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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 53 min 32 sec

Open Bar Microsoft/Hôpitaux : fin de la spirale de dépendance en 2019 ?

mar, 02/20/2018 - 17:23

Communiqué de presse, le 20 février 2018.

Dans une question écrite n°5621 publiée au journal officiel le 20 février 2018 le député Olivier Véran (La République En Marche), rapporteur général de la commission des Affaires Sociales, interroge la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzin, sur l'accord-cadre qui lie les établissements publics de santé à Microsoft via la centrale d'achat de l'informatique hospitalière (CAIH). La question porte plus précisément sur la reconduction, ou non, de ce contrat qui doit prendre fin en 2019 et sur la mise en place d'un calendrier de migration vers le logiciel libre.

Cet accord-cadre, à l'instar de l'Open Bar Microsoft/Défense, a été négocié sans publicité préalable ni mise en concurrence, en 2015, pour une période de quatre ans. L'acheteur est la CAIH, association qui a été spécifiquement créée pour gérer cet accord-cadre. En 2015, Next INpact avait publié un article détaillé sur ce contrat à plus de 120 millions d’euros entre Microsoft Irlande et des hôpitaux français.

À un an de l'expiration de ce contrat, le député Olivier Véran pose la question de sa reconduction. Comme le fait valoir le député dans sa question écrite, alors que la loi pour une République numérique « appelle les administrations à encourager l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts » et que le rapport annuel pour 2018 de la Cour des comtpes « valide le recours aux logiciels libres au sein de l'État », l'accord ne pourra être reconduit sans prendre en compte les considérations d'interopérabilité, de souveraineté ou encore de sécurité inhérentes aux politiques de gestion des systèmes d'informations, particulièrement pour des institutions traitant des données aussi sensibles que celles relatives à la santé des personnes.

Le député ne s'arrête pas à cet état de fait et met le doigt sur l'enjeu principal : comment sortir les établissements publics de santé de leur dépendance aux solutions privatrices de Microsoft ? Il sollicite ainsi la ministre sur « la mise en place d'un calendrier de migration [...] vers des logiciels libres ».

« Sortir du carcan privateur de Microsoft avec reprise de contrôle de leur système d'information par les établissements publics de santé ne pourra se faire sans logiciel libre, brique fondamentale pour une informatique loyale au service de l'intérêt général. C'est donc dès à présent qu'il faut préparer cette migration dans le cadre d'une véritable politique d'accompagnement et de formation » insiste Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April.

Le député Olivier Véran offre ici au nouveau gouvernement une opportunité de montrer qu'il saisit les enjeux complexes de la souveraineté informatique.

Madame la ministre Agnès Buzin, prenez la pleine mesure de la question posée. Il est grand temps, par exemple en vous appuyant sur les travaux de la DINSIC que la Cour des comptes a récemment validés et qu'elle appelle à amplifier, de sortir les établissements de santé de la spirale de dépendance à Microsoft et d'entamer leur migration vers le logiciel libre.

Question N° 5621 de Monsieur Olivier Véran à la ministre des solidarités et de la santé

M. Olivier Véran appelle l'attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé sur l'accord-cadre entre la société Microsoft et la centrale d'achat de l'informatique hospitalière qui doit prendre fin en 2019.

Alors que la loi pour une République numérique, ratifiée en octobre 2016, appelle les administrations à encourager l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts, que le référentiel général d'interopérabilité, mis à jour en mai 2016, a déclassé le format propriétaire OOXML de Microsoft lui assignant le statut « en observation » et recommande le format ouvert Open Document. Et alors que la Cour des comptes, dans son rapport annuel pour 2018, valide le recours aux logiciels libres au sein de l'État, M. le député souhaite savoir si la reconduction de cet accord est prévue, et si oui dans quelles conditions.

Il interroge également Mme la ministre sur la mise en place d'un calendrier de migration des systèmes d'informations des établissements publics de santé vers des logiciels libres et pour la généralisation et la rationalisation de l'utilisation des formats ouverts.

Il relève qu'à l'aune des débats sur les données personnelles, dont celles de santé sont particulièrement sensibles, et considérant les enjeux de sécurité informatique notamment mis en exergue par la faille « Wannacry » qui avait affecté de nombreux hôpitaux à travers le monde utilisant des logiciels Microsoft, cette question de souveraineté informatique des établissements publics de santé mérite une attention particulière. Il lui demande quelle est la position du Gouvernement sur ces différentes questions.

L'April présente au Journées Du Logiciel Libre (JDLL) à Lyon les 24 et 25 mars 2018

mar, 02/20/2018 - 16:20
Début: 24 Mars 2018 - 00:00Fin: 25 Mars 2018 - 00:00

Les 20ièmes Journées Du Logiciel Libre de Lyon se tiendront les 24 et 25 mars 2018 autour du thème « Logiciels libres : Ouverts à tou⋅te⋅s, contrôlés par personne ! ».

En plus de tenir un stand, l'April proposera une conférence et deux ateliers autour de l'initiative Candidats.fr. Plus d'information sur le wiki dédié.

Nous avons besoin d'aide pour animer le stand ! Si vous avez des disponibilités, ne serait-ce que pour quelques heures, n'hésitez pas à vous inscrire sur le wiki.

Decryptualité du 20 février 2018

mar, 02/20/2018 - 01:00

Écouter ou télécharger le décryptualité du 20 février 2018 (15 minutes)

    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 7 de l'année 2018

lun, 02/19/2018 - 16:46

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 7

[France Inter] Que reste-t-il de l'internet libre?

Par Christine Siméone, le samedi 17 février 2018. Extrait:
> John Perry Barlow a défendu l'idée d'un internet libertaire, utopique. A l'heure des fake news, du dark net, et de la censure en Chine ou ailleurs, sa déclaration d'indépendance du cyberespace est réécrite par Olivier Ertzscheid, chercheur français en sciences de l'information.
Lien vers l'article original: https://www.franceinter.fr/culture/l-internet-libre-est-mort-vive-l-internet-libre-barlow-independance

[Numerama] L'État dévoile la liste des logiciels libres qu'il recommande

Par Julien Lausson, le mardi 13 février 2018. Extrait:
> Nouvelle année, nouvelle édition des logiciels libres recommandés par les services de l'État. Une liste globalement similaire à celle publiée l'année dernière, mais avec quelques changements.
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/tech/328962-letat-devoile-la-liste-des-logiciels-libres-quil-recommande.html

Et aussi:
[cio-online.com] SILL 2018: l'Etat met à jour son référentiel de logiciels libres
[PhonAndroid] Logiciel libre: l’Etat dévoile une liste d’applications open source recommandées
[L'Informaticien] Logiciels libres: la DINSIC publie la nouvelle version du SILL
[Génération-NT] Les logiciels libres recommandés par l'État

[ZDNet France] Les logiciels libres dans l'Etat, "enjeu de sécurité et de souveraineté" pour la Cour des comptes

Par Thierry Noisette, le lundi 12 février 2018. Extrait:
> Le rapport annuel de la Cour des comptes souligne que "le partage de développements libres permet d'étendre la portée des mutualisations" et pointe "un facteur d'efficience et d'influence".
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/les-logiciels-libres-dans-l-etat-enjeu-de-securite-et-de-souverainete-pour-la-cour-des-comptes-39864024.htm

Et aussi:
[LeMagIT] Modernisation de l’Etat: la Cour des comptes ré-affirme le rôle clé des logiciels libres

[Libération] Données personnelles: défendons nos liens plutôt que des «biens»!

Par Lionel Maurel, le vendredi 9 février 2018. Extrait:
> Mettre en place un droit de propriété sur les données produites reviendrait à établir un rapport féodal entre les utilisateurs et les plateformes. Il faut au contraire privilégier une approche collective qui puiserait dans le riche héritage des droits sociaux.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/debats/2018/02/09/donnees-personnelles-defendons-nos-liens-plutot-que-des-biens_1628598

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Enquête télé « Le dilemme Microsoft, l'Europe colonisée par des logiciels » (ARD)

lun, 02/19/2018 - 11:07

Lundi 19 février 2018, à 20h55 une enquête sur la dépendance des administrations publiques vis-à-vis de Microsoft sera diffusée sur la première chaîne de télévision allemande, l'ARD. Son titre est The Microsoft Dilemma ; Software Colony Europa (« Le dilemme Microsoft, l'Europe colonisée par des logiciels »). Une partie de cette enquête est consacrée à l'Open Bar Microsoft/Défense avec notamment des interviews de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, de Leïla Miñano, journaliste, et d'Étienne Gonnu de l'April. L'enquête sera diffusée en direct sur Internet.

Un collectif de journalistes européens, Investigate Europe, a écrit une série d'articles intitulée « La dépendance de l'Europe à Microsoft », avec une analyse spécifique nationale de dépendance envers la firme américaine. En France, Leïla Miñano, journaliste et membre du collectif avait publié un article dans le magazine Marianne en mai 2017, concernant l'Open Bar Microsoft/Défense. L'enquête diffusée sur l'ARD reviendra sur ce dossier.

L'article de Marianne, qui révélait des informations précieuses sur la manière dont l'accord Open Bar avait été conclu et confirmait qu'il avait été renouvelé pour 4 ans, a aidé l'April à obtenir le texte du nouveau contrat suite à une demande de communication de documents administratifs. Ces révélations ont incité Joëlle Garriaud-Maylam, secrétaire de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, à déposer, en octobre 2017, une « proposition de résolution relative à la création d'une commission d'enquête sur les contrats cadres passés entre le ministère de la Défense et Microsoft ».

Espérons que l'enquête diffusée sur l'ARD apportera de nouvelles révélations et contribuera à faire la lumière sur l'extrême dépendance du ministère français vis-à-vis de Microsoft.

Regarder l'enquête lundi 19 février 2018, à partir de 22h55

« Contributopia », Dégoogliser ne suffit pas - Pierre-Yves Gosset

sam, 02/17/2018 - 16:51


Titre : « Contributopia », Dégoogliser ne suffit pas.
Intervenant : Pierre-Yves Gosset
Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
Date : novembre 2017
Durée : 1 h 54 min
Visualiser la conférence
Diaporama support de la présentation, divers formats.
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

En octobre 2014, l'association Framasoft lançait un pari un peu fou : « Et si on dégooglisait Internet ? ». Ce (modeste) plan de libération du monde visait, en 3 ans à :

  • sensibiliser le public sur la question de la centralisation des données, des atteintes à la vie privée, et des dominations des « GAFAM » (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ;
  • démontrer que le logiciel libre est une réponse concrète à ces dangers ;
  • essaimer la démarche, afin de créer une résilience, et de faire en sorte que Framasoft ne soit pas le « Google du libre ».

Trois ans plus tard, l'objectif est atteint :

  • plusieurs centaines de conférences, ateliers, stands, etc auront été tenus par des membres de l'association ;
  • 32 services libres, éthiques, alternatifs et solidaires sont disponibles pour tou⋅te⋅s ;
  • la récente naissance du collectif CHATONS ouvre une potentielle dynamique pour les années à venir.

En octobre 2017, Framasoft souhaite se lancer dans une nouvelle campagne : « Contributopia ». Ses objectifs :

  • outiller les personnes souhaitant œuvrer à une société plus libre et plus juste ;
  • favoriser les contributions de tous types aux logiciels libres et aux communs, notamment par les moldu⋅e⋅s du code ;
  • faciliter l'accompagnement des publics dans le choix, la prise en main, et l'usage des outils libres.

Pour cela, une douzaine de projets sont annoncés sur les années à venir visant, chacun à leur manière, à rapprocher les enjeux du libre et des communs de ceux de l'éducation populaire et de l'économie sociale et solidaire. La conférence s'attachera à présenter le bilan de la campagne Dégooglisons, et les raisons qui nous amènent à penser que « dégoogliser ne suffit pas ».

Transcription

Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle Pierre-Yves Gosset, je suis directeur et délégué général de l’association Framasoft1 et je vous annonce tout de suite que je ne vais pas vous retenir une heure, je vais sans doute vous retenir un petit peu plus, j’ai 114 ou 115 slides. N’ayez pas peur, il y en a qui vont aller très vite. Du coup, si vous voulez partir parce que vous voulez aller voir une autre conférence, je ne me vexerai pas. Promis.

L’idée aujourd’hui c’était de vous parler de la feuille de route qu’on vient d’annoncer, qui s’appelle « Contributopia ». Mais pour vous raconter pourquoi est-ce qu’on fait cette feuille de route, comment est-ce qu’on en est arrivés là, je suis obligé de remonter un petit peu dans le temps, voire beaucoup dans le temps.

Au commencement était Internet, c’était simple, ce n’était pas trop compliqué ; assez vite c’est parti en vrille. Là vous avez une représentation d’un petit bout du réseau Internet. Ça a plutôt bien marché ; les marchands sont arrivés, comme souvent, ce qui n’est pas nécessairement voire pas du tout une difficulté, mais on a quand même eu, du coup, beaucoup d’entreprises qui sont arrivées, ce qui fait qu’aujourd’hui le Web… Ça a intérêt à fonctionner, ah là, là, si mes GIF animés ne fonctionnent pas, je vais être triste et malheureux. Je vais donc hop ! hop ! Je vais passer en un seul écran, parce que sinon ça ne va pas être cool. J’aurais dû vérifier ça avant, évidemment. On fera une petite coupe au montage de la vidéo. Hop ! Je vais lui dire même image sur tous les écrans, on applique. Eh oui, ça présente des choses avant ! Et la magie de Debian fait que, nécessairement, ça devrait fonctionner.

Donc au commencement était Internet, c’est parti en vrille, les marchands sont arrivés. Et là j’espère qu’on va avoir droit… Ah non ! Je n’ai pas le droit de ne pas avoir mes vidéos de chatons. On va le refaire d'une autre façon. Il y a toujours une solution avec le Libre, des fois elle est juste un peu casse-pieds ! Vous allez voir, on va y arriver.

Public : Inaudible.

Pierre-Yves : OK. J’efface donc le dossier « Séminaire aux Bahamas ». Promis ! Voilà, je sens que ça va marcher vu le temps que ça prend à charger. Voilà ! Merci le Libre.

