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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 40 min 33 sec

« Libre à vous ! » diffusée mardi 11 juin 2019 sur radio Cause Commune - Documentaire sur le logiciel libre - OpenStreetMap - Les films libres de Blender

jeu, 07/11/2019 - 15:30
Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet)..

Nous avons commencé par la présentation d'un nouveau documentaire sur le logiciel libre intitulé « LOL - Logiciel libre une affaire sérieuse » avec François Zaïdi, réalisateur. Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur OpenStreetMap, avec Noémie Lehuby, contributrice, secrétaire de l'association OpenStreetMap France et co-fondatrice de Jungle Bus, Christian Quest, porte-parole d'OpenStreetMap France, et Jean-Christophe Becquet, animateur de l'initiative Dessine ta ville et formateur autour d'OpenStreetMap. Nous avons poursuivi par la chronique « Pépites Libres » de Jean-Christophe Becquet, qui a porté sur les films libres de la fondation Blender. Nous avons terminé par des annonces diverses.

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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Programme de l'émission du 11 juin 2019
  2. Personnes participantes
  3. Photos
  4. Références pour la chronique « Pépites libres » sur les films libres de la fondation Blender
  5. Références pour la partie sur OpenStreetMap
  6. Références pour la partie « LOL - Logiciel libre - une affaire sérieuse »
  7. Références pour la partie sur les annonces diverses
  8. Pauses musicales
Programme de l'émission du 11 juin 2019

La vingt-neuvième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 11 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h.

Au programme :

  • chronique « Pépites Libres » sur les films libres de la fondation Blender
  • OpenStreetMap
  • documentaire intitulé « LOL - Logiciel libre une affaire sérieuse »
  • Annonces
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Jean-Christophe Becquet, président de l'April
  • Noémie Lehuby
  • Christian Quest
  • François Zaïdi, réalisateur
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April, à la régie
Photos

Quelques photos.

--> Références pour la chronique « Pépites libres » sur les films libres de la fondation Blender Références pour la partie sur OpenStreetMap Références pour la partie « LOL - Logiciel libre - une affaire sérieuse » Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April le 20 juin 2019 à la FPH (Paris 11e) - accueil à partir de 18 h 30

il y a 3 heures 42 min
Start: 20 Juin 2019 - 18:30End: 20 Juin 2019 - 20:30 Le groupe de travail Sensibilisation ? L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement. Quand et quoi ? Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois à la Fondation pour le Progrès de l'Homme (Paris 11e), à l'occasion de la Soirée de contribution au Libre organisée par Parinux. La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu le jeudi 20 juin 2019 . Horaires : de 18h45 à 20h30 (accueil à partir de 18h30). Adresse : FPH-Fondation pour le Progrès de l'Homme, 38 rue Saint-Sabin, Paris 11e. Arrêt de métro : Chemin Vert (ligne 8) et Bréguet-Sabin (ligne 5). Pour tous les détails et vous inscrire, rendez-vous sur le pad.

GAFAM : le déclin de l’empire américain - La Méthode scientifique

ven, 06/14/2019 - 15:05


Titre : GAFAM : le déclin de l’empire américain ?
Intervenants : Sébastien Soriano - Tristan Nitot - Maxime Gierczak - Pierre-Yves Gosset - Noémie Naguet de Saint Vulfran - Nicolas Martin
Lieu : Émission La Méthode scientifique - France Culture
Date : mai 2019
Durée : 57 min 55
Écouter ou télécharger le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : divorce, photo Pixabay - Licence Pixabay
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Dans quelle mesure la puissance acquise par les géants du numérique d’aujourd’hui doit-elle nous inquiéter ? Comment l’Europe tente-t-elle de s’emparer du problème de la possibilité de démanteler les GAFA aujourd’hui ?

Transcription

Nicolas Martin : Le moteur de recherche de Google, Google Search, possède 94 % des parts de marché en France. Le système d’exploitation de la firme, Android, est installé sur neuf appareils mobiles sur dix. La moitié du commerce électronique aux États-Unis passe par Amazon. Quant à Facebook, sa capitalisation boursière équivaudrait au PIB cumulé de 65 pays de la planète. Ces GAFAM – puisqu’il faut ajouter Apple et Microsoft – sont-ils devenus trop gros ? Si gros qu’ils parlent d’égal à égal avec les États les plus puissants, voire de supérieur à inférieur. Est-il temps d’intervenir, comme le suggère récemment le cofondateur de Facebook, qui appelle, ni plus, ni moins, à démanteler le géant numérique.

« GAFAM : le déclin de l’empire américain ? », c’est le programme monopolistique qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.

Et pour évoquer cette perspective, de moins en moins utopique, d’un éventuel démantèlement de ces géants américains du numérique, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Bonjour.

Nicolas Martin : Vous êtes le président de l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, et Tristan Nitot. Bonjour.

Tristan Nitot : Bonjour

Nicolas Martin : Vous êtes vice-président de Qwant et ex-président et fondateur de Mozilla Europe.
Vous pouvez suivre comme tous les jours cette émission en parallèle via notre fil Twitter @lamethodefc.
Alors cette idée un peu folle, un peu irréaliste au premier abord, de pousser au démantèlement de ces entreprises devenues cyclopéennes, elle n’est finalement pas nouvelle, elle résonne comme un écho de moins en moins lointain depuis une bonne dizaine d’années, mais elle a pris un nouveau tour tout récemment : le mois dernier exactement, le cofondateur de Facebook a lancé une offensive médiatique pour appeler au démantèlement de sa créature. Écoutez cet extrait du journal de France Inter le 9 mai dernier.

Voix off d'une journaliste de France Inter : Direction les États-Unis à présent où un fondateur de Facebook appelle à démanteler le réseau social ; Chris Hughes reproche à sa création d’être devenue trop puissante. Les précisions de Grégory Philipps à Washington.

Voix off de Grégory Philipps : Il est de notoriété publique que les deux hommes qui ensemble ont imaginé Facebook en 2004 dans leur chambre d’étudiant à Harward ne s’entendent plus. Chris Hughes, d’ailleurs, a quitté la compagnie trois plus tard et revendu toutes ses actions en 2012. Mais l’attaque vient donc, cette fois, de l’un des créateurs du réseau social ; le plan média est parfaitement orchestré : tribune dans le New York Times, interviews radio et télé comme ici sur NBC.
« Si je parle aujourd’hui c’est parce que Facebook est devenu trop gros », dit Chris Hughes et dans le New York Times il précise : « Zuckerberg a aujourd’hui plus d’influence que n’importe quel dirigeant politique ou chef d’entreprise dans le monde ». Dans cette tribune, Hughes exprime à regrets « qu’à l’époque, en 2004, nous n’ayons pas imaginé que nos fils d’actualité et leurs algorithmes allaient ainsi changer notre culture, influencer des élections ou donner la parole à des dirigeants nationalistes ». Sur la radio publique NPR enfin, Chris Hughes explique qu’à ses yeux Zuckerberg est tellement puissant qu’il ne doit de comptes à personne, dit-il, et les autorités devraient démanteler sa compagnie et la réguler. Avec Facebook, Instagram et WhatsApp, l’entreprise connaît une situation de quasi-monopole que Chris Hughes a contribué à créer il y a 15 ans.

Nicolas Martin : C’était le 9 mai dernier. Une réaction, l’un et l’autre finalement à cette offensive médiatique. C’est quoi ? C’est une fausse ingénuité, en quelque sorte, ou, au contraire, est-ce que c’est un véritable signal d’alerte ? Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Je crois qu’il y a une prise de conscience. C’est-à-dire que pendant assez longtemps on a tous joué avec ces nouveaux outils, profité du confort nouveau qu’ils nous apportaient, notamment sur les smartphones, et puis c’était plutôt sympa dans la queue à la boulangerie de regarder son fil Facebook, son fil Twitter. Et finalement on est en train de se rendre compte que cette immixtion totale de ces outils dans nos vies elle donne un immense pouvoir à ces acteurs d’Internet, donc effectivement ça soulève des questions qui sont légitimes.
On peut regretter que ce soit mis sur la table sous l’angle un peu de la vengeance personnelle, donc il faut faire attention, je trouve, dans ce débat, de ne pas rentrer sur une approche qui soit excessivement punitive et de se dire ils sont gros, donc ils sont méchants. C’est un peu plus subtil que ça. Mais sur le fond oui, il y a bien une prise de conscience et heureusement.

Nicolas Martin : Qu’en pensez-vous Tristan Nitot ?

Tristan Nitot : Ils sont gros, ce n’est pas pour ça qu’ils sont méchants, mais ils ont quand même démontré qu’ils pouvaient être méchants. J’essaye de lister sur mon 1 les bévues multiples de Facebook, mais en fait, je n’ai pas le temps ! Je n’ai pas assez de doigts pour taper sur mon clavier les différents scandales qui, semaine après semaine, s’égrainent avec des choses qui, à chaque fois, coupent le souffle.

Nicolas Martin : Par exemple. Donnez-nous des exemples concrets.

Tristan Nitot : Un jour, Zuckerberg, il y a un an et demi dit : « Vous savez, Facebook ça ne va pas, cette année mon engagement c’est de réparer Facebook. » C’était ses vœux d’il y a 18 mois. Et juste après, trois mois plus tard, en fait on découvre qu’ils offrent aux utilisateurs un VPN ; un VPN c’est un système qui permet de chiffrer les communications pour qu’on ne puisse pas être repéré quand on se connecte.

Nicolas Martin : Ce qui est notamment utile dans certains pays qui interdisent Facebook. Pour contourner les interdictions nationales, notamment dans certains pays d’Asie comme la Chine.

Tristan Nitot : C’est utile dans ces cas-là, mais il y a aussi plein de gens qui veulent faire du téléchargement illégal ou des choses comme ça, qui utilisent un VPN pour brouiller les pistes. Donc Facebook offre un VPN à ses utilisateurs et c’est gratuit. Alors les gens se précipitent dessus et, en fait, on se rend compte que Facebook effectivement protège les utilisateurs, mais analyse tout le trafic réseau qui passe par ce VPN. Ça lui permet d’analyser comment les gens qui utilisent Facebook utilisent aussi des concurrents, pour pouvoir mesurer concrètement ce qui est fait avec le trafic sur les concurrents, donc détecter les concurrents les plus dangereux.

Nicolas Martin : Ça c’est dire une fois de plus que Facebook, Google, que ces GAFAM, Apple, Amazon, Microsoft, ont des comportements qui sont des comportements abusifs compte-tenu de leur situation quasi monopolistique. Ce constat-là est, je pense, fait de façon très très large aujourd’hui. Quand on parle de démantèlement on a tout de même le sentiment d’avoir recours à des outils qui sont des outils d’un autre temps, alors que l’air est plutôt au sens de l’agrégation, Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Oui. Mais il faut, je crois, reconnaître l’immense échec de l’ensemble des politiques publiques qui sont censées faire en sorte que les marchés soient concurrentiels. C’est un point de départ qui me paraît essentiel. Et c’est ce constat d’échec qui doit nous motiver, qui doit ensuite nous servir à aller chercher des outils qui sont non traditionnels, parce que ce constat d’échec est quand même particulièrement éclatant. On a des autorités qui sont en charge de faire en sorte qu’on contrôle les abus de position dominante, qu’on vérifie que les entreprises qui fusionnent n’atteignent pas une situation de marché qui soit trop forte et la situation est absolument dramatique : quand on cherche un réseau social on n’a pas le choix ; quand on cherche un moteur de recherche, on en reparlera, on a le choix, mais il y a quand même un énorme avantage compétitif aujourd’hui au moteur de recherche Google pour des raisons qu’on explicitera. Donc le point de départ de tout ça, c’est qu’on n’a pas le choix ! Et le choix c’est une énorme discipline de fonctionnement du marché, parce que quand vous êtes une entreprise et que vous avez de la concurrence, vous avez peur de perdre vos clients. Donc la discipline qui est induite par cette concurrence, elle n’existe pas dans le numérique et c’est ça le problème.

Nicolas Martin : Aujourd’hui, Tristan Nitot, ce chemin de l’idée d’un démantèlement, en tout cas peut-être d’aller dans le sens inverse de ce que l’histoire économique récente nous montre, il est réaliste ?

Tristan Nitot : Moi je pense que c’est possible et c’est clairement quelque chose qu’il faut envisager. Un Google, de façon un peu imagée, il y a des coutures entre les différentes filiales et on pourrait découper suivant ces coutures. Pourquoi est-ce que Android ce serait la même boîte que le moteur de recherche Google ? Ce n’est pas le même métier, il y en a un ils font du logiciel, il y en a un ils font un service. On peut très bien imaginer de découper, comme ça, par appartement : Android pourrait être une entreprise indépendante qui serait pérenne et bénéficiaire en tant que telle, et puis le moteur de recherche Google aussi. On pourrait en découper sa régie publicitaire, en faire une indépendante qui serait ouverte aux tiers. Vous voyez, ce genre de choses. Pourquoi pas ?

Nicolas Martin : Vous conviendrez que, a priori, voir le problème sous cet angle ça ne va pas tout à fait ou ça n’a pas l’air de tout à fait correspondre à l’économie néolibérale de concentration qui est celle que l’on constate dans le secteur du numérique depuis les dix-quinze dernières années ?

Tristan Nitot : Oui, mais en même temps, l’économie libérale comme ça, si elle est libérale, elle n’est plus au service du consommateur, elle est au service des plus riches. Quand vous avez une situation de monopole, eh bien vous êtes comme une citadelle imprenable et la tentation est grande d’utiliser cette situation de monopole sur un secteur pour l’étendre à un autre secteur. Microsoft l’a fait en son temps : ils avaient un monopole Windows, ils l’ont fait sur internet Explorer d’où la création de Mozilla il y a 21 ans maintenant. À l’inverse, on l’a aussi chez Google : ils l’ont fait sur le moteur de recherche, ils ont fait ensuite Android, ensuite ils ont fait Google Play Store, etc., et ils ne cessent de s’agrandir. Idem chez Facebook. Facebook c’est d’abord le réseau social, ensuite c’est Messenger, ensuite c’est WhatsApp, ensuite c’est Instagram, etc.

Nicolas Martin : Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Je crois que votre question sur la course à la taille est finalement absolument centrale.

Nicolas Martin : C’est ce qu’on constate, plus qu’une question c’est un constat de ce qui s’est passé ces quinze dernières années.

Sébastien Soriano : Absolument. Tout à fait. Et moi, personnellement, je n’y suis pas fondamentalement opposé. C’est-à-dire que je pense que le numérique dégage effectivement une capacité de mobilisation qui peut être extrêmement positive. Donc le fait de condamner la taille des acteurs en tant que telle n’est pas quelque chose dans lequel je me retrouve.
Pour moi, le problème réel c’est la diversité. C’est-à-dire qu’il y ait des grands acteurs c’est sans doute très bien parce que cette taille génère ce qu’on appelle des gains d’efficacité qui sont ensuite restitués aux consommateurs par des services qui vont être plus performants grâce à toutes les données dont ils peuvent disposer, qui permettent de les optimiser ; ça permet aussi d’amortir des coûts d’innovation sur une base de clientèle qui est plus large, donc ça permet d’apporter des services moins chers, d’ailleurs ils sont souvent gratuits. Donc la taille en tant telle n’est pas forcément ennemie de l’intérêt du consommateur. Le problème c’est l’absence de diversité. Le problème c’est qu’il n’y a, à chaque fois, qu’un, éventuellement deux acteurs, on est content quand on a deux acteurs et c’est vraiment ça le cœur du problème.

[Interlude musical]

Voix Off : La Méthode scientifique, Nicolas Martin.

Nicolas Martin : Nous parlons donc tout au long de cette heure des GAFAM pour poser la question, finalement, de leur taille critique et des réactions à avoir face à cette taille critique. Faut-il aller, faut-il pousser vers un démantèlement, vers une séparation de leurs activités en différentes entreprises ? Nous en parlons avec Sébastien Soriano, président de l’Arcep, et Tristan Nitot, vice-président de Qwant. On y reviendra d’ailleurs dans un instant. Peut-être un mot rapidement, Sébastien Soriano, j’ai donné quelques chiffres au début de cette émission pour évaluer l’ampleur de cette situation monopolistique qui est celle des GAFAM. Est-ce que vous avez quelques chiffres, quelques données en tête, qui pourraient permettre de mesurer exactement quelle est leur situation sur le marché du numérique ?

Sébastien Soriano : Je crois qu’un chiffre qui est particulièrement parlant c’est celui de la capitalisation boursière de ces acteurs. Si vous regardez quelles étaient les grandes entreprises mondiales, vous aviez essentiellement des entreprises du secteur pétrolier, quelques grands constructeurs automobiles et des banques. Ça c’était le paysage que vous aviez il y a une vingtaine d’années. Maintenant vous avez quelques grands acteurs, effectivement, du numérique qu’ils soient américains ou chinois en général, qui sont les plus grandes capitalisations mondiales. Vous avez des acteurs qui ont des bases de clients de plusieurs milliards, des centaines de millions et parfois au-delà du milliard d’individus. Donc ce sont des effets d’échelle que l’on n’avait jamais atteints jusqu’à présent et je crois que c’est ça qui est particulièrement impressionnant. On dit souvent qu’ils sont plus forts que les États, c’est parce que, effectivement, sur la France, Google est une entreprise qui n’est pas si puissante que ça mais son poids c’est d’être présente à l’échelle mondiale et ça, ça lui donne une puissance de frappe qui est, jusqu’à présent, inédite.

Nicolas Martin : Tristan Nitot.

Tristan Nitot : C’est sûr qu'aujourd’hui deux milliards et quelques d’utilisateurs pour Facebook, c’est beaucoup et, en même temps, il ne faudrait quand même pas les prendre pour des clients. Moi je pense que si on les considère comme des clients on réfléchit sur des mauvaises bases. Souvent, quand je parle à des gens, je leur dis : « Est-ce que vous êtes clients de Google ou de Facebook ? — Oui, on est des consommateurs, ce sont des entreprises. » Donc ils se mettent naturellement, psychologiquement, dans cette idée qu’ils sont clients puisque ce sont des entreprises. Mais non ! Et je leur demande généralement, « quand vous voyez deux vaches dans un champ est-ce que vous pensez qu’elles sont clientes sont du fermier ? — Eh bien non ! C’est stupide. » Évidemment que la vache n’est pas cliente du fermier. Elle est logée gratuitement, nourrie gratuitement, elle est peut-être contente d’être là. Bon ! Elle va finir à la boucherie et on lui prend son lait et ses veaux entre temps. Le fait est qu’elle n’est pas cliente du fermier. Eh bien c’est pareil chez Google et Facebook, on est le bétail de ces plates-formes parce que le vrai client c’est l’annonceur publicitaire. En fait, ils retiennent les utilisateurs avec des services intéressants, ils leur pompent de la donnée personnelle et ils les nourrissent avec de la publicité ciblée. Tout ça est finalement extrêmement pervers, parce qu’on a l’impression qu’ils sont généreux, qu’ils nous font des cadeaux avec des services gratuits. La vérité c’est que non ! Ils nous traient comme du bétail.

Nicolas Martin : C’est le vieil adage « si ça n’est pas payant c’est que le produit c’est vous. » Néanmoins, ce qui est intéressant quand on regarde aujourd’hui cette histoire d’un éventuel démantèlement et de quelques partisans, notamment aux États-Unis, notamment dans le camp démocrate qui invoque l’histoire. Effectivement, aux États-Unis, il y a une histoire assez forte de destruction de monopoles, on en reparlera, via le Sherman Anti-Trust Act, que ce soit dans le système pétrolier d’abord puis dans le système des télécommunications. Avant de parler de ces exemples historiques, j’aimerais revenir sur ce que vous disiez tout à l’heure Tristan Nitot. Parce que, dans le domaine du numérique finalement, Sébastien Soriano, on a déjà vu ça : Microsoft avec Internet Explorer, avec Windows Media Player, par la voix notamment de la Commission européenne, s’est fait taper sur les doigts, a été obligée d’introduire, de force, de la concurrence et de renoncer à certaines parts de son monopole. C’est de l’histoire récente ça.

Sébastien Soriano : Oui. Effectivement force est de constater qu’on n’a pas appris de l’histoire et qu’on n’a pas su anticiper ce qui allait se passer avec ces grands acteurs. Moi je préfère les appeler des big tech que les GAFA.

Nicolas Martin : GAFAM pour remettre Microsoft dans le lot, il apparaît souvent.

Sébastien Soriano : Justement, comme tout le monde n’est pas d’accord sur la liste, moi je préfère parler des big tech.

Nicolas Martin : Parlons donc des big tech.

Sébastien Soriano : C’est un choix personnel.

Tristan Nitot : Je suis d’accord avec vous, parce qu’en fait mettre Apple dans le même sac qu’un Google et qu’un Amazon, pour moi ça n’a pas vraiment de sens. Amazon a vraiment un business model très différent et Apple aussi.

Sébastien Soriano : Et au fond, je crois que ce qu’on a raté, ce qu’on a vraiment raté dans l‘analyse, dans la compréhension économique de ce qui était en train de se passer, c’est la notion d’effet de réseau, ce qu’on appelle aussi la loi de Metcalfe.
La notion d’effet de réseau c’est quelque chose de très simple : si vous créez un service, par exemple un réseau social comme Facebook, eh bien ce service est d’autant plus attractif qu’il y a déjà vos amis qui sont sur le réseau. Donc au début, évidemment, c’est très dur de créer un réseau social parce qu’il n’y a personne dessus, donc ce n’est pas intéressant de se connecter. Mais une fois que vous passez une certaine taille critique, vous avez ce qu’on appelle un effet boule de neige. C’est-à-dire que les gens viennent s’abonner ou s’inscrire à votre service parce que les autres sont déjà dessus. Et cette loi des effets de réseau est extrêmement puissante chez tous les acteurs du numérique, parfois de manière inattendue. Par exemple Google, pour prendre l’exemple d’un moteur de recherche, on peut se dire que la performance de Google c’est que son algorithme de recherche est très performant. Mais en fait, il y a d’autres facteurs beaucoup plus insidieux : comme tout le monde va sur Google aujourd’hui, Google sait très bien ce que les gens cherchent ; il sait les questions que chacun pose et ensuite Google sait sur quoi vous avez cliqué, au bout de la combientième page. Donc cette information de savoir ce que les gens ont cherché et ce sur quoi ils ont cliqué, eh bien ça va les rendre plus intelligents pour répondre à des requêtes semblables d’autres personnes. Donc on voit là que le fait d’être déjà dans la place, d’être déjà l’acteur de référence, ça vous rend plus efficace.
Donc au bout d’un moment, la sélection, c’est-à-dire la performance entre les acteurs et le choix que peut faire le consommateur d’aller voir tel ou tel acteur, n’est plus liée à la qualité intrinsèque du service, elle est juste liée au fait que vous êtes le meilleur acteur de la place. Et ça, c’est un énorme défi par rapport à toute la théorie économique. On a vécu sur ce qu’on appelle le paradigme schumpétérien, c’est-à-dire c’est le meilleur innovateur qui va l’emporter et qui va remplacer les autres, eh bien ce mécanisme ne fonctionne plus parce que ces grands acteurs de la tech sont protégés par ces effets de réseau. Ce qui fait que, alors qu’on a pensé que comme Facebook avait remplacé Myspace et Google avait remplacé Altavista, eh bien aujourd’hui personne ne remplace les big tech.

Nicolas Martin : C’est très important ce que vous venez de dire, à plein d’égards, et on va y revenir tout à l’heure quand on va parler des solutions parce qu’on va se rendre compte qu’effectivement cet effet de réseau c’est une sorte de ticket d’entrée qu’il est très difficile et de plus en plus difficile d’acquérir au vu de l’ampleur aujourd’hui de ces big tech, pour utiliser votre terminologie.
J’aimerais tout de même qu’on revienne sur cette histoire récente, notamment celle de Microsoft et de ce qui s’est passé, que vous évoquiez tout à l’heure Tristan Nitot. C’est-à-dire qu’on a vu dans l’histoire récente, sans avoir besoin de remonter à l’histoire de Rockfeller et de sa compagnie pétrolière démantelée par le Sherman Anti-Trust Act, on a vu un géant du numérique qui s’est fait, pour utiliser une expression familière que vous me pardonnerez, tailler des croupières ; à qui on a dit, à un moment donné, : « Vous ne pouvez pas être en situation monopolistique sur l’ensemble de ces territoires ». Vous pouvez nous rappelez en quelques minutes ce qui s’est passé, s’il vous plaît Tristan Nitot, et voir en quelle mesure cela peut ou pourrait être appliqué à la situation actuelle ?

Tristan Nitot : En fait c’est très simple : au début il y avait Microsoft qui avait deux grandes parties de business. La première c’était Windows, vendre une plate-forme avec des ordinateurs sous Windows. C’est une plate-forme en ce sens qu’en tant que telle ça ne fait rien tant que vous n’avez pas mis des applications dessus. C’est cette relation qui est essentielle, on va le voir par la suite, mais la force de la plate-forme c’est que vous en avez besoin pour faire tourner des applications. Les applications c’est ce qui est vraiment utile : ça va être un traitement texte, un tableur, un réseau social, de la messagerie, etc. C’est ça que veut l’utilisateur au final, mas il a besoin d’une plate-forme pour les faire tourner. Donc le business de Microsoft c’était vendre la plate-forme Windows, mais aussi vendre les applications les plus connues, en l’occurrence ce qu’on appelle, ce qu’on appelait à l’époque le Pack Office, Word, Excel, Powerpoint, etc.
Et puis, un jour, le Web est arrivé avec la société Netscape qui a popularisé le navigateur web auprès du grand public. Et les gens de Netscape ont commencé à dire « vous savez le web c’est formidable, ça tourne sur Windows, ça tourne sur les Mac et ça tourne aussi sur ce qu’on appelait à l’époque les machines Unix. À partir du moment où vous avez un navigateur web, d’ailleurs Netscape fournit un navigateur web, regardez il est gratuit ou quasiment gratuit sauf pour les entreprises, mais voilà, vous avez ça vous vous affranchissez du problème de ce qu’est une plate-forme. Que vous ayez Windows ou autre vous aurez accès au Web et sur le Web, qui est lui-même une plate-forme, vous aurez toutes les applications que vous voudrez plus tard. Là on n’y est pas tout à fait, mais on est en train de le construire, ça va venir bientôt. »
Et là crise de panique chez Microsoft – ils avaient le monopole de la plateforme, celle que tout le monde utilisait – en se disant « mais en fait on est devenus complètement banalisés par le Web, ce n’est pas encore fait mais ça va venir, ça se profile, il faut réagir. » La méthode qu’ils ont choisie c’était de dire « puisque nous avons encore le monopole sur Windows, nous allons construire notre propre navigateur qui s’appelle Internet Explorer, qui a quasiment disparu aujourd’hui à part sur les vieilles machines, et nous allons le faire gratuit face à Netscape qui va donc être déstabilisée et, mieux que ça, nous allons l’intégrer dans Windows. Ce qui fait qu’avec le renouvellement des PC, vous aurez un nouveau PC avec le temps qui passe, vous avez un nouveau PC, vous avez Windows et avec vous avez Internet Explorer, donc vous n’avez plus d’intérêt à utiliser Netcape Navigator qui était le navigateur de Netscape. »

Nicolas Martin : Ce qui a eu la peau de Netscape par ailleurs.

Tristan Nitot : Effectivement, Netscape en est morte. Mais Microsoft a été attaquée par le Department of Justice américain en disant « attendez, là vous faites exactement ce qu’il est interdit de faire, parce que c’est mauvais pour le consommateur. Vous aviez déjà un monopole Windows et, en fait, vous faites levier sur ce monopole pour acquérir un nouveau monopole sur le marché des navigateurs, qui est un marché différent de celui des systèmes d’exploitation type Windows ». Donc avec le risque, clairement compris par le législateur, qui est que, eh bien, vous faites la théorie des dominos. Vous avez un monopole et hop ! vous en avez maintenant un deuxième et grâce à ce deuxième vous en avez un troisième et à la fin vous avez le monopole sur tout et les gens sont complètements asservis.

Nicolas Martin : Ce qui s’est passé avec Windows Media Player, c’est la même chose pour un lecteur de contenus multimédia.

Tristan Nitot : Exactement. C’était facile pour eux, avec le monopole sur la plate-forme, de commencer à acquérir le monopole sur les applications. Ils l’ont fait avec Word, ils l’ont fait avec Excel, etc.

Nicolas Martin : Ce qu’on entend, Sébastien Soriano, ce que vient de décrire Tristan Nitot c’est exactement ce qui est en train de se passer dans d’autres secteurs, que ce soit sur Google, que ce soit sur Facebook, c’est-à-dire utiliser un monopole et puis, en acquérant des sociétés, non plus en développant forcément du coup des logiciels ou des applications, eh bien petit à petit ! Voilà ! En acquérir de nouveaux dans d’autres secteurs. Pourquoi ce qui s’est passé avec Microsoft ne serait pas applicable aujourd’hui à ce qui est en train de se passer notamment avec Facebook et Google ?

