre de la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 59e émission :

  • La chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur Mozilla.
  • Notre sujet principal portera sur l'agilité (un groupe de pratiques basées sur l'auto-organisation d'une équipe, l'ajustement permanent et mutuel… pour viser la satisfaction des équipes et de la structure cliente) et le logiciel libre.
  • La chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni qui portera sur le projet du jeu du Gnou, avec une interview de mohican, bénévole à l'April et animateur du blog « Libère ton ordi ».
  • diverses annonces

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

S'abonner au podcast

-->

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour l'échange sur l'agilité et le logiciel libre
  3. Références pour la chronique « Itsik numérique »
  4. Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » sur le jeu du Gnou
  5. Références pour la partie sur les annonces diverses
  6. Pauses musicales
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Alexis Monville, « membre de l'équipe de leadership de l'engineering chez Red Hat »
  • Emmanuel Revah
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Mohican, bénévole à l'April et animateur du blog Libère ton ordi

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Nextcloud Talk

Références pour l'échange sur l'agilité et le logiciel libre Références pour la chronique « Itsik numérique » Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » sur le jeu du Gnou Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

La playlist « Libre chez vous ! » : 8 h de musiques libres

mar, 03/24/2020 - 09:00

Pour les pauses musicales de l'émission Libre à vous ! nous diffusons exclusivement des musiques libres. Plus de 8 h de musiques diffusées depuis la première émission en mai 2018, un grand merci aux artistes. Voici la compilation de toutes les musiques diffusées dans l'émission.

Écoutez la playlist Libre chez vous !

Cette liste de lecture peut être écoutée avec un lecteur audio.

Décryptualité du 23 mars 2020 - Des solutions libres face au COVID-19

mar, 03/24/2020 - 01:17

Écouter ou télécharger le décryptualité du 23 mars 2020 (14 minutes 30 secondes)

Face à la pandémie, de nombreuses initiatives s'appuient sur le libre et ses principes pour proposer des solutions rapides et faciles à mettre en oeuvre et mieux travailler ensemble.

Decryptualité sur Mastodon

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Télétravailler et garder des contacts à l'extérieur en période de confinement avec le libre - Décryptualité du 16 mars 2020

lun, 03/23/2020 - 16:13


Titre : Décryptualité du 16 mars 2020 - Télétravailler et garder des contacts à l'extérieur en période de confinement avec le libre
Intervenant·e·s : Manu - Mag - Simon - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 16 mars 2020
Durée : 15 min 15 s
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 11 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Tux, GCompris - Licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 2.0 France.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Avec le confinement à domicile en période d'épidémie, le libre offre des alternatives pour travailler, étudier et conserver des liens avec ses proches sans avoir besoin de vendre sa vie aux GAFAM ou au logiciel privateur.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 11. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Simon.

Simon : Salut Luc

Luc : Nous avons Simon à distance, non pas parce que c’est le coronavirus et qu’on est tous assignés à résidence, mais parce que Simon habite très loin. Et même s’il habitait près, peut-être qu’effectivement il n’aurait pas pu venir. En tout cas c’est une nouveauté dans notre podcast, on a maintenant la capacité d’avoir des gens à distance. Simon était déjà venu une fois ou deux quand il était de passage à Paris. Maintenant on va pouvoir t’avoir dans le podcast à intervalles réguliers, ce qui ce qui est très cool.

Simon : On colle bien à l’actualité.

Luc : Eh oui ! On se lance dans la revue de presse. Qu’est-ce qu’on a au sommaire ?

Mag : Au sommaire on a cinq petits articles. On va commencer par Maddyness, « Dans l'économie confinée, le numérique est sur le pied de guerre ».

Manu : Ça parle de ce que l’on vit en ce moment et on va en discuter juste après.

Mag : Next INpact, « Health Data Hub : un collectif critique le choix Microsoft », par Marc Rees.

Manu : C’est une problématique assez importante, la santé, et il se trouve qu’il y a des marchés publics qui sont en train d’être mis en place où les données de santé de l‘État et de la nation française vont être mises sur des plateformes en nuage dont celle de Microsoft, ce qui pose des problématiques. Il y a des associations, il y a des entreprises qui se sont montées en collectif pour se plaindre un petit peu de ces choix-là, ils les remettent en question. Il y a des choix à faire et notamment de ne pas tout donner à une grosse entreprise multinationale américaine.

Mag : De toute manière, il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier !

Manu : Il y a de ça !

Mag : ZDNet France, « Voici pourquoi les bugs dans les logiciels open source ont atteint un niveau record », par Liam Tung.

Manu : En gros, allez, je donne tout de suite la réponse, il y a plein de bugs qui viennent d’être remontés ces derniers temps, c’est parce qu’il y a des entreprises qui ont des outils d’analyse automatique et elles ont mis en commun, elles ont publié tous les bugs qui ont été indiqués grâce à ces outils. C’est très bien mais c’est juste que statistiquement ça fait beaucoup de remontées de bugs d’un coup, des milliers, donc ça fait un peu bizarre, maintenant il va falloir les corriger.

Mag : La Gazette de la Défense, « À l'Electrolab, les membres s'occupent aussi de satellites ».

Manu : C’est un hackerspace à Nanterre qui travaille, c’est bizarre, sur des satellites, notamment des microsatellites qui ont été envoyés dans l’espace et l’espace proche. Ils ont des mécanismes, des moyens de les contrôler, d’y accéder, il y a des données scientifiques qui sont en train d’être récoltées. Ce hackerspace est utilisé en fait comme un back-up. Au cas où les centres dits officiels de gestion de ces connexions-là ne marcheraient pas, eux peuvent être utiles et utilisés en dernier recours. C’est plutôt sympa, c’est assez puissant.

Mag : ZDNet France, « Linux/Open source : le point sur les événements annulés », par Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : Le point qui est en plein cours, c’est-à-dire qu’il y a plein d’évènements dans le monde du logiciel libre, notamment il y a Libre en Fête qui était en train de se mettre en place. C’est une activité printanière qu’on fait tous les ans pour mettre en avant le Libre d’une manière générale, plein de choses, et plein de choses qui sont toutes les unes après les autres en train d’être annulées, c’est normal, parce qu’on n’a plus le droit de sortir à cause d’un virus.
On peut essayer de continuer et justement le sujet que je propose cette semaine c’est de parler de comment s’en sortir en cette période de confinement, notamment avec du logiciel libre. Le sujet est très vaste et on pourrait même commencer par parler de ce qui se passe hors du monde du logiciel libre pour ce confinement.

Luc : Oui, puisqqu’on a tous des incitations à faire du télétravail, or ça n’est pas possible pour tout le monde, n’est-ce pas Magali ?

Mag : Non, pour moi ce n’est pas possible. Je ne peux pas vendre à partir de chez moi. Il faut que j'amène les livres aux clients si je veux continuer à faire du chiffre.

Luc : Jeff Bezos y arrive bien pourtant !

Mag : Luc, tu sors !

Luc : Des fois on a des métiers qui nécessitent d’être présent physiquement et des fois, même quand on est dans l’informatique et dans le monde de la dématérialisation on n’y arrive pas non plus, n’est-ce pas Manu ?

Manu : Oui, je fais de la sécurité un peu fort et effectivement je n’ai pas du tout accès à distance ; il n’est même pas question que ce soit possible ni de près ni de loin. Si on a besoin de moi on m’appelle, je me déplace.

Luc : Toi Simon, le télétravail tu connais ?

Simon : Moi oui, je le pratique depuis plusieurs années. À partir du moment où on est informaticien et qu’on a quitté la capitale, c’est quasiment du télétravail. Par solidarité avec tous les autres télétravailleurs forcés de France récemment, j’ai décidé, dans mon confinement lointain de la campagne des Deux-Sèvres, d’arrêter de travailler depuis mon bureau et de rester dans mon salon. Voilà !

[Rires]

Luc : Ça fait chaud au cœur, je suis vraiment très content, je travaille depuis mon salon également puisque que je suis également assigné à résidence et à faire du télétravail. Moi je n’aime pas trop ça, parce que j’aime bien avoir des gens autour même si je ne leur parle pas.

Mag : Ne t’inquiète pas Luc, on arrive tous les deux.

Luc : C’est ça. En tout cas, avec toutes ces incitations à se mettre au télétravail et tout ça, il y a plein d’outils qui commencent à être utilisés dans tous les sens. Il y a plein de gens qui n’en faisaient pas avant qui sont obligés de se lancer et ils ont tendance, malheureusement, à se tourner vers des outils proprios, ceux qui sont les plus connus, les machins des GAFAM et c’est bien dommage !

Manu : Ça fait mal au cœur parce que c’est en gros une période où on sait qu’on va se faire avoir, on va se faire embrigader dans des briques logicielles et des outils que les entreprises vont payer ; elles vont raquer pour obtenir et utiliser. C’est un peu rageant parce qu’on sait que tous ces outils nous enfument un peu commercialement!

Luc : Il y a plein de services ou de choses comme ça qui sont prêts à faire plein d’efforts. Ils disent « nous on est hyper-solidaires, donc on va mettre les moyens, c’est gratos, etc. », et ça paraît hyper-positif, mais en même temps ceci est effectivement une bonne manœuvre pour capter les gens.

Manu : Aux États-Unis il y a plein de quotas – il semblerait, parce qu’on n’y est pas – notamment pour les accès à Internet, pour la connectivité et ces quotas-là viennent d’être levés, alors que pourtant ils étaient supposés permettre d’avoir un réseau qui fonctionne, eh bien là, dans le cadre où tout le monde va passer par le réseau, malgré tout on va permettre à tout le monde d’accéder sans limite : il n’y aura pas de surfacturation, il n’aura pas de blocage, il n’y aura pas de déconnexion intempestive parce que les fournisseurs d’accès ont peur d’être attrapés en train d’être des mauvais citoyens un petit peu du monde, effectivement ce ne serait pas une bonne période pour le faire.

Luc : Pour les États-Unis en tout cas.

Manu : Donc on se rend compte qu’effectivement c’étaient des quotas qui étaient là.

Luc : Il faut rappeler que dans certains pays, contrairement à nous en France, l’Internet y compris à la maison fonctionne comme l’Internet sur téléphone mobile, c’est-à-dire que c’est à la bande passante : quand on a consommé un certain quota ça coupe, c’est le cas en Belgique notamment et aux États-Unis. Le tarif est fixé en fonction de ce que les gens sont prêts à payer et non pas du coût.

Mag : Comme quoi c’est important de soutenir la neutralité du Net1.

Luc : Tu parles de neutralité du Net. On a un autre truc qui a été annoncé qui démontre que les circonstances permettent d’aller attaquer à nouveau ce point essentiel.

Simon : Tout à fait. On voit les mêmes acteurs qui jusque-là plaidaient pour abolir la neutralité du Net en voulant mettre en place un Internet à deux vitesses pour que les services, par exemple qui font du commerce, qui font du chiffre, avec des besoins importants comme Netflix ou YouTube qui diffusent beaucoup de contenu et consomment beaucoup de bande passage, puisque c’étaient les clients les plus payants, on voulait mettre ces flux en priorité. Aujourd’hui, dans la panique inverse, on voit les mêmes personnes plaider pour à nouveau la fin de la neutralité du Net en demandant à ce que les flux de l’Internet qui sert de récréation et qui ne sont pas prioritaires à leurs yeux soient finalement déclassés, ces mêmes Netflix et YouTube soient mis en retrait pour permettre aux flux importants des médecins, des diagnostics, d’avoir lieu à la place.

Luc : Et du télétravail.

Simon : Je pense que la position de La Quadrature du Net2, là-dessus, ne bougera pas. La neutralité du Net c’est quand on reste impartial par rapport à ce qui est transmis, à ce qui traverse. Avec le prétexte pour ou contre Nexflix, on est sur un mauvais prétexte et on devrait conserver le fonctionnement tel qu’il est.

Mag : Puisque vous parlez de télétravail qui doit être mis en avant, effectivement il y a plein de gens qui sont en télétravail depuis quelques semaines et qui vont utiliser des services. Il y a plein d’alternatives qui leur sont proposées. Dans les services auxquels je pense, je pense à tous les « framaservices » qui sont proposés par Framasoft3, mais vu que Framasoft est en train d’être totalement débordée, n’hésitez pas à aller les chercher sur le site chatons.org4, chatons, je répète Collectif d’hébergement Alternatifs .

Simon : Des Hébergeurs.

Mag : Quoi ? Ce n’est pas ça ?

Simon : C’est la première fois que tu vas te planter !

Mag : C’est parce que tu me regardes bizarrement, tu m’as mis le doute ! Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Ce sont plein d’associations mais ce sont aussi des entreprises qui vous proposent des logiciels qui sont hébergés sur leurs serveurs à elles et que vous pouvez utiliser.