[Applaudissements]

Donc voilà un petit peu à quoi me fait penser Internet aujourd’hui. C’est un peu difficile quand même de s’en sortir dans toutes ces publicités, tous ces acteurs qui sont là et qui vous disent qu’il faut réussir à passer. Bon ! La publicité en tant que telle, après tout on pourrait dire « oui, et alors ! En quoi c’est un problème ? »

Domination technique

Du coup, dans ce déroulé de « Contributopia », il faut qu’on vous explique un petit peu ce que nous on a appris ces dernières années, c’est qu’un petit nombre d’acteurs exerçait une tripe domination. Pour bien comprendre quelle est cette triple domination, je vais vous demander de lever la main si vous avez un smartphone, iPhone ou Android. OK, 90 %. Qui a une boîte Gmail ? 60 %, peut-être 70 % ; on sent qu’on est dans un truc quand même libriste un petit peu. Je pourrais continuer. Qui a un compte Facebook ? Je savais que ça allait légèrement baisser petit à petit.

Ce qui est clair c’est donc qu’il y a un petit nombre d’acteurs qui domine Internet aujourd’hui, malheureusement. Là, vous avez une carte tout à fait fictive et tout à fait propriétaire d’une représentation des services de Google. Donc vous avez Google, vous avez Google Groups, Google Agenda, Google Calendar, etc. La personne qui a fait cette carte représentait, en fait, Internet sur six continents, à savoir Google, Apple, Facebook au nord, Microsoft à l’est, Amazon au nord-est et le continent du darknet, des internets digitaux, auto-radicalisés, du porn, etc., qui est bien séparé mais qui existe. C’était une représentation relativement amusante ; le problème c’est que techniquement ces acteurs sont extrêmement puissants. Ça c’est ce qui se passe chaque minute sur Internet : il y a 6 millions de Snapchat qui sont envoyés, 6 millions de « snap » qui sont envoyés par minute. Des millions de photos qui sont échangées sur quelques acteurs uniquement. Donc j’ai fait le choix, j’ai visé Facebook, désolé : chaque jour 1,3 milliard de personnes se connectent sur Facebook. Là ,du coup, les informaticiennes et les informaticiens dans la salle doivent se dire 1,3 milliards ça commence à faire beaucoup de connexions, il faut quand même une sacrée infra. Et un autre chiffre 2000 millions de photos sont mises en ligne tous les jours sur Facebook. Donc là aussi, l’admin sys de Facebook n’est pas tout seul pour gérer ça !

Évidemment, ces entreprises ont une domination technique qui va bien au-delà aujourd’hui de simples sites web ; notamment, on pourrait parler des voitures connectées, des montres connectées, des frigos connectés ; tout ça, aujourd’hui, fait partie de la domination technique de ces entreprises. Et alors !

Domination économique

C’est quelque chose qu’on a beaucoup travaillé ces dernières années. On explique aux gens et souvent ils n’ont pas forcément conscience que les cinq plus grosses capitalisations boursières mondiales, aujourd’hui, sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Ça n’est plus Walmart qui est le Carrefour américain et un des plus gros employeurs de la planète ; ça n’est pas General Electric ; ça ne sont plus les big pétroliers ; ça ne sont plus les big Pharma. Ce sont vraiment cinq entreprises du numérique qui contrôlent une énorme partie du pognon qui circule aujourd’hui dans les pays, notamment aux États-Unis.

Je vais commencer par tout en bas, si vous n’arrivez pas à lire. Apple, Microsoft et Google détiennent à elles trois, en gros, un quart du cash des entreprises américaines. Donc là j’ai les chiffres, j’ai repris les chiffres officiels tels que marqués sur Wikipédia, des cinq principales entreprises, des GAFAM, et donc, moi le chiffre que je trouve particulièrement intéressant, c’est la partie capitaux propres. Capitaux propres, pour ceux qui ne font pas d’économie, c’est, en gros, leur trésorerie ; ça veut dire ce qu’elles ont sur leur compte en banque ; ça veut dire ce qu’elles peuvent retirer quand elles vont au distributeur. Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Apple, en 2015, avait 119 milliards de dollars sur son compte en banque. Pour donner une idée, 119 milliards de dollars, c’est à peu près le PIB du Maroc. Mine de rien ça calme un petit peu. J’ai comparé à Carrefour. Ils ont à peu près autant d’employés que le groupe Carrefour : le groupe Carrefour fait 1 milliard de bénéfices, les GAFAM en font 100 milliards.

Ce qu’on ne sait pas forcément c’est que ces entreprises investissent et quand nous on parle de colonisation d’Internet par les GAFAM, les gens nous disent « colonisation c’est un mot fort, des gens qui sont morts ». Effectivement, c’est un terme qui a une véritable puissance évocatrice, mais ce qui nous nous intéresse c’est la façon dont petit à petit elles grignotent des parts du Web et comment est-ce qu’elles arrivent à s’implémenter dans Internet.

Ce que vous ne savez peut-être pas c’est que Google est actionnaire de Uber ; ou que Amazon, enfin à travers Jeff Bezos et son fond de capital risque, est actionnaire Airbnb. Donc vous avez peut-être l’impression qu’il y a des milliers et des milliers de boîtes, mais celles que l’on connaît, celles dont vous avez installé les applications sur votre smartphone, elles ont probablement, dans leurs capitaux, des fonds qui appartiennent à Google, Facebook, Amazon ou Microsoft. Il y encore plein de gens que ne savent pas que WhatsApp appartient à 100 % à Facebook. Ils se disent « moi je n’utilise pas Facebook, j’utilise WhatsApp ». Perdu ! Même chose, même combat !

Vous avez, à droite, la liste des 185 dernières acquisitions et je parle bien des acquisitions à 100 % par Google. Vous allez voir la page Wikipédia, acquisitions de Google, enfin d’Alphabet, c’est assez impressionnant.

Autre point : 26 milliards 200 millions, c’est le prix qu’a payé Microsoft en échanges d’actions. Ils n’ont même pas été retirer l’argent au distributeur. Ils ont juste échangé une partie de leurs actions contre l’entreprise Linkedin. 26 milliards, encore une fois, c’est un chiffre qui est complètement faramineux et qui prouve bien que même si une entreprise marche bien — concrètement Linkedin marche plutôt bien — c’est quand même un énorme problème de se dire qu’elles peuvent racheter n’importe quelle entreprise sur la planète. Et donc, quand on dit qu’il y a une vraie diversité des acteurs, quand on dit qu’il faut pousser des start-ups, nous ça nous fait un petit peu mal au cœur et pas qu’au cœur parce que, du coup, ça veut dire qu’elles peuvent racheter toute entreprise qui commencerait à bien se porter « ah c’est intéressant, je l’achète, je fais un chèque de 26 milliards de dollars ». Si c’est une start-up avec 10 personnes, vous imaginez bien que les gens vont prendre le milliard ou les deux milliards et partir aux Bahamas avec. Oui, et alors ?

Domination culturelle

On en vient à un troisième type de domination qui pour nous est encore plus important et encore plus caché, et sur lequel je vais revenir encore plus dans le détail tout à l’heure, c’est la domination culturelle.

La domination culturelle, c’est le fait que petit à petit ces entreprises, sans qu’on s’en rende nécessairement compte, et sans qu’elles le fassent avec une visée nécessairement volontaire, consciente – je veux dire il n’y a pas un mec chez Facebook qui se dit tous les soirs « ah ! ah ! Comment est-ce que je vais pouvoir changer les relations entre les gens et redéfinir la définition d’amis ». Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas Minux et Cortex non plus, mais il y a quelque part des gens qui sont en train d’influencer la façon dont on interagit avec nos amis. C’est-à-dire que si vous avez des amis qui sont sur Facebook et d’autres qui ne sont pas sur Facebook et que vous vous avez un compte Facebook, vous allez avoir plus tendance à garder des relations avec vos amis qui sont sur Facebook. Ça paraît tout bête dit comme ça, mais ça veut dire qu’ils sont en train d’influencer la façon dont on interagit entre êtres humains. On peut résister à ça, mais franchement, c’est difficile !

Deuxième chose, ils ont aussi une forte influence sur les aspects design. Donc là j’ai pris des interfaces type Material Design d’Apple ; concrètement, ils sont en train de normaliser la société, la façon dont on interagit avec des objets, la façon dont on fait du design. Donc aujourd’hui, quand vous êtes designer, c’est beaucoup plus simple de dire on va reprendre les codes du Material Design par exemple de Google, ou ceux d’Apple, parce que ce sont des choses que les gens connaissent et comprennent. C’est vrai, sauf qu’on n’a pas qu’une culture sur la planète. Et pourquoi est-ce qu’il faudrait faire à Dakar une application type téléphone mobile de la même façon qu’elle est faite à San Francisco ?

Troisième chose. Ils influencent notre morale. Vous avez ici un tableau qui est pourtant mondialement connu, qui s’appelle L’Origine du monde de Gustave Courbet, qui ne date pas d’aujourd’hui, Facebook l’a censuré parce que les algorithmes de Facebook ont cru que c’était une photo et donc pour eux, comme ils ne veulent pas de sexe ou de pornographie sur Facebook – c’est leur choix, c’est tout à fait respectable –, mais, du coup, les images sont supprimées. Ça veut dire qu’il y a des erreurs. Ça veut dire que, du coup, inconsciemment, on ne va plus aller mettre des images de ce type sur Facebook, alors que c’est un tableau de maître français, ce n’est pas rien, quand même, Gustave Courbet, et ça veut dire que potentiellement ces entreprises sont en train d’influencer et de diffuser leur morale au niveau planétaire.

Le problème, comme je le disais avec le tableau de Courbet, c’est que ces entreprises sont situées dans un tout petit territoire du monde ; j’aurais dû refaire un zoom de zoom de zoom, parce que Google, Facebook et Apple sont dans un carré qui fait un petit peu plus d’une centaine de kilomètres sur une centaine kilomètres autour de San Francisco et que Amazon et Microsoft, l’un et l’autre, ont leur siège social qui est situé à Seattle.

Ça veut dire que ce sont les gens qui sont dans ces deux villes qui décident pour le reste du monde de comment est-ce qu’on va interagir avec nos amis, comment est-ce qu’on va concevoir des interfaces, comment est-ce qu’on va devoir gérer la morale, etc.

Donc une partie de ce qu’on porte aujourd’hui comme message, c’est de dire que sur cette domination culturelle, Internet par les GAFAM, c’est un petit peu comme le cinéma par Hollywood : il est porteur, il véhicule des valeurs sociales et morales qui sont diffusées sur la planète, sauf que c’est Hollywood puissance 10. Hollywood nous vendait un modèle à l’American way of life avec un mari, une femme, deux enfants, une voiture, voire deux voitures tant qu’à faire parce qu’il fallait faire tourner l’économie américaine, et puis voilà, les congés ; enfin l’image est assez parlante. Et du coup, on est quand même un certain nombre aujourd’hui à penser qu’Internet est en train de véhiculer quelque chose de beaucoup plus fort. Ils sont en train de réussir à faire ce qu’on appelle le village mondial, mais ce sont uniquement cinq entreprises étasuniennes avec des dirigeants qui sont des hommes, blancs, souvent protestants, qui décident petit à petit de comment est-ce qu’on doit diffuser de l’information et quel est le modèle de vie qu’on devrait avoir.

Vous êtes vraiment un public difficile !

Capitalisme de surveillance

Je vais vous parler là d’une autre découverte, enfin quelque chose qui a évolué ces dernières années et nous on essaye de faire de la sensibilisation autour de la notion de capitalisme de surveillance. Capitalisme de surveillance, ça fait un petit peu peur comme mot, mais vous allez voir que je vais dérouler en quoi ça consiste et potentiellement vous allez assez vite comprendre ce que c’est.

Premier point, capitalisme de surveillance, ce qu’on appelle les dérives publicitaires. Comment est-ce que les GAFAM utilisent la publicité comme un levier, tous les jours, pour nous pister. Là je suis allé sur le site du Parisien il y a quelques semaines ; l’article en Une c’était l’attaque au couteau à Marseille ; 92 traceurs sur le site du Parisien. 92 ! 92 petits logiciels qui vont pister est-ce que je suis déjà venu ; potentiellement ils vont recouper des informations personnelles sur mon âge, mon sexe, est-ce que je reste longtemps sur la page, d’où est-ce que je viens, sur quelle page je vais aller, etc.

Évidemment, si vous avez un bloqueur de pubs, vous allez me dire « moi je m’en fiche, les traceurs je ne les vois pas ! » Sauf que du coup, potentiellement, si vous mettez un bloqueur de pubs, peut-être que Le Parisien n’aura plus de modèle économique. Nous, personnellement, avoir un modèle économique non éthique on estime que c’est leur problème et que c’est à eux de le régler ; mais aujourd’hui, ils vivent de ça. Donc ils vont vous dire, ils vont essayer de vous culpabiliser en vous mettant des gros panneaux « merci de ne pas activer votre bloqueur de publicité ». Ce qui est quand même assez fou parce que ce n’est pas de la publicité comme quand on ouvre un journal et qu’il ne sait pas qui vous êtes ? On est bien d’accord que ces traceurs vous suivent réellement et précisément.

Petit point important parce que ça tout le monde ne le sait pas, les petits boutons Facebook, Twitter, etc., qu’on voit tout en bas, même si on a l’impression qu’ils sont sur le site web, en fait, ils sont techniquement liés à Facebook ; ça veut dire que lorsque j’affiche cette page, Facebook, alors que c’est bien le site du Parisien et que, à priori, aux dernières nouvelles, Facebook n’est pas actionnaire du Parisien, Facebook sait que j’ai lu cet article, combien de temps je suis resté, quel était le titre de cet article. Donc petit à petit Facebook acquiert de l’information sur moi.

Je vais aller assez vite sur cette slide qui est très laide en plus, c’est du fait main. Le principe du capitalisme de surveillance est assez simple, les utilisateurs c’est nous. On génère des données à travers un certain nombre de choses qui génèrent du trafic, pas qui génèrent du trafic, mais petit à petit plus on fait de trafic plus ils peuvent valoriser ces données-là au travers de la publicité. Et il y a un autre point. Évidemment, aujourd’hui, il y a ce qu’on appelle des data brokers, c’est-à-dire des gens qui récupèrent les données, qui en font un traitement, qui les revendent. Ils revendent, en fait, vos profils publicitaires à des annonceurs qui veulent vous vendre une paire de chaussures, une voiture, un voyage aux Bahamas, etc. On est très Bahamas aujourd’hui ! Je reviendrai dessus plus tard. Évidemment, malheureusement, ça ne leur suffit pas.