Sébastien Soriano : D’abord il y a eu une réaction de la Commission européenne qui a sanctionné Google à deux reprises, récemment, donc la Commissaire à la concurrence Margrethe Vestager qui, comme vous le savez, est maintenant potentielle candidate pour être Présidente de la Commission européenne, a prononcé des sanctions très importantes de plusieurs milliards d’euros à l’encontre de Google, justement pour avoir fait ce genre d’effet de levier en utilisant son monopole sur un marché pour l’étendre vers un autre.

Nicolas Martin : Quatre milliards en 2018 pour Android.

Tristan Nitot : Google Shopping aussi.

Nicolas Martin : Google Shopping. Un milliard et demi pour la régie publicitaire AdSense au mois de mars dernier, etc.

Sébastien Soriano : Donc il y a eu une réaction. Il y a eu une réaction. Pour autant, ça ne veut pas dire que tout a été bien anticipé. Notamment il y a un point que vous avez souligné qui est celui des acquisitions. C’est-à-dire qu’il y a une chose qui est de faire ce qu’on appelle de la croissance interne, c’est-à-dire de développer des nouveaux services qu’on a inventés en interne et ça, le droit de la concurrence ne peut pas l’empêcher. On ne peut pas empêcher les gens d’avoir des bonnes idées. Mais une autre chose c’est effectivement d’aller chercher des bonnes idées à l’extérieur. Et ça, je pense qu’il y a eu une claire naïveté de la part des autorités de la concurrence qui ont laissé faire, qui ont laissé les big tech faire leurs courses, racheter des pépites et ainsi créer des conglomérats absolument extraordinaires. C’est quand même fou de se dire qu’on a laissé Google racheter YouTube ; on a laissé Google racheter Android ; on a laissé Facebook racheter WhatsApp.

Nicolas Martin : Et Instagram.

Sébastien Soriano : Avec le recul c’est absolument sidérant.

Nicolas Martin : Comment on explique que les autorités de régulation de la concurrence, qui sont très attentives, pourtant, à ne pas créer justement d’oligopoles à ce point-là puissants, et les autorités de la concurrence américaines le sont normalement particulièrement, comment se fait-il qu’elles n’ont pas réagi à ces rachats ? Est-ce qu’on a une explication à ça ? Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Oui. D’abord je ne voudrais pas leur taper dessus à ces autorités et je m’associe complètement à leur échec ayant moi-même travaillé à l’Autorité de la concurrence française, donc je ne suis pas en train de donner des leçons après coup. C’est un échec auquel je m’associe.
Je pense que nous avons sous-estimé ces effets de réseau dont je parlais tout à l’heure et nous avons cru au paradigme schumpétérien. C’est-à-dire que nous avons pensé, finalement, que tout ça c’était très innovant, ça bougeait très vite et que ce n’était pas très grave si Facebook achetait ce service avec quelques millions d’utilisateurs, finalement ce n’était pas si énorme et que, eh bien oui, il y aurait quelqu’un dans un garage qui, dans quelques semaines, inventerait quelque chose de très disruptif et complètement différent et qui remplacerait ces innovations.
Je crois qu’on a été trop confiants, trop enthousiastes aussi vis-à-vis du numérique en se disant tout ça, ça bouillonne, ne créons pas trop d’entraves ; si on commence à vouloir réguler l’innovation, on va la brider. Je pense que c’est vraiment cet état d’esprit qui nous a guidés pendant trop longtemps et qui, aujourd’hui, nous a amenés dans cette impasse.

Nicolas Martin : Alors que le marché était précisément en train de se fixer.

Sébastien Soriano : Absolument. Et ce qu’on a sous-estimé c’est le fait qu’il n’y aurait pas d’aller-retour. C’est-à-dire que ce qu’on a sous-estimé, encore une fois, c’est cet effet d’accumulation, avec ces effets de réseau qui fait qu’aujourd’hui c’est extraordinairement difficile de ré-ouvrir le jeu.

Nicolas Martin : Tristan Nitot, un mot tout de même pour compléter ce que vient de dire Sébastien Soriano, mais aussi, parce que, comme il vient d’être dit, des amendes, des amendes lourdes, on parle d’amendes en milliards de dollars, ont été prononcées. Ça n’a pas du tout, pour le moment en tout cas, l’effet que ça a pu avoir à l’époque sur Microsoft puisque, comme vous l’avez souligné, après la condamnation de Microsoft pour Internet Explorer c’est la naissance de Mozilla, c’est l’ouverture de la brèche pour de nouveaux logiciels de navigation, etc.

Tristan Nitot : Moi je suis assez dubitatif sur l’efficacité de la régulation au niveau de Microsoft. C’est-à-dire que médiatement ça a été catastrophique pour eux. Ils avaient quand même des habitudes dans le domaine : traîner tellement de casseroles ça devenait gênant pour le business parce qu’ils commençaient à avoir une réputation de chacal, évidemment on n’avait plus envie de travailler avec eux. Ils se ont dit on va calmer le jeu.

Nicolas Martin : Et avec des logiciels qui techniquement, en plus, n’étaient pas très solides, pour le dire euphémiquement.

Tristan Nitot : Donc c’est plus là que ça a joué. En fait, en termes de régulation, ce qui a été fait n’a pas été très efficace. Il n’y a pas eu d’amende record. Ils ont été obligés de changer de braquet. Je pense que Mozilla a changé les choses, parce qu’une alternative a émergé, mais sans l’aide du régulateur. Objectivement. Moi je n’ai touché jamais d’argent de la Commission européenne ou de je ne sais qui pour développer Mozilla. Rien. Zéro

Nicolas Martin : Mozilla, Safari, Chrome évidemment derrière. Windows Media Player aujourd’hui n’existe plus. Il y a d’autres lecteurs qui sont nés, VLC2, d’autres players qui sont nés, Winamp pour la musique. Ça a quand même ouvert des brèches.

Tristan Nitot : Oui. C’était plus un signal et en plus, si vous voulez, de toute façon Microsoft avait perdu tout intérêt pour Internet Explorer. C’est-à-dire qu’en fait ils avaient eu ce qu’ils voulaient, tuer Netscape, et ils ont complètement arrêté d’investir dans Internet Explorer. C’est ce qui a permis au projet Mozilla d'émerger, c’est qu’en fait Microsoft s’était endormie au volant, donc on a pu construire un navigateur qui était meilleur que celui de Microsoft alors qu’il n’y avait à rien à gagner. C’est pour ça que Mozilla c’est une fondation, c’est à but non-lucratif. Vous ne pouvez pas arriver et faire un business plan en disant « je vais faire un navigateur gratuit pour contrer celui gratuit et mauvais de Microsoft », à l’époque parce que, de toute façon, il n’y a pas d’argent à gagner.

Après les choses ont changé. Google a fait un navigateur, en l’occurrence Chrome qui est en situation monopolistique aujourd’hui ; on peut estimer, je n’ai pas les chiffres, mais ils ont au moins 60 % de parts de marché si ce n’est plus et tous les autres sont, en fait, des clones de Chrome, des sous-versions de Chrome. Il n’y a que Firefox et sa dizaine de pour cents qui résiste. C’est-à-dire, qu’en fait, Firefox a 10 % et Chrome et ses dérivés c’est quasiment 80 % et puis peut-être quelques pour cents pour Safari.
Fondamentalement ça c’est parce que Chrome a un business model : c’est le cheval de Troie de Google Search. C’est un business model dérivé.

Nicolas Martin : Le moteur de recherche de Google.

Tristan Nitot : Voilà. Exactement.

Nicolas Martin : Sébastien Soriano, finalement sur la façon dont Chrome, mine de rien, a réussi à s’engouffrer dans cette brèche-là et ensuite a fait avec Mozilla ou, en tout cas, a tenté de faire avec Mozilla3, ce que Microsoft a réussi à faire avec Netscape4. C’est-à-dire on sait comment Google a empêché de plus en plus à Mozilla de fonctionner, a entravé le fonctionnement de Firefox.

Sébastien Soriano : Oui. Je suis d’accord avec ce que dit Tristan Nitot sur le fait qu’en termes de régulation, les décisions de la Commission européenne vis-à-vis de Microsoft n’ont pas bien trouvé la manière d’aider les concurrents. Mais ça a été quand même un signal et c’est quand même la responsabilité de ces autorités de concurrence, à un moment, de taper du point sur la table pour permettre d’ouvrir les vannes. D’ailleurs dans les années 50, dans les années 60, aux États-Unis il y a une politique de concurrence extrêmement vigoureuse, qui a permis d’ouvrir des brevets, de Xerox. Il y a eu aussi une décision très forte vis-à-vis d’AT&T, vis-à-vis d’IBM et cette politique antitrust très forte a bénéficié à des nouveaux entrants qui sont les acteurs de la Silicon Valley.

Nicolas Martin : AT&T a été démantelé en 1982 au moment où ils avaient plus d’un million d’employés.

Sébastien Soriano : Ce qui est triste c’est qu’on a manqué ces opportunités, notamment en Europe, on a manqué des vagues d’innovation qui ont été ouvertes à ce moment-là et je pense que c’est le vrai défi de l’Europe maintenant. OK, on peut pleurer, on peut taper sur les acteurs en place, c’est une chose, mais le vrai défi maintenant c’est quelle est la réponse qu’on peut apporter, qui va aider l’émergence d’alternatives.

Nicolas Martin : Est-ce que vous pensez que la politique antitrust américaine, cette ancienne politique qui a fait ses preuves, aujourd’hui elle ne pourrait plus être opérante dans le contexte économique actuel ?

Sébastien Soriano : Si, bien sûr, mais il faut inventer des outils spécifiques. C’est-à-dire qu’il ne faut pas seulement taper sur les grands acteurs, il faut trouver la manière de les ouvrir, notamment ouvrir leurs données, ouvrir ce qu’on appelle des interfaces qui permettent à de nouveaux acteurs de se développer dans ces écosystèmes.

Nicolas Martin : Tristan Nitot, vous partagez ce point de vue ?

Tristan Nitot : Absolument. La régulation en tant que telle, old school, à l’ancienne façon…

Nicolas Martin : Par la loi…

Tristan Nitot : Par la loi c’est compliqué parce que la loi évolue forcément moins vite que la technologie qui évolue à une vitesse hallucinante, qui veut prendre les gens à contre-pied, etc. Ça c’est un premier point. Et puis, effectivement, il faut trouver des alternatives et ces alternatives je vais en soumettre deux :

un, l’interopérabilité5. Vous me pardonnerez le mot un peu compliqué, mais c’est la possibilité d’ouvrir ces interfaces, faire fonctionner un système existant avec d’autres systèmes ; donc ils sont interopérables, ils peuvent opérer entre eux étymologiquement ; ça c’est une première possibilité ;

et la deuxième chose c’est la portabilité des données. Puisque vous avez vos données chez Facebook peut-être que vous pourriez les prendre et les porter ailleurs pour que vous ne perdiez pas vos amis. Deux mots qu’il faudra explorer.

Nicolas Martin : Eh bien on va précisément les explorer dans la deuxième partie de cette émission dans un instant.

[Pause musicale]

Nicolas Martin : He's got the whole world in His hand, « Il a tout le monde entre ses mains », de Mahalia Jackson sur France Culture à 16 heures 35. C’est un peu ce dont on parle au cours de cette heure, puisque nous parlons des big tech que nous ne voulons plus appeler les GAFAM puisque toutes ces entreprises ne sont pas exactement sur le même statut. Nous parlons de la question de leur démantèlement. Ces entreprises sont-elles devenues si grosses, si puissantes, qu’il faille aujourd’hui les scinder en plusieurs petites entités ? Nous en parlons avec Sébastien Soriano qui est le président de l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, et avec Tristan Nitot qui est vice-président de Qwant et ex-président et fondateur de Mozilla Europe.

Tout de suite, comme tous les mercredis à mi-parcours, c’est l’heure de retrouver La Recherche montre en main.
Aujourd’hui nous avons le plaisir d’être en ligne avec Maxime Gierczak. Bonjour.

Maxime Gierczak : Bonjour Nicolas.

Nicolas Martin : Vous êtes ex-doctorant à l’université Grenoble Alpes. Vous travaillez sur le consentement et le droit des données personnelles dans le domaine des technologies de l’information. Merci beaucoup d’être avec nous. On vous écoute pour la présentation de vos travaux.

Maxime Gierczak : Aujourd’hui je vais vous parler de la question de la protection des données personnelles, mise en avant notamment suite à l’adoption par le Parlement européen du Règlement sur la protection des données, communément appelé RGPD6. Ce sont surtout les nombreuses affaires ayant éclaboussé certaines entreprises qui ont contribué à la prise de conscience collective quant à l’utilisation de nos données. On peut citer à titre d’exemple le scandale Cambridge Analytica aux États-Unis ou encore la sanction de 50 millions d’euros prononcée par la CNIL contre Google, dont vous avez parlé tout à l’heure.
Dans ces affaires, outre l’atteinte à la vie privée des personnes, toutes ont un point commun, c’est la question du consentement à l’utilisation des données.
Dans le cas de Facebook c’est assez simple puisque les personnes concernées n’avaient tout simplement pas donné leur consentement à cette utilisation.
Pour Google, c’est la façon dont le consentement a été recueilli par l’acceptation des conditions générales d’utilisation qui posait problème.

En effet, depuis l’entrée en vigueur du RGPD, tout citoyen européen doit pouvoir donner son consentent à l’utilisation de ses données. Le consentement est donc un fondement légal au traitement des données, mais il peut également servir de dérogation à l’utilisation de certaines données dont l’usage est par principe interdit, comme les opinions religieuses, les données de santé ou les condamnations pénales.
Un des enjeux est donc d’analyser la portée de ces deux rôles, fondement et dérogations, et les différentes formes d’expression du consentement. En cela l’interprétation stricte ou souple des textes est un enjeu majeur pour une économie des données en pleine effervescence.
Le risque d’une législation trop stricte pourrait être la disparition des petits acteurs, notamment français, n’ayant pas les moyens de s’adapter, tout en favorisant les GAFA qui, eux, disposent d’armées de juristes et de moyens financiers démesurés.
A contrario, adopter une législation trop souple ferait peser le risque d’une disparition de facto de la vie privée et de son corollaire, le droit au respect de celle-ci.

Pour tenter de mieux définir le consentement, j’ai donc, dans un premier temps, procédé à une approche théorique en établissant une synthèse des ouvrages de droit traitant de la question. Une des problématiques principales est le peu de textes à notre disposition par comparaison avec des sujets juridiques éprouvés. J’ai donc décidé de reprendre la notion du consentement à partir d’un domaine où il est très bien défini, et c’est le cas en matière contractuelle, puisque le consentement est une condition nécessaire à la formation d’un contrat mais peut également permettre de déroger à certaines règles dites supplétives.
En faisant une analogie entre le consentement en droit des données et le consentement dans l’avis du contrat, on observe l’existence de trois phases successives similaires :

  • tout d’abord l’expression et le recueil du consentement ;
  • ensuite la conservation et la charge de la preuve du consentement ;
  • et enfin la disparition ou la caducité du consentement.

Cette idée nous permet donc d’envisager un régime juridique du consentement en droit des données qui serait proche que celui qui est existant en matière de contrat.

Également dans son caractère dérogatoire, le consentement interroge aussi sur les limites de ce pouvoir de dérogation. Quelles sont les règles impératives auxquelles le consentement ne peut pas déroger ? Un parallèle intéressant ici peut être fait notamment avec l’ordre public qui justifie l’interdiction du commerce d’organes alors même que nous pouvons normalement disposer de notre corps comme nous l’entendons, comme nous pouvons disposer de nos données.

Face à cette matière nouvelle, mon analyse s’est également attachée à l’observation de la pratique des différents acteurs. En effet, j’ai eu l’opportunité de travailler dans une entreprise de veille stratégique, de réputation numérique, qui analysait des données des réseaux sociaux. Aujourd’hui, en tant que juriste délégué à la protection des données dans le groupement hospitalier de territoire Bresse Haut-Bugey, porté par le Centre hospitalier de Bourg-en-Bresse, j’ai l’occasion de découvrir de nouveaux questionnements liés au secteur de la santé comme la question, notamment, du consentement des ayants droit pour l’utilisation des données d’une personne décédée dans le cadre d’une étude clinique. Sujet qui intéresse aussi les réseaux sociaux puisque le nombre de comptes sur Facebook de personnes décédées devrait, d’ici 50 ans, dépasser celui des vivants.

Après un an, on peut donc déjà entrevoir quelques tendances qui se dessinent. Si le temps de recueil du consentement et de l’information préalable se précisent en jurisprudence, on observe également déjà l’évolution de pratiques dont on peut s’interroger sur la sincérité. À titre d’exemple, beaucoup d’entreprises tentent aujourd’hui de contourner l’exigence de ce consentement en fondant la légalité de leur traitement sur la notion encore floue d’intérêt légitime, ce qui promet certainement des arrêts intéressants sur le sujet.
Les autorités de contrôle et les juges préciseront au cours de ces prochaines années nombre de notions et j’aurai à cette occasion la chance d’être un spectateur contemporain de la construction de cette nouvelle réglementation sur la protection des données. Rendez-vous donc dans quelque temps pour faire le bilan.

Nicolas Martin : Merci beaucoup Maxime Gierczak d’avoir été avec nous à La Recherche montre en main, une chronique qu’on peut retrouver comme toutes les semaines sur de la page de La méthode scientifique sur franceculture.fr.

Voix off : La Méthode scientifique, Nicolas Martin.

Nicolas Martin : Et à 16 heures 41 nous allons donc nous consacrer à ces solutions : comment faire pour contourner, pour démanteler, pour prendre en petite partie ces immensités que sont devenues les big tech ? Et au chapitre des solutions, eh bien comment proposer aux consommateurs une alternative aux services proposés par ces entreprises ? Comment engager une forme d’entreprise, en quelque sorte, de désintoxication ?
Bonjour Noémie Naguet de Saint Vulfran.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Bonjour Nicolas. Bonjour à tous.

Nicolas Martin : Bienvenue dans ce studio, Vous avez donc essayé de trouver des solutions à votre addiction névrotique à Twitter.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Oui. Et j’ai rencontré pour ça Pierre-Yves Gosset, qui est directeur de Framasoft7, une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique. C’est suite aux révélations d’Edward Snowden qui pointait notamment du doigt le fait que la concentration des GAFAM rendait une surveillance de masse économiquement possible, qu’il a lancé en 2014 « Dégooglisons Internet »8. C’est une campagne qui a pour objectif de proposer aux consommateurs des services alternatifs à ceux proposés par Google aujourd’hui. L’idée générale est de casser les monopoles et de redistribuer les services aujourd’hui concentrés chez les GAFAM à de plus petites structures.

Pierre-Yves Gosset : On a lancé cette campagne avec trois objectifs :

  • le premier c’était de sensibiliser le public à ces questions de centralisation d’Internet, de concentration des pouvoirs ;
  • le deuxième objectif c’était de démontrer qu’il existait des alternatives et qu’elles étaient disponibles, même si elles sont souvent un peu moins jolies, moins performantes, etc. ;
  • et le troisième objectif c’était d’essaimer notre démarche puisque nous ne visions pas du tout à être le Google du Libre, mais on voulait être une association qui montrait que c’était possible et petit à petit essayer d’essaimer notre démarche au travers d’autres structures, que ça soit des associations, des entreprises, qui pourraient reprendre un petit peu le modèle de ce qu’on faisait.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : J’ai bien compris que l’idée c’était de découper Google en petits services. Quels sont les types de services que vous proposez chez Framasoft ?

Pierre-Yves Gosset : On propose aujourd’hui 34 services alternatifs à ceux de Google, Facebook, Microsoft. La campagne s’appelait « Dégooglisons Internet » mais c’était vraiment « dégafamisons » Internet. On avait choisi Google parce que c’est une des entreprises qui présente l’un des plus gros problèmes de concentration des pouvoirs. On voulait, en présentant ces 34 services alternatifs, montrer tout simplement que mon cousin, un professeur, un comptable pouvaient utiliser autre chose que Google. Donc dans les différents services qu’on a mis en place, on a par exemple Framapad9 qui est une alternative à Google Docs, qui permet de rédiger collaborativement des documents en ligne.
La différence c’est que nous on ne capte pas les données, on est sans publicité et on est uniquement financés par les dons. Ce qui nous permet de faire ça aujourd’hui c’est ce qu’on appelle le logiciel libre. Ce sont des logiciels qui sont développés le plus souvent par des utilisateurs ou des utilisatrices, qui participent à ce qu’on appelle un commun numérique, c’est-à-dire que la recette de cuisine du logiciel est disponible, on va pouvoir l’améliorer. Et puis il y a une partie de ces logiciels libres qui sont aussi, des fois, développés par des entreprises.
Nous on s’est faits porteurs de cette idée que le logiciel libre était une réponse à la problématique de la centralisation de Google en disant « les gens utilisent massivement Google Docs et il est possible, finalement, d’avoir des alternatives qui ne nous ne obligent pas à passer par Google. »
Aujourd’hui Framapad c’est plusieurs centaines de milliers de pads qui sont ouverts, c’est plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs chaque jour et ça montre bien qu’un autre Internet est possible.
Framapad ce n’est pas nous qui l’avons développé, c’est basé sur un logiciel libre qui préexistait qui s’appelle Etherpad.

On en développé nous-mêmes. Par exemple on a développé une alternative à YouTube qui s’appelle PeerTube10. La problématique de YouTube c’est quoi ? Il y a en a plusieurs. D’abord c’est un service qui est extrêmement concentré. C’est-à-dire qu’aujourd’hui c’est la plate-forme de diffusion de vidéos : chaque minute qui passe ce sont 500 heures de vidéos qui sont rajoutées sur YouTube, donc il y a un problème de concentration. Un des problèmes qu’on voit avec YouTube c’est son algorithme qui fait que quand on regarde une vidéo de chatons on a une vidéo d’extrême droite qui va s’afficher à côté Pourquoi ? Parce que l’algorithme de YouTube est fait pour que vous passiez le maximum de temps en ligne et que ce qui maintient l’attention des gens ce sont des vidéos qui font le clash, qui font le buzz. Donc il fallait pouvoir montrer qu’il y avait d’autres possibilités.
La problématique qu’on avait c’était que si on ouvrait un service alternatif à YouTube, on risquait d’avoir des centaines, des milliers d’heures de vidéos déposées chaque jour, ce qui aurait eu un coût non négligeable. Donc on a choisi de développer PeerTube sur une technologie qui s’appelle la fédération. Elle permet de mettre différents petits YouTube en relation les uns avec les autres : le PeerTube de Framasoft, le PeerTube de Radio France, le PeerTube de DataGueule qui héberge son propre PeerTube, etc. Du coup, le fait de les mettre en relation, permet en entrant sur une seule de ces installations d’avoir accès, finalement, aux vidéos qui sont ailleurs, donc de répartir et de mutualiser le coût d’hébergement et diffusion de ces vidéos. Ce qui est absolument essentiel si on veut sortir de ce confort de la centralisation, il faut proposer un autre modèle.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Vous n’utilisez pas du tout les données personnelles des utilisateurs ?

Pierre-Yves Gosset : Non, on s’en contrefiche. On pourrait y avoir accès. La grosse différence clairement avec Google c’est que nous nous n’en faisons aucune exploitation commerciale. Les gens viennent utiliser nos services, si ça leur plaît ils peuvent faire un don.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Par rapport aux logiciels que vous avez développés ou dont vous vous servez chez Framasoft, comment vous voyez les choses à plus ou moins long terme ? En termes de développement et d’augmentation de l’utilisation ?

Pierre-Yves Gosset : On ne vise absolument pas à être le Google du Libre, ce qu’on souhaite c’est décentraliser. On répartit le pouvoir. On revient un petit peu aux fondamentaux d’Internet qui dit que l’intelligence du réseau se trouve plutôt en périphérie du réseau plutôt que centralisée sur quelques très gros points.
Pour faire ça on a choisi d’essaimer les différents processus technologiques qu’on a pu mettre en œuvre auprès d’autres structures, non pas pour qu’elles puissent monter un Framapad, mais monter un Totopad, un Infinipad, un Aprilpad, ce qui fait que ça crée une forme de résilience. Si Framasoft met demain la clef sous la porte, eh bien il y aura d’autres structures qui pourront prendre la suite. Les technologies sont là, elles existent, elles fonctionnent chez d’autres structures et c’est pour nous la meilleure solution de résistance à cette concentration du pouvoir chez Les GAFAM.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Est-ce qu’il est vraiment possible de proposer des alternatives à tous les services de Google aujourd’hui ?

Pierre-Yves Gosset : Oui, et ça a un coût qui est infiniment moindre. J’avais fait le calcul, je crois, de quel était le rapport entre le chiffre d’affaires de Google et le budget annuel de Framasoft, on tombait sur trois secondes du chiffre d’affaires ; c’est absolument ridicule. Et pourtant on est capables aujourd’hui, avec neuf salariés et 35 adhérents, de fournir un service à peu près à 500 000 personnes chaque mois. Donc avec très peu de temps salarié, on est en capacité de répondre à une très grande demande.
Maintenant, ce que sous-entend votre question, c’est jusqu’où on peut aller en grossissant ? Nous on pense que grossir est une erreur. On pense, au contraire, qu’il faut plutôt créer une espèce de réseau d’AMAP du numérique, un petit peu comme il y a des réseaux d’AMAP, des associations de maintien de l’agriculture paysanne, qui sont en capacité de vous fournir des choux et des carottes produits par les producteurs qui sont au plus proche de vous. On pense et on espère voir se développer un réseau d’AMAP du numérique qui seront en capacité de vous proposer des services au plus proche de chez vous. Pour nous un effet positif attendu et important c’est de réduire la distance qu’il y a entre les utilisateurs et les utilisatrices du numérique et les producteurs et productrices du numérique.

[Interlude numérique]

Nicolas Martin : Voilà ce reportage du jour chez Framasoft pour essayer de réfléchir aux solutions. Simplement une réaction à ce que vous venez d’entendre l’un et l’autre. Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Ce que j’apprécie dans ce témoignage c’est un état d’esprit positif. C’est-à-dire qu’il faut faire attention sur ce sujet des big tech et du numérique de ne pas tomber dans une espèce d’état d’esprit qui serait négatif, dépressif, dans lequel tout serait dangereux et où la seule solution serait de barrer la route à des acteurs en place. Je crois qu’il faut renouer avec une sorte d’esprit de conquête et il faut être ambitieux. Il faut se dire que nous, en Europe… Parce qu'aujourd’hui un des problèmes c’est qu’il n’y a pas d’acteurs européens, pas de grands acteurs européens.

Tristan Nitot : Euh !

Nicolas Martin : Dit-il, devant le vice-président de Qwant.

Tristan Nitot : Il n’est pas encore assez grand. Il le sera peut-être un jour.

Nicolas Martin : On est d’accord. On va y revenir dasn un instant.

Sébastien Soriano : Aujourd’hui on n’a pas de grands acteurs. Et moi je ne suis pas non plus pour dire il ne faut que des grands acteurs, j’apprécie la diversité, donc j’apprécie ce qui a été dit par Framasoft sur le fait qu’il y a d’autres modèles qui ne sont pas nécessairement la recherche de la taille critique.
En tout cas cet état d’esprit de conquête qui est de dire nous, l’Europe, on peut avoir des acteurs à nous, on peut avoir un modèle à nous, on peut avoir une cohabitation, on peut avoir une diversité pour peser face aux big tech et avoir nos alternatives, je pense que c’est vraiment ça la voie qu’il faut suivre.

Nicolas Martin : Justement du coup, Tristan Nitot, vice-prédisent de Qwant11, moteur de recherche open source, qui n’utilise pas les données personnelles, la réaction de Sébastien Soriano qui dit qu’il n’y a pas d’acteurs européens finalement suffisamment importants, on revient à cet effet de réseau, à la taille critique, comment on fait ? Quelle est la recette ?

Tristan Nitot : Moi je ne suis absolument pas dans la résignation. Je suis un passionné du numérique depuis toujours, je trouve que c’est formidable. Je trouve que ces dernières années ce business model de la publicité ciblée qui implique une centralisation et une collecte de données personnelles pour cibler la pub, en fait c’est toxique.

Nicolas Martin : Très bien !

Tristan Nitot : Mais je ne reste pas les bras croisés et chez Qwant, depuis bientôt six ans, on fait un moteur de recherche qui est déjà souverain au sens qu’il est français et il a une vocation européenne ; il n’y a pas de raison que l’Europe n’ait pas son moteur de recherche c’est quand même quelque chose d’essentiel, donc c’est une première chose, et il joue le coup d’après. C’est-à-dire qu’il n’essaye pas d’imiter Google. Il veut un service qui, on espère, sera aussi bon que celui de Google et on s’en approche vraiment, mais on se veut différent sur le fait qu’on ne collecte pas de données personnelles, parce qu’on pense, je pense que c’est toxique pour nos démocraties de mettre tout le monde sous surveillance comme ça. Ce que dit Pierre-Yves Gosset c’est que la surveillance de masse est rendue économiquement possible parce qu’on concentre les données.