Simon : Des services sur Internet pour pouvoir se passer des gros services des GAFAM.

Manu : Il semblerait que les pads sont passés de 2000 utilisations quotidiennes à des…

Luc : EHPAD, ce sont des endroits où il y a les vieux qui risquent de mourir ? C’est ça ?

Manu : Les pads ce sont des échangeurs de texte, des outils où on peut écrire en commun et effectivement les framapads, les étherpads sont en train d’être submergés ; il y a pas mal de gens qui les utilisent qui parlent en italien et qui ont besoin d’aide.

Luc : Ce sont des outils très pratiques. Après, pour les entreprises pures et dures, il y a d’autres problématiques qui se posent. Il y a ce qu’on appelle un VPN [Réseau privé virtuel], ce sont des logiciels plutôt pros, plutôt pour les gens qui font du réseau mais qui permettent de s’assurer que la communication entre le poste de travail et l’infrastructure de l’entreprise soit bien sécurisée. Ce sont des logiciels qu’il faut avoir, il y en a en libre, bien entendu. Si on a une entreprise qui ne faisait pas de télétravail et qui, soudainement, a besoin de mettre ça en urgence, il y a deux solutions : soit elle prend un truc libre qui marche très bien, soit elle va voir son service comptable, c’est beaucoup plus long, c’est beaucoup moins souple et ça c’est une des grosses vertus du Libre, c’est la souplesse que ça permet.

Mag : Il y a d’autres outils comme tout ce qui est gestionnaire de tâches, gestionnaire de tickets qui permettent de suivre l’avancement d’un projet quel que soit l’endroit où on est. Je sais qu’on utilise beaucoup le Redmine.

Luc : Ces outils sont super intéressants parce que ce sont des outils très efficaces et c’est peut-être l’occasion justement de s’y mettre et d’aller découvrir de nouvelles choses.

Manu : Il va falloir passer sur de la vidéo et de l’audio parce qu’à un moment donné on a besoin de faire des réunions avec ses équipes de travail, des réunions avec ses employeurs.

Simon : C’est une des choses que le Net permet déjà de réaliser de manière efficace. Moi, du fin fond de ma campagne, il faut quand même que je discute avec mes clients parisiens régulièrement et je le fais généralement en me servant de la solution hébergée meet.jit.si5.

Manu : On prononce jitsi.

Simon : Jitsi oui, qui propose de la visioconférence, audio et vidéo, qui s’appuie sur le standard WebRTC, ça fonctionne donc directement dans le navigateur. Pas besoin d’installer quelque chose. On va sur le site, on crée un salon, on obtient l’adresse du salon en question, adresse web que l’on peut transmettre à tous les participants qui rejoignent alors la discussion en cliquant simplement dessus et en chargeant cette page dans leur navigateur.
Les conférences peuvent avoir lieu à plusieurs, c’est une partie incomplète des besoins de télétravail. Il y a besoin de ces échanges à la limite un peu informels et il y a aussi besoin de stocker et d’échanger des informations qui restent. Pour ça, au sein d’une entreprise qui s’y est préparée à l’avance, il y a tout simplement la possibilité de mettre les disques durs en réseau, accessibles de manière sécurisée depuis Internet, ce qui permettrait à tous les employés de partager des documents qui seraient le compte-rendu d’une réunion qui vient d’avoir lieu, quelque chose qui reste, qui se stocke. Je voulais encore citer l’exemple d’une petite entreprise française qui s’appelle algoo.fr6, qui a réagi rapidement aux annonces du président de la semaine dernière pour mettre en avant le logiciel libre qu’elle développe d’échange de notes, de partage en entreprise de gros fichiers, de divers besoins de collaboration à distance des équipes et qui a, dans la nuit, mis en place une instance de meet.jit.si pour compléter son offre de service et permettre au plus grand nombre de se mettre à collaborer via l’Internet.
Il est intéressant de noter que pour que des petites entreprises de ce type-là puissent émerger, se faire connaître, voire réagir durant le week-end pour mettre en place une nouvelle offre de service, il est indispensable de conserver quelque chose dont on vient de parler qui est la neutralité du Net. Si on commence à prioriser des flux dans tous les sens, cette petite entreprise qui, elle, est pourtant rapide et agile, n’aurait pas la priorité suffisante pour mettre en place ce nouveau service qui est pourtant déjà utilisé à grande échelle.

Luc : On a également tous les enfants qui ne sont plus à l’école et qui doivent, dans la mesure du possible, continuer à bosser.

Mag : Le recteur a été missionné par le ministre de l’Éducation nationale, ils ont mis en place des sites et il y a le CNED [Centre national d’enseignement à distance] qui va être super bien pour les enfants !

Luc : Il faudrait que ce soit déjà en place. Il semblerait que le CNED ait du mal et soit un petit peu débordé. Les ENT, les Espaces numériques de travail de l’Éducation nationale, ne fonctionnaient déjà pas avant. Actuellement, il y a plein de gens dans tous les coins, des parents, des élèves, qui montent avec des outils propriétaires des trucs pour échanger, pour essayer de continuer à travailler ; les parents ont dû s’improviser profs, ce n’est pas facile. Là ce sont les mêmes outils, on ne pas les lister à nouveau. On peut travailler avec des outils libres et éviter de donner toutes les données des élèves aux GAFAM.
On a également des ressources éducatives libres. On peut citer AbulÉdu7 qui est une association de libristes du côté de Bordeaux qui travaille là-dessus. Il y a des ressources éducatives libres, il y a une page sur Wikipédia qui les liste et qui fait notamment référence à des trucs de l’Unesco.

Manu : Il y a Sésamath8.

Luc : Ce sont des manuels de mathématiques. GCompris9 qui est un logiciel plutôt pour les petits.

Simon : Oui, un logiciel avec plein d’activités, de jeux, c’est progressif, c’est pédagogique, c’est très bien fait GCompris.

Mag : Et les Wikibooks10.

Luc : Et les Wikibooks également. Et en dernier lieu, tous les gens qu’on ne va pas pouvoir voir parce qu’on va être coincé chez soi, la vie sociale va en prendre un coup. Avec les outils qu’on a cités, on peut continuer à garder du contact avec des gens qui peuvent être à plusieurs endroits à la fois puisqu’on peut faire des conférences.

Mag : Pour ceux qui font du jeu de rôle, un peu comme nous, il y a un petit logiciel qui s’appelle Rolistik11 qui permet de faire du jeu de rôle en ligne.

Simon : Développé par Renaud.

Mag : On avait rencontré Renaud qui est adorable.

Manu : Et qu’on va devoir tester dans les jours qui viennent.

Luc : Je pense, oui.

Simon : Il y a plein de petits jeux vidéos en ligne dont l’objectif est surtout d’être connecté en même temps avec d’autres et de pouvoir discuter un peu. C’est l’occasion d’explorer tout ça.

Luc : Il y a plein de gens qui jouent en ligne. Avant d’être assignés à domicile, ils se sont assignés tout seuls, c’est peut-être l’occasion de tester, de découvrir et de voir si c’est aussi pourri que ça pour ceux qui ne jouent pas.
Delta Chat12, Simon, c’est un truc dont tu nous avais parlé que je ne connaissais pas.

Simon : C’est un logiciel qui s’installe sur les téléphones, qui a été conçu pour ça, mais qui existe aussi sur les ordinateurs classiques et qui permet de faire de la messagerie, de remplacer les SMS et les MMS, de s’échanger des photos, de s’échanger des enregistrements ou des vidéos, en groupe, de manière chiffrée tout à fait sécurisée et sans serveur centralisé, sans entreprise en position dominante capable de nous espionner.

Mag : Un truc pour remplacer WhatsApp, quoi !

Simon : C’est tout à fait l’usage.

Luc : En introduction on parlait de Libre en Fête, eh bien on peut aussi utiliser le streaming pour faire du Libre en Fête par Internet puisqu’on ne peut pas se rencontrer dans la vraie vie.
On se retrouve la semaine prochaine si on a survécu.

Manu : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Simon : Salut.

Luc : Salut.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (24 mars 2020)

lun, 03/23/2020 - 16:13
Start: 24 Mars 2020 - 15:30End: 24 Mars 2020 - 17:00 <?php add_metadata_social_networks("https://april.org/files/libre-a-vous/lav-1200x630-2.jpg","Bannière de l'émission"); ?>

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

59e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 24 mars 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal portera sur le thème de « Agile et Logiciel Libre : Une rencontre sur les valeurs et principes »
  • la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur Mozilla
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur le projet du jeu du Gnou

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 24 mars 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 24 mars 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 17 mars 2020

lun, 03/23/2020 - 13:19


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 17 mars 2020 sur radio Cause Commune
Intervenants : Sylvain Kuntzmann - Aurélien Couderc - Michel Memeteau - Vincent Calame - Frédéric Couchet - William Asgavari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 17 mars 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. MuseScore, un logiciel libre d'édition de partitions musicales
  2. Achat de matériel et logiciels libres : ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, téléphones mobiles
  3. Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, sur le télétravail
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
L’achat de matériel, ordinateurs, téléphones, et le logiciel libre ce sera le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales et aussi un sujet bien dans l’ordre du jour, le télétravail.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio diffuse désormais également en DAB+ [Digital Audio Broadcasting] 24 heures sur 24, c’est la radio numérique terrestre avec notamment un meilleur son. Pour capter le DAB+ c’est gratuit, sans abonnement, il faut juste avoir un récepteur compatible avec la réception DAB+.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org. Vous y trouverez une page consacrée à l’émission avec des références et également sur le site de la radio, causecommune.fm.

Nous sommes le mardi 17 mars 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Je précise tout de suite que l’émission est diffusée dans des conditions exceptionnelles suite au confinement de la population. Toutes les personnes qui participent à l’émission sont chez elles. Nous diffusons en direct depuis Saint-Denis, Paris, Breuillet en Charente-Maritime, Aubagne près de Marseille et Clamart. D’un point de vue technique, nous utilisons le module de discussion de Nextcloud, un logiciel libre d’hébergement, de partage de fichiers, d’agendas et de bien d’autres fonctionnalités dont nous avons déjà parlé dans l’émission, c’était l’émission 54 du 18 février 2020.
Nous espérons que tout se passera bien et je vous prie de nous excuser par avance si des problèmes techniques se produisent.

Si vous voulez réagir, poser une question pendant ce direct, participer à la discussion, n’hésitez pas à nous rejoindre sur le salon web de la radio causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » et vous nous retrouvez sur le salon dédié à l’émission.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Maintenant le programme détaillé de l’émission du jour :
nous allons commencer dans quelques secondes par vous parler de MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales avec Sylvain Kuntzmann, enseignant, compositeur, musicien et bénévole à l’April ;
d’ici une quinzaine de minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur l’achat de matériel, ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, téléphones mobiles, avec Aurélien Couderc bénévole à l’April et Michel Memeteau, directeur d'ekimia.fr ;
en fin d’émission nous évoquerons le télétravail avec Vincent Calame dans le cadre de sa chronique « Jouons collectif » .
À la réalisation de l’émission aujourd’hui William Asgavari, que je salue. Bonjour William.

MuseScore, un logiciel libre d'édition de partitions musicales

Frédéric Couchet : Nous allons passer tout de suite au premier sujet. Nous avons le grand plaisir d’accueillir aujourd’hui Sylvain Kuntzmann qui est enseignant, compositeur, musicien, bénévole à l’April, qui va nous parler de MuseScore, un logiciel d‘édition de partitions musicales. Je précise tout de suite que Sylvain s’occupe de la post-production des podcasts de Libre à vous !, donc c‘est un grand plaisir que tu sois avec nous.
Bonjour Sylvain. Tu nous entends bien ?

Sylvain Kuntzmann : Oui. Bonjour. Bonjour Fred. Bonjour à tous. Je vous entends bien. Merci.

Frédéric Couchet : J’ai fait une courte petite présentation, mais est-ce que tu veux compléter ta présentation personnelle ?

Sylvain Kuntzmann : Elle est assez complète. Je suis principalement professeur de musique dans un petit conservatoire à Saint-Palais-sur-Mer. J’enseigne la formation musicale, ce qu’on appelait le solfège, et la musique électroacoustique. Je compose aussi de la musique pour des orchestres, des musiciens, ou pour de l’image, des documentaires. J’anime une toute petite maison d’édition qui s’appelle Loctanphare où j’utilise notamment MuseScore et d’autres logiciels libres.

Frédéric Couchet : D’accord. Super. Première question que j’ai envie de te poser. MuseScore c’est la notation musicale pour tout le monde, mais pourquoi écrire des partitions ?