J’en viens à la question de la dérive de la surveillance. Là c’est un vieux schéma mais très académique, de 2011, qui regroupe un certain nombre de types de données personnelles qui existent pour un individu. Vous avez les données type universitaire, enfin votre parcours scolaire. Vous avez les nom, prénom, adresse. Vous avez le type d’outils que vous avez chez vous, par exemple un téléphone portable ou pas. Vous avez les données démographiques, l’adresse, l’âge, le sexe, éventuellement la religion, etc. Les relations avec vos amis, votre famille, les communications, les données financières, les données de santé, etc. Je vais revenir sur ce schéma tout à l’heure.

Évidemment, ces entreprises il faut qu’elles puissent vous tracer sur un maximum de plans pour récolter de l’information. Un outil assez simple qui a été un des premiers qu’elles ont pu mettre en place pour ça, c’est, par exemple, le navigateur. Donc Google Chrome récolte de l’information sur votre navigation et envoie ces informations à Google. Si vous avez un compte Google, c’est encore pire : ils peuvent récolter vraiment vos déplacements, enfin où est-ce que vous vous connectez ; le navigateur peut envoyer ce type d’informations.

Un des premiers mouchards et des plus importants c’est le téléphone auquel aujourd’hui viennent s’ajouter les montres que ça soit l’Apple Watch ou les montres type Android. Ça ne se développe pas trop pour l’instant en France. Vous avez vu des pubs peut-être pour l’Apple Pay où le papa et sa petite fille passent devant une boulangerie, mais le papa n’a pas de pièces dans sa poche ! C’est trop triste ! Mais heureusement il a son téléphone dans la poche et du coup il peut payer à sa petite fille un croissant, une chocolatine vu qu’on est à Toulouse ! Je ne vais pas dire pain au chocolat ! Merci ! J’ai fait gaffe ! Yes ! ???

[Applaudissements]

Donc c’est quelque chose. Aujourd’hui 60 % des paiements à Mac Donald aux États-Unis sont faits par le téléphone, directement. C’est-à-dire il y a une puce NFC comme vous avez probablement une puce NFC dans votre Carte Bleue, qui peut être détruite ou désactivée d’ailleurs, et qui permet, du coup, de payer votre burger directement sans avoir de monnaie sur vous. Évidemment, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Google va savoir que vous êtes dans tel Mac Donald, que vous avez mangé tel burger, que c’est la quatrième fois que vous venez cette semaine et donc, potentiellement, il va pouvoir vous classer dans certaines catégories.

Ça va plus loin aussi, puisque, évidemment que ça soit Google ou d’autres sociétés s’intéresse beaucoup à la question de la voiture autonome. La voiture autonome c’est potentiellement bien, il y a aura peut-être moins d’accidents, donc potentiellement des morts en moins ; c’est évidemment une très bonne chose. L’inconvénient c’est que ce n’est pas un nouveau modèle classique. Elles vont vouloir évidemment gagner de l’argent sur la partie logicielle qu’il y a dedans et donc votre voiture vous préviendra probablement en vous disant « tu sais que tu as une réduction sur les carottes à Carrefour dans 500 mètres, est-ce que tu veux qu’on s’arrête ? » C’est complètement intégré dans cette vision-là.

La question des robots, je la traite ici ; on pourra revenir dessus plus tard. Là vous avez des robots qui ont été développés, au départ, par une boîte qui s’appelle au départ Boston Dynamics. Boston Dynamics a été rachetée par Google. Le problème c’est qu’ils ont fait des vidéos montrant ce sur quoi travaillait Boston Dynamics. Au départ ce sont des robots qui étaient prévus plutôt pour l’armée. Ils continuent d’ailleurs à développer des robots pour l’armée, mais du coup Google, quand il a vu la réaction vis-à-vis de ces robots du grand public a dit : « Il vaut peut-être mieux revendre la boîte sinon on va se faire pourrir la vie. Ça rappelle un peu trop Terminator ». Et donc ça commence à bien marcher : pour ceux qui suivent un peu, le robot qui est en bas, la semaine dernière, a réussi à effectuer un saut périlleux arrière, ce qui est quand même extrêmement compliqué pour un robot, sans se casser la figure.

Il y a des outils qui sont beaucoup plus pernicieux. Vous avez le Google Wifi. Google Wifi c’est un petit appareil que vous posez chez vous et qui va permettre d’avoir le Wifi, si vous êtes dans une grande maison dans laquelle le Wifi ne passe pas bien, ça marche très bien. Vous posez votre Wifi et c’est Google qui va répercuter. Évidemment, Google récolte des données.

Vous avez les caméras Nest. Nest est une filiale de Alphabet. Alphabet c’est la maison-mère de Google. Je n’ai pas précisé mais Google, aujourd’hui, n’est qu’une petite boîte qui pèse quand même 500 milliards de dollars, mais qui appartient à une maison-mère qui s’appelle Alphabet qui elle fait de la Recherche et Développement, qui fait de la recherche sur l’ADN, etc. Donc ils ont une filiale à 100 % qui appartient à Alphabet, qui s’appelle Nest et qui permet de filmer en temps réel, par exemple, qui sont les personnes qui rentrent chez vous ; qu’on peut coupler à un thermostat pour que ça monte la température quand vous quittez le boulot ou quand vous avez quitté votre maison : ça marche assez bien. Je trouvais cette photo intéressante parce qu’elle est mise à côté des parfums ! Ça, ce sont les types d’appareils qu’on voit de plus en plus. Vous avez à gauche Amazon Echo ; donc quand vous dites « Alexa, quel est le titre – je ne sais – de musique des années 50 que je préfère, je l’ai oublié, est-ce que tu peux me le jouer ? », ça va aller chercher la bonne musique chez Amazon Play, hop ! et vous la jouer automatiquement.

Et le Google Home, derrière, fait exactement la même chose. On a déjà vu pas mal de dérives du Google Home qui est sorti il n’y a pourtant pas très longtemps mais qui, en fait, se déclenchait tout seul même quand on ne lui posait pas la question. Là il faut dire « OK Google » ; le Google Home se « réveille » entre guillemets et il est capable de « répondre » entre guillemets à vos questions ou d’activer des choses chez vous. Ça veut dire que cet outil doit écouter en permanence si vous dites « OK Google » ou pas. Je ne dis que les informations sont systématiquement envoyées, mais demain elles pourraient l’être.

Exemple qui fait un peu flipper, qui est un cas réel, la Barbie qui est capable, évidemment, d’écouter les paroles de l’enfant, de les envoyer à un service en ligne qui va répondre, qui va donner une réponse contextuelle. Du coup, à l’enfant, ça ne va pas répondre « oh oui il fait beau aujourd’hui » systématiquement, ça va donner une réponse contextuelle. Sauf qu’il a été démontré quelques semaines après la sortie de cette Barbie qu’il était possible d’écouter en permanence ce qui se passait dans la chambre et, évidemment, ça fait un peu flipper. Pourquoi est-ce qu’il se passerait des trucs ? Non, tout va bien se passer, c’est normal.

Le dernier truc que nous on voit arriver, ce sont les Google Glass qui avaient été écartées parce que ça faisait trop flipper les gens à San Francisco, là où les Google Glass avaient d’abord été testées, mais elles sont en train de revenir en mode, c’est la Google Glass Enterprise Edition. Là ce n’est plus du tout la même chose, même si c’est exactement la même chose. Vous êtes chirurgien, ça peut vous afficher de l’info, etc. Et évidemment, c’est un très bon modèle parce que, en passant d’abord par l’entreprise, ça va être finalement le grand public qui va récupérer ça et qui, en plus, va être ravi d’aller payer pour aller choper, pour pouvoir acheter ces nouvelles Google Glass.

Donc si je reprends ce schéma que je vous montrais tout à l’heure, je vais commencer par les activités : vous avez déjà tout ce qui est votre activité notamment en ligne, donc Chrome, Windows, iOS, les Google Car, etc., tout ça déjà récupère votre activité. Les données académiques, Linkedin ou Google Education les récupèrent. Les comptes Google, à peu près tout, de votre montre, de votre e-mail, etc. ; souvent ce sont eux qui gèrent votre mail. Vos intérêts sont récupérés par Facebook, Google Plus, Amazon. Je vais continuer un peu plus vite. Globalement on a à peu près fait le tour de tous les types de données personnelles qu’ils pouvaient choper. Il en reste à peu près deux mais qui vont assez vite arriver.

Il y a les données financières. Ils sont tous en train d’essayer de monter des systèmes de banque en ligne. Comme ça ce sera beaucoup plus simple, ils sauront tout ce que vous dépensez, tout ce que vous achetez. Ils vont probablement vous proposer un service de banque 100 % gratuit ; pas bête ! De toutes façons, ils ont 100 milliards de dollars sur le compte en banque, ça ne va pas leur coûter trop cher.

Les données de santé, ça commence, il y a déjà des projets qui commencent à arriver pour lesquels Google va suivre votre santé. D’ailleurs on a tendance à dire, même Google le dit, quand vous êtes malade, la première personne à le savoir ce n’est pas votre conjoint ou votre conjointe, c’est Google. Parce que si vous avez mal au coude vous dites « mal au coude » et, du coup, Google sait que potentiellement vous avez un problème de santé, donc il va pouvoir stocker cette information et la réutiliser plus tard.

Et les données gouvernementales, j’ai cru que ça n’arriverait pas, mais si ! C’est en train d’arriver aussi. Je vais en reparler dans une minute, tout à l’heure.

Donc finalement les GAFAM ont réussi en quelques années à se placer en tant qu’intermédiaires sur la production de données, sur la distribution des données, sur la diffusion des données et sur les contributions puisque c’est nous qui leur fournissons nos propres données et qui les diffusons derrière. Très malin ! Ça pose quand même un certain nombre d’autres problèmes derrière.

Évidemment, les révélations d’Edward Snowden, en juillet 2013, démontrent une chose dont on se doutait ou qu’on savait dans les milieux activistes et du logiciel libre, mais on n’avait pas de preuves. Ce qu’apporte Edward Snowden c’est, au travers d’un programme de surveillance qui s’appelle PRISM, il démontre qu’il y a une véritable collusion entre des services de renseignement étasuniens essentiellement et des États. Concrètement, il démontre que plutôt que d’aller se casser la tête à aller surveiller chaque personne individuellement comme en France on pouvait le faire, on n’était même pas trop mauvais à ça avec les Renseignements généraux de leur temps, eh bien c’est beaucoup plus simple d’aller taper à neuf portes ; ces neuf portes sont Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Cisco, Yahoo et il m’en manque toujours une ou deux, c’est un peu comme les sept nains, mais bon, peu importe vous avez compris le principe. Déjà on retrouve les GAFAM dedans.

Ce que démontre PRISM c’est que, finalement, en allant toquer à la porte de Google on a beaucoup plus d’informations qu’en faisant de la surveillance à l’ancienne auprès des gens.

Deuxième dérive type démocratique, c’est que ça fait rêver les hommes et femmes politiques. Les gens de pouvoir ont envie d’avoir ce pouvoir qu’ont les GAFAM et, du coup, ils ont une tendance depuis maintenant quelques années à vouloir entourer, mettre des barrières autour des citoyens de façon à suivre au mieux quelles peuvent être leurs activités. L’idée, évidemment, qu’ils vont avoir derrière la tête c’est de dire, et c’est comme ça qu’ils nous le font passer, « oui mais c’est pour mieux lutter contre le terrorisme ». Sauf que, et les militants de La Quadrature du Net vous l’expliqueront beaucoup mieux que moi, on voit bien que ces projets de lois et ces lois ne sont pas là uniquement pour le terrorisme ; elles visent des champs d’application beaucoup plus larges qui peuvent être tout ce qui va porter atteinte aux intérêts majeurs scientifiques et économiques de la France. Sauf que est-ce que, je ne sais pas, le foie gras c’est un intérêt majeur économique ou scientifique de la France ? On peut dire que c’est un intérêt majeur économique et donc il faut défendre le foie gras. Donc quelqu’un qui voudrait promouvoir le foie gras en France et qui viendrait de l’étranger, on pourrait le mettre sous surveillance pour ça.

Les cas, évidemment, les plus courants que l’on voit, ce sont les surveillances d’activistes. À peine la loi était-elle votée en France que des militants de la COP 21 étaient mis sous surveillance et on a pu les empêcher d’aller militer en leur disant « non vous, vous portez atteinte… », en gros vous foutez le bordel et nous on ne veut pas de bordel en France, donc restez chez vous.

Je continue sur des dérives démocratiques parce que ne pas payer d’impôts est une dérive démocratique selon moi. Le fait qu’ils payent très, très peu d’impôts et là les Panama Papers, je vous encourage à lire, il y a eu pas mal d’articles sur les Panama Papers. Il y en avait un que je trouvais très intéressant : des journalistes se sont rendus au Conseil d’administration de Facebook qui visait à valider le montant, la capitalisation boursière, comment est-ce qu’ils allaient répartir tout ça, etc. ; ça se passait aux Bahamas, ce n’était pas fait exprès. Et il y avait deux juristes juniors qui étaient là et qui ont été très surpris de voir débarquer des dizaines de journalistes. Il montrait bien que, en fait, Facebook, son principal intérêt c’est de défiscaliser, de payer le moins d’impôts possibles et pour ça, évidemment, il y a des mécanismes assez complexes où l’argent va transiter par l’Irlande qui, elle-même, va reverser de l’argent à une société aux Bahamas qui, elle-même, va le renvoyer en Irlande. Et comme ça, petit à petit, ces entreprises vont payer de moins en moins d’impôts.

Et c’est un vrai problème démocratique parce que ça veut dire que l’argent qui est fait par Google en France ne contribue pas à améliorer les routes, les écoles et à faciliter la vie des différents citoyennes et citoyens.

On voit un autre dérive démocratique, c’est la puissance des lobbies. Là, en plus, les chiffres datent un peu, mais ça continue à augmenter doucement mais sûrement. Un des plus gros lobbyistes du numérique c’est Google, avec 16 millions de dollars dépensés, là c’est en 2013 aux États-Unis. Ce sont les chiffres officiels, c’est-à-dire qu’aux États-Unis ils sont relativement transparents sur ces choses-là, c’est l’argent qui a été dépensé pour pousser une loi en allant rencontrer des sénateurs américains, par exemple, et donc ces chiffes-là sont notés et déclarés par Google. Et ça, ça n’est que la partie émergée de l’iceberg. 16 millions de dollars, autant vous dire que le budget de La Quadrature du Net2, 320 000 euros qui sont demandés dans la campagne actuelle, à côté c’est un peu du pipi de chat !