Nicolas Martin : Ce constat est indubitable, je pense que beaucoup de monde le partage. La question reste entière : comment on fait pour acquérir cette taille critique ? Qwant se développe, il y a de plus en plus d’utilisateurs. Ça reste encore, évidemment par rapport à la concurrence, on va dire modeste, excusez-moi l’emploi du terme, mais néanmoins c’est la réalité des chiffres. Comment on fait quand on est Qwant, quand on est PeerTube pour, d’un seul coup, acquérir une taille suffisante, pour enclencher cette boucle de rétroaction positive ?

Tristan Nitot : Ce n’est pas d’un seul coup, malheureusement, mais progressivement, à force d’acharnement, de peaufiner le produit, d’être innovant, de se différencier en termes de positionnement. Le fait de vouloir un, concurrencer Google, mais deux, respecter la vie privée, c’est unique et ça fait qu’on a une croissance incroyable chez Qwant.

Nicolas Martin : Donnez-nous quelques chiffres si vous en avez ?

Tristan Nitot : Ils ne sont pas tous publics, mais disons que toutes les semaines en comité de direction on constate plusieurs points de croissance par semaine. Donc la croissance chez Qwant est incroyable.

Nicolas Martin : L’équipe de La Méthode scientifique vient de s’y mettre donc on sera dans les chiffres de la semaine prochaine.

Tristan Nitot : Je vous y encourage. Il y a une attente du marché. Ils en ont marre des scandales, ils se disent qu’est-ce que je peux faire ? En fait, changer de moteur de recherche, ce n’est pas très compliqué. Un moteur de recherche c’est plus facile à changer qu’un réseau social parce qu’un réseau social si je n’y retrouve pas mes amis, il n’a pas beaucoup d’intérêt, donc ça fait que quitter Facebook, c’est compliqué. Alors que changer de moteur de recherche, c’est vrai que plus il a d’utilisateurs, plus il est pertinent, mais vous pouvez changer facilement en allant sur qwant.com et cliquer sur « je veux utiliser Qwant ».

Nicolas Martin : Quitter son réseau social effectivement, Sébastien Soriano, c’est plus compliqué, sauf quand on parle portabilité, interopérabilité, or ça, évidemment, face à ces acteurs-là, face à ces acteurs émergents qui emploient, qui cherchent, qui poussent à la roue pour les obtenir, eh bien évidemment les big tech freinent des deux pieds sur le frein à main si je puis me permettre.

Sébastien Soriano : Évidemment c’est le coffre-fort, donc il est fermé à triple tour et ces acteurs en place se défendent très fortement.

Nicolas Martin : Est-ce que les pouvoirs publics peuvent aider ?

Sébastien Soriano : Voilà ! Absolument ! Donc je pense que ça doit être notre priorité numéro un. C’est-à-dire, finalement s’il faut démanteler, c’est quelque part démanteler de l’intérieur, c’est-à-dire faire en sorte que de manière proactive on aide des alternatives à se développer.
Qu’est-ce qu’on a fait ? Moi je suis responsable aujourd’hui d’une autorité qui s’appelle l’Arcep qui a régulé les Télécoms. Qu’est-ce qu’on a fait depuis 20 ans dans les Télécoms ? Je vous rappelle qu’avant il y avait un monopole aussi, c’était France Télécom. Eh bien on a forcé France Télécom à faire quelque chose qui s’appelle le dégroupage, c’est-à-dire que son réseau, qui était en l’occurrence son réseau téléphonique, on l’a forcée à l’ouvrir, ce n’était pas gratuit, c’était payant. On en a défini les conditions techniques, tarifaires et on a permis à des nouveaux entrants, des nouveaux acteurs, d’utiliser ce réseau. Et aujourd’hui, dans ces nouveaux acteurs, il y a des grandes réussites : il y a Free, il y a SFR, il y a Bouygues Télécoms, donc on a réussi à créer un écosystème d’une grande variété qui permet aujourd’hui aux citoyens de bénéficier du choix.

Nicolas Martin : France Télécom c’était une entreprise publique.

Sébastien Soriano : Mais pour moi c’est la même chose !

Nicolas Martin : C’est plus facile de contraindre une entreprise publique quand l’État a la majeure partie des parts.

Tristan Nitot : Quand c’est une entreprise française.

Nicolas Martin : En plus.

Tristan Nitot : Aller réguler Google aujourd’hui !

Sébastien Soriano : Excusez-moi je considère que c’est un biais idéologique. Moi je pense que le sujet c’est le pouvoir de marché. Le sujet n’est pas la question de est-ce que c’est une propriété publique ou pas. Le sujet c’est d’avoir un pouvoir de marché, aujourd’hui, qui donne à des entreprises un pouvoir de vie ou de mort par rapport à des écosystèmes.
Quand Google Maps change son algorithme, change ses interfaces de programmation avec des startups, eh bien il y a des startups qui peuvent mourir parce qu’elles sont dépendantes de ce service pour les services qu’elles ont développés, et ça pour moi ce n’est pas tolérable. Ce n’est pas parce que c’est une entreprise privée que la régulation doit être plus faible.

Nicolas Martin : Sébastien Soriano, quels sont les leviers aujourd’hui des États ou de la Commission européenne pour forcer ce coffre-fort fermé à triple tour à la portabilité ?

Sébastien Soriano : Le problème aujourd’hui que nous avons c’est que le droit de la concurrence, de l’anti-trust européen, a l’habitude d’intervenir après coup, c’est-à-dire qu’il faut des longues procédures pour constater qu’il y a eu une infraction et ensuite on punit l’entreprise cinq ans ou sept ans après. Donc il faut renverser cette logique et passer à une régulation préventive dans laquelle on identifierait un certain nombre d’acteurs comme ayant une responsabilité particulière sur le marché étant donné leur taille et on leur imposerait a priori, donc sans attendre d’avoir constaté des infractions, un certain nombre d’obligations d’ouverture pour permettre à des nouveaux acteurs de rentrer. Exactement comme on l'a fait dans les Télécoms. Bien évidemment il faut adapter tout ça, il ne faut pas copier-coller, il faut trouver des subtilités, s’adapter à l’innovation, être agiles, mais c’est exactement la même logique qu’il faut mettre en place.

Nicolas Martin : Un mot de conclusion puisqu’on arrive à la fin de cette émission. Peut-être un mot d’optimisme ou d’espoir. Toutes ces entreprises, toutes celles dont on parle, ce sont des entreprises très jeunes avec des modèles économiques, avec un phénomène socio-économique très jeune. Est-ce qu’on peut imaginer que, comme tous ces phénomènes émergents, que la bulle va exploser ? Qu’à un moment donné ces phénomènes concentrationnaires vont forcément s’effondrer d’eux-mêmes sous la loi du changement des habitudes, de l'évolution du marché ? Qu’en pensez-vous en quelques mots ? Tristan Nitot.

Tristan Nitot : On y travaille. Fournir une alternative de meilleure qualité qui est dans un paradigme différent, c’est-à-dire respecter la vie privée, ce qui est complètement disruptif si vous me pardonnez le mot, c’est ça, et européen. Et je pense, j’ai l’espoir, toute ma carrière est fondée dessus, c’est arriver à proposer quelque chose de mieux qui est plus au service des individus et moins au service des Américains et de ces multinationales.

Nicolas Martin : Sébastien Soriano, on regardera dans dix ans, dans quinze ans ces grands groupes en disant « mais comment on a pu laisser faire ça ! Quelle aberration historique et économique ! »

Sébastien Soriano : Absolument !

Nicolas Martin : Vous le croyez vraiment ?

Sébastien Soriano : Comme disait Keynes « à long terme on est tous morts ». On peut gentiment regarder ça en attendant que ça s’effondre. Moi je crois que l’Europe doit se réveiller, il doit y avoir un sursaut effectivement d’action vis-à-vis de ces acteurs, encore une fois non pas pour les punir, il y a eu des belles innovations, des grands succès, mais pour créer les conditions d’avoir notre destin en main et que les utilisateurs aient le choix.

Nicolas Martin : Merci beaucoup, ce sera le mot de la fin. Merci Sébastien Soriano, merci Tristan Nitot d’être venus nous parler peut-être de cet avenir, de la fin, du démantèlement de ces grandes entreprises du numérique.

Merci à toute l’équipe de La Méthode scientifique, Antoine Beauchamp, Eléonore Pérès, Céline Loozen, Noémie Naguet de Saint Vulfran, Olivier Bétard à la réalisation et Alex Dang aujourd’hui à la technique.
Dans le prochain épisode de La Méthode scientifique, demain, nous vous raconterons une belle histoire « Comment la chaleur est devevnue de l'agitation ». Ce sera l'histoire de la thermodynamique demain au programme de La Méthode scientifique à 16 heures, jusqu’à preuve du contraire.

L'interopérabilité, ce principe agressif - Décryptualité du 10 juin 2019

jeu, 06/13/2019 - 13:37


Titre : Décryptualité du 10 juin 2019 - L'interopérabilité, ce principe agressif
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 10 juin 2019
Durée : 13 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 23 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : operabilite-interoperabilite, Groupe de travail sur l'interopérabilité, AFUL - Licence Creative Commons CC BY-SA
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

En réponse à l'appel de la Quadrature du Net à imposer l’interopérabilité aux GAFAM, Cédric O, secrétaire d'État au numérique juge la mesure trop agressive envers leur modèle économique. Petit rappel de ce qu'est l'interopérabilité, de son intérêt pour chacun contre l'enfermement.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 23. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Nous sommes tous les deux.

Manu : Oui. Pour une revue de presse normale, sept articles.

Luc : Qui sera la dernière de la saison parce qu’on va finir un petit peu plus tôt, je serai au loin dans les semaines qui viennent. Premier article : Numerama, « Au Parlement européen, les députés pirates s'allient avec les Verts », un article de Julien Lausson.

Manu : Ce sont quatre députés et effectivement ils se rapprochent d’une formation qui leur parait compatible. Ils demandent des directions de commissions, des vice-présidences de groupes pour avoir un peu plus de poids au niveau des nouvelles lois et des nouveaux règlements européens.

Luc : Archimag, « Common Voice : une grande base de données vocales gratuites créée par Mozilla pour tous ceux qui travaillent sur la reconnaissance vocale », un article de Clémence Jost.

Manu : C’est un gros sujet en ce moment parce qu’il y a beaucoup de choses qui se font avec la voix. On peut contrôler, dans nos maisons, de plus en plus d’appareils avec la voix ; il y a des interactions où on écoute les ordinateurs énoncer les choses à haute voix. Donc là, eh bien c’est Mozilla qui se propose de faire un truc un peu nouveau.

Luc : Permettre en Libre de travailler sur de la reconnaissance vocale, un sujet important. Une belle initiative et ça fait plaisir de la part de Mozilla sur lequel on était un peu critique ces derniers temps. La Libre.be, « Et si on divorçait de Google, de Microsoft, d'Apple, d'Amazon… », un article de Scholasse Etienne.

Manu : Qui parle en grande partie de l’association Framasoft, donc des gens qui veulent « dégoogliser Internet » et faire en sorte qu’on récupère le contrôle de nos données à travers des briques de logiciel libre, qu’on puisse nous-mêmes, chacun, ou dans des associations, dans des groupes installés, sous la forme notamment de chatons.

Luc : France Culture, « GAFAM : le déclin de l'empire américain ? », un article de Nicolas Martin.

Manu : On est plein dans les GAFAM. C’est terrible ! Là, le déclin, ça parle du fait que les GAFAM sont probablement trop gros pour certains acteurs, notamment pour l’Europe qui n’a pas de GAFAM en son sein et qui n’est pas tellement enchantée de cette mainmise.

Luc : Next INpact, « Imposer l'interopérabilité aux plateformes ? Les doutes et la prudence de Cédric O », un article de Marc Rees.

Manu : Dont on va parler juste après.

Luc : Industrie et Technologies, « Pour ses dix ans, l'autorité française de la cybersécurité affiche ses ambitions », un article de Kevin Poireault.

Manu : Cette autorité c’est l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’informations, l’ANSSI. Ce sont des gens qu’on aime bien, des gens qui travaillent sur la sécurité, qui utilisent et qui font aussi du logiciel libre. Ils le proposent, ils le mettent en avant, notamment pour la sécurité, donc ça fait super plaisir.

Luc : Libération, « Logiciel libre : il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens », c’est une tribune signée par beaucoup de gens, Emmanuel Grégoire, Jean-Christophe Becquet, François Elie, Jacob Green, Jean-Baptiste Kempf et Cédric Thomas.

Manu : Ça parle des citoyens, des villes, des collectivités territoriales. C’est pour ramener un petit peu le sujet plus bas que ce dont on discute souvent. Souvent on discute au niveau des multinationales et des États. Eh bien là, avec le logiciel libre, on peut ramener de l’innovation dans les villes. On peut essayer de partager, on peut faire de nouveaux modèles. Il a un deuxième article du Monde qui parle des communs numériques à Barcelone, donc il y a des choses qui se font au niveau local, qui font plaisir.

Luc : À noter que les signataires de cette tribune sont des libristes, notamment Jean-Christophe Becquet est à l'April. Notre sujet de la semaine c’est cet appel à l’interopérabilité des gens du Web. On en avait déjà parlé et on avait relayé cet appel à signature.

Manu : Hébergé par La Quadrature du Net1.

Luc : Tout à fait. Au final 69 [70, NdT] organisations ont signé.

Manu : Le titre c’est « Pour l’interopérabilité des géants du Web », donc justement les GAFAM.

Luc : Eh oui ! Pour comprendre ce qu’est que l’interopérabilité.

Manu : Oui. C’est un peu compliqué comme sujet.

Luc : Déjà ça fait huit syllabes, ce qui est beaucoup !

Manu : Huit syllabes ! C’est beaucoup trop pour un cerveau normal !

Luc : L’interopérabilité2 c’est cette idée d’avoir des systèmes qui sont en mesure de communiquer les uns avec les autres à partir d’une norme ou en tout cas d’un accord, de quelque chose, où on va décrire précisément, de façon transparente, comment ça marche, qu’est-ce que c’est censé faire, pour que les systèmes puissent échanger entre eux, indépendamment de leurs infrastructures et que ce soient des systèmes vraiment complètement différents.

Manu : C’est la même chose que la compatibilité ?

Luc : Ce n’est pas la même chose puisque la compatibilité c’est : j’ai un système potentiellement fermé, j’ai soit fait un accord avec quelqu’un dans un coin en disant « oui tu peux faire un truc qui va « marchouiller », peut-être partiellement ou uniquement dans telle et telle condition que j’aurais choisie » ou, à l’inverse, « je n’ai pas envie que tu fasses quelque chose qui marche avec mon système, mais toi tu y vas quand même ». On a l’exemple des capsules de café compatibles avec les machines, des choses comme ça par exemple.

Manu : De la belle compatibilité !

Luc : Ce sont des sujets qui sortent complètement de l’informatique.

Manu : Ça marche aussi pour les imprimantes et les cartouches d’imprimante.

Luc : Exactement. Un domaine dans lequel l’interopérabilité, par exemple, marche très bien ce sont les prises électriques. On a, dans une bonne partie de l’Europe, des prises qui sont normées, le courant est normé, la forme des prises, etc. ; quelle que soit la maison ou le pays où on va qui répond à ces normes, on peut brancher la prise et ça marche ! Et ce n’est pas uniquement parce qu’il y a une tolérance ou parce qu’on essaie de comprendre, c’est que tout ça est très clairement décrit, c’est public, c’est transparent.
Pourquoi c’est important ? Parce que, aujourd’hui, les gens utilisent, notamment par rapport aux géants du Web, plein de plates-formes. On a beau appeler à aller ailleurs, sur Mastodon3, sur des réseaux libres, etc., on sait que certains vont le faire, mais que la majorité des gens y sont et n’en bougeront pas. Notamment parce que ce choix de partir serait potentiellement assez coûteux pour eux. On a par exemple en tête Nicolas qui a un membre de sa famille qui n’utilise que WhatsApps et qui refuse d’aller ailleurs.

Manu : Pour discuter.

Luc : Voilà. Donc le choix de Nicolas à ce niveau c’est soit il arrête de parler à ce membre-là de sa famille, soit il met ce truc dégueulasse qui s’appelle WhatsApps sur son téléphone et il continue à être en contact. Effectivement c’est un choix et je pense que je ferais le même.
L’interopérabilité c’est cette solution qui permet de dire que personne ne soit prisonnier, que chacun puisse faire les choix qu’il veut sans enfermer les autres. Et s’il décide d'utiliser un système où on l’espionne et où on lui pique toutes ses données, au moins il peut partir parce que d’autres systèmes utilisent les mêmes éléments.

Manu : Il faut que ça fonctionne en temps réel, qu’on puisse communiquer, on puisse utiliser deux plates-formes qui vont fonctionner ensemble.

Luc : On est bien dans un rapport d’égalité. C’est-à-dire que ce n’est pas un gros réseau qui dit « je tolère que vous veniez faire ceci, cela chez moi et le jour où je change d’avis tout s’arrête ». C’est vraiment une norme qui vient de l’extérieur. D’où l’appel au niveau du régulateur public de dire qu’il faut forcer pour que tous ces services fonctionnent ensemble.

Manu : Ce n’est pas toujours un fonctionnement parfait. Il y a parfois des éléments qui restent incompatibles dans certaines parties. On avait parlé du W3C [World Wide Web Consortium] et des normes qui définissent le Web, qui définissent Internet, donc HTML, CSS, mais on sait qu’il y a eu pas mal de choses et de difficultés, parce qu’un navigateur pouvait interpréter la norme d’une certaine manière et un autre navigateur d’une autre. Et on sait que Google a certainement joué avec ses sites Web, Google Mail, YouTube, pour bidouiller.

Luc : On avait fait une émission4 là-dessus, sur une accusation portée par un ancien de Mozilla, de dire que Google, alors que les pages web c’est censé être interopérables, aurait consciencieusement fait des petits sabotages dans le temps, pas nécessairement des gros trucs, puis il aurait corrigé après, mais pour générer tout une série d’incidents qui faisaient que les autres navigateurs ne marchaient pas bien avec ses propres produits qui sont dominants.
Effectivement, on voit la nécessité d’avoir un régulateur externe, c’est que quelqu’un qui ne joue pas le jeu, qui est de mauvaise foi, il faut pouvoir lui tomber dessus et le rappeler à l’ordre.

Manu : Il y a une difficulté dans les normes et les standards, c’est qu’il ne faut pas qu’ils figent un domaine. Le sujet avait été porté sur les problématiques de chargeurs de téléphones portables. La Commission européenne avait voulu imposer des chargeurs interopérables, on va dire, en tout cas normés pour éviter qu’on se trimballe tous avec différents chargeurs, c’était juste l’horreur. Apple était en tête des horreurs dans ce domaine-là. La Commission européenne a poussé pour que les fabricants de téléphones s'adaptent à un standard à peu près universel, l’USB. À l’époque c’était de l’USB-B, mais la Commission n’avait pas fait un système hyper-fermé, hyper-contraignant, ce qui est un avantage et un inconvénient. L’avantage c’est que ça a permis à l’USB-C d’émerger, c’est la nouvelle norme pour les chargeurs de téléphones portables et autres appareils.

Luc : Il y a aussi la forme de la prise parce qu’on sait bien qu’en USB il peut y avoir genre trois ou quatre formes de prises différentes, entre les carrés, les espèces de machins qui font un petit entonnoir, du machin

Manu : Ça c’était l'USB-B. Justement, l’USB-C est plus propre de ce point de vue-là.

Luc : L’USB-C a aussi l’avantage de marcher dans les deux sens. On n’a plus ce problème de « j’essaye dans un sens, ça ne marche pas, je retourne » et en fait c’était le premier sens qui était le bon !

Manu : Donc il y a eu une évolutivité du standard qui était plutôt positive, ils n’ont pas bloqué la chose mais quand même, les fabricants vont dans le même sens.

Luc : Sauf Apple, bien sûr, parce que eux ont des clients qui sont prêts à payer le câble beaucoup plus cher, comme ça ils peuvent changer la prise pour faire renouveler tous le matos régulièrement. C’est très intelligent !

Manu : On peut parler d’un écosystème dans ces cas-là. On a vraiment une cage dorée qui comprend plein de choses ensemble. Apple, ils avaient fait tout un travail là-dessus, ils voulaient accaparer les gens dans leur entièreté.

Luc : Et ils l’ont fait !

Manu : Et ils l’ont fait et on a effectivement plusieurs systèmes qui ne fonctionnent que les uns avec les autres. On est un peu bloqué : quand on veut évoluer, il faut tout faire évoluer d’un coup. On est vraiment coincé dans cette cage dorée, ça reste compliqué.

Luc : On comprend bien que l’interopérabilité ça ne va pas du tout dans le sens, l’intérêt des GAFAM.

Manu : Comment ça ?

Luc : Eux, leur intérêt, c’est d’enfermer les gens. Donc forcément, si on fait un système d’interopérabilité où on dit « les gens vont pouvoir parler dans tous les sens comme ils veulent ».

Manu : On pourrait même parler de monopole à ce niveau-là, d’ailleurs il en est question dans les articles. Aux États-Unis le gouvernement est en train de creuser sur les idées : est-ce que Google, est-ce que Facebook ce ne sont pas des monopoles ? Eh bien l’interopérabilité c’est une manière de casser un petit peu ces monopoles, de permettre aux gens de s’en sortir sans galérer, comme on l’a fait avec les banques, comme on l’a fait avec les téléphones portables.

Luc : Donc cet appel. Cédric O – juste la lettre « O », c’est son nom de famille – qui est notre secrétaire d’État au numérique, a réagi sur ce point et dans l’intérêt de la population française il a dit que c’était excessivement agressif pour le modèle économique des GAFAM.

Manu : C’est toi qui rajoutes « pour le modèle économique des GAFAM », mais effectivement, ça a l’air de l’embêter un peu cet appel à l’interopérabilité, c’est peut-être trop fort dans son esprit. On ne sait pas exactement si lui va proposer d’autres choses.

Luc : Je ne l’invente pas, il l’a dit : « jugé toutefois excessivement agressif pour le modèle économique des grandes plates-formes ».

Manu : Bravo, effectivement, ce n’était pas la partie mise dans le chapô. C’était un peu plus loin, tu avais raison.

Luc : J’ai lu l’article ! Donc on voit que notre secrétaire d’État au numérique fait le choix de l’enfermement des citoyens français parce que c’est rentable pour les grosses plates-formes.

Manu : Nous ça nous embête. On n’aime as trop qu’il y ait des géants, en plus étasuniens, sous contrôle de l’État américain, qui travaillent avec les données de nos citoyens. Ce n’est pas très pratique et il faut permettre, justement, de « dégoogliser » tout ce système-là. Allez voir Framasoft et les chatons5 ce sera une bonne alternative. L’interopérabilité aurait été un bon chemin pour s’éloigner de tout ça.

Luc : Oui, sauf que je pense que dans l’esprit des gouvernements ces GAFAM ont beaucoup d’intérêt. Aujourd’hui il y a énormément de débats sur l’anonymat, sur les discours haineux, etc., et derrière on a vu également des affaires avec les gilets jaunes, mais toute forme de contestation, où l’État, le pouvoir sent ce besoin de reprendre ça sous contrôle en disant « les gens discutent dans tous les sens. Il y a des informations vraies et fausses qui circulent partout, du coup comment on fait pour contrôler tout ça ? »
Finalement, si on met dans leur position et dans l’idée d’avoir du contrôle social et de mieux maîtriser ce truc-là, eh bien les GAFAM ce sont quand même leurs meilleurs alliés potentiels.

Manu : Ce sont des géants qui sont à la hauteur des États et, quand les présidents de ces géants se déplacent, ils sont accueillis un peu comme des chefs d’État, donc ils ont de l’importance et effectivement on peut supposer qu’il y a des interactions entre tous qui leur permettent de travailler main dans la main.

Luc : Donc Cédric O, lui, se dit « eh bien non, on ne va pas casser le modèle des GAFAM, il faut qu’on bosse avec eux pour contrôler tout ça ».

Manu : C’est un peu dommage, c’est un peu embêtant.

Luc : Ça révèle des choses ! Ça me fait penser à la période des Lumières et de la Révolution française

Manu : Rien que ça !

Luc : Eh oui ! À l’époque, sous l’Ancien Régime, il n’y avait, par exemple pour les poids et mesures, que des exceptions. C’est-à-dire que dès qu'on arrivait sur un territoire il fallait aller voir les gens qui étaient responsables des poids et mesures et on les payait pour qu’ils puissent valider que tel machin faisait bien ceci, faisait bien cela. Il n’y avait pas deux trucs pareils, donc on était obligé de passer à la caisse à chaque fois. Il y avait des monopoles, il y avait des systèmes qui étaient très pratiques pour contrôler le commerce, pour contrôler la circulation, etc.

Manu : C’était aussi très coûteux et pas du tout pratique à l’usage.

Luc : Tout était long et compliqué et on était effectivement coincé pour chaque territoire. La Révolution française a rationalisé tout ça, a mis en place le système métrique et avec des définitions claires de telle sorte que tout le monde utilise la même unité et qu’on ne soit absolument plus dépendant d’un système complètement incompréhensible, complètement local, etc., ce qui a été un accélérateur de développement, d’organisation et d’efficacité.

Manu : Donc on peut voir les normes et standards un petit peu de cette manière-là : c’est un moyen d’imposer, certes de l’extérieur, mais de faire en sorte qu’il y ait des choses qui fonctionnent mieux ensemble par la suite et donc de passer outre tous ces blocages.

Luc : Effectivement. Donc on est, à mon sens, vraiment dans cette logique. Est-ce qu’on est dans l’idée de faire une société plus efficace, plus rapide et on a beaucoup de défis à relever à l’avenir, ou est-ce qu’on est dans une société où on met des tuyaux, des robinets et des compteurs ?

Manu : Des monopoles.

Luc : Voilà. Qui permettent à des groupes de faire de l’argent en contrôlant leurs utilisateurs.

Manu : Donc on peut espérer une évolution du monde entier pour plus d’interopérabilité, plus de logiciel libre, puisque c’est une manière d’être interopérable en implémentant soi-même ses propres briques.

Luc : Oui. Après, effectivement, on peut aussi ne pas faire de l’interopérabilité avec le logiciel libre, mais en tout cas c’est une démarche qui est intéressante parce qu’on ne dit aux gens « passez au Libre, le Libre c’est mieux », même si c’est le cas, mais on leur dit « n’enfermez pas les gens, ne soyez pas enfermés. Utilisez des trucs propriétaires si vous voulez, mais au moins exigez le fait que vous puissiez discuter avec tout le monde et que tout le monde puisse discuter avec vous. »

Manu : À la semaine prochaine ?

Luc : Eh bien non. Comme je le disais en introduction on va s’arrêter là, on va faire notre pause estivale. On arrête un petit peu plus tôt.

Manu : On se retrouve en septembre.

Luc : Amusez-vous bien pendant cet été et à septembre. Salut.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (18 juin 2019) - CHATONS - « Le libre fait sa comm' » - « In code we trust »

mer, 06/12/2019 - 15:35
Start: 18 Juin 2019 - 15:30End: 18 Juin 2019 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

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La trentième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 18 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30 (la rediffusion a lieu si le fichier audio pour la rediffusion a pu être traité dans les temps). Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur le Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) avec : Angie Gaudion de Framasoft, Denis Dordoigne d’INFINI et Christian Pierre Momon du Chapril. Nous aurons également la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez qui sera consacrée à l'usurpation d'identité numérique. Nous terminerons par la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni consacrée à l'expérience d'animation des stands de l'April lors d'événements.

Écouter le direct mardi 18 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

Liens utiles Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 4 juin 2019

mar, 06/11/2019 - 10:06


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 4 juin 2019 sur radio Cause Commune
Intervenants : Pierre-Yves Gosset - Étienne André - Pierre Ficheux - Frédéric Couchet - Isabella Vanni à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 4 juin 2019
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Transcription
    1. Présentation de Framasoft par PYG
    2. Présentation d'Open Académie avec Étienne André
    3. Hommage à Patrick Sinz avec Pierre Ficheux
    4. Annonces

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web préféré, rendez-vous sur le site de la radio causecommune.fm et cliquez sur « chat ». Vous pouvez ainsi nous retrouver sur le salon dédié à l’émission.
Nous sommes mardi 4 juin 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April est april.org et vous pouvez y trouver d’ores et déjà une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission. N’hésitez pas également à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Je vous souhaite une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de cette émission.
Nous commencerons exceptionnellement par notre sujet principal qui portera sur Framasoft avec Pierre-Yves Gosset, le directeur de l’association, ce qui lui permettra de prendre ensuite son train et d’être à l’heure pour sa conférence à Lyon ce soir.
D’ici trois quarts d’heure nous aurons une présentation d’Open Académie avec Étienne André qui est fonctionnaire « intrapreneur » dans une start-up d’État. Il nous expliquera un petit peu ce que c’est que ce terme.
En fin d’émission nous aurons un petit portrait de Patrick Sinz qui vient de nous quitter malheureusement. Pierre Ficheux, informaticien, nous parlera de Patrick.
À la réalisation de l’émission aujourd’hui ma collègue Isabella Vanni. Bonjour Isabella.

