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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 25 min 22 sec

L'April participe à la Fête des possibles, du 15 au 30 septembre 2018

mar, 06/19/2018 - 18:42

Du 15 au 30 septembre 2018, nous participons avec plus de 120 autres organisations et réseaux de la transition à la Fête des Possibles (nouveau nom de la Journée de la Transition). Plus de 3 000 rendez-vous sont prévus en France et en Belgique pour rendre visibles les milliers d’initiatives locales qui embellissent la société et construisent un avenir plus durable et solidaire.

« C’est possible » est le mot d’ordre de la Fête. C’est possible de manger bio et à moindre coût, c’est possible de se déplacer au quotidien sans polluer, c’est possible d'utiliser des logiciels libres, etc.

Nous appelons les artisans et artisanes du changement, en d’autres termes celles et ceux qui agissent au quotidien, à organiser un rendez-vous pour valoriser leurs initiatives. Tous les formats d’événements sont possibles : atelier participatif, balade urbaine, repas partagé, rassemblement public…

Les rendez-vous 2018 peuvent d'ores et déjà être saisis sur le site de la Fête des Possibles.

Préparez dès maintenant votre événement et rendez-vous du 15 au 30 septembre dans toute la France et en Belgique pour découvrir et agir !

Voici une vidéo de présentation de la Fête des possibles (2 minutes 23 secondes).

Découvrez le site de la Fête des Possibles

La réforme du droit d'auteur éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture - Décryptualité du 17 juin 2018 - Transcription

mar, 06/19/2018 - 11:57


Titre : Décryptualité du 17 juin 2018 - La réforme du droit d'auteur, éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture
Intervenants : Luc - Manu - Magali
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : juin 2018
Durée : 16 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 24 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : GLAM camp NYC 2011 Wikimedia Commons, licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

La réforme du droit d'auteur met en danger internet. Décryptualité s'appuie sur la conférence de Nina Paley qui décrit brillamment ce qu'est la culture, pour dénoncer l'absurdité de ce que sont devenus le droit d'auteur et le copyright et sur ce qu'ils menacent de devenir.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 24. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : Revue de presse.

Manu : Revue de presse : cinq articles principaux.

Mag : On commence par Numéro Magazine, « Portrait de l’artiste en hacker qui détourne les nouvelles technologies », par Ingrid Luquet-Gad.

Manu : Il semblerait qu’au Centre Pompidou ils sont en train de faire toute une exposition, où ils détournent, ils retournent des concepts à partir du hacker notamment. Donc il y a des choses ; il va peut-être falloir qu’on aille jeter un œil.

Mag : France Culture, « Que reste-t-il du logiciel libre ? », par Hervé Gardette.

Manu : Ça reprend toute une interview qu’il y a eue cette semaine avec pyg, le responsable de Framasoft.

Mag : Pierre-Yves Gosset.

Manu : Exactement. Je ne l’ai pas encore écoutée, il va falloir parce que c’est plutôt intéressant il semblerait, d’après ce que j’ai entendu. Et c’est France Culture, donc un gros média quand même.

Mag : RFI, « Software Heritage, la grande bibliothèque du logiciel », par Dominique Desaunay.

Manu : Un grand projet qu’on soutient et qu’on apprécie. Il y a des gens très motivés à l’Inria qui ont décidé de stocker tous les logiciels et notamment les logiciels libres, parce qu’on a légalement le droit de les stocker avec leur code source, pour l’avenir.

Mag : Numerama, « Open source : qui sont les bons élèves et les cancres parmi les géants de la tech ? », par Victoria Castro.

Manu : Ça parle des géants de la tech, c’est-à-dire les GAFA. Là ils en prennent six et ils essayent de lister, de faire un classement des plus sympathiques vis-à-vis du logiciel libre et des plus salauds.

Mag : Tu as dit GAFA.

Manu : Oui.

Mag : Et puis tu dis six ! Alors ?

Manu : N’est-ce pas. Alors ils ont aussi mis Oracle, par exemple, dedans et Microsoft bien sûr. Donc il faudrait voir comment l’acronyme se défend dans ce cas-là.

Luc : Les GAFAMO !

Manu : Un truc dans ce genre. Un truc un peu compliqué.

Luc : Oracle ne rentre pas la catégorie des GAFAM.

Manu : Traditionnellement non. Donc là ils parlent des géants mais, effectivement, Oracle est dans le classement tout en bas.

Luc : Ils vendent du service aux entreprises et des bases de données, etc. Les GAFAM sont plutôt orientées vers le grand public et prennent leurs données. Et Oracle, je pense, se contrefout des données des utilisateurs.

Mag : Mais c’est vrai qu’on a déjà entendu parler d’Oracle qui faisait soi-disant de l’open source et qui bloquait, qui fermait ses logiciels.

Manu : Il semblerait que ce soit considéré comme un trou noir de logiciels libres ; ils en utilisent plein en interne et ils en récupèrent plein, mais ils interdisent à leurs employés, semblerait-il, de contribuer au logiciel libre en tant qu’employés d’Oracle. S’ils veulent le faire, ils le font chez eux avec leurs adresses e-mail personnelles.

Mag : BFMtv, « Pourquoi les mèmes sur Internet sont en danger », par Elsa Trujillo.

Manu : Ça reparle de l’article 13 d’une directive européenne en cours d’écriture. Donc un sujet assez important et l’April est vent debout ainsi que d’autres associations parce que c’est quelque chose qui pourrait vraiment être très embêtant pour tout Internet.

Luc : On en a parlé il y a quelques semaines. Le sujet est vraiment très important et c’est là, d’ici la fin du mois de juin, dans les jours qui viennent, que ça va se voter. Donc il y a dans cette campagne menée par tout un tas d’associations dont l’April, des incitations à écrire aux députés, à leur téléphoner, à les harceler, en leur disant « il faut arrêter les conneries ! » On en a déjà parlé mais on va en reparler cette semaine parce que c’est très important et c’est maintenant qu’il faut se bouger les fesses. Pour un petit résumé, ce projet de loi, là, qu’est-ce que ça va avoir comme conséquences ?

Manu : La plus essentielle c’est celle de mettre en place des filtres automatiques pour que chaque fois qu’on partage sur Internet des contenus, c’est pour ça que les mèmes sont mis en avant dans les articles et dans les médias.

Luc : Les mèmes il faudra nous expliquer ce que c’est pour qu’on comprenne.

Manu : Ce sont des contenus, mais des contenus très viraux qui vont être souvent diffusés entre chacun. C’est un peu du buzz, ce sont tous les petits trucs un petit peu marrants, les petits chatons, les trucs un peu rigolos.

Luc : Ouais. On prend une image un peu connue, on met un commentaire dessus.

Manu : On la détourne.

Luc : On prend un petit GIF animé, une petite séquence vidéo, on la détourne, etc.

Manu : Et donc tous ces mèmes sont super fun, sont super sympas ; ils sont diffusés en grande quantité. Eh bien là, si on met des filtres sur Internet, des filtres automatiques, par exemple sur YouTube et d’autres, eh bien les filtres vont regarder à chaque fois qu’on partage un contenu, ils vont regarder si ça correspond à un contenu déjà existant et protégé par le droit d’auteur et ils vont, en tout cas c’est la proposition, les bloquer.

Mag : Moi j’appelle ça de la censure, quand même !

Manu : Mais c’est carrément de la censure, mais c’est de la censure qui s’appuie sur des règles, sur des lois et sur le droit d’auteur. Les ayants droit ont l’air de pousser vraiment très fort pour que toutes les plates-formes de partage de contenus mettent en place automatiquement ces filtres.

Mag : Mais techniquement c’est impossible !

Manu : Alors même si c’est impossible, ça n’empêche pas qu’ils essayent de le faire.

Luc : Le problème qu’il y a derrière, c’est que c’est un traitement automatique. Donc c’est un filtre. Traditionnellement on a dans notre système juridique des institutions qui sont censées juger si c’est oui ou si c’est non, avec des humains qui sont censés faire preuve d’intelligence.

Mag : Je sens que tu vas parler de faux positifs !

Luc : Je vais parler d’abord de cette notion qu’on évoque très souvent qui est Code is Law, notion visionnaire qui avait été exprimée par Lawrence Lessig, donc un juriste, il y a de ça 20 ans je pense maintenant, à peu près, au moins.

Manu : Oui. Juriste américain.

Luc : 15-20 ans et qui là prend toute son ampleur. C’est-à-dire que peut-être le contenu en question ne méritait pas d’être filtré, mais comme c’est un robot qui l’a fait, de toutes façons ! Pff ! C’est lui qui décide. Donc du coup, on est dans une situation où le filtrage est fait.

Manu : Par l’architecture. La route est bloquée, il n’y a pas même moyen d’essayer, de toutes façons l’architecture bloquerait, en tout cas c’est le but du truc, bloquerait toutes les choses qui contreviennent théoriquement.

Luc : Voilà ! Mag tu avais raison, ce sont bien les faux positifs. Donc ça c’est un vrai souci et, en plus, ça pose un autre problème c’est que s’il fallait, effectivement, à chaque fois qu’il y a un contenu supposé illégal qu’on aille devant le tribunal, ce ne serait matériellement pas faisable.

Mag : Ça encombrerait les cours de justice qui sont déjà bien encombrées et donc, et donc c'est franchement totalement inutile !

Luc : En plus il y en a des milliards, ça coûte quand même de l’argent d’avoir un avocat, donc c’est juste pas possible.

Mag : Ça relancerait les avocats.

Luc : Oui. Alors voilà !

Manu : Ils ont besoin d’être relancés ? C’est nouveau !

Luc : Oui ! Ça les relancerait très fort !

Mag : Non ! Mais du coup, ils se retrouveraient confrontés à des sujets auxquels ils ne sont pas habitués, comme les licences, comme le droit d’auteur, peut-être que ça ne leur ferait pas de mal de poser les bonnes questions.

Manu : On sait qu’il y a des avocats qui sont un peu spécialisés là-dedans. On se rappelle, quand on parlait des brevets notamment, il y avait des gars qui, à chaque fois, mettaient en avant leurs compétences sur le sujet, c’est hyper pointu et ils sont assez rares finalement.

Luc : Le problème c’est que tu ne peux pas faire un procès à chaque fois que quelqu’un envoie un mème ou une image à la con sur Internet.

Manu : Mais si Monsieur ! C’est la loi Monsieur ! En fait, c’est pour défendre les revenus de ces ayants droit, ces pauvres ayants droit.

Luc : Non, non, après tu as des systèmes. Quand tu as trop d’infractions, tu prends par exemple les infractions de la route, il y a un système avec la police, etc., mais il y a quand même des systèmes de contestation. Quand on prend un PV, on peut écrire un recommandé en disant « ah non, vous vous êtes trompés. »

Manu : Mais là tu n’es pas en train d’envisager un système complet. On peut imaginer que ces filtres automatiques aient un petit système pour dire « oui, mais non, vous m’avez bloqué à tort ! »

Luc : Oui.

Manu : Et qu’on puisse essayer de demander à quand même faire passer les contenus qu’on veut diffuser.

Mag : Ça me rappelle une photo qui avait été mise sur un site de réseau social, qui avait été censurée. Je vous rappelle, la photo c’était une petite fille qui levait sa jupe ou sa robe et on voyait un téton. La personne qui l’avait postée ne comprend pas pourquoi on lui a enlevé son contenu, le reposte et se fait bannir !

Luc : On lui dégage toutes ses photos, tout son compte.

Manu : Eh bien effectivement, si le filtre est un peu vache et qu’il y a une plainte, il pourrait te bannir. Après tout ce sont des entreprises privées. Oui, c’est vrai !

Luc : Tous les gens qui se sont fait dégager sur YouTube ou ce genre de choses, quand ils ont dit : « Hé, mais pourquoi ? », il n’y a personne en face. Pas nécessairement. Actuellement, juste maintenant au moment où on enregistre, il y a une histoire super marrante.

Manu : Ah ! De quoi il s’agit ?

Luc : Avec la fondation Blender ?

Manu : Ah ! La fondation Blender ?

Luc : On rappelle : Blender c’est un logiciel libre de 3D1, logiciel fabuleux. Il faudrait qu’on fasse une émission un jour là-dessus.

Manu : Fabuleux mais compliqué !

Luc : Compliqué, mais voilà, vraiment exemplaire dans son développement.

Mag : Ils font de très belles choses Big Buck Bunny, Sintel.

Luc : Ils font des choses superbes. Voilà ! Et ils ont d’autres films et leurs films sont sous licence libre également. Donc c’est vraiment le truc qui est fait pour être partagé, absolument.

Mag : Qu’on ne retrouve pas sur YouTube.

Luc : En fait ils ont leur chaîne YouTube.

Manu : Si, si, ils acceptent !

Luc : Et il s’avère que, aujourd’hui, il y a eu, des trucs qui ont été mis sur Twitter là-dessus par le type qui est à la tête de ce projet, eh bien quand on se connecte sur la chaîne YouTube de la fondation Blender, ils ont peut-être réparé à l’heure à laquelle on enregistre !

Mag : On leur souhaite !

Luc : Ça dit : « Ah ! Vous n’avez pas le droit de voir ce contenu dans votre pays », alors que c’est du contenu sous licence libre et que c’est l’archétype même du truc qui devrait être diffusé partout et jamais bloqué.

Mag : Mais c’est un DRM ça ! C’est un DRM2 qui dit : « Vous n’avez le droit de voir ce contenu dans ce pays-là ».

Manu : C’est une forme de… C’est un blocage.

Luc : Donc là on a la parfaite illustration que de toutes façons ils arrivent.

Manu : C’est un faux positif. C’est normal ?

Luc : C’est un faux positif, et de bonne taille en plus !

Mag : Là c’est extraordinaire ce que nous a fait YouTube : interdire une licence libre, interdire quelque chose qui est fait pour être partagé ! Il faut être très fort !

Manu : Mais en fait on ne peut pas garantir comme cela de base, que des contenus originaux ne vont pas être bloqués par exemple aussi, au nom d’un produit dérivé. Tu pourrais imaginer qu’il y a des gars qui dérivent quelque chose, qui sont très connus et qui vont te faire des blocages, parce que toi tu es l’original mais personne ne le sait.

Luc : On ne peut pas espérer, en fait, qu’un système automatique soit subtil. C’est juste pas possible ! Il y a un autre truc qui est également le fait que sur les liens qu’on peut mettre vers Internet, quand on veut mettre un lien par exemple vers un site ?

Manu : Eh bien normalement il va falloir demander, en tout cas c’est ce qu’ils proposent, il va falloir demander l’autorisation de pointer, de mettre ce pointeur, parce que, effectivement, mettre un pointeur ça peut en soi avoir une valeur pour les ayants droit et ils espèrent, c’est l’idée, en extraire des revenus.

Luc : Donc si tu veux faire un lien sur mon site, tu me payes !

Manu : Exactement ! Et ça c’est un peu la taxe typiquement Google parce qu’ils veulent que Google paye pour référencer tous leurs sites et faire pointer tous les résultats de recherche vers leurs sites.

mag : C’est d’autant plus stupide que si Google doit payer ce genre de choses-là, ils vont tout simplement arrêter de mettre des liens et plus personne n’ira sur leurs sites !

Manu : C’est une possibilité, mais si c’est au niveau européen, est-ce que Google peut se retirer de tout le marché européen et ne pas payer cette taxe ? C’est compliqué.

Luc : Le truc c’est que ça peut toucher n’importe qui. J’ai une page quelque part sur Internet où je mets tous les articles de presse qui m’intéressent. C’est une page qui est publique.

Manu : Eh bien les gens de la presse qui ont ces articles, et c’est l’idée, peuvent te demander de payer parce que tu as mis des liens qui pointent vers eux.

Luc : Voilà ! Tout ce truc-là moi me fait penser à une conférence de Nina Paley et là on sort du domaine de l’informatique pour aller dans le domaine de l’art, qui est une conférence qu’on retrouve notamment sur le Framablog3, le titre est en anglais mais la vidéo est sous-titrée, qui est Make Art Not Law, donc faites de l’art pas la loi et c’est assez brillant. Alors elle est radicale dans sa position, mais elle a tout un développement où elle dit qu’on est des …

Mag : Des machines à information, on récupère de l’information et on transmet de l’information.

Luc : Je ne suis pas sûr qu’elle dise machine mais en gros qu’on process de l’information, qu’à chaque fois qu’elle passe au travers de nous, on la modifie un petit peu et que c’est ça la culture. Et qu’à partir du moment où on a du copyright et des systèmes qui nous interdisent de, eh bien dans ce cas-là, ça bloque ce processus naturel et tout se met à stagner, etc., et donc du coup on arrête de créer, on arrête d’innover. Et que l’on soit dans la culture ou dans l’informatique, c’est cette même idée : dans l’informatique libre c’est qu’on partage le code, on partage la culture. Chacun se l’approprie, se la ré-exprime et c’est parfaitement naturel. Et aujourd’hui, on est dans un mouvement qui veut aller contre la nature des choses. Et du coup c’est très violent.

Mag : Parce qu’en plus, là, on ne parle plus de censure ; on parle d’autocensure : les gens ont peur de faire des choses qui les mettraient face à des ennuis et elle traite les ennuis de violence, d’amendes, de prison, de punition. Elle va assez fort. Elle est contre les licences, elle est contre le copyright. Elle n’est pas pour non plus pour les licences libres parce qu’elle les assimile à juste un combat parallèle au copyright ; elle voudrait juste qu’il n’y ait pas de licences. En gros tout est ouvert, tout est open. Tu dois adorer ça Manu !

Manu : Moi j’apprécie. Je pense que toutes ces règles qui sont des règles dites de propriété intellectuelle, donc le droit d’auteur, les brevets, le droit des marques, le droit des secrets, tous ces trucs-là sont des trucs absurdes qui ont été rajoutés souvent au 19e siècle, dont on paye le prix aujourd’hui. C’est un contrôle qui est vraiment horrible sur la culture complète.

Luc : On rappelle que les licences libres, mises en œuvre par Stallman et les gens avec qui il travaillait au début des années 80, ont été rendues nécessaires par le fait que l’informatique propriétaire est arrivée alors qu’avant c’était des trucs qu’ils partageaient entre universitaires et ils ne s’étaient pas vraiment posé trop la question des licences. Ils partageaient le code et c’était naturel. Donc ils ont été obligés de prendre une sorte de contre-mouvement. Et si le monde était merveilleux, effectivement on n’aurait pas besoin de licences, on partagerait.

Manu : Sachant qu’il y a des petits gars aux États-Unis qui adorent le droit d’auteur au point que, en ce moment même, il y a des discussions pour l’étendre.

Mag : Je ne suis pas sûre qu’ils l’adorent. Je pense qu’ils sont bien payés pour.

Manu : N’est-ce pas !

Luc : Oui. C’est un mouvement de lobbyistes qui disent : « Actuellement le droit d’auteur c’est jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur et en fait, ça ne serait pas mal de passer à 140 ans ! »

Manu : Oui, parce que vous comprenez, l’auteur il en a besoin !

Luc : Oui.

Manu : Pour produire des œuvres c’est nécessaire d’imaginer que 140 ans après la mort de l’auteur il puisse encore, eh bien recevoir l’argent.

Mag : Déjà 70 ans ça me perturbait, mais alors 140 ! Là on est carrément dans du vol public quoi ! On vole le domaine public des œuvres qui auraient dû y monter.

Luc : Jean-Michel Jarre qui, à part faire de la mauvaise musique !

Mag : Ah non !

Manu : Ah ! Tu es dur !

Luc : Si !

Mag : Tu connais les goûts de Luc.

Luc : A été chef d’un machin qui est, en gros, une sorte d’organisation, un petit peu la SACEM mondiale en quelque sorte, en tout cas une organisation qui les chapeaute, où ils discutent entre eux et il a dit : « Mais le domaine public devrait cesser d’exister. On devrait être propriétaire jusqu’à la fin des temps de ces choses-là. »

Mag : Ça me fait saigner les oreilles quand j’entends ça !

Luc : L’argument peut se tenir. Il dit : « C’est à moi ! »

Manu : C’est de la propriété. Dans son esprit, c’est de la propriété.

Luc : Est-ce que quelqu’un vient te voler ta maison ou à tes descendants parce que tu l’as achetée ?

Mag : Oui, mais on ne la démonte pas ta maison quand tu es mort. On n’est pas en train de l’enlever pierre par pierre pour la mettre dans ton cercueil ! Quoi ! Il ne faut pas déconner ! Elle a une vie ta maison, elle a le droit d’évoluer, de changer, de s’améliorer.

Luc : Oui ! Mais l’idée c’est que tu as cette propriété. C’est l’idée qu’il y a derrière et qui est difficile à démonter de dire « il l’a fait, il y a de la propriété, alors pourquoi on lui retirerait, etc. ? »

Manu : Parce qu’une fois qu’elle est dans notre esprit, elle nous appartient aussi. Les idées et les œuvres sont partagées et elles apparaissent comme des copies dans l’esprit de chacun. Et dire que cette copie appartient à quelqu’un d’autre, alors qu’elle est dans mon esprit, moi je suis Nina Paley, je trouve que c’est perdre de la souveraineté de mon esprit.

Luc : D’autant plus que tout ce contenu copyrighté, on n’a, pour une bonne part, pas choisi qu’il rentre dans notre esprit. Et ça, c’est quelque chose qu’elle fait remarquer également qui est très juste.

Mag : Elle parle des chants de Noël. Moi j’ai une autre chanson, Joyeux anniversaire qu’on se chante tous, à toutes les occasions et qui n’est pas dans le domaine public.[Dans le domaine public aux États-Unis et en Europe, suite à une action en justice4, NdT]

Manu : Droit d’auteur !

Mag : Voilà, qui a cette licence-là alors que c’est totalement rentré dans la tradition. Quoi ! Ça appartient au peuple !

Luc : Et puis depuis tout petit on mange ces trucs-là, on ne nous a pas demandé notre avis. Et donc, quelque part, ça doit nous appartenir et ça n’est que de l’information, on le rappelle. La maison, il n’y en a qu’une, elle est localisée, c’est de la matière. Les informations ne disparaissent pas quand on les partage et on ne parle pas du même objet du tout. Et une culture c’est quelque chose de vivant, c’est quelque chose qui s’approprie, qui se « re-digère », et c’est comme ça qu’on fait une société dynamique.

Manu : Et là, le droit d’auteur, ça devient quelque chose qui bloque la culture. Ça veut interdire la transmission au nom du droit ; alors ce ne sont plus les auteurs, ce sont les ayants droit, puisque les auteurs sont morts dans beaucoup de cas.

Luc : Et en plus de ça dans tous les systèmes quand on est dans le domaine de l’art – on ne va pas s’étendre dessus parce qu’on n’est pas experts de toutes façons disent –, mais aujourd’hui le système est très largement cassé ; je veux dire les gens qui écrivent des bouquins n’en vivent pas, à part une poignée de gens. Et pareil dans la musique, il y a une poignée d’élus qui ont gagné au loto.

Manu : Les grandes stars mondiales.

Luc : Et les autres donnent des cours de musique quoi !

Manu : Madonna utilise, j’imagine bien, le droit d’auteur, mais effectivement les petits groupes n’en recevront jamais rien.

Luc : Voilà. C’est l’argument. C’est toujours la création, la création ! Aujourd’hui les artistes tirent la langue très fort.

Mag : Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi les ayants droit réclament autant d’argent et de droits à l’encontre du reste de la population ?

Manu : Parce qu’ils ont l’impression de ne voler personne. Quand on vole le public, ce n’est personne. Il n’y a personne qui défend le public, il semblerait.

Luc : . Pour moi c’est une capitalisation. On est dans l’ordre du capital. C’est que c’est un nouveau terrain où on peut s’approprier des choses. Il y a le bouquin de Piketty Le capital au 21e siècle qui a fait un certain tabac, qui était assez connu et où il dit que le capital a repris beaucoup d’ampleur et qu’on est revenu au niveau qu’on avait au début du 20e siècle. Et pour moi, cette appropriation de la culture fait partie de ce truc-là. Et quand on dit culture, en plus de ça, on n’est pas uniquement dans le domaine artistique : le code c’est de la culture, enfin la technique, ce genre de choses, on n’a pas de valeur à faire, chacun a ses préférences, mais l’idée c’est que collectivement on s’appauvrit et on devient plus faibles quand la culture n’est pas diffusée et partagée.

Manu : Donc au nom du partage, eh bien il va falloir se battre contre cette directive, l’article 13, qui est en train d’être écrite, d’être proposée au niveau de l’Union européenne. Je crois qu’il suffit de la repousser de quelques semaines, parce que la présidence tournante va changer et que c’est la présidence actuelle de l’Europe qui est en train de pousser pour ce genre de directive. Donc juste quelques semaines ça va peut-être suffire à faire que ça tombe à l’as. On peut espérer.

Mag : En tout cas on croise les doigts !

Luc : Donc allez sur le site de l’April, c’est en bannière plein écran april.org5 et prenez quelques minutes de votre temps, au moins pour signer la pétition, éventuellement envoyer un petit mail.

Manu : Amical.

Luc : Amical. Il y a des propositions, des paragraphes proposés et si vous avez du bagout, vous n’avez pas peur du téléphone, appelez votre député !

Luc : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2018

lun, 06/18/2018 - 23:39

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 24

[Numéro Magazine] Portrait de l'artiste en hackeur qui détourne les nouvelles technologies

Par Ingrid Luquet-Gad, le jeudi 14 juin 2018. Extrait:
> Algorithmes, codage, datas, hardware… comment les artistes détournent-ils les nouvelles technologies? C'est la question vertigineuse à laquelle répond une double exposition au centre pompidou, avec l'artiste japonais Ryoji Ikeda en invité d'honneur.
Lien vers l'article original: http://www.numero.com/fr/art/japonais-ryoji-ikeda-portrait-hacker-artiste-invite-honneur-centre-pompidou-nouvelles-technologies

[France Culture] Que reste-t-il du logiciel libre?

Par Hervé Gardette, le mercredi 13 juin 2018. Extrait:
> Microsoft vient de racheter la plateforme de création collaborative de logiciels Github. Est-ce vraiment une bonne nouvelle pour le logiciel libre? Et quelles conséquences pour les utilisateurs? La philosophie du libre a-t-elle gagné ou s’est-elle fait manger?
Lien vers l'article original: https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/que-reste-t-il-du-logiciel-libre

Et aussi:
[ZDNet France] Rachat de GitHub par Microsoft: une victoire pour la fondation Linux

[RFI] Software Heritage, la grande bibliothèque du logiciel

Par Dominique Desaunay, le mercredi 13 juin 2018. Extrait:
> La plupart des activités humaines dépendent exclusivement des programmes informatiques qui permettent, par exemple, aux internautes de consulter leurs réseaux sociaux ainsi que de surfer sur n’importe quelle page web. Des logiciels fragiles qui contrairement aux hiéroglyphes gravés dans la pierre peuvent s’altérer avec le temps et disparaître à jamais. C’est la raison pour laquelle les informaticiens de l'Institut national de recherche en informatique et en automatique ont développé une immense bibliothèque en ligne dénommée Software Heritage.
Lien vers l'article original: http://www.rfi.fr/technologies/20180613-internet-informatique-software-heritage-patrimoine-bibliotheque-logiciel

Et aussi:
[les-infostrateges.com] Software Heritage: une bibliothèque au service de l'archive universelle des logiciels
[Industrie et Technologies] Software Heritage: les logiciels ont leur bibliothèque d'Alexandrie

[Numerama] Open source: qui sont les bons élèves et les cancres parmi les géants de la tech?

Par Victoria Castro, le mardi 12 juin 2018. Extrait:
> Tout le monde dit aimer l'open source, mais qu'en est-il vraiment? Nous avons dressé un classement de 6 géants de la tech, du plus grand sympathisant de l'ouverture au plus propriétaire d'entre eux.
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/politique/328556-open-source-qui-sont-les-bons-eleves-et-les-cancres-parmi-les-geants-de-la-tech.html

[BFMtv] Pourquoi les mèmes sur Internet sont en danger

Par Elsa Trujillo, le lundi 11 juin 2018. Extrait:
> L'article 13 d'un projet de directive européenne sur le droit d'auteur entend limiter drastiquement la réutilisation de contenus protégés.
Lien vers l'article original: https://www.bfmtv.com/tech/pourquoi-les-memes-sur-internet-sont-en-danger-1468454.html

Et aussi:
[Usbek & Rica] Adieu mèmes et parodies? Pourquoi «l’article 13» menace Internet
[RTL.fr] Un projet de loi européen voté le 20 juin va-t-il changer la face du Web?
[Konbini France] Les gifs et les mèmes sont-ils en danger de mort?

Voir aussi
Sauvons le partage de code! Appel à signature de la lettre ouverte «Save Code Share»
Campagne "Save Your Internet" (agir avant le 20 juin 2018)

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Article de Glyn Moody dans « boingboing.net » : Du foutoir, de l'Article 13, et de la déconstruction de mythes

lun, 06/18/2018 - 10:23

Ce texte est une traduction d'un article rédigé par le journaliste Glyn Moody et publié sur le site boingboing.net le 7 juin 2018. Traduction : etienne, Mannik, rms'assist, mo, Maestox, April.

Comme quiconque ayant suivi la triste saga de la réforme du droit d'auteur européen, les éléments-clefs — les articles 3 sur la fouille de texte, 11 sur la « taxe des liens » et 13 sur le filtrage des contenus par des robots censeurs — sont en train de devenir comme le repas du chien dans le proverbe anglais, un foutoir complet. Les critiques justifiées de la proposition législative se sont accumulées à un niveau encore jamais atteint, obligeant les politiciens derrière à des subterfuges répétés. Les arguments successifs contre chacun des trois articles mentionnés ont conduit à ajouter des précisions pour tenter de faire face à ces critiques, mais cela a juste empiré les choses et réduit le texte initial en bouillie, le tuant

Il suffit de regarder la dernière version du texte (PDF, en anglais) en cours de discussion au Parlement européen, dont le rapporteur est le député européen Axel Voss pour la commission au fond JURI (affaires légales) : c'est un ramassis à peine alphabétisé d'idées mal digérées. Et ceci avant que quelques-uns des 1000 amendements (PDF) proposés pour le rapport final de la commission JURI ne soient votés et balancés dans le texte pour le massacrer encore plus.

Les péripéties législatives sont assez normales pour une loi complexe. Ça ne serait pas très grave si (a) le résultat final était bon et (b) le public n'était pas trompé par certaines des affirmations d'un texte en constant changement. Mais incapables de répondre aux critiques fondées à l'égard des propositions, il semble que certains des défenseurs de la directive droit d'auteur essayent de brouiller les cartes. Le plan étant évidemment de dissimuler ce qui se trame réellement – la destruction de l'Internet que nous connaissons dans l'Union européenne — jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour réagir.

Une fois la directive bel et bien finalisée, l'industrie culturelle pourra tranquillement célébrer l'adoption d'une loi qui diminue l'espace public en ligne tout en renforçant les entreprises fainéantes, qui on refusé de rentrer de plein pied dans l'ère numérique. Même lorsque les conséquences néfastes des articles 3, 11 et 13 seront devenues évidentes quand ils seront entrés en vigueur, il n'y a aucune chance que la directive droit d'auteur soit corrigée ou réétudiée avant de nombreuses années. Peu importe que la campagne en faveur de la directive droit d'auteur soit trompeuse voire clairement mensongère : une fois qu'elle sera adoptée, elle sera adoptée.

Ce caractère en pratique irréversible de la loi européenne rend le combat contre les pires éléments de la directive copyright d'autant plus vital. Si nous ne les arrêtons pas maintenant, nous ne les arrêterons jamais. L'action clé est de contacter les euro-député⋅es et de leur expliquer pourquoi les propositions des versions des articles 3, 11 et 13 sont si néfastes, et quelles seront les conséquences pour l'Union européenne et son territoire numérique si ces articles ne sont pas abandonnés ou du moins grandement modifiés.

Déconstruire les mythes, source de désinformation, concernant l'article 13 et les robots censeurs

Le nouveau site SaveYourInternet (Sauvez Votre Internet en français) possède de nombreuses ressources pour aider le public à agir, notamment des outils pour contacter facilement les euro-député⋅es via des courriels, des appels téléphoniques ou des messages Twitter. Ces ressources traitent du fond du problème. J'aimerais ici examiner une partie des mythes qui entourent ce texte, parce qu'ils participent à l'atmosphère toxique de désinformation calculée et pensée pour rendre difficile tout vrai débat concernant la directive droit d'auteur avec les parlementaires.

Le processus législatif européen, et pourquoi nous devons agir maintenant

L'un des problèmes est que la plupart des gens comprennent mal le processus législatif européen. Il ne s'agit pas de critiquer ces personnes : le travail fait par l'UE pour expliquer son fonctionnement a été désastreux. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le grand public ait des difficulté à comprendre comment la machine administrative passe les propositions à la moulinette pour recracher de nouvelles lois.

Par conséquent, les gens ne se rendent sans doute pas compte de l'importance qu'aura au final le texte adopté par [la commission] JURI, qui sera voté à la fin du mois. Actuellement le texte JURI est vraiment similaire à celui du Conseil (PDF, en anglais) arrêté sous la présidence bulgare. Cela signifie que quand la discussion législative entrera dans les négociations appelées « trilogue », en présence des représentants de la Commission européenne, du Conseil et du Parlement européen, le résultat final sera inévitablement très proche du très mauvais texte du Conseil et de la commission JURI.

Il faut que les euro-député⋅es agissent pour les citoyens et citoyennes de l'Union européenne pour introduire des alternatives fortes, particulièrement pour l'article 13 qui est l'article le plus pernicieux du texte actuel. En l'état, la seule solution acceptable est son retrait complet.

Ce n'est parce que vous n'utilisez pas le mot « filtrage » que ce n'est pas du filtrage

Il est frappant que les différentes versions de la directive droit d'auteur ont toutes assidûment évité d'utiliser le terme révélateur de « filtrage ». Mais il est clair, au vu des obligations imposées par l'article 13, qu'un filtrage généralisé et constant est la seule technologie capable de repérer les fichiers que les « entreprises » du droit d'auteur veulent voir retirés automatiquement. Afin d'être sûr qu'il n'y ait pas de copies de contenus [ndt : soumis au droit d'auteur] sur un site, il est évident que chaque téléversement doit être inspecté, comparé à une liste de contenus « interdits », et filtré si nécessaire. Il n'y a tout simplement aucun autre moyen de le faire, donc il est entièrement faux d'affirmer que l'article 13 n'impose pas une obligation de filtrage généralisé aux entreprises. Il le dit clairement, même si pas explicitement. Et un filtrage général et omniprésent c'est de la surveillance et cela mène inévitablement à la censure - c'est pourquoi la proposition de directive évite d'utiliser le terme de « filtrage ».

Cela va beaucoup plus loin que le signalement et retrait

Il y a un autre malentendu à propos des filtres à contenu automatisés. Il arrive que des gens affirment que ces filtres n'ont rien de spécial ou d'onéreux puisque c'est exactement le même système de retrait mis en place par le Digital Millennium Copyright Act (en anglais) aux États-Unis et par la directive e-commerce (en anglais) dans l'UE. Mais la différence cruciale est que ces systèmes ne s'appliquent qu'aux contenus prétendus contrefaits ; la directive droit d'auteur permettrait aux entreprises d'envoyer de longues listes de contenus et de demander que chaque téléversement soit filtré en fonction de ces listes.

Le texte du Conseil rend cela clair : « il pourrait ne pas être proportionné d'attendre des petites et très petites entreprises qu'elles appliquent des mesures préventives, donc dans ces cas ces entreprises ne devraient pas être obligées de promptement retirer des contenus spécifiques non-autorisés après signalement par le titulaire de droit d'auteur ». Les autres entreprises, en revanche, seront tenues d'appliquer des « mesures préventives » — c'est-à-dire de filtrer et retirer préventivement tout ce que l'industrie culturelle aurait envie de lister. Non content d'être une obligation complètement disproportionnée, cela confirme également la nécessité d'opérer un filtrage généralisé des contenus puisque c'est le seul moyen d'espérer atteindre cet objectif.