Leur lobbying à eux dépasse le montant d’entreprises y compris type tabac. Je crois qu’il y a les ventes d’armes qui sont quand même au-dessus aux États-Unis, parce il ne faut pas déconner ! Mais autrement voilà, dans le numérique, clairement, on voit bien qu’ils dépensent de plus en plus d’argent.

Autre dérive démocratique, je vous présente le site de l’Élysée. Je ne déconne pas, vous pouvez aller sur le site elysee.fr, vous ne voyez peut-être pas parce que c’est trop clair, en haut à droite, vous avez des petits boutons Facebook, Twitter, etc., qui envoient de l’information à Facebook, Twitter, etc. Vous avez juste au-dessus la flèche rouge, là, plus en haut à droite, qui vous dit « en poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies ou autres traceurs pour réaliser des statistiques de visites. » . Ils ne savent pas foutre un Piwik3, un logiciel libre, pour suivre les statistiques du site de l’Élysée ? Ils sont obligés de passer par des sites tiers type Google Analytics ? Franchement ! Pour avoir travaillé un peu dans le milieu, les informaticiens dans le milieu des ministères, etc., ils sont bons quoi ! On leur a dit : « Ce n’est pas grave ! Ne t’embête pas avec ça, utilise donc Google Analytics ! » Et puis ça ne vous a pas échappé, vous ne pouvez pas naviguer sur le site de l’Élysée tant que vous n’avez pas liké la République française, 393 000 amis sur Facebook, ou tant que vous n’avez pas dit « fermer ». C’est le genre de truc ça nous fait vraiment flipper.

Autre point sur lequel on est aussi en mode YOLO. Un article du Guardian, donc c‘est assez récent, ça fait quelques semaines que c’est officiel, ça faisait longtemps qu’ils en parlaient : Google va gérer tout un quartier de Toronto qui s’appelle Quayside je crois et, du coup, ils vont pouvoir faire un petit peu ce qu’ils veulent. Donc la gestion de la ville, ce qui est au départ politique, politis, la vie de la cité, comment est-ce qu’on vit ensemble, du coup va être déléguée à une entreprise étasunienne ! Vive les Smart Cities ! All your base are belong to us.

Autre dérive démocratique. Pour bien la comprendre il faut qu’on fasse une petite parenthèse par ce qu’est l’économie de l’attention. Les interfaces et là, du coup, je sais qu’il y en a dans la salle, je m’adresse notamment aux designers et « designeuses », l’économie de l’attention c’est quoi ? C’est concevoir une interface pour capter l’attention de l’utilisateur. Si vous regardez l’interface de Facebook, c’est assez pensé par rapport au bandit manchot, c’est-à-dire vous avez des nouvelles notifications donc vous avez envie de savoir quelles sont ces nouvelles notifications. Vous avez la possibilité — comme dans le bandit manchot on va tirer pour refaire tourner les chiffres —, vous allez slider vers le bas pour remettre à jour les informations : qui m’a envoyé une nouvelle news, etc., alors que ça pourrait s’afficher, techniquement on sait faire pour que ça s’affiche au fur et à mesure. Mais c’est le fait de slider : vous allez avoir une action qui va déclencher du plaisir et donc vous avez votre petite hormone de dopamine qui arrive et qui déclenche du plaisir, exactement comme sur un bandit manchot.

Ça c’est ce qu’on appelle l’architecture de la persuasion qui a été théorisée il y a des dizaines d’années ; ça fait partie des bases du marketing. L’architecture de la persuasion, vous avez là un magasin quelconque à droite, donc les couleurs, l’éclairage, la disposition des lieux est faite pour que vous alliez… Dans un magasin c’est assez clair, par exemple les produits de base type, je ne sais pas, lait, farine œufs, sont loin, ne sont pas du tout à l’entrée du magasin. Pourquoi ? Parce qu’il faut vous faire traverser tout le magasin ! Donc le principe de l’architecture de la persuasion c’est un petit peu ça. C’est comment est-ce qu’on va capter votre attention, on va travailler votre intérêt, on va essayer de provoquer du désir, que vous en ayez ou pas au départ, mais il faut essayer de le pousser au maximum, le tout pour que vous achetiez.

Quand c’est un magasin qui reçoit 300 personnes par jour, ça marche, les Tic Tac et les chewing-gums sont près de la caisse, eh bien voilà, de temps en temps vous craquez, vous achetez. Mais quand vous avez 1,3 milliard de personnes qui viennent tous les jours là-dessus, forcément ça a une capacité d’action et une capacité d’influence qui est hyper-vaste.

Un excellent exemple de ça, c’est le coup des fake news, fake adds, qui est beaucoup en débat en ce moment aux États-Unis. La Russie aurait, je mets du conditionnel, je crois que ce n’est pas encore tranché, aurait acheté pour 100 000 dollars de publicité sur Facebook qui aurait permis de diffuser 3 000 types de publicités différentes, qui ont été extrêmement ciblées. Or, ce que montrent des études très sérieuses, c’est que quand on rajoute de l’information, par exemple sur Facebook, ça influence les gens. Donc la publicité ça marche. Si ça ne marchait pas il n’y aurait pas de publicité. La publicité, qu’on le veuille ou non, on se dit moi je suis plus fort que la pub, mais non ! La publicité ça marche ! Donc le fait de mettre des pubs a pu orienter un certain nombre de votes aux États-Unis sur le vote, notamment de Trump-Clinton. Or ce vote s’est joué quand même à peu près à 100 000 voix. Et donc toute la question c’est est-ce qu'en dépensant 100 000 dollars ce qui est peanuts, vraiment peanuts, est-ce qu'en dépensant 100 000 dollars la Russie n’aurait pas pu influencer l’élection de la première puissance économique mondiale ?

Je vous ai calmés ! Ça fait peur ! Oui, je sais, je suis spécialiste pour casser l’ambiance !

L’autre point qui me paraît important, je l’ai appelé « hanounisation », j’aurais pu trouver d’autres acteurs pour moi, du comment est-ce qu’on va travailler le temps de cerveau disponible des gens et comment est-ce qu’on va leur expliquer que tu rentres du boulot, tu es fatigué, ton employeur est un con, parce que ton collègue est chiant. Voilà ! Tu rentres chez toi, tu as juste envie de te poser devant la télé, de regarder Cyril Hanouna, le tout de préférence en ayant des objets que tu auras achetés dans le magasin d’à côté et dont tu n’avais pas spécialement besoin. Et c’est assez important parce qu’en fait on a beaucoup cette image de big brother de 1984 de George Orwell, avec une société qui serait extrêmement de surveillance, oppressive, répressive, et qui nous gérerait par la peur.

Notre point de vue c’est que ce n’est peut-être pas ça qu’on doit le plus craindre ; ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas le craindre, mais ce n’est peut-être pas le principal souci. Aujourd’hui, c’est que les GAFAM ne sont pas des États, même s’ils sont aussi puissants que certains États, voire plus puissants que certains États, mais c’est plutôt qu’ils nous ont sur le divertissement. Et donc là, je vous encourage à lire Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ; les deux auteurs, en plus, se connaissaient et échangeaient pas mal et qui dit en gros, je vais le résumer très court : « du pain et des jeux ». Quand on a du pain et des jeux, c’est très bien, le peuple ne se soulève plus. Pourquoi est-ce que j’irais me rebeller contre la loi travail alors que je suis fatigué et que, finalement, ce dont me parle BFMTV c’est d’une joggeuse assassinée — ce qui est évidemment catastrophique, je ne dis pas —, mais on est dans quelque chose qui va occuper l’espace médiatique et on ne s’occupe plus, finalement, des questions sociales qui nous posent évidemment souci.

Et donc le dernier petit tweet d’Emmanuel Macron en réponse à Mélenchon qui machin, tout ça occupe de l’espace, tout ça fait que vous avez l’impression de vous intéresser aux questions politiques, mais, en fait, tout ça n’est que du divertissement, tout ça n’est qu’un écran de fumée pour vous éviter de vous engager.

Pendant des années on a expliqué est-ce que Google c’est le Terminator ? Je vais un petit peu pitcher quelques films pour ceux qui ne connaîtraient pas bien.

Terminator on est en 1992, une société californienne qui s’appelle Cyberdyne invente une super puce. Cette super puce permet de faire tourner une intelligence artificielle. Cette intelligence artificielle s’appelle SkyNet. SkyNet est implémentée dans des robots comme ceux que je vous ai montrés tout à l’heure. Au départ les robots sont au service de l’être humain. Et puis évidemment, au bout d’un moment, ça part en vrille ; les robots se disent « c’est chiant quand même de cadrer les êtres humains, autant tous les zigouiller ; ce sera beaucoup plus simple et on pourra vivre heureux et en paix en bons robots que l’on est. » Évidemment Google n’est pas SkyNet, mais par contre, ce qui est intéressant, c’est que Google a le potentiel pour devenir SkyNet ou pour créer SkyNet. Ce ne sera pas en 2028, enfin je n’espère pas, la singularité n’est pas pour demain.

Autre pitch de film, Bienvenue à Gattaca, qui parle de l’eugénisme. Donc là aussi, c’est assez peu su, il y a une filiale à 100 % de Google qui s’appelle Calico, Californian Life Company ; Calico, son boulot, c’est d’essayer de tuer la mort. Ils ont une filiale transhumaniste dans Google. Le transhumanisme c’est une vision qui dit que la biologie limite l’être humain et qu’il faut améliorer l’être humain parce qu’on est limité et qu’on ne vivra jamais plus de 150 ans ; donc il faut faire appel à la technologie pour vivre mieux, pour vivre plus longtemps, etc., ce qui est un point de vue. J’essaye de ne pas avoir de jugement. Enfin j’ai un point sur le transhumanisme que vous pouvez sentir en creux, j’imagine, dans mon discours, mais c’est quand même assez catastrophique et donc ils travaillent. Google est un des principaux investisseurs sur les questions de l’ADN, enfin Alphabet est un des principaux investisseurs sur les questions de l’ADN à travers Calico et sa filiale santé dont j’ai oublié… Pardon ?

Public : Verily.

Pierre-Yves : Verily, tout à fait. Verily, merci, avec l’accent ça marche mieux, Verily. Donc ce sont deux filiales de Google qui travaillent sur les questions de l’ADN, de la santé, etc. Donc Bienvenue à Gattaca, le pitch c’est un type qui est né sans avoir subi un tri de ses gènes et souhaite partir dans l’espace, va prendre la place d’un autre type qui lui a été issu d’une sélection extrêmement rigoureuse des gènes donc il est fort, il est beau, il est jeune, c’est Jude Law, que même moi je trouve quand même canon, quoi ! Et du coup voilà, c’est la question de est-ce que, à un moment donné, ces entreprises seraient en capacité de nous proposer de faire le tri dans nos gènes, au départ sur certains gènes, ce qui se pratique déjà aujourd’hui, mais peut-être plus tard sur d’autres gènes et en disant, si on arrivait, si demain vous êtes parent et on vous disait « oui mais là, votre enfant a possiblement 30 % de risques d’avoir d’avoir une malformation cardiaque, est-ce que vous ne voulez pas qu’on choisisse les gènes qui vont bien pour réduire ce risque-là ? » Quel parent ira dire non ? Et tout le principe de Gattaca est basé là-dessus. Je vous encourage à le voir, très bon film, vieux, mais qui marche encore très bien.

Minority Report, avec Tom Cruise que, par contre, je ne trouve pas beau du tout. Minority Report c’est basé sur le fait de pouvoir détecter des événements avant qu’ils n’arrivent, chose que, potentiellement, peut nous promettre l’intelligence artificielle, de détecter les grands mouvements avant qu’on s’en rende compte. Google, par exemple, a un outil qui s’appelle Google Flu, donc Google c’est, pardon ! C’est la grippe, merci, je ne trouvais plus le nom en français, donc qui permet de détecter : en fait, quand les gens tapent « symptômes de la grippe » dans Google, Google l’enregistre et, à partir de ça, uniquement des recherches sur le mot-clef grippe, va créer une carte qui est presque aussi fidèle que le système qui s’appelle Sentinelles, je crois, chez nous, qui permet de suivre l’évolution de la grippe auprès des médecins, parce que chaque médecin qui détecte un cas de grippe doit le rentrer dans un fichier qui s’appelle Sentinelles. Donc on a ici quelque chose qui est assez intéressant c’est potentiellement, est-ce que la masse des données qu’on fournit aux GAFAM ne permet pas de deviner des événements ou, en tout cas, de les voir venir avant qu’ils n’adviennent ?

Matrix, je passe. C’est un grand classique. Évidemment c’est est-ce que, du coup, l’intelligence artificielle n’asservirait pas les êtres humains. Dans Matrix, finalement, on a inversé le rôle, ce ne sont plus les machines qui sont au service de l’homme, ce sont les hommes qui sont au service des machines et qui fournissent la bio-électricité nécessaire à faire tourner les machines. Ce n’est pas pour moi, du tout, le meilleur exemple.

On commence à entrer là dans des exemples qui sont assez probables. Si vous ne l’avez pas vu je vous conseille le film Her, très bon, où un être humain tombe amoureux d’une intelligence artificielle. Et après tout, aujourd’hui on n'en est qu’au tout début. Siri, voilà, il y a des gens qui échangent avec Siri et qui ont l’impression que Siri est leur ami. Peut-être que dans dix ans, dans vingt ans, on pourrait tomber amoureux d’une intelligence artificielle.

WALL-E. Le pitch de WALL-E-E est assez simple, c’est un peu le rêve d’Elon Musk : dans 700 ans, la Terre est devenue un immense dépotoir, les humains ne peuvent plus y vivre et ils se cassent. En gros, le plan B, c’est on va coloniser Mars, on va coloniser l’espace, de toutes façons la planète Terre on s’en fout. Ce qui est quand même une vision ! Si vous écoutez Elon Musk qui est le PDG de Tesla, de SpaceXe, de The Boring Company et d’autres sociétés, son truc c’est de dire « mais la Terre ça commence un petit peu à sentir mauvais, autant partir coloniser Mars ». Est-ce qu’on ne ferait pas mieux d’investir pour essayer de sauver notre planète plutôt que d’aller essayer de coloniser d’autres planètes. Donc évidemment, dans WALL-E, c’est le petit robot qui est chargé de nettoyer la planète Terre pendant que les humains sont… Évidemment vous repensez à l’« hanounisation » de la société, ils ne pensent à rien !