Sylvain Kuntzmann : On écrit des partitions parce que, pour faire de la musique, quand on veut acheter des partitions, souvent le prix d’une partition peut être élevé. Souvent on achète un bouquin entier alors qu’on n’a besoin que d’une partition parmi tout le recueil qui est vendu ; c’est un petit peu de la vente forcée de recueil de partitions. Les derniers titres récents qu’on voudrait avoir, les derniers tubes à la mode on ne les trouve pas forcément en partition, il y a un grand délai avant d’avoir les titres disponibles en partition. On a une version papier, mais on voudrait avoir une version PDF pour l’échanger sur Internet et les partitions existent souvent pour les instruments les plus populaires, mais, pour son instrument, parfois la partition n’est pas disponible, donc on a besoin de la réécrire avec un logiciel.
Voilà les principales raisons pour lesquelles on écrit ou on réécrit la musique avec un logiciel.

Frédéric Couchet : D’accord. Super. D’où vient MuseScore ? Sa petite histoire ?

Sylvain Kuntzmann : Pour faire bref, MuseScore remonte au début des années 2000, en 2002. Werner Schweer qui est un informaticien allemand mais qui a une passion, il fait du piano, décide de créer un petit programme pour noter les morceaux de piano qu’il compose et ce programme il l’appelle Muse, m, u, s, e. Ce petit programme va ensuite se transformer en MuseScore, un éditeur de partition plus élaboré. Il y a deux autres personnes qui vont le rejoindre jusqu’en 2008, Nicolas Froment, un Français, et Thomas Bonte, un Belge, et ces trois-là vont créer le site internet musescore.org en 2008, développer toujours ce logiciel MuseScore et essayer de le porter vers le grand public.
En 2011 ils créent leur société, MuseScore BVBA, où les trois travaillent sur le logiciel et MuseScore continue de se développer avec une grande communauté qui se développe autour en tant que développeurs, traducteurs ou contributeurs de toute sorte. Ça devient tellement difficile à gérer à trois personnes que cette petite société créée en 2011 est revendue à Ultimate Guitar, une grosse société basée en Russie, en 2018, pour continuer à faire avancer le logiciel.
Voilà en gros l’histoire de MuseScore qui est à peu près le logiciel d’édition musicale le plus utilisé aujourd’hui dans le monde puisqu’on a des milliers de téléchargements par jour, c’est traduit en 66 langues, il y a plus de 1000 traducteurs, à peu près 200 développeurs et une bonne quarantaine qui sont très actifs. Ça en fait un logiciel qui est vraiment très actif et qui évolue rapidement.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est un peu comme VLC qui est, dans son domaine, le logiciel le plus téléchargé et c’est un logiciel libre. Finalement, dans la notation musicale, le logiciel le plus utilisé est aussi un logiciel libre et c’est MuseScore.

Sylvain Kuntzmann : Oui, c’est ça, tout à fait.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour les personnes qui ne connaissent pas trop l’écriture de la notation musicale, des partitions, etc., quelles sont les principales fonctionnalités de MuseScore ?

Sylvain Kuntzmann : C’est très simple, MuseScore permet de tout faire, mais, pour être précis, quand on voit une partition de musique, on voit des portées avec des notes, des rythmes, etc., eh bien MuseScore permet d’écrire ça, c’est-à-dire qu’on a une partition vierge sous les yeux, des portées comme ça sans rien et on vient poser nos notes et nos rythmes en utilisant différentes notations pour le piano, pour la guitare, la clarinette. Donc on a une partition « classique » entre guillemets qui s’écrit avec le logiciel.
On peut aussi faire des tablatures, donc pour tous ceux qui jouent des instruments à cordes, guitare notamment, la tablature c’est la façon d’écrire la musique en ayant sur les portées non pas des notes de « musique classique » entre guillemets, mais les chiffres qui correspondent aux cases que l’on pose sur les doigts, donc on peut écrire aussi en tablature. D’ailleurs les deux sont liés : je peux écrire de manière classique et ça me le transforme en tablature ou l’inverse, je peux écrire en tablature et ça me le transforme de manière classique automatiquement.

Donc on peut écrire des partitions pour un seul instrument, pour un orchestre entier. C’est tout à fait complet, opérationnel. Tout ce qu’on voit comme partition sur Internet ou dans le commerce on peut le faire avec MuseScore.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est de la composition, de la création. Tu as dit tout à l’heure que tu enseignes, donc je suppose que tu l’utilises beaucoup dans le cadre de l’enseignement et de l’apprentissage.

Sylvain Kuntzmann : C’est ça. Ce qui m’intéresse surtout c’est que mes élèves aient le même outil que moi, qu’ils puissent installer à la maison le même logiciel. Je me rappelle quand j’étais en fac on avait été formés sur un logiciel qui s’appelle Finale, qui coûtait très cher, on adorait aller faire nos cours, mais quand on rentrait à la maison on n’avait pas le logiciel, il y avait une grosse frustration. Le fait d’avoir un logiciel libre, ça nous permet de faire tomber cette barrière, et mon élève, chez lui, a le même outil ; ça c’est vraiment génial. C’est aussi pour ça que j’ai basculé sur MuseScore « à temps plein » entre guillemets dans mon utilisation parce que ça fait tomber ces barrières-là. Pour la pédagogie c’est vraiment super, d’autant plus dans ces temps de confinement où chacun va travailler un peu chez soi. Je sais que MuseScore, en ce moment, est très utilisé par beaucoup de professeurs et d’élèves.

Frédéric Couchet : D’accord. Si on veut l’installer, c’est disponible sur toutes les plateformes, il y a également une application mobile ? Comment on fait ?

Sylvain Kuntzmann : Si on veut l’installer, on va sur le site officiel qui est musescore.org. Il faut savoir que c’est multiplate-forme donc ça marche sur Linux, BSD, Windows et MacOS aussi. Pour Linux on a une AppImage qui est disponible mais aussi des paquets pour les principales distributions, Ubuntu, Gentoo, Mint, Debian, Fedora, etc.

Frédéric Couchet : On va préciser qu’une AppImage est une sorte de fichier binaire qui s’exécute tout seul.

Sylvain Kuntzmann : Oui, voilà, c’est ça, un prêt à l’emploi on va dire qu’on peut installer.
Pour utiliser MuseScore, on utilise l’ordinateur. On ne peut pas encore écrire et je pense que ce ne sera pas fait un jour, on n’écrit pas à partir d’une tablette ou d’un smartphone. Il y a des applications qui existent sur tablette ou smartphone, qui s’appellent MuseScore, mais c’est juste pour lire les partitions, ou les entendre, les écouter, les faire défiler. Mais pour fabriquer la partition, on reste sur l’ordinateur.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est disponible sur toutes les plateformes, les distributions libres GNU/Linux, les autres systèmes et applications mobiles.
Si on veut se former, est-ce qu'en dehors de l’utilisation dans les conservatoires – par exemple mon fils qui fait de la musique l’utilise au conservatoire – il y a des formations un peu plus générales, en dehors des conservatoires ou des formations en ligne ?

Sylvain Kuntzmann : Ça reste assez marginal. On peut déjà se former tout seul, en autonomie, parce qu’il y a une grande communauté qui est très active et il y a beaucoup de ressources, notamment toujours sur le site officiel où on a un forum qui est très réactif, des tutoriels, le manuel en ligne. On trouve aussi d’autres ressources sur des plateformes de vidéo, etc. Si on veut aller plus loin, on a aussi des cours en ligne, on va dire officiels, qui sont faits par AF MEDIA. AF MEDIA c’est Amandine Fressier qui est en Bretagne et qui a mis en ligne une plateforme de cours, en fait, de A à Z. Pour un abonnement qui est de 25 euros à vie, on peut accéder à tous les cours avec de la vidéo et de l’accompagnement, etc.
Maintenant, sur les formations en présentiel, c’est assez rare. On peut en faire soit dans des rassemblements comme le Capitole du Libre ou Pas Sage en Seine où on a parfois des conférences ou des ateliers, mais ça reste assez ponctuel. Sinon on a des associations ou des écoles de musique qui proposent des fois de former leurs adhérents, donc là on peut être sollicités pour venir faire une formation. Parfois c’est ouvert au grand public. Sinon les professeurs de musique, dans leur formation continue, ont maintenant accès à des stages de formation à MuseScore, mais finalement, les formations, j’allais dire en présentiel, sont encore assez rares sur le territoire.

Frédéric Couchet : OK ! D’accord. En introduction j’ai dit que tu t’occupes que la post-production des podcasts de Libre à vous !. Déjà merci pour ce travail intense et important.

Sylvain Kuntzmann : C’est avec plaisir.

Frédéric Couchet : On a lancé un appel pour te décharger et que d’autres personnes puissent éventuellement t’aider parce que tu fais ça quand même toutes les semaines. Est-ce que, en quelques mots, tu peux expliquer ce que représente le travail de post-production d’un podcast ?

Sylvain Kuntzmann : C’est finalement une autre manière d’écouter l’émission. On récupère l’enregistrement de l’émission. On récupère l’habillage de l’émission et les musiques qui sont diffusées. On va ensuite commencer par faire un nettoyage, donc on réécoute l’émission en faisant un nettoyage de tous les petits ratés de prononciation, les petits bruits de bouche, les choses comme ça, on essaye de nettoyer pour que ce soit le plus agréable possible à écouter ensuite. On replace les musiques et les jingles pour vérifier que tout est bien au même niveau. Tout ça, sur une émission d’une heure et demie, il faut compter deux heures, deux heures et demie d’écoute pour faire ça. Maintenant je n’écoute plus l’émission en direct, je l’écoute quand je fais le montage comme ça je gagne un petit peu de temps. Voilà en gros ce que ça représente. On se met dans un logiciel multipiste quelconque, Ardour ou autre, et on édite de l’audio comme ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour l’émission du jour ça va être un peu particulier pour toi, parce que tu vas t'auto post-produire, en plus avec un démarrage délicat. En tout cas, si des personnes ont des compétences et du temps pour aider Sylvain à la post-production des podcasts de Libre à vous ! n’hésitez pas à nous contacter.
Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose sur MuseScore ou sur autre chose, Sylvain ?

Sylvain Kuntzmann : Non, rien de spécial. Les références vont être ajoutées sur la page, donc les personnes pourront se référer aux différents liens qui seront insérés. En tout cas n’hésitez pas à essayer ce logiciel et à aller poser des questions parce qu’il y a beaucoup de personnes qui sont d’une grande aide sur la communauté, sur les forums, etc.

Frédéric Couchet : Les deux ressources principales en ligne, c’est musescore.org pour les ressources et pour les partitions en ligne il y a musescore.com.

Sylvain Kuntzmann : Oui, c’est vrai. Si on recherche une partition, même si on n’utilise pas MuseScore, le logiciel, MuseScore a une plateforme de partage de partitions, effectivement, où on a actuellement plus de 700 000 partitions. Toutes ne sont pas forcément des grandes partitions, des standards ou les derniers tubes à la mode, mais on a quand même un grand choix de partitions qu’on peut télécharger librement et échanger librement. Donc il ne faut pas hésiter à aller piocher là-dedans et à aller voir ce qui s’y passe.

Frédéric Couchet : OK. Merci Sylvain. Je te remercie et bon courage pour le traitement du podcast du jour.
C’était Sylvain Kuntzmann, enseignant, compositeur, musicien, bénévole à l’April qui nous a parlé de MuseScore, la notation musicale pour tout le monde.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter Les Rosalies par Ehma. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Les Rosalies par Ehma.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Les Rosalies par Ehma, disponible sous licence Art Libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.

Vous écouter l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Achat de matériel et logiciels libres : ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, téléphones mobiles

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui porte sur l’achat de matériel et la question du logiciel libre avec Aurélien Couderc, bénévole à l'April. Aurélien est-ce que tu nous entends ? Bonjour.

Aurélien Couderc : Bonjour. Je vous entends, oui.

Frédéric Couchet : Et Michel Memeteau, directeur d’ekimia.fr. Michel est-ce que tu nous entends également ?

Michel Memeteau : Oui. Bonjour à tous.