Il n'existe pas de filtre magique pour tous les types de contenus

Certains affirment que ce massif effort de filtrage de chaque contenu téléversé n'est pas un problème. Après tout, comme certains le font remarquer, Google le fait volontairement pour les contenus téléversés sur YouTube. Cela montre, selon eux, que la technologie existe déjà et donc qu'il est simple de l'étendre davantage. Ce raisonnement ignore un certain nombre de points.

La technologie de filtrage vidéo de Google, Content ID, a nécessité 50.000 heures de codage, et a coûté 60 millions de dollars de développement (en anglais). Ce n'est pas seulement un projet énorme, c'est un projet propriétaire, ce qui signifie que Google ne voudra sans doute pas le partager avec ses rivaux. Et s'il le voulait, ce serait, sans l'ombre d'un doute, au prix de très lourds frais de licence. Si d'autres entreprises voulaient proposer une technologie de filtrage, elles devraient probablement dépenser une somme similaire à celle de Google. Les coûts très élevés et la taille relativement petite du marché pour ces logiciels spécialisés — des solutions complètement distinctes et différentes doivent être développées pour la vidéo, la musique, les images, du texte et le code informatique, rendant un tel investissement encore moins attractif – font que seules des entreprises avec de très grosses trésoreries seraient intéressées.

Par conséquent, ces technologies seraient probablement basées aux États-Unis, comme Audible Magic (en anglais). Cette entreprise offre un système de filtrage pour la musique, et sera en bonne place pour gonfler ses affaires grâce à la directive droit d'auteur. Cela signifie que l'Internet de l'UE serait non seulement censuré de manière automatique par des boîtes noires utilisant des logiciels opaques, mais, qui plus est, les règles qui codifieront cette censure seront probablement décidées par des entreprises américaines. L'UE pense-t-elle vraiment que c'est le meilleur moyen d'encourager une économie numérique locale et innovante ?

Le RGPD est un allié, pas un ennemi

Finalement, une des affirmations les plus absurdes que l'on peut entendre est que l'opposition à l'article 13 n'a rien à voir avec des préoccupations de surveillance et de censure au moment du filtrage des téléversements. Certains disent que c'est plutôt simplement une nouvelle attaque de la part des grandes entreprises américaines qui détestent la manière dont l'UE aborde son rôle de régulateur. C'est particulièrement le cas avec le RGPD (en anglais) qui impose une protection de la vie privée contraignante à des services en ligne qui autrement fonctionneraient en roue libre. S'il est certainement vrai que les services en ligne américains comme Facebook ou Google n'apprécient pas le RGPD et continuent à agir pour qu'il soit interprété de la manière la moins contraignante possible, cela n'a pas de rapport avec la lutte contre l'article 13.

En effet, la constante surveillance requise pour que le filtrage des téléversements puisse fonctionner n'est pas seulement l'antithèse du RGPD, mais est une violation de ses dispositions. L'article 22 du RGPD dispose : « La personne concernée a le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé ». Le filtrage est un processus automatisé qui a d'importantes conséquences négatives pour les citoyens de l'UE, particulièrement en limitant leur droit à la liberté d'expression. Puisque les algorithmes de filtrage ne peuvent saisir la riche complexité des lois de l'UE sur le droit d'auteur — même les tribunaux trouvent ça compliqué — ils sont inévitablement incapables d'assurer la « sauvegarde des droits et libertés et des intérêts légitimes de la personne concernée » comme requis par le RGPD, et ils sont donc illicites au regard de cette loi. Donc, loin d'être une réaction contre le RPGD, l'opposition à l'article 13 agit pour son respect.

S'il vous plaît, essayez de sauver votre Internet

Même si certains des points mentionnés plus haut peuvent paraître triviaux, les discussions au sujet de la directive droit d'auteur en général, et de l'article 13 en particulier, s'articulent très souvent autour de ces points très subtils. La connaissance est une arme et être en mesure de contrer des points tendancieux potentiellement soulevés par les parlementaires européens — que ce soit par calcul ou simplement par défaut d'information — devrait aider à avoir une conversation plus constructive avec eux, et donc une plus grande chance de succès. Essayez s'il vous plaît.

Participez à la campagne Save Your Internet

Decryptualité du 17 juin 2018 - La réforme du droit d'auteur, éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture

lun, 06/18/2018 - 00:50

Écouter ou télécharger le décryptualité du 17 juin 2018 (16 minutes)

    La réforme du droit d'auteur met en danger internet. Décryptualité s'appuie sur la conférence de Nina Paley qui décrit brillamment ce qu'est la culture, pour dénoncer l'absurdité de ce que sont devenus le droit d'auteur et le copyright et sur ce qu'ils menacent de devenir.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 5 juin 2018

jeu, 06/14/2018 - 12:01


Titre : Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 5 juin 2018 sur radio Cause Commune
Intervenants : Frédéric Couchet - Étienne Gonnu - Marc Rees - Léa Chamboncel - Anne-Catherine Lorrain - Marie-Odile Morandi
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 5 juin 2018
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustrations : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site cause-commune.fm. C’est donc parti pour Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April ; d’autres personnes de l’équipe interviendront dans l’émission et nous avons aussi trois invités. Nous allons faire, bien sûr, un tour de table de présentation avant d’aborder les sujets.

C’est notre première émission en direct — la précédente était enregistrée — donc dans les conditions du direct nous comptons une fois de plus sur votre indulgence et bienveillance. Je vous rappelle le site web de l’April, april.org, a, p, r, i, l point org, et vous y trouvez d’ores et déjà une page consacrée à l’émission d’aujourd’hui avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission. Évidemment, cette page sera mise à jour après l’émission s’il manque des éléments.

N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Et nous vous souhaitons une excellente écoute.

On va commencer par un petit tour de table rapide des personnes présentes en studio. Déjà bonjour Léa Chamboncel.

Léa Chamboncel : Bonjour.

Frédéric Couchet : Marc Rees.

Marc Rees : Bonjour.

Frédéric Couchet : Étienne Gonnu.

Étienne Gonnu : Bonjour.

Frédéric Couchet : Et nous allons avoir bientôt Marie-Odile par téléphone, d’Italie, parce que nous allons faire une petite interview, et nous aurons ensuite la chance d’avoir Anne-Catherine Lorrain en direct du Parlement européen, donc de Bruxelles, Anne-Catherine qui travaille pour le groupe des Verts européens.

Je vous rappelle l’objectif de l’émission Libre à vous ! de l’April, qui est principalement animée par l’équipe salariée de l’April mais aussi par des membres bénévoles : cette émission se veut une émission d’explications et d’échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que nous traitons, autour des libertés informatiques et bien sûr, en priorité, le logiciel libre. Nous espérons donner ainsi à chacune et chacun, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux, mais aussi proposer des moyens d’action. Donc aujourd’hui on va vous donner des clefs de compréhension sur la directive droit d’auteur et aussi quelques moyens d’agir. Et une partie de l’émission est également consacrée à nos dossiers de type sensibilisation. Donc aujourd’hui, par exemple, ce sera une interview sur le groupe de travail Transcriptions. Tels sont les objectifs de cette émission qui est une émission mensuelle, diffusée en direct chaque premier mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Et je rappelle le site web de l’April, april.org, sur lequel vous pourrez retrouver une page avec toutes les références.

Maintenant on va passer au programme du jour. Aujourd’hui notre dossier principal est un dossier assez important ; j’en profite pour saluer Oliver Grieco qui est en régie. D’ici une quinzaine de minutes nous allons aborder la révision de la directive sur le droit d’auteur et principalement son article 13 et aussi son article 11 qui pourraient affecter, notamment, les plateformes de développement logiciel mais pas que, globalement qui affectent l’Internet libre et ouvert tel que nous pouvons encore le connaître.

Avant cela, nous allons vous proposer un entretien avec Marie-Odile Morandi qui va présenter le groupe de travail Transcriptions de l’April. Mais juste avant ça, je vais faire trois petites informations.

  • La première : dans la première émission nous avions discuté déjà avec Marc Rees, de Next INpact, du dossier « Open Bar » Microsoft/Défense. On avait cité un documentaire fait par la télévision allemande, qui était disponible uniquement en allemand. Eh bien aujourd’hui, ce documentaire est disponible en anglais. Vous retrouvez la référence sur le site de l’April et on espère que bientôt cette émission sera disponible évidemment en français. Vous y retrouvez notamment des interviews de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam et de mon collègue Étienne Gonnu.
  • Deuxième petite information : cette émission est consacrée au logiciel libre, mais ce n’est pas la première émission de radio qui existe sur le logiciel libre. Donc je voulais saluer l’Echo des gnous qui est une émission consacrée au logiciel libre et à la culture libriste, diffusée depuis 2010 chaque dimanche soir de 19 h à 20 h sur Radio Campus à Lille. Le podcast est disponible chaque semaine. Là, pareil, les références vous les retrouvez sur le site de l’April.
  • Et pour finir, un podcast qui s’appelle Décryptualité, qui est fait par des membres de l’April. C’est un format court, une quinzaine de minutes : chaque lundi trois à quatre personnes se réunissent pour, en fait, essayer de commenter de façon simple et accessible au grand public un sujet d’actualité. Je crois que le dernier sujet c’est le rachat de GitHub par Microsoft. Le podcast est généralement disponible le mardi matin, pareil, sur le site de l’April vous allez voir, vous avez la référence, c’est Décryptualité ; c’est fait notamment par Luc Fievet, Emmanuel Charpentier et Nicolas Vinot [et Magali Garnero, NdT].

Après ces petites annonces on va passer au premier sujet, l’interview de Marie-Odile qui normalement est en direct depuis l’Italie. Marie-Odile est-ce que tu nous entends ?

Marie-Odile : Oui je vous entends parfaitement. Est-ce que vous m’entendez ?

Frédéric : On t’entend parfaitement. Déjà bonjour Marie-Odile. Merci de prendre de ton temps pour répondre à quelques questions. Pourrais-tu déjà te présenter en quelques mots, ton parcours et comment tu as découvert l’April ?

Marie-Odile : Bonjour Frédéric. Bonjour aux auditeurs et aux auditrices de l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune. Je peux me présenter. Je suis Marie-Odile Morandi. J’ai enseigné pendant de nombreuses années au lycée Stendhal de Milan qui est un des lycées français à l’étranger ; j’enseignais la technologie au niveau du collège. Actuellement je suis à la retraite et, pour ne pas laisser mes neurones en jachère, je participe activement au groupe Transcriptions de l’April.

J’ai découvert l’association en 2009-2010 en furetant sur le réseau. Bien entendu ce que j’ai lu m’a plu. J’ai voulu apporter ma pierre, participer, m’impliquer, et mon choix s’est porté vers le groupe Transcriptions puisque c’est là que je me sentais le plus à l’aise pour agir avec l’April.

Frédéric : Merci Marie-Odile pour cette présentation. Tu vas nous permettre de faire découvrir ce groupe Transcriptions qui semble effectivement animer ta passion. Depuis quand ce groupe existe-t-il et puis quels sont les objectifs de ce groupe Transcriptions ?

Marie-Odile : En faisant des recherches, j’ai trouvé que le groupe existe depuis 2006. Personnellement j’avais commencé à participer de façon ponctuelle depuis 2011, puis de façon de plus en plus intensive — bien entendu la retraite arrivant — et en 2015 j’ai accepté d’animer ce groupe. Actuellement on compte à peu près 80 inscrits sur la liste de discussion dédiée.

Pourquoi un groupe Transcriptions à l’April ? Personnellement j’adhère à l’idée que sur le Web, désormais, on trouve de nombreuses conférences, de nombreuses émissions qui traitent de logiciel libre, de libertés informatiques en général, et j’ai toujours pensé qu’il était vraiment dommage de n’y avoir accès que sous la forme audio ou vidéo. Donc la mission que s’est fixée le groupe Transcriptions c’est de repérer sur le Web, justement, ces enregistrements, ces vidéos de conférences, d’interviews, qui traitent évidemment des thèmes chers à l’April, afin de mettre noir sur blanc, d’écrire tout ce qui se dit, tout ce qu’on entend : on obtient un texte de cet enregistrement, on obtient un fichier texte et à partir de ce fichier texte on crée un fichier HTML qui est ensuite publié sur le site de l’April.

Frédéric : D’accord. C’est une bonne présentation effectivement ; qu’on comprenne bien l’objectif de ce groupe, je crois me souvenir qu’il y a trois mots-clefs dans le groupe de travail, c’est indexation, réutilisation et accessibilité. Est-ce que tu peux entrer un peu plus dans le détail là-dessus, s’il te plaît ?

Marie-Odile : Tout à fait. Ce sont les trois mots-clefs qui sont utilisés dans le groupe Transcriptions ; ce sont les finalités du groupe. Le premier mot-clef c’est le mot indexation. Je pense que les choses s’améliorent en utilisant des moteurs de recherche, mais il reste quand même de temps en temps difficile de retrouver un enregistrement, une vidéo ; on se souvient que ça existe, on a des difficultés à retrouver, alors que le texte, grâce aux mots-clefs, sera plus facilement repéré, indexé par les moteurs de recherche. Donc il faut retenir ce premier mot : indexation.

Le deuxième mot à retenir, c’est le mot réutilisation. En fait, les transcriptions sont publiées sous une licence qui est la licence Verbatim. Verbatim, ça signifie que les propos des conférenciers et des conférencières sont reportés très fidèlement. Donc grâce à ce travail de transcription fidèle, en cas de nécessité, on pourra retrouver exactement les propos qui ont été tenus lors de cette conférence par les intervenants et les intervenantes et on pourra les réutiliser sans trahir leur pensée et, bien entendu, en citant la source exacte puisque c’est ce qu’on nous demande, de citer les sources exactes dès qu’on avance quelque chose. Donc le deuxième mot à retenir c’est le mot réutilisation.

Et puis, bien entendu, le troisième mot qui est peut-être le plus important c’est le mot accessibilité. Une cible importante de nos transcriptions ce sont les personnes handicapées, porteuses de handicap, et des observateurs affirment que chacun d’entre nous, nous ferons partie un jour ou l’autre de cette catégorie de personnes. Je pense en particulier aux personnes malentendantes, aux personnes sourdes. Il y a une autre chose aussi, quand on réalise une transcription, c’est qu’on essaye, en plus de reporter les paroles des intervenants, on essaye d’indiquer entre parenthèses, entre guillemets [entre crochets, Ndt] ce qui se passe : soit ce qu’on entend, soit ce qu’on voit en regardant la vidéo. Par exemple une personne qui élève le ton ; par exemple une personne — ça m’est arrivé il y a quelque temps — qui imite la voix d’une autre personne ; quand on regarde la vidéo, on peut voir les mimiques des personnes, leur gestuelle. Et tout cela, on essaye de le reporter pour renforcer les propos, pour bien comprendre les idées que les orateurs veulent transmettre. Donc c’est un plus qui est offert par la transcription et là, je pense particulièrement aux personnes non-voyantes ou aux personnes aveugles.

Donc effectivement accessibilité, réutilisation et indexation, ce sont les trois maîtres mots du groupe Transcriptions.

Mais on a aussi des retours, par exemple de personnes qui ont un temps très restreint disponible pour regarder des vidéos, qui savent qu’une vidéo est disponible sur le réseau mais qui n’ont pas le temps de la regarder. Alors on a eu des retours de personnes qui nous disent : « C’est bien les transcriptions parce que comme ça je lis en lecture rapide ; si ça m’intéresse j’approfondis ; si ça ne m’intéresse pas, si je connais le sujet, eh bien je passe à autre chose ». Donc c’est un plus aussi pour les personnes qui sont dans le plein de leurs capacités. Je vais rajouter quelque chose qui est peut-être quelque chose de personnel.

Frédéric : Vas-y Marie-Odile.

Marie-Odile : Toutes ces finalités que je viens d’énoncer concernent les autres, si on peut dire. Je pense que dans ma vie je n’ai jamais fait des choses qui ne me plaisaient pas et si je continue à transcrire c’est parce que j’éprouve aussi une certaine satisfaction : quand on commence une nouvelle transcription, on a une feuille blanche et puis, petit à petit, on commence à la remplir, on s’imprègne de la pensée des orateurs, on approfondit ; c’est en quelque sorte une communication avec les personnes qui interviennent ou l’orateur si c’est une personne seule qui fait une conférence. Peut-être que c’est un cas particulier des participants au groupe Transcriptions, mais je pense que mes prédécesseurs éprouvaient la même satisfaction.

Frédéric : C’est une explication très claire à la fois sur l’intérêt pour les autres et pour ceux qui participent au groupe Transcriptions. Je te remercie. D’ailleurs je précise que la transcription de la première émission de Libre à vous ! sera bientôt disponible. Tu parlais du groupe de travail Transcriptions, comment ce groupe fonctionne ? Combien de temps prend une transcription mais aussi une relecture, parce qu’une contribution possible c’est une relecture ? Est-ce que tu peux nous expliquer, en quelques mots, comment fonctionne ce groupe et combien de temps prend une transcription ou une relecture ?

Marie-Odile : Le groupe fonctionne en utilisant deux outils principaux qui sont la liste de discussion Transcriptions sur laquelle il faut s’inscrire, et puis le wiki sur lequel il faut créer un compte pour pouvoir communiquer une information. Le wiki est un emplacement du site de l’April ; les liens seront indiqués, ils sont peut-être déjà indiqués sur le document qui sera en ligne.

Frédéric : Ils le sont déjà !

Marie-Odile : Donc sur le wiki, vous vous connectez, vous créez une page de la nouvelle transcription et puis on peut insérer des informations en respectant la syntaxe dans les diverses rubriques du wiki. Les diverses rubriques c’est : suggestions, en cours, à relire ou publié.

Évidemment, quand on commence une nouvelle transcription, il est de bon ton d’avertir, d’envoyer un message sur la liste de discussion ; ce message sera distribué à tous les colistiers et toutes les colistières. Il est de bon ton de l’indiquer aussi sur le wiki. Voilà la façon dont le groupe fonctionne.

Quand la transcription est terminée, même chose : un message est envoyé à la liste de discussion et un message est envoyé aux intervenants et aux intervenantes pour les avertir de l’existence de cette transcription et pour leur demander l’autorisation de publier ultérieurement la transcription finalisée sur le site de l’April.

Une fois que la transcription est faite premier jet, le texte doit être relu, avec et sans le son, pour corriger la grammaire, l’orthographe, corriger les mots redondants qui sont utilisés par certains intervenants parce qu’on a tous quelques habitudes, on répète plusieurs fois les mêmes paroles, donc tout ce qui est en double est supprimé. Puis des liens vers des sites qui permettent de compléter les propos de l’orateur sont insérés. Ensuite la transcription est finalisée, comme vous dites à l’April « drupalisée », une illustration est ajoutée et la transcription, c’est-à-dire un fichier HTML, est publiée sur le site de l’April.

Les relectures prennent aussi du temps parce qu’il faut effectivement tout contrôler, s’assurer qu’il n’y a aucune erreur, s’assurer que l’orthographe et la grammaire sont correctes.

Combien de temps prend la transcription premier jet ? Cela est difficile à dire, parce que ça dépend de l’orateur, ça dépend de sa vitesse d’élocution, ça dépend aussi de la qualité de l’enregistrement et puis, concernant le transcripteur ou la transcriptrice, ça dépend aussi de la connaissance que la personne possède du sujet qui est traité. Si on compte, une heure d’enregistrement, effectivement, peut nécessiter plusieurs heures de transcription pour le premier jet et après on passe à la relecture.

Frédéric : OK, c’est très clair. Quand tu parlais de « drupaliser », à l’April ça veut simplement dire, en fait, que le gestionnaire de sites qu’on utilise c’est Drupal ; donc c’est publier sur le site de l’April de façon officielle la transcription, je le précise pour les personnes qui écoutent. Dernière question maintenant que tu as fait partager effectivement l’intérêt des transcriptions à la fois pour les personnes qui vont lire et pour les personnes qui font les transcriptions, comment une personne peut contribuer à ce groupe Transcriptions ?

Marie-Odile : Pour contribuer, il faut déjà savoir qu’il n’est pas nécessaire d’adhérer à l’April : n’importe qui peut contribuer. Par exemple nous avons beaucoup d’intervenants, quand ils reçoivent le message que la transcription existe, avec le lien, ils se créent un compte, ils font les corrections qu’ils jugent nécessaires. Donc il n’est pas nécessaire d’adhérer à l’April.

Une première participation qui peut-être très simple et qui n’engage pas beaucoup la personne : récemment on a quelqu’un qui a indiqué une conférence qu’il appréciait et pour laquelle il aimerait pouvoir lire la transcription. Donc voilà une forme de participation qui est tout à fait simple et qui n’engage pas beaucoup mais enfin, qui pour nous est utile, parce que de temps en temps on peut manquer quelques vidéos qui seraient intéressantes pour les thèmes traités par l’April et puis ça encourage aussi à poursuivre le travail parce que ça veut dire qu’on est suivis.

Si on veut s’impliquer de façon un petit peu plus approfondie, je pense que la première chose à faire c’est de visiter la page wiki du groupe ; les adresses vous seront indiquées. Peut-être commencer par une relecture pour se mettre un petit peu dans le bain ; vous vous rendez à l’onglet correspondant, vous faites votre choix. On a un relecteur, il y a quelque temps, qui a envoyé un message ensuite disant : « J’ai relu ! C’était passionnant ! ». Tout le monde devrait pouvoir se passionner pour des relectures !

Si vous voulez vous impliquer davantage, vous pouvez vous inscrire à la liste de discussion, vous faire connaître, poser des questions, on y répondra — si vous en avez — et puis vous lancer, commencer un enregistrement de votre choix.

S’il y a des gens qui sont intéressés, qui se sentent motivés, on avait essayé aussi d’insérer des sous-titres. De toutes façons il faut d’abord que la transcription soit faite pour ensuite commencer à insérer des sous-titres sur des vidéos sur lesquelles il est permis de le faire.

Bon ! Si des personnes sont intéressées, n’hésitez plus, rejoignez-nous, nous vous attendons avec plaisir.

Frédéric : Écoute, j’espère que plein de personnes vont répondre à cet appel. Je précise que les références que tu as citées, notamment la page wiki sur laquelle il y a les transcriptions en attente et la liste de diffusion pour s’inscrire, sont sur le site de l’April dans la page citée en référence. Merci Marie-Odile pour toutes ces explications et aussi je te remercie du fond du cœur pour toutes ces transcriptions et je crois que toutes les personnes qui ont été transcrites par ce groupe et par toi te remercieront. À bientôt Marie-Odile.

Marie-Odile : Au revoir à toutes et à tous. À la prochaine.

Frédéric : N’hésitez pas, surtout, à rejoindre ce groupe Transcriptions. Avant d’aborder le sujet de la directive droit d’auteur, on va faire une petite pause musicale. Et c’était un oubli lors de la première émission, parce que je tenais absolument à ce qu’il y ait un morceau de Rico da Halvarez qui est un compositeur et artiste bordelais qui, notamment, est l'une des personnes à l’origine du site Musique-libre. Donc on va passer un de ses morceaux, assez ancien, qui s’appelle Complete lobotomy et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune 93.1 – La voix des possibles

Pause musicale : Complete lobotomy par Rico da Halvarez.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – Partage ta radio

Frédéric : Vous êtes de retour sur Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur cause-commune.fm. Vous venez d’écouter notre ami Rico da Halvarez avec son morceau Complete lobotomy et la référence est évidement sur le site de l’April. Nous allons passer au deuxième sujet, on va dire le gros sujet du jour, qui est la directive droit d’auteur et notamment les article 13 et article 11. Ça va me donner l’occasion de refaire un tour de paroles des personnes présentes. Donc Léa Chamboncel vous êtes de la campagne Create.Refresh. En une phrase Create.Refresh ?

Léa Chamboncel : En deux mots, ouais, tout à fait.

Frédéric : Mais en une phrase, la description ?

Léa Chamboncel : Alors deux mots : Create.Refresh et en une phrase la description. En gros, Create.Refresh c'est un mouvement de promotion de la liberté de création sur Internet, qui donne la voix aux auteurs et aux créateurs qui se servent de l’outil internet, de pouvoir parler un peu de ce qu’ils aiment faire sur Internet, de pourquoi Internet est un outil fondamental pour eux et comment il faut conserver cet Internet libre et ouvert pour qu’ils puissent continuer à travailler correctement et à partager leurs créations.

Frédéric : D’accord. Merci Léa. Donc Marc Rees, toujours rédacteur en chef de Next INpact ?

Marc Rees : Aux dernières nouvelles oui.

Frédéric : Donc en une phase, Next INpact ?

Léa Chamboncel : En deux mots !

Marc Rees : Next INpact, en deux mots et une phrase. C’est un site d’actualité qui existe depuis bien longtemps, qui est totalement indépendant et autofinancé avec l’aide des lecteurs. Moi, de part ma formation, je suis spécialisé dans le droit des nouvelles technologies et la question de la responsabilité des intermédiaires techniques, qui est le cœur de l’article 13 justement, qu’on va dérouler tout à l’heure, fait partie de mes sujets de prédilection.

Frédéric : D’accord. Normalement nous avons au téléphone Anne-Catherine Lorrain qui est conseillère politique à la commission parlementaire affaires juridiques au Parlement européen pour le groupe des Verts européens. Anne-Catherine, est-ce que tu es en ligne ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui, je suis là. Bonjour à tous.

Frédéric : Voilà. La description que j’ai faite est exacte ?

Anne-Catherine Lorrain : C’est bien, parfait ; ça me va.

Frédéric : OK. En tout cas merci de ta présence depuis Bruxelles.

Anne-Catherine Lorrain : Merci à vous, avec plaisir.

Frédéric : Et pour finir mon collègue Étienne Gonnu qui est chargé de mission affaires publiques à l’April et qui va faire, on va dire, l’introduction, le délicat travail d’introduction sur ce sujet de la directive droit d’auteur et des article 13 et article 11.

Étienne : Tout à fait. Bonjour à tous à nouveau. Effectivement, en octobre 2016, donc il y a près de deux ans maintenant, la Commission européenne révélait son grand projet de réforme du droit d’auteur dans le cadre de ce qu’on appelle le paquet pour un marché unique numérique.

La réforme était attendue. Il faut quand même avoir à l’esprit que la directive précédente, qui est toujours en vigueur, date de 2001, donc dans un contexte technologique très différent : il faut quand même avoir à l’esprit qu’en 2001 YouTube et Facebook n’existaient pas encore, donc un contexte technologique très différent. Donc réforme très attendue mais malheureusement, loin de proposer une réforme très ambitieuse qui adapterait le cadre juridique aux nouveaux usages, une réforme qui serait issue d’un large débat de fond, ouvert, sur des perspectives nouvelles, qui sortirait finalement des représentations du siècle dernier, qui nous sortirait de cette distinction devenue obsolète entre création et consommation passive de contenus, le texte de la Commission entend créer des rustines finalement, des rustines juridiques au texte de 2001, pour contenir voire contredire les évolutions techniques de ces dernières années et les usages qui se sont construits autour.

On verra d’ailleurs que quasiment toutes les voix qui se sont élevées depuis, des voix d’associations, du secteur académique, d’entreprises, ont globalement été copieusement ignorées.

En gros et en caricaturant un peu, à peine, le texte propose d’escamoter tout ce qui fait d’Internet un réseau libre et ouvert, neutre et a-centré, pour en faire un espace d’échange marchand des informations et du savoir, construit autour de silos bien identifiés, contrôlés par l’industrie culturelle et des grands groupes de presse. Tout cela évidemment présenté comme étant l’unique manière de protéger les auteurs et la liberté de la presse.

Là, je dessine volontiers à gros traits, mais le danger est bien réel, d’où la nécessité d’une mobilisation large et importante.

Concrètement, ce que je décris se traduit dans la proposition de directive par deux points en particulier qui sont donc l’article 13 et l’article 11.

L’article 13, qui concerne plus directement le logiciel libre – on y reviendra plus en détail –, mais en somme, il s’agit de rendre les plateformes responsables des contenus que leurs utilisateurs et utilisatrices vont mettre en ligne et, pour ce faire, de leur imposer la mise en place de filtres automatisés, enfin de la censure en somme.

L’article 11, quant à lui, veut donner un droit d’auteur aux éditeurs de presse pour leur permettre de faire payer, voire d’interdire, pourquoi pas, les liens vers leurs articles. On parle souvent ici d’une taxe sur les liens, de Tax Link, pour décrire cette idée. Ceux qui suivent peut-être ces sujets sauront qu’en Allemagne et en Espagne ils ont tenté le coup et ça a été catastrophique, pour la presse d’ailleurs en particulier.

Dans les deux cas on voit que la cible c’est bien notre capacité collective à partager, à diffuser, voire à modifier et à contribuer à l’information, au savoir dans toutes ses formes.

Je pense qu’il serait intéressant de savoir comment on est arrivé là et comme on a la chance d’avoir quelqu’un qui travaille directement sur ces sujets dans le cadre du Parlement européen, je pense que…

Frédéric : Tout à fait, effectivement. Pour résumer, en fait l’article 13 c’est le filtrage des contenus, la mise en place de filtrages de contenus, et l’article 11 c’est l’instauration d’un droit voisin pour les éditeurs de presse. Effectivement, nous avons la chance d’avoir Anne-Catherine Lorrain au téléphone qui suit ces dossiers depuis longtemps, donc en direct du Parlement européen. Anne-Catherine est-ce que tu peux revenir un petit peu sur le contexte de cette réforme ? Le rapport de Julia Reda en 2015, la proposition de la Commission et puis où on en est actuellement au niveau du Parlement européen ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui. D’abord je serais peut-être un petit peu moins sévère vis-à-vis de la Commission parce que, déjà, ils proposent une directive qui est l’un des axes législatifs les plus généraux, disons, que l’Union peut produire. Vous savez peut-être que parmi tous ses actes législatifs, la Commission peut proposer une directive ou alors un règlement par exemple ; la directive étant l’acte le plus général et les États membres ont beaucoup de liberté quant à l’application de cette directive qui consiste, en fait, en des grandes lignes générales.

Donc je serais un petit moins sévère parce que la Commission, ayant l’initiative législative, ils ont quand même osé proposer certaines choses qui n’étaient pas du tout courantes en droit d’auteur au niveau européen comme le text data mining, la fouille du texte des données ; ils ont osé aborder l’activité des institutions culturelles, la préservation du patrimoine numérique, qui étaient quand même des sujets très peu abordés jusqu’à présent. L’article 13, on est d’accord, c’est quelque chose d’extrêmement sensible et qui nous cause beaucoup d’arrachage de cheveux en ce moment dans les négociations internes au Parlement, mais tout n’est pas si négatif que ça.

Pour revenir sur le calendrier un petit peu. En 2001, la Commission avait proposé sa directive sur le droit d’auteur dans la société de l’information, c’était le titre, qui, pour la première fois adaptait les règles du droit d’auteur qui existaient dans les différents États membres à la dite société de l’information. À l’époque, on parlait plus de ça que du numérique ou du digital. Et avant cela, dans les années 90, il y avait eu plusieurs instruments législatifs qui abordaient différentes thématiques du droit d’auteur comme le droit de location et de prêt, la câblodistribution câble et satellite d’œuvres du visuel, la durée des droits voisins, ce genre de choses. Depuis 2001, c’est sûr qu’il y avait un fort besoin d’adaptation ; la société de l’information a beaucoup évolué depuis 2001 comme vous le savez très bien.

En 2015 j’étais à l’époque assistante parlementaire de Julia Reda et donc j’ai beaucoup travaillé sur son rapport qui n’était pas un rapport législatif à proprement parler. Il s’agissait d’un rapport, en fait, qui donnait de la part du Parlement des objectifs dirigés vers la Commission, dont on savait qu’elle allait proposer des pistes législatives très bientôt. On ne savait pas quand ce serait, mais c’était une espèce de rapport parlementaire intermédiaire pour inciter la Commission à explorer certaines pistes dans sa prochaine révision du droit d’auteur à l’ère numérique. C’était très difficile parce que, déjà, le fait que Julia Reda ait eu le rapport c’est quelque chose d’un peu inespéré. La seule députée Parti pirate du Parlement européen ! C’était un peu un cadeau empoisonné. « OK ! Elle veut le rapport sur le droit d’auteur, on lui donne, bon courage ! » Et effectivement, ça a été difficile, mais Julia Reda est quelqu’un d’extrêmement compétent et qui a brillamment réussi, quand même, à avoir un rapport sur lequel elle a pu garder son nom. Il y avait des déceptions, il y a eu des compromis un petit peu difficiles à concéder, néanmoins on était assez satisfaits du résultat.

Vous vous rappelez peut-être qu’il y avait un aspect qui avait occupé les premières lignes de la presse, c’était la dite liberté de panorama, Freedom of Panorama  ?

Frédéric : Tout à fait.

Anne-Catherine Lorrain : C’est-à-dire la liberté, enfin liberté ! la clémence, si on veut : on autorise les utilisateurs à publier en ligne des photos d’œuvres qui sont présentes dans l’espace public, typiquement une photo de la Tour Eiffel. Mais, en France, la photo de la Tour Eiffel la nuit est soumise en fait à des droits d’auteur. Donc en principe vous n’avez pas le droit de mettre en ligne cette photo de la Tour Eiffel qui s’illumine la nuit ; en Autriche c’est autre chose, en Allemagne c’est autre chose, sur d’autres genres d’œuvres, dans tel espace public. Donc il y avait un besoin d’harmoniser et de créer une exception au droit d’auteur pour cet usage particulier. Alors que c’était un aspect très petit, finalement, de ce qu’on proposait ou des exceptions au droit d’auteur en général, mais ça a attiré beaucoup l’attention du public et de la presse – c’était très bien d’ailleurs – et c’est passé à la trappe, en fait, au niveau du vote final du rapport. Il y a eu une consultation publique ensuite de la Commission qui a vu que le sujet intéressait beaucoup de monde. Beaucoup de réponses publiques ont été reçues par la Commission, mais la Commission a décidé de ne pas aborder le sujet ; donc, comme vous le savez, ça ne fait pas du tout partie de sa proposition de directive. Et ça c’est très critiquable parce que c’était dans la version du rapport de Reda du Parlement en 2015 jusqu’à ce que ça tombe à la trappe au dernier moment, et il y a eu beaucoup de réponses à la consultation publique ; donc ils savaient très bien qui c’était un sujet crucial. Donc au niveau du Parlement, maintenant, on va peut-être essayer de le réintroduire, dans des compromis alternatifs par exemple.

Frédéric : D’accord. Ça c’était pour la liberté de panorama et pour le reste, donc, des sujets qui nous intéressent, finalement qu’est-ce qu’il y a dans la proposition de la Commission et où en on est d’un point de vue parlementaire pour savoir, justement, à quel niveau on peut agir ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui. Déjà, pour vous situer un peu au niveau de la procédure : le Parlement doit de toutes façons être impliqué dans la procédure législative quand il s’agit de directive, c’est la procédure législative ordinaire et la Commission des affaires juridiques est compétente au titre du droit d’auteur d’emblée, d’office. Donc la commission dite JURI doit faire un rapport législatif et le rapporteur sur cette directive est, en fait, désigné en fonction du poids politique, plus ou moins ; c’est un peu négocié. Donc là il s’agit d’un rapporteur, monsieur Voss, qui est du parti le plus important, le plus gros au Parlement, qui s’appelle le PPE, plutôt de droite.

Frédéric : Parti populaire européen.