Isabella Vanni : Bonjour.

Frédéric Couchet : Avant de commencer je vais vous poser un petit quiz comme la semaine dernière et je donnerai les réponses en cours d’émission. Vous pouvez proposer des réponses soit sur le salon web de la radio, soit sur les réseaux sociaux avec les comptes @aprilorg sur Twitter ou encore pouet.april.org sur Mastodon.
Les deux questions. Dans l’émission de la semaine dernière du 28 mai 2019 nous avons parlé d’une distribution éducative libre. Comment s’appelle-t-elle ?
Deuxième question : que se passe-t-il à Selles-sur-Cher ce week-end, en lien avec le logiciel libre.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Présentation de Framasoft par PYG

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par un échange sur Framasoft avec Pierre-Yves Gosset, le directeur de l’association. Bonjour Pierre-Yves.

Pierre-Yves Gosset : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : Émission un petit peu exceptionnelle parce que, comme je l’ai dit, tu as un train à prendre pour donner une conférence ce soir à Lyon, donc on commence par le sujet long. L’idée c’est un petit peu de mieux de faire connaître l’association, à la fois ses projets, les gens les connaissent plutôt pas mal ou en tout cas en connaissent un certain nombre, mais aussi de revenir un petit peu sur ce qu’est Framasoft, l’historique, le mode de fonctionnement et les projets. D’abord première petite question : déjà, à titre personnel, est-ce que tu peux faire une petite présentation sur ton parcours ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. Je m’appelle Pierre-Yves Gosset. J’ai 42 ans – oui, tout ça, 42 – ça doit faire à peu près 15 ans que je suis dans Framasoft et ça fait 11 ans que je suis salarié de l’association. Je suis venu au logiciel libre pendant que j’étais objecteur de conscience, un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître vu que c’était du temps où on faisait le service militaire. Quand j’ai découvert le logiciel libre, je me suis assez vite intéressé à ce que c’était, aux valeurs que ça portait et, dans mon parcours, je me suis assez vite rapproché de la communauté Framasoft, j’ai été secrétaire de l’association pendant quelque temps, puis le premier salarié et maintenant directeur vu que nous sommes neuf salariés dans l’association.

Frédéric Couchet : D’accord. Imaginons que tu sois à une soirée ou ailleurs, comment tu présenterais Framasoft en une ou deux phases, avant qu’on rentre dans le détail ?

Pierre-Yves Gosset : Je peux te la faire en une phrase.

Frédéric Couchet: En une phrase !

Pierre-Yves Gosset : Framasoft est une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique. Tu noteras qu’il n’y a pas forcément le mot « libre » dedans.

Frédéric Couchet : J’ai bien noté qu’il n’y a pas forcément le mot « libre » dedans, mais peut-être que la partie libre est un prérequis nécessaire et évident. On y reviendra.
On va parler un petit peu de la naissance de Framasoft parce qu’aujourd’hui quand même beaucoup de gens connaissent Framasoft, mais peut-être ne souviennent-ils pas d’où ça vient. Donc à quel moment a été créée Framasoft et que veut dire Framasoft ? Hier à table, avec d’autres libristes, j’ai posé la question et, en fait, personne ne connaissait la réponse à part moi et peut-être une autre personne. Est-ce que tu peux nous dire quand a été créée Framasoft, par qui et que signifie Framasoft ?

Pierre-Yves Gosset : Bien sûr. Framasoft est un projet qui est né en 2001. Ça vient au départ d’un projet qui s’appelait Framanet, qui signifiait français et mathématiques sur intranet. Ça avait été créé par deux enseignants : Caroline Atabekian qui a, depuis, créé le site WebLettres qui sert notamment aux enseignants de français, et Alexis Kauffmann qui est le fondateur de Framasoft. Ils avaient créé au sein de ce site Framanet une page autour des logiciels pour l’enseignement. Donc on est vraiment une association issue du milieu de l’enseignement. Ensuite, en 2004, s’est montée une association.

Frédéric Couchet : La création c’est quelle année ?

Pierre-Yves Gosset : Le projet est né en 2001, l’association a été créée en 2004.

Frédéric Couchet : D’abord un projet informel avec un site web et ensuite l’association en 2004.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Au départ un projet purement pratico-pratique, complètement dans le faire, monté par deux enseignants et ensuite une association créée par trois enseignants : Alexis Kauffmann, Georges Silva et Paul Lunetta. Moi je suis arrivé en 2005.

Frédéric Couchet : D’accord. Toi tu es arrivé en 2005. Donc 2001, ça fait maintenant 18 ans, une longue période.

Pierre-Yves Gosset : 18 ans. Ça remonte à loin !

Frédéric Couchet : Historiquement quels ont été les projets de Framasoft, les premiers projets de Framasoft ?

Pierre-Yves Gosset : Le premier projet de Framasoft et celui qu’on continue à maintenir même s’il est moins visible aujourd’hui, c’est l’annuaire de logiciels libres. C’est-à-dire que la page qui listait des logiciels au sein de ce site qui s’appelait Framanet est devenue assez vite relativement importante en nombre de logiciels. Il faut savoir que jusqu’en 2004-2005, ça n’était pas que des logiciels libres, c’était vraiment des logiciels à la fois libres mais aussi des logiciels gratuits qui pouvaient aider les enseignants à mieux pratiquer leur démarche d’enseignement. Petit à petit, enfin pas petit à petit, il y a eu une rupture assez forte au bout d’un moment, une prise de conscience partagée par Alexis Kauffmann et par d’autres de dire que ce qui compte dans tous ces logiciels c’est finalement qu’on puisse les réutiliser, les partager, les copier, sans être limité par des problématiques de droit, de prix, ce qui était relativement important dans le milieu enseignant parce que ce n’est pas toujours facile de pouvoir acheter des logiciels. Donc l’idée du partage à la fois du savoir et des logiciels, s’est rencontrée à ce moment-là et l’annuaire est devenu un annuaire exclusivement basé sur du logiciel libre et faisant la promotion exclusivement de logiciels libres.

Frédéric Couchet : Il y avait combien de logiciels qui étaient référencés à cette époque-là ? Est-ce que tu t’en souviens ?

Pierre-Yves Gosset : C’est monté petit à petit. En 2004 il devait y en avoir un petit peu plus de 200, je crois. Le plus haut qu’on ait eu sur l’ancienne version du site, qui était un site sous SPIP [Système de publication pour l’Internet], je crois que c’était 1200 logiciels libres. Et on a rebooté cet annuaire.

Frédéric Couchet : On a rebooté! C’est quoi cette expression ?

Pierre-Yves Gosset : Tout simplement l’annuaire était très vieillissant, on n’avait plus de bénévoles pour s’en occuper et ça devenait compliqué de se dire qu’est-ce qu’on fait de toutes ces vieilles notices logicielles dont les logiciels n’existent plus, dont on ne trouve plus le code source, etc. Donc il a fallu remettre à zéro cet annuaire. On l’a donc refait et annoncé à nouveau, si je dis pas de bêtises, en 2016. Je ne suis même pas allé sur Framalibre ces derniers jours, mais aujourd'hui on doit tourner aux alentours de plusieurs centaines de fiches logicielles, on doit être à 600, 800, quelque chose comme ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise qu’on va sans doute citer beaucoup de noms de sites web au cours de l’émission. Le plus simple c’est d’aller sur le site portail, on va dire, framasoft.org, et là vous retrouverez tous les liens.
Ça c’était l’annuaire. Il y avait un autre projet qui était important, c’était la Framakey. Est-ce que tu peux expliquer ce qu’était ce projet-là ? Est-ce que ça existe toujours ?

Pierre-Yves Gosset : Le projet Framakey est né en 2005. L’histoire est assez simple. J’avais un traduit un projet qui s’appelait The Open CD, dont tu te souviens peut-être, qui était un CD, une compilation de logiciels libres sur CD et DVD, et j’avais trouvé qu’il était assez facile de pouvoir mettre ces logiciels libres sur clé USB et de les faire tourner sur clé USB, donc le projet Framakey est né. Avec un autre bénévole on a porté ce projet pendant quelques années à ce moment-là, à partir de 2005-2006. L’idée c’était de créer une clé USB sur laquelle on pouvait emporter et embarquer ses logiciels, ce qui, d’ailleurs, permettait souvent des utilisations un petit peu sauvages et positives de logiciels libres dans des environnements qui étaient verrouillés par les administrateurs systèmes et qui empêchaient l’exécution par exemple de Firefox. Eh bien là on avait un Firefox portable sur la clé USB : on branche la clé USB, on lance Firefox portable et ça fonctionne directement depuis la clef USB.
Ce projet existe toujours, il est clairement moribond aujourd’hui puisqu’il restait maintenu par des bénévoles de Framasoft, notamment Arnaud que je salue, et qui n’ont juste plus le temps de s’en occuper. Ce qui est intéressant c’est que, on en reparlera peut-être plus tard, mais il y a d’autres associations, notamment les CEMEA, une association, un gros réseau d’éducation populaire qui, potentiellement, est intéressé par le projet Framakey et qui pourrait en voir d’autres usages que nous n’avions pas détectés au départ, pour d’autres publics que le très grand public qu’on visait à l’époque. Donc des publics très ciblés peuvent avoir besoin de ce projet-là et on aimerait bien transmettre ce type de projets pour ne plus, tout simplement, avoir à les porter ; 2005 ça fait 14 ans, il est peut-être temps pour nous de passer à autre chose !

Frédéric Couchet : Tout à fait. Il faut préciser que ces Framakeys permettaient de faire tourner les logiciels libres à la fois sur un environnement Windows et des Framakeys aussi sur environnement libre comme une Debian. Nous-mêmes d’ailleurs, April et Framasoft, nous avions travaillé ensemble sur une key, une clé, une Framakey en l’occurrence, ou une Framaclef, en coopération avec le Crédit coopératif dans le cadre du Guide Libre Association, avec des logiciels qui étaient diffusés auprès d’associations avec un guide papier et des clés à la fois Windows et Debian, ce qu’on appelle en double amorçage ou en double possibilité. Aujourd’hui les besoins ont aussi peut-être changé. Effectivement, comme tu le dis, c’est intéressant que d’autres structures s’approprient ces sujets-là et les adaptent aux besoins de leur public.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait.

Frédéric Couchet : L’annuaire et les clés c’étaient les deux principaux projets de Framasoft à cette époque-là. Est-ce qu’il y en avait d’autres ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. En 2005 c’étaient les deux principaux projets. En 2006 sont arrivés deux autres projets d’importance qui sont toujours bien présents et très actifs aujourd’hui à savoir le Framablog créé par Alexis Kauffmann à l’époque. Framablog qui visait et qui vise encore aujourd’hui à faire des ponts entre le milieu du logiciel libre et le milieu, les milieux des cultures libres ; expliquer un petit peu, finalement, les choses qui peuvent se passer de par le monde autour du monde du Libre et les expliquer en les traduisant parfois de façon littérale, c’est-à-dire qu’on a un groupe de traducteurs qui s’appelle Framalang, qui est composé de 80 à 100 personnes qui traduisent très régulièrement des articles essentiellement de l’anglais vers le français, mais c’est aussi de l’espagnol vers le français. Ça permet de diffuser plus facilement de l’information au grand public en disant « là on a trouvé cet article intéressant, on vous le propose à débat ». Ça nous sert aussi, à nous Framasoft, d’organe de promotion, de diffusion, d’information sur ce que l’on fait, donc à la fois un outil de communication interne. Aujourd’hui, je crois que sur le Framablog on a dépassé les 1600 articles publiés depuis 2006, donc il y a un rythme de publication relativement important.
L’autre projet qui est né dans ces années-là c’est le projet Framabook qui est une maison d’édition libre, micro-maison d’édition mais maison d’édition quand même puisque, aujourd’hui, je crois qu’on atteint les 48 ouvrages, on devrait atteindre les 50 d’ici la fin de l’année. La particularité de Framabook, c’est que tout le monde nous disait : « Votre truc, le logiciel libre, c’est bien gentil, ça marche parce que c’est du numérique et qu’on peut le copier-coller, mais si on le fait avec des objets physiques ça ne marche pas trop ! » On était à l’époque où on faisait un petit peu la promotion de la Framakey et on a dit : « Vous voyez bien qu’on peut faire de l’objet physique et libre à la fois. » L’aspect culture libre nous paraissait intéressant et Georges Silva, qui est un des fondateurs de Framasoft, avait, à cette époque, un ouvrage sur Thunderbird qui devait être publié dans une grande maison d’édition.

Frédéric Couchet : Rappelle-nous ce qu’est Thunderbird.

Pierre-Yves Gosset : Thunderbird c’est un client mail, c’est-à-dire un logiciel qui permet de lire vos mails, d’y répondre, etc. Donc il avait écrit, je crois que c’était Utilisez Thunderbird 1.5 et il s’est retrouvé avec ce manuscrit sur les bras. Du coup, avec Alexis Kauffmann, ils ont décidé de monter cette maison d’édition, Framabook, sur la base de ce premier ouvrage, qui a été repris ensuite par d’autres. Aujourd’hui on atteint une cinquantaine d’ouvrages qui vont du roman, puisqu’on a pas mal d’auteurs dans l’association, on a des membres qui vraiment écrivent.

Frédéric Couchet : J’ai même lu récemment un roman policier.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait, des romans policiers.

Frédéric Couchet : C’est Frédéric…

Pierre-Yves Gosset : Urbain.

Frédéric Couchet : Frédéric Urbain. Un roman policier qui est un peu à la mode ancienne, avec des personnages très truculents, de l’argot, etc. Très bien.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Ça lui fera très plaisir que tu lui parles de son roman.

Frédéric Couchet : Je lui ai dit en direct.

Pierre-Yves Gosset : Il y a aussi, toujours dans les romans, Traces de Stéphane Crozat qu’on a publié il n’y a pas longtemps ; moi j’ai vraiment trouvé le bouquin excellent. Il y a toujours dans les romans, mais cette fois-ci troisième quart du douzième siècle, donc romans médiévaux, une republication des ouvrages de Yann Kervran qui avait publié ces livres-là, que vous pouviez trouver dans toutes les bonnes librairies et toutes les bonnes bibliothèques. Plusieurs années après il a souhaité reprendre ses ouvrages, les republier et il a choisi de les republier chez Framabook. Il y a aussi Pouhiou, qui est aujourd’hui salarié de Framasoft, mais qui avait publié ses ouvrages. Après on a des bouquins qui tournent aussi autour du logiciel libre, évidemment, à la fois qui peuvent être des essais, qui peuvent être des livres très pratico-pratiques sur, je ne sais pas, Drupal ou autres, et enfin, on a des ouvrages encore un petit peu entre deux mondes, par exemple un ouvrage qui s’appelle Thermodynamique de l’ingénieur qui sert aux étudiants ingénieurs qui étudient la thermodynamique, un bouquin qui marche plutôt bien. Voilà !
Donc on se trouve avec plein de choses très différentes, des bandes dessinées aussi.

Frédéric Couchet : Je veux juste préciser que Drupal c’est un…

Pierre-Yves Gosset : Un système de gestion de contenus.

Frédéric Couchet : Un système de gestion de contenus, notamment pour faire des sites web, qui propulse des sites très puissants et des sites un peu moins puissants comme celui de l’April, par exemple.
Tu parlais de livres, les personnes qui ont écouté l’émission il y a quelques semaines sur les licences libres, dans le Framabook il y a Option libre. Du bon usage des licences libres, les licences libres expliquées, un livre de Benjamin Jean. C’est très intéressant. Et le Guide Libre Association dont je parlais à l’instant est également disponible en version Framabook.
Ça ce sont des projets qui existent depuis très longtemps. Tu as très souvent employé le mot « bénévole ». Si je me souviens bien de ce que tu as dit dans ton explication au départ, toi tu es devenu le premier salarié en 2008.

Pierre-Yves Gosset : 2008.

Frédéric Couchet : Qu’est-ce qui a fait qu’à un moment vous êtes passés à un mode avec des bénévoles et des salariés ?

Pierre-Yves Gosset : Il y a l’histoire officielle et il y a l’histoire officieuse.

Frédéric Couchet : Tu es en direct, tu racontes juste ce que tu veux !

Pierre-Yves Gosset : Le projet Framasoft marchait bien, tout simplement.
Je n’ai pas précisé, mais Framasoft est une association de 35 adhérents et adhérentes. On est volontairement une toute petite association, il y a finalement assez peu de bénévoles dans l’association, entre 25 et 30. On est resté quasiment à effectif constant en nombre d’adhérents et d’adhérentes ; on n’a pas souhaité nécessairement aller beaucoup plus loin. L’idée c’était de dire on va essayer de faire le maximum avec une toute petite taille, ce qui nous permet d’être relativement agiles et de changer notre fusil d’épaule assez régulièrement, ce qui est plutôt efficace pour nous.
Donc en 2008, il s'est passé deux choses : la première chose c’est qu’on avait un petit de sous sur le compte parce que, figure-toi, on avait de la publicité Google sur le compte.

Frédéric Couchet : Je m’en souviens !

Pierre-Yves Gosset : Publicité AdSense sur le site framasoft.net à l’époque. Publicité Google qui rapportait un peu de sous, qui étaient, du coup, sur le compte en banque de Framasoft, qui ne servaient pas nécessairement à grand-chose et on s’était dit autant dépenser cet argent en essayant d’aller plus loin dans notre démarche de promotion et de sensibilisation et au Libre.
La deuxième chose c’est que moi j’étais salarié au CNRS à l’époque. Je travaillais sur un projet autour du logiciel libre, le projet PLUME, et, à la fin de mon contrat, on m’avait tout simplement proposé de m’embaucher parce qu’ils avaient besoin de poursuivre ce projet, ils ne pouvaient pas me renouveler mon contrat.

Frédéric Couchet : Le CNRS.

Pierre-Yves Gosset : Voilà, tout à fait. Le CNRS souhaitait reconduire mon contrat, mais il ne pouvait pas le faire sous forme de CDD. Moi je ne voulais pas rentrer dans la fonction publique, j’avais déjà passé près de dix ans à travailler pour des universités, ça ne me tentait plus que ça. Du coup, ce qui s’est passé c’est que, tout simplement, ils m’ont dit : « Tu peux te mettre en auto-entrepreneur, on pourrait payer une structure pour que tu continues à travailler pour nous », et c’est ce que j’ai fait, c’est-à-dire que j’ai proposé à l’association effectivement de travailler au sein de Framasoft sur le projet PLUME et ça a aussi permis de débloquer des fonds qui ont permis, finalement, la première création de poste à Framasoft. Voilà ! C’est à la fois grâce au CNRS et, je n’ai pas honte de le dire, mais je trouve ça très rigolo avec le recul, en partie grâce à l’argent de la publicité, gagné via les publicités Google.

Frédéric Couchet : Ça c’était au début. On va revenir après sur le mode de financement actuel de Framasoft. Depuis vous êtes donc « dégooglisés » en termes d’organisation. On reviendra tout à l’heure sur le projet Dégooglisons Internet. Ça c’est 2008. Aujourd’hui, juste un chiffre, vous êtes combien de salariés à Framasoft ?

Pierre-Yves Gosset : On est neuf salariés. On est 35 adhérents au total, ce qui fait de nous, en termes de salariés, une des plus grosses associations du Libre non seulement francophone mais, je pense, européenne.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Ça c’est la naissance, on l’a vue assez rapidement, la naissance de Framasoft avec la partie mathématique, les premiers projets dont certains existent toujours et certains, évidemment, très importants comme l’annuaire du Libre à l’époque qui était la référence sur laquelle on renvoyait les gens. On vient de voir juste le démarrage, la partie salariée, on y reviendra tout à l’heure parce que Framasoft a bien progressé depuis, a de plus en plus de projets, une équipe de neuf personnes et on verra un petit peu plus en détail à quoi servent ces neuf personnes. Mais il y a aussi un autre virage. Tu as donné un premier virage tout à l’heure c’est l’extension à la culture du Libre : ce qui a été un marqueur de Framasoft c’est, au-delà du logiciel libre, la culture du Libre. Un deuxième virage c’est celui de l’éducation populaire. Est-ce que tu peux nous expliquer à quel moment s’est fait ce virage et pour quelles raisons ?

Pierre-Yves Gosset : On a toujours fait de l’éducation populaire.
Définir l’éducation populaire ou l’éducation non formelle c’est toujours un exercice un petit peu difficile. Si je devais résumer ça, pareil en une phrase, je dirais que c’est l’éducation de tous par tous dans l’idée de s’émanciper et de pouvoir être autonomes. Alors être autonomes c’est très vaste, mais c’est aussi être autonomes, pour nous, là spécifiquement, sur des questions numériques. Donc Framasoft a toujours été une association d’éducation populaire. En 2013, on a fait cette démarche de demander un agrément « jeunesse et éducation populaire ». On a surtout beaucoup rencontré d’autres structures autour de nous qui faisaient de l’éducation populaire sur le terrain. Il y avait à la fois une part de nécessité, une part d’envie et une part de mise en perspective. La nécessité c’était qu’on se rendait bien compte que le logiciel libre marchait bien dans nos petits lieux libristes ; dans notre petite tour d’ivoire, ça marche plutôt bien. Par contre, quand il fallait aller rencontrer les gens, c’était un petit peu plus compliqué. Là-dessus il faut saluer le travail qui a été fait notamment par Ubuntu pour démocratiser un petit peu GNU/Linux en tant que système d’exploitation qu’on va pouvoir utiliser sur son ordinateur. On voyait bien qu’on butait, de toute façon, en termes d’usage sur quelques pour cents. On s’est dit, en fait, on doit pouvoir, j’allais dire utiliser, ça peut être mal compris, mais c’était pour moi positif, s’appuyer sur des réseaux préexistants ; tout à l’heure je parlais des CEMEA qui est un réseau d’éducation populaire qui a 80 ans il me semble, ça peut être la Ligue de l’enseignement qui est encore plus ancienne, ça va être des associations de quartier type MJC, etc., c’est exactement ce que vous faites-là en faisant cette émission aujourd’hui.

Frédéric Couchet : Exactement !

Pierre-Yves Gosset : Donc c’était quelque chose qui était déjà pratiqué, mais on a souhaité l’affirmer, le développer et rendre ces liens plus tangibles, finalement en travaillant avec ces associations d’éducation populaire, ces réseaux d’éducation populaire qui sont présents sur le territoire, qui eux ont les contacts sur le terrain, qui ont l’habitude, qui connaissent leur population, c’est-à-dire que ce sont souvent des gens qui sont assez éloignés du numérique. Du coup on s’est pris quelques claques dans la face et c’était très bien de se prendre quelques claques, on va dire : nous on était très au point sur les questions techniques et tu te retrouves dans une MJC à expliquer à quelqu’un comment fonctionne la souris, eh bien tu te retrouves…

Frédéric Couchet : Tu te retrouves dans la réalité.

Pierre-Yves Gosset : Voilà, dans la réalité. Du coup on s’est dit il faut qu’on réajuste non seulement nos pratiques mais aussi nos discours et c’est ce qu’on a commencé à faire depuis 2013-2014.

Frédéric Couchet : Donc avec un axe éducation populaire.

Pierre-Yves Gosset : Qu’on a développé.

Frédéric Couchet : Qui a été développé et vous avez eu l’agrément.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Depuis 2013 Framasoft est une association d’éducation populaire on peut le dire puisqu’on a l’agrément. Ce qui n’empêcherait pas, à mon sens, de pouvoir le dire, ce n’est pas l’agrément qui définit si vous êtes une association d’éducation populaire ou pas.

Frédéric Couchet : D’accord. On va faire une petite pause musicale et après on va parler des projets un peu plus récents, que les gens connaissent sans doute mieux. On va écouter Leaf par KV et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Leaf par KV.

Voix off : Cause Commune 93.1

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Leaf par KV, musique disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, donc l’œuvre peut-être librement utilisée simplement à la condition de l’attribuer à l’auteur en citant son nom, ce que je fais. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous !, sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Avant de poursuivre je vais vous reposer les deux questions du quiz.
La semaine dernière, dans l’émission du 28 mai, nous avons parlé d’une distribution éducative libre. Comment s’appelle-t-elle ?
Deuxième question : que se passe-t-il en fin de semaine, ce week-end, à Selles-Sur Cher et qui est en lien avec le logiciel libre.

Après ces deux petites questions auxquelles je donnerai la réponse tout à l’heure, nous allons poursuivre la discussion toujours avec Pierre-Yves Gosset de Framasoft, directeur de Framasoft. L’invité suivant nous a rejoints, Étienne André, et, ce qui était marrant, c’est que ça a rappelé beaucoup de souvenirs à Étienne André parce qu’on est à peu près de la même génération ici.
On a parlé un petit peu de l’« ancien » Framasoft, entre guillemets, en tout cas les premières années, les belles années, et puis les belles années se poursuivent avec des projets importants. Tout à l’heure on parlait de Google, de la pub sur le premier site Framanet.
Framasoft a lancé il y a quelques années un projet, une ambition incroyable, Dégooglisons Internet. C’était quand ? Quel était l’objectif ? Et où on en est de ce projet un peu mégalo, non ?

Pierre-Yves Gosset : Voilà ! C’était notre modeste plan de libération du monde. Tout simplement, en fait, il s’est passé un événement important en 2013, ce sont les révélations d’Edward Snowden qu’on n’a pas forcément prises en pleine face parce qu’on savait déjà qu’il y avait des collusions importantes entre les services de renseignement étasuniens et un certain nombre d’entreprises américaines du numérique. C’est juste que là c’était flagrant, c’était sur la place publique, c’était débattu, ça a quand même été le feuilleton de cet été 2013.
Nous on s’est regardés, dans l’association, et on s’est dit « attends ». Nos mails étaient gérés chez Gmail, les mails de l’association étaient gérés chez Gmail ; on utilisait Google Groups pour discuter entre nous ; on avait de la pub AdSence qu’on avait dû virer, je pense, en 2012 ou effectivement début 2013. En gros on était dépendants, on était devenus dépendants de Google.

Frédéric Couchet : Et beaucoup de personnes vous le faisaient remarquer, en plus !

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Par rapport au public qu’on visait, ce n’était pas ces personnes-là qui nous le faisaient remarquer, c’étaient évidemment les amis de l’intérieur qui nous disaient : « C’est mal ! » Mais bon ! On est une association qui vient du milieu de l’enseignement. Comme je disais j’ai travaillé pendant très longtemps pour des universités. Les trois fondateurs de Framasoft sont des enseignants. À un moment donné, on n’était pas des informaticiens et des informaticiennes, donc on avait cette problématique de se dire si on veut être autonomes sur ces outils-là ça va nous prendre pas mal de temps. Et on avait repoussé, repoussé, jusqu’à cet été 2013. On avait, à ce moment-là, la chance d’avoir quelqu’un dans l’association, Luc Didry, qui y est toujours, qui est maintenant notre administrateur système salarié, mais qui, à l’époque, était bénévole.

Frédéric Couchet : Donc la personne qui est en charge de la maintenance de votre système d’information donc de vos services.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Exactement. Et qui a dit : « OK ! Moi c’est mon boulot. En tant que bénévole je peux vous aider à nous dégoogliser en tant qu’association ». Et il y a passé pas loin d’un an, on va dire six mois à temps très important plus six mois sur les petits services et les petits liens qui restaient, etc.
On s’est dit on a problème : si nous qui sommes une association, qui connaissons quand même bien le numérique, qui comprenons relativement bien ses enjeux, on n‘est pas fichus de sortir de Google en mois de six mois, comment vont faire les autres ? On a donc décidé, à ce moment-là, de lancer cette campagne qui s’appellera, en octobre 2014, Dégooglisons Internet et qui visait trois objectifs.
Le premier c’était de sensibiliser le public à la domination et aux différentes dominations de Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. On aurait pu appeler ça « dégafamiser » mais le terme GAFA ou GAFAM n’était pas très connu à l’époque. Il s’agissait quand même d’avoir un terme que les gens comprennent. On a choisi, pour cette sensibilisation, d’utiliser l’imagerie d’Astérix que tout le monde, sur la planète, comprend bien : le petit village gaulois entouré par les Romains en disant chaque camp romain sera un service de Google ou de Facebook ou autre, un service qui centralise vos données, et on va essayer, nous petits Gaulois, d’aller combattre ces camps romains.
Ça c’était le premier objectif, c’était la sensibilisation. On a fait, j’avais fait le décompte à un moment donné, plus de 300 conférences sur trois ans sur le sujet des dominations technique, économique, politique et culturelle de Google et compagnie. Mais ça ne suffit pas de sensibiliser puisqu’il n’y avait rien, en fait.