Frédéric Couchet : OK. Super. Nous allons parler de la question de l’acquisition d’un matériel informatique, ordinateur de bureau, ordinateur portable, téléphone mobile, en lien notamment avec le logiciel libre. En effet, la question se pose de comment se procurer du matériel informatique avec lequel on pourra utiliser des logiciels et des systèmes libres. Pourquoi la réponse n’est pas si évidente que ça ? Comment procéder en pratique? Voilà les sujets qu’on va aborder aujourd’hui. Déjà une petite présentation personnelle de chacun d’entre vous. On va commencer par Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : Aurélien. Je suis membre de l’April depuis un certain nombre d’années, sans doute une quinzaine maintenant. Je suis également contributeur de Debian qui est un projet pour créer un système d’exploitation entièrement basé sur des logiciels libres. Il se trouve que le sujet d’achat de matériel est quelque chose qui m’intéresse depuis un certain temps, c’est pour ça que Frédéric m’avait proposé de participer à cette émission.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Bonjour à tous. Je suis Michel Memeteau, je suis directeur d’une petite société qui s’appelle Ekimia, qu’on a créée en 2014, mais on avait évidemment démarré quelques années plus tôt. On a démarré directement, en fait, parce que le besoin de trouver des ordinateurs préinstallés tout simplement avec Linux était vraiment présent en 2010 par exemple. Linux devenait vraiment populaire, mais on trouvait très peu de machines, voire pas du tout, dans les réseaux de distribution classiques et même sur Internet. Donc on a créé cette société. On assemble des ordinateurs sur mesure. Vous choisissez sur le site web les composants. On préinstalle principalement Ubuntu/Linux, la dernière version et on fait de l’assistance évidemment pour les utilisateurs. Ça permet de démarrer sur Linux assez facilement avec une machine préinstallée.

Frédéric Couchet : D’accord. Très bien. On va juste préciser pour les personnes que nous, à l’April, on préfère utiliser le terme GNU/Linux qui renforce l’importance des libertés du projet GNU et qui est beaucoup précis. Pour les parties de discussion GNU/Linux, même si on va en reparler dans l’émission, on a déjà abordé ce sujet, je n’ai plus l’émission en tête, mais quelqu’un sur le salon web va me la rappeler, dans laquelle on avait parlé de Mageia, Ubuntu et Debian.
Première question, même si Michel a commencé à en parler, pourquoi on ne trouve pas du matériel préinstallé avec du logiciel libre, logiciels et système, notamment dans les magasins de grande distribution ou autres ? Pourquoi quand on va acheter un ordinateur on n’a pas la possibilité d’avoir une machine préinstallée avec un système libre ? Qui veut commencer ? Michel ou Aurélien.

Aurélien Couderc : Je peux dire un mot là-dessus. C’est un sujet, une problématique depuis longtemps quand on souhaite acheter du matériel directement avec du logiciel libre, c’est ce qu’on appelle la problématique de vente forcée. C’est-à-dire que pendant très longtemps il y a eu des accords notamment entre Microsoft en tant que grand éditeur de logiciels non libres et un certain nombre de vendeurs d’ordinateurs pour les obliger à vendre du Windows avec leurs ordinateurs. Aujourd’hui je ne sais pas si c’est encore toujours le cas, mais il y a eu pendant très longtemps des raisons contractuelles qui faisaient que pour un fabricant d’ordinateurs proposer même quelques ordinateurs d’une gamme avec du logiciel libre préinstallé, ça le faisait tomber dans une case où il avait des tarifs extrêmement défavorables sur les ordinateurs fournis avec Windows de Microsoft. C’est vrai que ça a été un peu un repoussoir pendant des années dû à ce type de relations contractuelles qui sont, pour tout dire, illégales.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Je confirme effectivement ce problème-là qu’il y a eu au niveau des accords de licence entre les fabricants et Microsoft. Je n’ai pas vu ces accords-là, mais je pense avoir compris que Microsoft laissait les très gros fabricants comme Asus faire des essais du côté de Linux, avoir quelques références, mais il fallait quand même qu’une majorité de la gamme soit sous Windows pour avoir, évidemment, des tarifs assez bas par machine.
Je voulais juste souligner qu’à mon avis une étape importante dont vous vous souvenez sûrement même si c’était il y a 13 ans, en 2007, quand les premiers netbooks sont sortis, notamment le Eee PC chez Asus qui était préinstallé avec une distribution Linux très ancienne, je pense que c’est là où ça a mis une certaine pression à Microsoft et les autres constructeurs ont commencé à voir que Linux pouvait percer même si, par la suite, ça n’a pas perduré du tout, ça n’a pas vraiment marché.

Aurélien Couderc : Pour rebondir là-dessus, les accords dont on a entendu parler, qui ont fuité, c’était effectivement des règles du type Microsoft qui faisait des tarifs avantageux pour les gros volumes tels que peuvent avoir les fabricants grand public d’ordinateurs. En revanche, s’ils avaient ne serait-ce qu’un ordinateur de la gamme qui était vendu sans Windows, ils repassaient au tarif officiel qui était très désavantageux. Donc effectivement, dans le cadre de ces petits netbooks qui étaient uniquement vendus avec Linux dans un premier temps, ça devenait faisable pour les éditeurs de ne pas sortir de leurs conditions contractuelles avantageuses.

Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler qu’il y a eu une longue bataille juridique en France et aussi en Europe pour savoir si cette vente forcée était légale ou pas. Évidemment nous faisons partie des gens, comme vous, qui pensons que pas du tout. C’est remonté jusqu’à la Cour de justice de l’Union européenne qui, malheureusement, il y a quelques années, c’était en 2016, a tranché qu’en fait cette pratique n’était pas une pratique déloyale en toutes circonstances. Donc, finalement, il était normal pour le consommateur de ne pas avoir le choix de son système quand il achète un ordinateur. En tout cas l’explication permet aux personnes qui nous écoutent de mieux comprendre pourquoi aujourd’hui il est difficile de trouver, à part dans quelques magasins spécialisés, du matériel préinstallé avec des systèmes libres. Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : On peut quand même compléter parce qu’il y a effectivement la partie raisons contractuelles et problématiques de licence, mais il y a aussi une partie qui est purement et simplement liée aux notions d’offre et de demande. C’est quelque chose de coûteux à mettre en place, enfin ça peut être coûteux de mettre en place et de supporter un système d’exploitation quel qu’il soit, que ce soit libre ou pas, pour un certain matériel. Donc c’est vrai qu’aussi du point de vue des fabricants, ils sont un peu pilotés par la loi de l’offre et la demande. À un moment donné tout le monde est habitué à utiliser un certain système qui est plutôt pas libre et c’est vrai que ça va avoir tendance à les orienter aussi de ce côté-là et à ne pas forcément prendre le risque d’essayer autre chose. Donc c’est là que c’est effectivement important pour un peu tout un chacun de pousser le marché dans le bon sens en essayant, quand on est intéressé d’acheter un ordinateur avec du Libre préinstallé, parce que ça envoie aussi un message aux fabricants en leur disant « oui, c’est quelque chose que les gens souhaitent pouvoir acheter », donc ça leur donne aussi l’occasion de travailler dans ce domaine-là.

Frédéric Couchet : D’accord.

Michel Memeteau : Je rejoins complètement Aurélien là-dessus. Il y a un vrai risque économique pour un gros fabricant, Asus ou Dell, à essayer de commercialiser, on parle en circuit de grande distribution, des machines préinstallées avec un autre système que le système dominant, tout simplement. Néanmoins, on voit que Dell, sur la partie offre professionnelle, pousse énormément Linux avec un certain succès sur des machines très puissantes ou même d’entrée de gamme, donc il y a un « marché » entre guillemets, il y a une demande même si elle est faible, ce sont quelques pour cents je pense, mais cette demande existe.
Après, les règles de distribution en grande surface sont, à mon avis, beaucoup trop contraignantes pour que les constructeurs prennent ce risque. J’ajouterais quand même qu’à mon avis le commun des consommateurs va de moins en moins vers les grandes surfaces pour acheter des produits high tech et va plutôt se tourner vers des magasins spécialisés.

Frédéric Couchet : D’accord. On va effectivement parler tout à l’heure des magasins spécialisés.
Le second point que je souhaitais aborder c’est que vous essayiez d’expliquer un petit peu. En fait, dans le cadre de toutes les émissions, on aborde souvent les logiciels libres, notamment grand public, Firefox, VLC, qui sont très simples à installer qui, pour la plupart, sont multiplate-formes, donc qui ne posent pas de difficultés, mais quand on parle d’installer un système d’exploitation libre tout d’un coup il y a des difficultés qui surviennent. Est-ce que vous pourriez indiquer ces quelques difficultés et les expliquer ? Expliquer aux gens qui nous écoutent, aux personnes qui nous écoutent, quelles sont les difficultés auxquelles elles pourraient être confrontées et éventuellement comment les résoudre. Aurélien Couderc, est-ce que tu veux commencer ?

Aurélien Couderc : Moi ce que j’aime bien faire quand on parle de ce sujet-là c’est un peu comparer ce qui est comparable. Quand on parle de difficultés à installer un système libre, il faut voir que quand on achète un ordinateur avec un système non libre préinstallé, ce n’est pas du tout quelque chose que les gens ont fait eux-mêmes. Ce sont des ingénieurs qui ont été payés à plein temps pendant des mois ou des années, à préparer le système tel qu’il est fourni par le vendeur d’ordinateurs pour que ça puisse fonctionner. Il faut voir que l’opération même, prendre un système d’exploitation et le mettre sur une machine, ça peut être quelque chose de relativement complexe. En l’occurrence, il se trouve que les systèmes libres qui ont besoin de rendre cette possibilité-là abordable pour le commun des mortels, ont justement beaucoup travaillé pour rendre facile l’installation du système, ce qui n’est pas du tout autant le cas pour Windows. C’est-à-dire que si on partait d’une machine vierge, sans système du tout, en général c’est beaucoup plus facile d’installer un système libre qu’un système qui est non libre. Donc c’est vrai que ça dépend de ce dont on parle. Si on parle d’un système préinstallé, évidemment il y a eu toute une entreprise, le fabricant d’ordinateurs et toute une série d’ingénieurs, qui ont travaillé à ce que ça soit fourni de cette manière-là.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Oui, complètement. Effectivement, il y a un coût derrière, on est d’accord, pour la certification de la machine et il y a un coût qui est assez masqué, en fait, pour le support même sur Windows, le support du constructeur, même si on ne le voit pas forcément. Quand un utilisateur a un problème logiciel sur Windows, eh bien il peut, des fois, appeler son constructeur, Asus, Lenovo, etc., tout cela a un coût en termes de support client. Contrairement à ce qu‘on pourrait penser, la charge de support générée par un système libre comme GNU/Linux est sûrement plus faible que celle générée par des systèmes comme Windows pour plein de raisons de complexité, etc. Donc je pense, et j’espère que beaucoup pensent la même chose, que GNU/Linux peut percer toujours dans les ordinateurs grand public.

Frédéric Couchet : D’accord. Par rapport aux problématiques, enfin souvent, quand on parle de la question de l’installation de systèmes libres, on parle : est-ce que tu as vérifié la compatibilité avec la carte réseau, notamment la carte wifi, on parle de problématiques ou de questions, en tout cas, de cartes vidéo, où en est la situation aujourd’hui et quelles sont les problématiques et les solutions ?

Aurélien Couderc : Je vais rebondir. Pour avoir suivi un peu l’évolution de la compatibilité globale, on a vraiment énormément progressé depuis 20 ans. On peut dire qu’aujourd’hui la situation est presque idéale, c’est-à-dire que vous achetez un ordinateur très standard, 100 % du matériel fonctionnera sur Linux, notamment, il faut le dire, grâce au fabricant Intel qui participe au projet Linux, qui pousse des drivers avant même de mettre des produits sur le marché. Étant donné qu’Intel a une très grosse part de marché dans les ordinateurs portables, c’est vraiment un plus. Le problème n’est pas tant sur l’aspect compatibilité, les périphériques, etc., à part quelques exceptions, je pense que le problème est surtout sur la démarche pour un utilisateur de réussir à finaliser son installation sur son ordinateur portable personnel. Aujourd’hui, la seule méthode qui est proposée par les distributions Linux, c’est de « fabriquer » une clef USB entre guillemets, créer une clef USB avec un petit logiciel, démarrer sur cette clef USB, finir une installation, etc. Jusqu’à récemment on n’avait pas de moyen pour installer GNU/Linux simplement en cliquant sur un logiciel sur Windows, etc., ce n’était pas vraiment techniquement possible. Là heureusement, depuis cette année, toutes les conditions sont réunies pour pouvoir le faire, donc techniquement on pourrait créer un logiciel Windows qui, en quelques clics, sans poser vraiment de questions, réussit à installer GNU/Linux sans avoir à utiliser de clef USB, de CD, de choses comme ça.
Je pense qu’une fois qu’on aura terminé ce genre de logiciel, on pourra vraiment voir décoller le nombre d’utilisateurs de GNU/Linux.