Anne-Catherine Lorrain : Voilà c’est ça, Parti populaire européen. Ensuite, chaque groupe politique existant au Parlement doit désigner un rapporteur fictif qui va discuter : chacun de ces rapporteurs fictifs va discuter avec le rapporteur des amendements de compromis. On dépose tous des amendements sur la proposition de rapport de monsieur Voss, en l’occurrence, et ensuite monsieur Voss doit organiser des réunions. Là on en a eu peut-être dix ou quinze, déjà, dont peut-être cinq uniquement sur l’article 13 pour discuter de compromis, savoir comment on peut se mettre d’accord étant donné tous les amendements que chacun a déposés. Le rapporteur fictif, pour le groupe des Verts, c’est Julia Reda et on est donc impliqués dans chacune de ces réunions de compromis.

D’autres commissions parlementaires peuvent aussi donner un avis. Par exemple on a la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs, IMCO, qui d’habitude intervient sur tous les dossiers législatifs qui concernent le marché intérieur, le marché unique numérique en général, et on a obtenu, sous notre impulsion disons, qu’ils aient une compétence partagée sur l’article 13, parce qu’on savait que la commission IMCO est un petit peu plus raisonnable sur ces questions, plus pratique, moins dogmatique et moins conservatrice que la commission JURI. Étant donné cette compétence partagée sur cet article et sachant que l’avis IMCO, en fait, est positif sur cet article 13, c’est tout à fait acceptable le compromis qui a été adopté, on essaye de forcer le rapporteur à le prendre dûment en compte et la commission IMCO a le pouvoir, en vertu des règles parlementaires, de pousser pour l’adoption de son propre compromis en déposant des amendements au niveau de la plénière. Parce que le 21 juin, on va voter en commission des affaires juridiques et ensuite, plus tard, on votera en plénière. C’est-à-dire c’est tout le Parlement en son entier, à Strasbourg, qui votera le texte final ; ce sera la position du Parlement, finale.

Mais avant cela, entre le vote de la commission JURI et ce vote final, il y a ce qu’on appelle des négociations de « trilogue » qui vont prendre place. Il s’agit, comme le nom l’indique, « trilogue », de trois institutions qui discutent autour d’une table au niveau le plus haut politique et aussi au niveau technique, tout le staff, donc j’en ferai partie, entre Commission, Conseil et Parlement.

Frédéric : Donc le « trilogue » c’est Commission, Conseil et Parlement européen.

Anne-Catherine Lorrain : Oui, c’est ça. Sachant que ce triptyque, là, il existe d’emblée : la Commission fait sa proposition en ayant déjà un peu parlé avec certains parlementaires, en sachant déjà un peu la position de certains États membres. Et le Conseil fait pression aussi. Vous avez entendu parler que le COREPER, c’est-à-dire le conseil des représentations permanentes : tous les représentants des gouvernements nationaux compétents sur le droit d’auteur, en l’occurrence, se réunissent régulièrement et ils sont parvenus à produire une position commune le 25 mai et là, ça nous met une pression supplémentaire, surtout au rapporteur parlementaire monsieur Voss qui sait que le Conseil est prêt. Et pour nous aussi c’est très utile parce qu’on sait où on peut aller dans les compromis parlementaires en ayant une idée un peu de levier de négociation qu’on peut avoir avec le Conseil. Donc c’est une très bonne chose qu’ils soient arrivés à une position commune déjà.

Frédéric : D’accord. Merci Anne-Catherine pour cette introduction. On va revenir, évidemment, sur ce qui va passer en JURI et au niveau du « trilogue » ultérieurement. Je vais repasser la parole rapidement à Étienne et puis à Marc Rees pour entrer un peu plus dans le détail de la menace que fait peser l’article 13 plus globalement sur Internet. Donc Étienne.

Étienne : Oui. Donc l’article 13 ! L’article 13 qu’est-ce qu’il raconte ? Déjà il faut voir effectivement, comme Anne-Catherine le disait, qu’il y a plusieurs textes qui sont parallèles ; donc le but final ça va être de trouver le compromis entre ces différents textes dans le cadre du « trilogue ». Il y a des variations, mais la dynamique, finalement, reste la même.

Déjà c’est quand même plutôt un texte assez technique, je trouve, et il n’est pas forcément évident, en première lecture, d’en comprendre les tenants et les aboutissants. En gros, je parle sous le contrôle d’experts, j’ai cette chance-là, dans un premier temps je pense qu’on peut voir qu’il y a plus ou moins une obligation pour les plateformes de partage de contenus de passer des accords avec ce qu’on appelle les titulaires de droit, autrement dit, finalement, les sociétés de gestion de droits d’auteur, type SACEM, pour parler par exemple d’une des plus connues – au passage on pourra noter qu’à priori ça renforcera ce modèle en renforçant la position de ce genre de structures – et des accords dont le but sera, quelque part, de gérer l’utilisation des œuvres soumises au droit d’auteur qui sont dans l’escarcelle de ces sociétés de gestion.

Et dans un deuxième temps, pour assurer que ces accords se passent bien ou, si aucun accord n’est obtenu, que ça se passe bien aussi du point de vue des sociétés de gestion, eh bien obliger ces dites plateformes à mettre en place des filtres automatisés, de la censure automatique si on veut, sobrement appelés dans les textes « mesures de reconnaissance de contenus ».

Ce genre de mesures, on en connaît une ; il y en a une qui est en place, qui existe dans YouTube, celle qu’on appelle Content ID. Elles sont très largement décriées déjà parce qu’elles sont très chères à mettre en place, très compliquées à développer et peu fiables. Ne serait-ce qu'intrinsèquement peu fiable parce qu’on imagine bien qu’un algorithme est incapable de discerner ce qui va relever d’une exception autorisée au droit d’auteur, par exemple la parodie pour prendre une des plus célèbres.

Je parlais de Content ID qui est régulièrement pointé du doigt pour ce qu’on appelle les « faux positifs » ; ça veut dire que ça va considérer qu’il y a une violation du droit d’auteur alors qu’il y a une exception légitime qui est en place, et parfois avec des conséquences dramatiques pour les créateurs ou les créatrices. D’ailleurs je pense qu’on peut noter, finalement, un relatif paradoxe d’une directive qui est clairement construite pour s’attaquer aux plateformes, enfin à YouTube, et qui impose finalement des règles pour imposer la mise en place d’un système que YouTube met déjà en place !

En fait, tout ça traduit un vieux rêve des industries culturelles qui est de rendre les intermédiaires techniques responsables des contenus mis en ligne par leurs utilisateurs et utilisatrices. Pour bien comprendre cet enjeu il est utile, je pense, qu’on s’arrête un instant sur une autre directive, la directive e-commerce qui date de 2 000 et qui inscrit dans le droit européen des principes qui paraissent assez sérieusement remis en cause par l’article 13. D’une part, ce qu’on peut appeler l’irresponsabilité par défaut des hébergeurs par rapport aux contenus que leurs utilisateurs mettent en ligne, on parle aussi d'un régime allégé, et une interdiction aux États d’imposer aux hébergeurs une surveillance généralisée des contenus. Marc, je sais que ça fait longtemps que tu travailles ces sujets-là. Est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus ?

Frédéric : Marc Rees, de Next INpact, qui grognait un petit peu, donc on te laisse intervenir.

Marc Rees : Parce que je n’aime la notion d’irresponsabilité parce qu’elle n’est pas exacte, pour ne pas dire fausse !

Frédéric : Marc, fais-nous un petit rappel sur tout ce qui est directive e-commerce, loi dans la confiance sur l’économie numérique, et les industries culturelles que tu fréquentes depuis très longtemps, malheureusement !

Marc Rees : Oui. Pour essayer de résumer les choses. Dans la vraie vie — on va se tutoyer — quand tu fais une bêtise, eh bien tu en es responsable : tu fais une bêtise, tu répares cette bêtise. Voila ! Sur Internet, c’est un peu plus compliqué. Tu peux faire une bêtise sur Internet directement, une diffamation ou autre, à ce moment-là tu assumes tes actes. Quid des plateformes ? Plateformes qui techniquement s’appellent des hébergeurs ou des intermédiaires techniques. Pour prendre des exemples on va parler de YouTube, Facebook, ou alors le petit blog qui a un espace de commentaires, etc. Sur ces espaces-là, on peut faire des bêtises et il y a une alternative qui est assez simple, comment on fait pour traiter cette bêtise au regard de la plateforme ? Il serait inique de déresponsabiliser la plateforme au regard de ces faits illicites, mais il serait tout aussi inique de la responsabiliser directement parce qu’on a un individu, Jean-Kévin, qui a publié des grosses bêtises sur une zone de commentaires ou qui a mis en ligne l’intégrale d’Annie Cordy sur un espace d’hébergement disponible à tous.

Donc le législateur européen, puis le législateur de chaque État membre, a opté effectivement, comme Étienne le disait tout à l’heure, pour un régime qui a été fixé, forgé en 2 000 avec la directive e-commerce qui fonctionne comment ? Eh bien le principe c’est que, par défaut, les plateformes ne sont pas directement responsables des bêtises commises par les internautes ; c’est-à-dire je mets en ligne un fichier illicite, par exemple sur une plateforme quelconque, mais si la plateforme en question est alertée de la présence de ce fichier et qu’elle ne fait rien, à ce moment-là celle-ci rentre dans la boucle de la responsabilité. Donc voilà ! C’est un régime qui est tout en finesse, qui a généré une épaisse jurisprudence.

Effectivement ça remonte à 2 000, mais on a plein de lois qui sont très anciennes, qui sont toujours d’actualité, donc ce n’est pas forcément problématique. Ça a généré une épaisse jurisprudence mais avant tout, là-dessus, je pense qu’il faut souligner un élément ultra-important, c’est que cette responsabilité conditionnée des intermédiaires techniques qu’on utilise tous les jours, tous les jours, que ce soit des plateformes d’hébergement de code, de vidéos, de musique, de texte, ou des zones de commentaires, des tweets, des messages Facebook, donc tout ce régime-là a été charpenté pour protéger une chose, c’est avant tout la liberté d’expression. Parce que imaginez bien que si vous responsabilisez directement un petit acteur comme un géant, les fameux GAFA, pour des contenus mis en ligne par des tiers, eh bien le premier réflexe qui va être constaté ça va être un réflexe d’autocensure. C’est-à-dire plutôt que moi m’embêter, pour ne pas dire plus, à prendre un risque et à me voir pénalement ou civilement poursuivi parce que telle personne a publié telle bêtise sur Internet, eh bien ce que je fais c'est que soit je ferme la zone de commentaires, soit je fais un contrôle à priori de tout ce qui est posté et donc c’est juste invivable. En plus de quoi, certes la propriété intellectuelle est un droit fortement honorable, mais on a aussi la liberté d’entreprendre qui est un droit d’égale valeur constitutionnelle et qui doit être également protégé. Donc tout ça c’est un équilibre subtil. Et là, en l’occurrence aujourd’hui, quelques années, 17 ans après la directive e-commerce, on arrive à un texte où, finalement, on va industrialiser des mesures de filtrage avec ce fameux article 13 qui est diablement technique, effectivement, qui va lui aussi générer une épaisse jurisprudence, mais qui va surtout générer de nouvelles atteintes à la liberté d’expression.

Et c’est là où je trouve ça totalement absurde c’est que finalement un texte qui est là pour protéger la création, qui est quand même le cœur du cœur de la liberté d’expression, eh bien on va arriver à un texte qui va menacer la liberté d’expression, si ce n’est l’amoindrir terriblement.

Frédéric : Merci Marc. Ça me donne l’occasion de passer la parole à Léa Chamboncel de la campagne Create.Refresh en deux mots. Pourquoi cette campagne ? D’où vient-elle et concrètement quels problèmes vous avez avec cet article 13 ?

Léa Chamboncel : En fait, cette campagne a été mise en place par un certain nombre d’associations qui sont en faveur de la liberté d’expression et de création sur Internet. Je peux en citer quelques-unes, à titre d’exemples, qui sont à l’initiative du mouvement : on a Copyright for Creativity, Center for Democracy & Technology, Communia, OpenMedia, Kennisland, qui se sont regroupées au lendemain de la proposition de la Commission en voyant qu’effectivement l’article 13 allait poser un problème en termes de liberté d’expression comme tu le disais à très juste titre Marc, mais aussi que l’Internet était finalement un outil essentiel, voire indispensable pour énormément de créateurs aujourd’hui. C’est-à-dire que c’est vraiment toute la web culture, il y a plein d’exemples, enfin il y a un tas d’artistes qui ont pu émerger grâce à Internet et qui, avec l’application de l’article 13, en fait se retrouveraient privés de leur outil de travail principal et n’auraient plus la possibilité de communiquer avec leur audience aussi facilement qu’ils peuvent le faire aujourd’hui.

Donc en fait, forts de ce constat, que surtout la Commission avait bien fait en sorte de ne pas les mettre au cœur du débat, je parle là des créateurs, on s’est rendu compte qu’il était assez important de les sensibiliser, ne serait-ce que leur apporter l’information ; qu’ils sachent, en fait, ce qui était en train de se tramer à Bruxelles car eux, naturellement, n’avaient pas été sollicités et à aucun moment leur avis n’avait été pris en compte.

Donc l’idée, en fait, du mouvement Create.Refresh dans un premier temps, je veux dire à très court terme, c’est de faire en sorte que cet article 13 ne soit pas adopté, donc c’est essayer de faire beaucoup de bruit à travers les créateurs. Donc on a plein de créateurs qui ont créé leur contenu : on a des écrivains qui ont fait des textes ; on a des photographes qui ont fait des petites photos ; on a des DJ qui ont fait des vidéos ou encore des musiques spécialement pour la campagne ; on a une danseuse, enfin on a vraiment tous types d’acteurs qui sont représentés sur la plateforme, il y a plus d’une centaine d’artistes et une trentaine d’associations qui nous ont rejoints et qui nous soutiennent. À titre d’exemples, il y a plein d’associations : on a La Quadrature du Net qui nous a rejoints, qui nous soutient en tout cas ; on a Wikimedia, enfin on a beaucoup d’acteurs, car il est essentiel, en fait, que l’information circule un maximum.

Donc nous aujourd’hui, notre priorité effectivement, c’est de faire en sorte que l’article 13 ne soit pas adopté. Mais dans un second temps, ce qui est aussi très important, c’est aussi ce pourquoi on se bat, c’est que les créateurs reviennent au centre du débat et qu’il n’y ait pas uniquement les sociétés d’auteurs ou les majors qui puissent, en fait, faire valoir leurs intérêts auprès des décideurs publics. Donc l’idée c’est aussi d’impliquer les créateurs dans ce qui est, finalement, le droit qui sera applicable demain pour eux.

Là on met en place une campagne de mobilisation sur une journée avec d’autres associations, justement pour faire un maximum de bruit. Le vote par la commission JURI est prévu le 20 ou 21 juin. Donc la campagne de mobilisation commence à partir d’aujourd’hui. Il y a une grosse journée de mobilisation qu’on a appelée le Take Action Day, qui sera donc le 12 juin et là je vous invite tous à participer, à vous mobiliser pour sauver Internet.

Pour ce faire il y a un site dédié qui a été mis en place, qui s’appelle saveyourinternet.eu. Donc là vous pouvez vous connecter directement et il y a des outils pour twitter, en fait, les parlementaires européens, leur envoyer un mail ou même les appeler pour justement les interpeller ; donc ça c’est quelque chose de très important. Il faut vraiment essayer de se mobiliser. En fait, on s’est rendu compte en discutant avec d’autres acteurs que les créateurs – nous ce sont les personnes qu’on défend naturellement –, mais finalement cette disposition touche beaucoup d’autres secteurs : c’est-à-dire qu’il y a le secteur universitaire, ils sont vraiment touchés de plein de fouet, les chercheurs sont vent debout aussi contre cette directive ; il y a les codeurs, naturellement. Là il y a peut-être un moyen de fédérer. En fait, on se rend compte que finalement il n’y a pas de consensus auprès des acteurs qui sont concernés de plein fouet par cette disposition. On ne comprend pas pourquoi, pourquoi les décideurs publics continuent dans cette direction !

Frédéric : Effectivement, comme tu le signales, il y a de nombreuses personnes qui sont mobilisées. Tu parlais effectivement des gens qui font de la programmation. Alors pourquoi on parle de ce sujet aujourd’hui, notamment sur une émission consacrée au logiciel libre ? Eh bien déjà, le logiciel libre et le logiciel en général est régi par le droit d’auteur. Donc une directive qui révise le droit d’auteur nous concerne au premier chef et quand tout à l’heure Marc parlait, ou Étienne, je ne sais plus, de mise en place de filtrage automatique sur des dépôts d’œuvres, sur des plateformes qui permettent de téléverser des œuvres avec des suppressions, éventuellement, automatiques, eh bien il faut savoir que parmi les plus grosses plateformes qui existent dans le monde il y a ce qu’on appelle les forges logicielles ; ce sont des plateformes de partage de code de logiciel libre, où les développeurs et développeuses publient du code. Ils pushent aussi dessus des fichiers images, des fichiers vidéos, textes, ou tout autre ressource utilisée par le logiciel. Par exemple en France, il y a une plateforme qui s’appelle Framagit, de nos amis de l’association Framasoft ; il faut savoir que par exemple l’État français utilise Framagit – il vient de publier récemment Parcoursup, le code source de Parcoursup sur Framagit – et très clairement ces plateformes, demain, seront sous la même menace que les autres plateformes ; c’est-à-dire qu’en fait, par défaut, toute personne qui voudra contribuer sur cette plateforme sera considérée comme un contrevenant potentiel ; il y a un renversement du droit de la preuve. Il y a un risque considérable de voir des codes disparaître par ces machines à censurer, ces robots censeurs ; et imaginez qu’une partie du logiciel est automatiquement supprimée, eh bien le logiciel ne fonctionne plus ! Évidemment, c’est pour ça qu’on est très impliqués par cette directive et je pense d’ailleurs que globalement, aujourd’hui, on peut se poser la question d’une personne qui veut contribuer au logiciel libre : est-ce que la personne va prendre le risque de se considérer comme contrevenant potentiel en publiant du code sur une plateforme de code comme Framagit ou autre ?

Et je voulais faire une citation d’une tribune de Roberto Di Cosmo qui est professeur d’informatique et qui s’occupe notamment d’un projet magnifique qui est Software Heritage, c’est-à-dire de permettre, en fait, d’avoir une conservation du patrimoine logiciel mondial. Dans une tribune publiée récemment sur Le Monde, il dit : « Il y a des millions de logiciels construits par des auteurs qui ont choisi d’en faire des logiciels libres… On estime que 80 à 90 % d’une application informatique moderne est issue de cette réutilisation. Et la suppression de chacun de ces composants peut avoir des conséquences imprévisibles », alors des conséquences sociales et évidemment économiques. Cette tribune, le lien vous allez le retrouver sur le site de l’April.

On va bientôt faire une petite pause musicale, d’ailleurs tout de suite, avant d’aborder la suite et notamment le point JURI et la mobilisation. La pause musicale c’est Kolyma de-Gulag de Matt Reeta Pawone et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune 93.1 – La voix des possibles

Pause musicale : Kolyma de-Gulag de Matt Reeta Pawone.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – Partage ta radio

Frédéric : Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Nous venons d’écouter Kolyma de-Gulag de Matt Reeta Pawone et évidemment la référence est sur le site de l’April.

Juste avant la pause musicale, nous parlions notamment des plateformes de code logiciel. Étienne, il y a une campagne qui a été lancée qui s’appelle « Sauvons le partage de code ! » justement. Est-ce que tu peux nous en dire quelques mots dans le cadre d’un futur vote en JURI et en plénière ?

Étienne : Bien sûr. Donc « Sauvons le code ! », Save Code Share! pour son nom anglais. C’est une campagne qui a été lancée en septembre 2017. Parce que là, cette crainte qu’on exprime, on n’est bien sûr pas les seuls à l’avoir eue et donc deux associations – qui ont vocation plus à une action européenne – se sont saisies du sujet, la Free Software Foundation Europe, FSFE, et l’OpenForum Europe, OFE, et elles ont lancé, donc en septembre 2017, cette campagne Save Code Share!.

Elle est basée sur deux choses : déjà une lettre ouverte qui résume les enjeux qu’on exprimait jusqu’à maintenant et qui appelle, finalement, à la suppression de ce texte. Et elle s’accompagne d’un livre blanc qui propose en plus grands détails – livre blanc qui, il me semble, n’est disponible qu'en anglais. La lettre ouverte, vous trouverez un lien : avec des bénévoles de l’April nous avons traduit cette lettre ouverte et elle est disponible sur le site, je pense, dans la liste des références utiles que vous pourrez trouver donc sur notre site.

On vous appelle vraiment à signer cette lettre ouverte parce que ça montre aussi, finalement, qu’il y a un engagement ; ça crée un rapport de force pour montrer qu’il y a une inquiétude réelle pour les développeurs et les développeuses par rapport aux conséquences que pourrait avoir le texte en cause, l’article 13 et, notamment, avant le vote en commission JURI du 20 ou 21 juin.

Frédéric : Merci Étienne. On va d’ailleurs revenir sur le vote en commission JURI et puis, peut-être, sur les évolutions du texte, notamment sur l’article 13, la place des logiciels libres. Anne-Catherine Lorrain qui travaille au groupe les Verts européens, est-ce que tu peux nous faire un petit point de la situation, s’il te plaît ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui. Déjà j’aimerais revenir sur la question du logiciel libre. Au bout de la septième version du compromis sur l’article 13 qu’on a obtenue, qui a été en fait partagée par le rapporteur le 30 mai, il y a quand même une amélioration, parce qu’on a obtenu que les plateformes de partage de logiciels libres soient clairement exclues du champ d’application de l’article 13. En fait, le rapporteur avait ajouté dans l’article 2 sur les définitions, une définition des fournisseurs de partage de contenus numériques qui permet justement de clairement limiter, en quelque sorte, le champ d’application de l’article 13. Mais c’est toujours problématique, on est d’accord, parce que, pour nous, c’est toujours trop vaste. Mais maintenant, ce que dit cet article 2, justement qui définit ces services concernés par l’article 13, c’est que ces plateformes de logiciel libre sont exclues. Donc c’est tout de même un point positif.

Ce que j’ai entendu, je suis tout à fait d’accord. D’ailleurs je salue Create.Refresh parce que c’est très bien ce qu’ils font et ils étaient présents au Parlement européen, je crois le mois dernier ou il y a quelques semaines, et ils ont fait une exposition très bien, en invitant des parlementaires à y participer.

Léa Chamboncel : Merci.

Anne-Catherine Lorrain : Toutes les campagnes sont bienvenues. Mais, en revanche, je ne suis pas sûre que la suppression de l’article 13 soit vraiment la meilleure option. Et je reviens à ce que je disais tout à l’heure dans l’introduction, la longue introduction que j’ai donnée tout à l’heure, la commission IMCO et aussi la commission LIBE sur les libertés publiques ont un texte sur l’article 13 qui est raisonnable et satisfaisant. Il faut savoir que l’article 13 est le plus dogmatique de tous les articles de cette directive et qu’il est pratiquement impossible d’y échapper ; c’est la raison d’être de cette directive d’une certaine manière. Et le rapporteur et tout son groupe politique, qui occupe la majorité du Parlement, veulent cet article. Donc on fait des maths, ça va être très difficile de passer à côté au niveau des votes. Il vaudrait mieux pousser pour quelque chose qui est raisonnable et acceptable, qui prend en compte la directive e-commerce d’une façon raisonnable, plutôt que d’avoir quelque chose, au final, qui ne sera vraiment pas acceptable. C’est pour ça qu’on est très actifs dans les discussions de compromis pour essayer de trouver quelque chose d’acceptable.

Et sachant, donc, que c’est très dogmatique, les solutions proposées sont souvent très mauvaises. En tant que législateur on doit avoir à l’esprit trois choses principales ; c'est :

  • la sécurité juridique ; il faut que le système soit prévisible pour tout monde, pour les plateformes, les sites, les consommateurs, les ayants droit aussi. Il faut que le risque juridique pour les plateformes, c’est-à-dire ne pas avoir un risque de procès sur le dos dès qu’un contenu est téléchargé, il faut que ce risque soit limité ;
  • deuxième chose, c’est la proportionnalité : il faut que le système soit faisable, qu’en pratique ce soit réaliste et souvent, eh bien la relation entre le problème exposé, sur lequel on est d’accord ; l’article 13, en fait, a vocation à trouver une solution au problème du value gap comme on dit en anglais, du transfert de valeur, c’est la traduction générale qu’on donne en français, qui est un problème véritable ; c’est vrai qu’il y a des ayants droit dont les contenus sont téléchargés illégalement et ils perdent une rémunération à cause de cela. Mais la solution proposée n’est pas la bonne. L’article 11 aussi, c’est un petit peu toujours ce même problème entre problème et solution qui est disproportionnée ;
  • la troisième chose c’est la protection des droits fondamentaux, Marc en parlait tout à l’heure, et malheureusement c’est quelque chose qui n’est pas suffisamment pris en compte. L’article 13 maintenant, dans sa version de compromis au Parlement actuellement, a un paragraphe qui dit évidemment « les droits fondamentaux doivent être respectés. Il ne doit pas y avoir une obligation générale de surveillance de contenus », comme le dit l’article 15 de la directive e-commerce. Mais cette déclaration de principe ne suffit pas quand on lit ce que le reste de l’article 13 dit, c’est-à-dire le contraire.

En fait, ce que dit l’article 13 maintenant, selon la version du rapporteur parlementaire, c’est que tous les sites de partage de contenus en ligne font un acte de communication au public, ce qui fait qu’ils ont l’obligation d’obtenir des licences auprès des ayants droit et, s’il n’y a pas de licences, ils sont responsables. Donc l’articulation avec la directive e-commerce est là, de toutes façons. Et la Commission avait très bien conscience que l’articulation entre ces trois éléments – acte de communication au public, licence, responsabilité – était extrêmement délicate d’où, ce qui est assez amusant à voir, le nombre de considérants, ce qu’on appelle des considérants ce sont des…

Marc Rees : Des explications.

Anne-Catherine Lorrain : Des dispositions législatives dans la directive qui complètent les articles principaux. Donc à l’article 13 il y a un très grand nombre de considérants qui essayent d’éclairer l’intention des législateurs, qui vont servir à la Cour européenne et aux cours, aux tribunaux nationaux, pour interpréter l’article 13, pour justifier, justement, tout ce nouveau mécanisme. Et la difficulté était tellement grande qu’il y a quatre considérants par la Commission et, dans la position du Conseil du 25 mai, il n’y a pas moins de dix considérants pour expliquer comment ça marche, pour tourner un peu autour du pot, pour dire « oui mais c’est vrai que la directive e-commerce s’applique, mais bon ! il faut prendre ceci en compte et cela et cela », ce qui rend le système extrêmement illisible et ce qui n’aide pas à la sécurité juridique.

Frédéric : Merci Anne-Catherine pour ces précisions. Avant de repasser la parole pour peut-être qu’il commente, effectivement, ce point-là. Je comprends effectivement ce que tu expliques sur les amendements de compromis, sur le fait que de toutes façons le texte sera voté, il faut obtenir le meilleur. Mais je crois que tu te souviens, sans doute, qu’en 2005 il y avait une directive très dogmatique dite « brevet logiciel » qui a été rejetée ; plus récemment, en 2012, l’accord commercial anti-contrefaçon, pareil, a été rejeté au niveau du Parlement européen. Donc nous sommes des éternels optimistes, nous pensons qu’un texte mal fagoté peut être repoussé, mais effectivement, s’il n’est pas repoussé, il faudra essayer d’obtenir le meilleur via les amendements. Donc je vais repasser la parole à Marc. Peut-être qu’il a quelques commentaires sur ce qui vient d’être dit.

Marc Rees : Non c’était très complet. Si, peut-être un commentaire sur le rôle de la France dans ce dossier, puisque la France a été… Enfin plutôt que parler de la France, plutôt parler des sociétés de gestion collective qui ont une puissance de frappe qui est juste extraordinaire en France, un pouvoir politique.

Frédéric : Gestion collective de quoi ? Est-ce que tu peux préciser ?

Marc Rees : Gestion collective des droits d’auteur.

Frédéric : D’accord.

Marc Rees : Donc c’est prélever de l’argent, le redistribuer aux producteurs, aux artistes, etc., moins une dîme liée aux frais administratifs notamment. Ces sociétés de gestion, type la SACEM ou la SACD, l'ADAMI et la SPEDIDAM, etc., ont une puissance de frappe extraordinaire et elles ont un objectif en vue : c’est la fin de ce qu’elles présentent comme étant une irresponsabilité des plateformes sur les contenus mis en ligne par les internautes, que ce soit de la musique, des films, du code, du texte, de la photo, que sais-je. Donc l’idée c’est d’accentuer la responsabilité des YouTube, des Twitter, des Facebook, des machins, des trucs, pour soit pouvoir engager la responsabilité directe de cette plateforme-là soit, justement, négocier avec un pistolet sur la tempe un accord de licence qui sera dûment rémunéré afin d’autoriser de manière localisée tel ou tel échange.

Et la France, là-dessus, a été pionnière et c’est clairement sa cible. L’origine de ce lobbying des industries culturelles se situe au CSPLA, au Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, qui est gorgé d’ayants droit et de quelques intermédiaires techniques, mais ils sont huit ou neuf. Et cette antichambre du ministère de la Culture est taillée, ces derniers mois, pour faire tomber le régime de l’hébergement. Et là, actuellement, en l’état de l’article 13, avec cette mise en responsabilité directe des YouTube, des Twitter, des Facebook, etc., eh bien ils ont gagné une étape décisive. Donc c’est pour ça que les jours qui suivent, là, et notamment ce vote en commission JURI, commission des affaires juridiques au Parlement européen, sont cruciaux. Puisque finalement, c’est le sort de la liberté d’expression sur Internet, la liberté d’entreprendre, de la sécurité juridique, de la prévisibilité, de la liberté d’expression, qui est entre les mains de ces quelques précieux euro-parlementaires.

Frédéric : Ce que tu es en train d’expliquer c’est que sur tous ces sujets essentiels, en France la position est finalement dictée par le ministère de la Culture et en fait, par les ayants droit. Donc finalement les autres ministres, je pense notamment au secrétaire d’État au numérique, je pense au ministre en charge de l’administration publique [Fonction publique, NdT], je ne me souviens plus du titre, de son titre officiel, mais ce que tu expliques c’est que depuis des années, en fait, c’est le ministère de la Cculture qui décide tout et les ayants droit.

Marc Rees : Oui. On aurait pu peut-être attendre de Mounir Mahjoubi un discours un peu plus pro-économie numérique ou autre. Eh bien non ! Pour autant j’ai souvenir : il y a quelques mois j’étais à Lille, au Forum international de la cybercriminalité [Forum international de la cybersécurité, NdT] et celui-ci défendait des thèses qui n’étaient pas extraordinairement éloignées de celles entendues au CSPLA. Pour moi, le capitaine de ce bateau c’est effectivement le ministère de la Culture qui pousse à cette responsabilité accrue des intermédiaires techniques, peu importe les effets !

Frédéric : Léa.

Léa Chamboncel : Si je puis me permettre, je rebondis sur ce que Marc est en train de dire : j’ai fait récemment un podcast où j’ai interpellé des députés français pour savoir s’ils étaient effectivement au courant de cette question. Parce qu’on se rend compte que, finalement, le ministère de la Culture est en train de le faire en catimini, c’est-à-dire que quand on avait interrogé, on a eu la chance de croiser la vice-présidente de la commission de la culture [commission des affaires culturelles et de l’éducation, NdT] qui est, par ailleurs, présidente du groupe d’études droit d’auteur à l’Assemblée nationale [groupe qui n’est pas actif et n’apparaît pas sur le site de l’Assemblée nationale, Note de l’oratrice], qui semblait quand même assez peu au courant de cette question.

Frédéric : Elle s’appelle comment ?

Léa Chamboncel : Elle s’appelle Frédérique Dumas. C’est une députée LREM. Et on se rend compte que, finalement, il y a une espèce de gros flou, d’énorme opacité sur ce qui est effectivement en train de se passer dans les couloirs du ministère de la Culture et qui est en train de se passer également dans les couloirs des instances européennes, où même les parlementaires français que j’ai pu interroger n’étaient pas au courant de ce qui se passait. C’est-à-dire que j’ai interrogé des parlementaires de tous bords – LREM, Nouvelle Gauche, Les Républicains – qui n’étaient absolument pas au courant de ce qui se passait et qui, par ailleurs, trouvaient que c’était absolument absurde. Tous les députés LREM qui ont été interrogés trouvaient ça parfaitement absurde, mais il n’y en a aucun qui est prêt à élever sa voix contre le gouvernement sur cette question-là. Donc il y a vraiment quelque chose qui est un peu curieux de voir qu’il y a autant de flou parce que, finalement, c’est une question qui concerne, comme on l’a très bien dit, un tas de professionnels sur Internet, etc., mais ça concerne aussi le simple utilisateur lambda d’Internet que je suis, que vous êtes, que tout le monde est aujourd’hui, que les députés sont aussi, pareil. Ils sont tous absolument au fait que les algorithmes ne sont pas en capacité de venir apprécier toutes les particularités qui peuvent relever, effectivement, d’exceptions au droit d’auteur comme le disait Étienne tout à l’heure, néanmoins il n’y en a aucun qui prend publiquement position sur cette question. C’est quand même assez curieux ! Donc j’imagine que les directives qui ont été données au sein du groupe des parlementaires doivent être assez claires et il est quand même assez surprenant qu’effectivement Mounir Mahjoubi n’ait pas de position un peu plus, comment dire, moderne, peut-être, sur cette question.

Frédéric : Marc tu voulais ajouter quelque chose ?

Marc Rees : Oui. Pour bien comprendre à nouveau, parce que je sais que le sujet est technique, juridique, etc., donc ça peut être assez opaque d’un œil extérieur. Mais on a entendu dans la presse, ou lu, ces multiples cas où Facebook a censuré des œuvres d’art, notamment je pense à L’origine du monde ou alors une photo d’une maman qui donnait le sein à son enfant. Ça c’est un traitement algorithmique et un traitement algorithmique, excusez-moi du terme mais c’est très con ! Très con ! Parce que c’est un ordinateur, ce n’est pas un filtre humain qui va agir avec une sensibilité. Donc une sensibilité dans un algorithme ! Un algorithme, on a s'approche du grille-pain plutôt que d’être humain. Bon ! Eh bien oui !

Mais là, il faut bien comprendre qu’avec cet article 13 de la directive, on va inscrire dans le marbre de la loi et généraliser dans l’ensemble de l’Europe des systèmes de ce type-là, mais pour taper sur du contenu, au prétexte que tel extrait de code, tel morceau, telle reprise de musique dans un remix, telle photo qui va faire du collage, etc., à partir de plusieurs œuvres, eh bien va exciter un algorithme parce que lui va matcher une pattern, etc., eh bien il va y avoir censure. Donc on va industrialiser à l’échelle de l'Europe ce qui aujourd’hui fait bondir pour « quelques œuvres d’art », entre guillemets, qui sont toujours trop, sur Facebook.

Frédéric : Il nous reste quelques minutes. Le temps passe très vite, on n’aura pas l’occasion, malheureusement, d’aborder l’article 11 en détail mais peut-être, sans doute, lors d'une prochaine émission. Étienne est-ce que tu peux nous rappeler un petit peu, concrètement, ce qu’on peut faire ? Est-ce que les personnes qui nous écoutent peuvent agir, parce que bon ! visiblement ce que nous raconte Marc a l’air d’être un poids de lobbies très puissants, mais il y a sans doute des moyens d’action ?