Frédéric Couchet : Si tu dis qu’il y a un problème et que tu n’offres pas la solution à côté !

Pierre-Yves Gosset : Voilà, exactement. On ne disait pas « Google c’est le mal ». On disait qu’il y a effectivement un problème avec Google, il y a le problème de la surveillance, mais il y a aussi le problème de la domination technique et de Google qui est capable de dire quels doivent être les formats, quels doivent être les protocoles, etc. Il y a le problème de la domination économique très forte de ces entreprises puisqu’elles sont riches à plusieurs centaines de milliards. Du coup on se retrouvait à dire aux gens quelque chose. On pouvait dire « nous ça y est, on est sortis de Google », mais les gens nous regardaient et nous disaient : « OK ! Mais moi je fais quoi ? Je fais quoi avec mon mail ? Je fais quoi avec mon moteur de recherche ? Je fais quoi avec mes Google docs ? Etc. »
Donc le deuxième objectif qu’on s’était fixé c’était de démontrer que le logiciel libre était une réponse qui était présente, immédiate, efficace face à cette problématique. Donc on a décidé de mettre en place des alternatives ; on s’était lancés sur l’idée de 30 services, on en est à 34 ou 35 aujourd’hui, je n’ai même plus le décompte.

Frédéric Couchet : Dès le départ vous aviez déjà l’objectif d’avoir une trentaine de services pour couvrir quasiment l’ensemble des besoins.

Pierre-Yves Gosset : Exactement.

Frédéric Couchet : D’accord.

Pierre-Yves Gosset : C’était ça qu’on visait. On s’est dit on va sortir dix services par an et avec ces dix services, en trois ans, on arrivera en octobre 2017, on aura sorti 30 services alternatifs à ceux de Google.

Frédéric Couchet : Et dans votre petit village vous étiez combien à ce moment-là, en 2013 ?

Pierre-Yves Gosset : Toujours pareil. On était en gros 35 bénévoles.

Frédéric Couchet : Et en salariés ?

Pierre-Yves Gosset : En salariés, en 2014, on était trois.

Frédéric Couchet : D’accord.

Pierre-Yves Gosset : Entre deux et trois.
Assez rapidement on a décidé, effectivement, déjà d’embaucher un admin-sys, parce que c’était moi qui faisais l’administration système des machines, etc., donc la partie plus technique. Ce n’est pas du tout mon cursus, moi je suis économiste de formation, donc ça n’avait rien à voir. Du coup je me suis retrouvé à devoir un petit peu animer et coordonner cette campagne pendant les trois années qui ont suivi et donc de démontrer que vraiment ça fonctionnait.
Le troisième objectif, troisième et dernier objectif de Dégooglisons Internet et vous en avez déjà parlé dans une précédente émission, c’était l’essaimage. C’est-à-dire qu’il n’y a jamais eu dans notre volonté l’idée que Framasoft pouvait concurrencer Google, ça nous aurait fait doucement sourire ; le budget de Framasoft, j’avais fait le calcul, c’est 1,32 seconde du chiffre d’affaires de Google donc forcément c’est absolument incomparable ! Mais il y avait plutôt l’idée, finalement, d’impulser un réseau qui allait devenir CHATONS, dont vous avez parlé il y maintenant 15 jours-trois semaines, je crois, avec ma collègue Angie.

Frédéric Couchet : On en a parlé il y a quelques semaines et on va en reparler le 25 juin 2019.

Pierre-Yves Gosset : Parfait.
Donc pendant ces trois années-là, d’octobre 2014 à octobre 2017, on a sorti des services, j’allais dire à la machette, quasiment un par mois pendant trois ans. Certains étaient plus lourds que d’autres à mettre en œuvre, etc., et on a fait énormément de conférences. Fin 2017 on était un peu épuisés de tout ça et à la fois portés puisque, je ne l’ai pas précisé, mais Framasoft est une association qui ne vit que des dons.

Frédéric Couchet : Justement c’était ma question : le modèle économique des géants du Web on le connaît, malheureusement, peut-être que tous les gens n’en ont pas forcément conscience mais en tout cas on le connaît, et de mieux en mieux. Par contre, effectivement, comment financièrement vous vous en sortez ? C’est-à-dire est-ce que vous avez un modèle qui est basé sur le paiement de l’usage du service ou est-ce que c’est un autre modèle ?

Pierre-Yves Gosset : Non, non ! On n’a pas de clients. On a uniquement des donateurs et des donatrices, des soutiens qui pensent que ce qu’on fait est bien. Donc nous on propose, on est extrêmement clairs sur le modèle économique, on dit : « Si ça vous a plu, si vous utilisez le service et qu’il vous convient, pensez à faire un don parce que c’est maintenu par une petite association. Si vous avez les moyens vous pouvez faire un don. Si vous n’en avez pas les moyens ne faites de don mais parlez-en autour de vous, etc. » Il y a plein de façons de soutenir le logiciel libre autres que en faisant des dons.
Le gros avantage, ce n’était pas du tout un calcul de notre part, c’est qu’on s’est finalement retrouvés à toucher énormément de monde. Une petite partie de ce énormément de monde nous fait des dons et ça nous permet, aujourd’hui, de payer les neuf salariés et les frais de fonctionnement de l’association.

Frédéric Couchet : Donc aujourd’hui le financement de Framasoft c’est du 100 % donations.

Pierre-Yves Gosset : C’est du 94 %.

Frédéric Couchet : Quasiment exclusivement.

Pierre-Yves Gosset : Oui Tout à fait. On vend de tee-shirts.

Frédéric Couchet : Comme tout le monde : on vend des tee-shirts, des autocollants, les autocollants généralement on les donne, des mugs, etc. L’essentiel ce sont les dons.

Pierre-Yves Gosset : Ce sont les dons et on n’a pas l’intention, pour l’instant, de bouger de ce modèle de financement qui nous convient assez bien en tant qu’association d’éducation populaire ; c’est quelque chose qui nous va bien.

Frédéric Couchet : Et dans cette période-là, est-ce que tu peux nous citer les deux trois services peut-être les plus utilisés ou les plus connus ou les plus emblématiques ?

Pierre-Yves Gosset : Les plus utilisés, les plus connus, sont Framadate qui est une alternative à Doodle, qui n’est pas un service de Google, qui reste une boîte privée, suisse, qui appartient à un assez gros groupe, qui vit aussi de la vente et de la collecte de données et de la personnalisation de son produit. On a développé une alternative à Doodle sur la base d’un logiciel libre préexistant qui était développé à l’université de Strasbourg et qui s’appelait StUdS. Aujourd’hui des Framadate il y en a plusieurs milliers qui sont créés chaque jour, c’est plusieurs dizaines de milliers de visiteurs et de visiteuses chaque jour. C’est un service qui marche très bien.
Le deuxième service peut-être le plus connu c’est Framapad, basé sur un logiciel libre qui s’appelle Etherpad.

Frédéric Couchet : Une sorte de bloc-notes, en ligne, collaboratif.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Un bloc-note collaboratif. Le gros avantage de Framapad c’est qu’il est collaboratif, ça veut dire que pendant que vous tapez un texte une autre personne qui vient sur votre bloc-notes peut compléter ce texte, peut le corriger en temps réel, etc. Aujourd’hui on héberge plus de 200 000 pads, me semble-t-il. On a d’ailleurs participé assez largement au développement de Etherpad, le logiciel originel, et on a développé nos propres plugins qui sont évidemment sous licence libre et disponibles en ligne, que n’importe qui peut télécharger et installer.

Frédéric Couchet : Et réutiliser. Justement, tu parles de cette partie de réutilisation. Donc ce projet 2013-2017.

Pierre-Yves Gosset : 2014-2017.

Frédéric Couchet : 2014-2017. En 2017 vous décidez de ne pas poursuivre cette extension, mais plutôt, comme tu as commencé à le dire tout à l’heure, d’essaimer. Donc ce sont ces fameux chatons. Même si on a déjà consacré une émission, on va en reparler le 25 juin, est-ce que tu peux quand même expliquer rapidement ce que sont les chatons et ce que signifie CHATONS ? On va savoir si tu sais ce que ça veut dire !

Pierre-Yves Gosset : C’est moi qui ai trouvé l’acronyme, donc je peux le redire. CHATONS c’est le Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Chaque terme est important.
Donc c’est un collectif, ce n’est pas une association. Ça regroupe des hébergeurs de services en ligne type Etherpad, type Framadate, type autres. Vous pouvez proposer à peu près n’importe quel type de service libre si vous faites partie du Collectif CHATONS.
Transparents parce qu’on a choisi d’avoir une gouvernance qui est relativement ouverte, que chacun peut voir, etc., et qui reste bien visible.
Ouverts. Évidemment tout est basé sur du logiciel libre. Si vous êtes chaton vous devez être à 100 % logiciel libre modulo quelques petits points, genre s’il y a un pilote SCSI sur un disque dur, etc., qui n’est pas libre.

Frédéric Couchet : Un périphérique réseau ou disque dur.

Pierre-Yves Gosset : Merci. Évidemment il y a quelques petits choses qui peuvent être non libres, mais on essaye d’encadrer ça au plus strict.
Neutres parce que, évidemment, on promeut aussi dans CHATONS non seulement l’aspect neutralité du Net mais le fait que chaque chaton peut avoir ses propres modèles économiques, ce qui nous différencie, en ça, du modèle dont on s’est inspiré qui est celui de la FFDN.

Frédéric Couchet : C’est quoi la FFDN ?

Pierre-Yves Gosset : La FFDN c’est la Fédération FDN, c’est-à-dire l'association qui regroupe des fournisseurs d’accès à Internet associatifs et alternatifs.
J’en étais au « N », donc le « S » de Solidaires, c’est parce que ça nous paraissait une composante très importante. On ne souhaitait pas juste créer un collectif dans lequel n’importe qui pouvait postuler et avoir des modèles économiques qu’on aurait trouvés non solidaires. Donc on essaye aussi de promouvoir un autre Internet, non seulement sur les aspects techniques mais aussi sur les aspects de pratique et d’usage autour de la solidarité.

Frédéric Couchet : D’accord. J’invite les personnes qui nous écoutent à écouter le podcast de l’émission du 26 avril 2019, qui est une première émission sur les CHATONS avec une explication sur les services rendus, le fonctionnement. Et comme je le disais tout à l’heure, le 25 juin nous ferons une seconde émission plus orientée pour les structures qui souhaiteraient mettre en place un chaton. Comme ça se passe ? Comment fonctionne le collectif ? Comment se choisissent les logiciels ? Des critères un peu plus techniques, donc le 25 juin.
Ça c’est l’essaimage. Et puis, parce que Framasoft vous ne vous reposez quand même pas sur vos lauriers, vous lancez il y a quelque temps un nouveau projet. Il faut s’entraîner à le dire ce projet !

Pierre-Yves Gosset : C’est comme « dégooglisons », il faut apprendre !

Frédéric Couchet : Il faut apprendre à le dire, donc Contributopia qui est lancé il y a quelques années. Qu’est-ce que c’est que Contributopia ?

Pierre-Yves Gosset : C’est la suite et la poursuite pour nous logique, pas forcément logique pour tout le monde, mais pour nous logique de ce qu’était Dégooglisons Internet. On aurait pu faire un Dégooglisons Internet 2, repartir pour trois ans et ressortir x services chaque année, mais ce n’est pas du tout ce qu’on a souhaité faire. D’abord parce qu’on était fatigués. Il faut imaginer : pendant trois ans on a sorti quasiment un service par mois, on a embauché. Donc il fallait aussi gérer la croissance de l’association : elle est passée de deux-trois salariés à neuf aujourd’hui.

Frédéric Couchet : Une petite question. Il y a un choix de ne pas poursuivre les embauches ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. Volontiers… Volontairement.

Frédéric Couchet : Volontairement.

Pierre-Yves Gosset : Pas volontiers, volontairement. Mais volontiers, je veux bien qu’on arrête d’embaucher à Framasotf, ça m’arrange aussi en tant que directeur !
Du coup on s’est dit qu’on avait deux voies : soit on se disait ça marche et on devient une espèce de champion du service libre, etc., qui est une étiquette qu’on nous a assez vite collée genre « Framasoft le Google du Libre » qu’on n’a pas toujours bien prise d’ailleurs. Mais ce n’était pas du tout notre objectif. Nous on se considère vraiment comme une bande de potes qui font des trucs aussi pour se marrer et, à un moment donné, on voyait bien que la pression et les exigences envers nous du public devenaient très fortes. Donc on s’est dit on ne veut pas céder à cette pression et à ces exigences et on a décidé volontairement de limiter le nombre de salariés à dix. On a décidé de rester une petite association en mode bande de copains.
Contibutopia était un virage à la fois en termes de communication puisqu’on est passé de l’imagerie Astérix un peu agressive – le Gaulois parfois réfractaire face au camp romain qui veut nous dominer, etc. – on va dire une histoire ou un imaginaire de David contre Goliath, mais finalement, être des super héros ça ne nous intéresse pas du tout. Donc on s’est dit on veut essayer de communiquer autre chose.
Du coup on a pas mal réfléchi en interne dans l’association. On a demandé à David Revoy qui est un dessinateur fort connu dans le milieu du logiciel libre, qui publie des bandes dessinées sous licence libre, notamment une BD qui s’appelle Pepper&Carrot, qui est un type adorable, de nous réaliser un petit peu des visuels qui porteraient une autre image d’un numérique qui serait souhaitable. On a développé cet imaginaire un petit peu positif du numérique au travers de cette campagne Contributopia ; du coup on n’a pas repris du tout les codes de la start-up nation, etc., on a complètement cassé les codes avec ça. On a fait quelque chose d’assez mignon, d’assez graphique, un peu en mode Manga BD, parce qu’on voulait donner une autre image de ce que voulait être Framasoft au monde. C’est-à-dire qu’il y a eu dans l’association, pendant cette période-là, un certain nombre de prises de conscience que le logiciel libre était certes quelque chose qu’on souhaitait défendre, mais qui était plus un moyen qu’une fin et que finalement, nous ce qu’on souhaitait, la fin, c’était vivre dans une société plutôt apaisée ; ce qu’on souhaitait c’était passer de la société de consommation à la société de contribution telle que l’a définie en partie Bernard Stiegler qui est un philosophe.
On souhaitait porter une autre façon de parler des enjeux autour du numérique, qui ne soit pas tournée uniquement sur les meilleurs services, la concurrence, la bataille, la lutte, mais plutôt sur le faire ensemble, sur l’entraide, sur le partage des savoirs et des connaissances. Donc quand on a proposé Contributopia il y avait cette idée de changer un petit peu de paradigme et de dire qu’en changeant le numérique on pouvait changer la société et inversement : si on voulait changer la société il fallait aussi changer le numérique. Et on a décidé d’orienter, on va dire notre lutte ou notre façon d’agir, sur l’idée que la contribution était quelque chose d’absolument central.
Si je reprends le cas de Framadate, par exemple, les gens imaginent que c’est toujours Framasoft qui maintient Framadate sauf que, dans les faits, on n’a personne pour réellement maintenir Framadate. On a de temps en temps un salarié de Framasoft qui peut y passer un petit peu de temps à droite, à gauche, etc., mais on est juste complètement débordés par l’ensemble de ces activités, vu qu’on a toujours la maison d’édition, on a toujours la Framakey, on a 34 services et on en propose de nouveaux assez régulièrement.
Donc il fallait parler d’autre chose, le faire autrement. Pour nous Contributopia c’est un mot valise, non seulement avec l’idée de contribution au logiciel libre, de société de contribution, et d’utopie. Et je rappelle que « utopie » ça ne veut pas dire quelque chose qui n’existe pas, c’est quelque chose qui n’est en aucun lieu et on a trouvé qu’Internet était une utopie parfaite.

Frédéric Couchet : Donc c’est à la fois créer et proposer des outils, transmettre des savoir-faire et encourager à la contribution, finalement pour améliorer le monde.

Pierre-Yves Gosset : Oui, Exactement. C’est changer le monde un octet à la fois, tranquillement, doucement, et surtout, pour nous, relâcher un peu la pression et dire l’important ce n’est pas du tout Framasoft, l’important ce sont les gens qui décident de taper ensemble dans un même but pour aller dans la même direction. Ça c’est valable et c’est aussi ce que porte Contributopia comme discours c’est de dire que n’est pas telle ou telle association, que ce n’est pas tel ou tel sujet de militance qui doit nécessairement l’emporter. C’est plutôt par une complémentarité et par une mise en réseau de différents groupes qu’on va réussir à avancer, à changer le monde.
Aujourd’hui Framasoft se retrouve dans des projets aux côtés d’associations comme Tous Migrants ou la Cimade.

Frédéric Couchet : Un exemple de projet, justement.

Pierre-Yves Gosset : Je vais prendre un projet technique et un projet non technique.
Le projet technique, Bénévalibre, ça va te parler ! Bénévalibre est un logiciel qu’on coproduit à de nombreuses structures, à la fois des réseaux d’éducation populaire comme le Crajep Bourgogne-Franche-Comté, l’April, Framasoft, la Ligue de l’enseignement et d’autres. L’idée c’est de faire un logiciel pour gérer et comptabiliser le temps de bénévolat des associations. Là on est sur un projet de développement logiciel ; ça va être réalisé par une société coopérative d’intérêt collectif qui s’appelle Cliss XXI. Pour nous ce projet-là est important. C’est un facteur de changement dans la société et c’est un projet technique qui, pour nous, est plus intéressant qu’un logiciel qui permet juste, je ne sais pas, de partager des images par exemple. Pour nous ça a plus de sens.

Frédéric Couchet : D’accord.

Pierre-Yves Gosset : Un projet non technique, ça va être par exemple : on travaille avec d’autres associations sur une coalition qui travaille à identifier et finalement mieux faire connaître les types de répression sur les libertés associatives, c’est-à-dire les répressions qui peuvent être policière, judiciaire. Quand on est une association, aujourd’hui en France et même plus largement en Europe, on peut voir son activité associative menacée ou réprimée par d’autres intérêts qui peuvent être des États, qui peuvent être d’autres structures, qui peuvent être des baisses de subvention, etc. Donc on travaille aussi sur ces sujets-là.
On voit bien qu’on s’est éloignés, avec ce type de choses, des questions purement techniques du numérique et pourtant on garde toujours ce discours assez fort, même si on n’identifie pas notre ennemi comme étant Google. Aujourd’hui on va beaucoup parler du capitalisme de surveillance, de sujets de ce type-là qui mériteraient une émission à part entière.

Frédéric Couchet : Ce sont de bien belles explications, comme le dit Marie-Odile sur le salon web, et je relayerai après une petite question qui va te faire sourire et qui va aussi faire sourire ton voisin. Juste avant, ça n’empêche pas le développement de vos outils, est-ce que PeerTube rentre dans cette catégorie-là ou est-ce que PeerTube c’est encore, on va dire, Dégooglisons ?

Pierre-Yves Gosset : Non. PeerTube sort.

Frédéric Couchet : Rappelle déjà ce qu’est PeerTube, s'il te plaît.

Pierre-Yves Gosset : PeerTube est une plate-formee libre, fédérée et décentralisée, qui permet de diffuser et de mettre en ligne des vidéos. Quand dans Dégooglisons Internet on avait pensé à créer une alternative à YouTube on s’est dit « mais du coup, si on fait FramaTube et que tout le monde vient déposer ses vidéos, ça va nous coûter hyper-cher et surtout on va centraliser à nouveau les vidéos, ça ne sert strictement à rien, il faut qu’on puisse sortir de ce système-là ».
Je pourrais raconter très rapidement l’histoire de PeerTube. En fait, c’est aussi une question d’opportunité. On a rencontré le développeur d’un logiciel qui s’appelait PeerTube, qui faisait ça sur son temps perso et 100 % bénévole. On lui a proposé, tout simplement, de travailler au sein de Framasoft, d’être salarié au sein de Framasoft pour accélérer le développement de PeerTube.
La particularité de PeerTube et ce pourquoi, pour moi, PeerTube rejoint l’idée de Contributopia, c’est qu’on est sur du logiciel qui est fédéré. C’est un concept qui est hyper-important pour nous aujourd’hui, c’est-à-dire la fédération ; le mail, par exemple, est un outil fédéré : moi j’ai une adresse @framasoft.org ; toi, Frédéric, tu as une adresse @april.org ; si je t’écris tu reçois mon mail, tu peux répondre avec ton mail et m’envoyer un mail depuis @april.org à @framasoft.org. L’idée de réseau fédéré, par exemple comme Mastodon, ça fait que si tu as un compte sur Framapiaf tu peux écrire à quelqu’un qui a un compte sur une autre instance du logiciel Mastodon qui est un réseau de microblogging.

Frédéric Couchet : Microblog.

Pierre-Yves Gosset : Microblog, voilà, un peu alternatif à Twitter.

Frédéric Couchet : Pour échanger des messages courts.

Pierre-Yves Gosset : Pour échanger des messages courts.
Ce système-là nous paraissait hyper-intéressant parce que ça nécessitait de réinventer, finalement, comment est-ce qu’on allait utiliser Internet non plus en allant déposer ses données chez Framasoft ou chez Google ou chez Facebook ou à l’April, mais plutôt comment on allait pouvoir se réapproprier notre petit bout d’Internet et c’est en ça, pour moi, que PeerTube relève plus de Contributopia que de Dégooglisons Internet.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour que tu ne loupes pas ton train parce que sinon je m’en voudrais, on va bientôt terminer Je vais quand même relayer la question de Marie-Odile qui demande, en fait, « est-ce que pyg n’ira toujours pas boire le thé à l’Éducation nationale ? » Est-ce que tu peux rapidement rappeler le contexte et répondre ?

Pierre-Yves Gosset : Tout simplement, pour ceux qui ont suivi le début de l’émission, Framasoft vient du milieu de l’éducation, Éducation nationale, éducation populaire. On a longuement discuté avec des personnes au ministère de l’Éducation nationale pendant des années. Je suis moi-même allé un certain nombre de fois, y compris avec toi, au ministère et il n’en est pas ressorti grand-chose. On a donc sorti, je crois que c’est en octobre 2016, un billet qui s’appelait « Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé au ministère de l’Éducation nationale ». Pour nous, ça exprime assez bien ce que veut faire Framasoft aujourd’hui, c’est-à-dire qu’on est une toute petite association. On a un nombre de points d’énergie, si je prends la métaphore du jeu vidéo, qui est relativement limité. Chaque matin je me dis : j’ai 100 points d’énergie où est-ce que je les mets ? En tant qu’association on va dire qu’on va avoir 10 000 points d’énergie où est-ce qu’on les met ? Eh bien clairement, quand on les met au niveau de l’Éducation nationale, le retour est de trois. Si, si, des fois il y a un tout petit peu de retour mais pas grand-chose !
L’idée c’était de dire : où est-ce qu’on peut mettre notre énergie pour qu’elle soit efficace, pour qu’elle soit vecteur de transformation ? Aujourd’hui, au ministère de l’Éducation nationale, il se passe des choses intéressantes. Par contre je n’ai toujours pas de vrais signes positifs et concrets qui me diraient que si Framasoft demain mettait, aller, on va dire 1000 points d’énergie au niveau de l’Éducation nationale en termes d’un investissement de temps et d’énergie, eh bien je ne suis pas sûr qu’on aurait plus que trois en retour. Donc tant qu’on n’a pas ce retour-là, tant que pour moi il n’y a pas des positions claires, limpides, et vraiment avec des projections un petit à long terme et des engagements fermes du ministère de l’Éducation nationale, eh bien tout simplement le ministère continuera à travailler sur ses propres projets ; ils avanceront à leur rythme et nous on ira mettre notre énergie auprès, notamment, des publics associations, éducation populaire, milieu de l’économie sociale et solidaire.

Frédéric Couchet : Très bien. Est-ce que tu as une dernière phrase de conclusion ou un appel, une actu ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. Tout à fait. Il se trouve que toujours dans la logique de Contributopia, on vient de lancer un appel à la collecte pour un logiciel qui s’appelle Mobilizon.
Mobilizon est né d’une problématique assez simple : les marches pour le climat, qui m’intéressent parce que je m’intéresse à ces questions-là, sont organisées essentiellement sur Facebook. Je n’ai pas de compte Facebook, enfin je n’utilise plus mon compte Facebook depuis des années, donc je pouvais participer à la marche pour le climat, mais je ne pouvais pas participer à l’organisation, puisque tous les groupes d’organisation se situaient sur Facebook. On s’est rapidement dit, là aussi ça venait de Dégooglisons Internet, qu’on voulait une alternative à Meetup. Meetup est une plateforme qui permet d’organiser des événements à plusieurs, qui est une plate-forme complètement fermée d’ailleurs. On s’est dit : en fait le problème ce n’est pas juste la gestion des événements c’est plutôt la gestion des mobilisations. Donc on a voulu créer Mobilizon, qu’on espère être à la fois non seulement une alternative aux événements Facebook, peut-être assez rapidement aux groupes Facebook, mais qui permette à la fois d’organiser l’anniversaire surprise de ta cousine jusqu’à, pourquoi pas, je ne sais pas, une action de désobéissance civile par Extinction Rebellion. Donc on doit pouvoir couvrir tout ce panel-là d’actions et la particularité c’est que Mobilizon, tout comme PeerTube, sera lui aussi un logiciel non seulement libre, décentralisé – donc chacun va pouvoir l’installer –, mais aussi fédéré, c’est-à-dire que les différentes installations de Mobilizon vont pouvoir s’interconnecter les unes avec les autres de façon à ne pas tout avoir dans le même silo.
On a lancé une campagne qui vise à atteindre 50 000 euros, qui est, pour l’instant, la somme qu’on a estimée nécessaire pour amorcer le projet et donc sortir une version bêta, en gros, au deuxième semestre 2019, c’est-à-dire quand même très bientôt, en ce moment on code déjà dessus, et une version 1 au premier semestre 2020. On a franchi la barre des 35 000 euros la semaine dernière. On cherche surtout, si vous connaissez des structures anglo-saxonnes, en tout cas non francophones, elles peuvent très bien être hispanophones ou germanophones, qui peuvent être intéressées par Mobilizon, n’hésitez pas à leur passer l’info parce que, en fait, on a cette difficulté de montrer ce modèle économique du logiciel libre en disant « finalement c’est un logiciel qui ne rapportera pas d’argent, on a besoin de financement au départ pour amorcer le logiciel. Par contre si on s’y met tous, si plein de gens mettent un euro, eh bien on pourra avoir la somme pour payer un développeur pour le développer à plus long terme. »

Frédéric Couchet : Écoute merci Pierre-Yves. Évidemment j’encourage toutes les personnes qui nous écoutent à aller sur framasoft.org pour trouver toutes les informations et pour participer à Mobilizon.
On va te libérer pour que tu attrapes ton train. Je te remercie. C’était Pierre-Yves Gosset, directeur de Framasoft. Belle journée et bon retour sur Lyon.

Pierre-Yves Gosset : Merci. Bonne fin d’émission.

Frédéric Couchet : Merci.
Nous allons faire une petite pause musicale. Nous allons écouter Passe-moi le balai par Demi-Sel et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Passe-moi le balai par Demi-Sel.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Passe-moi le balai par Demi-Sel. C’est une musique évidemment sous licence libre Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout sur le site causecommune.fm.

Je vais répondre à la première question du quiz de tout à l’heure qui était : la semaine dernière nous avons parlé d’une distribution éducative libre. Comment s’appelle-t-elle ? La réponse c’est PrimTux, donc primtux.fr.
Nous allons changer de sujet.

[Virgule musicale]

Présentation d'Open Académie avec Étienne André

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par un échange sur Open Académie avec Étienne André qui est fonctionnaire « intrapreneur » dans une start-up d’État. Bonjour Étienne.

Étienne André : Bonjour.

Frédéric Couchet : Bien sûr première question : c’est quoi un fonctionnaire « intrapreneur » dans une start-up d’État ?

Étienne André : Eh bien c’est un fonctionnaire très motivé ! Je ne suis pas n’importe quel fonctionnaire mais intendant, en fait, dans un établissement scolaire, dans un lycée, donc chargé des toits qui fuient, des frites trop grasses, des couloirs sales.
On travaille beaucoup sur ordinateur, on doit travailler avec pas mal de données, et j’avais un collègue qui savait bricoler des petits trucs en base de données. Moi je faisais un petit site Web pour échanger des choses avec mes collègues, intendancezone.net, dans lequel je parle beaucoup de logiciel libre. On s’est rencontrés et puis j’ai commencé à diffuser les logiciels de ce collègue, qui pouvaient être utiles à certains. Mais ils étaient dans un drôle d’état, ce n’était pas terrible ! J’ai commencé à lui faire des suggestions d’amélioration et, tout doucement, on a commencé à passer de plus en plus de temps là-dessus et, un jour, je lui ai dit : « Tu sais, ce qu’on fait, il faudrait quand même que ça soit ouvert, libre. Moi je le mets sur Internet, là sur mon site, mais il faut que les gens n’hésitent pas : s’ils pouvaient le développer de manière collaborative et participer, qu’on fasse une communauté d’utilisateurs et de développeurs, ça serait vachement mieux ! » Et ça a grimpé petit à petit. Là-dessus il y a eu un concours organisé par l’Éducation nationale qui s’appelait Impulsions – ça existe d’ailleurs toujours, je crois – et en 2013 on a présenté la démarche avec, comme démonstration, un logiciel qui été plus avancé que les autres à ce moment-là, GemaSCO, Gestion des MAnuels SCOlaires.