Je ne l’ai pas mis là, mais j’aurais dû, il y a une excellente série anglaise qui s’appelle Black Mirror, trois saisons, je vous conseille vraiment de regarder les quatre saisons maintenant, bientôt, et je vous conseille vraiment de la regarder. Chaque épisode décrit une dystopie, c’est-à-dire un tournant négatif possible de la société, notamment vis-à-vis des écrans, et c’est hyper intéressant ; c’est parfois très dur, notamment quand on connaît les questions qui sont derrière ; ça fait un peu flipper tellement ça peut être réaliste.

Pour moi le film le plus probable, c’est Idiocracy. Idiocracy, le principe est assez simple, on a un type qui dans les années 2000 est mis en hibernation ; il se réveille 500 ans plus tard et c’est la merde ! C’est la merde parce que les humains ont oublié comment prendre soin de leur planète, de leur agriculture, de leur cerveau, de leur culture. Et donc c’est une société, alors là complètement de la débilisation et ça me permet de caser un mot savant qu’on appelle la déprolétarisation. La prolétarisation c’est le fait de se faire enlever ses savoirs ; ce n’est pas le fait d’être pauvre. Être prolétaire ce n’est pas être pauvre, c’est le fait de ne pas avoir suffisamment de savoirs pour pouvoir les exprimer correctement. Ce qui intéressant, c’est comment on peut éviter, comment est-ce qu’on peut déprolétariser les êtres humains de façon à ce qu’on ne devienne pas cette société débile où il y a un type qui est un catcheur qui devient président des États-Unis. Là aussi je vous encourage à le voir, c’est rigolo.

Donc évidemment, on est mal barrés ! Il est mignon. Oui, je sais je mets du chaton pour vous attendrir, il n’en fallait pas beaucoup. Vous êtes un public facile, en fait. Évidemment on se détend !

Là je vais parler un petit peu des solutions qu’a mises en place Framasoft et je vais en arriver enfin à « Contributopia ».

Quand on a vu notamment les révélations d’Edward Snowden, on s’est dit on n’est pas contents, mais on ne savait pas trop quoi faire. Donc on a comparé : Google 90 milliards de chiffre d’affaires, 20 milliards de bénéfices, 72 000 employés. Là je ne prends que Google ; je ne vous refais pas le tableau avec les cinq GAFAM.

Le dernier chiffre officiel que j’ai trouvé et je vous encourage, éventuellement, à chercher parce que si vous avez l’info ça m’intéresse énormément, c’était 2 millions de serveurs en 2008. J’ai une petite extrapolation, j’arrive à 10 millions en 2017, mais, à mon avis, la courbe est exponentielle, ils doivent avoir plusieurs, aujourd’hui, centaines de millions de serveurs.

Google est un des principaux constructeurs informatiques aujourd’hui, ils produisent leurs propres machines.

Framasoft

Framasof est une association qui se porte plutôt bien, il ne faut pas pleurer, je vous inviterai quand même à faire des dons à la fin, il ne faut pas rigoler !

317 000 euros de recettes, essentiellement des dons, les 12 % en fait c’est parce qu’on avait des emplois aidés encore en 2016 et que du coup, l’État, quelque part, nous subventionne en aidant ; emplois aidés qui ont disparu, évidemment. 57 000 euros de bénéfice parce que, justement, on est arrivé plutôt à bien gérer notre argent, le vôtre au passage. Huit salariés, 35 membres. Donc petite association et une cinquantaine de serveurs, enfin 29 serveurs physiques qui permettent de gérer une cinquantaine de machines qui, elles-mêmes, hébergent une centaine de sites web différents.

Pour donner encore une fois une image, 90 milliards c’est le PIB de la Croatie, ça représente 15 000 kilomètres d’autoroutes. Les 317 000 euros de recette de Framasoft représentent un deux-pièces dans Paris 10e ou 51 mètres d’autoroute. Autant vous dire qu’on relie à peine ce bâtiment-là à l’autre ; on ne fait pas 15 0000 bornes.

On est donc 350 817 fois plus petit que Google. Nous sommes le petit point. Vous êtes ici et on s’est dit on va quand même y aller.

Octobre 2014 - Dégooglisons Internet

Donc on a lancé en octobre 2014 une campagne qui s’appelle « Dégooglisons Internet » qui avait trois objectifs :

  • sensibiliser le public aux logiciels libres et aux solutions libres en lui expliquant que c’était une solution ;
  • démontrer en mettant des solutions parce que quand on disait aux gens « n’utilise pas Google Docs, tu peux utiliser un truc ça s’appelle Etherpad et tu vas voir c’est super, c’est trop bien ! — OK comment je fais ? — Tu te loues un serveur dédié et puis tu vas faire dessus « apt-get install nodejs » et puis derrière tu vas taper un « node install Etherpad » et je ne vous cache pas que c’est beaucoup plus compliqué que ça ; ça se saurait si ça marchait de façon aussi simple ! Forcément, dès que j’ai dit « loue-toi un serveur dédié », j’ai déjà perdu 99,99999 % du public auquel on s’adresse ;
  • et la troisième chose c’est qu’on s’était dit il faudra de toutes façons essaimer puisqu’on ne veut pas devenir le Google du Libre. On ne savait pas du tout si ça allait marcher, mais on s’est dit si nous on n’avait plus d’argent, il faut que d’autres puissent prendre le relais.

Donc très rapidement normalement on passe beaucoup de temps à expliquer ces histoires de sensibilisation, de démonstration. Je vais aller très vite.

Aujourd’hui on fait environ une centaine d’interventions par an, comme je suis en train de le faire aujourd’hui ici, conférences, ateliers, projections-débats, etc. On a à peu près quasiment une à deux invitations par jour, aujourd’hui, pour participer ; je vous rappelle qu’on est 35 membres donc on ne peut pas répondre à toutes les demandes, on est désolés, mais on espère justement que l’essaimage fonctionnera assez bien pour que vous, même si vous n’êtes pas membre de Framasoft, vous puissiez aller parler et sensibiliser le public à ces questions. Niveau médias on a fait à peu près tout ce qui était possible et imaginable côté presse ; un petit peu côté télé, mais on n’aime pas trop ça parce que, pour nous, ça entretient ce capitalisme de surveillance puisque les chaînes vivent de la publicité.

On a quand même réussi à faire passer l’idée que les GAFAM étaient potentiellement toxiques. Alors ce n’est pas nous tout seuls, je précise, mais on a participé à faire prendre conscience de ça. Aujourd’hui vous lisez le titre du Monde d’il y a quelques jours sur les Panama Papers, c’était justement sur Facebook et sa défiscalisation. Si vous achetez un Usbek & Rica qui est un magazine trimestriel c’est « Faut-il démanteler Google et comment ? », etc. Donc tous ces gens-là se rendent bien compte de la puissance extrêmement forte de ces acteurs.

Ici vous avez mon collègue Pouhiou qui était au FOSDEM, donc un événement très technique, mais où, du coup, c’était chouette de pouvoir parler de notre initiative vis-à-vis d’un public qui est non francophone, puisqu’on est très français.

Ça c’est fait.

Les résultats de la partie démonstration, c’est fait aussi. On a aujourd’hui 32 alternatives fonctionnelles qui sont des alternatives aux services de Google, Facebook, etc. Fonctionnel ça ne veut pas dire que ça soit à niveau, mais au moins c’est fonctionnel.

On a entre 200 et 400 000 personnes par mois qui viennent utiliser nos services. Donc là, ce qui est chouette, c’est qu’on a réussi à montrer que le logiciel libre était une solution. Donc du coup, l’image que j’ai ici c’est un calendrier public partagé par une députée française qui s’appelle Paula Forteza, qui est du groupe La République En Marche et qui publie, par exemple son agenda sur un logiciel libre qui s’appelle NextCloud. Ce qui nous fait plaisir particulièrement c’est que le fait de pouvoir rendre cet agenda public c’est une contribution financée par Framasoft, pas pour elle en particulier. C’est qu’on avait quelqu’un, et on a toujours quelqu’un dans l’asso, qu’on avait missionné pour rajouter à NextCoud la possibilité de rendre les agendas publics. Il était stagiaire à l’époque, on l’a fait travailler deux mois sur ce sujet-là. Il a publié le code. Aujourd’hui son code se retrouve dans les dix millions d’installations, enfin pour les dix millions d’utilisateurs minimum identifiés sur NextCloud et Owncloud. Donc ça prouve bien qu’avec un tout petit peu d’argent, en gros 1200-1500 euros, puisque nos stagiaires sont payés malheureusement au tarif stagiaire, c'est intéressant de voir qu’avec très peu d’argent mais quelqu’un de motivé, on peut avoir une réelle influence et un réel changement sur le monde.

Donc on avait commencé ; voilà le résultat, un petit peu, de nos actions de ces dernières années. On avait identifié une trentaine de services qui étaient issus du capitalisme de surveillance et qui prenaient, exploitaient vos données. Et on a fini, du coup, quasiment de dégoogliser la carte4. À ça on rajoute maintenant Google Slides, bientôt YouTube et Blogger ; c’est fait aussi avec Framasite, et donc on a plutôt réussi.

Il y a un échec, Gmail. Pendant longtemps les gens nous ont dit : « Ça vient quand Framamail ? » On a expliqué il y a quelques semaines que ça ne viendrait pas. Le coût est trop cher. Si on veut gérer du mail pour 1000 personnes on sait faire, pour 5000 personnes on sait faire, pour 10 000 personnes ça devient casse-pieds, pour 100 000 personnes on ne sait plus faire ! Donc on ne proposera pas d’alternative à Gmail. Et on s’en est assez vite rendu compte et du coup on s’est dit il faut trouver une autre solution. Et cette autre solution ce sont ce qu’on appelle les CHATONS qui veut dire Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires, merci Henri pour l’acronyme quand même c’est plutôt chouette ! Et ce collectif vise à essayer d’essaimer notre démarche. Or il y avait déjà des CHATONS avant l’heure, des gens qui proposaient des services au public, je pense à Lautre.net qui fait ça depuis très longtemps, à Ouvaton, à sudouest.org, mais l’idée c’est de se regrouper dans un collectif de façon à, en suivant une charte, à la fois une charte technique mais aussi une charte éthique, proposer des services au plus près, un petit sur le principe des AMAP. Vous voyez ce qu’est une AMAP, Association pour le maintien d’une agriculture paysanne où, au lieu de fournir des carottes et des patates, eh bien nous on essaye de favoriser l’émergence notamment d’associations, mais ça peut être des entreprises aussi, qui fournissent du service localement.

Donc CHATONS est toujours en développement. Ça a un an. Aujourd’hui on a une cinquantaine de structures dans ce collectif et ça augmente à peu près de dix-quinze pour l’instant tous les mois. Donc super ! Parce qu’on est trop forts. Vous noterez la deuxième allusion à Arnold Schwarzenegger, que je ne trouve pas beau d’ailleurs !

Là j’en viens aux difficultés qu’on a pu identifier.

« Le Libre a gagné ! »

Premier problème on va se dire le Libre a gagné. Ça c’est quelque chose qu’on entend aujourd’hui. J’ai cru l’entendre hier « le Libre a gagné ! » Non ! L’open source a gagné. Pour moi c’est faux. Pourquoi ? Vous avez à gauche ce qu’on appelle le logiciel propriétaire ou logiciel privateur qui est constitué de code propriétaire et de ce qu’on appelle des enclosures. Les enclosures sont des barrières que l’on va mettre en place autour de projets pour filtrer qui peut les utiliser, quand, comment, etc. Qui peuvent être des barrières de prix, qui peuvent être des formats qui sont fermés donc qui empêchent l’interopérabilité c’est-à-dire la capacité de deux logiciels de fonctionner ensemble, etc. ; la propriété intellectuelle est un type d’enclosure aussi. Donc vous aviez le logiciel privateur.

D’un autre côté vous aviez le logiciel libre, donc j’en reviens à ma définition pour ceux qui étaient là hier où je définis le logiciel libre comme étant de l’open source, c’est-à-dire des logiciels avec des qualités techniques, fonctionnelles et autres, et des qualités éthiques et sociales. Et pour nous, évidemment, quand on défend le logiciel libre, on défend normalement les deux, les qualités techniques mais aussi les qualités sociales.

Or, le capitalisme de surveillance a eu cet effet qu’on n’avait pas forcément anticipé c’est qu’effectivement, le capitalisme de surveillance pour marcher, pour être hyper-réactif parce qu’il faut réagir tout le temps, a beaucoup investi dans l’open source. Aujourd’hui, un des principaux contributeurs à l’open source en termes de lignes de code, c’est Microsoft. Ça fait quand même flipper ! Aujourd’hui React, il me semble, est fait par Facebook ; Angular est fait par Google au départ ; et donc on se retrouve avec des projets qui sont des contributions à l’open source mais qui ne font pas du tout augmenter les valeurs éthiques et sociales. Donc petit à petit, moi j’ai l’impression qu’on voit disparaître ce qu’on appelle le logiciel libre au profit de l’open source qui lui marche bien.

D’un autre côté vous avez le code propriétaire qui lui voit potentiellement sa base se réduire, mais, par contre, les enclosures qui elles continuent.

Donc est-ce qu’on a vraiment gagné ? Là je vais citer un pote qui s’appelle Lunar et qui me disait : « Est-ce que si on retrouve du Linux dans un drone qui balance des bombes sur des bébés en Irak, est-ce qu’on a gagné ? » Mais c’est une vraie question parce qu’il y en a qui vont vous dire oui et je peux entendre ce oui ; évidemment je ne suis pas d’accord avec eux ! Moi je ne suis pas devenu militant du logiciel libre pour ça ! Ce qui m’intéressait c’était comment est-ce qu’on peut changer la société ; comment est-ce qu’on peut faire en sorte qu’elle corresponde plus à certains idéaux et non pas qu’on parte sur « il faut du Linux partout ». Non ! Moi ça ne m’arrange pas forcément si on ne fait pas passer un message derrière. Donc le premier problème c’était celui-là.