Étienne : Tout à fait. Déjà, comme on parlait, il y a la pétition Save Code Share! qu’on vous invite vivement à aller signer pour donner du poids à cette campagne, à cette mobilisation. Ce n’est pas la seule campagne d’ailleurs. Léa parlait de Create.Refresh ; vous avez la campagne Fixcopyright ; Save the link, là c’est sur l’article 11 ; Save the meme, tous ces liens sont sur notre site. Et Léa mentionnait Save your internet, donc nous on relaiera, effectivement, l’appel à contact, l’appel à mobilisation Take action du 12 juin, car, comme Fred tu en parlais plus tôt, finalement le lieu, l’espace d’action, la cible principale où on peut avoir un poids, c’est le Parlement européen qui va d’abord voter au niveau de la Commission puis en plénière et c’est vraiment ici, je pense, qu’on peut espérer avoir un impact réel. Je pense que c’est le sens de ce que tu disais Save your internet.

Puisqu’on parle de mobilisation — on pourra revenir sur les moyens d’action —, on peut quand même signifier, remarquer à quel point elle a été très large, elle a concerné énormément d’acteurs différents, j’en parlais, que ce soit au-delà des associations comme peut l’être l’April, c’est-à-dire défense des libertés fondamentales notamment des libertés en ligne, les académiques, énormément d’entreprises se mobilisent contre ce texte pour tous les risques qu’il fait porter, pour un Internet libre et ouvert, tout simplement.

Léa Chamboncel : Donc c’est pour ça, je me permets de rajouter une petite couche, mais il est vraiment important que tout le monde se mobilise le 12 juin, soit à travers, effectivement, le site dédié qui s’appelle www.saveyourinternet.eu ou encore sur notre site aussi Create.Refresh où vous aurez des éléments à partager ; on a créé un toolkit pour les réseaux sociaux à destination, effectivement, des personnes qui ont envie de se mobiliser ce jour-là. Donc c’est www.createrefresh.eu. N’hésitez pas, vraiment, à nous contacter ; on est là pour ça et c’est un peu notre dernière chance, donc allons-y à fond tous ensemble. Mobilisez-vous pour conserver l’Internet tel qu’on le connaît aujourd’hui ! Merci.

Frédéric : Anne-Catherine Lorrain, est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui, juste l’article 11, je sais qu’on ne va pas en parler en détail.

Frédéric : Vas-y.

Anne-Catherine Lorrain : Pour dire que tout ça c’est un contexte et la négociation de compromis qu’on a sur l’article 13 c’est aussi en considérant les autres articles et notamment l’article 11 qui est tout aussi sensible. Donc ça dépend de ce qu’on va obtenir là-dessus aussi.

Frédéric : Est-ce que éventuellement, c’est compliqué, est-ce qu’en une phrase ou deux tu peux rappeler ce qu’est l’article 11 ?

Anne-Catherine Lorrain : C’est de donner, de créer un nouveau droit exclusif au bénéfice des éditeurs de presse pour l’utilisation en ligne d’extraits ou de liens peut-être. Ce n’est pas très clair justement. Donc le lobby des éditeurs a très bien fonctionné !

Frédéric : Donc si je comprends bien, ça vise principalement, je suppose, les moteurs de recherche qui proposent des actualités, mais ça pourrait aussi cibler directement Wikipédia.

Anne-Catherine Lorrain : Tout le monde. Ça peut viser tout le monde finalement ! Ou alors la Commission ou le rapporteur ne le veut pas, mais dans ce cas-là l’article ne le dit pas, donc il faudrait le préciser. Mais on est très inquiets ; je pense qu’il n’y aura pas de compromis possible, honnêtement, donc on votera contre, de toutes façons.

Frédéric : Étienne tu veux ajouter quelque chose ?

Étienne : Je pense que l’article 11, comme l’article 13, on voit qu’ils s’inscrivent finalement dans cette même logique c’est-à-dire d’avoir d’un côté – je parlais vraiment d’une distinction obsolète –, d’un côté ceux qui seraient capables de fournir une création pertinente, que ce soit de l’information brute, du traitement de l’information ou de la production culturelle et, d’un autre côté, des consommateurs passifs qui vont recevoir ces informations. Justement là où Internet, en terme d'outil, nous permet de briser ces lignes, de briser ces distinctions : on est tous à la fois consommateurs et producteurs et on peut collaborer et ça à travers le partage et ce qu’on défend à travers le logiciel libre et les licences libres.

Frédéric : Tu voulais ajouter quelque chose Marc ?

Marc Rees : Oui, sur l’article 11.

Frédéric : Vas-y.

Marc Rees : Je suis un peu concerné puisque nous on édite un site de presse. Oui, là encore il y a un grand danger d’arriver à une solution absolument absurde où, finalement, ce sont des liens vers des sites de presse qui drainent pourtant du public qui va les lire, qui va générer un droit à rémunération pour certaines personnes, en particulier une société de gestion collective, mais dont les retombées financières pour ceux qui sont derrière le clavier ne seront pas forcément évidentes. Donc les grands gagnants là-dedans, là encore dans ce système-là, ça va être les sociétés de gestion collective et pas forcément « les petites mains » entre guillemets, sans être péjoratif.

Frédéric : D’accord. Eh bien écoutez j’ai l’impression que c’est très clair. Ce sujet sera forcément ré-abordé parce que déjà il y a des votes qui arrivent. En tout cas je vous remercie toutes et tous d’avoir donné ces explications sur l’article 13 en détail un petit plus, moins en détail sur l’article 11. Je vous rappelle que toutes les références citées sont sur la page dédiée à l’émission sur le site de l’April ou en tout cas, si elles n’y sont pas encore elles vont être rajoutées. Il nous reste quelques minutes pour parler un petit de l’actualité à venir, du monde du logiciel libre et de l’April.

Il y a, comme vous le savez, on l’avait expliqué à la première émission, tous les jeudis soir à la Fondation pour le progrès de l’homme à Paris, les Soirées de contribution au Libre, qui sont ouvertes vraiment à toute personne qui souhaite contribuer, ce ne sont pas forcément des gens qui développent, toutes les contributions sont utiles.

Bientôt il y a le Congrès de l’Association des Développeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres dans l’Administration et les Collectivités Territoriales, c’est-à-dire l’ADULLACT. De plus en plus de collectivités utilisent du logiciel libre et de plus en plus produisent du logiciel libre. Ça aura lieu les 14 et 15 juin 2018 à Montpellier et je crois que c’est aujourd’hui le dernier jour pour s’inscrire. Ce congrès est un lieu d’échanges et de rencontres pour toutes les collectivités et établissements publics qui ont choisi la voie du Libre et il y en a de plus en plus.

À la fin du mois, il y a deux gros événements qui arrivent. L’un est à Choisy-le-Roi, près de Paris dans le Val-de-Marne, c’est Pas Sage En Seine. C’est un festival qui aura lieu du 28 juin au 1er juillet 2018 autour des thématiques du logiciel libre, de la protection de la vie privée, de la bidouille informatique et, globalement, pour favoriser l’appropriation autonome par tous et toutes de son informatique. Je vous encourage vraiment à y aller ; il n’y a pas besoin d’inscription pour se rendre à ce festival, je crois. Donc c’est Pas Sage En Seine, et le site web c’est passageenseine.fr tout attaché. Le site, évidemment, est référencé sur la page de l’April.

Ensuite à Strasbourg, alors là c’est un peu les vacances pour la communauté du Libre, mais ce sont aussi des conférences, des ateliers ; ce sont les Rencontres mondiales du logiciel libre qui se dérouleront donc à Strasbourg du 7 au 12 juillet 2018. J’espère que dans la prochaine émission, d’ailleurs, nous aurons quelqu’un de l’organisation pour nous expliquer un petit peu ce que sont ces Rencontres. Là ce sont des Rencontres qui sont vraiment ouvertes à tout le monde, c’est-à-dire qu’il y aura des personnes qui développent, il y a des personnes qui utilisent, il y a des personnes qui découvrent le logiciel libre. Le week-end du 7 et 8 c’est plutôt orienté grand public, c’est directement sur une place de Strasbourg, alors je n’ai pas en tête le nom de la place, et ensuite ce sont des conférences et des ateliers un peu plus techniques ; en tout cas je vous encourage fortement à y aller. Et malgré le terme mondial, ça ne parle pas que anglais, ça parle beaucoup français, donc rassurez-vous toute personne est la bienvenue. Ça ce sont des événements pour découvrir, pour contribuer, etc.

Il y a aussi, évidemment, les célèbres apéros parce que c’est important d’échanger autour d’un verre. Donc dans les apéros April, le prochain, il y en a un à Montpellier le 21 juin. Les apéros April à Montpellier c’est assez simple de s’en souvenir : c’est le troisième jeudi de chaque mois, donc le prochain c’est le 21 juin. Et à Paris, donc au local de l’April, le prochain c’est vendredi 29 juin ; là il n’y a pas une récurrence précise, on fixe la date quelques semaines avant ; ça c’est le 29 juin.

Et évidemment vous allez aussi sur le site de l’Agenda du Libre sur lequel vous retrouvez tous les événements qui se passent partout en France autour du logiciel libre, il y a aussi quelques autres pays, qui vous permettent à la fois de découvrir le logiciel libre éventuellement de contribuer. Donc vraiment n’hésitez pas aller sur le site de l’Agenda du Libre. Et je rappellerai d’ailleurs aux structures, aux personnes qui organisent ces événements, de soumettre ces événements sur l’Agenda du Libre parce que c’est quand même l’endroit qui centralise les événements. Vous y trouvez aussi un annuaire des groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres. C’est-à-dire que si vous voulez découvrir le logiciel libre mais que vous voulez être accompagné, n’hésitez pas à aller sur l’Agenda du Libre et vous avez un annuaire de référence, vous marquez votre région et vous trouvez l’annuaire.

On va bientôt terminer cette émission. Déjà je rappelle que sur le site de l’April vous avez une page qui récapitule toutes les références. Assez rapidement il y aura le podcast en ligne. Comme l’a expliqué au début de l’émission Marie-Odile, il y aura assez rapidement, d’ici quelques jours, une transcription de l’émission, donc n’hésitez pas à aller la lire, effectivement en lecture rapide comme elle l’a expliqué. Je voulais remercier en tout cas toutes les personnes qui sont intervenues, déjà Marie-Odile qui nous a quittés mais en tout cas vraiment je la remercie encore une fois. Toute personne, je crois Marc que tu as eu l’occasion d’être transcrit par Marie-Odile, c’est un travail vraiment incroyable qu’elle fait donc je la remercie pour son travail.

Marc Rees : Je crois qu’on peut la féliciter. Oui, c’est un travail énorme ; je fais ça assez souvent, les retranscriptions d’interviews, et quand je vois ce qu’elle abat, c’est juste extraordinaire. Donc bravo !

Frédéric : Étienne.

Étienne : À titre personnel, je veux faire un grand merci à Marie-Odile qui, en plus de son travail de transcription, m’aide énormément par son excellente qualité de travail de relecture lorsqu’on publie des actualités sur notre site et c’est un vrai confort d’avoir son aide. Merci beaucoup.

Frédéric : Effectivement j’avais oublié, c’est une bonne remarque. Marie-Odile fait aussi un travail de relecture. J’en profite pour faire un petit message à Agnès Le Béon qui est aussi une autre relectrice bénévole pour l’April.

Frédéric : Je remercie Anne-Catherine Lorrain, qui était présente depuis Bruxelles et je lui souhaite bon courage pour les dernières semaines ou peut-être mois de négociations. Merci Anne-Catherine.

Anne-Catherine Lorrain : Merci.

Frédéric : Merci également à Léa Chamboncel de Create.Refresh.

Léa Chamboncel : Merci beaucoup.

Frédéric : La prochaine émission sera diffusée mardi 3 juillet 2018 de 15 h 30 à 17 h en direct. Nous reviendrons sans doute sur le vote en commission des affaires juridiques concernant la directive droit d’auteur, évidemment ; on fera un petit point. Nous parlerons sans doute de l’organisation des Premier Samedi à la Cité des sciences à Paris. Vous savez, chaque premier samedi du mois, il y a des événements autour du logiciel libre avec des conférences et des ateliers. Et on parlera assez longuement des Rencontres mondiales du logiciel libre qui se dérouleront à Strasbourg pour essayer de vous convaincre d’y aller.

Notre émission se termine. Vous retrouverez sur le site de l’April, april.org, toutes les références utiles. N’hésitez pas, évidemment, à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu, mais aussi des points d’amélioration. Si vous avez des musiques libres que vous voudriez que l’on diffuse n’hésitez pas aussi. Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve le 3 juillet 2018 et d’ici là portez-vous bien. Nous allons finir cette émission avec Wesh Tone de Realaze.

Pause musicale : Wesh Tone, Realaze.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – Partage ta radio

L'Internet libre et ouvert est en danger : vous pouvez arrêter ce désastre

lun, 06/11/2018 - 17:40

Les 20 et 21 juin 2018 se tiendra un vote crucial au Parlement européen pour la sauvegarde d'un Internet libre et ouvert : les membres de la commission des affaires juridiques (JURI) voteront sur une version amendée, un texte dit « de compromis », de la proposition de directive sur le droit d'auteur. En effet, l'article 13 entend imposer aux plateformes d'hébergement la mise en place d'un filtrage généralisé et automatisé sur Internet des contenus que nous mettons en ligne. Vous pouvez arrêter ce désastre en demandant aux parlementaires européens de rejeter l'article 13. Une journée de mobilisation sur les réseaux sociaux est organisée mardi 12 juin. On compte sur vous !

Que pouvez-vous faire ?

Ce vote est la première étape cruciale avant le vote qui devrait se tenir en séance pleinière avant la fin de l'année 2018. Le Parlement européen négociera le texte final dans le cadre d'un « trilogue » 1 avec le Conseil de l'Union européenne et la Commission européenne. Or la position de ces deux dernières institutions est déjà arrêtée : imposer aux plateformes d'hébergement la mise en place d'outils de censure automatique. Pour plus de détails vous pouvez vous reporter au podcast de notre émission Libre à vous ! du 5 juin 2018, émission qui traite des enjeux de cette directive droit d'auteur.

Les parlementaires européens sont un des derniers leviers pour préserver un Internet libre et ouvert. Leur faire entendre nos inquiétudes et l'importance des enjeux en cause, les convaincre de notre nombre et de notre détermination, voilà comment nous pouvons les persuader de s'opposer à ce texte rétrograde.

Contacter les parlementaires européens

Pour les contacter :

Quelle que soit la méthode, l'important n'est pas d'entrer dans une démonstration technique longue et complexe. Un message personnel, simple et court, dans l'idéal suivi d'un appel, est souvent le plus efficace. N'hésitez pas non plus à relayer la campagne et à exprimer votre point de vue sur les réseaux comme Twitter ou Mastodon, en utilisant par exemple les mots clef #FixCopyright #CensorshipMachine ou #SaveYourInternet.

Participez à la campagne Save Your Internet

Article 13 et les forges de logiciel libre

Sur la question des forges de logiciel libre plus spécifiquement, la commission JURI semble avoir fait un pas dans le bon sens en les excluant du champ d'application de l'article 13, qu'elles soient ou non à but lucratif. Mais rien n'est encore voté ! Pour construire un rapport de force favorable et assurer cette avancée, vous pouvez signer la lettre ouverte de la campagne « Save code share » : sauvons le partage de code.

Signez la lettre ouverte

Si on peut se réjouir de cette amélioration, obtenue suite à une intense mobilisation et au travail de parlementaires européens, on ne peut pour autant pas s'en satisfaire : l'empilement d'exeptions n'est pas une solution viable et fait de ce texte une véritable « usine à gaz » juridique. De plus il s'agit d'une mesure disproportionnée mettant en danger la liberté d'expression. Le filtrage automatisé des contenus doit être intégralement rejeté. Et comme le dit Julia Reda, eurodéputée et membre de la commission JURI, sur son site (en anglais) : chaque voix compte !

  • 1. Lire la page Wikipédia sur le processus d'élaboration d'une Directive : « Plusieurs institutions interviennent dans ce processus et notamment le « triangle institutionnel » : la Commission européenne, le Conseil de l'Union européenne, et le Parlement européen. Les règles et les procédures de décision au sein de l’UE sont définies dans les traités fondateurs. En principe, il appartient à la Commission de proposer de nouveaux actes législatifs européens et au Parlement et au Conseil de les adopter.

Revue de presse de l'April pour la semaine 23 de l'année 2018

lun, 06/11/2018 - 12:38

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 23

[FIGARO] Un projet de loi européen pourrait menacer les mèmes sur Internet

Par Marius François, le vendredi 8 juin 2018. Extrait:
> Les images parodiques et les remix pourraient disparaître des réseaux sociaux. Des experts dénoncent un projet de loi européen sur le droit d'auteur qui risque d'être un coup dur pour la culture «lol».
Lien vers l'article original: http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/06/08/32001-20180608ARTFIG00290-un-projet-de-loi-europeen-pourrait-menacer-les-memes-sur-internet.php

Voir aussi:
Le podcast de l'émission «Libre à vous!» consacrée à l'article 13 du projet de directive droit d'auteur
Sauvons le partage de code! Appel à signature de la lettre ouverte «Save Code Share»

[01net.] Les meilleurs logiciels libres et gratuits pour Windows, Mac et Linux

Par Geoffroy Ondet, le jeudi 7 juin 2018. Extrait:
> Abandonnez les logiciels propriétaires au profit de logiciels libres et gratuits.
Lien vers l'article original: https://www.01net.com/astuces/les-meilleurs-logiciels-libres-et-gratuits-pour-windows-mac-et-linux-1466170.html

[L'OBS] La bibliothèque d'Alexandrie des logiciels ouvre ses portes (virtuelles) au public

Par Thierry Noisette, le jeudi 7 juin 2018. Extrait:
> Software Heritage vise à préserver la mémoire de tous les codes sources. Elle ouvre à tous l'accès à son dépôt : 83 millions de projets logiciels.
Lien vers l'article original: https://www.nouvelobs.com/sciences/20180607.OBS7902/la-bibliotheque-d-alexandrie-des-logiciels-ouvre-ses-portes-virtuelles-au-public.html

[RTBF Info] Des logiciels pour vous aider à contrôler vos données sur internet

Par la rédaction, le jeudi 7 juin 2018. Extrait:
> Le règlement européen de protection des données est entré en vigueur fin du mois dernier et on peut désormais connaître auprès des entreprises mais également des fournisseurs de services du web, les informations nous concernant qui ont pu être collectées.
Lien vers l'article original: https://www.rtbf.be/info/societe/onpdp/detail_des-logiciels-pour-vous-aider-a-controler-vos-donnees-sur-internet?id=9939008

[Usbek & Rica] Depuis son exil russe, Edward Snowden estime que «tout a changé»

Par Mathilde Simon, le mardi 5 juin 2018. Extrait:
> Cela fait maintenant cinq ans qu’Edward Snowden a quitté son confort hawaiien pour une vie d'exil en Russie. Pour marquer l’anniversaire de la fuite de documents confidentiels la plus importante de l’histoire, l’ancien membre de la NSA a accordé une interview au quotidien britannique The Guardian, qui révélait alors l’affaire en 2013, dans laquelle il tire le bilan de son sacrifice.
Lien vers l'article original: https://usbeketrica.com/article/edward-snowden-exil-interview-tout-a-change

[Libération] Microsoft se paye un géant du logiciel libre

Par Christophe Alix, le mardi 5 juin 2018. Extrait:
> En s'emparant, pour 7,5 milliards de dollars, de la plate-forme leader de l'open source GitHub, le géant du logiciel confirme son changement radical d'approche.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/futurs/2018/06/05/microsoft-se-paye-un-geant-du-logiciel-libre_1656800

Et aussi:
[Numerama] Officiel: Microsoft s'est offert GitHub pour 7,5 milliards de dollars
[Developpez.com] Rachat de GitHub par Microsoft: la fondation Linux livre son analyse de la situation

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Le podcast de l'émission « Libre à vous ! » consacrée à l'article 13 du projet de directive droit d'auteur

lun, 06/11/2018 - 10:08

L'April a consacré une partie son émission de radio Libre à vous ! du mardi 5 juin 2018 au projet de directive sur le droit d'auteur et plus particulièrement l'article 13 qui pourrait affecter, notamment, les plateformes de développement logiciel. Nous avions par téléphone Anne-Catherine Lorrain, conseillère politique à la commission parlementaire affaires Juridiques (JURI) au Parlement européen pour le groupe des Verts européens, et, en studio, Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact et Léa Chamboncel de Create.Refresh. L'occasion de faire le point avant le vote en commission JURI prévu lors de la session des 20 et 21 juin 2018.

Écouter le podcast

Avant le vote en commission JURI, il est important de signer et de diffuser la lettre ouverte : Sauvons le partage de code !

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (juillet 2018)

sam, 06/09/2018 - 15:17
Début: 3 Juillet 2018 - 15:30Fin: 3 Juillet 2018 - 17:00

La troisième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 3 juillet 2018 de 15h30 à 17h00.

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons proposé de tenir une émission April intitulée Libre à Vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! sera principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle qui sera diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15h30 à 17h00.

Émission du mardi 3 juillet 2018 de 15h30 à 17h00

L'émission sera diffusée mardi 3 juillet de 15h30 à 17h00. Nous parlerons notamment des Rencontres mondiales du logiciel libre qui se dérouleront à Strasbourg du 7 au 12 juillet 2018, de l'organisation des Premier Samedi : chaque premier samedi de chaque mois, de 14h00 à 18h00, des bénévoles proposent au Carrefour Numérique de la Cité des Sciences une fête d'installation de systèmes d'exploitation libres, ainsi que des ateliers et des conférences. Et nous ferons un point sur la directive droit d'auteur suite au vote en commission des affaires juridiques du Parlement européen prévu le 20 juin.

Liens utiles

L'April présente aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre à Strasbourg

ven, 06/08/2018 - 11:23
Début: 7 Juillet 2018 - 10:00Fin: 12 Juillet 2018 - 18:00

Les Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL) sont un cycle non commercial de conférences, tables rondes et ateliers pratiques autour du Logiciel Libre et de ses usages. L’objectif est de fournir un lieu d’échange entre utilisateurs, développeurs et acteurs du Logiciel Libre.

L’accès aux RMLL est gratuit et ouvert à toutes et à tous. Les RMLL sont organisées cette année à Strasbourg du 7 au 12 juillet 2018.

L'April tiendra un stand et donnera des conférences. Si vous avez des disponibilités, vous pouvez venir nous aider à tenir le stand quelques heures, merci de vous inscrire sur le wiki.

Pour toutes les informations pratiques, rendez-vous sur le site de l'événement

Libre à vous ! - Radio Cause Commune - Émission du 29 mai 2018

jeu, 06/07/2018 - 14:13


Titre : Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 29 mai 2018 sur radio Cause Commune
Intervenants : Frédéric Couchet - Isabella Vanni - Étienne Gonnu - Marc Rees - Joëlle Garriaud-Maylam
Lieu : Radio Cause commune
Date : mai 2018
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure.
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur Internet sur le site cause-commune.fm. Donc c’est parti pour la première édition de l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Je suis Frédéric Couchet, je suis le délégué général de l’April. D’autres personnes de l’équipe sont avec moi et interviendront dans l’émission ; nous allons bien sûr bientôt faire un tour de table de présentation. C’est notre première émission donc on compte sur votre indulgence et bienveillance. Pour cette première émission nous ne sommes pas en direct, mais pour la prochaine nous diffuserons en direct. Le site de référence de l’April c’est april.org, donc a, p, r, i, l point org et vous y retrouverez une page notamment consacrée à cette émission1 avec l’ensemble des liens, références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de cette émission. Donc le principal lien que vous avez à retenir c’est april.org et le second c’est cause-commune.fm.

Et n’hésitez pas à nous faire des retours, que ce soient des retours sur ce qui vous a plu et évidemment aussi des retours sur les points d’amélioration. Et nous vous souhaitons une excellente écoute.

Nous allons d’abord faire un rapide tour de table. Bonjour Isabella. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Isabella Vanni : Oui. Bonjour. Je suis coordinatrice vie associative, responsable projets pour l’April depuis 2014.

Frédéric Couchet : Merci. Étienne.

Étienne Gonnu : Bonjour. Moi je m’occupe des affaires institutionnelles pour l’April depuis janvier 2006 [janvier 2016, NdT] maintenant.

Frédéric Couchet : Merci Étienne. Nous avons également avec nous, nous avons la chance d’avoir avec nous par téléphone Marc Rees. Marc, est-ce que tu nous entends ?

Marc Rees : Oui, je vous entends très bien. La chance, je ne sais pas, en tout cas j’espère !

Frédéric : Donc Marc, tu es rédacteur en chef de Next INpact, tu peux nous dire en une phrase ce qu’est ce site Next INpact ?

Marc Rees : C’est un site qui existe depuis plusieurs années et qui est dédié, spécialisé dans les nouvelles technologies et moi-même je suis spécialisé dans le droit des nouvelles technologies.

Frédéric : D’accord. Merci. C’est un site effectivement très important, à la fois sur l’informatique mais aussi sur l’actualité politique et juridique liée à l’informatique. Et au cours de l’émission nous aurons le plaisir d’avoir la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam que nous avons interviewée au Sénat il y a quelques semaines.

D’abord je vais vous présenter rapidement l’émission et ses objectifs. L’émission Libre à vous ! sera principalement animée par l’équipe salariée de l’April mais aussi par des membres bénévoles de l’association et nous aurons, évidement, des invités comme aujourd’hui par exemple Marc Rees.

Cette émission se veut avant tout une émission d’explications et d’échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l’association peut traiter, donc principalement autour des libertés informatiques et du logiciel libre en premier, et les actions que nous menons dans ce sens. Une partie de l’émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation, donc on essaiera de toucher à la fois la personne qui ne connaît pas forcément très bien le logiciel libre jusqu’aux personnes qui connaissent très bien. Nous espérons ainsi donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, si possible, les clefs pour comprendre les enjeux, mais aussi nous proposerons des moyens d’action pour nous accompagner dans nos actions en faveur des libertés informatiques.

Tels seront les objectifs de cette émission qui sera une mensuelle, diffusée en direct chaque premier mardi du mois de 15 h 30 à 17 h, excepté pour cette première émission qui est enregistrée. Et je vous rappelle que vous retrouverez toutes les informations utiles sur le site april.org.

Maintenant on va passer à l’annonce du programme de l’émission, de cette première émission. Aujourd’hui, d’ici une trentaine de minutes, on abordera notre dossier principal qui concerne les relations privilégiées entre Microsoft et l’État français et, plus précisément, ce qu’on appelle le contrat « Open Bar » Microsoft/Défense. C’est important de parler de ça parce que ces relations privilégiées sont un frein important au développement du logiciel libre dans le secteur public.

Avant de cela nous allons parler de logiciel libre. Nous allons présenter notre slogan « priorité au logiciel libre » à la fois au niveau individuel et collectif. Nous allons présenter le groupe de travail Sensibilisation de l’April et aussi des moyens de découvrir concrètement le logiciel libre pour tout le monde.

D’abord nous allons commencer par une présentation de ce qu’est le logiciel libre. Nous avons fait le choix de diffuser un audio qui est un extrait d’une vidéo d’un site qui s’appelle Qu’est-ce que tu GEEKes ? réalisé par Flo et Tom. L’objectif de ce site et de ces deux personnes c’est de vulgariser l’informatique pour le grand public. On a trouvé intéressant de vous passer une partie de cet audio, les cinq premières minutes, parce que ça présente assez fidèlement ce qu’est le logiciel libre et puis c’est intéressant de valoriser les actions que font les autres, des actions qui sont diffusées sous licence libre, c’est un petit peu, quand même, ce qu’on défend ici. Donc on va vous laisser pendant cinq minutes avec Flo et Tom qui vont vous présenter ce qu’est le logiciel libre.

[Diffusion de l’extrait audio de la vidéo « Le Logiciel Libre » – Qu’est-ce que tu GEEKes ? Man #2 et sa transcription]

Frédéric : Vous venez d’entendre un extrait d’une vidéo de présentation du logiciel libre qui est faite par Flo et Tom du site Qu’est-ce que tu GEEKes ? ; vous retrouverez la référence sur le site de l’April, je rappelle a, p, r, i l point org. Évidemment beaucoup de termes ont été utilisés, la présentation a abordé pas mal de sujets. Nous aurons l’occasion, lors des prochaines émissions, de préciser des points, notamment sur la gratuité, sur logiciel libre versus open source, de revenir sur les quatre libertés fondamentales, également les modèles économiques qui montrent qu’on peut vivre en faisant du logiciel libre. La vidéo a parlé de la contribution ; justement, tout à l’heure, on parlera un petit peu de contribution et comment contribuer au logiciel libre. En gros voilà, l’essentiel à retenir c’est qu’aujourd’hui les ordinateurs et l’informatique sont omniprésents dans notre vie. Il est important pour cela d’avoir un contrôle de nos outils. Et finalement, le logiciel libre n’est pas simplement une alternative technique au logiciel privateur ; c’est avant tout un socle pour nos libertés et une philosophie basée sur le partage et l’ouverture. Donc voilà. Qu’est-ce que tu GEEKes ? Vous retrouverez toutes les informations sur le site de l’April et merci à Flo et Tom ; cette vidéo est en licence libre, en Creative Commons.

Maintenant nous allons passer à un slogan de l’April, qui est le slogan de « priorité au logiciel libre » que nous défendons et que nous poussons depuis plusieurs années, à la fois à titre individuel mais aussi à titre collectif. Isabella est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur cette notion de priorité au logiciel libre à titre individuel ?

Isabella : Oui. Tout à l’heure tu rappelais justement que l’informatique est au cœur de notre vie. Donc c’est important, c’est d’autant plus important de reprendre le contrôle de notre informatique au quotidien et de choisir une informatique qui n’asservit pas, qui ne renferme pas, mais qui, au contraire, respecte nos libertés. Donc voilà !

Frédéric : En fait l’idée c’est, pour les choix informatiques individuels, pas forcement de passer du jour au lendemain à tout logiciel libre mais, pour un outil particulier, se dire je vais plutôt préférer le logiciel libre. Un exemple de bureautique ?

Isabella : Tout à fait. Par exemple on peut commencer à utiliser une suite bureautique alternative à la suite que tout le monde connaît. C’est une suite qui s’appelle LibreOffice, qui contient justement un tableur, un éditeur de texte qui ont toutes les fonctionnalités que vous connaissez dans l’autre suite privatrice et donc on peut déjà commencer par cela. On peut aussi commencer par utiliser un navigateur libre comme Firefox. Donc on peut commencer effectivement par l’utilisation de certains logiciels et puis décider, un jour, de changer aussi son système d’exploitation, donc de passer à un système d’exploitation libre.

Frédéric : Merci Isabella. Ça c’est la partie individuelle, mais il y a la déclinaison, on va dire collective, de cette priorité au logiciel libre. Étienne, est-ce que tu peux nous donner quelques détails ?

Étienne : Bien sûr. Effectivement, si on part du principe qu’on vit en société, il y a un aspect qui est évident c’est que les libertés doivent aussi se penser collectivement. Nous, ça se traduit dans notre action par le fait de dire que les administrations publiques, qu’elles soient locales ou nationales – d’ailleurs notamment financées par l’impôt, ce qui est important – doivent donner priorité au logiciel libre. Concrètement, de manière assez simple, on peut imaginer dans le cas d’un marché public, c’est simplement de dire que pour une administration, dans ses besoins, elle a besoin d’accéder au code source, elle a besoin de pouvoir mutualiser, de pouvoir partager, de pouvoir agir et agir sur son informatique de manière souveraine – on reviendra d’ailleurs sur ce point. Ça nécessite donc d’acter dans la loi déjà que les administrations doivent donner priorité au logiciel libre et ça doit également s’accompagner, bien sûr, d’une politique publique globale et cohérente pour agir pour le logiciel libre.

Frédéric : Écoute merci Étienne. Nous aurons l’occasion, lors d’une prochaine émission sans doute, d’inviter des collectivités pour expliquer comment elles mettent en œuvre cette priorité au logiciel libre et dans le cadre de la discussion tout à l’heure sur le dossier « Open Bar » Microsoft/Défense, nous reviendrons sur ce sujet.

Mais avant, nous allons faire une petite pause musicale. Nous avons fait le choix de n’utiliser que des musiques diffusées sous licence libre. La plupart viennent du site Dogmazic.net. Vous retrouverez évidemment les références sur le site de l’April. La première pause musicale c’est The small tooth dog par Alliance Division, donc un petit morceau qui dure quatre minutes et on revient juste après.

Voix off : Cause commune 93.1 – La voix des possibles

Pause musicale : The small tooth dog par Alliance Division]

Voix off : Cause commune cause-commune.fm – La voix des communs.

Frédéric : Vous venez d’entendre The small tooth dog d’Alliance Division et je vous rappelle que vous retrouverez toutes les informations sur le site de l’April, a, p, r, i, l point org. Vous écoutez l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis toujours Frédéric Couchet, délégué général de l’association ; Isabella Vanni, Étienne Gonnu sont toujours là, Marc Rees nous écoute au téléphone.

Maintenant nous allons aborder le sujet de la sensibilisation et notamment du groupe de travail Sensibilisation de l’April. Isabella, toi qui es l’animatrice de ce groupe, est-ce que tu peux nous présenter le fonctionnement de ce groupe, les objectifs et puis, peut-être, quelques réalisations ?

Isabella : Très bien. Le groupe de travail Sensibilisation est l’un des nombreux groupes de travail de l’April. Son but est de réaliser, de proposer des outils de communication pour sensibiliser le public au logiciel libre. Donc les ressources peuvent être très variées : il peut s’agir de flyers, de tracts, d’affiches, de guides. Mais on peut avoir aussi des goodies comme des stickers, des tee-shirts et aussi des œuvres artistiques et des expositions comme on verra tout à l’heure.

L’objectif est double : d’un côté on a besoin de documents, de ressources de sensibilisation à présenter sur nos stands pour promouvoir le logiciel libre auprès du public. Et, de l’autre côté, c’est aussi de mettre à disposition ces ressources à toute personne, association ou structure quelconque, qui souhaite justement sensibiliser autour d’elle au logiciel libre. Toutes nos ressources sont disponibles et téléchargeables souvent en plusieurs formats sur notre site pour cette raison.

Par exemple en 2016, lors du festival Numok, qui est le festival numérique des bibliothèques de Paris, il y a deux bibliothèques parisiennes qui ont vu qu’on avait produit une ressource qui pouvait être très intéressante. Il s’agissait de l’Expolibre. C’est le fruit du travail du groupe de travail Sensibilisation et c’est une exposition en sept panneaux qui décrit les principes, la philosophie du logiciel libre. Et voilà ! Ces deux bibliothèques ont pu l’exposer ; d’ailleurs vous pouvez trouver les photos de ces expositions sur notre galerie de photos. L’Expolibre, si vous êtes intéressé, est téléchargeable sur le site dédié. Elle est déjà disponible en français et en anglais.

Frédéric : Le site c’est expolibre.org.

Isabella : Merci Fred. Donc elle est déjà disponible en français et en anglais et, grâce au travail de nos bénévoles traducteurs, elle sera bientôt, très bientôt, disponible en espagnol. Et si vous voulez, nous, on propose aussi l’Expolibre à la location, imprimée sur bâche grand format. Vous trouvez toutes les informations sur le site dédié expolibre.org.

Frédéric : La réalisation de l’Expolibre est intéressante parce que, dans le cadre du groupe Sensibilisation, ça a fait intervenir un graphiste pour la mise en page finale de l’Expolibre, un graphiste bénévole.

Isabella : Tout à fait. Que nous remercions d’ailleurs.

Frédéric : Et aussi les contributions des gens du groupe de travail Sensibilisation, qui ne sont pas forcément informaticiens, pour justement rendre accessibles ces panneaux au grand public. Ce sont vraiment des panneaux sur lesquels n’importe qui peut comprendre les enjeux fondamentaux. Donc il y a sept panneaux qui déclinent différents aspects du logiciel libre : il y a un panneau sur le logiciel libre, il y a un panneau sur l’éducation et l’importance du logiciel libre. Voilà ! Là c’est un exemple de travail qui est fait avec des compétences diverses.