Frédéric Couchet : D’accord.

Étienne André : Donc vous avez des dizaines, des milliers de manuels dans un collège, qu’on distribue aux élèves le jour de la rentrée, qu’on récupère à la fin de l’année. Il faut vérifier qu’ils sont tous rentrés, vous avez toute une gestion la-dessus. On fait des petits codes-barres qu’on colle sur le manuel ; un coup à la douchette code-barres, hop ! on sait que Kévin a rendu son manuel, toutes ces choses-là. Donc c’est assez simple comme gestion de stock, au début on est parti sur ce concept qui était facile.
En tout cas, en 2013 on a été remarqués, et on a eu envie d’aller de plus en plus loin, de créer de nouveaux logiciels et dans cette époque de grand enthousiasme, un jour on lit un article d’un secrétaire d’État à la modernisation de l’action publique, Thierry Mandon, qu’on ne connaissait pas.

Frédéric Couchet : C’était quoi ? 2015, 2016 ?

Étienne André : Ça se passe fin 2014.

Frédéric Couchet : D’accord.

Étienne André : Je trouve cette interview dans la Gazette des communes et je me dis « tiens, ça va intéresser Pierre », l’autre collègue qui développait. Moi je communiquais mais je ne développais pas. Il s’est mis à sauter partout comme un dingue en disant « il faut le rencontrer ! — Mais qui ça ? Le ministre ? Qu’est-ce que tu veux lui dire ? » Je ne comprenais pas. En fin de compte, je ne sais pas s’il a jamais rencontré le ministre, mais, en tout cas, on s’est mis en contact avec le secrétariat général pour la modernisation de l’action publique, à l’intérieur duquel ou autour duquel, je ne connais pas forcément toutes les articulations, se trouve la DINSIC, donc la DSI de l’État, chargée, entre autres, de l’amélioration numérique des services de l’État. Et là il y a des gens qui nous ont dit : « Ce que vous faites c’est bien ! En fait vous êtes des "intrapreneurs" ». Donc je réponds à la question.

Frédéric Couchet : Je ne doute pas que tu répondes à la question.

Étienne André : Voilà, j’ai pris le temps. « Vous êtes des "intrapreneurs", ce que vous êtes en train de faire là c’est une start-up d’État, on va vous aider, on va chercher un nom, on est tombés sur Open Académie » ; c’est assez bateau, assez clair.

Frédéric Couchet : Excuse-moi, pourquoi ils ont employé ce terme de « start-up d’État » ? C’est parce qu’on est la start-up nation ? Qu’est-ce qui se cache derrière ce terme « start-up » en fait ?

Étienne André : Le principe de la start-up c’est qu’avec de petits moyens, on teste quelque chose, une idée, et si ça marche eh bien on peut passer à l’échelle et gagner des milliards avec une petite mise départ. Appliqué à la fonction publique, ça veut dire que des fonctionnaires qu’on aide un petit peu à faire un petit peu mieux que la tambouille qu’ils faisaient tout seuls dans leur coin, eh bien on va leur permettre de développer des pratiques, des outils qui vont réellement transformer tout l’environnement, soit pour améliorer les conditions de travail des fonctionnaires et/ou, et surtout beaucoup, quand même, pour améliorer le service rendu à l’usager. Ceci avec très peu de moyens. Dans la logique de start-up des fois ça rate, mais ce n’est pas grave, on n’y a pas mis beaucoup d’argent ! On a juste permis à un fonctionnaire, à temps partiel, de s’occuper un peu d’autre chose que de ses missions habituelles.

Frédéric Couchet : Donc quelque part si on compare, c’est du développement que vous faites, c’est un développement dans un cadre léger, agile et avant tout focalisé sur les usages des personnes qui vont utiliser le logiciel avec des retours très rapides, donc c’est quelque part de l’agilité. Le terme « start-up d’État » peut peut-être faire peur, mais, en fait, on comprend mieux l’objectif qui est, comme tu le dis, essayer de produire un produit qui va correspondre à des besoins, de l’adapter, et puis si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas, tant pis. Dans ton cas le projet, enfin cette « start-up d’État » entre guillemets s’appelle Open Académie.

Étienne André : Voilà.

Frédéric Couchet : Développée uniquement en logiciel libre ? C’est un des critères ?

Étienne André : Pas forcément. Je ne crois pas qu’il y ait une éthique libre à la DINSIC en disant « il faut absolument que s’il y a un logiciel il soit libre ».

Frédéric Couchet : Je te pose la question parce que je crois que c’est l’un des critères, mais il faudra vérifier. On aura bientôt la DINSIC avec nous, on vérifiera, mais je crois que c’est l'un des critères, en tout cas en partie en logiciel libre.

Étienne André : Je pense que c’est une bonne pratique pour eux, mais ce n’est pas forcément un objectif absolu.

Frédéric Couchet : Tout à l’heure tu parlais des premiers logiciels qui ont été développés, tu as parlé de base de données, initialement c’était développé avec un outil privateur.

Étienne André : Ça l’est toujours !

Frédéric Couchet : Ça l’est toujours, Microsoft Access. Mais quel avantage tu as eu à utiliser cet outil ?

Étienne André : C’est très bizarre et moi ça m’a freiné pendant très longtemps, parce que je refusais de participer au développement d’un truc sous Microsoft Access. Je disais « non, non ce n’est pas possible, il faut qu’on puisse faire la même chose avec libre Office Base ». Eh bien j’ai réussi l’année dernière : avec un stagiaire qui avait vraiment la niaque on a réussi à faire un petit bout de petit machin avec LibreOffice Basic et on a transpiré une semaine pour faire un truc qui se fait en deux minutes avec le VBA. Franchement!

Frédéric Couchet : VBA c’est le langage de programmation Visual Basic for Applications. OK !

Étienne André : Qui est commun à toute la suite Microsoft Office. En fait, même encore maintenant en ayant appris à faire du Basic, on n’arrive pas à le faire dans LibreOffice, c’est encore vraiment un truc au-delà du geek ! C’est vraiment pour des professionnels, en tout cas des gens qui ont l’habitude de faire du Basic, du développement très dur.
Pourquoi est-ce qu’on a commencé avec ça, avec Access ? C’est parce qu’en fait c’est de la bureautique, c’est de la bureautique évoluée et quand Pierre a commencé…

Frédéric Couchet : Il s’appelle comment ce Pierre ?

Étienne André : Pierre de Maulmont, qui est intendant dans un lycée parisien, moi je suis à Créteil actuellement. Lorsqu’il a commencé, pour lui c’était juste au lieu de faire des tableaux — je vais faire exprès de dire tableaux Excel, c’est ça, concrètement dans le métier, ce que les collègues disent et entendent — au lieu d’utiliser des tableurs, eh bien c’était de passer à la troisième dimension. Au lieu d’avoir juste des colonnes et des lignes, là on va avoir des données dans tous les sens qui vont faire des petites étincelles dans une galaxie d’informations. C’est très puissant et l’intérêt, j’allais dire du point de vue du développement communautaire, libre, collaboratif, c’est que les collègues qui ne sont pas des informaticiens, qui n’ont aucune compétence, eh bien ils avaient Access sur leur ordinateur ; une partie d’entre eux en tout cas, ils avaient, plus ou moins par hasard, la version pro de Microsoft Office sur leur ordinateur avec Access dedans.
Donc comme c’était déjà sur leur ordinateur, ils n’avaient pas peur. Ils ont d’abord fait tourner le logiciel qu’on leur envoyait, c’était mieux, sinon il y a un lecteur qui n’aurait pas permis de développer. Mais en plus, souvent, ils sont allés regarder des trucs parce qu’ils cherchaient le tableau Excel pour le modifier, parce que des fois le chiffre que sortait notre truc ce n’était pas le bon, ils voulaient le corriger à la main ; ça ne risquait pas de marcher, mais on ne leur disait pas ! Ils ouvraient le capot, en général ils cassaient tout, mais des fois ils avaient des idées, des fois ça changeait le logiciel ou des suggestions, même si eux-mêmes n’avaient pas réussi à les appliquer.
Donc parce que c'est ce logiciel pas fait pour les informaticiens, pas sérieux, pas sérieux pour développer, pas fiable, pas stable et puis éthiquement pas du tout convaincant, mais parce que c’est cet outil-là on a pu développer de manière collaborative.

Frédéric Couchet : Et créer une dynamique, en fait.

Étienne André : Exactement. Si on avait dit : « Vous voulez participer à notre démarche, vous allez apprendre à faire du PHP, vous allez vous installer le framework Machin », eh bien on avait zéro collègue qui nous suivait. Là ils y sont allés. Ils ont commencé à modifier de temps en temps un bout de mise en page dans un formulaire ou dans un état, trois fois rien, mais ils l’ont fait et certains se prenaient au jeu et ont été plus loin.
En fin de compte, aujourd’hui, après cinq-six ans de cette démarche, il n’y a à peu près que moi qui fais ça tous les jours, mais on a quand même une bonne dizaine de collègues au niveau national qui, de temps en temps, ont été bien au-delà et nous ont dit : « Dans ta base de données il y a tel problème de relation entre telle et telle table ; ta requête ici elle n’est pas bonne », sur des choses qui sont relativement intéressantes.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce qu’il y en quand même un projet de redévelopper certains outils ou, pour les nouveaux développements, que ce soit fait avec des outils de développement libres ?

Étienne André : Notre philosophie initiale c’était « on a des données et on ne veut pas dépendre du ministère pour travailler dessus ». Donc on voulait que ça soit sur le poste de travail. C’était la logique d’avoir la petite application bureautique. Petit à petit on se fait une raison et on se dit c’est vrai que maintenant on a tous un accès à Internet à peu près correct, donc on peut envisager d’avoir des outils en ligne.
À partir du moment où on a des outils en ligne, eh bien on va passer à un autre mode de développement, un autre type de travail. Mais aujourd’hui on ne sait toujours pas vraiment faire. C’est-à-dire que, à terme, la start-up d’État, enfin Open Académie, on devrait commencer à développer d’autres logiciels, mais ça ne sera plus la même chose, ça ne sera plus du collaboratif. Ça restera agile et proche de l’utilisateur, ce qui est la vraie novation, surtout au ministère de l’Éducation nationale, mais, du point de vue technique, on ne va plus pouvoir espérer avoir des collègues qui participent.

Frédéric Couchet : D’accord.

Étienne André : On commence à le faire aujourd’hui avec un très gros projet qui est en route depuis un an et demi maintenant et dont Pierre s’occupe à plein temps. Aujourd’hui moi je m’occupe de la maintenance et de la continuation de la gamme des machins SCO donc les logiciels sous Access qu’on propose aux intendants.
Pierre, aujourd’hui avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale, dans le cadre du Laboratoire d’innovation 110 bis, puisque l’adresse du ministère c’est 110 rue de Grenelle, donc au 110 bis ils lui ont donné les moyens pour embaucher trois informaticiens, des vrais, et puis des gros, des libristes purs et durs, des gens qui connaissent l’April, qui connaissent Framasoft et toutes ces choses-là, qui sont en train de développer — je ne sais même pas sous quel langage, excusez-moi, je suis très peu associé au projet — un système qui s’appelle DossierSCO : il s’agit de dématérialiser le dossier d’inscription au collège.

Frédéric Couchet : Au collège. D’accord.

Étienne André : S’il y a des parents d’élèves ou des collégiens qui nous écoutent ou des gens qui y étaient il y a encore peu de temps, ils connaissent bien le truc, c’est-à-dire qu’au mois de juin, là maintenant, on vous fournit une liasse de cinq ou dix papiers différents. Il faut remplir le prénom, le nom, l’adresse, etc., comme si l’Éducation nationale et le collège ne connaissaient pas déjà tout ça ! On a tout ça dans des bases de données. En fait, il s’agit tout simplement de permettre aux gens de se connecter, d’aller confirmer ces informations. Si on a besoin d’un justificatif on le prend en photo avec un téléphone, on envoie ça au serveur, et c’est marre : on n’a pas besoin d’en faire plus.

Frédéric Couchet : Écoute Étienne je te remercie. J’encourage évidemment tous tes collègues et aussi les parents d’élèves à s’intéresser à ce sujet. Le cite web d’Open Académie c’est openacademie.beta.gouv.fr, la référence est aussi sur le site de l’April. Est-ce que tu souhaites ajouter une petite phrase ?

Étienne André : On aimerait bien être mieux soutenus par le ministère de l’Éducation nationale, mais là, pour DossierSCO, il y a un bel effort. J’espère que c’est le début…

Frédéric Couchet : Eh bien on encourage le ministère de l’Éducation nationale à mieux soutenir ce projet, encore plus. Merci. C’était Étienne André qui travaille au ministère de l’Éducation nationale en tant qu’intendant dans un lycée. Bonne journée Étienne.

Étienne André : Merci Fred.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une petite pause musicale, la dernière. Nous allons écouter Magdalena par Daniel Bautista et on se retrouve juste après.

Pause musicale ; Magdalena par Daniel Bautista.

Voix off : Cause Commune 93.1

Hommage à Patrick Sinz avec Pierre Ficheux

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Magdalena par Daniel Bautista ; c’est également sous licence libre Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions. Les références sont sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Nous allons maintenant aborder notre dernier sujet.
Nous avons normalement avec nous au téléphone Pierre Ficheux, informaticien, spécialiste en logiciels libres, en systèmes embarqués. Pierre, est-ce que tu es au téléphone avec nous ?

Pierre Ficheux : Je suis au téléphone.

Frédéric Couchet : Bonjour Pierre.

Pierre Ficheux : Bonjour.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui tu n’es pas là pour parler de ton activité, mais pour nous parler de Patrick Sinz. Je vais faire une petite introduction.
Patrick Sinz, né le 1er mai 1960, est malheureusement décédé le soir du 27 mai 2019 dans un accident de la route.
Pourquoi on veut parler de Patrick Sinz ? C’est parce qu’il a joué un rôle très important dans la diffusion du logiciel libre en France et aussi des systèmes Unix. Comme il le disait lui-même, Patrick est tombé dans le chaudron d’Unix en 1980 lors d’une session d’été à l’université de Berkeley en Californie, l’une des universités les plus prestigieuses au monde. C’est dans cette université qu’est née notamment la Berkeley Software Distribution, BSD, « collection de logiciels de Berkeley », un système d’exploitation dérivé d’Unix, initialement pas libre mais devenu logiciel libre à partir de 1989 et qui est aujourd’hui à l’origine de nombreux systèmes d’exploitation libres de la famille BSD. Unix est une famille de systèmes d’exploitation multitâche et multi-utilisateur. Le développement a commencé dans les années 70. C’est un système très populaire que, sans doute, les gens ne connaissent pas, mais qui a pourtant donné naissance à de très nombreux systèmes, libres ou pas libres, utilisés aujourd’hui. Les variantes de BSD que je vais citer FreeBSD, NetBSD, OpenBSD, GNU/Linux, mais également macOS et d’autres systèmes.
Patrick a introduit Unix à l’université Paris 8 Saint-Denis en 1981. C’est à l’université Paris 8 que j’ai connu Patrick Sinz dans les années 90 où il était chargé de cours. Et toi, Pierre, tu connais Patrick depuis 1989, tu m’as dit avoir démarré le logiciel libre grâce à son entreprise de l’époque, Axis, et par ta rencontre avec Patrick Sinz. Est-ce que tu peux nous raconter cette rencontre et un petit peu le parcours de Patrick Sinz ?

Pierre Ficheux : Oui. À l’époque je travaillais à Bordeaux dans une société qui s’appelle Lectra, qui existe toujours, qui malheureusement maintenant utilise Windows. C’était une société qui fabriquait des machines de CAO et des machines de coupe pour l’industrie textile.

Frédéric Couchet : CAO, conception assistée par ordinateur.

Pierre Ficheux : Voilà. C’est ça. Ils sont aujourd’hui leaders mondiaux dans le domaine. L’idée c’était de passer d’un système d’exploitation maison, qui était un petit peu dépassé, à une version d’Unix qu’il était nécessaire de faire tourner sur des machines fabriquées par Lectra. On fabriquait nos machines. C’était un peu spécial mais c’était la stratégie de l’époque.
Moi je suis rentré dans cette entreprise en 1986 [1989, Note de l'orateur]. Je travaillais précédemment sur Unix chez Thales Avionics et je cherchais une entreprise qui fasse du conseil sur Unix, qui soit expert en Unix et j’ai trouvé Axis. Je suis allé voir Axis — c’était Axis Design, ne pas confondre avec Axis Digital — et j’ai rencontré Patrick. Je me revois encore à la première rencontre : il y avait un bureau avec un capharnaüm épouvantable. Il était assis sur un énorme fauteuil de cuir Pullman. Ça changeait beaucoup de l’ambiance Thales en fait. J’ai eu un choc, je me dis qu’est-ce que je fais là ? Est-ce qu’ils vont pouvoir m’aider ? C’est là que j’ai rencontré des gens avec qui je collabore toujours, comme Loïc Dachary, des gens comme ça, qui est le président de la FSF Europe [Free Software Foundation].

Frédéric Couchet : France.

Pierre Ficheux : France, pardon. Oh ben maintenant, c’est presque pareil ! Donc avec Loïc on a fait le portage et puis des gens de chez Lectra bien sûr, on a porté Unix système 5.3.2. Tu parlais d’Unix il y a quelques minutes, ça c’était la version officielle d’Unix qui était faite par ce qu’on appelait Bell Labs à l’époque, en fait qui doit être Nokia aujourd’hui, quelque chose comme ça, après les rachats et les rachats.
Donc grâce à Axis on a développé tout ça. Après j’ai quitté Lectra parce qu’ils sont passés sous Windows donc ça ne m’intéressait plus et j’ai continué de travailler dans le Libre, je dirais grâce à Patrick, grâce à Loïc et tous les gens qui tournaient autour d’Axis. Donc j’ai travaillé pour Red Hat et après j’ai fini par créer une entreprise qui s’appelle Open Wide, qui s’appelait Open Wide et c’est là où j’ai revu Patrick ensuite.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc tu ne l’as pas perdu de vue. Patrick c’était quoi ? C’était à la fois quelqu’un d'ultra brillant techniquement et en termes d’entrepreneur ? Il était comment ? C’était à la fois les deux ? C’était un mélange des deux ?

Pierre Ficheux : Les deux. Un mélange des deux. Je n’ai jamais travaillé avec lui sur des sujets de développement. Lui était directeur d’Axis, donc je travaillais plutôt avec Loïc et d’autres développeurs. Je l’ai revu, jusqu’à il y a quelques mois on se revoyait. Il avait toujours plein de projets. Il a un CV long comme le bras. Il a tout fait. Il a fait du développement au début. Il a fait du management, il a fait de la création d’entreprise. Il a même travaillé à Nevers pour le Comité d’expansion économique autour du numérique. Enfin des choses très différentes. Il a beaucoup travaillé également à l’étranger. En fait il était allemand de nationalité, il parlait évidemment couramment français ; il a travaillé de nombreuses années à Barcelone, donc j’imagine qu’il parlait très bien espagnol également.
Il avait une caractéristique. Les dernières fois que je l’ai vu – on se retrouvait dans un bar boulevard Henri-IV dans le 11e, il n’habitait pas loin et moi j’habite à Bastille – il écoutait des gens qui venaient parler de projets qui n’étaient pas forcément très intéressants et il les écoutait avec le sourire alors que lui avait 30 ans d’histoire sur le logiciel libre. Il écoutait des gens qui parlaient d’un projet pour piloter leur porte de garage et il leur parlait avec le sourire. C’était quelqu’un d’ouvert à tout le monde, pas du tout hautain, pas du tout élitiste ; c’était quand même quelque chose d’exceptionnel dans le domaine.

Frédéric Couchet : Oui. En plus, comme tu le dis, il a un CV très long, c’est-à-dire qu’il a participé à de très nombreux projets, notamment ces dernières années, peut-être aussi spécialisés dans le logiciel libre et le secteur public. Il a donné pas mal d’idées à la Commission européenne. Il a fait partie de Mandriva, société française de distribution de logiciels libres. Comme tu dis il a travaillé à l’étranger, je crois qu’il a pas mal travaillé dans les pays arabes aussi, si je me souviens bien. C’est quelqu’un qui a eu beaucoup d’expériences et qui a sans doute initié beaucoup de gens à la fois à Unix, à cet environnement de travail, de développement, et aussi au logiciel libre.

Pierre Ficheux : Oui, à commencer par moi, moi et beaucoup de gens autour de moi. Je suis né en 1962, j’étais un petit plus jeune, je suis un petit peu plus jeune, mais il y a beaucoup de gens j’imagine à l’étranger. Il a travaillé en Bolivie aussi. J’ai retrouvé une conférence dans les Émirats ; il avait fait des conférences là-bas. C’est un parcours exceptionnel, c’est pour ça que c’est une immense perte pour la science, pour le logiciel libre, pour plus que ça, outre que pour sa famille bien entendu.

Frédéric Couchet : Plus récemment il était président de l’AFUL, l’Association francophone des utilisateurs de logiciels libres. C’était aussi un enseignant. Moi je l’ai connu, comme je l’ai dit au début, en tant qu’enseignant à Paris 8. C’était aussi quelqu’un qui était passionnant en tant qu’enseignant, qui a introduit en grande partie Unix en France avec d’autres et qui nous a transmis à la fois sa passion et sa connaissance technique avec toujours, comme tu le dis, gentillesse, avec le sourire, c’est-à-dire toujours prêt à aider les autres, à ouvrir les autres vers de nouvelles perspectives. C’est quand même quelqu’un qui avait un esprit très ouvert et qui entre guillemets « pouvait voyager loin » et donner des idées auxquelles on n’aurait sans doute pas pensé.

Pierre Ficheux : Oui, surtout cette capacité à discuter avec des gens d'un bon niveau technique, des experts, et puis des gens qui étaient des débutants en fait. C’est ça le vrai talent, c’est ça la vraie gentillesse.

Frédéric Couchet : Oui, il s’adaptait en fonction du public qu’il avait en face de lui.

Pierre Ficheux : Ça va être compliqué. Moi j’ai appris ça sur Facebook, j’étais en congé la semaine dernière. Au début je n’y ai pas trop cru parce qu’on s’est échangé des messages sur Facebook il y a encore quelques jours et ça a été un vrai choc.

Frédéric Couchet : Comme pour beaucoup de gens. Il y a eu pas mal de messages sur les réseaux sociaux parce que, même si les gens du logiciel libre ou les libristes ne connaissent pas forcément tous et toutes son nom, en fait depuis des années, on va dire peut-être depuis 30 ans maintenant, il a joué un rôle quand même considérable dans la percée du logiciel libre à la fois dans les entreprises, dans le secteur public. Et puis il a initié plein de gens et il a eu beaucoup d’activités.
Sur le site de l’April on a mis une référence, vous trouverez un lien vers le site de LinuxFr qui fait un petit peu une récapitulation de son parcours qui a été très divers, très varié. Je regardais aussi une page Linkedin où il y avait des références et surtout, comment dire, des gens qui commentaient le travail qu’ils ont pu faire avec lui et tous les commentaires étaient très positifs ; il y en avait une bonne dizaine dessus, c’était vraiment très impressionnant.
Malheureusement la fin de l’émission s’approche. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose, Pierre ?

Pierre Ficheux : En réalité pas grand-chose. Je ne sais pas trop quoi dire dans ces cas-là. J’espère qu’il y aura toujours des gens comme ça qui arrivent à faire des choses en dehors du contexte uniquement mercantile. Moi je suis un industriel, j’ai créé une société, je travaille pour gagner ma vie, mais j’estime que le Libre c’est aussi travailler par passion et travailler pour échanger l’information, transmettre l’information. J’ai toujours cet état d’esprit et je pense que c’est l’état d’esprit du Libre.
Espérons qu’il y aura toujours des Patrick Sinz à l’avenir, après lui, après nous. C’est ce que je peux espérer.

Frédéric Couchet : Nous l’espérons tous. En tout cas merci Pierre. Je te souhaite quand même de passer une bonne journée et puis à bientôt.

Pierre Ficheux : Merci.

Frédéric Couchet : Évidemment nous présentons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches.
Il ne va pas y avoir beaucoup d’annonces, je vois que 17 heures approche. Je vais simplement citer une phrase de Loïc Dachary dont Pierre a parlé tout à l’heure. Je lui ai demandé un petit peu ce qu’il pensait de Patrick. Il m’a dit : « Patrick m’a souvent fait rêver. Quand on parlait d’un projet il voyait ou imaginait un développement. Avec Patrick l’informatique c’était toujours un peu magique et enthousiasmant, jamais triste ni ennuyeux. »
J’espère que d’autres personnes pourront suivre sa trace et que vous aussi vous verrez une informatique joyeuse.

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Je réponds juste à la question sur Selles-sur-Cher, qu'est ce qui se passe ce week-end ? Eh bien il y a les Geek Faëries, un événement, donc les 8 et 9 juin 2019 à Selles-sur-Cher en Loir-et-Cher. Vous allez sur le site de l'April et vous trouverez toutes les références.

Je vous souhaite une bonne fin de journée et on se retrouve la semaine prochaine.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze

Décryptualité du 10 juin 2019 - L'interopérabilité, ce principe agressif

lun, 06/10/2019 - 23:22

Écouter ou télécharger le décryptualité du 10 juin 2019 (13 minutes)
Decryptualité sur Mastodon

En réponse à l'appel de la Quadrature du net à imposer l’interopérabilité aux GAFAM, Cédric O, secrétaire d'état au numérique juge la mesure trop agressive envers leur modèle économique. Petit rappel de ce qu'est l'interopérabilité, de son intérêt pour chacun contre l'enfermement.

    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 23 de l'année 2019

lun, 06/10/2019 - 19:23

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Numerama] Au Parlement européen, les députés pirates s'allient avec les Verts

✍ Julien Lausson, le mercredi 5 juin 2019.

Les quatre nouveaux élus pirates ont décidé de rejoindre le groupe des Verts/Alliance libre européenne. Ils se positionnent pour la vice-présidence du groupe et certaines commissions stratégiques.

[Archimag] Common Voice: une grande base de données vocales gratuites créée par Mozilla pour tous ceux qui travaillent sur la reconnaissance vocale

✍ Clémence Jost, le mercredi 5 juin 2019.

La fondation Mozilla a mis en ligne Common Voice en février 2019. Les jeux de cette grande base de données vocales sont dans le domaine public, c’est à dire téléchargeables et réutilisables gratuitement. Les startups comme les chercheurs peuvent s’emparer de cette matière pour faire avancer leurs projets en reconnaissance vocale.

[La Libre.be] Et si on divorçait de Google, de Microsoft, d'Apple, d'Amazon…

✍ Scholasse Etienne, le mercredi 5 juin 2019.

Laisser vos données de vos activités sur Internet aux géants du net n’est pas une fatalité. L’association Framasoft propose une alternative.

[France Culture] GAFAM: le déclin de l'empire américain?

✍ Nicolas Martin, le mercredi 5 juin 2019.

Dans quelle mesure la puissance acquise par les géants du numérique d’aujourd’hui doit-elle nous inquiéter? Comment l’Europe tente-t-elle de s’emparer du problème de la possibilité de démanteler les GAFA aujourd’hui?

Et aussi: [Next INpact] Imposer l'interopérabilité aux plateformes? Les doutes et la prudence de Cédric O

✍ Marc Rees, le mercredi 5 juin 2019.

70 organisations ont signé une lettre ouverte pour demander au gouvernement et au législateur d’imposer l’interopérabilité aux grandes plateformes. Le sujet est toutefois jugé «excessivement agressif pour le modèle économique des grandes plateformes» estime Cédric O, secrétaire d’État au Numérique.

[Industrie et Technologies] Pour ses dix ans, l'autorité française de la cybersécurité affiche ses ambitions

✍ Kevin Poireault, le mercredi 5 juin 2019.

L’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a célébré ses 10 ans d’existence en grande pompe, dans le 12e arrondissement de Paris, le 4 mai. L’occasion pour Guillaume Poupard, son directeur général, de présenter les grandes orientations de l’agence pour les années à venir.