Frédéric Couchet : Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : En tout cas pour compléter, je pense que c’est une opération, si on ‘est pas habitué à la faire, qu’il est intéressant de faire avec des gens qui connaissent et qui l’ont déjà faite. Il y a des événements. Moi, étant Parisien, je connais plutôt les Premier samedi du Libre organisés par le groupe d’utilisateurs de Linux parisien, qui permettent de venir avec sa machine si on veut obtenir de l’aide pour se faire installer un système d’exploitation libre. Une partie du sujet c’est aussi de se faire accompagner pour faire les premiers pas et ne pas se retrouver forcément tout seul face à un nouveau système qu’on ne connaît pas et qui est toujours un petit peu différent. C’est vrai que si on a eu l’occasion soit de l’utiliser avant soit de se faire un petit peu guider, ça aide aussi à pouvoir s’approprier ce nouveau système.

Frédéric Couchet : D’accord. Là on parle de système GNU/Linux ou autres d’ailleurs, les systèmes BSD [Berkeley Software Distributio] sont concernés aussi. Il y a quand même la question de savoir si on veut un système entièrement libre, c’est-à-dire qui va jusqu’aux pilotes de périphériques et notamment ce qu’on appelle les firmwares, les logiciels qui sont embarqués dans le matériel. Se pose par exemple la question de la carte wifi ; la carte wifi est un exemple intéressant. Par exemple, si on installe une distribution comme Debian, à un moment il y a une question qui est posée : est-ce qu’on veut installer le firmware qui permet d’avoir accès au wifi ou pas ? Et si on répond oui, on a un firmware qui est installé mais qui est un firmware privateur. Comment vous gérez ça par exemple dans les installations dont tu viens de parler Aurélien et, côté boutique Ekimia, comment vous gérez cet aspect-là ?

Aurélien Couderc : Par rapport à la question des micrologiciels ou des firmwares, effectivement c’est vrai que plus on va descendre proche du matériel, plus ça peut être compliqué de garder intégralement du logiciel libre. C’est facile sur un système qui n’est pas libre d’installer VLC ou Firefox, comme vous avez mentionnés, qui sont juste des logiciels libres, c’est un petit peu plus difficile d’installer un système d’exploitation GNU/Linux complet sur une machine, c’est encore plus difficile de s’assurer que l’ensemble de tous les composants qui vont être capables de faire fonctionner chacun des éléments de votre ordinateur vont tous être libres, les fameux micrologiciels ou firmwares dont tu parlais. C’est vrai que si on veut avoir la garantie d’avoir l’intégralité des micrologiciels qui soient également libres, il faut faire un petit peu attention à ce qu’on choisit comme matériel. En général, sur un ordinateur moyen qu’on va acheter dans le commerce, tout va fonctionner normalement en installant une distribution de logiciels libres classique, mais il y a aura ces microprogrammes qui eux, de temps en temps, seront non libres. Il faut comprendre que les microprogrammes c‘est ce qui permet de faire fonctionner éventuellement chacun des périphériques, qui eux-mêmes ont un fonctionnement un petit peu autonomes et ont un logiciel embarqué à l’intérieur. Ces microprogrammes-là sont distribués de manière plus ou moins facile dans la plupart des distributions GNU/Linux.

Frédéric Couchet : D’accord. De ton côté, Michel Memeteau, au niveau de ta boutique ?

Michel Memeteau : C’est un bon exemple, effectivement, le cas des cartes wifi, notamment Intel. On utilise depuis dix ans quasiment uniquement des cartes wifi Intel qui nécessitent un micrologiciel, ce qu’on appelle un firmware, pour fonctionner. Par contre, toute la partie driver est libre. Côté compatibilité ça apporte un vrai plus, il faut le dire, parce que le driver fonctionne directement sans réinstaller. Le firmware, lui, arrive effectivement, non pas sous forme logiciel libre mais sous forme binaire directement par les dépôts des distributions.
Je pense qu’aujourd’hui il y a aussi un problème de législation dans certains pays avec la communication radio. On a le même problème sur les téléphones Android où la partie radio, c’est-à-dire le firmware qui gère la radio, est très difficile à « libérer » entre guillemets, à publier le code source, pour des problèmes de brouillage. Donc il y a quand même certains drivers et certains firmwares libres, on pourrait citer, je pense, Atheros, notamment, mais aujourd’hui il faut le reconnaître, la majorité des cartes wifi pour ordinateur portable, par exemple, ce qu'on fait principalement, a cette limitation du firmware obligatoire.

Frédéric Couchet : C’est un exemple qui est bien parce que ça nous permet de montrer, de parler un peu de la question des compromis. Une solution pour ce cas-là, c’est une solution qu’on a à l’April et que j’ai chez moi, c’est d’avoir une carte externe USB wifi, mais effectivement c’est une contrainte, c’est une carte externe. C’est-à-dire que la carte interne n’est pas gérée par le système, on ne peut pas avoir le wifi via la carte interne, mais la carte externe le permet. Simplement il faut se balader avec une carte externe qui des fois peut se casser, il faut l’avoir dans son sac, etc., mais en tout cas il y a cette possibilité-là qui existe.

Aurélien Couderc : Quand tu parles de compromis c’est pour avoir vraiment du logiciel libre jusque y compris dans le microprogramme. C’est-à-dire que ton ordinateur pourrait fonctionner avec la carte wifi d’origine mais ça t’obligerait à installer un microprogramme que tu n’as pas forcément envie d’installer. C’est ça ?

Frédéric Couchet : Voilà. Quand je parle de compromis c’est un choix entre, effectivement, les usages qu’on va faire et la limite qu’on veut se poser par rapport à la partie logiciel libre. En préparant l’émission j’ai eu une question sur coreboot, la partie BIOS. Est-ce que l’un de vous pourrait faire rapidement un point de la situation au niveau du BIOS, des problématiques que ça pose et des solutions éventuellement de BIOS libre ?

Aurélien Couderc : Peut-être juste avant de parler de coreboot, je voulais compléter sur la partie carte wifi, il faut voir que les cartes wifi c’est un des derniers éléments où même dans les ordinateurs portables récents, tout fins et assez peu modifiables, on peut assez facilement remplacer. Par exemple j’avais acheté un ordinateur Dell qui était livré avec Ubuntu et qui avait, je pense, un des modèles de plus dont parlait Michel, c’est-à-dire qu’il y a besoin, effectivement, de ces microprogrammes non libres. J’ai acheté chez un fabricant qui fournit des puces intégralement libres et j’ai remplacé ce morceau dans mon ordinateur. Il faut aussi voir que même sans se trimballer une clef USB qui va être à l’extérieur, il y a des options pour remplacer ça directement à l’intérieur de l’ordinateur.

Frédéric Couchet : Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Oui, complètement. On en discutera après, ça m’intéresse. C'est vrai que nous on avait fait cette recherche de pouvoir trouver une carte wifi avec driver libre et surtout, ce qui compte pour nous, c’est que le driver soit très stable dans le temps, parce qu'on veut vraiment éviter que dans cinq ou six ans les gens nous appellent pour nous dire « sur la nouvelle version du noyau, mon wifi ne marche plus ». C’est là où Intel nous apporte effectivement un support à très long terme qui est très bon. Effectivement, la carte wifi sera heureusement toujours remplaçable dans les ordinateurs portables, même les ultrabooks de moins d’un kilo, là-dessus il n’y aura pas de problème effectivement.

Frédéric Couchet : Avant de revenir sur la question coreboot, sur le salon web il y a quelques commentaires, je vais juste en prendre un, il n’y a pas forcément besoin de réagir : mmu_man nous dit : « Ce n’est pas un compromis, c’est juste la volonté de pouvoir contrôler un matériel qu’on a acheté. » Il précise : « En ce qui me concerne, je considère que les spécifications, manuels de réparation, schémas électroniques, sont des caractéristiques essentielles des produits, au sens du code de la consommation et devraient toujours être publiques. » Voilà cette précision de mmu_man sur cet aspect-là.
Juste avant la pause musicale, parce que le temps file quand même et on va faire une pause musicale, je reviens sur ma question sur le BIOS, coreboot, Libreboot, qui est un petit peu dans le même domaine. Est-ce que quelqu’un veut faite un petit point de la situation ? Aurélien. Michel.

Aurélien Couderc : Oui, Aurélien. Je peux commenter un petit peu. Ce qu’on appelle le BIOS aujourd’hui ce n’est plus toujours le BIOS, mais, en tout cas, c’est le premier programme qui est exécuté par un ordinateur au moment où l’allume, avant même que le système d’exploitation soit lancé. Il existe effectivement un remplaçant libre qui permet de faire fonctionner un certain nombre de machines, mais ce n’est pas du tout comparable aujourd’hui aux distributions de logiciels libres qui vont fonctionner sur la plupart des ordinateurs.
Pour avoir une version de coreboot qui puisse remplacer son BIOS ou son UEFI puisque c’est plutôt ça le nouveau terme, il faut que le projet ait vraiment été adapté à cet ordinateur-là en particulier. Dans les matériels grand public qu’on peut acheter en grande surface ou sur la plupart des sites web, c’est extrêmement rare que l’ordinateur soit supporté de base par coreboot. Coreboot aujourd’hui est plutôt utilisé dans des cas spécifiques où un certain fabricant qui sait qu’il va vendre de toute façon son matériel avec du logiciel libre choisit de développer la partie nécessaire dans coreboot pour pouvoir avoir aussi ce remplacement de BIOS libre. Il y a quelques vendeurs comme Système 76 qui est un vendeur américain ou Purism qui est un autre vendeur américain qui ont fait ce travail-là. Même Google, sur un certain nombre de ses Chromebooks, a par exemple adapté le projet pour qu’il puisse fonctionner avec un matériel particulier. Là on parle vraiment d’un investissement conséquent à chaque nouvel appareil qu’on souhaite supporter.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau, tu veux compléter sur coreboot ?

Michel Memeteau : Oui. Le sujet coreboot nous intéresse beaucoup évidemment chez Ekinia, notamment depuis que Système 76 a un peu réussi à montrer qu’avec un investissement à priori conséquent – je pense qu’ils ont deux ou trois ingénieurs sur le sujet en interne – on peut réussir sur des portables très standards à remplacer complètement l’UEFI, ce qui permet, il faut le dire, des choses nouvelles. Ça permet déjà de se libérer de certaines failles d’Intel, c’est-à-dire que quand Intel a des failles dans le processeur, coreboot peut permettre de contourner un peu ces failles-là et de mieux protéger l’ordinateur, enfin l’utilisateur. Ça peut permettre d’activer ce qu’on appelle des Kit Switchs, c’est-à-dire de dire « moi, dans le BIOS, je veux désactiver la caméra de façon à ce qu’aucun logiciel, peu importe, ne pourra l’utiliser, de façon temporaire ou définitive. » Voilà. Ça apporte vraiment un plus. Ça permet de libérer vraiment la dernière partie qui n’était pas standard.

Frédéric Couchet : D’accord. On va faire une pause musicale. Nous allons écouter Jacques par Jack à la Lanterne. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Jacques par Jack à la Lanterne.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Jacques par Jack à la Lanterne, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Frédéric Couchet le délégué général de l’April.
Avec mes invités, Michel Memeteau et Aurélien Couderc, nous parlons de la question de l’achat de matériel et du logiciel libre. Nous allons poursuivre.
Si vous voulez participer à cette conversation avec nous, vous pouvez rejoindre le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Michel, Aurélien, juste avant on parlait de coreboot, de matériel et je crois, Aurélien, que tu voulais parler rapidement de la certification…

Aurélien Couderc : « Respectez vos libertés ». Cette initiative liste un certain nombre de matériels qui sont disponibles en ayant la garantie qu’ils soient intégralement supportés par du logiciel libre. Ça donne aussi une idée des compromis qu’il faut faire, la liste est relativement limitée, mais typiquement, si on cherche un ordinateur ou, on parlait tout à l’heure de carte wifi, qui soit intégralement supporté par du logiciel libre, on peut se rendre sur le site de la Free Software Foundation, la Fondation pour le logiciel libre, et on a cette liste de matériels supportés intégralement par des logiciels libres.

Frédéric Couchet : D’accord. Le site c’est fsf.org pour Free Software Foundation c’est Respect Your Freedom, du matériel et du logiciel qui respectent vos libertés.

Aurélien Couderc : Le site c’est ryf.fsf.org, ça sera dans les liens de l’émission.

Frédéric Couchet : Exactement, on les rajoutera dans les liens de l’émission qui seront disponibles sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Là on a évoqué un petit peu en théorie, un peu en pratique aussi. Maintenant, on va se mettre dans le cas d’une personne qui nous écoute, un auditeur ou une auditrice qui se dit « tiens, je vais vouloir me procurer un matériel avec un système d’exploitation libre ou l’installer ou me faire aider », comment elle fait concrètement si elle est à Paris, si elle est à Marseille, pour trouver un matériel qui est préinstallé ou pour se le faire installer ?
On va commencer peut-être par Michel Memeteau qui justement, depuis une dizaine d’années ou plus d’une dizaine d’années, a une boutique.