Isabella : Tout à fait. D’ailleurs, je tiens à dire que le groupe de travail Sensibilisation est ouvert à tous et à toutes. Il n’est pas nécessaire d’être membre de l’April. Et, comme vous l’aurez bien compris, il n’est pas du tout nécessaire d’être technicien, informaticien, graphiste. Parfois, on a besoin simplement de personnes qui relisent, qui donnent des idées, qui pointent, qui peuvent relever des points de vigilance sur les ressources qu’on produit. Donc c’est vraiment ouvert à tout le monde et je vous invite, si vous êtes intéressé, à vous inscrire à la liste de diffusion dédiée. Vous trouverez bien sûr le lien sur la page qu’on a mise à disposition sur notre site april.org ou sur cause-commune.fm.

Frédéric : Et comme tu l’as dit, en fait il n’y a pas besoin d’être membre de l’April pour contribuer à ce groupe de travail Sensibilisation. Il suffit de s’inscrire sur la liste, de se présenter, de voir les travaux qui sont en cours.

Isabella : Tout à fait. C’est un groupe de travail absolument libre et ouvert à tous et à toutes.

Frédéric : Sur le groupe Sensibilisation, tu as présenté notamment le projet d’Expolibre qui est disponible en français, en anglais et bientôt en espagnol, qui est utilisé par des structures ; tu as cité notamment deux bibliothèques de Paris dans le cadre du Festival Numok l’an dernier [en 2016, NdT], mais il y a aussi d’autres structures qui sont assez particulières dans le monde du logiciel libre, qui sont, on va employer pour une fois un acronyme qu’on va décliner.

Isabella : Tout à fait ; on va l’expliquer.

Frédéric : GULL, G, U, 2 L, pour groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres. Est-ce que tu peux nous expliquer quels sont les objectifs de ces GULL, de ces groupes d’utilisateurs et utilisatrices et leur mode de fonctionnement ?

Isabella : Tout à fait. Donc si on souhaite libérer son informatique grâce au logiciel libre, mais qu’on ne connaît pas, donc on ne sait pas du tout comment s’y prendre, ça arrive aux meilleurs, le mieux est de prendre contact avec un GULL. Je répète un groupe d’utilisateurs-utilisatrices de logiciels libres. En effet, les GULL sont des associations, pour la plupart associations 1901, dont les membres mettent à disposition leur temps, leur expérience et leurs compétences, à titre bénévole et gratuit, pour accompagner, pour aider les non-initiés à découvrir, à utiliser le logiciel libre. Et c’est aussi, bien sûr, un lieu d’échanges et d’entraide pour ceux et celles qui connaissent déjà, donc les débutants, les débutantes et les confirmé·e·s. Les GULL peuvent proposer des permanences, c’est-à-dire des rendez-vous réguliers, ouverts au public ; ils peuvent aussi organiser des événements ponctuels comme des journées de découverte, des ateliers, et ils peuvent bien sûr participer aussi à d’autres événements avec des stands et des conférences.

Seulement en Île-de-France on compte une vingtaine de groupes d’utilisateurs-utilisatrices de logiciels libres actifs. Si vous êtes intéressé, si vous voulez libérer votre informatique, il y en a forcément un près de chez vous. Vous pouvez repérer rapidement le GULL le plus proche de chez vous en vous rendant sur le site de l’Agenda du Libre dont on parlera plus tard.

Frédéric : Dont on peut parler tout de suite si tu veux.

Isabella : Si tu veux.

Frédéric : L’Agenda du Libre c’est agendadulibre.org, agenda du libre étant tout attaché. Vu son nom je suppose que ça annonce des événements autour du logiciel libre, mais visiblement c’est aussi un annuaire de groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres.

Isabella : Tout à fait. Il a cette double fonction, double casquette. Si vous voulez savoir s’il y a un événement autour du logiciel libre près de chez vous ou une association, un GULL près de chez vous, rien de plus simple ! Il suffit de se rendre sur l’Agenda du Libre. Il y a un moteur de recherche qui vous permet de chercher par ville, par région et il y a un même une vue géographique pour aller plus vite. Moi, personnellement, je préfère la vue géographique.

Frédéric : Donc pour ceux qui sont en région parisienne, vous zoomez sur l’Île-de-France, vous allez trouver un certain nombre de groupes. Par exemple à Paris, il y a Parinux.

Isabella : Tout à fait.

Frédéric : On va citer quelques noms. Dans l’Essonne il y a Liness, à Vanves il y a Le libre vanvéen et bien sûr, si vous nous écoutez sur Internet et que vous n’êtes pas en région parisienne, sur l’Agenda du Libre vous trouverez également les groupes d’utilisateurs-utilisatrices de votre région qui vont vous permettre de découvrir le logiciel libre soit de manière vraiment premiers pas, soit de manière avancée si vous le souhaitez.

Isabella : Tout à fait.

Frédéric : Justement, l’Agenda du Libre annonce un certain nombre d’événements, mais supposons aujourd’hui que quelqu’un nous écoute et souhaite découvrir le logiciel libre, est-ce qu’il y a des événements récurrents notamment en région Île-de-France, vu que nous sommes une radio sur la région Île-de-France ? Événements récurrents sur lesquels les gens peuvent aller et découvrir le logiciel libre ?

Isabella : Tout à fait. Donc tu as cité tout à l’heure l’association Parinux qui est le groupe d’utilisateurs-utilisatrices du logiciel libre à Paris. Eh bien Parinux coorganise avec d’autres associations le Premier Samedi du Libre. Vous l’aurez compris, c’est un rendez-vous régulier qui a lieu le premier samedi du mois. Le lieu c’est le Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l’industrie qui se trouve au parc de la Villette, dans le 19e arrondissement à Paris. Donc tous les premier samedi du mois, l’après-midi de 14 h à 18 h, il y a des bénévoles de plusieurs associations qui sont à votre disposition vraiment pour vous aider et pour vous approcher au logiciel libre ; est toujours proposée une Install-Partie, je vais vous expliquer : c’est l’installation gratuite de systèmes, de distributions libres telles que Debian, Ubuntu, Mageia, etc. Donc vous pouvez vraiment aller physiquement avec votre ordinateur et demander de l’aide pour installer un système d’exploitation libre. Sont proposés aussi des ateliers, par exemple la Wiki-permanence pour contribuer à l’encyclopédie que vous connaissez bien sûr, Wikipédia, qui est une encyclopédie collaborative et libre. Et il peut y avoir aussi, ponctuellement, des conférences plus grand public ou plus techniques. Donc le prochain Premier Samedi du Libre aura lieu bien évidemment le 2 juin ; pour plus d’informations, vous pouvez aller sur le site dédié.

Frédéric : On retrouve ces informations sur l’Agenda du Libre. Là tu as parlé d’événements de découverte, on va dire. Il y a aussi des événements — Flo et Tom ont parlé dans leur vidéo de contribution —, est-ce que pour finir cette partie tu peux nous parler des ateliers de contribution qui ont lieu, je crois, tous les jeudis soir à Paris ?

Isabella : Je confirme. Donc tous les jeudis, à la Fondation pour le progrès de l’homme qui est dans le 11e arrondissement à Paris, vous pouvez contribuer, vous pouvez apporter votre pierre à des projets libres. Je tiens à préciser, il ne s’agit pas d’une permanence ou d’une Install-Partie. Les personnes qui se rendent à ce rendez-vous choisissent de contribuer au projet de leur choix. Il y a plusieurs groupes de travail qui participent régulièrement à ces rendez-vous et la liste non-exhaustive est disponible sur l’Agenda du Libre et aussi sur le site de l’association Parinux qui est à l’origine de cette initiative. C’est important de savoir, à nouveau j’insiste sur ce point, il n’est vraiment pas nécessaire d’être informaticien ou informaticienne pour participer. Vous pouvez vous rendre à ces rendez-vous pour proposer de nouveaux outils de sensibilisation, pour faire une transcription d’une vidéo, pour faire une relecture ; il y a plein d’activités qui sont vraiment accessibles à tous et à toutes.

Frédéric : Merci Isabella. On va juste finir donc parce que le temps avance, par une autre forme de rencontres, qui est là beaucoup plus informelle, qui sont les apéros. L’April organise un apéro à son local une fois par mois. La date pour l’instant n’est pas encore fixée, du prochain, de celui de juin, mais quand l’émission sera diffusée il suffira d’aller sur le site de l’April, ce sera annoncé. Et Parinux organise, je crois que c’est tous les 15 du mois, ce qu’ils appellent l’Apéro Parisien du Libre. Est-ce que tu peux nous expliquer en quelques mots ce que c’est ?

Isabella : Tout à fait. Les libristes ne passent pas tout leur temps devant l’ordi, ils aiment bien aussi échanger avec les membres de leur association autour d’un verre et c’est vraiment le but de ces apéros. D’un côté ça permet de faire plus ample connaissance entre membres d’une association, mais c’est aussi le point de contact idéal pour accueillir de nouvelles personnes qui sont intéressées par le monde du Libre et pour leur présenter l’association en question et ses activités.

Tu rappelais que l’association Parinux propose un apéro tous les 15 du mois, donc le prochain rendez-vous sera le vendredi 15 juin. Attention parce que le lieu change à chaque fois, la date ne change pas c’est toujours le 15, mais le lieu change. Pour connaître l’adresse, il faut consulter le site de Parinux ou, bien sûr, celui de l’Agenda du Libre. Et comme tu disais, celui de l’April, il faut consulter, pareil, l’Agenda du Libre ou alors se rendre directement sur april.org.

Frédéric : Tout à fait. On va finir par rappeler simplement que ces apéros sont ouverts à toute personne.

Isabella : Tout à fait.

Frédéric : Pas forcément aux membres des associations, au contraire ! Nous accueillons tout le monde et nous sommes ravis. Nous allons maintenant faire une nouvelle pause musicale avec un morceau du groupe DishTone ; c’est Voltaire’s intro.

Voix off : Cause commune 93.1 – La voix des possibles

Pause musicale : Voltaire’s intro par le groupe DishTone.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – Partage ta radio

Frédéric : Vous venez d’entendre Voltaire’s intro par DishTone. Vous retrouverez les informations concernant ce morceau sur le site de l’April. Vous êtes toujours sur radio Cause Commune, cause-commune.fm, et vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April.

Maintenant nous allons changer de sujet ; nous allons revenir à la priorité au logiciel libre versus contrat « Open Bar » Microsoft/Défense. Ça va être le gros sujet du jour. Pour cela, notamment, je vais passer rapidement la parole à Étienne Gonnu et nous avons en ligne Marc Rees qui est rédacteur en chef de Next INpact. Étienne, est-ce que tu peux nous faire un petit point de la situation, s’il te plaît ?

Étienne : Déjà je pense que c’est important aussi de se remettre sans le contexte. Comme on disait, au cœur de l’action de l’April, il y a cette idée d'une priorité au logiciel libre dans une considération collective. Et un des aspects, un des enjeux qui est assez central sur cette question et qui est prépondérant dans ce dossier « Open Bar », c’est la question de la souveraineté informatique. C’est vrai que c’est un terme qui revient de manière récurrente, qui mérite peut-être qu’on s’y attarde un instant. Qu’est-ce qu’on entend par souveraineté ? Je pense que le premier aspect qui ressort c’est cette idée, finalement, de maîtrise, d’un certain contrôle donc, sur son informatique. Je pense qu’une bonne manière de réfléchir la souveraineté, c’est par analogie par rapport à la souveraineté sur un territoire, comment avoir une maîtrise souveraine sur un territoire ? Déjà ça suppose eh bien d’en avoir connaissance, connaissance des limites, des richesses de ce territoire, des règles qui vont venir s’y appliquer. Et puis, avec cette connaissance, être en mesure aussi d’agir sur les règles qui s’y appliquent dans la mesure du possible, bien sûr il y a des règles qui ne sont pas dans le contrôle mais d’autres sur lesquelles on va pouvoir agir. Donc c’est dans cet équilibre-là que réside la souveraineté.

En termes informatiques, c’est ce que va permettre, ce que vont permettre les quatre libertés du logiciel libre, bien sûr également l’usage de formats ouverts ; c’est cette maîtrise sur son informatique, sa capacité à déjà avoir connaissance des règles et pouvoir agir et créer les règles, maîtriser donc l’infrastructure logicielle, ce qui fait, qu’en fait, c’est vraiment une question éminemment politique et c’est vraiment ça qu’on défend dans cette priorité au logiciel libre dans une considération collective. On peut aussi se poser la question, déjà, où est-ce qu’on en est en France sur cette question-là, en termes de souveraineté informatique, par rapport au logiciel libre notamment ?

Rapidement on peut signaler qu’il y a des signaux positifs qui sont en place, bien qu’ils soient encore insuffisants, mais on avance pas à pas.

  • On peut citer en 2012 une circulaire du Premier ministre Jean-Marc Ayrault « sur le bon usage du logiciel libre au sein de l’État ».
  • Plus récemment il y a eu la loi République numérique, dont vous avez peut-être entendu parler, en 2016. Dans cette loi, d’un côté les codes sources des logiciels produits par l’administration, le fait qu’ils soient accessibles, qu’ils doivent être accessibles au public, a été acté.
  • Et par ailleurs, on considère que c’est encore insuffisant mais à nouveau ça va dans le bon sens, les administrations sont à présent tenues d’encourager l’utilisation de logiciels libres.

Frédéric : Les administrations, donc, doivent encourager, mais c’est quelque chose qui n’est pas normatif, c’est-à-dire qui n’est pas très fort en termes de loi et effectivement c’est inférieur à cette priorité au logiciel libre qui consiste à dire à chaque choix informatique on va donner la priorité au logiciel libre sauf s’il y a vraiment des raisons impérieuses qui font qu’on choisit autre chose. Encouragement, c’est quelque chose de pas suffisamment engageant, on va dire ; c’est ça ?

Étienne : Oui, tout à fait.

Frédéric : OK !

Étienne : C’est une loi, finalement elle n’a pas cet aspect normatif si elle n’impose rien, elle manque, comme on dit souvent, elle manque de dents finalement. Là le signal politique est inférieur à ce qu’on défendait, puisque bien sûr nous on défendait, on discutait avec des parlementaires, et je pense qu’on reviendra peut-être dans une prochaine émission sur notre action de ce point de vue-là.

Je pense qu’on peut aussi citer un exemple qu’on prend souvent, c’est celui de la Gendarmerie nationale et ça nous amène progressivement vers le sujet de l’« Open Bar », donc la Gendarmerie nationale qui est souvent citée en exemple pour son usage du logiciel libre. Si ma mémoire est bonne elle a commencé sa migration en 2006. Elle est citée en exemple parce que c’est un grand succès, notamment dans la manière dont elle a mené cette migration en commençant par la bureautique et maintenant elle a son propre système d’exploitation libre. Donc un très bel exemple de réussite.

Frédéric : Juste sur la Gendarmerie, ce qui est intéressant là-dedans, c’est que la Gendarmerie, pour des raisons à la fois de coûts, de réduction de coûts, mais aussi de souveraineté informatique comme tu l'expliquais juste avant, dans le début des années 2000 elle a décidé finalement de mettre en œuvre cette priorité au logiciel libre et donc de migrer son parc informatique vers le logiciel libre et avec un grand succès parce que, aujourd’hui encore, ils utilisent du logiciel libre. Il y a eu de nombreuses conférences faites par des gens de la Gendarmerie pour expliquer les gains qu’ils ont eus en termes d’efficacité, de souveraineté et d’achats. Effectivement, on peut se dire donc à cette époque, dans les années 2000, il y avait aussi des directions informatiques au niveau de l’État, interministérielles, qui poussaient beaucoup vers le logiciel libre, donc il y avait une dynamique très forte. Et ce qui est bizarre, effectivement, c’est ce contrat « Open Bar » que tu vas nous détailler un petit peu, c’est que finalement le ministère de la Défense a fait carrément autre chose.

Étienne : Oui, tout à fait. Tu parlais d’un contexte positif. C’est vrai que dans le milieu des années 2000 on voit qu’il y avait notamment une directive à ce niveau, au niveau de la Direction générale des systèmes d’information.

Frédéric : De l’Armée.

Étienne : De l’Armée, tout à fait. Qui avait vocation à assurer la souveraineté informatique de l’Armée et qui faisait la part belle aux formats ouverts et aux logiciels libres. On peut penser également, ça c’est Next INpact qui l’a révélé en 2005, à un rapport interne à l’Armée qui préconisait la migration vers le logiciel libre, rapport qui aurait été approuvé par la ministre de la Défense de l’époque Michèle Alliot-Marie. On peut aussi penser au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui, en 2004, soutenait la migration vers le logiciel libre, là pour des considérations budgétaires. Donc il y avait vraiment un environnement très favorable au logiciel libre quand soudain, en 2008, signature de ce contrat « Open Bar » sans publicité préalable ni mise en concurrence.

Frédéric : Avant d’entrer dans le détail de ce contrat « Open Bar », qu’on comprenne bien. Effectivement dans les années 2000, on va dire en gros avant 2007, tu n’oses pas le dire, mais avant 2007 il y a des signes très forts en faveur du logiciel libre tant du côté de la Gendarmerie qui a lancé un plan de migration que du ministère de la Défense qui, avec une directive, encourage à l’usage du logiciel libre. Il y a des plans de migration qui sont annoncés autour, à l’époque, de OpenOffice qui est une suite bureautique libre et puis, effectivement, passe 2007 et, 2008-2009, il y a ce contrat « Open Bar » tout d’un coup qui arrive, sans qu’on soit vraiment informés et c’est là où j’ai envie de demander à Marc Rees qui est rédacteur en chef de Next INpact, parce que finalement ce contrat « Open Bar », sans Next INpact, sans le travail de Marc, nous n’en aurions peut-être pas entendu parler. Parce qu’en fait, c’est un article de Marc Rees de 2008 qui révèle — ou 2009, je ne sais plus, mais tu vas nous préciser —, qui révèle l’existence de ce contrat. Marc, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?

Marc Rees : Oui. Tout à fait. Donc cet article qui ne prenait que quelques lignes, date du 11 avril 2008, et même il avait été posté à 15 h 36 – j’ai vérifié, je n’ai pas une mémoire infaillible – et à l’époque j’avais eu vent, par des sources diverses et variées, que Microsoft avait effectivement offert ce qu’on appelait déjà une offre « Open Bar » à deux ministères régaliens, en l’occurrence la Défense notamment, et un contrat « Open Bar » c’est quoi ? Eh bien en échange d’une somme x, le ministère, en tout cas l’entité administrative, a la possibilité de puiser dans les réserves, dans le stock logiciel de l’éditeur américain, pour nourrir et remplir ses disques durs sur des dizaines de milliers de machines, voire plus.

J’étais un petit peu ennuyé à l’époque parce que je n’avais aucune autre information solide sur la volumétrie, sur l’historique, sur l’approche concrète de ce dispositif. Pourquoi ? Eh bien la raison est simple, c’est qu’il n’y a pas eu de marché public. Un marché public c’est quoi ? C’est lorsque vous avez une entité administrative, en l’occurrence ici un ministère qui est désireux de s’équiper, ici en solutions logicielles, il a normalement une voie royale, c’est celle des marchés publics où il va faire une offre en disant j’ai besoin de ça, ça, ça et je lance une bouteille à la mer dans le secteur privé ; à charge pour celui-ci de répondre favorablement à mes besoins. Et ensuite il y a un tri qui est effectué, en toute transparence, et le meilleur en termes de prix mais aussi, évidemment, en termes de qualité, l’emporte. Donc c’est une démarche qui est, j’allais dire classique, qui est encadrée par un code, c’est le code des marchés publics, donc il n’y a pas de soucis. Mais là il y a un petit souci en termes de transparence, c’est que c’est une offre, j’allais dire de gré à gré entre deux entités, à gauche Microsoft et puis à droite le ministère de la Défense, sur laquelle on n’a eu aucune publicité ; on n’a eu aucune information, aucun détail sur ce qui était attendu. Du seul fait de passer cet accord de la main à la main, eh bien ça disqualifie de facto les autres prestataires qui auraient pu proposer des solutions concurrentes, peut-être moins bien, peut-être équivalentes, peut-être mieux, peu importe j’allais dire et, de la sorte, on n’a aucune information. En tout cas, je n’avais pas beaucoup d’informations à l’époque sur ce qu’était exactement le contrat Microsoft/Défense. Et c’est à partir de cet article-là et également d’autres articles, je pense, je ne sais pas moi, je pense aux différents travaux de Jean-Marc Manach, mon confrère du Canard enchaîné, de Marianne, etc., de Cash Investigation, donc c’est à partir de cette petite graine qu’automatiquement, enfin qu’après coup, on a eu d’autres informations qui sont arrivées au fil de l’eau et ce n’est que très tardivement que le politique s’en est emparé, mais il s’en est emparé, c’est à souligner, suite à différentes questions parlementaires, différentes demandes qui ont été effectuées.

Donc c’est vraiment un sujet qui traîne depuis de nombreuses années, sur lequel la religion principale c’est celle de l’opacité et où on apprend, à chaque fois, des vertes et des pas mûres à chaque article.

Frédéric : Merci Marc. On va revenir sur un certain nombre de choses que tu as évoquées, notamment sur la politique après, mais en tout cas, effectivement, tu présentes bien le contexte. Et par rapport aux marchés publics tu as bien présenté : on a bien compris, en fait, que ça a été négocié directement avec Microsoft sans informer les possibles concurrents et donc, évidemment, les concurrents en logiciel libre, les gens qui pouvaient faire une offre de service à partir de LibreOffice [OpenOffice, NdT] par exemple.

À l’époque, là je vais demander à Étienne, il y a eu au niveau du ministère de la Défense à la fois un groupe d’experts qui s’est penché sur le sujet. Mais d’abord côté marchés publics, la commission des marchés publics avait un rapporteur, monsieur Georges Rozen. Next INpact a publié quelques années plus tard le rapport de ce rapporteur, le contenu de ce rapport qui était très, très critique contre le projet de signature du contrat ; Georges Rozen s’est aussi exprimé dans Marianne. Étienne, est-ce que tu peux dire en quelques mots quelle était la position du rapporteur de la commission des marchés publics de l’État de l’époque par rapport à ce contrat « Open Bar » ?

Étienne : Effectivement. Un rapport où il était très critique, notamment sur la procédure très particulière qui a été utilisée, qui permet d’éviter toute mise en concurrence. Et il pointait effectivement du doigt, comme le disait Marc, le fait que particulièrement sur la bureautique il y a toute une gamme d’autres produits que ceux de Microsoft, donc il mettait en cause le recours à cette procédure particulière. D’ailleurs, je pense qu’il est intéressant de noter que — je crois que c’est le rapport des experts militaires qui le soulignait — la bureautique représente quand même 90 % du périmètre de cet accord. Donc on n’est quand même pas sur un aspect marginal.

Ce qu’il en pense, au-delà même du rapport, et il l’a dit de manière assez explicite — il était interviewé dans le cadre d’une enquête de Marianne publiée en mai 2017 —, je vais citer ses propos, je pense que ça laisse peu de place à l’imagination, il dit concrètement « qu’il n’y avait aucune raison de favoriser Microsoft. Il n’a pas le monopole du traitement de texte. On était dans un délit de favoritisme » ; donc l’accusation est quand même assez grave, là il remet en cause le recours à cette procédure particulière. Il continue ainsi : « C’était déjà illégal à l’époque, je ne vois pas pourquoi cela le serait moins aujourd’hui ». Effectivement, le contrat a été renouvelé en 2013, puis en 2017, à chaque fois pour des périodes de quatre ans ; d’ailleurs je pense qu’on y reviendra parce que c’est intéressant cette périodicité. Il conclut ainsi : « On m’a demandé de valider la décision politique émanant d’un cabinet. J’ai refusé, mais on ne m’a pas écouté. »

Frédéric : Effectivement, ce sont des propos très forts ; ça parle d’illégalité, de pénal et ce sont les propos d’un rapporteur de la commission des marchés publics de l’État qui d’ailleurs, si je me souviens bien, dans son rapport précise bien qu’il n’est pas militant du logiciel libre et qu’il s’exprime vraiment d’un point de vue juridique. Ça c’est le côté marchés publics de l’État, la commission ; finalement le rapporteur dit, en gros : « Il ne faut pas signer ce contrat », pourtant la commission va valider le principe de la signature de ce contrat. Et de l’autre côté il y a le ministère de la Défense qui, donc, dans une procédure qu’on pourrait trouver logique, décide de nommer un groupe d’experts pour étudier la proposition de Microsoft – parce qu’il faut bien comprendre que la proposition vient de Microsoft initialement – et ce groupe d’experts va travailler, va rendre un rapport, va étudier différents scénarios. Et quelles sont les conclusions de ce groupe d’experts ? Et est-ce que ses conclusions ont été suivies d’effets ?

Étienne : Effectivement, on pourrait se dire peut-être qu’ils ont un peu joué à la marge des règles de la commande publique mais pour d’impérieuses considérations d’intérêt général ; ils étaient peut-être dans cette optique-là. Donc effectivement, assez logiquement, ils ont mené une enquête, une analyse confiée à un groupe d’experts militaires, dont je pense qu’on pourrait difficilement remettre en cause la probité. Donc ils étudiaient différents scénarios, quatre au total, dont ce fameux accord « Open Bar », et voici les conclusions que je vais citer : ils considèrent que « l’offre Microsoft est la solution qui comporte le plus de risques rédhibitoires » – ça commence bien – « coût du renouvellement du contrat à la technologie identique ; coût de sortie de la technologie ; adhérence à des formats ou architectures propriétaires ; des risques juridiques vis-à-vis du droit européen ; perte de souveraineté nationale ; addiction aux technologies Microsoft ; risque de portes dérobées ; affaiblissement de l’industrie française ou européenne du logiciel ». Donc on est quand même sur des risques franchement sérieux qui laissent peu de doutes, finalement aussi sur le niveau de ces risques dans la formulation. À nouveau on a une citation intéressante, pour le coup c’est le président de ce comité d’experts interviewé dans le cadre de l’émission Cash Investigation diffusée en 2016 et voici ce qu’il précise : « Le seul scénario qui était déconseillé a été celui qui in fine a été retenu. Oui, on peut considérer que les recommandations n’ont pas été suivies ». Je pense que c’est assez explicite !

Frédéric : Tu fais référence à une émission qui a été diffusée en 2016 sur France 2, donc Cash Investigation, qui est disponible sur Internet ; vous irez sur la page consacrée à l’émission sur april.org, nous vous donnerons un lien. Il y a aussi une autre émission qui s’appelle Le Vinvinteur qui était sur France 5, qui présente aussi un certain nombre de choses. Donc là on voit clairement, en fait, que la citation initiale de Georges Rozen, donc le rapporteur de la commission des marchés publics de l’État qui disait : « On m’a demandé de valider la décision d’un cabinet, ce que j’ai refusé », j’ai l’impression, à t’écouter et à écouter Marc, que finalement, côté ministère de la Défense c’est un peu la même chose. C’est-à-dire que le ministère de la Défense avait décidé de signer avec Microsoft et il pensait que le groupe d’experts allait valider ce principe-là. Et le groupe d’experts leur dit finalement l’« Open Bar », la solution retenue, n’était absolument pas à choisir, même s’il faut bien préciser que le groupe d’experts ne rejetait pas totalement le recours aux solutions de Microsoft.

Marc Rees, tu suis ces dossiers-là depuis assez longtemps. Ce n’est pas la première fois qu’on peut dire que sur un dossier il semblerait qu’une décision soit prise à un niveau ministériel sans tenir compte des réalités, à la fois technologiques et juridiques. Et donc dans ce dossier-là, c’est carrément au mépris, visiblement, des règles de marchés publics de transparence qui sont effectivement fondamentales et puis au mépris, finalement, des règles de l’avis des experts qui, en toute indépendance, avaient jugé qu’il ne fallait pas signer ce contrat « Open Bar ».

Marc Rees : Oui. D’ailleurs je reviens à l’introduction qui était parfaite, d’Étienne, qui démontrait, qui mettait justement en avant le contexte des années 2000 où il y avait une attention qui était extrêmement poussée pour le logiciel libre. Les documents qui ont suinté par la suite sont extrêmement nombreux ; je pense en particulier à un document d’octobre 2005 qui fait état d’un rapport sur les logiciels au ministère de la Défense, signé du contrôleur général des armées, Jean Tenneroni, donc ce n’est pas n’importe qui, et qui avait été adressé au secrétaire du directoire du DSIC, des systèmes d’information et de communication. Dans ce document on apprenait, par exemple, que Michèle Alliot-Marie, qui n’est pas n’importe qui puisqu’à l’époque elle était ministre de la Défense, avait approuvé ses conclusions, à savoir une migration vers le Libre, sous réserve, évidemment, d’études complémentaires venant, j’allais dire, blinder, solidifier ce choix.

De la même façon, le contrat qui allait être signé avec Microsoft, comme tu reviens là-dessus, était l’objet de nombreuses critiques. Il était dénoncé notamment des clauses exorbitantes de droit commun, avec une possibilité de résiliation sans condition, enfin ce sont des mesures qui normalement, enfin la politesse de base dans un marché public, conduit à éviter ce genre de dispositif.

D’ailleurs, pour revenir cette fois-ci sur ce que je disais tout à l’heure, il faut savoir qu’à partir de la graine de 2008, cet article, ce petit article que j’avais posté, on a appris par la suite, notamment au fil de questions parlementaires et de réponses parlementaires – puisque je rappelle simplement pour ceux qui ne sont pas au fait de ce genre de choses, c’est que n’importe quel député ou sénateur a la possibilité de questionner le gouvernement pour l’interroger sur ses choix, sur un historique ou sur un avenir. En l’occurrence, le ministre de la Défense a été interrogé voilà peu et il a expliqué que le contrat Microsoft, et c’est ce qu’on a appris aussi par la suite, eh bien il remontait à bien longtemps, il remontait à mars 2001, voire juin 2003. Il y a eu deux contrats qui avaient été signés avec la Défense, un contrat global et un contrat Select et là encore il s’agissait de proposer à ce ministère régalien des tarifs avantageux.

Donc on arrivait quand même à un contexte vraiment curieux où, d’un côté, on a le ministère de la Défense qui avait préparé le terrain, en tout cas des personnes au ministère de la Défense qui avaient préparé un terrain contractuel avec l’éditeur américain, dont les ventes remontent dans des finances irlandaises, et, de l’autre, on avait une pluie, comme ça, de rapports de personnalités, j’allais dire qualifiées, qui ont dégommé ces dispositifs pour expliquer que, finalement, le choix en question était tout sauf judicieux. Il y a une pièce que je n’ai pas encore c’est qu’est-ce qui s’est passé au plus haut ? Quel a été l’élément déclencheur qui nous a fait passer de noir à blanc ou de blanc à noir, de gauche à droite ou autre ? Qu’est-ce qui a fait qu’on est passé d’un contexte de rejet plus ou moins total à une adoption aveugle ? Je ne sais pas.

Frédéric : Effectivement. Merci pour cette mise en perspective, pour ce questionnement. C’est vrai qu’on peut se demander ce qui s’est passé en 2007 en France. Si on réfléchit bien, qu’est-ce qui a pu bien se passer ? Il y a peut-être eu une élection présidentielle qui est passée par là, peut-être qu’on va y revenir. Avant de faire une petite pause musicale, je voulais juste revenir sur cette durée de quatre ans et sur ce contexte. Parce que, finalement, on peut penser que c’est la Défense qui pilote tout ça, initialement dans un objectif de rationalisation des coûts, mais nous on pense plutôt qu’en fait Microsoft, craignant que la Gendarmerie nationale, la démarche de la Gendarmerie se répande – on rappelle que la Gendarmerie nationale à l’époque était en pleine migration vers le logiciel libre – s’est dit on va utiliser la volonté de rationalisation des coûts du ministère de la Défense pour proposer un « Open Bar » gagnant pour Microsoft. C’est-à-dire qu’en utilisant leur prétendu monopole sur le poste de travail et la bureautique – alors je vous rappelle qu’il existe des suites bureautiques libres déjà à l’époque – et en l’étendant à presque tout son catalogue et avec une location limitée dans le temps mais renouvelable, donc limitée à quatre ans, ça rend en fait de facto prisonnier le ministère de la Défense parce que le ministère, s’il n’anticipe pas à temps, est obligé, contraint de renouveler le contrat. Donc Microsoft exclut de facto tout concurrent. Et d’ailleurs, dans les derniers documents qu’on a pu consulter, le ministère de la Défense déjà acte le fait qu’en 2021 ils vont renouveler le contrat et peut-être la fois suivante. Donc très clairement, cette démarche de quatre ans est un piège pour le ministère de la Défense qui a, malheureusement, choisi ou plutôt été contraint, peut-être par des décisions politiques venant de très haut, en 2008, effectivement, de se donner pieds et poings liés à Microsoft. Mais nous verrons, en fait, qu’il est quand même possible d’agir, parce que depuis beaucoup de choses ont été publiées, de la transparence a été faite. Nous reviendrons notamment sur le rôle des politiques, sur le rôle de l’April, sur le rôle des journalistes. Mais en attendant nous allons faire une petite pause musicale nous allons écouter Vals Esperanza de Daniel Bautista.

Voix off : Cause commune 93.1 – La voix des possibles

Pause musicale : Vals Esperanza de Daniel Bautista.

Voix off : Cause Commune – cause-commune.fm – La voix des possibles

Frédéric : Vous venez d’entendre Vals Esperanza de Daniel Bautista. Et bien entendu, vous retrouverez les informations sur ce morceau de musique sur le site de l’April. Vous êtes toujours sur radio Cause Commune, 93.1 en Île-de-France et sur Internet sur cause-commune.fm. Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April.

Le dossier dont nous discutons actuellement c’est l’« Open Bar » Microsoft/Défense. Juste avant la pause on parlait, effectivement, de cet aspect captif de ce contrat, de manque de transparence. Suite à l’article de Marc Rees en 2008 qui révèle ce contrat, nous, l’April, on a commencé évidemment à s’intéresser à ça pour essayer de comprendre ce qui s’est passé et on a notamment utilisé deux actions ; on va les aborder à la suite : d’abord l’accès à des documents administratifs et ensuite, évidemment, la sensibilisation auprès des élus.

Déjà, Marc, toi qui es un spécialiste, en fait, de cette demande de communication de documents administratifs, est-ce que tu peux expliquer un petit peu comment ça marche et si tout le monde peut utiliser cette procédure ?

Marc Rees : Oui. Tout à fait. Les demandes Cada, c’est ce qu’on appelle les demandes Cada dans le jargon.

Frédéric : Qu’est-ce que ça veut dire Cada ?

Marc Rees : Les demandes Cada sont des demandes qui sont exercées auprès de la Commission administrative des documents administratifs, donc la Cada, et qui visent à contraindre, en tout cas à inviter solidement une entité administrative à fournir des pièces qu’elle n’a pas publiées. Normalement, la publicité c’est un peu la règle dans une démocratie éclairée ; malheureusement on a beaucoup de collectivités, d’administrations et de ministères, qui n’ont pas encore impacté, qui n’ont pas encore réalisé cette nécessaire transparence dans une démocratie éclairée et qui, en 2018 après Jésus-Christ, résistent toujours à ce nécessaire besoin de transparence !