[Libération] Logiciel libre: il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens

✍ Emmanuel Grégoire, Jean-Christophe Becquet, François Elie, Jacob Green, Jean-Baptiste Kempf et Cédric Thomas, le mardi 4 juin 2019.

Face à l’expansion des Gafam, le logiciel libre est une approche essentielle pour repenser la technologie au bénéfice des citoyens.

Et aussi:

Intervention de l'April à La Fabrique Bohème le mardi 18 juin 2019 à Paris 14e

lun, 06/10/2019 - 12:27
Start: 18 Juin 2019 - 09:30End: 18 Juin 2019 - 11:30

Cette intervention s'inscrit dans le cadre de l'événement mensuel « Le petit-dej' des coworkers » organisé par le coworking parisien La Fabrique Bohème.

À cette occasion, Magali Garnero et Isabella Vanni présenteront le logiciel libre, ainsi qu'un panel de logiciels et de services libres qui peuvent intéresser les coworkers (créateurs et créatrices, indépendant⋅e⋅s entrepreneur⋅e⋅s).
L'intervention aura lieu mardi 18 juin 2019 dans les locaux de la Fabrique Bohème (Paris 14e). Une inscription est nécessaire.

Apéro April le 28 juin 2019 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

ven, 06/07/2019 - 18:18
Start: 28 Juin 2019 - 19:00End: 28 Juin 2019 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que l'équipe salariée et de nombreuses personnes actives au sein de l'association. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro francilien aura lieu le vendredi 28 juin 2019 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

Apéro April le 20 juin 2019 à Montpellier

ven, 06/07/2019 - 18:16
Start: 20 Juin 2019 - 18:45End: 20 Juin 2019 - 19:30 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

Quand et quoi

Le prochain apéro à Montpellier aura lieu jeudi 20 juin 2019 de 18h45 à 19h30 à l'adresse suivante : Do Tank, 2 rue du Pavillon, 34000 Montpellier.

Pour tous les détails rendez-vous sur le site de Montpel’libre.

Vous pouvez aussi vous inscrire sur le pad.

Les Aprilapéro Montpellier auront lieu le 3e jeudi de chaque mois.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (11 juin 2019)

ven, 06/07/2019 - 14:57
Start: 11 Juin 2019 - 15:30End: 11 Juin 2019 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

-->

La vingt-neuvième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 11 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

Notre sujet principal portera sur OpenStreetMap (OSM), avec Nohémie Lehuby, contributrice, secrétaire de l'association OpenStreetMap France et co-fondatrice de Jungle Bus, Christian Quest, porte-parole d'OpenStreetMap France, et Jean-Christophe Becquet, animateur de l'initiative Dessine ta ville et formateur autour d'OpenStreetMap. Nous aurons également la chronique « Pépites Libres » de Jean-Christophe Becquet sur les films libres de la fondation Blender et la présentation d'un nouveau documentaire sur le logiciel libre intitulé « LOL - Logiciel libre une histoire sérieuse ».

Écouter le direct mardi 11 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

Liens utiles Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

April Camp les 15 et 16 juin 2019 à Paris (et à distance)

jeu, 06/06/2019 - 09:43
Start: 15 Juin 2019 - 09:00End: 16 Juin 2019 - 18:00

Le prochain « April Camp » aura lieu samedi 15 et dimanche 16 juin 2019 au local de l'April à Paris. Il sera possible de participer à distance. Tout le monde, membre ou pas de l'association, peut participer en fonction de son temps disponible, de ses compétences, de ses envies.

L'April Camp aura lieu au au local de l'April 44/46 rue de l'Ouest, bâtiment 8, 75014 Paris. Des outils pour participer en ligne seront également disponibles (irc, bloc-notes…).

L'idée d'un « April Camp » est de se réunir pendant plus de deux jours entre membres et soutiens de l'April pour faire avancer des projets en cours, lancer de nouveaux projets. Les projets peuvent être de nature technique, des outils de communication, etc. Tout le monde, membre ou pas de l'association, peut participer en fonction de son temps disponible, de ses compétences, de ses envies.

L'« April Camp » a lieu physiquement à un endroit (jour et nuit si c'est faisable), mais également en ligne. Des outils pour participer en ligne sont disponibles : IRC, bloc-notes, pont téléphonique, serveur de voix sur IP.

N'hésitez pas à vous inscrire (pour faciliter notamment l'organisation), à proposer des thèmes de travail, à juste passer nous voir.

Toute les informations utiles sont disponibles sur le bloc-note consacré à l'April Camp.

Émission La Voix Est Libre - Picasoft du 17 mai 2019 sur Graf'Hit

mer, 06/05/2019 - 15:31


Titre : La Voix Est Libre - Émission du 17 mai sur Graf'Hit UTC Compiègne
Intervenants : Stéphane - Romain - Rémy - Quentin - Frédéric
Lieu : Graf'Hit UTC Compiègne
Date : 17 mai 2019
Durée : 24 min 24
Écouter ou télécharger le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : logo Picasoft - Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Quentin : Bonjour à tous. Bienvenue sur l’émission La voix est libre, une émission de l’association Picasoft dont on reparlera. Je suis avec Romain, Stéphane et Rémy de Picasoft.

Romain, Stéphane et Rémy : Bonjour.

Quentin : La voix est libre est une émission qui parle de logiciel libre et de culture libre généralement. L’émission d’aujourd’hui va parler de services web alternatifs et pour ça on est avec Frédéric Urbain de Framasoft.

Frédéric Urbain : Bonjour.

Stéphane : Bonjour Frédéric. On a prévu de te poser quelques questions en introduction, donc on se lance immédiatement. Le numérique envahit notre société, on est tous conscients de ça aujourd’hui, ce n’est pas très original. J’ai entendu Framasoft1, même peut-être le directeur de Framasoft, dire que Framasoft voulait être un globule rouge dans ce contexte d’invasion de notre société par le numérique. Ça veut dire quoi, pour toi, être un globule rouge ?

Frédéric Urbain : Un globule rouge, par opposition au globule blanc qui est dans la défense et dans la contradiction, qui est là quand on l’attaque, le globule rouge amène de l’énergie et de l’oxygène. C’est ça qu’on a envie d’être, nous, pour la culture numérique en général, pour le Libre en particulier, c’est d’être pourvoyeurs d’oxygène ; apporter des solutions et de l’énergie pour que tout ça fonctionne. Voilà !

Stéphane : D’accord. Donc parmi toutes ces solutions, parmi ces actions, on voulait parler aujourd’hui notamment des services que vous proposez. Il y a une trentaine, je crois, de services web qui sont proposés aujourd’hui gratuitement à tout le monde. Ils permettent de faire à peu près la même chose que les services Google, comme de l’édition de texte collaborative, la cartographie, des discussions en ligne. Toi personnellement, quels sont tes services préférés parmi ceux proposés par Framasoft ?

Frédéric Urbain : Évidemment c’est l’un de nos plus grands succès, c’est le Framadate2 ou Framadate [prononcé à l’anglaise, NdT] si vous préférez l’anglophilie, qui permet de se donner des rendez-vous, de choisir qui apportera le dessert et qui apportera le pinard. C’est vraiment un outil extraordinairement intéressant, parce que plutôt que de s’envoyer des dizaines de mails ou de s’appeler en disant « alors tu es dispo quand ? Tu es dispo dimanche ? Tu es dispo mardi ? Tu es dispo mercredi ? », du coup les gens peuvent s’organiser, notamment le monde associatif peut s’organiser grâce à cet outil, et ça c’est vraiment quelque chose qui apporte un confort. D’ailleurs c’est un de nos services les plus utilisés.

Stéphane : Combien d’utilisateurs, à peu près ? Je crois que ça commençait à pouvoir…

Frédéric Urbain : Je suis très mauvais pour donner des chiffres, je te le dis tout de suite, mais je crois qu’on était aux alentours de 200 000 Framadate ouverts en permanence, un truc comme ça. Je ne voudrais pas dire de bêtises parce que dès qu’il y a des chiffres je suis un peu perdu, mais ça doit être ça.

Stéphane : On corrigera sur le site si c’est nécessaire.

Frédéric Urbain : Oui c’est mieux !

Stéphane : Une autre question pour enchaîner : on réalise aujourd’hui que l’économie des géants du Web, Google Facebook, etc., passe très largement par la captation de données, notamment pour faire de la publicité. On commence à réaliser que ça pose des problèmes, notamment de vie privée. À Framasoft vous ne collectez pas de données, vous ne vendez pas de pub. On vient de voir que vous avez quand même quelques milliers, voire dizaines, voire centaines de milliers d’utilisateurs, donc la question c’est : comment vous faites pour financer vos services ? Tu vas peut-être me dire que c’est avec de l’amour et de l’eau fraîche ?

Frédéric Urbain : Peut-être ! Oui, il y en a, il y en dedans, c’est sûr, mais il n’y a pas que ça, d’ailleurs il y a aussi du houblon, beaucoup, et il y a surtout des dons. On est sur l’économie du don c’est-à-dire qu’on demande aux gens qu’ils contribuent. On demande aux gens de contribuer. Ils contribuent de toutes sortes de façons, notamment financièrement. Il y a notamment, et j’espère que ce n’est pas trop invasif d’ailleurs, quand on arrive sur les services il y a une petite fenêtre qui s’ouvre en disant « est-ce que vous ne voulez pas donner un peu de sous à Framasoft qui vous fournit ses services gratuitement ». C’est vrai qu’on est restés sur l’économie du don ce qui peut avoir des inconvénients puisque, aujourd’hui, c’est 95 % de dons qui font tourner Framasoft, avec un budget quand même conséquent. Et peut-être que demain, si jamais les dons se tarissent un peu, si jamais les gens préfèrent donner à Notre-Dame par exemple, eh bien il se pourrait qu’on ait des problèmes de budget. Pour l’instant ce n’est pas le cas, franchement. L’avantage du don c’est que quand on déçoit les gens on le sait toute de suite parce qu’on voit la courbe des dons qui dégringole.

Stéphane : Ça fait un contact, en quelque sorte, avec les utilisateurs.

Frédéric Urbain : C’est ça, exactement.

Stéphane : Dernière question Fred avant de te libérer, pardon pour le jeu de mots. On a intitulé notre émission La voix est libre avec un « x » à voix, or il me semble que vous aviez un truc qui y ressemblait à Framasoft. Tu penses qu’on devrait vous reverser des droits d’auteur pour ça ou pas ?

Frédéric Urbain : Non, c’est votre contribution. Vous apportez quelque chose vous aussi, c’est la contribution de Framasoft à votre émission et, en échange, c’est votre contribution puisque vous en parlez, donc votre contribution à Framasoft avec ce petit jeu de mots « La voix est libre ». Vous permettez de faire en sorte que les gens sachent qui on est et nous rejoignent. Donc moi je n’ai pas envie de vous demander des droits d’auteur. Et puis, de toute façon, on n’est pas opposés au droit d’auteur mais disons que la façon dont il est géré actuellement ce n’est pas trop notre tasse de thé !

Stéphane : Écoute, on va te remercier pour ces quelques mots, pour cette introduction à notre première émission, donc te libérer et peut-être te retrouver un petit peu plus tard, pas aujourd’hui, mais dans une autre émission pour un autre sujet.

Frédéric Urbain : Avec plaisir et en espérant que les histoires de technique ne nous embêteront pas cette fois-ci.

Stéphane : Non, on va progresser.

Frédéric Urbain : Non, c’est moi qui devrais progresser parce qu’apparemment vous avez galéré pour me joindre.

Stéphane : Allez à bientôt Fred.

Quentin : Merci beaucoup Frédéric.

Frédéric Urbain : À bientôt. Bonne émission et surtout faites-en plein d’autres.

Stéphane : Merci.

Quentin : On va essayer.

Rémy : Au revoir.

Frédéric Urbain : Au revoir.

Stéphane : Pour enchaîner, le titre d’aujourd’hui c’était « Des services web alternatifs ». Les services web ça tourne sur des serveurs, donc Quentin tu as la responsabilité de nous expliquer ce qu’est un serveur et peut-être même comment fonctionnent les serveurs sur Internet en quelques minutes. À toi la main.

Quentin : Si on veut faire très simple, finalement un serveur c’est simplement un ordinateur comme un ordinateur que vous avez chez vous, que vous utilisez. En revanche, c’est un ordinateur qui rend service à d’autres ordinateurs en répondant à leurs requêtes. On peut donner tout simplement l’exemple de Google qui est un moteur de recherche que vous connaissez, Qwant qui est un autre moteur de recherche que vous connaissez peut-être moins ; quand on leur demande de faire une recherche, eh bien les serveurs de Google ou de Qwant vont nous rendre ce service et ce sont simplement des ordinateurs qui vont faire des calculs et nous renvoyer des résultats de recherche.
Mais pour pouvoir communiquer avec ces serveurs, eh bien il faut des intermédiaires. Et ça c’est ce qu‘on appelle les fournisseurs d’accès à Internet.
En fait, utiliser un service sur Internet, comme on l'a dit, c’est utiliser l’ordinateur de quelqu’un d’autre, et le fournisseur d’accès à Internet c’est simplement l’intermédiaire qui va se placer entre votre ordinateur et l’ordinateur de ce quelqu’un d’autre, que ce soit Google ou un autre service.
On peut faire l’analogie entre le fournisseur d’accès à Internet et un bureau de poste. C’est-à-dire que vous allez déposer votre requête dans le bureau de poste qui est à côté de chez vous, en l’occurrence le fournisseur d’accès à Internet chez qui vous avez souscrit — ça peut être Bouygues, ça peut être Orange, ça peut être un fournisseur d’accès Internet associatif — et ce fournisseur d’accès à Internet va se charger de passer de proche en proche votre requête à d’autres fournisseurs d’accès à Internet, comme à d’autres bureaux de poste, et ça va arriver sur les serveurs de Google.
Donc voilà globalement comment fonctionne l’ensemble des services en ligne.

Stéphane : Tu as cité quelques services, quelques FAI commerciaux, tu as expliqué rapidement qu’il y avait aussi des services associatifs, est-ce qu’il y en a un qu’on pourrait peut-être citer ?

Quentin : Oui. En particulier à l’UTC, il y a le FAI associatif, FAI pour fournisseur d’accès à Internet, rhizome, r, h, i, z, o, m, e, qui est un FAI monté par des étudiants et qui fait la même chose que Bouygues et compagnie mais en respectant votre vie privée.

Rémy : Vous pouvez d’ailleurs aller voir leur site web à rhizome-fai.net3.

Quentin : Exactement !

Stéphane : Merci Quentin pour cette présentation de ce qu’est un serveur sur Internet.

Je crois que là, Rémy, c’est toi qui es en charge maintenant peut-être de nous expliquer pourquoi on a besoin de services alternatifs. On l’a dit, en fait il y a déjà des tas de trucs gratuits qui existent en ligne, on a cité Google Search, on aurait pu citer Google Maps, Google Docs, Google tout ce qu’on veut. Il y a par exemple Doodle qui permet de prendre des rendez-vous alors que Frédéric nous a parlé tout à l’heure de Framadate, son alternative libre. Il y a Messenger par exemple, évidemment sur les réseaux sociaux. Pour les utilisateurs peut-être un peu plus dans le monde de l’informatique ou de l’ingénierie, il y a des systèmes comme GitHub, comme Slack, bref ! On a l’impression qu’il y a un peu tout qui existe. La question c’est pourquoi est-ce que ça ne suffit pas ? Pourquoi est-ce que Framasoft ou, on va le voir, Picasoft, proposent d’autres choses ?

Rémy : Comme tu l’as dit Stéphane, effectivement il existe déjà beaucoup de services qui fonctionnent et qui fonctionnent très bien. On ne peut pas reprocher à Google ou à Google Maps de ne pas fonctionner. Ils font très bien le boulot. Maintenant, le problème c’est qu’avoir uniquement ces services, ça crée une centralisation d’Internet et ça donne beaucoup de pouvoirs à très peu de gros acteurs. Ces gros acteurs, ensuite, font un petit peu ce qu’ils veulent : ils exploitent vos données comme ça leur chante. Ils pourraient, à terme, monétiser leurs services du jour au lendemain sans vous demander votre avis. Ils ont aussi un monopole, ils font ce qu’ils veulent avec les conditions d’utilisation. Ils revendent vos données, ils font de la pub, etc.
Pourquoi ça fonctionne ? Ça fonctionne s’il n’y a pas d’alternative, en fait. Si demain seul Google Maps propose un service de cartographie, vous serez obligés de l’utiliser dès que vous voudrez avoir un service de cartographie en ligne. C’est pour ça que Picasoft et Framasoft, d’ailleurs Framasoft avant, s’inscrivent dans une optique de décentralisation d’Internet, c’est-à-dire créer plein de petits acteurs qui vont proposer des services et qui vont donc donner un choix.

Ensuite les utilisateurs peuvent décider quels services ils vont utiliser en fonction des conditions d’utilisation, des conditions tarifaires éventuellement, que le service soit gratuit, derrière un abonnement, etc. Donc utiliser vraiment ce qu’ils veulent pour faire ce qu’ils ont envie de faire.

Stéphane : Donc c’est donner du choix, tu l’as dit. C’est également donner du choix entre, effectivement, des services on va dire peut-être commerciaux, privés, certains diront privatifs, et puis des services libres. Est-ce que tu peux peut-être nous préciser, en deux-trois mots, ce qui caractérise un service libre comme ceux qui sont hébergés, encore une fois par exemple, par Framasoft et Picasoft.

Rémy : Un service libre c’est d’abord un service qui utilise un logiciel libre, c’est-à-dire un logiciel dont le code est d’ailleurs déjà open source donc vous pouvez aller voir à l’intérieur comment ça fonctionne, vérifier ce que fait le logiciel.
Vous pouvez aussi le modifier librement pour en faire ce que vous voulez, si vous avez envie de lui donner un fonctionnement différent.
Vous pouvez l’installer vous-même sur vos propres ordinateurs, donc auto-héberger vos services. D’ailleurs l’auto-hébergement c’est quelque chose qui, finalement, n’est pas si compliqué que ça et pas très cher : avec un petit ordinateur à une trentaine d’euros on peut déjà faire beaucoup de choses chez soi.
Et surtout, le service libre c’est aussi une transparence sur le service, donc sur la gestion de celui qui l’héberge, l’association par exemple qui est transparente, et la gestion des données des utilisateurs qui est faite après, avec notamment des conditions générales d’utilisation simples et qui respectent votre vie privée.

Quentin : Je me permets juste de préciser. Finalement, pourquoi est-ce qu’on devrait plus faire confiance aux associations comme Framasoft ou Picasoft qu’aux géants du numérique ? Tout simplement parce que nous n’avons pas de but commercial. Donc ça enlève beaucoup d’incitatif à faire de l’argent avec les données.

Stéphane : Et puis, comme l’a dit Rémy, il y a cette notion de transparence, c’est-à-dire qu’à un moment, malgré tout, tu as cité plusieurs fois Google Maps, eh bien le code in fine on ne le maîtrise pas complètement, donc il peut y avoir un certain nombre d’informations, de collecte d’informations, qu’on n’est pas capable aujourd’hui de contrôler. Alors que si vous prenez son alternative OpenStreetMap4, eh bien 100 % du code est ouvert donc on peut vérifier exactement ce qui se passe au niveau des serveurs, enfin les informaticiens peuvent le faire.

Rémy : J’ajouterais du coup que la grande diversité autour du Libre c’est aussi d’avoir le choix de à qui on va faire confiance, à des petits acteurs locaux qu’on peut peut-être rencontrer plus facilement.

Stéphane : En parlant de petit acteur local, on s’est cités depuis tout à l’heure plusieurs fois. On est membres de l’association Picasoft5, on a, en quelque sorte, copié ce que faisait Framasoft, donc comme eux on héberge des services que tout le monde, pas seulement les utcéens, peut utiliser. Pour le moment on n’a que deux services officiellement, mais on les héberge super bien. Est-ce que quelqu’un ici, peut-être Romain, veut nous en dire deux mots de ces deux services ?

Romain : On a deux super beaux services qui s’appellent le pad et la team.
Le pad, qui est accessible à l’adresse pad.picasoft.net6, est un service qui sert à taper du texte. Ça l’air tout bête comme ça, c’est une sorte de Word minimal, ou de LibreOffice minimal si on préfère, sauf que son intérêt c’est qu’on peut y accéder directement depuis son navigateur et qu’on peut l’éditer à plusieurs. C’est-à-dire que dès qu’on crée son pad, un document texte en fait, on peut lui donner une URL, c’est-à-dire l’adresse qu’on tape dans son navigateur pour y accéder et il suffit de donner cette URL à quelqu’un d’autre pour que cette autre personne puisse l’éditer en même temps. C’est vachement bien fait ! C’est-à-dire que chaque personne, par exemple, va taper et ça va se faire en direct, on va avoir une couleur associée à chaque personne, on peut laisser des commentaires. Enfin c’est vraiment bien fait pour travailler à plusieurs sur un sujet précis.

La Team7, en fait, c’est une instance du logiciel Mattermost, c’est une sorte d’alternative à Slack, à Messenger, à Discord, enfin tout ça ce sont des logiciels de messagerie. Ça sert simplement à échanger des messages mais de façon plutôt bien organisée. C’est-à-dire que quand on veut parler d’un sujet spécifique par exemple, eh bien tous les messages qui vont traiter de ce sujet vont être isolés et mis dans un endroit spécifique auquel on pourra accéder par la suite si on veut retrouver l’information ; donc on peut organiser les discussions par sujet. Il y a tout un tas d’autres fonctionnalités que vous pourrez aller voir parce que ces deux services sont accessibles gratuitement, il suffit d’aller dessus et de s’inscrire pour y accéder.

Nous, Picasoft, comme on héberge ces services, vous pouvez savoir comment on les héberge c’est-à-dire qu’on publie comment on fait pour les mettre en ligne, quels logiciels on utilise. Déjà vous pouvez reproduire chez vous tout ce qu’on fait. Et en plus, surtout, on s’engage à ne collecter qu’un minimum de données c’est-à-dire les messages que vous tapez, les documents texte que vous tapez, et surtout à ne les communiquer à personne d’autre, à ne pas les exploiter, sauf évidemment pour des raisons purement techniques. Ça a l’air obscur comme ça, mais ça veut juste dire que si vous voulez voir les messages que vous avez tapés, eh bien il faut bien qu’on les enregistre quelque part pour vous les montrer.

Stéphane : Merci Romain.
On voulait également aborder d’autres services, notamment parler un peu plus d’autres services de Framasoft. Frédéric en début d’émission nous a parlé de Framadate, une alternative à Doodle. On pourrait parler de Framaforms, donc framaforms.org 8, une alternative à Google Forms. Est-ce qu’on le fait un peu en canon, est-ce que chacun vous voulez en citer un ?

Quentin : Oui, moi je dirais Framatalk, framatalk.org9, qui est une sorte d’alternative à Skype mais directement dans votre navigateur web.

Rémy : À mon tour. Framindmap, framindmap.org10, un service pour réaliser des cartes mentales directement en ligne et collaboratives, que vous pouvez ensuite partager. Ça peut faire, par exemple, un plus avec les services de pad, etc., pour l’organisation.

Romain : Il y a aussi Framadrop11 qui est un service qui vous permet d’envoyer des fichiers trop gros pour passer dans un mail par exemple. Vous mettez juste le fichier sur Framadrop, vous envoyez le lien à quelqu’un et il peut le récupérer.

Stéphane : Il y a framagenda.org12, qui permet de gérer un agenda, de pouvoir ensuite l’intégrer, de l’utiliser à travers une interface web ou de l’intégrer dans un client comme Thunderbird par exemple.

Quentin : Il y a framalist.org13 qui permet de gérer des listes de diffusion par mail, par exemple pour les associations.

Rémy : On parlait tout à l’heure de GitHub. Vous avez une alternative, une instance de GitLab14 qui est hébergée par Framasoft à l’adresse framagit.org.

Romain : J’ai l’impression qu’il y a quand même pas mal de logiciels qui commencent par « frama ». C’est bizarre quand même ! Ça donne l’impression que tout le Web du Libre ce n’est que des gens de chez Framasoft, une petite dizaine, je ne sais pas, peut-être qu’ils sont 30, 40, 50, 50 barbus qui s’amusent à faire tous les services du Web. Il n’y a rien d’autre ?

Stéphane : C’est un peu un biais de cette première émission, mais on l’a fait exprès. Aujourd’hui on a voulu essentiellement parler des services offerts par Framasoft et de ceux que nous on offre à Picasoft. En fait plus tard, dans d’autres émissions, on parlera des CHATONS qui sont d’autres hébergeurs qui, du coup, proposent d’autres services libres. On aurait pu parler d’OpenStreetMap, on l’a un petit peu évoqué, ou de uMap, qui offrent des services cartographiques. Bref ! On n’en parle pas trop aujourd’hui, mais on aura l’occasion de revenir sur d’autres trucs libres qui ne commencent pas par « frama ».

Stéphane : Est-ce que quelqu’un veut lancer le quiz ?

Quentin : Eh bien c’est parti. Avant de se quitter et d’écouter une petite musique on vous a préparé un petit quiz sur lequel on vous invite à réfléchir. Parmi les mesures suivantes, laquelle est promue par l’association Framasoft dans le cadre de sa campagne Dégooglisons Internet qui permet de lutter contre la centralisation du web ?
Première réponse : il faut pirater les codes sources des applications des services privés comme Google Search, Skype ou Facebook pour les installer sur ses propres serveurs.
Réponse 2 : il faut devenir une énorme entreprise française capable de concurrencer Google, Amazon, Facebook, Microsoft et Apple réunis.
Réponse 3 : il faut créer un réseau parallèle à Internet où tous les logiciels seraient nécessairement libres et on pourrait par exemple l’appeler unsecure!.
Réponse 4 : il faut proposer des services web alternatifs afin que chacun puisse avoir plusieurs choix.

Stéphane : Réponse après la musique.

Romain : On va écouter Tracing My Steps de Radioontheshelf.

Quentin : C’était Tracing My Steps par Tobias Weber alias aussens, a, u, s, s, e, n, s, que vous pouvez retrouver sur le site ccmister.org. C’est une musique libre de droit [Licence Creative Commons CC BY, NdT] que vous pouvez réutiliser pour vos propres contenus.

Il est temps de répondre au quiz que nous vous avions donné juste avant. La réponse était la réponse 4 : proposer des services web alternatifs afin que chacun puisse avoir plusieurs choix. Évidemment l’idée n’est pas de pirater tout Internet ou de créer un réseau de hackers très sombre et totalement parallèle, mais bien de créer de la diversité et de permettre à chacun de faire ses choix.

Pour que vous puissiez faire vos propres choix, deux références : framasoft.org sur lequel vous retrouverez l’ensemble des actions de Framasoft et framablog.org15 sur lequel vous pourrez lire des billets de blog rédigés par les contributeurs de Framasoft.

De notre côté picasoft.net, le point d’entrée sur tout ce que l’on fait à l’association et dont on reparlera peut-être plus tard et school.picasoft.net16 qui contient des présentations, des tutoriels, des ateliers afin de permettre, à vous aussi, d’être acteur de cette belle décentralisation dont on reparlera dans une prochaine émission.

Merci beaucoup Romain, Stéphane et Rémy d’avoir été avec nous et on se retrouve une prochaine fois.

Romain, Stéphane et Rémi : Au revoir.

Le RGPD a un an et fait recette chez un certain GAFAM - Décryptualité du 3 juin 2019

mer, 06/05/2019 - 13:11


Titre : Décryptualité du 3 juin 2019 - Le RGPD a un an et fait recette chez un certain GAFAM
Intervenants : Mag - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 3 juin 2019
Durée : 13 min 30
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 22 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : First birthday cake candle Pixabay.com - Licence Pixabay
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Pour le premier anniversaire d'entrée en vigueur du RGPD, la vice-présidente et directrice juridique adjointe de Microsoft, Julie Brill, vante les mérites du dispositif.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 22. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : Sommaire.

Manu : Petite revue de presse cette semaine.

Mag : Oui. Toute mini riquiqui. LeMagIT, « L’Union Européenne veut pousser ses entreprises vers l’Open Data », de Alain Clapaud.

Manu : L’open data ça concerne généralement les institutions, les États et l’open data permet d’accéder à plein d’informations qui sont générées par les administrations. Eh bien là on voudrait que ce ne soit pas que les administrations mais aussi les entreprises et c’est la Commission européenne qui pousse dans ce sens-là. On ne sait pas exactement ce que ça donnera à terme, mais c’est une initiative qui paraît intéressante.

Mag : En tout cas ils sont sur le bon chemin.Politis.fr, « Enfin (le libre) », de Erwan Manac'h.

Manu : Ce qui est rigolo c’est que Politis.fr ils ont fait une petite série d’articles de Erwan Manac'h. Je ne sais pas d’où cela vient. Ils présentent les concepts du logiciel libre, mais aussi les évolutions, la révolution de l’open source et le fait d’avoir du Libre partout. Il y a plusieurs articles. Allez jeter un œil. C’est rigolo.