Michel Memeteau : Une dizaine d’années. Oui.

Frédéric Couchet : Une dizaine d’années, donc une boutique où tu vends du matériel préinstallé. Est-ce que tu peux nous donner un petit peu les clefs pour les personnes qui souhaiteraient acheter du matériel chez toi ?

Michel Memeteau : Aujourd’hui il y a deux choses. On a beaucoup de copains qui font ça aussi en Europe, il y a why!, on a très copains avec why!, Système 76 aux États-Unis. Je crois qu’un des gros avantages des petits assembleurs comme nous pour le consommateur « lambda », entre guillemets, c’est déjà qu’il va pouvoir choisir ses composants. Il ne va être pas être limité par le choix d’un constructeur dans une grande surface qui, par exemple, lui a mis une barrette de RAM, enfin une quantité de RAM très faible pour vraiment vendre au prix le plus bas alors que dans cinq ans il aura besoin de plus de mémoire parce que les besoins évoluent. Les petits assembleurs comme nous permettent de choisir sa taille de mémoire vive, sa taille de disque, un ou deux disques durs, etc., et effectivement de pouvoir avoir un support téléphonique après avoir reçu la machine pour poser des questions très simples comme quel éditeur vidéo me conseillez-vous ? Est-ce que mon imprimante sera supportée ? Qu’est-ce que vous me conseillez comme navigateur en termes de performance ? Quels genres d’applications ? Voilà, des réponses à des besoins basiques, très simples, qui permettent vraiment d’avoir un interlocuteur par e-mail ou par téléphone. Je pense que c’est un des gros avantages de passer par des petits artisans comme nous.

Frédéric Couchet : ekimia.fr, on va le rappeler, tu vends à la fois des ordinateurs de bureau et des ordinateurs portables ?

Michel Memeteau : On fait aussi quelques ordinateurs de bureau, mais c’est vrai que la partie principale de l’activité ce sont des ordinateurs portables. Depuis cinq ans, tout le monde achète vraiment principalement des portables. On fait aussi beaucoup de professionnels avec des ordinateurs de bureau, très compacts, qui sont souvent moins chers que les propositions de Dell, enfin des grands fabricants.

Frédéric Couchet : D’accord. En région parisienne, Aurélien Couderc, quelles sont les solutions ? Est-ce qu’on a une boutique comme Ekimia en région parisienne ?

Aurélien Couderc : Je n’ai pas connaissance de boutique physique en région parisienne où on trouve facilement du logiciel libre préinstallé. Il y a une certaine gamme chez le site en ligne LDLC qui fournit sans système d’exploitation, donc ça permet au moins de ne pas payer la dîme Microsoft Windows et ensuite d’installer le système de son choix, mais c’est vrai qu’on n’entre pas directement dans le préinstallé. Après, un site que je pourrais recommander, c’est le site tout attaché linuxpréinstallé, avec des accents aigus, point com, qui est, en fait, une espèce de collection de vendeurs de matériel avec du logiciel libre installé, plutôt d’ordinateurs. Donc on trouve effectivement Ekimia parmi les premiers et il y en a un certain nombre d’autres qui sont référencés sur ce site-là, linuxpréinstallé.com. Si, pour x ou y raisons, on veut regarder du côté d’un grand vendeur, le site public de Dell français aujourd’hui, il y a un filtre « système d’exploitation », donc on peut filtrer les modèles qui sont disponibles, aujourd’hui c’est avec Ubuntu. Donc on peut aussi aller directement sur le site de Dell et choisir un ordinateur avec Ubuntu préinstallé.
Comme le disait Michel, du coup on rentre dans le genre de contrainte qu’on a avec un grand assembleur comme Dell et c’est vrai qu’on a assez peu de choix sur la personnalisation de la machine qu’on va acheter.

Frédéric Couchet : D’accord. On peut aussi préciser, ils vendent principalement en ligne, mais je crois qu’ils ont un accès boutique dans le 18e arrondissement de Paris, c’est ordinateur-occasion.com, je crois, je vérifie, qui vend du matériel recyclé avec notamment une certaine gamme Lenovo et il y en a certains qui sont préinstallés avec des systèmes libres, d'autres où on peut avoir, je crois, l’ordinateur nu sur lequel on va ensuite pouvoir installer un système.
Justement, si quelqu’un se dit « je ne trouve pas quelque chose de préinstallé ou je vais acheter un ordinateur d’occasion dans une boutique » par exemple, est-ce qu’il y a des points de vigilance, même si on en a déjà abordés à avoir avant d’acheter le matériel et ensuite, si on veut se faire aider, comment on peut faire ? Quelles sont les bonnes pratiques à avoir ? Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : Je souscris à ce que disait Michel un peu plus tôt dans l’émission : aujourd’hui on a la chance d’avoir l’immense majorité des ordinateurs qui sont compatibles avec les distributions de logiciels libres. Je ne sais pas s’il y a un point de vigilance particulier à avoir au niveau de l’ordinateur lui-même. Un des points qui reste problématique c’est l’imprimante, mais qui n’est pas directement lié à l’ordinateur. Aujourd’hui ça reste compliqué avec un certain nombre de marques d’imprimantes d’avoir quelque chose qui fonctionne sans trop bidouiller. Il y a HP qui, depuis assez longtemps, a des bons pilotes pour ses imprimantes, donc c’est un peu la solution de facilité si on veut avoir la garantie que ça marche. Pour les autres c’est vrai que ça a tendance à être un petit peu plus aléatoire.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Je pense que ça peut être toujours difficile parce qu’il y a, comment dire, certains défauts de compatibilité qu’on ne voit pas tout de suite. Par exemple un ordinateur qui se met en veille qui, une fois sur deux, va mal sortir de veille, notamment certaines fois parce que, justement, le programme UEFI a été mal programmé. On en revient un peu à coreboot qui permet de régler ce genre de problème. Donc ça peut être difficile, effectivement, de s’assurer qu’un ordinateur qui n’est pas certifié pour GNU/Linux va bien fonctionner.
Maintenant, comme on l’a déjà dit, 95 % des ordinateurs qui sont vendus maintenant, tout fonctionne à peu près bien. J’ai envie de dire que les cartes wifi dont on a parlé tout à l’heure, quasiment tous les constructeurs mettent du Intel, Intel a maintenant une grosse partie du marché donc ça fonctionne bien. Il reste certains problèmes avec les cartes Nvidia qui, même s’ils proposent un driver de bonne qualité, certaines fois le driver se réinstalle mal lors d’une mise à jour et on peut se retrouver avec un écran noir ce qui, quand on est débutant, est très problématique.

Frédéric Couchet : Oui, tout à fait.

Aurélien Couderc : On peut conseiller à tout un chacun de s’adresser à des groupes d’utilisateurs ; il y a quand même encore des install-parties un petit peu partout en France et dans le monde. C’est vrai que si on a un doute, si on veut avoir l’occasion de tester un système libre avant, je pense que c’est bien aussi de se rapprocher, pas seulement de regarder sur Internet, mais d’aller voir autour de chez soi les personnes qui connaissent ces sujets-là et qui peuvent ne serait-ce que montrer comment ça fonctionne et éventuellement dédramatiser la partie installation.

Frédéric Couchet : C’est ce qu’on appelle les GULL, les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres. Sur le site agendadulibre.org, il y a notamment une liste d’évènements, qui vont être tous annulés les uns et les autres avec le confinement, mais il y a aussi une liste d’organisations qui permet, avec un petit moteur de recherche, de trouver effectivement des gens près de chez soi pour se faire aider. Il y en a à Marseille, à Paris. Il y a aussi des évènements récurrents, par exemple il y a le Premier samedi qui se passe à la Cité des sciences et de l’industrie, on ne sait pas quand est-ce que le prochain aura lieu, sur lequel on peut trouver des gens qui vont effectivement vous aider à installer des logiciels libres et des systèmes libres sur du matériel. Aurélien.

Aurélien Couderc : Je voulais ajouter aussi, il y a quand même une force hyper-intéressante de la plupart des distributions Linux, certes il faut créer la clef USB, je pense que c’est Michel qui en parlait tout à l’heure, avec le système dessus. Ça permet d’avoir ce qu’on appelle un système live, c’est-à-dire qu’on peut démarrer son ordinateur sur la clef USB pour l’essayer, regarder que ça fonctionne, et ensuite, si on l’éteint, ça n’a rien installé de particulier, ça a juste permis de l’essayer depuis la clef USB. C’est quelque chose qui donne aussi l’occasion à un utilisateur novice ou qui ne connaît pas encore, de démarrer un système libre, de le manipuler et si ça ne lui convient pas ou qu’il n’est pas encore prêt, de simplement l’arrêter et retourner sur son système d’origine. Ça c’est quand même une option très flexible et vraiment pratique.

Frédéric Couchet : Justement, avant de poser une question à Michel, vu ce que je vois ce qui se passe sur le salon, précisons que la clef USB peut aussi être utile pour tester quand on va dans un magasin si le système correctement avec un système libre, si tout fonctionne. On arrive avec sa clef, généralement les vendeurs et les vendeuses acceptent que ça démarre sur une clef USB externe pour qu’on puisse tester.
Je vois sur le salon qu’on parle de la cohabitation avec Windows parfois. Peut-être un petit rappel sur la possibilité d’avoir un système préinstallé ensemble et d’avoir du multi-amorçage. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Dans le cas où une personne a installé, essaye d’installer Linux à côté de Windows, avec un système récent UEFI, on peut se retrouver dans un cas où Windows, par exemple, installe une mise à jour et écrase l’ordre de démarrage ou la priorité de démarrage ou même, empêche Ubuntu de redémarrer correctement. C’est vrai que quand on fait un double boot, on peut avoir certaines surprises et je pense qu’il faut voir le double boot comme une période de transition, comme un moyen effectivement de pousser GNU/Linux chez un consommateur lambda, chez un utilisateur débutant, de façon à ce que dans un deuxième temps, si Windows n’est plus utilisé, il sera moins nocif effectivement pour ces problèmes de démarrage. Donc attention à cette cohabitation, il y a des solutions, etc., mais on peut se retrouver un petit peu embêté.

Frédéric Couchet : D’accord. Le temps file. On a parlé de matériel, on va dire de l’ancien temps, enfin pas de l’ancien temps, encore aujourd’hui, ordinateur de bureau, ordinateur mobile, mais aujourd’hui de plus en plus l’informatique c’est sur un téléphone, ce qu’on peut appeler aussi les ordiphones. La question se pose aussi d’avoir des systèmes, des logiciels libres sur téléphone mobile. Dans l’émission qu’on avait consacrée aux libertés informatiques et à la téléphonie, à laquelle avait participé Aurélien Couderc, on avait parlé de F-droid qui est un magasin d’applications libres, mais au-delà, au niveau système. Est-ce qu’aujourd’hui on peut avoir des téléphones avec des systèmes libres et si on achète un téléphone comment se faire installer ou installer un système libre et avec quelles contraintes ou avec quels compromis ? Aurélien Coucerc.