« Le Libre, c'est simple, je vais t'expliquer ! »

Le deuxième problème. Les lumières se rallument, merci. Le deuxième problème c’est qu’on commence à dire en plus « oui, mais le logiciel libre c’est simple, je vais t’expliquer ». Non ! Toujours pas !

Voici le premier dessin, en gros, que vous trouvez si vous allez sur la page Wikipédia France/logiciel libre5. C’est ce graphique-là. Je ne dis pas qu’il est faux ; il est très juste. Mais merde ! Comment est-ce que vous voulez qu’on envoie des gens sur la page, on leur explique « non mais intéresse-toi à la question du logiciel libre, tu vas voir c’est super ! » et, en fait, ils se retrouvent avec ça ! Je me mets à leur place. On manque totalement d’empathie avec les gens à qui on veut faire découvrir le logiciel libre !

Pour ceux qui penseraient que sur la version anglaise c’est mieux vous avez ici la page free_licence de Wikipédia. Et puis en plus il n’y a pas de légende, on ne sait pas ce que décrit le vert, ce que décrit le rouge. Vous avez des petits trucs, ces bags, c’est entouré oui parce que ça se rapproche de la BSD [Berkeley Software Distribution]. Non je ne suis pas d’accord ! Super ! Trop bien !

« Le Libre, c'est pareil ! »

Troisième problème. On dit : « Oui, mais avec le libre c’est pareil. Ne t’inquiète pas, tu vas voir que c’est aussi bien que le logiciel propriétaire. » Faux ! Voilà une page d’accueil d’un projet, d’un logiciel qui s’appelle Discord qui permet, pour ceux qui connaissent TeamSpeak aussi, c’est un logiciel qui permet, notamment au départ aux gamers de discuter entre eux. Et puis cet outil a été approprié, il y a plein de groupes aujourd’hui sociaux qui montent des projets, y compris très chouettes, qui utilisent Discord. Sauf que Discord n’est pas du tout libre.

Voilà la page de son équivalent libre, enfin d’une alternative, pas équivalente, mais d’une alternative libre qui s’appelle Mumble. Vous avez un site sur un outil qui s’appelle MediaWiki, qui est un super outil, sauf que c’est dégueulasse, c’est plein de texte. Moi, encore une fois, si j’envoie quelqu’un sur le site Discord et si je l’envoie sur la page Mumble, je m’excuse s’il y a des gens qui travaillent sur Mumble, en plus, vraiment sincèrement, je ne leur en veux pas ! Par contre il faut être conscient de ce que ça peut provoquer comme réaction chez ceux qu’on vise c’est-à-dire des utilisateurs. La personne qui voit ça, elle doit se dire attend c’est quoi la différence entre Windows et Windows x64. Moi je sais, mais l’utilisateur qu’est-ce qu’il en sait ?

Voilà les deux interfaces des utilisateurs. À gauche Discord, alors qu’on peut trouver bordélique, machin, etc., mais au moins qui est propre, et à droite un bon vieux GTK 3, pour ceux qui voient ce que c’est, de Mumble avec une ergonomie ! Pour tous ceux qui utilisent Mumble au quotidien, en termes d’ergonomie c’est très compliqué. Il faut chercher où est-ce qu’on va aller cliquer pour activer telle ou telle chose et pourtant je pense que les développeurs ont vraiment passé du temps dessus. Et c’est quand même un peu dommage !

Donc on arrive, voilà, à des problématiques de design de ce type-là. Je ne sais pas qui conçoit ça. Il y en a qui peuvent aimer ! Mais quand même !

« Les technologues du Web sont libres, alors tout va bien ! »

Quatrième problème qu’on a identifié, c’est que les technologies du Web sont libres alors tout va bien. Non ! Les technologies du Web sont libres ? Oui pour la plupart. Tout va bien ? Non !

Ça c’est un article, c’était la couverture d’un magazine très répandu aux États-Unis, qui s’appelle Wired, de 2010, qui disait « le Web mort ». Le Web est mort, pourquoi il disait ça ? Il faut bien faire la différence entre Internet et le Web. Internet est une infrastructure de communication, sur laquelle il peut se passer plein de choses. Le Web est un ensemble de technologies qui permettent d’échanger et d’afficher des informations sur Internet.

Ici vous avez, et ça a évidemment augmenté depuis, la courbe des utilisateurs qui utilisent des ordinateurs type portables, ordinateurs de bureau et les utilisateurs de mobiles. Pensez notamment aux pays en voie de développement ; aujourd’hui beaucoup de choses passent par le mobile bien plus que par les ordinateurs fixes. Et donc, sur le mobile, on peut afficher des sites web, ce que vous faites probablement tous et toutes régulièrement, mais on peut surtout utiliser des applications. Des applications, quand vous utilisez Messenger, WhatsApp, et., ça n’est pas du Web. C’est Internet, ça utilise Internet, effectivement derrière il faut Internet pour utiliser WhatsApp, mais vous n’avez pas une couche web. Et donc quand nous, développeurs de logiciels libres, on fait des applications web, petit à petit on voit bien que les gens ce qu’ils veulent c’est de l’application mobile ; et on a beaucoup moins de prise sur ces questions-là qu’on voudrait en avoir. Nous on disait : « Le Web c’est la plateforme », sauf que la plateforme est en train de se faire saucissonner, régulièrement, et que, petit à petit, ce sont les applications qui sont en train de gagner. On pourra discuter des questions après.

« Le Libre, ce sont des millions de contributeur·ices·s ! »

Le Libre, ce sont des millions de contributeurs et de contributrices. Vous doutiez de ma réponse ! Faux ! Ce sont des millions de consommateurs et de consommatrices, ce qui n’est pas une insulte, ne partez pas, ne me jetez pas des tomates tout de suite, attendez la fin !

« Le Libre, ce sont des millions de consommateur·ices·s ! »

Ce sont des gens qui utilisent mais qui, souvent, contribuent peu. On pourra discuter de pourquoi est-ce que ça ne marche pas. Et là, j’ai pris quelques-uns des logiciels libres les plus utilisés par les utilisateurs finaux. Vous avez LibreOffice, VLC, Inskape, Gimp, Thunderbird, Diaspora, Etherpad.

Un commit c’est une contribution en code. On peut contribuer de plein de façons différentes à un logiciel libre : on peut travailler sur la documentation, on peut faire un logo, on peut accueillir les gens, mais on peut contribuer, évidemment, en termes de code. Et donc une contribution en termes de code ça s’appelle un commit.

Si je prends les logiciels les plus utilisés, LibreOffice c’est 22 personnes qui ont fait plus de 100 commits ces douze derniers mois. Ça veut dire qu’il y a vraiment 22 personnes qui bossent réellement, mais vraiment je vais dire presque à temps plein, enfin pas à temps plein, malheureusement, mais une grosse partie de leur temps, sur LibreOffice. Il y en a même quelques-uns qui sont payés par une boîte qui s’appelle Collabora et c’est très bien ; heureusement qu’il y a des développeurs qui sont payés sur LibreOffice, mais 22 !

VLC c’est dix. J’ai eu confirmation de Jean-Baptiste Kempf qui était là hier soir, avec qui on débattait, et qui confirmait que oui, le noyau de VLC c’est une dizaine de contributeurs réguliers.

Et après, on tombe sur des logiciels que vous connaissez et que vous utilisez probablement et peut-être que vous promouvez à l’extérieur, vous dites : « Tu utilises Photosohop et Illustrator, tu pourrais utiliser Gimp et Inskape. » La vérité c’est qu’on est totalement indigents en termes de contributeurs et de contributrices, en termes de code sur ces logiciels.

Gimp : six développeurs à plus de 50 commits.

Thunderbird avec lequel on accède au mail pour des millions et des millions de personnes : six personnes à plus de 50 commits sur les douze derniers mois.

Diaspora : quatre. En fait ils étaient trois, mais comme on a un membre de Diaspora qui développe sur Diaspora, il était à 49, je me suis dit je vais le mettre dedans – Fla si tu me regardes – voilà. En fait ils sont quatre à plus de 49, mais du coup c’est peanuts. Diaspora est une alternative, enfin ce qui se veut être une alternative, en termes de réseau social, à Facebook et Twitter.

Etherpad, là du coup, j’ai fait le test hier, mais si vous avez déjà utilisé un pad dans votre vie, levez la main. Pas plus que ça ! Hier on était à plus que ça, là on est à 70, peut-être 80 %. Donc Etherpad c’est le logiciel, par exemple, qui fait tourner Framapad, il n’y a pas de contributeurs à plus de 50 commits. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’aujourd’hui, l’infrastructure sur laquelle nous rédigeons nos documents de façon collaborative en temps réel n’est plus développée. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des patchs, etc., il y a des contributeurs en termes de code, mais il n’y pas grand-chose.

Et pour ceux qui se demanderaient « oui mais vous, Framasoft, vous avez des développeurs, ils doivent travailler sur Framadate, Framacalc, Framaform, Framaslide, etc. » Non. Non ! On n’a pas ! Nos développeurs essayent déjà de maintenir l’ensemble des outils existants et ils essayent d’en proposer de nouveaux. Du coup, on a échoué sur le fait de créer des communautés de développeurs et développeuses, évidemment. De plus, l’immense majorité de ces gens sont des bénévoles.

Le logiciel libre est un « commun ». Il faut en prendre soin.

Donc on dit que le logiciel libre est un « commun », un bien commun immatériel, sauf qu’on n’en prend pas soin ! Ça pose énormément de soucis et on réfléchit ; j’étais content de voir qu’on est vraiment plusieurs communautés à se poser cette question-là. On réfléchit à comment est-ce qu’on peut prendre soin de ce « commun » parce qu’on est en train de scier la branche sur laquelle on est assis, on ne prend pas soin de notre infrastructure numérique et notamment l’infrastructure numérique libre ; on la laisse à d’autres. Ce qui nous a amenés, quand on a identifié l’ensemble de ces problèmes, à se dire « dégoogliser ne suffit pas, il faut aller plus loin, il faut faire autre chose », parce que proposer des alternatives mais ne pas être fichu de les maintenir et de les développer et de les faire croître vis-à-vis du capitalisme de surveillance, c’est un échec.

J’en viens à Contributopia. Oui, ça y est ! C’était long, une heure normalement ! Une heure et quart.

Contributopia

[Applaudissements]

Merci. Je vous avais dit que je vous prendrais un petit peu de temps, mais je voulais tout détailler.

On en vient à Contributopia. Contributopia c’est une feuille de route qu’annonce Framasoft. Une feuille de route c’est bien parce que ça nous permet de faire une pirouette et de dire "si on ne tient pas la feuille de route il ne faudra pas nous jeter des cailloux ! » On va essayer de le faire, c’est un engagement, mais ce n’est pas nécessairement un engagement ferme. Feuille de route de quatre projets sur trois ans.

Les objectifs généraux de Contributopia sont de répondre aux problèmes, finalement, dont je vous ai parlé.

  • Première chose, premier objectif : proposer des alternatives concrètes, palpables, au capitalisme de surveillance. Je reviendrai dessus un petit peu plus tard.
  • Deuxième chose : essayer de rendre le Libre plus accessible. Éviter de se retrouver avec ce qu’on voit aujourd’hui sur les pages Wikipédia-logiciel libre. Quand bien même, encore une fois, c’est de travailler juste mais ce n’est peut-être pas le plus adapté.
  • Troisième objectif qui est vaste et qui est partagé aujourd’hui par d’autres communautés, notamment La Quadrature du Net avec qui on organise, petit coup de pub, un Fabulous Contribution Camp, la semaine prochaine à Lyon. Du coup ça y est c’est fermé, les inscriptions sont closes. L’idée c’est d’essayer d’identifier un petit peu quels sont les freins et dans ces idées-là il y a évidemment comment est-ce qu’on peut mixer les communautés de codes, de codeurs, codeuses et d’autres communautés ? Ça peut être des designers, des graphistes, des médiateurs, des utilisatrices, etc. Donc à Framasoft aussi, ce qu’on veut essayer de pousser c’est la notion de cheerleading dans la communauté du logiciel libre, donc avoir des gens, des personnes qui vont pouvoir accueillir le public et qui vont pouvoir discuter avec lui.

    Ça veut dire « dire bonjour ». Quand quelqu’un dit : « Je voudrais contribuer à Framaform », il faut lui dire « bonjour », il faut lui dire : « Tu es qui ? Tu veux faire quoi ? Qu’est-ce qui te fais envie ? Qu’est-ce que tu sais faire ? » Et si on n’est pas capable de lui répondre tout de suite peut-être lui répondre plus tard, enfin lui répondre tout de suite qu’on reviendra vers lui ou vers elle plus tard. Et aujourd’hui, c’est quelque chose qu’on fait très peu. Il y a des communautés du logiciel libre qui font ça, mais il y en a assez peu. Un chat bot ? Pourquoi pas ! Pas un chat bot quand même !

  • Quatrième point : promouvoir le Web réellement comme un « commun » et faire pousser cette idée qu’il faut défendre le Web et le promouvoir comme un « commun » qui appartient à toute l’humanité et non pas quelque chose qui peut se faire évacuer sous forme d’applications type WhatsApp, Google Apps, etc.
  • Enfin dernier point : encourager et faciliter la contribution, ce qui est le sujet même de fond de Contributopia : comment est-ce qu’on va contribuer au logiciel libre ? Et surtout, quand je dis pour et par le Libre, pour nous c’est ne pas rester juste à dire, comme on le disait hier, « il faut aller chercher des contributeurs », c’est plutôt leur parler et se mettre aussi à leur service ; et on espère que petit à petit on travaillera d’autant plus avec des gens qui sont potentiellement intéressés par le logiciel libre mais qu’on travaillera pour eux et non pas qu’on ira les chercher en leur disant « ce serait bien si tu développais sur Git ». En gros c’est « tu n’es pas content, tu n’as qu’à le faire toi-même ! » On a même un site qui s’appelle yakafokon.detected.fr, les gens qui viennent nous voir en disant « ce serait bien si ». Aujourd’hui on répond « tu n’as qu’à le faire toi-même ! » Ça n’est plus une réponse acceptable aujourd’hui.

Donc sur le détail un petit peu de cette feuille de route, je vais aller assez vite parce qu’il commence à se faire tard, sur le détail un petit peu de Contributopia d’abord vous pouvez applaudir David Revoy qui est là, c’est lui qui a fait les dessins.