Luc : Je me demande s’il est de la famille de Jean-Marc Manach.

Manu : C’est peut-être son petit frère !

Mag : Siècle Digital, « Les développeurs chinois craignent de perdre l’accès à GitHub », de Mathias Lapierre.

Manu : C’est la suite de ce qui est en train de se passer entre les États-Unis et la Chine. Trump a lancé une sorte de liste noire des entreprises avec lesquelles les sociétés américaines peuvent commercer et Huawei a été poussé.

Luc : Ou ne pas commercer d’ailleurs.

Manu : Justement, tu as raison. Donc ça a fait beaucoup, beaucoup parler. Il y a plein de commentaires sur le sujet, notamment parce que Android est un logiciel libre et là, eh bien il est question que GitHub, une plate-forme où on fait beaucoup de logiciels libres, soit, peut-être, rendue interdite aux Chinois.

Luc : Et rachetée par Microsoft.

Manu : C’est ça qui énervant, c’est que GitHub n’est pas lui-même en logiciel libre et effectivement a été rachetée par Microsoft qui a fait un peu du open washing, on va dire ; ça les aide à montrer patte blanche dans la communauté.

Luc : Depuis la semaine dernière il y a eu de nouvelles actions pour pourrir les Chinois et la Chine a annoncé des mesures de rétorsion. Ils sont en train de faire leur plan de bataille.

Manu : Notamment sur les terres rares où ils ont quasiment un monopole. Ce sont des substances nécessaires pour toutes les nouvelles technologies actuelles.

Mag : France Culture, « Silicon Valley : la technologie au service d’une idéologie ? », de Olivia Gesbert.

Manu : C’est une émission de radio, je n’ai pas écouté, j’ai regardé un petit peu la retranscription initiale. C’est intéressant parce qu’on aborde à nouveau la culture, ce qui tourne autour de nos technologies actuelles et notamment leurs sources. On sait que la Silicon Valley vient en grande partie d’universitaires et de gens barbus, des hippies et Richard Stallman en est un bon exemple.
Le sujet de la semaine ?

Luc : Je voulais revenir sur une nouvelle que j’ai lue, qui n’a pas fait beaucoup de bruit mais que j’ai trouvée assez intéressante. C’est une sorte de tribune écrite par une cadre haut-placée de Microsoft qui s’appelle Julie Brill, qui est, en gros, dans le domaine juridique essentiellement.

Manu : Oui et qui est une ancienne commissaire à la FTC, Commission fédérale du commerce.

Luc : Elle pantoufle. Il n’y a pas que chez nous que c’est un sport des élites.

Manu : Un peu partout !

Mag : Pantoufle ?

Luc : Pantoufler, c’est quand tu passes de la fonction publique à la fonction privée et inversement et après, on se demande où va l’intérêt des gens. Mais voilà ! Cette Julie Brill…

Manu : Américaine.

Luc : Américaine, de Microsoft, parle du RGPD.

Manu : Le Règlement général de la protection des données1.

Luc : Qui est un dispositif juridique européen.

Manu : En place depuis une année.

Luc : On en a pas mal parlé dans le podcast et ailleurs, c’est beaucoup de contraintes. Les principes généraux…

Manu : On peut les rappeler.

Luc : C’est quoi ? Déjà d’informer, savoir ce qu’on fait avec les données.

Manu : Les données privées, les données individuelles.

Luc : Les données privées, etc. Voilà.

Mag : Informer ses clients.

Luc : Voilà. À quoi elles peuvent servir. Il faut que ce soit très explicite et il faut qu’on puisse choisir, simplement, d’autoriser cette exploitation ou pas. Certaines données sont nécessaires aux fonctions du service, d’autres vont être purement commerciales, publicitaires, etc. On doit avoir ce choix-là. Derrière il y a un arsenal pour taper, qui est le fait de pouvoir mettre des amendes faramineuses.

Manu : Oh ! Faramineuses ! Quoi ! 10 000 dollars par ci, 100 000 dollars par là ?

Luc : Non, c’était avant, justement, cette loi-là.

Mag : Non ! Là on peut aller jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires fait en Europe.

Luc : Mondial.

Manu : Mondial. C’est considérable, notamment pour les GAFA qui sont touchés de plein fouet par ce genre de règles.

Luc : Et le chiffre d’affaires ce n’est pas le bénéfice, c’est-à-dire c’est tout l’argent qu’on gagne avant impôts, etc. Donc ça fait des sommes vraiment colossales. Ça a commencé un petit peu. Google s’est déjà pris une amende en Europe par un pays, mais chaque pays peut recommencer ; c’était juste sur un point précis, notamment sur le fait que c’était imbitable et qu’on n’arrivait pas à savoir ce qui était utilisé, pas utilisé, qu’il fait aller dans plein de pages, que c’était difficile à trouver. Du coup ils ne respectaient pas le RGPD.

Manu : Ça reste un truc hyper-ambitieux. Le RGPD nous a beaucoup fait parler quand il est arrivé, quand il est en entré en fonction. Je crois que les amendes ont été activées depuis un an parce que le RGPD lui-même existait depuis plus longtemps.

Mag : Ce n’était pas le 25 mai que c’était entré en fonction ?

Manu : Quelque chose comme ça et on avait beaucoup jasé sur le sujet parce que c’était quelque chose de hyper-novateur et très en faveur des citoyens européens.

Luc : Oui, mais beaucoup trop compliqué. C’est impossible à mettre en œuvre on ne s’en sortira jamais mon pauvre monsieur ! Ce qui n’était pas complètement faux puisqu’on avait pointé le fait qu‘à partir d’un certain niveau de complexité seules les structures suffisamment importantes pour le faire pourraient le mettre en œuvre.
Donc Julie Brill, cette responsable de Microsoft, revient là-dessus et oh surprise ! a un avis plutôt positif, voire très positif, sur le RGPD.

Manu : Comment ça ? Aux États-Unis, ils veulent protéger les données des citoyens ?

Mag : C’est de la com’ !

Luc : Son argument c’est de dire d’une part il existe des lois aux États-Unis mais ce sont des lois de chaque État, notamment en Californie où il y a des lois.

Manu : Oui, ils sont plutôt progressistes de ce point de vue-là.

Luc : Elle fait un peu de passage de pommade en disant « le RGPD nous a permis de vraiment voir les problèmes sous l’angle de la protection des données des gens, c’est vachement bien, etc., ça a vraiment changé les pratiques et la façon de voir. »

Manu : Là, effectivement il faut faire confiance à son discours ! Tu as raison Mag !

Mag : C’est de la com’ !

Luc : Elle dit : « Avant, en gros, il y avait de l’argent à faire avec les données personnelles et c’était la course, tout le monde voulait le faire, forcément on allait le faire et la vie privée des gens n’était pas importante, en tout cas moins importante que le fait de faire des bénéfices. Et puis, si on ne voulait pas se retrouver en dernière position, comme la dernière roue du carrosse, eh bien il fallait y aller, on n’avait pas le choix. Alors que s’il y a de la réglementation, eh bien on fixe la limite quelque part, donc on n’est pas obligé de partir à cette course du n’importe quoi. »

Manu : Ça a été souvent une comparaison bizarre, mais on disait que les données personnelles c’était le pétrole du 21e siècle et que c’était grâce à ce pétrole qu’on pouvait faire fonctionner l’économie de l’information. Donc les entreprises comme Google, par exemple, sont connues pour stocker beaucoup de données personnelles et ça leur permet, ensuite, de cibler les publicités. Ce ciblage, la connaissance des consommateurs a, supposément en tout cas, c’est ce qui est mis en avant, une valeur gigantesque.

Luc : Effectivement et depuis un an le RGPD est arrivé, mais il s’est passé plein d’autres choses, notamment du côté de Facebook qui s’est illustré en nous faisant un festival.

Mag : Attends, il s’est encore excusé !

Luc : Il s’est excusé un paquet de fois, mais je crois que maintenant il ne s’excuse même plus, il n’a plus le temps.

Manu : Il a un générateur d’excuses. Il y a plein de générateurs qui tournent sur Internet.

Luc : Voilà. Il y a des gens qui font la liste des excuses de Zuckerberg.

Manu : Les sénateurs américains ont fait ça ; en session de questions ils ont listé un petit peu ses différentes excuses au cours des années. Ça doit être une quinzaine ou une vingtaine d’excuses sur les dix dernières années.

Luc : Donc il y a le scandale Cambridge Analytica dont on n’a pas mal parlé.

Mag : C’est vieux.

Luc : Oui, mais ça a mis deux ans à émerger, donc en gros ils ont caché le truc ! À partir des données de Facebook qui ont été exploitées à des fins politiques avec le soupçon que les Russes soient derrière, mais depuis plusieurs mois, toutes les semaines on a des scandales. On apprend que des partenaires de Facebook, notamment, avaient des données de millions de gens, de dizaines voire des centaines de millions de gens qui se promenaient dans la nature ; on pouvait y accéder comme ça parce que c’était sur un serveur non sécurisé, des mots de passe non sécurisés. En gros, il y a pléthore de partenaires de Facebook qui font n’importe quoi avec les données et ça circule dans tous les sens ! Justement tout ce que le RGPD est censé encadrer ça a été un festival de n’importe quoi et aujourd’hui ça pèse lourd sur Facebook ; sa réputation est en train de se casser la gueule sérieusement.

Manu : Considérée comme une des boîtes les moins bien perçues par les Américains aujourd’hui.

Mag : Peut-être, mais au niveau mondial c’est quand même une des boîtes qui a le plus de personnes qui vont dessus et je n’ai pas l’impression que ça diminue.

Luc : Ça baisse et les statistiques sont difficiles à connaître puisque c’est Facebook lui-même qui les fait. Un des anciens fondateurs de Facebook a dit « il faut éclater Facebook, les différents produits en plusieurs entreprises. »

Mag : Il faut aussi arrêter d’y aller.

Luc : Il y a d’autres patrons qui l’ont fait. En tous cas je pense que les autres GAFAM se disent qu’à force de jouer avec les données personnelles, ce genre de petit problème pourrait leur tomber dessus.

Mag : Ils sont surtout très contents que ça tombe sur Facebook et pas sur eux !

Luc : Tout à fait.

Manu : On peut comparer avec Apple par exemple. Apple se déclare comme étant des champions de la vie privée et ils indiquent que eux ne récupèrent pas d’informations sur leurs utilisateurs, ou peu, le minimum nécessaire. Ils se mettent en avant comme étant brillants, protecteurs, vraiment des bons acteurs, notamment parce que ça leur permet de se mettre en avant par rapport à leurs concurrents directs.

Luc : Effectivement. Ils disent que comme ils vendent du matériel…

Mag : Ils peuvent enfermer les gens dans leur matériel avec leurs produits, leurs logiciels et les prix qu’ils veulent imposer aux autres. C’est bien !

Luc : Tout à fait. Du coup les données personnelles sont censées être en sécurité, sauf que la semaine dernière je suis tombé sur un article : des chercheurs ont étudié un iPhone et se sont aperçus que l’OS d’Apple, peut-être, ne surveille pas les gens, mais que les logiciels du store, eux, par contre, ne se privent pas et qu’il y a des milliers de données qui partent tout le temps.

Mag : Ce n’est pas chance !

Luc : Apple se vante d’avoir un écosystème bien contrôlé où ce sont eux les chefs et où il y a des bonnes pratiques et on ne déconne pas ! Donc les données personnelles des gens ils ne les protègent pas même s’ils ne les pompent pas eux-mêmes.
Google évidemment, qui a pris une amende, est également dans la ligne de mire. Donc on imagine bien que Microsoft, en faisant cette déclaration-là, finalement a tout intérêt à faire monter les enchères sur la donnée.

Mag : Ce sont les bons élèves !

Luc : Mais oui. En fait eux avaient du retard sur l’exploitation des données personnelles. Avec Windows 10 ils ont essayé de rattraper leur retard en espionnant les gens un max. Puis ils se disent « en fait, on peut peut-être jouer l’inverse et utiliser notre retard comme un avantage ».

Mag : Je pense surtout que pour l’instant ceux qui veulent les hacker s’intéressent aux grandes plates-formes et à plus de monde, mais que ça ne va pas tarder si Microsoft continue ils se feront hacker eux aussi. On trouvera des failles, on trouvera des sites non sécurisés et point barre. Je ne vois pas pourquoi ils seraient différents des autres.

Luc : Il y a une différence entre se faire hacker, se faire pirater parce qu’on a été super nul et qu’il y avait des grosses failles de sécurité comme ça s’est beaucoup fait chez Sony et le fait de donner les données à n’importe qui et de n’en avoir juste rien à foutre comme on fait chez Facebook.

Manu : Donc Facebook c’était son business, et ça le reste probablement, de partager des données de leur milliard d’utilisateurs, alors que Microsoft, ils avaient plein d’autres formes de business. Comme ils étaient en retard ils comptent plus, aujourd’hui, sur l’informatique en nuage, par exemple, ça a l’air d’être un petit peu leur vache à lait, en tout cas ce qu’ils ciblent comme leur vache à lait, et ils gagnaient beaucoup d’argent parce qu’ils vendaient la suite Office, ils vendaient le système d’exploitation Windows et ils vendaient la Xbox ; c’est ça qui leur faisait gagner de l’argent.

Mag : Sans parler des rentes qu’ils ont sur des brevets logiciels qui sont utilisés par plein d’autres gens aussi.

Manu : Bien vu, effectivement, mais ces brevets logiciels autant on les déteste pour d’autres raisons, parce que c’est vraiment du blocage sur les idées et sur la créativité, mais ça ne touche pas aux données personnelles. Donc il y a un côté un petit peu vache, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas cool sur certains sujets, mais ils sont en retard sur d’autres, ça leur permet de jouer les gens valeureux.

Luc : Absolument à aucun moment on ne pense qu’ils sont vertueux. D’ailleurs par rapport à cette toute évolution législative qu’ils demandent, ils demandent une loi fédérale, ils disent que le problème du RGPD c’est que c'est trop compliqué. Les gens n’utilisent pas ce truc, ils ne font pas l’effort d’aller décocher les éléments, ce qui est probablement vrai, du coup c’est nous qui devrions gérer pour eux. Donnez-nous un cade législatif et nous on va le gérer pour tout le monde.

Mag : Faites-nous confiance !

Luc : Faites nous confiance.

Manu : Donc Microsoft propose un tableau de bord pour regarder toutes les données qui sont collectées et surveiller un petit peu ce qui en est fait. Ils se vantent que ce tableau de bord a été utilisé par des dizaines de millions de leurs clients et utilisateurs pour voir un petit peu comment tout ça est géré.

Luc : Ce que je trouve quand même positif dans cette affaire-là c’est qu’on s’aperçoit que faire du bruit, faire de la politique au sens général – pas uniquement des trucs d’élections – mettre ses problématiques de données personnelles en avant, leur mettre le nez dans le caca en dépit de leur grosse puissance et de leur force, etc., ça a quand même des effets. On est très loin du monde dont on rêverait. On est en train de jouer des gros contre des gros, enfin ils jouent tout seuls d’ailleurs ! En tout cas on voit que ça a quand même une influence et qu’on a quand même intérêt à se bouger les fesses. En tout cas en se résignant on est sur d’échouer. Là on arrive quand même, malgré ces jeux, à aller, on dirait, un peu dans le bon sens. Donc je trouve ça plutôt pas mal. Mag tu n’es pas convaincue ?

Mag : Non. Je trouve ça très utopiste et venant de toi je suis étonnée. Luc c’est le pessimiste de notre groupe habituellement, je veux dire, il relève tous les problèmes, tout ce qui ne va pas. Et là, tout d’un coup, « on va peut-être aller vers un monde meilleur ! » Non. Pour moi toutes les lois qui risquent de passer soi-disant pour le contrôle et ainsi de suite, ça ne va faire qu’empirer les choses, mais ça sera toujours pour le bien des utilisateurs et la protection de leurs données ! Bien sûr ! Ça me rappelle la loi surveillance.

Manu : En tout cas il y a quelque chose de positif au niveau européen : les politiques se sont bougés. Ils ont peut-être fait quelque chose pour l’apparence, l’impression qu’on contrôle notre vie privée. Ils ont peut-être fait ça aussi parce que les GAFAM ne sont pas européens, donc l’Europe peut se permettre d’être vertueuse parce qu’elle rejette un petit tout cela sur des entreprises multinationales qui ne sont pas basées chez nous. Il y a quand même un peu de positif, certes, dans un monde très noir avec beaucoup de soucis ; là-dedans il y a une petite lueur.

Luc : Manu est vrai optimiste.

Mag : Je suis désolée Manu. Vous êtes mignons ce soir tous les deux !

Luc : OK. On va passer la semaine avec notre optimisme. On va te laisser…

Mag : À mon réalisme.

Luc : Voilà ! Et on se retrouve la semaine prochaine. On verra si on est toujours optimistes.

Manu : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Interview de Jean-Baptiste Kempf (VLC/Videolan) - Bonus de Philippe Borrel - Internet ou la révolution du partage

mer, 06/05/2019 - 10:31


Titre : Interview de Jean-Baptiste Kempf (VLC/Videolan)/Bonus de Internet ou la révolution du partage
Intervenant : Jean-Baptiste Kempf
Lieu : Arte - Documentaire de Philippe Borrel Internet ou la révolution du partage
Date : mai 2019
Durée : 2 min 14
Visualiser ou télécharger la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : capture d'écran de la vidéo
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

VlC est un logiciel libre, c’est un lecteur multimédia qui est un des lecteurs les plus utilisés au monde aujourd’hui.
La légende de VLC : ce sont des étudiants à l’École centrale Paris dans les années 90 qui ont besoin d’un nouveau réseau et proposent du streaming vidéo sur le réseau [pour justifier la dépense, Note de l'orateur]. Aujourd’hui c’est évident mais là on est 1994, une bonne dizaine d’années avant YouTube, donc c’était incroyable [de faire cela sur un réseau local, Note de l'orateur]
Le projet est complètement sorti de l’école quand il est passé en open source en 2001 et VLC1, maintenant, est un des logiciels les plus utilisés au monde. On a 450 millions d’utilisateurs, ce qui est énorme pour un logiciel et encore plus pour un logiciel français.

La team autour de VLC c’est une dizaine de personnes. On donne une alternative qui est au moins aussi bien que les logiciels propriétaires : les gens utilisent VLC parce que c’est bien mais ils ne l’utilisent pas juste parce que c’est libre.

Le logiciel libre et les communautés sont plus réactives, il y a plus d’émulation, il y a plus de choses qui se font, il y a plus d’innovation, en particulier parce que ça permet d’avoir des dynamiques que tu ne peux pas avoir dans le logiciel propriétaire.

Richard Stallman a raison, il y a beaucoup d’open washing en ce moment. C’est un peu comme le green washing, tout le monde veut être open. Moi j’ai tendance à dire que si tu es obligé de le dire c’est peut-être que tu ne l’es pas. Oui, il y a du open sur quasiment tout ; en fait, c’est juste sur la partie propriété intellectuelle mais ça ne suffit pas.

Il y a plein de logiciels libres qui tournent chez Google ; tout est basé sur des serveurs Linux, ils ont un million de serveurs sous Linux. Pareil chez Facebook. YouTube par exemple, pour parler vidéo, YouTube ça n’utilise quasiment que des logiciels libres pour faire tout le processing vidéo. C’est gratuit, ça respecte toutes les libertés de l’utilisateur, sauf que, à la fin, la dernière couche, qui est en fait la dernière couche service, elle n’est pas open source.

Donc dans le Commons il y en a beaucoup qui font du faux Commons quoi !, qui est juste : vous avez le droit de l’utiliser gratuitement, mais vous n’avez pas le droit d’en faire ce que vous voulez. Alors que vraiment, dans le logiciel libre, vous faites ce que vous voulez !

Logiciel libre : il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens

mer, 06/05/2019 - 08:29

Emmanuel Grégoire, 1er adjoint à la Maire de Paris, a publié une tribune dans Libération mardi 4 juin 2019 intitulée « Logiciel Libre : il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens ». Cette tribune a notamment été co-signée par Jean-Christophe Becquet, président de l'April.

Le texte de la tribune :

Logiciel libre : il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens

Face à l’expansion des Gafam, le logiciel libre est une approche essentielle pour repenser la technologie au bénéfice des citoyens. Logiciel libre : il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens.

Le 4, 5, 6 juin, la Ville de Paris, MossLabs et OW2 accueillent un forum pour discuter de l’avenir de la collaboration entre les villes en matière de logiciels libres. Pionnière en la matière depuis 2002, la Ville de Paris met en place une politique de logiciel libre, désormais regroupée sous l’égide de la plateforme Lutèce, développée spécifiquement pour les administrations municipales. Gratuite pour les villes, celles-ci ont accès à des centaines d’applications, qu’elles peuvent mettre à disposition de leurs agents et des citoyens.

Villes, Etats, entreprises, associations… Toutes ces entités sont aujourd’hui confrontées à l’importance de créer des services numériques de qualité, répondant à de nouveaux besoins, respectant les données personnelles des utilisateurs, et à un coût pouvant être supporté, notamment pour la puissance publique. Une équation souvent difficile à mettre en œuvre !

Solutions

Pourtant les solutions existent et parmi elles : le logiciel libre ou l’open source qui prévoient la diffusion libre du code source du logiciel avec la possibilité de l’étudier, le modifier et d’en redistribuer les modifications. Cette conception du développement logiciel est aujourd’hui utilisée massivement par tous les grands acteurs du numérique qui peuvent réutiliser de très nombreuses briques proposées notamment par les grandes fondations telles qu’Apache, Linux Foundation, Eclipse ou OW2.

Ce qui existe depuis longtemps pour les logiciels système ou d’infrastructure commence à voir le jour pour les applications verticales et notamment pour les services publics.

Pour les villes, c’est tout d’abord un gain économique important. Plutôt que de redévelopper, à l’échelle de territoires parfois très petits, des nouvelles solutions technologiques à partir de zéro, le logiciel libre permet aux collectivités de réutiliser des logiciels créés par d’autres, afin d’acquérir des services numériques à moindre coût. Comme l’explique la campagne Public Money Public Code, en dehors de l’aspect financier, il est aussi logique, que les logiciels financés par l’impôt soient publiés sous licence libre. «S’il s’agit d’argent public, le code devrait être également public» et la plateforme le restera après sa création.

Le logiciel libre permet également l’amélioration des outils qui sont au service du bien commun. Grâce à des communautés de codeurs et aux partenariats entre acteurs publics, les logiciels sont améliorés, au fur et à mesure des innovations technologiques, et adaptés aux nouveaux besoins des citoyens. A Paris, sont développés plusieurs projets de ce type, comme le chabot PaLyNi mutualisé avec les villes de Lyon et Nice sur le traitement des déchets, la rédaction de marchés publics partagé aujourd’hui avec l’Etat ou encore les espaces numériques de travail pour les collèges et lycées utilisés par d’autres départements ou régions françaises.

Transparence

Cambridge Analytica, mise à mal de la neutralité du net, utilisation des données personnelles par les entreprises… les dernières années ont été marquées par un climat de méfiance généralisé de la part des citoyens face à des monopoles dont l’extension exponentielle semble hors de contrôle. Grâce au logiciel libre, les villes ne sont plus otages : elles possèdent les moyens de reprendre la main sur leurs services numériques, sans être obligées de passer par des opérateurs privés, qui contrôlent les données et sont susceptibles d’augmenter leurs prix en fonction de l’évolution du marché. Elles peuvent aussi plus facilement confier ces missions à des entrepreneurs locaux.

Mais la question du logiciel libre, c’est aussi celle de la transparence. A Paris, le code des outils de participation citoyenne (budget participatif, plateforme de consultation publique, rendez-vous des élus avec les lobbyistes) est également public. Car ces plateformes et ces informations relèvent du bien commun. Utiliser l’open source, c’est donner le pouvoir aux citoyens de vérifier qu’elles sont bien neutres et transparentes. C’est aussi leur permettre de proposer des améliorations en fonction de leurs besoins et de leurs usages.

Souveraineté et indépendance numérique

Est-ce que c’est bien sécurisé ? Il faut comprendre l’inquiétude des territoires face à cette approche technologique, qui existe depuis bien longtemps mais qui n’a pas toujours été assez utilisé. Si la communauté de développeurs est suffisamment importante, l’open source offre de meilleures garanties de sécurité qu’un code fermé mais beaucoup moins relu. Au niveau technique mais aussi à d’autres niveaux : pas de risque de faillite d’un prestataire, de fuite des données ou de surfacturation !

Face à l’expansion exponentielle des Gafam, à la faiblesse des entreprises européennes sur les grands services numériques et à des législations étatiques peu protectrices, le logiciel libre est une approche essentielle pour repenser la technologie au bénéfice des citoyens et au service du contrôle démocratique qu’ils doivent exercer.

C’est pourquoi, même si des initiatives passionnantes existent déjà à travers le monde, nous lançons aujourd’hui un appel aux villes du monde entier pour créer une communauté du logiciel libre au niveau international et relever ensemble les grands défis auxquels sont confrontées les villes du monde. Tandis que les enjeux liés au numérique se complexifient, les villes doivent s’engager ensemble dans la bonne direction : celle de la souveraineté et de l’indépendance numérique, celle de l’open data et du logiciel libre.

Emmanuel Grégoire Premier adjoint à la maire de Paris , Jean-Christophe Becquet président de l’association April , François Elie président de l’association Adullact , Jacob Green fondateur de MossLabs.io , Jean-Baptiste Kempf Président de VideoLAN , Cédric Thomas Directeur Général du consortium OW2.

« Libre à vous ! » diffusée mardi 4 juin 2019 sur radio Cause Commune - Framasoft - Open Académie - Patrick Sinz

mar, 06/04/2019 - 15:30

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet)..

Nous avons commencé par notre sujet principal qui portait sur Framasoft, l'occasion de mieux connaître l'association et ses actions avec Pierre-Yves Gosset, son directeur. Nous avons enchaîné avec un échange sur Open Académie avec Étienne André, intrapreneur dans une start-up d'État. Nous avons poursuivi avec TODO. Nous avons terminé par des annonces diverses.

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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

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--> toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Podcasts des différents sujets abordés
  2. Nous contacter
  3. Programme de l'émission du 28 mai 2019
  4. Personnes participantes
  5. Photos
  6. Références pour la partie Framasoft
  7. Références pour la partie Open Académie
  8. Références sur la partie consacrée à Patrick Sinz
  9. Références pour la partie sur les annonces diverses
  10. Pauses musicales
Nous contacter

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

Programme de l'émission du 28 mai 2019

La vingt-huitième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 4 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h.

Au programme :

Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Pierre-Yves Gosset, directeur de Framasoft
  • Étienne André, intrapreneur dans une start-up d'État
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, à la régie
Photos

Quelques photos.

--> Références pour la partie Framasoft Références pour la partie Open Académie Références sur la partie consacrée à Patrick Sinz Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Revue de presse de l'April pour la semaine 22 de l'année 2019

mar, 06/04/2019 - 08:26

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[LeMagIT] L’Union Européenne veut pousser ses entreprises vers l’Open Data

✍ Alain Clapaud, le vendredi 31 mai 2019.

L’Open Data comme moteur de croissance, c’est la position de la commission européenne qui a mis en place un portail de partage des données nationales depuis plusieurs années. Désormais, celle-ci cherche à aider les entreprises à emboîter le pas des Etats.

[Politis.fr] Enfin (le) libre!

✍ Erwan Manac'h, le mercredi 29 mai 2019.

Initié au milieu des années 1980 par l’informaticien Richard Stallman, le mouvement du logiciel libre et de l’open source s’étend désormais à de multiples domaines, parfois éloignés de l’informatique.

Et aussi: [Siècle Digital] Les développeurs chinois craignent de perdre l'accès à GitHub

✍ Mathias Lapierre, le mercredi 29 mai 2019.

Suite aux tensions avec les USA, les développeurs chinois craignent de perdre l’accès à GitHub, l’espace n°1 de collaboration open source.

Et aussi: [France Culture] Silicon Valley: la technologie au service d'une idéologie?

✍ Olivia Gesbert, le mercredi 29 mai 2019.

Entre capitalisme et hyper individualisme, quel est ce nouvel ordre du monde que la Silicon Valley entend installer? On en parle avec Fabien Benoit, auteur de ‘The Valley’ (Les Arènes, 2019), et Emmanuel Alloa, maître de conférences en philosophie à l’Université de Saint-Gall (Suisse).

Décryptualité du 3 juin 2019 - Le RGPD a un an et fait recette chez un certain GAFAM

mar, 06/04/2019 - 01:04

Écouter ou télécharger le décryptualité du 3 juin 2019 (13 minutes)
Decryptualité sur Mastodon

Pour le premier anniversaire d'entrée en vigueur du RGPD, la vice-présidente et directrice juridique adjointe de Microsoft Julie Brill vante les mérites du dispositif.

    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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