Aurélien Couderc : On peut refaire peut-être le parallèle avec ce que je disais tout à l’heure sur les différents niveaux. Installer F-Droid et utiliser des applications libres, ça c’est faisable sur, je pense, l’intégralité des appareils Android, il n’y a pas vraiment de contraintes pour ça. Donc on peut commencer à utiliser des logiciels libres sur son système existant Android, en téléchargeant l’application F-Droid, ce qui donne accès à ce magasin d’applications-là.
Ensuite, on a un certain nombre d’options, de systèmes d’exploitation libres basés sur Android. La base même d’Android est du logiciel libre, mais aujourd’hui il y a une partie importante du système qui est ce qu’on appelle Google Play Services, c’est tout ce que gère Google Play donc les applications Google, leur installation et toute une partie du cycle de vie et ça, c’est quelque chose qui est très intrusif et qui n’est pas libre du tout. Quand on dit « Android est libre » c’est vrai mais pas pour toute cette partie-là et malheureusement c’est une partie un peu au cœur de la plupart des appareils qu’on achète aujourd’hui. Dire qu’Android est libre dans les appareils qu’on achète sur le marché aujourd’hui c’est concrètement pas vrai, ils ne fonctionnent pas avec uniquement la partie libre. Ce qu’on peut éventuellement faire c’est remplacer ça par un système libre, donc qui repart de la partie libre d’Android. Par exemple, il y a le système qui s’appelle LineageOS, qui supporte quelques dizaines d’appareils. On peut l’installer en remplacement du système d’origine fourni par le constructeur et qui, lui, peut être intégralement libre. Là, comme on le disait pour les ordinateurs, ça demande à avoir un petit peu de pratique. Si on ne l’a jamais fait c’est vrai que ça peut être un peu compliqué et c’est mieux de se faire assister par quelqu’un qui sait déjà faire.
Pour terminer, puisque tout à l’heure on parlait des micrologiciels, aujourd’hui je ne connais pas de système qui fonctionne sans micrologiciel propriétaire qui permette de faire fonctionner un téléphone. Concrètement on va descendre jusqu’au niveau du noyau Linux et de ce qu’on appelle habituellement l’OS, mais ensuite, réussir à faire fonctionner toutes les puces de wifi, GPS, téléphonie et tout ça, ça aujourd’hui ça n’existe pas malheureusement sur le marché avec uniquement des microprogrammes libres.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Oui, tout à fait. Ça rejoint ce qu’on disait tout à l’heure, peut-être aussi pour des problèmes de législation, tout ce qui touche à la radio, aux émissions GSM, etc., il y a toujours un firmware quelque part pour utiliser le matériel.
Je reviens sur ce qu’a dit Aurélien, super, tu as très bien résumé effectivement la situation avec LineageOS qui fait vraiment un boulot formidable. Depuis l’an dernier, je pense qu’on a vraiment passé une étape pour amener cet Android libre vers le grand public, via le projet eelo lancé par Gaël Duval l’an dernier, qui là arrive vraiment à une maturité. J’explique juste que ce qu’est eelo. eelo c’est LineageOS, OK, et, comme l’a dit Aurélien, aujourd’hui 90 % des applications du Google Play Store sur Android ont besoin de certaines API, cette espèce de couche Google qui fait que Android qui est aujourd’hui dans les mains utilisateurs n’est pas un Android propre, c’est un Android, en fait, complètement vérolé par cette couche Google rajoutée. Pour expliquer un peu aux gens, cette couche Google rend Google administrateur du téléphone, c’est-à-dire que Google peut à distance faire des choses sans que les gens s’en rendent compte, c’est vraiment important cette notion, ce n’est pas juste une brique logicielle qu’on peut désinstaller facilement, c’est vraiment une brique qui est complètement incluse dans le téléphone.
Je reviens à eelo qui est donc l’addition de LineageOS, de microG qui est un logiciel libre qui remplace la couche Google avec du logiciel libre et tout un tas de petits peaufinements, des applications préinstallées, pour que l’utilisateur lambda qui prend effectivement ce téléphone ait l’impression d’avoir un téléphone complètement fini, commercial, avec des services en ligne, etc., donc on peut vraiment concurrencer les téléphones Android Google avec cette offre donc de logiciels eelo.

Frédéric Couchet : Michel, est-ce que toi dans ton magasin tu vends des téléphones mobiles ?

Michel Memeteau : Pas pour l’instant. C’est vrai que le marché de la téléphonie mobile c’est un peu différent de l’informatique, notamment parce que les prix sont beaucoup plus bas, les marges sont beaucoup plus faibles, donc il faut vraiment prévoir des gros volumes et avoir potentiellement beaucoup de service client.
Aujourd’hui, on n’est pas encore sur la 1.0, donc sur le projet eelo. On pense que quand le projet aura atteint la 1.0 il sera assez mature potentiellement pour être préinstallé à grande échelle. eelo vend déjà des téléphones avec sa version bêta, des téléphones Galaxie Samsung notamment, mais nous on estime qu’on n’est pas encore au stade où on pourrait commercialiser des téléphones avec ce système, sachant qu’aujourd’hui c’est le seul système qui, pour nous, est vraiment vendable au grand public.

Frédéric Couchet : D’accord. On l’a dit tout à l’heure, on va le rappeler, l’importance des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices qui peuvent accompagner les gens dans l’installation d’un système. Une solution est d’acheter un téléphone d’occasion et si le tuto pour installer LineageOS ou Replicant, un autre système libre, est trop compliqué à suivre, on va au Premier samedi du Libre ou on va à Marseille, par exemple aux rencontres du CercLL qui est un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de la région pour se faire aider ou on demande directement à Aurélien Couderc qui très gentiment peut vous aider. C’est une remarque personnelle ! Un jour Aurélien m’a aidé à installer un système. Tu voulais rajouter quelque chose.

Aurélien Couderc : Oui, je voulais compléter. Là c’est l’état des choses aujourd’hui. Il faut voir qu’il y a plusieurs projets différents qui essayent quand même de libérer les téléphones. Aujourd’hui on est à un stade où, effectivement, comme le disait Michel, on fait de plus en plus de choses sur son téléphone, donc si on veut conserver cette liberté numérique c’est quand même important d’aller de plus en plus vers de l’informatique libre aussi dans les téléphones. Je voulais mentionner deux projets. Il y a un projet qui s’appelle PinePhone de la société Pine64, qui a pour but de créer un téléphone qui sera intégralement supporté par du logiciel libre. Ça ne sera pas avec Android. C’est vrai que d’un point de vue applications, logiciels disponibles et tout ça, ça va forcément démarrer plus doucement.
Il y a un autre projet qui est le Librem 5 de la société Purism, qui est un autre projet pour faire, à nouveau avec un système différent, un téléphone entièrement libre. Là où je rejoins Michel c’est que ces deux produits-là sont aujourd’hui à l’état de prototypes donc ce n’est pas quelque chose qu’on peut encore utiliser pour remplacer son téléphone principal.

Michel Memeteau : J’ajouterais juste que j’ai rencontré le développeur qui travaille pour Librem pour le Librem 5. Je trouve que le résultat est vraiment très convaincant, il a réussi à convertir des applications GNOME, par exemple la calculatrice, enfin des applications standards de GNOME PC, pour qu’elles s’adaptent correctement au format téléphone et que ça soit vraiment les mêmes applications avec les mêmes capacités. Le résultat est très intéressant. Maintenant, j’aurais du mal à proposer à ma mère ou à mon père d’utiliser effectivement cela. Pourquoi ? Parce qu’on est dans un monde où malheureusement maintenant même les banques demandent à ce qu’on utilise une application pour valider nos paiements, par exemple sur Internet, on ne peut plus les valider par SMS, il faut les valider avec des applications. On va malheureusement rentrer de plus en plus dans cette obligation d’avoir un téléphone avec une logithèque compatible et c’est là où Android est, pour l’instant, la seule option.

Frédéric Couchet : On va juste préciser que GNOME est un environnement libre, convivial, très utilisé dans le monde du logiciel libre.
Le temps file, Je surveille. Je préviens les auditeurs et auditrices de la bande FM qu’on va dépasser 17 heures. À partir de 17 heures on continuera sur le site internet pendant quelques minutes, sur causecommne.fm, pour permettre au dernier sujet de pouvoir avoir lieu.
Là on a parlé beaucoup du grand public, mais j’aimerais bien avoir un petit point, même si ça a été fait un petit peu en introduction, sur la situation dans le domaine de l’achat par les entreprises et les collectivités. Est-ce que la situation est la même ? Est-ce que les entreprises et collectivités peuvent avoir accès à des machines préinstallées ou des machines nues sur lesquelles elles vont installer du logiciel libre ? Quelle est en gros, en quelques minutes, la situation des entreprises et des collectivités ? Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : Pour ce que je peux savoir de mon entreprise ou les différents retours que j’ai pu avoir de collectivités, à partir du moment où on achète du matériel en grande quantité, en fait on a la capacité à négocier avec le fournisseur de matériel quel est le système qu’on veut ou qu’on ne veut pas qui soit fourni avec les ordinateurs qu’on achète. À mon sens aujourd’hui ça n’est pas compliqué pour, on va dire, peut-être pas à partir d’une PME mais une moyenne entreprise, une grande entreprise et une administration qui voudrait acheter soit des ordinateurs nus, soit des ordinateurs fournis avec du logiciel libre, à mon sens il n’y a pas de problématique aujourd’hui. De toute façon les grandes structures, que ce soit pour les systèmes libres ou non libres, elles ont des systèmes d’images qu’elles vont réinstaller avec leur personnalisation sur tous les ordinateurs qui vont rentrer dans leur périmètre. Donc je pense qu’à ce niveau-là il y a presque moins de problèmes que pour le grand public qui va acheter une seule machine et pour qui, du coup, du point de vue du fabricant, ce n’est pas intéressant de discuter de un avec un million de personnes qui vont acheter chacune un seul ordinateur.

Frédéric Couchet : Michel Memeteau, tu veux compléter ?

Michel Memeteau : Juste sur le marché entreprises que tu citais, nous on ne s’adresse pas à des grandes entreprises, mais on a des PME de 50, 100 personnes qui vont venir vers nous parce qu’elles ont un public d’administrateurs système, de développeurs d’applications Android par exemple. Donc des secteurs d’activité où avoir un ordinateur GNU/Linux c’est un gain de temps considérable pour travailler plus vite, tout simplement. Ce sont des gens qui mettraient beaucoup plus de temps à mettre en place leur environnement de développement, de travail, sur une machine Windows. Sur MacOS c’est un peu différent. Les machines Apple sont tellement loin en termes de prix et de personnalisation du reste, que Linux a vraiment, sur PC, les moyens de percer aussi sur cet aspect-là, cet aspect public développeur.

Frédéric Couchet : D’accord. Avant-dernière question : quels sont les éléments clefs à retenir de cette émission, en moins de deux minutes si c’est faisable. Qui veut commencer ? Aurélien.

Aurélien Couderc : Si vous êtes intéressé par un système libre, essayez. Soit rencontrez les utilisateurs de logiciels libres près de chez vous, faites-vous une clef USB et essayez sur votre ordinateur. Vous pouvez lancer ces systèmes live sans les installer. Vous pouvez prendre une des grandes distributions type Ubuntu pour tester et faites-vous un avis.

Frédéric Couchet : D’accord. Michel Memeteau.

Michel Memeteau : Je crois qu'on est dans une époque où essayer et utiliser un système libre comme GNU/Linux au quotidien c’est devenu vraiment facile. On n’a plus les problèmes d’applications comme il y a dix ans, où les applications n’étaient pas compatibles, etc., Aujourd’hui un bon navigateur sous Linux fera mieux le travail qu’un système propriétaire.

Frédéric Couchet : D’accord. Aurélien.

Aurélien Couderc : Un point important parce que c’était un peu tout le thème de l’émission, y compris pour les passionnés ou les gens plus avancés qui se posent la question, c’est extrêmement important d’acheter un ordinateur avec du logiciel libre préinstallé parce que c’est ça qui oriente aussi le marché, la manière dont les constructeurs voient ce type de client. C‘est vrai que si on est soi-même utilisateur, connaisseur, et qu’on achète quand même un ordinateur avec Windows préinstallé, on ne travaille pas pour la cause de la généralisation du logiciel libre et on n’aide pas à ce que ce soit disponible pour le plus grand nombre.

Frédéric Couchet : D’accord. Dernière question, question bonus : quelle lecture, quel conseil éventuel de lecture, une série, un podcast ou un coup de cœur récent, aimeriez-vous conseiller aux personnes qui nous écoutent ? Ce n’est pas forcément en lien avec le logiciel libre. Aurélien Couderc.

Aurélien Couderc : Ça sera un podcast et une chaîne YouTube. C’est sur des sujets scientifiques tous les deux. Je recommanderais La Méthode scientifique, l’émission de vulgarisation scientifique de France Culture qui a des sujets sur tous les thèmes, tous les jours de la semaine, qui est vraiment d’un très bon niveau et très abordable.
L’autre, que j’aime beaucoup, ça s’appelle Zeste de Science, c’est une chaîne YouTube du CNRS qui présente des découvertes, des avancées scientifiques de manière très humoristique mais quand même très exactes, donc je recommande vivement.

Frédéric Couchet : Je connais les deux et je confirme. Michel Memeteau, est-ce que tu as des conseils de ton côté ?

Michel Memeteau : Moi, j’écoute beaucoup l’émission La Terre au carré sur France Inter à 13 heures 30 tous les jours, ce n’est pas du tout dans le monde des logiciels, c’est plus sur le changement climatique, etc., mais je pense que c’est vraiment une émission qui permet de faire la part des choses justement sur ce genre de problème.

Frédéric Couchet : Écoutez, c’est super. On mettra les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causesommune.fm, parce qu’on a cité beaucoup de références.
Nous avons parlé de la question de l’achat du matériel et du logiciel libre avec Aurélien Couderc, bénévole à l’April, et Michel Mimeteau, directeur de ekinia.fr.
Je vous remercie. Je vous souhaite de passer une bonne fin de journée.

Aurélien Couderc : Parfait. Merci à tous.

Michel Memeteau : Merci. Au revoir.