Donc j’explique. Lorsqu’une administration ne fournit pas un document, vous avez la possibilité de contacter cette administration pour lui demander poliment. Cette demande peut se faire par lettre recommandée, simple, voire par e-mail, et au bout d’un mois, si elle refuse ou alors si elle conserve son silence, ce qui équivaut à un refus implicite, l’étape numéro 2 se poursuit devant une commission administrative qui est la Cada. Et devant cette Cada, cette Commission d’accès aux documents administratifs, vous allez faire un petit historique en disant « voilà, à telle date j’ai demandé tel document et l’administration a refusé, en tout cas a gardé son silence ». Et à ce moment-là, la Commission d’accès aux documents administratifs va ausculter, va contacter, en l’occurrence ici le ministère de la Défense, pour savoir un petit peu ce qu’il en est et ensuite elle va donner un avis. Alors c’est un avis qui est simple, c’est-à-dire dire qu’il n’a pas de force juridique en ce sens que ce n’est pas une obligation pour l’administration que de le suivre, mais par contre, un justiciable qui se voit reconnaître un droit d’accès à un document administratif, conservé jalousement par l’administration, a la possibilité, en étape numéro 3, de saisir les tribunaux administratifs voire le Conseil d’État suivant le degré, en l’occurrence ici le degré de la collectivité administrative qui est réticente, pour, cette fois-ci, obtenir une obligation de communication, au besoin sous astreinte.

C’est une technique qui est ouverte à tout le monde, qui peut être adressée, et qui peut viser n’importe quelle administration, une collectivité locale, un maire, un conseil général, je ne sais pas moi, et en l’occurrence un ministère aussi, et ici le ministère de la Défense. Moi j’en ai fait beaucoup de procédures Cada, notamment à l’encontre d’autorités administratives comme la HADOPI, la CNIL, le ministère de la Culture aussi, et à chaque fois j’ai obtenu gain de cause.

Frédéric : Merci pour cette présentation de la procédure de communication de documents administratifs, donc qui est ouverte à tout le monde. Si vous êtes intéressé par un document produit par votre mairie dans le cadre, je ne sais pas, d’un projet municipal, vous pouvez effectivement solliciter la mairie et si celle-ci ne vous répond pas ou refuse la communication, vous pouvez saisir la Cada. Sur Next INpact il y a d’ailleurs un article qui explique comment procéder ; nous mettrons le lien évidemment sur le site de l’April pour expliquer aux gens comment utiliser cette technique de demande de communication administrative. À l’April on l’a beaucoup utilisée. Juste en quelques mots, Étienne, est-ce que tu peux nous faire un petit peu un retour sur les effets de ces demandes de communication de documents administratifs ?

Étienne : C’est vrai que c’est un outil indispensable pour notre action. Déjà ce qui est intéressant c’est que quand on reçoit, quand on réussit à obtenir des documents, en général on va déceler, on va trouver de nouvelles informations qui vont pouvoir initier de nouvelles demandes. Finalement ça nourrit notre action tout au long de ces années de lutte contre cet accord. Ça nous permet aussi, dans nos relations — parce qu’on essaie de bâtir avec certains parlementaires des relations de confiance — par rapport aux informations qu’on arrive à découvrir parfois dans ces documents, ça permet aussi d’initier, comme Marc en parlait plus tôt, des questions écrites ou orales, généralement écrites. Par exemple on a une sénatrice avec qui on discute assez régulièrement, c’est Joëlle Garriaud-Maylam, qui a initié plusieurs questions écrites. Donc si on voit une information on la contacte, on lui propose, on voit avec elle si elle serait intéressée à poser cette question écrite.

Frédéric : Est-ce que tu peux expliquer ce qu’est une question écrite ? À qui est-elle adressée ?

Étienne : Une question écrite, comme Marc le disait, n’importe quel parlementaire, sénateur, sénatrice ou déput·é·e, peut poser une question, ça fait partie de ses prérogatives parlementaires, par voie orale ou par voie écrite, au ministère, enfin au ministre concerné par le document, donc dans le cas de l’« Open Bar » au ministre ou à la ministre des Armées. D’ailleurs, pour faire écho à toute l’opacité qui entoure ce contrat, il est intéressant de noter que c’est par une réponse à une question écrite en 2017 qu’on a appris que le contrat avait été effectivement renouvelé. Ce qui montre quand même toute l’opacité qui règne autour de ça et l’importance de ces outils, d’abord des demandes d’accès aux documents administratifs et puis de l’outil parlementaire que sont les questions écrites ou orales.

Frédéric : D’ailleurs on va bientôt écouter l’interview de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam. Il faut savoir quand même que c’est quelqu’un qui, lors du projet de loi République numérique en 2016 dont tu as parlé en début d’émission, avait déposé des amendements en faveur d’une priorité au logiciel libre. Donc c’est quelqu’un qui est sensibilisé sur ces questions et qui, finalement, continue son travail quelque part en faveur d’une informatique libre au service de toutes et de tous. Effectivement ces questions écrites permettent d’avoir un certain nombre d’informations. Les documents qu’on reçoit via les demandes Cada, eh bien des fois il y a des informations utiles. On apprend notamment dans le dernier rapport qu’on a reçu, eh bien que le ministère de la Défense a déjà quasiment acté le renouvellement prochain. Des fois c’est un peu plus difficile à lire parce que c’est totalement caviardé avec du marqueur noir. On se souvient qu’un rapport avait été caviardé à 95 % je crois. Et ce qui était marrant c’est que les personnes qui avaient fait ce caviardage n’avaient pas caviardé le sommaire. En fait, simplement en consultant ce sommaire on avait une idée des conclusions de ce rapport. Des fois les gens ne font pas forcément très bien leur travail ! Vas-y.

Marc Rees : Pour revenir à ce que disait Étienne sur l’opportunité de poser une question écrite ou orale à un ministère, il faut aussi revenir aux fondamentaux. C’est-à-dire que finalement ce sont les députés et sénateurs qui, à l’occasion de la loi de finances, votent un budget qui va permettre ensuite aux ministères de réaliser des choix. Donc il y a quelque part un rapport d’autorité, même s’il y a une séparation des pouvoirs : ce sont les parlementaires qui votent les budgets et le gouvernement qui va ensuite allouer les sommes d’argent public ici ou là. Et ces choix budgétaires, ces choix effectifs, doivent donner lieu à l’occasion, enfin doivent contraindre aussi quelque part la personne qui va exécuter ce budget public à rendre des comptes, puisque ça reste de l’argent public : c’est de l’argent public qui est collecté sur l’impôt. Donc c’est une logique de transparence et de saine démocratie que d’avoir un contrôle sur l’affectation des sommes affectées ici ou là.

Étienne : Tout à fait. C’est très intéressant ce que tu dis, notamment en termes d’action et de l’enjeu de sensibiliser déjà les parlementaires ; d’ailleurs il n’y a pas que l’April, n’importe qui peut sensibiliser son parlementaire à ces questions-là, parce que, comme tu dis, au cœur de l’action des parlementaires il y a ce contrôle aussi des actions du gouvernement que ce soit notamment par la voie du projet de loi de finances. Et c’est en sensibilisant, en créant ce rapport de force et en armant les parlementaires sur ce sujet qu’on va pouvoir aussi agir de manière à faire la lumière sur ce contrat.

Frédéric : Justement, faire la lumière sur ce contrat c’est un peu tout l’enjeu du travail de la presse, donc notamment de Next INpact, de l’April et là-dessus, effectivement suite à nos échanges avec la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, celle-ci a déposé une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête parlementaire sur ce contrat, qui a été déposée fin 2016. Il y a quelques semaines Olivier Grieco et Étienne Gonnu ont été interviewer la sénatrice. Donc nous allons écouter une interview, je crois qu’elle fait sept-huit minutes, de la sénatrice qui va nous expliquer pourquoi elle a déposé cette proposition de résolution de création de commission d’enquête et où elle en est.

Étienne : Bonjour Madame la sénatrice.

Joëlle Garriaud-Maylam : Bonjour.

Étienne : Merci de nous recevoir pour discuter de l’accord entre Microsoft et le ministère de la Défense, qui ont un accord global de licence depuis 2008. Vous avez déposé, en 2014 de mémoire, une question écrite au ministre de la Défense pour en savoir plus, j’imagine, sur cet accord. Est-ce que vous pouvez nous dire déjà comment vous avez entendu parler de cet accord justement et ce qui vous a incité à poser cette question écrite ?

Joëlle Garriaud-Maylam : Ça m’intéresse comme toute bonne citoyenne en principe et en tant que parlementaire aussi, évidemment. Et c’est vrai que je me suis posé un certain nombre de questions ; j’ai lu un certain nombre d’articles qui n’ont fait qu’augmenter mon inquiétude sur ce fameux contrat « Open Bar ». Parce que je suis les questions de défense, parce que je suis membre du bureau de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, donc je suis évidemment très sensibilisée sur ces questions de défense, de sécurité, de préservation de l’information, du renseignement, et j’estimais qu’avoir un contrat avec Microsoft dont nous connaissons les failles, des failles qui ont été prouvées, des envois de données qui n’auraient pas dû avoir lieu et qui ont été récupérées par les États-Unis ; c’est quand même extrêmement gênant d’autant plus qu’en France nous souhaitons avoir une politique de défense indépendante, même si nous avons, bien sûr, des alliés avec les pays de l’OTAN et évidemment les États-Unis.

Étienne : Vous avez parfaitement raison. J’imagine que c’est dans ce cadre que, fin 2017, vous avez déposé une proposition de création d’une commission d’enquête.

Joëlle Garriaud-Maylam : Oui.

Étienne : J’imagine, déjà pour répondre à toutes les interrogations que vous venez de soumettre. Comment celle-ci a-t-elle été accueillie ? Avez-vous subi des pressions suite à ça ? Croyez-vous qu’elle puisse aboutir ? Et qu’en attendez-vous si celle-ci était acceptée ?

Joëlle Garriaud-Maylam : Comme je n’étais pas très satisfaite des réponses qui m’ont été apportées, j’ai donc décidé de déposer cette proposition de résolution pour une commission d’enquête parce que, comme vous le savez sans doute, dans les commissions d’enquête parlementaire on ne peut pas mentir aux parlementaires : il y a un devoir de transparence. Cela dit, je ne me faisais guère d’illusions et les faits ont prouvé que j’avais raison de ne pas me faire d’illusions, puisque l’on m’a bien dit qu’il y avait eu quand même des pressions assez importantes de la Défense pour que cette commission d’enquête ne soit pas établie. Et donc elle ne sera très certainement pas établie, sauf miracle bien sûr. Mais il y a longtemps que je crois plus vraiment aux miracles !

Étienne : Entendu. Nous avons aussi appris au début de cette année qu’en 2005, donc avant la passation de ce premier accord-cadre, de ce premier « Open Bar » qui a été renouvelé deux fois depuis, une étude aurait préconisé une migration des systèmes d’information de la Défense vers du logiciel libre. Un rapport donc qui aurait été approuvé par la ministre de la Défense de l’époque, madame Michèle Alliot-Marie ; c’est quelque chose que nous avons découvert. Deux questions en ce sens. Déjà l’existence de ce rapport et de cette volonté à l’époque du ministère de la Défense de favoriser le logiciel libre vous a-t-elle surprise ? Et soutenez-vous, finalement aussi de manière plus générale, cette volonté de migrer vers du logiciel libre ? Nous savons notamment que pendant l’étude du projet de loi République numérique vous aviez défendu un amendement portant la priorité au logiciel libre.

Joëlle Garriaud-Maylam : Absolument. Moi je crois beaucoup au logiciel libre pour ses raisons de sécurité, prouvées, parce que le géant Microsoft, je l’ai dit tout à l’heure, présentait quand même beaucoup de failles que nous n’avons pas vues dans le logiciel libre et en plus, souvenons-nous que la Gendarmerie utilise le logiciel libre et avec grand succès. J’ai eu l’occasion d’en parler avec d’anciens responsables de la Gendarmerie qui m’ont dit qu’ils avaient aussi subi pas mal de pressions pour signer avec Microsoft, qu’ils avaient tenu à avoir ce logiciel libre et qu’ils s’en étaient félicités.

En ce qui concerne la ministre de la Défense de l’époque, Michèle Alliot-Marie, j’avoue que je lui ai soulevé la question, j’ai soulevé le problème avec elle. Elle se souvenait qu’effectivement il y avait eu un débat, mais c’est quand même un peu lointain et voilà ! Elle ne savait plus exactement comment il y avait eu évolution du processus de décision quant à l’utilisation de Microsoft plutôt que le logiciel libre. Mais en tout cas moi je regrette, bien sûr, cette décision de ne pas avoir opté pour le logiciel libre.

Étienne : Entendu. Alors peut-être une question pour changer un peu de sujet mais rester, bien sûr, sur la question de l’« Open Bar ». C’est vrai que nous avions déjà eu l’occasion, depuis notamment le dépôt de votre question écrite en 2014, d’avoir des échanges avec vous et avec votre équipe. Que pensez-vous donc de ce travail et de ces allers-retours entre la société civile et des parlementaires ? Est-ce que vous pensez que c’est finalement un mécanisme sain et normal, démocratique ? Alors là, je vous donne mon point de vue par cette question. Et quelle importance accordez-vous à ce genre d’échanges et plus spécifiquement sur cette typologie de dossier-là qui est marqué par une forte opacité ?

Joëlle Garriaud-Maylam : Bien sûr. Moi je crois en la société civile ; je crois au Parlement, qui nous semble menacé actuellement – ça c’est un autre débat, mais on voit bien que l’exécutif veut essayer de rogner les pouvoirs du Parlement de plus en plus, les pouvoirs d’amendements, enfin bon ; encore une fois c’est un autre débat. Mais il me paraît absolument indispensable que la société civile s’implique aux côtés des parlementaires sur des sujets qui la concernent directement. La souveraineté du peuple appartient au peuple, appartient à chaque individu. Chaque individu doit se mobiliser et s’intéresser à toutes les questions qui le concernent, en particulier en termes de sécurité ; et la sécurité numérique est très importante. Et encore une fois, chaque personne détient une part de la souveraineté populaire et doit utiliser cette marge de manœuvre, de réflexion, qui est la sienne pour pouvoir aussi peser sur débat public, par l’intermédiaire des parlementaires par exemple. Et moi je suis toujours à l’écoute de toutes les idées, de toutes les réactions, de tout ce qui peut susciter débat, problème, parce que je suis là pour servir mes concitoyens, pour servir mon pays et pour essayer, bien évidemment, d’améliorer la situation globale. Et je pense vraiment, sincèrement, que cette question de souveraineté numérique en France, mais aussi en Europe, est une question absolument cruciale, qui le sera de plus en plus, et nous ne pouvons rester passifs et indifférents face à cette grave problématique.

Étienne : Merci beaucoup pour ces réponses très précises et qui posent très bien, je pense, les enjeux du débat. Donc merci à vous.

Joëlle Garriaud-Maylam : Merci à vous.

Frédéric : Vous venez d’écouter l’interview de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, qui est une sénatrice Les Républicains et qui est secrétaire de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces Armées ; donc c’est un travail très important qu’elle mène. Il nous reste très peu de temps sur cette partie « Open Bar ». Je vais quand même repasser d’abord la parole à Étienne Gonnu. La sénatrice a eu des mots très forts ; j’avais l’impression d’être dans une série noire avec de la mafia, « pression auprès de parlementaires » ; ça a l’air d’être assez hallucinant !

Étienne : On voit très bien à quel point ça se joue à des hautes sphères ! Enfin le pouvoir déjà que peut avoir Microsoft au sein de l’État français ça me fait penser à cette anecdote : on parlait de la Gendarmerie qui, on avait eu une lettre interne – je crois que c’est Next INpact qui l’avait révélée – dans laquelle elle disait qu’il fallait agir discrètement pour ne pas que Microsoft vienne mettre des bâtons dans les roues de leur projet de migration vers du logiciel libre. Je pense qu’on est clairement dans une situation ! On parlait de captation, là on est vraiment ! On peut penser au comité d’experts qui parlait d’addiction aux logiciels Microsoft ; là je pense qu’on est directement dans ce sujet-là.

Je pense qu’on peut repréciser rapidement, revenir sur la question de la commission d’enquête. Pour préciser il s’agit bien d’une commission : toute personne convoquée est tenue de se présenter et témoigne sous serment ; donc il y a un formalisme important autour de ça. C’est vrai que la sénatrice parle de miracle. Pour mettre en perspective nous, ça faisait quelque temps qu’on militait pour la création, enfin au moins le dépôt de ce genre de demande, un an avant qu’elle soit déposée. Ce qui tenait du miracle c’est peut-être le fait même qu’elle ait été déposée. Donc on avance et c’est tout l’enjeu, comme on le disait plus tôt, de créer un rapport de force qui permettra la tenue d’une telle commission.

Frédéric : En fait, ce que tu dis, c’est que chacun peut agir, chacune peut agir, ne serait-ce que par exemple en informant les parlementaires, qu’ils soient sénateur, sénatrice ou député·e, parce qu’il peut y avoir aussi une commission d’enquête qui peut être créée au niveau de l’Assemblée nationale. Effectivement, l’importance de cette commission c’est son côté formel, c’est un petit peu comme la justice : les personnes convoquées sont obligées de venir s’exprimer, évidemment sans mentir parce que si elles mentent elles risquent effectivement des choses importantes. Donc l’idée c’est de faire venir les gens qui, à l’époque, ont pris la décision et donc ils savent ce qui s’est passé ; qui pourraient lever, finalement, le mystère qu’évoquait Marc Rees tout à l’heure qui ne comprenait pas ce qui s’était passé entre 2006 et 2008. Pourquoi, tout d’un coup, alors qu’effectivement il y a des signes très forts en faveur du logiciel libre, il y a un contrat « Open Bar » qui est signé malgré des avis très fortement opposés ? Marc est-ce que tu as quelque chose à ajouter sur ce dossier « Open Bar », sur lequel on reviendra évidemment dans d’autres émissions ?

Marc Rees : Tout simplement j’ai envie de feuilleter la Revue stratégique 2017. La Revue stratégique ce n’est pas un fanzine, c’est un texte qui est rédigé par des personnes haut gradées du ministère des Armées, à la demande du président de la République, et qui est destiné à fixer un cadre stratégique pour l’élaboration des prochaines lois de programmation militaire. Donc grosso modo, c’est tout ce qui touche vraiment au cœur du cœur du secteur. Et au fil de ses pages la Revue stratégique, en tout cas ses auteurs ont constaté pour en creux le dénoncer la suprématie des États-Unis dans toutes les dimensions de l’espace numérique : matériel, technologique, économique, juridique, politique et militaire, et c’est une suprématie qui est, je cite « d’un contraste saisissant avec la situation des Européens qui demeurent fortement dépendants de l’extérieur et dont les investissements comme les acteurs peinent à atteindre une taille critique ». Voilà ! Donc on continue dans cette drôle d’histoire qui a, comme ça, l’apparence d’un super 8, on continue, avec des hauts et des bas, des chauds et des froids. Et là, on a en tout cas un document officiel, qui est rédigé à la demande du président de la République et qui témoigne de la forte dépendance aux solutions américaines ; qui dénonce le fait que les États-Unis, finalement, ont une emprise sur l’ensemble de ces secteurs qui sont ultra-stratégiques, d’autant plus que le code n’est pas accessible, donc savoir exactement ce qui se passe à l’intérieur, ce n’est pas évident. Et, dans le même temps, ils constatent dans une logique, peut-être pour en revenir un petit peu à ce qui a été dit en introduction, une problématique de souveraineté, que, finalement, eh bien les Européens sont dans le caniveau, sont à la ramasse et, plutôt que d’être locomotive, ils ne sont que wagons. Voilà !

Frédéric : Écoute, c’est une belle conclusion qui, effectivement mène à la conclusion qu’il faut une volonté politique forte pour sortir de cette dépendance. Espérons que l’État français l’aura pour la prochaine édition. D’autres pays l’ont visiblement ; il y a des exemples, notamment italiens. Tout à l’heure tu disais, Étienne, tu parlais des pressions sur la Gendarmerie, en fait ce n’est pas Next INpact qui a révélé ça, c’est le site YouPress qui en a parlé. Vous retrouverez toutes les références sur le site de l’April, april.org, parce qu’on a cité beaucoup de choses. La Revue stratégique dont vient de parler Marc, on mettra le lien avec la citation effectivement. Donc on va s’arrêter là sur la partie « Open Bar ». On va terminer par les actus et puis l'annonce des prochains rendez-vous. Marc pour l’instant, évidemment, tu restes avec nous.

Comme on l’a dit tout à l’heure, eh bien écoutez si vous voulez découvrir le logiciel libre vous pouvez aller au prochain Premier Samedi à la Cité des sciences et de l’industrie donc au Carrefour numérique ; c’est le 2 juin 2018.

Vous avez tous les jeudis soir à Paris, dans le 11e arrondissement, les Soirées de contribution au logiciel libre. Là aussi ces soirées sont ouvertes à toutes et à tous.

Vous avez les apéros qu’on a cités tout à l’heure. Tout ça se trouve sur l’Agenda du Libre, agendadulibre.org. Évidemment dans les autres régions françaises vous avez des événements équivalents, par exemple à Montpellier il y a un apéro April chaque troisième jeudi du mois.

Sur le site de l’April, donc april.org, vous retrouverez une page qui liste toutes les références qu’on a citées, les liens utiles, les citations, le lien vers le podcast. Vous trouverez même une transcription. Il faut savoir que nous avons une groupe Transcriptions très efficace et je pense que dans la prochaine émission nous aurons au téléphone la personne qui gère ce groupe, donc une transcription écrite de cette émission.

Avant de remercier les personnes présentes aujourd’hui, l’annonce de la prochaine émission justement. À la prochaine on sera en direct ; ce sera le 5 juin 2018 à 15 h 30 jusqu’à 17 h. Le dossier principal que nous aborderons ce sera la révision de la directive droit d’auteur. Vous pouvez vous dire que vient faire la révision de la directive droit d’auteur par rapport au logiciel libre, aux libertés informatiques ? Eh bien on est en plein dedans et pas que ! Là, ce coup-ci, nous aurons le plaisir d’avoir Marc Rees, qui est un peu notre expert journalistique, en plateau, pour revenir en détail sur cette révision de la directive droit d’auteur et l’impact sur les libertés informatiques et même sur nos usages quotidiens.

Je remercie Isabella de sa présentation sur le groupe Sensibilisation et de ses actions.

Isabella : Avec plaisir.

Frédéric : Étienne Gonnu qui est chargé de mission affaires publiques à l’April, qui s’occupe notamment de la partie, effectivement avec moi, de tous les dossiers institutionnels qui ne sont pas que de la défense du logiciel libre ; c’est aussi une façon de promouvoir l’usage du logiciel libre dans les collectivités et, on l’espère, l’État.

Marc Rees, qui était avec nous, qui est rédacteur en chef de Next INpact. Je te remercie, Marc, d’avoir été avec nous.

Marc Rees : Merci pour l’invitation.

Frédéric : Je remercie évidemment Olivier Grieco pour l’animation au niveau régie et puis, encore une fois, simplement pour le fait que cette radio existe, parce que, franchement, ça fait du bien. On va finir simplement par une dernière pause musicale, le générique que vous avez écouté tout à l’heure, les 25-30 secondes, eh bien c’est un extrait d’une musique qui s’appelle Wesh Tone, un artiste qui s’appelle Realaze. Donc on va vous laisser avec cette musique et on se retrouve le 5 juin 2018, ce coup-ci en direct.

Voix off : Cause commune 93.1 – La voix des possibles

Pause musicale : Wesh Tone, Realaze.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – Partage ta radio

GitHub racheté par Microsoft, pour quoi faire - Décryptualité du 4 juin 2018 - Transcription

mer, 06/06/2018 - 11:42


Titre : Décryptualité du 4 juin 2018 - GitHub racheté par Microsoft, pour quoi faire ?
Intervenants : Luc - Manu - Nico - Magali
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : juin 2018
Durée : 15 min 15
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 22 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo de GitHub Wikimedia Commons, domaine public
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 22. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Eh bien tu es revenu !

Manu : Oui.

Luc : Tu es allé à Thouars [ou aléatoire, NdT]] ?

Manu : Exactement. Exactement, dans le Poitou.

[Rires]

Luc : Qu’est-ce qu’on a dans la revue de presse cette semaine ?

Manu : Six articles. Des choses dont vous avez déjà parlé la semaine dernière et puis d’autres un peu plus nouvelles.

Mag : Le Monde.fr, « Hausse des tarifs de Google Maps : "On a plus que jamais besoin d’alternatives libres" », par Claire Legros.

Manu : Eh oui, Google augmente les tarifs et là ça va casser plein de sites web.

Luc : On en a parlé la semaine dernière.

Mag : La gazette.fr, « Logiciel libre : conseils pratiques et bonnes conduites », par Gabriel Zignani.

Manu : Eh bien c’est comment se mettre, quand on est une administration ou une institution, au logiciel libre. Donc c’est la contribution d’une manière générale, d’un point de vue d’une politique à mettre en place.

Mag : Les Echos, « 5 raisons pour lesquelles l’avenir de l’Open Source est… open ! », par Brice Texier.

Manu : Ça parle du point de vue des entreprises. Tout va bien de ce côté-là. Le Libre, l’open source dans ses paroles, marche vraiment bien donc l’avenir est radieux.

Mag : Numerama, « SAIP : le gouvernement renonce à l’application défectueuse et se tourne vers les réseaux sociaux », par Julien Lausson.

Manu : Ça ne parle pas directement de logiciel libre, mais ça nous intéresse quand même parce qu’on en a parlé l’année dernière. C’était une application proposée par l’État, qu’on pouvait installer sur son téléphone, qui pouvait nous prévenir – la promesse étant en moins de quinze minutes – quand il y avait un attentat ou quelque chose de dangereux.

Luc : Une catastrophe naturelle ou quelque chose comme ça.

Manu : Exactement. Ça n’avait pas marché pour l’attentat du 14 juillet à Nice : les gens avaient été prévenus plusieurs heures plus tard. C’est quelque chose qui a été payé par les deniers de l’État, qui n’a pas bien marché ; l’État se décide à changer son fusil d’épaule et maintenant ils vont utiliser les réseaux sociaux pour prévenir les gens en cas de catastrophe !

[Grognements]

Luc : Oui. On rappelle que Gaël Musquet à l’époque avait rappelé, ça a encore été rappelé à l’occasion, qu’il existe des protocoles pour utiliser la téléphonie mobile et pour faire du broadcast. C’est-à-dire techniquement il est tout à fait possible de dire on envoie un message d’alerte et du coup tout le monde recevrait un SMS massivement et donc on pourrait localement prévenir les gens qui sont concernés, très rapidement et très efficacement. Mais voilà ! L’État préfère passer par les réseaux sociaux !

Manu : Il ne doit pas être au courant. On n’a pas dû lui dire que ça existait !

Luc : Oui ! On y croit !

Mag : ZDNet France, « Un donateur anonyme promet 1 million de dollars à Gnome », par Thierry Noisette.

Manu : Une grosse tirelire a été cassée par quelqu’un et il a été généreux ce quelqu’un : il offre à la Fondation GNOME1 pour des développements. Alors c’est un bureau.

Luc : Ouais. Et puis il y a besoin en plus !

Manu : Il est très bien ce bureau ! Mais effectivement, il y a toujours besoin de développements et de développeurs qui travaillent dessus. Donc un million ça pourra injecter un petit peu d’énergie ; ce n’est pas mal.

Mag : nonfiction.fr, « Entretien à propos de "Makers", les laborantins du changement social », par Jean Bastien.

Manu : C’est toute une discussion autour des laboratoires et des fablabs, donc les laboratoires de la fabrication, on peut le traduire de cette manière-là, et de la manière dont ça apporte une nouveauté, une innovation. Alors là c’est le changement social alors c’est le mouvement un petit peu des gens qui vont prendre en main leur construction eux-mêmes. C’est intéressant ; ça intéresse notamment les communautés locales.

Luc : On va parler d’un sujet d’actualité, mais d’actualité brûlante qui n’est pas encore dans la revue de presse puisque tu fais la revue de presse de la semaine passée. Aujourd’hui même, on est lundi, est tombée une nouvelle assez fracassante : Microsoft a cassé sa tirelire et c’est un peu plus qu’un million de dollars qui ont été dépensés.

Nico : C’est plutôt 7,5 milliards de dollars qui ont été investis dans GitHub, donc le rachat d’une des principales plateformes de développement.

Manu : La principale plateforme.

Nico : Ou la principale. Ça fait assez mal, en fait, d’être rachetée par Microsoft.

Luc : Il faut quand même expliquer ce que c’est parce que c’est un truc très technique donc pour comprendre à quoi ça sert et quels sont les enjeux.

Manu : Et l’importance. Donc GitHub c’est une forge logicielle et une forge c’est comme les forgerons qui construisent toutes ces épées, toutes ces armes ou outils.

Luc : Des marteaux.

Manu : Exactement ! Ce sont plein de forgerons, de développeurs, d’informaticiens, qui, à l’aide de ces forges logicielles, se mettent en commun et arrivent à travailler en commun sur des briques logicielles et il y en a plein de sortes.

Luc : Sur du code.

Manu : Sur du code carrément. Git2 c’est un outil pour gérer le code et GitHub3 c’est une plateforme logicielle qui utilise notamment cet outil et pas que.

Luc : Une plateforme internet.

Manu : C’est une plateforme internet qui marche très bien et qui est énorme. C’est la plus grosse plateforme de développement, la plus grosse forge logicielle connue ; il y a jusqu’à combien de personnes ?

Nico : Il y a à peu près 25 millions d’utilisateurs et 67 millions de dépôts ; ça c’était en fin 2017. Donc voilà, c’est quand même assez colossal.

Luc : Pour comprendre un petit peu à quoi ça sert, quelles sont les fonctions : les informaticiens écrivent du code, ils ne sont pas nécessairement tout seuls et après, le code, ils vont le tester et puis on va leur remonter des bugs, etc. Il va y avoir n versions.

Manu : Il y a de la documentation.

Luc : Il y a de la documentation, donc on va pouvoir, avec cet outil-là, suivre toutes les différentes versions : qui a fait quoi, qui a mis tel bout de code à tel endroit et puis si on s’aperçoit qu’il y a un problème on peut revenir en arrière et puis on peut dire « c’est toi qui t’es planté », etc. Donc tous ces trucs-là pour réussir à gérer l’évolution de son logiciel, ce sont des outils spécifiquement faits pour ça.

Manu : Et primordiaux ; ils sont utiles et nécessaires, parce que sans ça, eh bien une équipe n’arrive pas ou n’arrive plus, en tout cas aujourd’hui, à travailler en commun.

Nico : Le problème qu’on a avec GitHub, qui est un peu le problème général du logiciel libre, c’est qu’on s’est retrouvés avec une plateforme privatrice parce que code de GitHub n’est pas disponible.

Luc : Il n’est pas libre.

Nico : Il n’est pas libre du tout. Personne ne peut remonter un GitHub à lui et du coup tous les logiciels libres ont été vers cette plateforme-là. Donc on retrouve quasiment tous…

Luc : Une grosse partie d’entre eux.

Nico : Une grosse partie d’entre eux, autant dire tous, parce qu’il y en a très peu, vraiment minoritaire, à aller vers d’autres solutions et, au début, tout le monde allait bien parce qu’on trouvait que GitHub collaborait plutôt bien avec la communauté, était assez ouvert.

Manu : Sympathique.

Nico : Et là, on se retrouve à voir tout partir chez Microsoft et en particulier les données des utilisateurs. On ne sait pas trop ce qu’ils vont faire derrière, même s’ils n’ont pas trop intérêt à faire un peu n’importe quoi, mais on verra bien !

Mag : Ça me rappelle quand Microsoft a racheté LinkedIn et, du coup, il y a plein de gens qui sont partis de LinkedIn pour ne pas être Microsoft. J’imagine que là on va faire pareil.

Manu : LinkedIn, réseau social professionnel. En tout cas c’est destiné à cela. C’était présenté comme cela, c’est pour qu’on mette son CV et qu’on soit mis en commun avec d’autres, pour les recruteurs, les recrutements.

Luc : Oui. Après je trouve que c’est un peu de la fausse pudeur parce que cette boîte, sur le réseau social, ils ont été hyper-agressifs avec les données des gens en spammant dans tous les sens, etc. Donc OK, Microsoft l’a rachetée, mais bon ! La question c’est 7 milliards et demi ça fait quand même une belle somme, même pour Microsoft, quel intérêt ils ont à racheter cette boîte ?

Manu : On ne connaît pas encore le fond exact de l’affaire.

Luc : Oui. Quel intérêt, parce qu’il faut déjà comprendre, GitHub ce n’est pas une boîte qui est ultra-rentable.

Nico : Non, non !

Luc : Ils gagnent de l’argent comment ?

Nico : Ils étaient quand même pas mal rentables parce qu’ils vendaient leurs solutions à des grosses boîtes en disant « vous n’allez pas vous héberger sur la version publique, mais on va vous mettre la vôtre sur vos serveurs », par exemple. Il y avait des options payantes pour avoir des dépôts privés, pour éviter justement d’avoir le code public quand on contribuait à des logiciels pas libres.

Manu : Mais ça ne leur rapportait pas mon plus des mille et des cents ; c’était quelques dizaines de millions de dollars

Nico : Mais c’était suffisant, je n’ai pas les stats [statistiques] de rentabilité.

Manu : Mais ce n’était pas à la hauteur de leur évaluation.

Nico : Mais ça ne vaut pas 7 milliards et demi.

Manu : Ils étaient évalués à plus de 2 milliards de dollars, c’était l’évaluation, et il était question qu’ils rentrent en bourse.

Mag : Après ce n’est pas forcément une question de rentabilité ; c’est peut-être une question d’image : avoir racheté GitHub c’est aussi avoir racheté la plateforme de code la plus importante. Et donc Microsoft, qui a de plus en plus de difficultés pour faire de l’argent, a trouvé un autre moyen de se mettre de nouveau sur le devant de la scène ; c’est une belle publicité qu’ils se font là.

Luc : La publicité à 7 milliards et demi, ça fait quand même cher la pub ! J’ai du mal à imaginer qu’ils dépensent autant d’argent juste pour une question d’affichage.

Nico : Après GitHub aussi ne vient pas avec juste leur logiciel de gestion de sources mais a aussi développé Electron qui est peu la pierre angulaire de l’écosystème autour de Node.js.

Luc : Node.js4 c’est quoi ?

Nico : C’est en environnement technologique en fait assez récent et qui fonctionne bien aujourd’hui et qui est bien à la pointe. Ils ont aussi Atom5, par exemple, un éditeur de texte qui a été développé, qui a été pas mal utilisé par le logiciel libre parce que, justement, c’était sympa et c’était un des plus efficaces actuellement. Eh bien tout ça, maintenant, ça tombe dans l’escarcelle de Microsoft !

Mag : Alors 7,5 milliards ça vous paraît énorme, mais d’après ce qu’ils disent, à partir de 2020 ils devraient pouvoir avoir un bénéfice d’exploitation à hauteur de moins de 1 %. Finalement, 7,5 milliards ça va les embêter pendant deux ans et demi.

Luc : Du coup ça veut dire quoi concrètement ? Parce que moi, la compta ce n’est pas mon truc !

Mag : En gros ils vont l’amortir. C’est-à-dire que c’est une grosse charge sur l’année 2018 et qu’ils ne vont pas la faire que sur l’année 2018, ils vont l’étaler sur plus ou moins trois ans. Ce qui va leur permettre de payer moins d’impôts, d’avoir une grosse charge mais sur trois ans et pas sur une année. Donc l’année 2018 ne sera pas une grosse année à perte puisque ça sera sur plusieurs années.

Luc : Ça fait quand même quelques milliards qui partent dans la nature. Enfin dans la nature !

Manu : Et pour acheter quoi ? Pour acheter des dépôts, mais ce sont des dépôts de logiciel libre majoritairement, donc du code libre ça veut dire qu’il est assez aisé de l’enlever, de le mettre sur une autre plateforme. D’ailleurs, il y a plein de développeurs qui sont en train de déclarer leur désir de se barrer, il va y avoir une migration.