[Applaudissements]

Merci pour lui. Dessins qui sont sous licence Creative Commons, vous pouvez aller les récupérer, les télécharger si vous voulez les réutiliser, les imprimer, etc. Vous devez citer l’auteur. On est ravis, du coup, d’avoir pu financer ce travail-là.

Au niveau des services, donc première année, c’est une année un petit peu de transition, c’est à la fois finir complètement cette époque Dégooglisons Internet, mais aussi changer la façon dont on propose les services. Pourquoi ? Parce que jusqu’à présent on vous sortait un service, je ne sais pas, par exemple Framapad ou Framadate, et on vous disait :« Eh bien voilà, c’est là, utilisez-le ! » Et vous utilisiez le service du jour au lendemain comme vous utilisez, je ne sais pas, un Doodle ou autre, et vous ne vous posiez pas forcément la question de savoir comment est-ce qu’on peut contribuer à ce service-là.

On s’est dit que pour vous encourager, pour ne pas dire pour vous forcer, mais pour vous encourager à participer au code, il fallait qu’on sorte les services en version presque alfa, c’est-à-dire pas totalement fonctionnels. Donc vous allez râler et on va perdre des utilisateurs qui pourraient se dire « ça pourrait être vachement mieux », mais on espère déclencher cette envie de vouloir contribuer aux logiciels qu’on va sortir, du coup, sur l’année qui vient.

Services

Dans ce qui est déjà sorti vous avez Framasite.

Framasite est une alternative à Blogger, Tumblr, etc. En gros, c’est comment est-ce qu’on répond à la demande de, je ne sais pas, du boulanger ou de la boulangère du coin qui veut monter un petit site web sans se prendre la tête, qui ne sait pas ce qu’est un serveur, qui ne sait pas ce qu’est un espace mutualisé, qui ne sait pas ce qu’est le FTP, qui ne sait pas ce qu’est SSH, qui ne sait pas ce qu’est WordPress. Aujourd’hui, ces gens-là, soit ils se créent une page Facebook et donc ils vont directement dans l’infrastructure de capitalisme de surveillance ; soit ils vont sur Blogger, Tumblr ; alors Blogger c’est Google, Tumblr c’est Yahoo. Et donc, l’autre sortie c’est aussi du capitalisme de surveillance. On n’a pas, aujourd’hui, réellement d’espace où on peut facilement se créer des sites juste en cliquant. Donc c’est l’objectif de Framasite qui est un service qu’on a sorti il y a un mois et qui va continuer à être amélioré parce qu’aujourd’hui il n’est pas suffisamment grand public. Mais vous voyez on a bien, j’allais dire un shift, un retournement de situation dans la façon dont on propose les différents services.

Framameet sera une alternative à Meetup, parce que même nous, en tant que développeurs, souvent on reçoit des invitations « est-ce que tu viens au hackathon, à machin, inscris-toi sur Meetup ». Meetup est le pire service de réunion qu’on puisse imaginer ! C’est-à-dire que vous avez 20 personnes qui viennent à votre rendez-vous, vous organisez un événement, elles veulent venir, les gens s’inscrivent, vous ne pouvez pas les contacter en dehors de la plateforme Meetup. Vous ne pouvez discuter avec eux que sur Meetup ; vous ne pouvez pas récupérer leurs adresse mails, vous ne pouvez pas discuter, ce qui est absolument dégueulasse comme méthode et donc, il faut qu’on trouve des solutions pour ça et on va faire, probablement, un logiciel autour de ça.

Framapétition en alternative à Change.org. Je passe rapidement dessus et Framatube.

Framatube, on va vous en reparler à partir de mardi, mercredi si tout va bien, parce qu’on va lancer une nouvelle campagne autour de Framatube. L’idée c’est de briser l’hégémonie de YouTube en fonctionnant de la façon suivante. On s’est dit aujourd’hui il n’y a pas de possibilité, quand vous mettez, quand vous voulez mettre une vidéo en ligne, c’est soit vous êtes capable d’héberger votre MédiaGoblin, votre MediaCore ou d’autres logiciels qui permettent de partager de la vidéo ; c’est très bien, mais, du coup, il faut savoir utiliser ce logiciel, il faut le maintenir, etc., c’est compliqué. Et puis, surtout, vous avez votre petit silo de vidéos, mais il ne parle pas à d’autres sites qui hébergent des vidéos.

Le principe de Framatube c’est d’être basé sur un logiciel libre qui s’appelle PeerTube et dont on vient d’embaucher le développeur. Là aussi, on investit en se disant il faut contribuer. Donc plutôt que d’attendre que le développeur ait fini ce logiciel sur son temps libre, le soir, après avoir couché les enfants, on préfère l’embaucher, le payer pour lui dire « voilà, mets un coup d’accélérateur sur PeerTube », parce que PeeerTube permettra à différentes personnes d’héberger des vidéos, mais avec des sites qui vont être capables de se parler entre eux, ce qu’on appelle la fédération. Ça veut dire que depuis FramaTube vous pourrez voir les vidéos hébergées sur le Médiakit de La Quadrature ; vous pourrez voir les vidéos hébergées par l’April ; vous pourrez voir les vidéos hébergées, pourquoi pas, par la Fédération des motards en colère qui a aussi un CHATONS et qui pourrait monter son instance PeerTube.

Donc depuis un point d’entrée, on va pouvoir voir plein d’autres vidéos amies et, inversement, il y aura des gens qui vont monter, probablement, des centres de ressources vidéos, communautaires, par exemple l’Éducation nationale, plutôt que de tout mettre sur un seul serveur, peut avoir plein de petits serveurs qui sont capables de parler entre eux. Il y a d’autres avantages techniques à FramaTube, mais on pourra en discuter dans les questions.

Essaimage

Sur le côté essaimage, personnellement je suis à l’origine du collectif CHATONS, pour moi c’est un petit peu un échec. On a monté le collectif, ça marche bien, il y a 50 CHATONS, mais on n’a pas réussi à animer cette communauté. Donc, quand on dit essaimage c’est à la fois transmettre nos savoir-faire, nos méthodes, etc., mais c’est aussi savoir mettre en place des communautés et de la gestion de communautés de façon efficace et qui ne reposent pas sur Framasoft. Encore une fois, nous on est largement débordés, et ça va être, concrètement, comment est-ce qu’on va faire ? Aujourd’hui, on n’a pas trop d’idées sur comment est-ce qu’on va faire ; personnellement je ne sais pas, mais il faut qu’on arrive à trouver des gens qui vont faire de la gestion de communautés et qui nous permettront, petit à petit, d’avoir de l’essaimage à large échelle.

Donc premier projet sur lequel on va continuer sur l’essaimage, c’est travailler sur la gestion de communautés de CHATONS, qui n’est pas un projet de Framasoft. Plutôt c’est un projet de Framasoft, mais ça n’est pas un projet à Framasoft ; c’est un collectif indépendant. Donc il faut continuer à impulser cet essaimage de façon à ce que chaque nouveau CHATONS puisse trouver de l’information facilement et se créer, se monter, se développer.

On va travailler, c’est déjà le cas aujourd’hui, sur une distribution qui s’appelle YunoHost. YunoHost6 c’est une distribution en Linux qu’on retrouve dans la Brique Internet7 et qui permet de, très rapidement, déployer son petit cloud à soi, qui peut être donc sur un petit boîtier que vous branchez chez vous, qui peut être dans les nuages. Là aussi on a financé : Framasoft, aujourd’hui, paye une partie du temps d’un des salariés de Framasoft qui, tous les vendredis, fait du packaging d’applications, des applications type Framaform, etc., pour YunoHost. L’idée c’est que début 2018, donc c’est très bientôt, quand vous allez télécharger YunoHost, vous pourrez pousser un bouton pour dire « je veux Framadate ; je veux du Etherpad ; je veux Framaform, etc. » Vous poussez un bouton et le logiciel est automatiquement déployé. L’idée c’est évidemment d’abaisser la barrière à l’entrée parce qu’aujourd’hui, monter un serveur sur lequel vous avez dix outils différents c’est extrêmement complexe et donc on veut faciliter ça.

Les projets d’internationalisation, je vais aller très vite dessus. Le principe c’est que Framasoft est une association francophone et on a fait le choix, volontaire et assumé, de travailler avant tout en français. Et maintenant, aujourd’hui, l’Europe, enfin les pays européens notamment, s’intéressent à ce qu’on fait. Ils font : « Ouais, mais du coup, si je vais sur le site CHATONS, c’est tout en français, c’est compliqué, etc. ! » C’est vrai. Comme on ne veut pas devenir le Google du Libre et devenir de plus en plus gros, moi je ne veux pas me dire qu’on va accueillir demain des Polonais, des Estoniens, des Anglais, etc., sur les serveurs de Framasoft. On préfère qu’ils le fassent chez eux. La difficulté c’est qu’on travaille évidemment en réseau, les uns avec les autres. On ne veut pas exclure des pays étrangers, je vois les grands yeux qui s’ouvrent, mais du coup, ce qu’on veut partager, c’est notre expérience pour que les gens puissent se réapproprier culturellement, enfin en fonction de leurs contraintes culturelles et de leur histoire, leurs projets. Je discutais avec un Allemand, récemment, qui monte un projet proche de CHATONS en Allemagne et il me disait : « Chez nous le mot CHATONS ça ne marchera pas, même si on traduit en allemand, ça ne fait pas sérieux, etc. — Si tu veux le faire avec un autre nom, etc., il n’y a pas de problème. Monte ton propre collectif, avec des structures allemandes qui veulent travailler là-dessus, on se mettra en réseau et, depuis le site CHATONS, on pourra trouver l’équivalent allemand. Nous ça nous va très bien. »

Un projet assez ambitieux qui s’appelle Winter of Code dont le principal intérêt aujourd’hui c’est d’avoir comme baseline Winter is coding et ça, quand même, ce n’est pas mal !

[Applaudissements]

Et du coup, l’objectif c’est d’avoir un site web sur lequel on pousserait les organisations du Libre, par exemple je ne sais pas Gimp, je vais prendre Gimp, sur lequel il n’y a que des développeurs bénévoles et pour qui c’est compliqué de rajouter des fonctionnalités à Gimp, d’identifier déjà leur organisation proprement ; de dire voila, Gimp c’est un logiciel qui fait ça, ça et ça ; ça existe déjà, mais le décrire proprement et surtout décrire des fiches missions. Ces fiches missions, vous venez dessus et vous pouvez décrire « dans Gimp il y a une difficulté, je ne sais pas, on ne gère pas très bien la couche CMJN [Cyan, Magenta, Jaune et Noir] » ; je vais peut-être me faire jeter des pierres parce que je ne sais pas où en est la couche CMJN de Gimp aujourd’hui ! Pardon ? Il y a un plugin, OK ! Super. Pas de bol, du coup ça n’est plus vrai aujourd’hui. ; il faudrait que je trouve un autre exemple. Mais on décrit un problème que rencontre la communauté Gimp et sur lequel ils n’ont pas nécessairement le temps ou les compétences pour travailler dessus tout de suite. On décrit ça et puis derrière on dit : « Il nous faudrait soit tant d’heures de développement qui seraient payées tant et du coup ça fait tel prix pour développer ça ; soit on a besoin que des étudiants, par exemple en informatique ou en design ou autre, se penchent sur le problème. » Puis on publie cette fiche mission qui reste un certain temps en ligne et, du coup, c’est clair pour par exemple des étudiants qui peuvent venir et se dire « eh bien voilà, moi je suis étudiant en informatique, je vais essayer de m’attaquer à cette mission-là et faire progresser le logiciel libre. » Plutôt que d’aller sur chaque site et d’aller interroger les développeurs, au moins on a quelque chose de clair et d’affiché clairement sur Winter of Code.

L’autre avantage c’est qu’on peut dire « moi je veux bien contribuer au logiciel libre et je suis prêt à mettre 50 euros, 100 euros, 1000 euros sur cette fonctionnalité-là parce qu’elle me paraît importante ». Framasoft ne prendra pas d’argent, c’est juste une déclaration d’intention et à charge au développeur et à la communauté derrière d’aller re-solliciter les gens.

C’est quelque chose qui, pour nous, est très important d’essayer, encore une fois, de favoriser la contribution en faisant se rencontrer les différents acteurs du Libre.

Éducation populaire

Enfin, et c’est pour nous évidemment l’objectif le plus ambitieux, c’est de continuer et poursuivre notre mission d’éducation populaire mais aussi de faire un peu rêver les gens en leur disant, parce que là j’ai été très anxiogène sur la présentation jusqu’à présent, mais c’est aussi de dire que le numérique ça peut être hyper-positif. Ça permet de faire des choses ensemble. Ça permet de mieux nous rencontrer, de monter des projets, etc. Mais jusqu’à présent on n’est pas très bons — et quand je dis « on » ce sont les communautés du logiciel libre et j’inclus Framasoft dedans — notamment sur les questions de médiation. Ce sont typiquement les problèmes que je vous citais tout à l’heure où on ne sait pas rendre le Libre accessible. Il y a assez peu de formations au logiciel libre et à la question du logiciel libre derrière et, du coup, on tourne un peu en rond parce qu’on est des communautés hyper-techniques. Et faire des actions de médiation, par exemple nous on va aller voir les espaces publics numériques, les bibliothécaires, etc, et leur dire « si vous voulez nous on vous forme à ces questions-là du logiciel libre et c’est vous qui irez parler ensuite à vos publics et vous n’aurez plus besoin de faire appel à Framasoft », ce qui fera qu’on sera beaucoup moins fatigués.

Et autre partie, autre projet : Git, donc Git c’est notre outil qui nous sert de base en tant qu’outil pour les développeurs, avec Git on peut travailler à 500 sur du code logiciel, c’est super. L’outil est vachement bien foutu, mais il est absolument insupportable, je cherche un mot poli, à utiliser pour quelqu’un qui n’est pas développeur ou développeuse.

[Applaudissements]

Merci. Or Git pourrait permettre à des petites assos de rédiger des statuts ensemble. L’objectif de ce projet-là, que Pouhiou appelle le guide pour les moldus, que je trouve très bon, c’est d’éviter, vous savez, le truc avec l’asso ou même l’entreprise qui fait « fichier, statut de l’association relu par Pierre, . doc, ou .odt », et puis on l’envoie à la liste de discussion et puis c’est relu par Pouhiou et puis ah ! trop tard mais ça a été modifié entre temps par David. Du coup c’est trop tard, on a perdu, on ne sait plus qui a fait quelle modification, à quel moment, etc. Le pad n’aide pas vraiment sur des documents un petit peu poussés et ça pose une vraie difficulté.