Frédéric Couchet : À bientôt.Merci à vous.
On va faire une pause musicale. Nous allons écouter La vie sans toi par Ceili Moss. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : La vie sans toi par Ceili Moss.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter La vie sans toi par Ceili Moss disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix de possibles, 93.1 FM en Île-de-France, en Dab+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, sur le télétravail

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre normalement avec la chronique de Vincent Calame « Jouons collectif ». Tu as décidé de nous parler aujourd’hui de télétravail.

Vincent Calame : Oui tout à fait. Quand l’équipe de Libre à vous ! m’avait écrit jeudi dernier pour me demander le thème de ma chronique, je m’étais un peu creusé la tête pour trouver un sujet et puis, faute de mieux il faut le dire, j’avais pensé à parler de la question de l’archivage des courriels. Depuis les évènements se sont précipités et nous voilà maintenant dans la situation de confinement que vivent nos amis Italiens depuis quelque temps déjà. Et là, un des mots magiques apparu comme solution avec raison, c’est celui du télétravail. Il me semblait important de le mettre à l’honneur et c’est de lui dont je voudrais parler dans ma chronique parce que je crois que le monde associatif et militant est justement un de ceux les mieux préparés au télétravail, notamment grâce au logiciel libre.

Frédéric Couchet : En quoi ce monde associatif et militant est-il mieux préparé ?

Vincent Calame : Tout simplement parce que c’est déjà pour beaucoup la réalité du travail au quotidien. Le monde associatif et militant est un des mondes qui doit gérer la plus grande diversité de parties prenantes. Là où une entreprise va être plutôt un monde clos, avec des relations somme toute très balisées avec l’extérieur – d’un côté les clients, de l’autre côté les fournisseurs et évidemment aussi l’administration – une association doit composer avec des bénévoles, avec des salariés, d’autres organisations partenaires, des collectivités publiques si des subventions sont en jeu, bref ! Des personnes et des structures diverses et variées qui ont des compétences et des exigences informatiques tout aussi diverses et variées et sur lesquelles l’association n’a pas prise.
D’ailleurs, dans une précédente chronique, j’avais souligné que cette nécessité de communication tous azimuts avec l’extérieur pouvait être un des freins à l’adoption de logiciels libres par une association parce que c’est une contrainte forte, mais je pense que dans la situation présente ça devient une force. Notamment parce que les associations se sont très tôt saisies des outils de communication à distance. Comme elles n’ont pas les moyens de s’offrir de belles salles de vidéoconférence, de payer tous les billets des participants, elles bricolent depuis longtemps avec les moyens du bord, avec des liaisons ADSL un peu pourries comme c'est montré actuellement, avec des participants aux quatre coins de France et au-delà. Bref, elles sont prêtes au télétravail même dans des conditions dégradées.
Lundi matin, donc hier, je suis allé dans le bâtiment du 38 rue Saint-Sabin où je travaille au sein de la Fondation Charles Léopold Mayer, c’est un bâtiment qui héberge plusieurs autres structures, et j’ai été agréablement surpris : toutes avaient déjà anticipé l’appel au télétravail. Les bureaux étaient vides et nous n’étions plus qu’une dernière poignée pour les derniers réglages, comme vider le frigo, et puis tout était prêt.
Au passage, du côté de la FPH, le seul point noir qu’on a eu c’était un de nos logiciels propriétaires de comptabilité, de gestion de paye et là, il se trouve que nous avions déjà une solution tout aussi propriétaire pour le comptable, pour qu’il puisse y accéder de l’extérieur.
Je pense que cette situation n'est possible que parce que tous les services tournent sur des logiciels libres. J’ai notamment contacté notre partenaire en Argentine qui héberge une partie de nos services, il m’a déjà signalé une augmentation de la charge et il va se pencher sur la question des vidéoconférences, un service qui va devenir très important comme d’ailleurs témoigne l’organisation de cette émission Libre à vous !

Frédéric Couchet : Oui. D’ailleurs nous-mêmes et d’autres structures membres des CHATONS, du Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, chatons avec un « s » point org, avons commencé à réfléchir aux outils à mettre en place pour permettre le travail collaboratif à distance, notamment ce qui est très demandé actuellement l’audioconférence et la vidéoconférence, donc bientôt sur chatons.org avec un « s » et aussi sur chapril.org. Le rôle des administrateurs système va être important dans les prochaines semaines. Vincent.

Vincent Calame : Oui. Complètement, pour rendre notre confinement le plus confortable possible, dans la mesure du possible. J’aimerais terminer sur une note un peu positive, même si ce n’est drôle pour personne, mais là pour tous les activistes que nous sommes, la France va tourner au ralenti, le travail législatif est suspendu, il y a moins de luttes urgentes à organiser. Je pense que c’est peut-être un peu le moment de faire du rangement et du classement, de se plonger dans ses archives. Je reviendrai dans la prochaine chronique sur le thème de l’archivage des courriels, c’est promis. Pourquoi pas, par exemple, relire son site web qui est souvent un peu fouillis, qu’on n’a jamais le temps de mettre à jour parce qu’on a toujours d’autres choses à faire. Bref ! Faire un petit travail d’introspection et de mémoire, ne serait-ce que pour donner l’exemple et aussi, je pense, lutter à notre manière contre cette accélération du monde qui est, il faut le dire, une des raisons de cette situation-là.

Frédéric Couchet : Oui. Tout à fait. On va préciser peut-être que ce télétravail actuel a, à mon sens, deux spécificités quand même par rapport au télétravail habituel. Pour beaucoup de personnes c’est du télétravail avec des enfants à la maison ce qui change quand même radicalement les choses et, deuxième chose, c’est du télétravail en période de crise, donc forcément probablement avec un impact sur le moral.

Vincent Calame : Oui. Il y aura l’impact sur le moral. Pour les enfants, c’est peut-être l’occasion pour eux de comprendre enfin ce que vous faites, ce que chacun fait. Je n’en ai pas, je ne connais pas la situation, évidemment c’est beaucoup plus compliqué. Bien sûr, la crise va jouer sur le moral, mais on va justement avoir besoin de beaucoup de lien social à distance par Internet et là, je pense que l’engagement associatif va être quelque chose de précieux pour chacun. On va, je pense, encore plus apprécier cette valeur des liens sociaux qu’on a pu tisser dans l’engagement associatif pour garder le contact et garder le moral. Et donner l’envie, une fois le confinement terminé, de continuer et de reprendre les combats que nous menons.

Frédéric Couchet : Espérons que les outils informatiques effectivement permettent de passer au mieux cette période d’un point de vue humain.
Vincent, je te remercie pour ta chronique.
C’était Vinent Calame, la chronique « Jouons collectif » qui portait aujourd’hui sur la question du télétravail.
Je te souhaite une bonne fin de journée et à bientôt.

Vincent Calame : À bientôt.

Annonces

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission.Cette émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Aurélien Couderc, Michel Mimeteau, Vincent Calame, Sylvain Kuntzmann qui travaille également à la post-production des podcasts de Libre à vous !.
Un grand merci à William Asgarary à la régie aujourd’hui qui nous permet la diffusion.
Merci également à Olivier Grieco de nous avoir mis à disposition en toute urgence un Nextcloud de discussion, qui nous a permis d’échanger en direct.
Merci également à Christian Momon, bénévole à l’April qui va découper le podcast complet en podcasts par sujet.

Vous retrouverez sur le site de l’April, april.org, et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm, toutes les références utiles. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont, bien entendu, les bienvenues.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission. N’hésitez pas à la faire connaître, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct le 24 mars 2020 dans les mêmes conditions, avec peut-être des améliorations. Notre sujet principal portera sur l’Agilité qui est un groupe de pratiques basées sur l'auto-organisation d’une équipe, l’ajustement permanent et manuel pour visualiser à la fois la satisfaction des équipes et des structures clientes. Comme dirait l’intervenant qui interviendra la semaine prochaine « l’important c’est le fun » et ce thème est assez en adéquation avec la situation actuelle en France.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 24 mars et d’ici là, prenez soin de vous, de vos proches et des autres.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Revue de presse de l'April pour la semaine 12 de l'année 2020

lun, 03/23/2020 - 12:31

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Le Monde Informatique] Télétravail: pourquoi ne pas s'inspirer de l'Open Source

✍ Matt Asay, le jeudi 19 mars 2020.

Si des équipes distribuées pouvaient construire quelque chose d’aussi génial que Linux, alors il est peut être temps de vraiment encourager le télétravail.

Et aussi: [ZDNet France] Comment l'open source fait face à la crise du COVID-19

✍ Steven J. Vaughan-Nichols, le mercredi 18 mars 2020.

De nombreux projets open source relèvent le défi du COVID-19 et proposent des initiatives pour soutenir la lutte contre le nouveau virus.

Et aussi: [Le Monde Informatique] Les failles des logiciels open source bondissent en 2019

✍ Jacques Cheminat, le mardi 17 mars 2020.

Selon une étude, les vulnérabilités dans les projets open source ont bondi de près de 50% en 2019. Mauvaise nouvelle? Au contraire, la sécurité de ces initiatives est de plus en plus prise en compte.

Et aussi: [korii.] Wikipédia gagne la guerre contre la désinformation sur le Covid-19

✍ Antoine Hasday, le mardi 17 mars 2020.

Des spécialistes de la santé veillent au grain. Les GAFAM pourraient prendre exemple.

[Heidi.news] Les biohackers se mobilisent contre le coronavirus

✍ Fabrice Delaye, le lundi 16 mars 2020.

En 13 jours, l’OpenCovid19 Initiative, lancée par des militants de l’open science est parvenue à fédérer plus de mille partenaires tels que des biohackers (des biologistes travaillant en dehors des institutions) mais aussi des académiques, des start-up et des laboratoires communautaires autour d’un projet de science citoyenne contre l’épidémie. Porté par la plateforme en ligne Just One Giant Lab (JOGL), le projet vise à développer des protocoles de diagnostic de Covid-19 en open source afin que les pays pauvres et les petits laboratoires puissent y avoir accès. Il s’accompagne d’un projet de science participative (ouvert à tous) destiné à suivre la propagation du virus dans l’environnement.

Antenne libre : services libres et éthiques, les CHATONS, le confinement - diffusée jeudi 19 mars 2020 sur radio Cause Commune

dim, 03/22/2020 - 09:30

Émission spéciale : antenne libre sur les services en ligne libres, éthiques, les CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires), le confinement.

Suite au confinement de la population, l'April et Cause Commune ont proposé une antenne libre jeudi 19 mars 2020 sur les services en ligne libres, éthiques, la continuité pédagogique.

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

S'abonner au podcast

Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Anne Pédron du collectif Continuité Pédagogique
  • Vincent-Xavier Jumel, enseignant en lycée à Saint-Denis, membre de l'April, de Parinux
  • François Poulain, administrateur de l'April, artisan informaticien à Cliss XXI
  • les auditeurs et auditrices de Cause Commune
Références

Antenne libre : services libres et éthiques, les CHATONS, le confinement

jeu, 03/19/2020 - 15:51
Start: 19 Mars 2020 - 22:00End: 19 Mars 2020 - 23:59

Émission spéciale : antenne libre sur les services en ligne libres, éthiques, les CHATONS, le confinement, Jeudi 19 mars 2020 à partir de 22h00.

Cause Commune ouvre l’antenne pour parler des services en ligne libre, éthiques proposés notamment par les CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) en cette période de confinement. La radio diffuse en 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur son site web.

Intervenir en direct

vous pourrez participer par téléphone en appelant le 01 88 33 52 40. Appelez-nous pour partager vos témoignages et/ou pour poser des questions.

Vous pouvez nous rejoindre sur le salon web dédié aux antennes libres (salon #antennelibre) sur le salon web de la radio.

Libre en Fête et Coronavirus/Covid-19

mar, 03/17/2020 - 16:01
Suite aux décisions du gouvernement annoncées lundi 16 mars 2020, il est fort probable que la plupart voire la totalité des événements proposés dans le cadre de l'édition 2020 de Libre en Fête seront annulés.
Nous exprimons toute notre reconnaissance à l'égard des personnes et des structures qui se sont investies pour proposer et organiser des événements dans le cadre de cette initiative. Nous leur donnons rendez-vous dès maintenant pour l'année prochaine !

Nous rappelons que beaucoup de structures participant à Libre en Fête sont mobilisées tout au long de l'année pour promouvoir le logiciel libre auprès du grand public. La vue géographique de l'Agenda du Libre permet de trouver facilement les organisations du Libre les plus proches de chez soi.
Ainsi, nous invitons toute personne souhaitant s'initier aux logiciel libres à se rapprocher de ces structures dès que les conditions le permettront. Nous espérons pour tout le monde que ce moment arrivera le plus tôt possible.

Pages