Nico : Ils ont commencé. Ils ont déjà commencé à se barrer puisque l’alternative qui était [GitLab https://fr.wikipedia.org/wiki/GitLab_CE GitLab Community Edition] a enregistré un saut assez impressionnant de migrations vers cette plateforme-là. Ils ont publié leurs statistiques et effectivement il y avait un sacré saut sur cette journée.

Manu : Et on n’est qu’au début !

Luc : Du coup, si c’est pour partir d’un truc pour aller dans un autre machin propriétaire où ils seront enfermés, à quoi bon !

Manu : GitLab permet de remonter d’autres instances et on en connaît une. Il y a une instance de GitLab qui a été montée par des amis, par Framasoft, qui s’appelle Framagit6.

Luc : Framagit.

Manu : Et donc cette instance-là marche plutôt bien. Le gouvernement français a publié du code, il n’y a pas si longtemps, dessus.

Luc : On en a parlé il y a 15 jours, trois semaines.

Manu : Le code de Parcoursup7.

Nico : Mais il y a d’autres alternatives, il y Gitea ou Gogs.

Luc : Il y a vraiment un truc qui s’appelle Gogs ?

Nico : Oui, il y a vraiment un truc qui s’appelle Gogs.

Luc : D’accord !

Manu : Exprès ! Les gars ils ont fait ça exprès.

Nico : Donc ça permet de remonter des équivalents à GitHub et GitLab en version complètement libre et qu’on peut remonter chez soi assez facilement.

Manu : Parmi les possibilités, ce qui s’est peut-être passé dans la tête de Microsoft, c’est qu’ils ont des soucis avec l’écosystème des développeurs et des informaticiens. Microsoft, à une époque, revendiquait que tout le monde développait pour Microsoft, sans être des salariés de Microsoft ; il y avait plein de logiciels qui étaient fabriqués pour leur écosystème et ça, ils l’ont un peu perdu. Ils n’ont plus le vent en poupe en termes d’informatique, en termes de développement, et peut-être que de racheter GitHub où tous les développeurs, la majorité des développeurs sur Internet, se retrouvent, eh bien c’est peut-être une manière d’essayer de retrouver cette dynamique, de montrer aux développeurs « regardez, nous on est cool, on va vous aider à développer » et bien sûr, l’implicite c’est de développer pour nous.

Nico : Et puis ça vient compléter aussi le rachat de LinkedIn, parce que LinkedIn s’adressait surtout à tout ce qui était administratif, commercial, RH [ressources humaines, NdT] et autres, et les développeurs passaient un peu à côté de la plaque parce que quand on fait un recrutement, quand on est développeur, on va plutôt sur GitHub que sur LinkedIn. Et maintenant, vu qu’ils ont les deux, eh bien ils ont tout la chaîne de recrutement.

Manu : C’est une façon de le voir ! C’est une façon de le voir.

Luc : Donc il y a une compréhension de l’environnement qui est énorme. Après il y a aussi qu’ils peuvent analyser plein de code et faire un travail de compréhension statistique en disant « les projets qui marchent, il y a telle et telle caractéristique dans le code », ou des choses comme ça.

Nico : C’était déjà possible parce que GitHub, tous les logiciels et tout le code source était disponible, donc on pouvait déjà faire des statistiques et autres.

Manu : Ils pourront peut-être le faire mieux et plus rapidement.

Nico : Voilà, plus efficacement ou détecter vraiment les gros cadors du code ; ils pourront les détecter plus rapidement et peut-être leur faire des offres en disant « venez bosser chez nous ». Et se pose aussi la question de l’espionnage industriel puisque, du coup, maintenant Microsoft va aussi avoir accès à tous les dépôts privés de GitHub et en particulier de plein de concurrents et donc ça peut être assez bizarre ce qui peut se passer avec ça.

Mag : J’ai des chiffres amusants. En allant sur Internet, je suis tombée sur le blog du modérateur qui dit que Microsoft était déjà à la recherche de GitHub et que, en 2015, GitHub avait été évalué à 2 milliards de dollars. Donc 2015, 2 milliards ; 2018, 7,5.

Mag : Ils auraient dû attendre encore deux ans !

[Rires]

Manu : C’est un calcul qui est compliqué. Il y en d’autres qui se sont cassés les dents là-dessus. Ce qui était possible c’est que GitHub était un petit peu en train d’être vendu et il y en avait peut-être d’autres qui voulaient l’acheter en ce moment.

Mag : Alors je n’en sais rien, mais en tout cas GitHub, en 2016, affichait une perte de 66 millions. Et là tu te demandes, mais si c’est en perte pourquoi tu le rachètes ?

Luc : Ouais. Donc il y a clairement des intérêts stratégiques en jeu. Ils ne peuvent pas changer la licence des logiciels ; ça reste les logiciels des gens qui les ont mis là-dedans. Les logiciels libres restent libres. Par contre, on peut imaginer qu’ils peuvent serrer les boulons. On pense à notre affaire de Google de la semaine dernière.

Manu : Google Maps.

Luc : Google Maps8. Eh bien voilà, on serre les boulons. Il y a eu d’autres affaires de ce type-là.

Manu : Ils peuvent changer les TOS, les terms of service, ils peuvent changer la manière dont on utilise la plateforme GitHub. C’est-à-dire qu’ils ne vont pas changer le code source des projets hébergés déjà, mais si on veut continuer à héberger son projet, en théorie, ils peuvent changer les accords et les règles qui nous permettent d’héberger sur GitHub.

Nico : Aujourd’hui la partie ticket de bugs par exemple, ou wiki, étaient des solutions propriétaires, on ne pouvait pas remonter ça chez soi, eh bien peut-être qu’ils vont les rendre payantes et donc ça peut emmerder assez fortement les projets open source sur ces solutions-là.

Luc : Ce qu’on appelle les forges logicielles. Par le passé, il y avait un machin qui s’appelait SourceForge9 et qui s’est un peu cassé la gueule.

Manu : Il existe encore. Ça existe encore.

Luc : Ça existe encore, mais je crois qu’ils avaient perdu un peu pied et qu’ils avaient trouvé une astuce pour gagner de l’argent.

Nico : Ils avaient fait n’importe quoi, justement. Ils étaient un peu en déficit, ils n’arrivaient pas à trouver un business modèle viable et ils se sont dit « tiens ! tous les logiciels qu’on héberge sont plutôt bien utilisés », il y avait Firefox par exemple qui était hébergé là-dessus, plein d’autres logiciels, et donc ils ont commencé à mettre de la pub dans les installeurs.

Manu : Sans le dire.

Nico : Sans le dire. C’est quand vous téléchargiez l’exécutable, eh bien en fait, ce n’était pas l’exécutable officiel mais celui trafiqué par SourceForge et quand vous l’installiez, eh bien vous aviez plein de pubs ou des mineurs de bitcoins, enfin plein de saloperies comme ça pour essayer de récupérer de l’argent derrière.

Manu : Ça a fait un scandale énorme. La boîte a encore été rachetée, parce qu’elle est passée dans les mains de plusieurs personnes, et les derniers qui l’ont rachetée, eux ont arrêté ce truc-là, en tout cas c’est ce qu’ils revendiquent. Et maintenant, là avec la chute, on va dire, de GitHub, dans les esprits en tout cas, SourceForge essaie de revenir un petit peu sur le devant de la scène.

Luc : Il faut quand même rappeler que Microsoft a fait un tournant open source et ils revendiquent très fortement le fait qu’ils ont changé et qu’ils aiment l’open source et qu’ils sont à fond. De fait ils contribuent à beaucoup de projets.

Manu : Ils ont même mis en open source pas mal de briques internes à Microsoft.

Luc : Mais on est bien dans l’open source c’est-à-dire dans le monde professionnel, de professionnels qui partagent entre professionnels et Windows 10 reste un système bien fermé de surveillance massive de ses utilisateurs et, comme l’expression que j’aime bien — que j’ai inventée donc elle est bonne — qui est de dire que le logiciel libre c'est le logiciel qui est trop bien pour les utilisateurs ; c’est un truc qu’ils se réservent pour eux. On rappelle aussi qu’il y a deux-trois ans je crois, on avait parlé d’un article de quelqu’un qui faisait remarquer que Microsoft continuait à déposer des brevets à tour de bras et continuait à revendiquer la propriété dans ce principe de brevets qui n’est pas valable en Europe, mais aux États-Unis.

Manu : De brevets logiciels.

Luc : De brevets logiciels sur plein de trucs libres en disant « ouais c’est libre, mais les idées sont à nous ». Donc d’un côté ils disaient : « On est à fond pour l’open source », mais de l’autre côté : « Tout ce que vous faites nous appartient parce qu’on possède les idées ».

Manu : Ils faisaient même du gros chantage sur Android, leur plus gros chiffre d’affaires venait de racket d’autres entreprises sur soi-disant les brevets détenus par Android.

Luc : Enfin ils ne gagnaient pas autant que toutes leurs activités, mais en tout cas plus que leur activité téléphone. Donc il faut voir ce que l’avenir nous réserve, mais en tout cas il est peu probable que Microsoft ait fait ça juste pour la gloire et pour être sympa avec les gens.

Manu : Ils ont peut-être juste renouvelé leur stratégie ancienne : embrasser, étendre et…

Luc : Étouffer.

Manu : Étouffer, exactement. Ça c’est une stratégie qu’ils ont utilisée sur pas mal de technologies, pas mal de piles logicielles et donc ça fait peur parce les gens sont habitués à cette attitude-là et on a juste peur qu’ils renouvellent à nouveau et qu’ils fassent la même chose avec GitHub. C’est un risque.

Mag : On a des copains qui se sont prononcés officiellement contre ce rachat de GitHub, comme l’association VideoLan.

Luc : VLC.

Mag : Qui gère le logiciel VLC, qui a bien marqué sa désapprobation et son départ. Même eux ils vont peut-être monter leur propre GitLab à eux plutôt que d’aller ailleurs.

Luc : De l’importance, qu’on rappelle systématiquement, de maîtriser son informatique ou être maîtrisé par elle. C’est le fond du problème. On a fait le tour.

Manu : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Nico : Bonne semaine à tous.

Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 5 juin 2018 sur radio Cause Commune

mar, 06/05/2018 - 15:20

La seconde émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 5 juin 2018de 15h30 à 17h. Vous retrouverez sur cette page les références citées pendant l'émission. Celles qui pourraient manquer seront ajoutées ultérieurement.

Écouter le podcast

--> toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
  2. Programme de l'émission du 5 juin 2018
  3. Personnes participantes
  4. Références pour la partie Transcriptions
  5. Référence pour l'Open Bar Microsoft/Défense
  6. Référence pour l'Écho des Gnous
  7. Référence pour les Décryptualités
  8. Références pour la partie directive droit d'auteur
  9. Références pour la partie événements à venir
  10. Pauses musicales
Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! sera principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle, qui sera diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15h30 à 17h00.

N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

Programme de l'émission du 5 juin 2018

Le principal dossier qui a été abordé est la révision de la directive sur le droit d'auteur et plus particulièrement son article 13 qui pourrait affecter, notamment, les plateformes de développement logiciel (pour en savoir plus). Avant d'aborder ce dossier, nous avons eu un bref entretien avec Marie-Odile Morandi qui présentera le groupe de travail Transcriptions.

Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
  • Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact
  • Anne-Catherine Lorrain, conseillère politique à la commission parlementaire affaires Juridiques (JURI) au Parlement européen
  • Lea Chamboncel de Create Refresh
  • Olivier Grieco (en régie), coordination générale et direction d'antenne de Cause Commune
Références pour la partie Transcriptions Référence pour l'Open Bar Microsoft/Défense

Open Bar Microsoft/Défense : l'enquête de la télévision publique allemande (ARD) à présent disponible en anglais

Référence pour l'Écho des Gnous

L'écho des Gnous est une émission consacrée au logiciel Libre et à la culture libriste diffusée depuis 2010 chaque dimanche soir de 19h à 20h sur Radio Campus à Lille (106,6 FM). Les podcasts sont disponibles.

Référence pour les Décryptualités

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre. Pour accéder à la liste des Décryptualités et le flux RSS.

Références pour la partie directive droit d'auteur

L'April a une page dédiée sur son site où vous pourrez retrouver les dernières actualités sur ce dossier. Si vous êtes déjà membre de l'April, vous pouvez également vous inscrire à la liste atelier, liste d'échange sur les différents dossiers institutionnels de l'association.

Références institutionnelles :

Les campagnes en cours (certaines uniquement disponibles en anglais) :

Sur les réseaux comme Mastodon ou Twitter, les mots clefs #fixcopyright, #censorshipmachine (pour l'article 13) et #savethelink (pour l'article 11) sont parmis les plus fréquément utilisés.

Autres références utiles :

Références pour la partie événements à venir
  • L'Agenda du Libre qui propose un calendrier des manifestations organisées autour du logiciel libre en France et dans quelques autres pays. Le site propose également un moteur de recherche sur les groupes d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres (GULL)
  • Le site du 1er samedi : chaque premier samedi de chaque mois, de 14h00 à 18h00, des bénévoles proposent au Carrefour Numérique de la Cité des Sciences une fête d'installation de systèmes d'exploitation libres, ainsi que des ateliers et des conférences
  • Le site de Pas Sage En Seine qui aura lieu du 28 juin au 1er juillet 2018 à à Choisy-le-Roi (94600)
  • Le site des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre qui se dérouleront à Strasbourg du 7 au 12 juillet 2018
  • Le site du 7ème Congrès de l'ADULLACT qui aura lieu les 14 et 15 juin 2018 à Montpellier
  • L'April propose un vendredi par mois un apéro francilien dans ses locaux à partir de 19h00, la date est annoncée sur le site de l'April et sur le site de l'Agenda du Libre. Le prochain apéro April aura lieu vendredi 29 juin 2018
  • Montpel’libre organise chaque 3e jeudi du mois un apéro April. Les détails sont annoncés sur le site de Montpel'libre et sur le site de l'Agenda du Libre
Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Decryptualité du 4 juin 2018 - GitHub racheté par Microsoft, pour quoi faire ?

mar, 06/05/2018 - 00:44

Écouter ou télécharger le décryptualité du 4 juin 2018 (15 minutes)

    GitHub racheté par Microsoft, pour quoi faire ?
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 22 de l'année 2018

lun, 06/04/2018 - 16:05

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 22

[Le Monde.fr] Hausse des tarifs de Google Maps: «On a plus que jamais besoin d'alternatives libres»

Par Claire Legros, le vendredi 1 juin 2018. Extrait:
> La conférence annuelle d’OpenStreetMap France, le projet de carte libre et collaborative, ouvre ses portes vendredi 1er juin, dix jours seulement avant la hausse annoncée des tarifs de Google Maps. Entretien avec son porte-parole.
Lien vers l'article original: https://www.lemonde.fr/chronique-des-communs/article/2018/06/01/hausse-des-tarifs-de-google-maps-on-a-plus-que-jamais-besoin-d-alternatives-libres_5307968_5049504.html

[La gazette.fr] Logiciel libre: conseils pratiques et bonnes conduites

Par Gabriel Zignani, le jeudi 31 mai 2018. Extrait:
> La Dinsic a publié un document relatif à la politique de contribution aux logiciels libres de l'Etat, visant les agents publics. Les collectivités sont incitées à s'y référer librement et à l'adapter à leurs besoins.
Lien vers l'article original: http://www.lagazettedescommunes.com/566715/logiciel-libre-conseils-pratiques-et-bonnes-conduites

[Les Echos] 5 raisons pour lesquelles l'avenir de l'Open Source est... open!

Par Brice Texier, le mercredi 30 mai 2018. Extrait:
> L'open source apporte la transparence, encourage l'innovation et améliore l'environnement de travail. Voici les 5 principales raisons pour lesquelles l'avenir appartient à l'open source.
Lien vers l'article original: https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-183372-5-raisons-pour-lesquelles-lavenir-de-lopen-source-est-open-2179917.php

[Numerama] SAIP: le gouvernement renonce à l'appli défectueuse et se tourne vers les réseaux sociaux

Par Julien Lausson, le mardi 29 mai 2018. Extrait:
> Faute pour l'application SAIP d'avoir pu faire ses preuves, le gouvernement change d'approche. Désormais, sa communication va se fonder sur les réseaux sociaux. Facebook, Google et Twitter sont dans la boucle.
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/politique/380494-saip-le-gouvernement-renonce-a-lappli-defectueuse-et-se-tourne-vers-les-reseaux-sociaux.html

[ZDNet France] Un donateur anonyme promet 1 million de dollars à Gnome

Par Thierry Noisette, le mardi 29 mai 2018. Extrait:
> Cette somme rondelette sera versée en deux ans à la fondation qui soutient l'environnement de bureau, notamment adopté pour les distributions Linux Ubuntu.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/un-donateur-anonyme-promet-1-million-de-dollars-a-gnome-39868817.htm

[nonfiction.fr] Entretien à propos de «Makers», les laborantins du changement social

Par Jean Bastien, le mardi 29 mai 2018. Extrait:
> Les fablabs et autres hackerspaces retiennent de plus en plus l’attention: seraient-ils des laboratoires du changement social?
Lien vers l'article original: https://www.nonfiction.fr/article-9406-entretien-a-propos-de-makers-les-laborantins-du-changement-social.htm

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Émission « Libre à vous » sur radio Cause Commune (juin 2018) - directive droit d'auteur

lun, 06/04/2018 - 10:24
Début: 5 Juin 2018 - 15:30Fin: 5 Juin 2018 - 17:00

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La deuxième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 5 juin 2018 de 15h30 à 17h00. Le principal sujet qui sera abordé concerne la révision de la directive droit d'auteur.

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons proposé de tenir une émission April intitulée Libre à Vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! sera principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle qui sera diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15h30 à 17h00.

Émission du mardi 5 juin 2018 de 15h30 à 17h00

L'émission sera diffusée mardi 5 juin de 15h30 à 17h00. Le principal dossier qui sera abordé est la révision de la directive sur le droit d'auteur et plus particulièrement son article 13 qui pourrait affecter, notamment, les plateformes de développement logiciel (pour en savoir plus). Avant d'aborder ce dossier, nous vous proposons un bref entretien avec Marie-Odile Morandi qui présentera le groupe de travail Transcriptions. Puis nous aurons le plaisir d'avoir par téléphone Anne-Catherine Lorrain, conseillère politique à la commission parlementaire affaires Juridiques (JURI) au Parlement européen, pour le groupe des Verts européens, et en studio Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact et peut-être une autre personne invitée.

Liens utiles

« L'IA est comparable à la conquête spatiale » - Gilles Dowek - Usbek & Rica

lun, 06/04/2018 - 06:59


Titre : « L'IA est comparable à la conquête spatiale »
Intervenants : Gilles Dowek - Guillaume Ledit - Annabelle Laurent - Thierry Keller
Lieu : Usbek & Rica, podcast#15
Date : mars 2018
Durée : 45 min
Écouter le podcast ici ou ici
Licence de la transcription : Verbatim
Illustrations : Logo Usbek & Rica et Iconic image of a student standing in front of a blackboard, Eryk
Salvaggio
, Wikimedia Commons Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Quand Emmanuel Macron prononce un discours sur l'intelligence artificielle, on est obligé de se pencher sur la question. Après notre interview de Cédric Villani, qui a dirigé la mission derrière le rapport « Donner un sens à l’IA », retour sur les annonces du gouvernement, entre autres choses passionnantes, avec Gilles Dowek, informaticien et philosophe.

Cocorico ! L’intelligence artificielle est devenue une priorité de notre gouvernement. C'est du moins ce que l'on peut se dire après la remise au gouvernement du rapport du mathématicien et député Cédric Villani. Pour aller plus loin, on revient sur ses conclusions en compagnie de Gilles Dowek, informaticien et philosophe.

Transcription

Voix off : Usbek & Rica, le podcast qui explore futur.

Guillaume Ledit : Salut les « turfos ». Cocorico ! L’intelligence artificielle est devenue une priorité de notre gouvernement. Alors si vous vous intéressez un peu à ces questions, vous avez peut-être vu passer que le 29 mars notre gouvernement, donc, organisait un événement baptisé AI For Humanity. Un événement qui visait à mettre en lumière le travail de la mission conduite par le mathématicien et député La République en Marche Cédric Villani. Des intervenants de renommée mondiale — Demis Hassabis de Google DeepMind, Yann LeCun, le patron de l’IA chez Facebook — et l’élite de la nation se sont succédé sur scène pour mettre en lumière le rapport de celui que le site spécialisé américain The Verge qualifiait il y a quelques jours de « Lady Gaga des mathématiques ». Ce n’est pas lui qu’on reçoit aujourd’hui pour évoquer ces sujets — mais vous pouvez lire son interview assez édifiante sur le site d’Usbek & Rica. Avant de rentrer dans le vif du sujet avec notre invité, qui de mieux que le président de la République Emmanuel Macron himself pour résumer les annonces et la position de notre gouvernement autour de l’intelligence artificielle.

Voix du président Emmanuel Macron : Il ne faut ni avoir peur ni être naïf, mais définir ce chemin de crête qui nous permettra d’avoir une stratégie pour l’intelligence artificielle. Cette stratégie, à mes yeux, elle passe par quatre éléments principaux :

  • le premier c’est de nous mettre en situation de construire, je dirais plutôt de conforter, en France et en Europe, l’écosystème de l’intelligence artificielle et en particulier, en ce qui concerne les talents, un véritable réseau de recherche et l’expérimentation ;
  • le deuxième axe c’est justement d’engager une politique résolue d’ouverture des données afin de favoriser l’émergence en France de champions de l’intelligence artificielle ou d’encourager leur développement ;
  • le troisième axe c’est d’avoir une stratégie à la fois de financement, de projets, une stratégie publique, française et européenne, qui nous permette dans certains secteurs de développer, d’accélérer notre présence et de réussir pleinement dans la compétition internationale, et de la santé à la mobilité j’y reviendrai dans quelques instants ;
  • et enfin, c’est de penser les termes d’un débat politique et éthique que l’intelligence artificielle alimente partout dans le monde.

Guillaume Ledit : Alors ça fait un sacré programme, même s’il s’agit là d’un résumé rapide d’un rapport de 235 pages intitulé « Donner un sens à l’IA »1 et qui recense pas moins de 135 propositions pour ce faire ; rapport qui constitue un récapitulatif précis de la situation du secteur en France, mais qui ne disrupte pas vraiment la longue litanie des fameux rapports commandés par le gouvernement. On y retrouve un peu les poncifs récurrents autour du rôle de la puissance publique et de la nécessaire réorganisation de la recherche.

Pour rentrer un peu plus profondément dans l’analyse de ce rapport sur l’intelligence artificielle et pour essayer d’aller plus loin, nous avons l’honneur de recevoir l’informaticien et philosophe Gilles Dowek qui est directeur de recherche chez Inria, professeur associé à l’École normale supérieure Paris-Saclay et qui a également écrit à 16 ans un petit programme pour jouer au Mastermind. Bonjour Gilles et bienvenue chez Usbek & Rica.

Gilles Dowek : Bonjour.

Guillaume Ledit : Pour mener la conversation, se trouve avec moi autour de la table mon indispensable collègue, journaliste chez Usbek & Rica, Annabelle Laurent. Salut Annabelle.

Annabelle Laurent : Salut Guillaume.

Guillaume Ledit : Et un petit nouveau autour de cette table, notre directeur des rédactions, car nous sommes légion chez Usbek & Rica, Thierry Keller. Salut Thierry.

Thierry Keller : Salut.

Guillaume Ledit : Vous pouvez commencer. Allez-y.

Annabelle Laurent : Je vais vous poser une première question assez simple. Ça fait un certain temps qu’on attend la remise de ce rapport. Est-ce que les conclusions qui ont été apportées correspondent à ce que vous, vous attendiez ? Est-ce que le plan est suffisamment ambitieux pour faire de la France cette fameuse nation leader, une nation leader de l’IA.

Gilles Dowek : Le rapport de Cédric Villani est un rapport très long, très détaillé, très fouillé, avec plein de mesures très intéressantes. Tout d’abord, il me semble qu’il y a une question qui se pose c’est pourquoi le gouvernement, le Premier ministre a commandé un rapport sur l’IA ? Et je trouve que c’est un petit peu le seul point faible de ce rapport : c’est sa commande.

Annabelle Laurent : Ça va être dur.

Guillaume Ledit : C’est qu’il existe !

Gilles Dowek : C’est-à-dire la question telle qu’elle est posée, me semble-t-il, révèle une certaine difficulté des savants et des politiques à converser et c’est intéressant que Cédric Villani, qui est à la fois un des rares savants et politiques — mais enfin, j’ai tendance à plutôt le considérer comme un savant —, soit un peu au centre de ce processus. Il y a malheureusement des effets de mode dans la vie politique et le politique a parfois tendance à se saisir des questions scientifiques à travers des mots, des mots-clefs, à travers des modes et donc, aujourd’hui, le mot intelligence artificielle est partout ; il y a un an c’était le mot cryptomonnaie ; il y a deux ans c’était le mot véhicule autonome ; avant ça c’était imprimante 3D ; encore avant c’était enseignement en ligne. Donc je trouve un petit peu dommage qu’il n’y ait pas une faculté du politique à se saisir de cette transformation, de cette révolution informatique dans son ensemble et à se focaliser à chaque fois sur un sujet. Cela dit, ça a l’avantage de limiter un tout petit peu la réflexion, donc de pouvoir aller plus en profondeur et de faire des propositions concrètes.

Il me semble qu’il y a deux propositions qui ont retenu mon attention. Il y d’abord l’importance qui a été accordée par Cédric Villani et ensuite par Emmanuel Macron dans son discours, à l’éthique. Et ça, c’est une question qui me semble importante. Ça fait maintenant six ans que je fais partie d’un comité d’éthique qui s’appelle la CERNA et la CERNA, qui est un comité d’éthique sur la recherche en sciences et en technologie du numérique, a un champ d’action qui est beaucoup trop limité puisque c’est uniquement l’éthique de la recherche. Et il y a énormément de questions éthiques qui se posent autour de l’informatique et autour de l’intelligence artificielle et donc ça fait longtemps avec le CCNE, le Conseil national d’éthique, avec la CNIL, que nous appelons à la création d’un grand comité d’éthique qui serait l’équivalent pour l’informatique et pour l’intelligence artificielle de ce que le CCNE est pour les sciences de la vie et pour la médecine. Et donc là, j’ai trouvé que le fait que cette proposition soit reprise par le rapport Villani est une très bonne chose.

À l’inverse, j’ai trouvé que le rapport était un tout petit mou sur une autre question qui est la question de l’éducation et également, c’est un des points qui a peu été repris dans le discours d’Emmanuel Macron et quand il est repris, il est souvent présenté comme un problème exclusivement d’enseignement supérieur : il faut davantage de doctorants, etc. Tout cela est vrai, mais je crois que nous sommes face à une révolution scientifique qui est comparable et peut-être supérieure en importance, à la conquête de l’espace. Vous vous souvenez que quand les Russes, en 1957, ont envoyé leur premier Spoutnik, les Américains étaient absolument paniqués, les Européens étaient absolument paniqués, et ils ont eu une réaction qui, à mon sens, était la bonne réaction qui était de dire « il ne s’agit pas de recruter cinq experts spatiaux de plus, il faut que notre population générale ait un niveau scientifique qui soit beaucoup plus grand ». Et c’est à ce moment-là que l’enseignement des sciences est devenu une priorité en Europe et en Amérique du Nord et c’est là qu’il y a eu les célèbres maths modernes – dont on peut à priori penser que peut-être ce n’était pas la meilleure idée —, mais en tout en cas, il y avait une véritable volonté de partager les connaissances, que tout le monde se saisisse des questions scientifiques. Et je trouve un petit peu dommage que ce rapport tombe à un moment où, dans la réforme du lycée, en gros, on propose de supprimer les sciences au lycée, c’est-à-dire de rendre les humanités obligatoires – ce qui est tout à fait normal, je veux dire c’est tout à fait normal que tout le monde apprenne un petit peu de français, un petit peu d’histoire, un petit peu de philosophie et je m’en réjouis –, mais qui rend l’enseignement des sciences facultatif. Et là, je crois que nous tournons le dos à devenir, j’ai oublié le mot que vous avez employé.

Guillaume Ledit : Une nation.

Gilles Dowek : Majeure !

Guillaume Ledit : IA nation.

Thierry Keller : Déjà c’est en anglais. Est-ce que ça vous pose un problème ?

Gilles Dowek : Non, ça ne me pose pas un problème. Quand Emmanuel Macron ou d’autres emploient des mots en anglais dans une phrase en français, en général je comprends à peu près la signification des mots.

Thierry Keller : Ce n’était pas le sens de ma question. J’ai compris que vous comprenez !

Gilles Dowek : Oui. Cependant je ne sais pas pourquoi ne pas dire « la nation de l’intelligence artificielle ». Pour moi c’est équivalent ; je ne suis ni agacé ni enthousiasmé par l’usage de quelques mots en anglais.

Guillaume Ledit : Mais simplement, Gilles Dowek, quand vous parlez de l’enseignement de l’intelligence artificielle à tous les niveaux, vous l’envisagez comment ? Comment ça pourrait rentrer concrètement dans un cadre pédagogique au lycée ou au collège ?

Gilles Dowek : L’informatique, en général, peut s’enseigner à tous les niveaux. Bien sûr, de la même manière que quand on enseigne l’anglais on ne commence par Virginia Woolf à la maternelle et on laisse plutôt Gertrude Stein et Virginia Woolf pour le lycée ou pour l’université. C’est pareil avec l’informatique : il y a des choses qu’on peut apprendre à la maternelle, il y en a d’autres qu’il faut garder pour le lycée.

Vous avez cité le fait que j’avais écrit un programme de Mastermind il y a très longtemps, c’était quasiment au milieu du XXe siècle que j’ai écrit ce programme. Quand on écrit un programme, qui était un programme relativement simple, ce n’était pas un programme très complexe, il y avait déjà, à cette époque, une idée que je n’avais pas mise en pratique mais sur laquelle je m’étais interrogé — je n’avais pas d’outil de calcul assez puissant —, qui était que l’idée que la fonction d’évaluation qui vous dit, quand vous êtes dans une certaine situation au Mastermind est-ce que vous êtes proche ou est-ce vous êtes loin de gagner, eh bien c’était une fonction qu’on se donnait à priori, c’était une fonction logarithmique, mais je m’étais déjà dit « tiens peut-être qu’en jouant beaucoup de parties on pourrait améliorer cette fonction ».

Guillaume Ledit : D’accord. Oui.

Gilles Dowek : Donc vous voyez que quand on écrit un programme qui fait quelques dizaines de lignes, on peut déjà se poser la question de savoir comment utiliser des données et comment améliorer les performances d’un programme avec ces données ; c’est ce qu’on appelle l’apprentissage statistique. Et le mot intelligence artificielle, aujourd’hui, est à peu près utilisé comme un synonyme d’apprentissage statistique. C’est un mot dont la signification a beaucoup changé au cours du temps et aujourd’hui, quand Cédric Villani, quand Emmanuel Macron parlent d’intelligence artificielle, quand Yann LeCun parle d’intelligence artificielle, ils parlent d’apprentissage statistique.

Guillaume Ledit : Apprentissage statistique. D’accord. Thierry.

Thierry Keller : Yann LeCun, juste, on précise, qui est le directeur de FAIR, le Facebook Artificial Intelligence Research, qui est le Français le plus connu en intelligence artificielle, à priori.

Gilles Dowek : Voilà. Et c’est surtout l’inventeur d’un merveilleux algorithme qui est un algorithme qu’on peut, selon le cas, appeler l’apprentissage profond ou l’apprentissage épais. Ce qui le rend profond c’est qu’il y a plusieurs couches de neurones empilées l’une sur l’autre. En anglais, quand il y a plusieurs couches empilées, on dit que la structure est profonde et en français, en général, on dit plutôt qu’elle est épaisse. Je crois que c’est un merveilleux algorithme, mais la traduction de deep en français par profond, laisse croire, ce que Yann LeCun, d’ailleurs, ne prétend pas du tout, que son algorithme a une pensée profonde. Et ça c’est un faux-ami sur lequel on pourra peut-être revenir tout à l’heure.

Guillaume Ledit : C’est intéressant.

Thierry Keller : Il y a un certain nombre de faux-amis. Revenons deux secondes sur le rapport et surtout, je dirais, sur le folklore autour de ce rapport qui est largement autour de la puissance publique : tout à coup la question de la souveraineté, la France et l’Europe se saisissent de ce grand sujet. Est-ce que ce n’est pas, avant tout, avant d’être une question technique, une question géopolitique ?

Gilles Dowek : Exactement ! Comme la conquête spatiale était à la fois une question technique et une question géopolitique, il est sûr, aujourd’hui, que les recherches, qu’elles soient menées dans un pays ou dans un autre, finalement profitent à l’ensemble des humains. On ne peut pas dire il y a une recherche française, il y a une recherche américaine, il y a une recherche allemande, il y a une recherche européenne ; ça c’est complètement faux : il y a une seule recherche, c’est la recherche mondiale.

En revanche, qui récolte les fruits de la recherche ? Eh bien ce sont principalement les industries, les économies, qui sont un peu préparées pour cela. Et donc autant que Yann LeCun fasse ses travaux d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, je crois que ça n’a pas une très grande importance ; en revanche, le fait qu’il y ait une culture générale dans la population française, dans la population des ingénieurs, dans la population des techniciens, dans la population des décideurs qui comprennent l’importance de ces travaux et qui sachent en tirer les bénéfices, ça oui ! Ça on peut dire que c’est vraiment un enjeu géopolitique.

Guillaume Ledit : Et ça, ça ne dépend pas forcément de la France ; c’est quelque chose qui est plus de l’ordre d’une éthique globale des chercheurs.

Gilles Dowek : Disons, ce qui dépend de la France, de son ministère de l’Enseignement supérieur et de son ministère de l’Éducation nationale, c’est le fait de préparer les jeunes qui, demain, seront les vieux, et donc les décideurs, et donc les créateurs, à se saisir de ces questions, à les comprendre ou alors à rester à la surface, à rester des utilisateurs et à rester des commentateurs de ces transformations. Et je crois que ce n’est pas exagéré de dire que c’est le rôle de l’État, ici, de préparer la population à vivre dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Guillaume Ledit : Annabelle.

Annabelle Laurent : Est-ce que la réponse de l’État, du coup, en tout cas ce qui a été apporté par Emmanuel Macron lors de son discours à la suite de la remise du rapport, donc le fait d’annoncer un cadre budgétaire de 1,5 milliard d’euros, vous semble suffisant ? Est-ce que l’État se donne les moyens de cette ambition ?

Gilles Dowek : Oui. Peu de chercheurs vous répondront que 1 milliard 500 000 euros est tout à fait superflu !

Annabelle Laurent : Que c’est une petite somme. D’ici 2022 je crois.

Guillaume Ledit : À l’horizon 2022.

Annabelle Laurent : Horizon 2022.

Gilles Dowek : Je crois que nous savons qu’il y a un déficit d’investissement public dans la recherche en France et donc chaque euro qui est investi dans la recherche, chaque euro supplémentaire, est toujours une bonne nouvelle. De la même manière, comme je l’ai dit tout à l’heure, le fait que le gouvernement et le président de la République se saisissent des questions éthiques est une réponse qui me semble tout à fait à la hauteur des enjeux.

En revanche, je continue à garder un certain scepticisme sur sa réponse en matière d’éducation ; je crois qu’il faut faire beaucoup plus. Il faut faire beaucoup plus non pas pour enseigner l’intelligence artificielle en CM2, mais pour enseigner les sciences, pour enseigner l’informatique et pour enseigner l’intelligence artificielle. Tout ça va ensemble. On ne peut pas juste enseigner un sujet à une population majoritairement illettrée. Il faut vraiment faire un effort sur l’ensemble de la culture scientifique, de la culture informatique et de l’intelligence artificielle.

Annabelle Laurent : Vous insistez sur, donc, l’absence de l’éducation dans ce rapport, mais ce qu’on entend beaucoup sur l’IA c’est que la force qu’on a ce sont nos chercheurs. Donc c’est un peu paradoxal. Peut-être que les générations futures ne seront pas assez armées face aux défis de l’intelligence artificielle mais, pour l’instant, en l’état, on a des chercheurs qui, d’ailleurs, vont dans la Silicon Valley et que s’arrachent les entreprises de la Silicon Valley.

Gilles Dowek : Il y a d’excellents chercheurs en France ; en revanche, il n’y a pas suffisamment de chercheurs en France. C’est-à-dire il ne faut pas avoir une vision de la recherche qui est un peu celle de la recherche au XIXe siècle et, on va dire, jusqu’en 1905. Jusqu’en 1905, la recherche était formée d’un tout petit nombre.

Thierry Keller : J’ai interdiction de parler de la loi sur la laïcité de la part de Guillaume Ledit, je tiens à le préciser.

[Rires]

Gilles Dowek : Ça n’a rien à voir. Je disais juste que ça n’avait rien à voir.

Annabelle Laurent : Thierry, nous te surveillons.

Gilles Dowek : Il s’est passé plusieurs choses en 1905.

Guillaume Ledit : Reprenez Gilles.

Gilles Dowek : En particulier, il y a ce qu’on peut considérer comme le dernier papier, le dernier article, c’est un article d’Albert Einstein, c’est l’article qui introduit la relativité, qui est une œuvre solitaire et une œuvre d’un chercheur isolé. Aujourd’hui, la recherche se fait en équipe, d’abord en équipe dans les laboratoires, mais aussi en équipes mondiales et donc les chercheurs sont connectés les uns aux autres au-delà de murs de leur laboratoire et aujourd’hui, il n’est pas vrai que nous avons un effort suffisant de recherche en France. Ça, c’est une question de budget de la recherche rapporté au PIB.

Guillaume Ledit : D’ailleurs les budgets baissent. Effectivement, Emmanuel Macron annonce 1 milliard pour l’intelligence artificielle, mais les budgets globaux baissent sous son mandat, en tout cas depuis le début de son mandat ; les budgets annoncés pour la recherche et l'enseignement supérieur.

Gilles Dowek : Oui. L’ensemble des budgets publics baisse et, en particulier, cette idée qui avait été formulée il y a quelques années d’atteindre 3 % du produit intérieur brut comme effort de recherche est encore très loin. Certes, ça n’empêche pas qu’il y ait un certain nombre d’excellents chercheurs, mais on ne peut pas mesurer la qualité de la recherche d’un pays au nombre de prix Nobel, si vous voulez. C’est un élément — je me réjouis quand un de mes collègues a le prix Nobel —, mais il y a un effort un peu plus extensif, un peu plus quantitatif et la France n’est pas du tout bien placée aujourd’hui dans la compétition mondiale.

Annabelle Laurent : On voulait vous parler maintenant d’un tout autre sujet, qui est lié évidemment, l’affaire Cambridge Analytica qui a ébranlé sérieusement Facebook. Facebook est accusé de ne pas avoir protégé les données de 50 millions d’utilisateurs qui se sont retrouvées dans les mains de ce cabinet d’analyse à des fins politiques. Donc ça vient remettre en cause la collecte des données à des fins publicitaires et surtout, ça pose la question de la reprise en main de nos données. Donc qu’est-ce qu’on fait ? On voit le hashtag #DeleteFacebook. Est-ce qu’on delete Facebook ? Ou est-ce qu’il y a une autre issue ?

Gilles Dowek : Il s’avère que moi je n’ai pas à fermer mon compte Facebook, parce que je n’ai jamais ouvert de compte Facebook !

Thierry Keller : Il y a de la punchline aujourd’hui !

[Rires]

Gilles Dowek : Ce n’est pas spécialement par hostilité à Facebook, mais Facebook propose un certain nombre de services qui servent essentiellement à communiquer sur le Web et il s’avère que, ayant eu la chance d’apprendre un petit peu d’informatique dans mes études, je sais faire une page web sans utiliser Facebook et donc, sur une page web, je contrôle complètement les données que je mets en ligne, celles que je décide de mettre en ligne, celles que je décide de ne pas mettre en ligne. Je suis resté à cette technologie pré-Facebook, donc aujourd’hui je ne peux pas m’associer à ce mouvement qui consiste à fermer sa page Facebook. Mais j’aimerais vous retourner la question. Est-ce que vous vous souvenez du nom du service qui a précédé Facebook ?

Annabelle Laurent : Facemash ?

Guillaume Ledit : Myspace ?

Gilles Dowek : Vous voyez, il faut faire un effort.

Annabelle Laurent : Ce qu’a créé Zuckerberg ?

Gilles Dowek : Non, avant que Zuckerberg crée Facebook.

Annabelle Laurent : C’était bien Facemash.

Gilles Dowek : Quelle était l’application, l’outil que tous les jeunes utilisaient pour communiquer ?

Thierry Keller : Messenger.

Annabelle Laurent : Messenger.

Gilles Dowek : Voilà, donc oui, mais il faut se gratter la tête. Est-ce que c’était Myspace ? Est-ce que c’était Messenger ? C’était quoi la différence déjà ? Vous voyez !

Guillaume Ledit : Je vois où vous voulez en venir !

Gilles Dowek : Où je veux en venir, c’est que ces Facebook, ces Google, ces Amazon, sont des colosses. Voilà ! Mais comme beaucoup de colosses, ce sont des colosses aux pieds d’argile et on s’aperçoit que des entreprises qui ont énormément cru, énormément profité comme – alors je vais peut-être citer des noms qui ne vont rien évoquer aux moins de 20 ans – des entreprises qui s’appelaient IBM, des entreprises qui s’appelaient Bull.

Guillaume Ledit : Je ne connais pas !

Gilles Dowek : Des entreprises qui s’appelaient Microsoft et qui, après avoir dominé le monde, tout d’un coup se sont écroulées. C’est une vraie question de savoir pourquoi ces colosses sont aussi fragiles et il y a plusieurs réponses. Et l’une d’elles c’est qu’il y a un point sensible, leur talon d’Achille, un de leurs talons d’Achille, c’est l’image. Donc quand une entreprise comme Facebook, dont le capital de sympathie est énorme, tout d’un coup fait une erreur.

Annabelle Laurent : Pas qu’une !

Guillaume Ledit : En fait plusieurs de suite !

Annabelle Laurent : Une belle série.

Gilles Dowek : Ou une suite d’erreurs, une série d’erreurs, qui met en cause son image, eh bien c’est le moment de vendre ses actions. C’est-à-dire qu’il y a une période post-Facebook qui est peut-être en train de s’ouvrir aujourd’hui et il y a d’autres réseaux sociaux, d’autres moyens de communiquer qui vont émerger et qui, peut-être, vont remplacer Facebook, qui sait ! Et puis ce n’est pas très grave ça !

Thierry Keller : Vous, Gilles, qui savez rédiger des pages web, vous êtes candidat au remplacement de Facebook ?

Gilles Dowek : Pas du tout ! Je ne cherche pas à conquérir le monde ; je cherche à rédiger des pages web pour mon propre usage et je ne crois pas que j’aie besoin de rédiger 9 milliards de pages web ; je crois qu’en rédiger 5 ou 6 me suffira. Voilà Facebook. Amazon aussi traverse une petite zone de turbulence pour d’autres raisons. Facebook, leur talon d’Achille c’était leur image ; un autre de leur talon d’Achille c’est qu’ils accumulent énormément, énormément de données, ça fait partie de leur modèle d’affaires et un risque de fuite sur ces données est assez important. Ça peut être lié à la malveillance d’un employé de Facebook ; ça peut être lié à la malveillance d’un hackeur qui n’est pas employé de Facebook et qui arrive à s’infiltrer sur les machines de Facebook ; ça peut être lié à une erreur politique de Facebook et, en l’occurrence, l’idée d’ouvrir les données de Facebook à des chercheurs est plutôt une bonne idée, mais le fait de ne pas vérifier complètement la crédibilité et l’éthique de ces chercheurs, la déontologie de ces chercheurs, est une petite erreur qui peut avoir des conséquences énormes parce que les quantités de données sont énormes.

Le cas d’Amazon, qui traverse aussi quelques turbulences, me semble un peu différent. Vous savez que les réseaux informatiques sont formés de fibres optiques dans lesquelles voyagent des photons et les photons voyagent extrêmement vite, ils voyagent à 200 000 km par seconde, et quand une fibre optique traverse une frontière, eh bien les photons ne s’arrêtent pas pour présenter leurs papiers aux policiers ou aux douaniers à la frontière.

Guillaume Ledit : Pas encore !

Gilles Dowek : Pas encore ! C’est très difficile d’arrêter un photon ; un photon à l’arrêt on ne sait pas très bien ce que c’est. Donc, par construction, le réseau internet est un réseau mondial et, par construction, aucune loi d’aucun pays ne s’applique à l’ensemble du réseau internet ; et même ne s’applique peut-être à aucune partie du réseau. Donc la question du droit sur le Net est une très vieille question. Il y a eu des controverses juridiques qui sont maintenant assez anciennes, enfin je veux dire anciennes à l’échelle du Net – bien sûr il n’y avait pas de controverse au IVe siècle –, mais disons ça fait plus d’une vingtaine d’années : par exemple il y avait eu une sinistre affaire qui avait, je ne sais pas si vous vous souvenez de ça, opposé Yahoo à la LICRA pour savoir quel était le type de droit qui devait s’appliquer sur un site web. Et ici, Amazon — ainsi que d’autres entreprises, Amazon n’est pas la seule dans ce cas-là — a plus ou moins profité de cet avantage que lui donnait le fait d’être une entreprise mondiale pour contourner à peu près le droit de l’ensemble des pays. Et ça, c’est quelque chose qui est très confortable d’être une entreprise mondiale où on n’a de comptes à rendre à aucun État, mais c’est aussi, et on s’en rend compte aujourd’hui, une fragilité. Parce que, eh bien voilà, ça a mené, ça a tenté, et Amazon n’a pas su résister à la tentation de ne pas payer d’impôts. Et aujourd’hui, ça crée un problème d’image à Amazon. Certes, aujourd’hui il n’y a que Donald Trump qui s’en émeut, donc ce n’est pas si grave on va dire, mais peut-être que les tweets de Donald Trump seront repris par d’autres et ça, ça peut vraiment nuire à l’image d’Amazon. Donc Amazon aussi est un colosse aux pieds d’argile, mais pour des raisons différentes.

Guillaume Ledit : Vous avez évoqué le développement d’Internet. À l’origine, c’est un fantasme absolu de chercheurs qui se connectent entre eux pour communiquer, notamment sur la recherche scientifique ; là on parle de l’économie des plateformes et des GAFAM qui sont arrivés en une vingtaine d’années de démocratisation d’Internet à se saisir de ce réseau-là et à en faire, effectivement, leur terrain de jeu. En tant que mathématicien et que logicien, qu’est-ce que ça vous inspire que des recherches scientifiques, qui permettent une évolution technologique révolutionnaire, de cet ordre-là, soient utilisées maintenant pour, on va dire, oui, de la manipulation de masse à échelle mondiale ? Soient utilisées, Annabelle tu en parleras mieux que moi, avec des recherches en psychologie pour nous manipuler, manipuler nos comportements ?

Thierry Keller : Balancer des « shots de dopamine » !

Guillaume Ledit : Voilà ! Et jouer sur notre attention pour faire en sorte qu’on reste accros et connectés à tous leurs services et nous vendre des choses. Qu’est-ce que ça vous inspire en tant que mathématicien et chercheur ?

Gilles Dowek : D’abord je ne suis pas mathématicien, je suis informaticien.

Guillaume Ledit : Pardon ! Informaticien !

Annabelle Laurent : Pour nous les littéraires !

Guillaume Ledit : C’est la même chose.

Annabelle Laurent : Pardon !

Guillaume Ledit : Excusez-nous !

Gilles Dowek : Je m’intéresse un petit peu aux mathématiques, mais je ne suis pas mathématicien professionnel. Il est vrai qu’Internet ne ressemble pas du tout à l’image qu’en avaient les pionniers qui, dans les années 60 – vous savez qu’Internet date de 1969 –, ont créé les premiers liens entre les premières machines qui sont à l’origine de ce réseau.

Guillaume Ledit : Les protocoles d’échange.

Gilles Dowek : Donc on est très loin des idées qu’avaient Paul Baran, Vint Cerf, Robert Kahn, etc. ; c’est autre chose. Cela dit, il ne faut pas tout à fait idéaliser la préhistoire d’Internet parce que c’était aussi un réseau militaire qui permettait aux différentes armées d’échanger des informations.

Guillaume Ledit : Bien sûr. Donc né grâce à la commande publique, aussi.

Gilles Dowek : Né grâce à la commande publique, tout à fait. Mais cela dit, il est vrai que dans les années 70 et dans les années 80, en gros jusqu’à l’arrivée du Web qui est aussi une invention d’un centre de recherche, le Web a été inventé au CERN, eh bien Internet était un espace de liberté, un espace où toutes les données étaient partagées, etc. Bon ! Moi je me réjouis que ça ne soit plus le cas.

Guillaume Ledit : D’accord.

Gilles Dowek : C’est-à-dire je me réjouis que d’un outil, d’un objet qui était relativement confidentiel, qui permettait à une communauté relativement petite de se structurer, je me réjouis que cet outil soit devenu un outil universel. C’est-à-dire que je me réjouis que tout le monde ait un accès au Net. Je pense d’ailleurs que ça devrait être un droit, que c’est quelque chose qu’il faudrait inscrire dans les droits de l’homme.

Guillaume Ledit : L’accès à Internet, comme l’accès à l’eau ou à l’électricité ?

Gilles Dowek : L'accès, voilà, exactement. Donc je ne suis pas de ceux qui disent : « C’était mieux quand nous étions une petite élite à utiliser Internet. » Je ne vais pas du tout dans ce sens-là.

Guillaume Ledit : Bien sûr.

Gilles Dowek : Après il y a le fait que Internet était, au départ, surtout fait pour mettre des données publiques, c’est-à-dire des données qu’on partageait. Il est bien évident que si vous mettez des données personnelles, à ce moment-là il faut qu’il y ait des protections sur ces données. Et donc tout ne peut pas être public sur Internet à partir du moment où beaucoup de choses sont des données personnelles : vous ne souhaitez pas que votre dossier médical, que votre dossier pédagogique ou même que les photos de vos soirées trop arrosées soient rendues totalement publiques. Donc on ne peut pas avoir pour Internet uniquement l’utopie de données totalement ouvertes et de données totalement publiques ; il est aussi nécessaire qu’il y ait des données privées. D’ailleurs, ce qu’on reproche à Facebook aujourd’hui, ce n’est pas d’avoir rendu les données trop privées, c’est d’avoir rendu les données pas suffisamment privées.

Guillaume Ledit : Oui !

Gilles Dowek : Après, le fait qu’un certain nombre de gens se soient enrichis avec les services qu’ils ont proposés sur le Net, eh bien tant mieux pour eux ! Ce n’est pas parce que les gens sont riches qu’ils sont forcément méchants !

Annabelle Laurent : Ah bon ! Tout s’effondre !

Thierry Keller : Le présupposé marxiste de la réflexion ; on va prendre un gros coup dans la figure !

[Rires]

Gilles Dowek : En revanche, il est vrai qu’il y a un certain nombre de valeurs, des valeurs de partage, des valeurs de respect de la personne, qui ne sont pas tout à fait prises en compte par les grands acteurs du Web aujourd’hui. En particulier, quelque chose que je trouve assez désagréable chez Facebook, par exemple, et qui n’est pas lié aux questions dont nous discutons, c’est le fait que le puritanisme américain, le puritanisme d’Amérique du Nord qui, en soi, ne me dérange pas — les gens ont le droit de vivre comme ils veulent ; s’il y a en Amérique du Nord une majorité de gens qui souhaitent vivre dans une société puritaine et où Dorine doit cacher son sein pour ne pas offenser la vue de Tartuffe, après tout c’est leur choix ! —, mais, ce que je trouve dommage, c’est que Facebook ait plus ou moins imposé ces valeurs au reste du monde en allant jusqu’à retirer des photos.

Annabelle Laurent : Censurer Gustave Courbet.

Gilles Dowek : Censurer Courbet et d’autres. On se moque, à juste titre il me semble — en Iran ils font ce qu’ils veulent —, mais on se moque un petit peu des Iraniens qui enseignent l’histoire de l’art en évitant les sculptures.

Guillaume Ledit : Les nus.

Gilles Dowek : Les nus, d’ailleurs de tous les genres, mais on s’aperçoit que, finalement, on fait la même chose en Amérique du Nord. Il aurait été intéressant que Facebook se pose la question d’avoir une politique qui soit différenciée et qui soit compatible avec toutes les cultures. Ça c’est une des questions qui est intéressante sur le Net, c’est que nous n’allons jamais avoir tous la même culture. Bien sûr les cultures se rapprochent, les valeurs se rapprochent, etc., mais il faut que nous apprenions à vivre avec des gens qui ont d’autres valeurs que les nôtres, qui ont une autre culture, qui ont d’autres hiérarchies entre les normes que les nôtres, et ça, c’est quelque chose que nous essayons de faire dans les universités : il y a une politique, une éthique du pas vers l’autre. Donc voilà, vous dites : « Moi je viens d’une culture où ceci se fait, où ceci ne se fait pas ; je viens d’une culture où on met les couteaux à droite, et vous vous venez d’une culture où on met les fourchettes à droite, eh bien nous allons essayer chacun de faire un pas vers l’autre. Alors je vais essayer de ne pas vous choquer, mais en même temps, vous, acceptez de temps en temps d’être un peu choqué, parce que si chacun fait un pas vers l’autre, nous trouverons un moyen de vivre ensemble. » Et je trouve que le Web, et en particulier les réseaux sociaux, aurait un bel endroit pour faire ce genre d’expérimentation et que ce n’est pas suffisamment fait.

Guillaume Ledit : Ce n’est pas terminé. On peut encore casser nos bulles de filtres.

Gilles Dowek : Oui. Bien entendu !

Guillaume Ledit : Depuis le début de notre conversation là, Thierry est plongé dans un livre. Qu’est-ce qui se passe Thierry ?

Thierry Keller : Je cherche à savoir, Guillaume, comment détecter un informaticien dans un dîner en ville.

Guillaume Ledit : Pourquoi tu parles de ça ?

Thierry Keller : Parce que Gilles Dowek, notre invité, est l’auteur d’un livre qui est un rassemblement de ces chroniques dans Pour la science et qui s’appelle Vivre, aimer, voter en ligne et autres chroniques numériques où, Gilles Dowek, vous déterminez et vous essayez de définir ce qu’est l’homo sapiens informaticus. Qu’est-ce que c’est que ce livre et comment on fait pour vivre, aimer et voter en ligne ?

Guillaume Ledit : Et détecter un informaticien dans un dîner en ville ! Ça fait déjà beaucoup de questions.

Gilles Dowek : Vous avez déjà remarqué que très subtilement, dans la conversation, j’avais glissé le titre de plusieurs chroniques de ce livre. En particulier celle consacrée aux colosses aux pieds d’argile qui est une des premières chroniques que j’avais écrite il y a trois ans dans Pour la science et ces questions d’éthique et également cette question de partage cross-culturel, de partage interculturel, sont des sujets qui reviennent souvent dans ces chroniques.

La question de détecter un informaticien dans un dîner en ville, qui est d’abord une question pratique utile, c’est important quand vous êtes dans un dîner en ville de savoir détecter un informaticien, était pour moi un moyen d’aborder une question qui, d’ailleurs, est au centre de la question des algorithmes d’apprentissage par lesquels nous avons commencé, qui est la différence entre savoir faire quelque chose et savoir expliquer comment on le fait. Et l’exemple que j’avais pris, j’ai d’ailleurs fait l’expérience avec un groupe de lycéens : je leur ai présenté des œuvres de deux peintres et je leur ai dit à chaque fois : « Ça c’est le peintre A, c’est le peintre B ; ça c’est une œuvre du peintre A, ça c’est une œuvre du peintre B ». Et après les avoir mis dans un processus d’apprentissage, je leur ai montré une œuvre d’un des deux peintres et ils devaient identifier si c’était une œuvre d’un peintre ou de l’autre. Et d’ailleurs, ils ont extrêmement bien réussi, mais j’avais mis un peu les chances de mon côté, puisque j’avais pris un Primitif italien qui s’appelle Lorenzetti et un graffeur new-yorkais qui s’appelle Keith Haring et donc, pour confondre leurs œuvres il fallait vraiment le vouloir ! Mais ce qui était intéressant, c’est qu’après j’ai demandé aux lycéens : « Est-ce que vous pouvez m’expliquer comment vous avez fait pour distinguer les œuvres de l’un et les œuvres de l’autre », et leur réponse c’était que non ; c’est-à-dire leur réponse naturelle c’est de dire « ça se voit ; ça n’a rien à voir ; c’est le contraire qui serait bizarre », etc. Donc ils étaient incapables, d’ailleurs je le suis tout autant qu’eux, de définir un algorithme qui permet de distinguer les œuvres d’un peintre des œuvres de l’autre.

D’ailleurs aujourd’hui, le seul moyen qu’on sache utiliser, le seul algorithme qu’on connaisse pour distinguer, pour classer des images comme ça, c’est d’utiliser des algorithmes d’apprentissage, c’est-à-dire des algorithmes qui vont, en gros, très schématiquement, définir une métrique, définir une distance entre des œuvres et se dire « cette œuvre est statistiquement plus proche des œuvres qu’on m’a présentées comme les œuvres d’un peintre que des œuvres qu’on m’a présentées comme les œuvres d’un autre peintre » ; et donc ça c’est plus ou moins l’apprentissage classique. Et l’apprentissage épais, avec plusieurs couches de neurones, l’apprentissage profond, c’est juste le fait d’itérer ce processus à tel point que l’algorithme lui-même développe des prédicats, des catégories sur les images comme de dire l’image est claire, l’image est sombre, les couleurs sont vives, les couleurs sont ternes, même si l’algorithme peut développer des concepts qui sont tout à fait différents des nôtres.

Guillaume Ledit : Mais ces prédicats ne font pas partie de ces inputs à l’origine ? Quand vous dites l’algorithme crée ?

Gilles Dowek : Dans les algorithmes d’apprentissage statistique classiques, ces prédicats font partie de l’input, mais, et c’est ça l’apport de LeCun, c’est que dans les algorithmes d’apprentissage multicouches, eh bien c’est l’algorithme lui-même qui crée ses prédicats.

Guillaume Ledit : D’accord. Très bien.

Gilles Dowek : Et c’est en ça que c’est tout à fait intéressant, puisqu’on n’a pas besoin d’expliquer à l’algorithme ni quelle œuvre, ni comment reconnaître les œuvres d’un peintre ou de l’autre, ni même quels sont les concepts de l’histoire de l’art qui vont nous permettre de le faire. D’un certain point de vue, l’algorithme redécouvre ces concepts par lui-même et ne redécouvre pas forcément nos concepts. Mais surtout, pour en venir à la question pratique de détecter un informaticien dans un dîner en ville.

Annabelle Laurent : Vous êtes reconnu, là. De nous quatre…

Guillaume Ledit : Je pense que c’est clair !

Gilles Dowek : Demandez-lui s’il sait reconnaître un tableau d’Ambrogio Lorenzetti d’une œuvre de Keith Haring.

Thierry Keller : Et là, c’est la panique !

Gilles Dowek : Et alors là, pour un informaticien, c’est la panique !

Thierry Keller : Dans votre bouquin c’est un peu plus rudimentaire que ça. C’est comment savoir si une image contient ou non un cercle rouge. Celui qui n’est pas informaticien va vous regarder en disant « mais enfin c’est évident » et l’informaticien va être complètement déstabilisé parce qu’il va passer par un processus mental qui ressemble, finalement, à un processus de deep learning.

Gilles Dowek : Oui. Le cas du cercle rouge, je l’ai écrit, en fait c’est une chronique un peu ancienne, peut-être qu’aujourd’hui j’utiliserais un autre exemple, mais ce qui m’intéressait surtout c’est qu’il est possible de concevoir un algorithme classique, un algorithme sans apprentissage, qui détermine si une image contient un cercle rouge ou non, mais c’est très compliqué. Donc cette différence entre la compétence à reconnaître un cercle rouge dans une image et la compétence à écrire un algorithme qui le reconnaît sont des compétences tout à fait différentes et on peut dire que avant ce qu’on appelle pompeusement la pensée informatique, cette manière si spécifique que les informaticiens ont de penser, avant cette transformation de nos manières de penser, eh bien nous ne voyions pas qu’il y avait deux questions derrière cette unique question.

Thierry Keller : Ce qui est intéressant, je continue un peu sur votre bouquin dont je précise qu’il est édité aux éditions du Pommier, avec votre ami Michel Serres, votre ami Luc de Brabandere aussi.

Gilles Dowek : Je suis en très bonne compagnie au Pommier !

Thierry Keller : Oui. Tout à fait.

Guillaume Ledit : Des gens qu’on retrouve parfois, chez Usbek & Rica.

Thierry Keller : Il y a plusieurs dizaines de petites chroniques de deux pages et demie environ, qui finissent par brosser un tableau général et finalement, il y a deux sentiments. Le premier, sur lequel je voudrais vous faire réagir, c’est que vous n’êtes ni un technophile béat ni un technophobe rageux, mais vous êtes, j’ose un terme, vous êtes une sorte de social-démocrate de la question technologique. Vous avez une vision apaisée-apaisante, à petits pas, de l’apprentissage de la grande question technologique. Me trompé-je ?

Gilles Dowek : Je croyais que le principe de base de ce podcast, était de ne pas utiliser d’injures.

[Rires]

Thierry Keller : Si j’ai dit cela, je démens. Enfin vous avez réclamé un nouvel Internet punk tout à l’heure, en creux, si je peux me permettre.

Guillaume Ledit : On va rester dans les limites du raisonnable.

Gilles Dowek : Il est vrai que cette polarisation entre technophiles et technophobes est un symptôme de notre illettrisme général. C’est-à-dire la question qui se pose dans une démarche scientifique n’est jamais la question « est-ce que vous êtes pour, êtes que vous êtes contre, etc. » C’est pour ça que les scientifiques font souvent de mauvais militants, parce qu'à chaque fois qu’il y a une question où il faut donner une réponse tranchée et parfois l’action demande des réponses tranchées, puisque, en philosophie de l’action, il n’y a pas de possibilité de suspension du jugement : il faut agir ou ne pas agir, il n’y a que souvent deux solutions et donc il faut accepter de simplifier le problème sur lequel on travaille. La démarche scientifique nous apprend à tout le temps complexifier les problèmes, c’est-à-dire à comprendre que, finalement, à chaque fois qu’il y a un progrès, il faut toujours s’interroger sur le pendant, la contrepartie de ce progrès. Donc à chaque fois que j’ai essayé d’aborder une question éthique, j’ai toujours essayé de me demander ce qu’on pouvait dire d’un peu plus complexe, que dire « c’est épouvantable ! Les GAFA vont nous bouffer, les intelligences artificielles vont nous réduire en esclavage, vont nous remplacer, vont nous faire disparaître de la planète », qui est un discours qui a le mérite d’exister mais moi, que ne m’intéresse pas beaucoup. Et la technophilie, je pense, a les mêmes défauts, disant à chaque fois que telle application il y a un bouton supplémentaire, le fait de tomber en pâmoison en disant « c’est justement le bouton dont j’avais besoin », etc., ; il faut bien reconnaître que beaucoup d’applications que je télécharge sur mon téléphone n’ont aucune utilité, qu’elles sont assez mal programmées.

Guillaume Ledit : Qu’elles ne vous apportent pas grand-chose.

Gilles Dowek : Voilà ! Qu’elles ne m’apportent pas grand-chose et puis que je peux les désinstaller cinq minutes après les avoir installées. Je crois qu’il faut juste essayer de développer sa propre pensée, sans essayer de trancher trop rapidement entre le pour et le contre. Parce que à quoi sert de trancher le pour et le contre ? Voilà ! Si vous êtes totalement technophobe, vous serez juste malheureux ; si vous êtes totalement technophile…

Thierry Keller : Vous perdrez vos actions à Facebook.

Gilles Dowek : Vous serez juste un gogo, que ça soit avec des actions Facebook ou avec autre chose et, finalement, c’est une attitude qui ne vous sert à rien dans la vie. Donc j’ai essayé de poser les problèmes dans leur complexité et la forme du livre m’y a encore plus incité puisque ce n’est pas un livre que j’ai écrit en me levant le matin à 9 heures et en le terminant le soir à 18 heures ; c’est un livre que j’ai écrit sur de très nombreuse années, en écrivant juste une page par mois. Puisque c’est ça l’intérêt, en fait, d’une chronique dans un mensuel, c’est que vous écrivez une page par mois. D’abord il y a des mois où j’étais plus optimiste ou plus déprimé ; donc quand j’étais plus déprimé j’avais une chronique un peu plus noire et quand j’étais plutôt optimiste j’avais une chronique un peu plus rose. Mais également, c’était aussi un moyen de ne pas me poser la question, qui est une question extrêmement difficile, on a évoqué au début toutes ces transformations qui se produisent en même temps — l’intelligence artificielle, les cryptomonnaies, qu’est-ce que j’avais cité d’autre ?, les véhicules autonomes, les imprimantes 3D, etc. — et si on se pose la question par quoi commencer, quelle est la chose la plus importante là-dedans, eh bien on se pose une question qui est insoluble.

Alors que de se dire de quoi j’ai envie de parler ce mois et, par petites touches, finalement de finir par brosser un portrait de notre époque mais qui n’a pas réellement de construction, qui n’a pas réellement de plan.

Guillaume Ledit : Oui. De propos, de plan.

Gilles Dowek : De projet. Est finalement une bonne manière de penser cette pluralité et cette complexité des questions qui se posent à nous aujourd’hui.

Guillaume Ledit : C’était formidable. On aurait pu continuer encore des heures à vous entendre parler et à vous poser des questions. On le refera peut-être quand l’intelligence artificielle nous aura tous mangés. Merci à toutes et à tous de nous avoir écoutés. Encore une fois c’était un véritable plaisir. Merci à Annabelle et à Thierry d’avoir animé avec moi cette émission. Merci Romane, à la technique, évidemment, comme d’habitude ; nous serions perdus sans elle. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, à partager, à « liker », enfin à faire ce que vous voulez avec nous, mais écoutez-nous et continuez à nous faire vos retours et vos critiques. Merci encore et à très bientôt.

Lettre d'information publique de l'April du 1er juin 2018

ven, 06/01/2018 - 07:00

Bonjour,

L'April a désormais son émission sur radio Cause Commune (diffusion sur 93.1 sur la bande FM en Île-de-France et sur le site web de la radio). La 1ère émission a été diffusée mardi 29 mai 2018. Le podcast ainsi que toutes les références citées sont disponibles. Je vous souhaite une bonne écoute. Et rendez-vous mardi 5 juin 2018 de 15h30 à 17h00 pour la 2e émission.

Le processus de révision de la directive sur le droit d'auteur, qui pourrait affecter notamment les plateformes de développement logiciel, arrive bientôt à son terme avec un vote en commission des affaires juridiques les 20 et 21 juin. Pour peser sur les débats, vous pouvez signer la lettre ouverte « Sauvons le partage de code ! ».

Le groupe Transcriptions vous offre quatorze nouvelles transcriptions.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité.

Ce week-end, l'April sera présente dans le Village du Libre aux Geek Faëries 2018 dans le château de Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher).

L'April tiendra un stand dans le Village des Alternatives les 9 et 10 juin à Étampes (en Essonne), à l'occasion d'une étape du Tour Alternatiba. Nous avons besoin d'aide pour animer notre stand. Si vous êtes disponible, ne serait-ce que pour quelques heures, n'hésitez pas à vous inscrire sur la page wiki dédiée.

L'organisation des Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL) a lancé un appel à dons qui permettra de défrayer le déplacement des personnes qui interviendront et la captation des activités.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Sauvons le partage de code ! Appel à signature de la lettre ouverte « Save Code Share »

L'actuel projet de réforme du droit d'auteur de l'Union européenne fait peser des risques sur le logiciel libre et les communautés de développeurs et développeuses. Pour agir, vous pouvez signer la lettre ouverte « Sauvons le partage de code ! ».

Émission Libre à vous ! diffusée sur radio Cause Commune - podcast disponible

L'April a désormais son émission sur radio Cause Commune (diffusion sur 93.1 sur la bande FM en Île-de-France et sur le site web de la radio. L'ambition de Libre à vous ! est d'être une émission d'explications, d'échanges et d'actions concernant les dossiers politiques et juridiques que l'April traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. Elle sera diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15h30 à 17h00.

Exceptionnellement, la 1ère émission a été enregistrée puis diffusée mardi 29 mai. Le podcast ainsi que toutes les références citées sont disponibles. Je vous souhaite une bonne écoute.

La deuxième émission sera diffusée en direct mardi 5 juin 2018 de 15h30 à 17h00. Nous parlerons principalement de la révision de la directive droit d'auteur.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Sauvons le partage de code ! Appel à signature de la lettre ouverte « Save Code Share »
  2. Émission Libre à vous ! diffusée sur radio Cause Commune - podcast disponible
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Open Bar Microsoft/Défense : l'enquête de la télévision publique allemande (ARD) à présent disponible en anglais
    2. Chapril Camp les 5 et 6 mai 2018 au local à Paris
    3. Quatorze nouvelles transcriptions
    4. Décryptualité
    5. Appel à participation et à dons des RMLL
    6. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Open Bar Microsoft/Défense : l'enquête de la télévision publique allemande (ARD) à présent disponible en anglais

En février 2018 l'ARD, le service public de radiodiffusion allemande, diffusait une enquête sur la dépendance des administrations publiques vis-à-vis de Microsoft. Une partie de cette enquête est consacrée à l'Open Bar Microsoft/Défense avec, notamment, des interviews de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, de Leïla Miñano, journaliste, et d'Étienne Gonnu de l'April. La vidéo est à présent disponible en anglais.

Chapril Camp les 5 et 6 mai 2018 au local à Paris

Le site chapril.org sera la contribution de l'April au Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS). Le projet vise à rassembler des acteurs proposant des services en ligne libres, éthiques, décentralisés et solidaires afin de permettre aux utilisateurs de trouver - rapidement - des alternatives aux produits de Google, entre autres, mais respectueux de leurs données et de leur vie privée.

Un camp a eu lieu au local de l'April les 5 et 6 mai 2018 pour finaliser la mise en place des premiers services déjà en cours d'installation, fiabiliser l'infrastructure, les procédures de bascule, rédiger les CGU (conditions générales d'utilisation). Encore un peu de patience, le site va ouvrir très prochainement !

Quatorze nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec quatorze nouvelles transcriptions :

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Appel à participation et à dons des RMLL

Les Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL) se tiendront du 7 au 12 juillet 2018 à Strasbourg. Si vous souhaitez aider sur la préparation et les coulisses des RMLL 2018  consulter l'appel à besoin d'aide.

L'équipe d'organisation a également lancé un appel à dons qui permettra de défrayer le déplacement des personnes qui interviendront et la captation des activités.

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour ceux qui souhaitent contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir Événements passés Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 4 mai 2018, la synthèse de la revue du 11 mai 2018, la synthèse de la revue du 25 mai 2018.

Adhésions

Au 1er juin 2018, l'association compte 4 148 adhérents (3 743 personnes physiques, 405 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

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  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

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Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

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  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

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