Donc rendre Git accessible à tous juste en pétant l’interface et en gardant le moteur derrière mais en faisant une interface pour le grand public, pourrait avoir des effets intéressants : ça peut être pour rédiger des statuts d’associations, pour rédiger une constitution. On peut avoir, du coup, des milliers de personnes qui viennent rédiger une constitution sur Git, sans avoir cette barrière de l’outil complexe.

Ça on va voir si c’est possible. On voudrait faire des MOOC. Des MOOC ce sont des cours massivement diffusés en ligne, ouverts à tous et à toutes, sur lesquels vous allez pouvoir apprendre par exemple à monter un CHATONS. Parce qu’un CHATONS ça n’est pas que de la technique, c’est aussi du juridique : qu’est-ce qui se passe quand on reçoit une requête de police judiciaire disant qu’on héberge une photo, je ne sais pas, d’une kalachnikov, qui est réutilisée sur un site terroriste ; ça nous est déjà arrivé ce type de choses. Quelle est la procédure à suivre ? Comment est-ce qu’on peut faire, etc. ? Quelles sont les bonnes pratiques à avoir ? Donc il y a les questions techniques, il y a les questions juridiques et il y a surtout les questions organisationnelles. Aujourd’hui, dans CHATONS, la principale difficulté que j’ai ce n’est pas qu’il y ait des problèmes techniques pour monter des CHATONS, c’est que les gens ont beaucoup de mal à se mettre d’accord sur les statuts, sur le modèle économique et des choses comme ça. Nous on a une certain expérience de ce côté-là, on voudrait pouvoir la partager avec d’autres au sein d’un MOOC, donc au sein d’un cours en ligne pour CHATONS.

Le dernier projet, probablement le plus ambitieux, et celui sur lequel j’aurais beaucoup de mal à vous donner de l’info aujourd’hui ; il ne commencera probablement pas avant 2020 : c’est une université populaire du Libre, ouverte, accessible et décentralisée. L’objectif ce n’est pas seulement d’accueillir des cours en ligne, donc une université populaire en ligne qui va accueillir des MOOC, mais dont l’objectif un peu caché et que j’annonce trois ans à l’avance, c’est un peu d’aller casser les pattes aux certifications, que ça soit Microsoft ou Éducation nationale. C’est-à-dire essayer de revaloriser les compétences non formelles des gens : je sais réparer une machine à laver ; je sais écrire un bouquin ; je sais, je ne sais pas, changer une ampoule, soyons fous ! Ces compétences pourraient être valorisées, pourraient être connues, pourraient être partagées. Aujourd’hui c’est capté par, je ne sais pas, du Linkedin, ce type de sites ; surtout les gens disent ce qu’ils savent faire, mais aujourd’hui on n’a pas une vision globale et on a du mal à se mettre en relation. Par exemple moi, si je cherchais demain quelqu’un qui est « web designeuse », webdesigner eh bien j’ai du mal à trouver cette personne-là. Du coup, comment est-ce qu’on fait pour se rencontrer ? Comment est-ce qu’on fait pour aller boire une bière ou un café ou un thé ou deux bières ? Donc on a vraiment cette problématique-là.

Donc UPLOAD [Université Populaire du Libre], même si le projet est très flou pour l’instant, vise un petit peu à répondre à ça

J’en arrive à ma conclusion puisqu’il est temps, oui il est temps. On rentre dans quelque chose d’un petit peu plus politique, mais vous aurez bien compris que pour nous le logiciel libre c’est politique. Vous avez, d’un côté, ce qu’on va appeler le monde ou le continent de la société de consommation ou de surconsommation basé sur les enclosures, sur le contrôle, sur la marchandisation de tous les secteurs, sur l’intérêt privé, sur l’économie extractive et, notamment, sur la propriété intellectuelle. Et, d’un autre côté, il y a d’autres possibilités. Ce qu’on souhaite c’est explorer, ce qu’on met derrière comme titre c’est la société de contribution, on souhaite explorer cette société de contribution – qui est un terme notamment employé par un philosophe qui s’appelle Bernard Stiegler – qui est une société du « commun », du partage, où on va défendre l’intérêt général et la diversité et qui est une économie, cette fois-ci, plutôt générative et où les licences libres ont complètement leur place.

Donc l’objectif de Framasoft va être d’outiller cette société de la contribution en proposant un certain nombre d’outils qui permettront aux gens qui ont envie de changer la société de pouvoir le faire avec des outils libres.

La place de Framasoft, en gros, jusqu’à on va dire 2004, j’aurais même pu mettre plutôt 2012 : on était porte d’entrée du logiciel libre francophone. Il y en avait d’autres ; on était une des portes d’entrée du logiciel libre francophone. On disait aux gens : « Venez voir, le Libre, c’est bien ! » Les gens découvraient au travers de Framasoft puis ils allaient voir d’autres associations, etc. Il y en a qui sont restés, mais il y en avait beaucoup qui repartaient parce que ce n’était pas toujours très bien présenté comme je vous l’ai expliqué.

Sur 2014-2017, avec Dégooglisons Internet, on a vu, petit à petit, beaucoup de gens de cette société de contribution arriver et nous dire « ah c’est super ce que vous faites, etc. », parce que, disons, on partage des valeurs communes avec ces gens-là. Du coup, ils venaient nous voir, c’était très bien sauf que le Libre n’est toujours pas beaucoup plus adapté à ces personnes-là qu’il y a dix ans, qu’il y a vingt ans ou qu’il y a même trente ans.

Donc l’objectif, maintenant avec Contributopia, c’est tout comme Framasoft était une des portes d’entrée du logiciel libre, on veut être une porte de sortie et c’est un petit peu ici à Toulouse Capitole du Libre qu’on en profite pour faire cet appel, en disant il faut non plus se dire on va aller chercher des contributeurs et des contributrices, ce n’est pas vrai, il faut que nous on sorte de notre bulle technique pour se mettre au service des projets de la société de contribution. Parce que réinventer pour la cinquantième fois le système de gestion de contenus alternatif à WordPress c’est cool, c’est sympa, on sait le faire, « moi je l’ai fait en React, moi je l’ai fait Python, moi je l’ai fait en Django, en Ruby on Rails », que sais-je, c’est cool sauf que c’est beaucoup d’énergie dépensée qui ne sert pas à grand-chose pour la société.

Donc nos partis pris c’est d’abord de faire ensemble, avec les utilisateurs et les utilisatrices, ce qui est un énorme pari, parce que ça ne va pas être simple du tout, parce qu’on ne parle pas le même langage. Donc il va falloir qu’on apprenne à se parler, il va falloir qu’on boive des coups ensemble et ça ne va pas être toujours très simple.

Deuxième point, et ça nous tient beaucoup à cœur, j’en discutais avec Yann qui est un des membres de Framasoft qui disait lui, sa prochaine conf ce sera de faire « Pour les poètes libres » parce que la poésie c’est important dans une société et que, aujourd’hui, c’est quelque chose qui est complètement oublié : comment est-ce qu’on peut faire pour inventer un imaginaire du numérique positif ? Aujourd’hui, cet imaginaire positif, est vendu par Facebook, Google, avec des objets qui sont extrêmement beaux, qui nous vendent du rêve, etc. Aujourd’hui, le Libre, on voit bien qu’il ne vend pas ça. Donc notre problématique ça va être comment est-ce qu’on peut inventer avec des auteurs, des créateurs, des écrivains, des écrivaines, je ne sais pas, qui voudra, participer à inventer un imaginaire du numérique positif.

Ça je l’ai déjà dit c’est comment est-ce qu’on peut utiliser ceux et celles qui veulent faire des « communs » et qui veulent participer à la société de contribution.

Autre point : on veut décloisonner le Libre de son ornière technique. C’est violent de dire ça lors d’une conf où il y a quand même beaucoup de libristes, mais on est dans une ornière technique, on tourne en rond ; c’est très bien on creuse ! Encore une fois, l’open source va très bien, mais il faut sortir de cette ornière technique pour développer les valeurs éthiques et sociales et donc politiques du logiciel libre et des valeurs qu’on partage avec d’autres. Et pour ça, pour nous, là encore je vais citer Pouhiou qui disait : « Il ne faut pas dire convergence des luttes, ça peut faire peur ; on va dire convergence des buts » ; donc la convergence des buts ça peut se faire avec, par exemple, le journalisme citoyen, les associations, les ONG, les mouvements écologistes, etc. Il faut qu’on apprenne à parler avec ces gens-là, il faut qu’on discute avec eux. Parce que, selon nous, ce sont eux qui vont être contributeurs et contributrices au logiciel libre. Ça ne va pas être la société de consommation. Toucher plus de monde pour toucher plus de monde n’est plus une bonne idée. Aujourd’hui, il faut plutôt essayer de voir avec qui est-ce qu’on a des valeurs communes pour dire « OK, travaillons ensemble et voyons ce qu’on peut faire pour changer la société ».

Est-ce qu’on va y arriver ? Non. J’annonce, clairement, en tout cas pas sans vous. Donc c’est un vaste programme Contributopia qui se lance sur trois ans. Aujourd’hui, il y a des gens qui nous disent : « Ah, c’est trop bien, comment est-ce qu’on contribue ? » Pour l’instant la réponse est : « On ne sait pas trop ! » Ça va venir. On va essayer de travailler ça. Et pour ça, évidemment, on a toujours besoin de fonds, puisque je rappelle que Framasoft c’est basé quasi exclusivement sur des dons de particuliers, donc vos dons, et évidemment, ces sommes-là nous permettent d’embaucher des développeurs pour travailler sur des sujets, mais permettront aussi de travailler justement et de décloisonner, d’organiser des rencontres avec d’autres personnes comme on le fait la semaine prochaine avec La Quadrature du Net, pour rencontrer d’autres personnes et comprendre quels sont les problèmes, pourquoi est-ce que le Libre ne décolle plus alors que l’open source se porte très bien.

Voilà. J’ai fini. Merci.

[Applaudissements]

Organisateur : Merci beaucoup. Effectivement on a pris un tout petit peu de retard, juste 40 minutes, ce qui nous laisse à peu près un quart d’heure de questions avant de laisser la place à la conférence suivante.

Public : J’ai juste une petite remarque. Je pense que tu as oublié d’expliquer la façon de dupliquer la dernière page. C’est-à-dire si tu veux essaimer, il faut aussi que tu essaimes auprès des CHATONS. Comment obtenir des dons ?

Pierre-Yves : Ça commence déjà à être le cas, c’est-à-dire sur la liste de discussion CHATONS, il y a beaucoup de questions sur les modèles économiques. Le truc c’est que nous on n’a pas de parti pris sur les modèles économiques. Par exemple CHATONS est directement inspiré du fonctionnement de la FFDN, la fédération FDN, la Fédération des fournisseurs d’accès associatifs, on a repris leur idée, appliquée cette fois-ci à l’hébergement plutôt qu’à l’accès à Internet. Par contre la FFDN, eux ce sont uniquement des associations. Nous, dans CHATONS, on accepte des entreprises, parce que ça parait difficile de dire qu’il faut que ça soit absolument une association. J’avais cette réflexion hier sur le débat « La place du Libre dans la société », quelqu’un qui disait : « On peut être personnellement éthiquement libre, mais quand on travaille pour son entreprise c’est plus compliqué ». Non ! Tu n’es qu’une seule personne, tu n’es pas schizophrène : si tu es entrepreneur tu peux avoir une éthique et l’avoir dans ta vie privée comme dans ta vie professionnelle. Moi je pense qu’il y a des entrepreneurs du Libre qui sont tout à fait éthiques, comme il y a des entrepreneurs du pas Libre qui sont tout à fait éthiques et à eux de trouver les modèles économiques, etc.

On va essayer de promouvoir : sur la page de dons, on va probablement ajouter un bouton Liberapay, bientôt, pour expliquer comment est-ce qu’on peut participer, du coup, à un système de dons mensuels sans prélèvement derrière par les banques, en tout cas pas de prélèvement automatique. Peut-être le ??? de Duniter avec des monnaies alternatives. Voilà. On va essayer de mettre ça en place. Ça va prendre du temps, ça n’est pas quelque chose qu’on vous livre tout fait. Donc je suis d’accord avec toi ; je ne sais pas comment est-ce qu’on le fera, mais on essayera de le faire.

Public : Belle présentation.

Pierre-Yves : Merci. Un peu longue, mais je vous avais prévenu que ça allait être long.

Public : Mumble, ça date de 2005, il y a des trucs qui existent comme Riot, c’est une bonne alternative.

Pierre-Yves : Notamment, tu peux re-citer le nom ?

Public : Riot sur le protocole Matrix.

Pierre-Yves : Matrix oui, du coup, ce n’est pas tout à fait, ça fait partie. OK

Public : La question c’est est-ce qu’il y a déjà un retour ou un bilan sur la campagne de dégooglisation ?

Pierre-Yves : Le bilan c’est un petit peu ce que je disais tout à l’heure. On a aujourd’hui pas loin de 400 000 utilisateurs qui viennent tous les mois. Le bilan, concrètement, ça marche. Le problème c’est que les gens attendent toujours plus de nous et que nous on est une association comme une AMAP, on ne veut pas grossir ; il n’y a que moi qui ai pris du poids, enfin non, pas le seul, Pouhiou lève la main aussi. Effectivement, on est une association qui ne souhaite pas devenir le Google du Libre. On a évidemment cette problématique-là de dire il faut qu’on essaime et donc le bilan sur la dégooglisation est hyper positif, mais, du coup, tous les regards sont tournés vers nous en disant vous devez nous aider à nous émanciper numériquement. On ne veut pas le faire seuls. Du coup moi j’étais encore content de voir dans la revue stratégique de La Quadrature du Net qu’ils ont intégré dans leurs propositions, dans leur feuille de route, la possibilité de travailler aussi ces questions d’émancipation numérique. Ils le feront de façon complémentaire avec nous, et tant mieux. Et il y a plein d’autres assos qui veulent faire ça aussi.

Public : Bonjour. Je viens pour une question. Vous avez dit souvent que c’était l’interface graphique qui fait rebuter les gens « du commun » entre guillemets sur tout ce qui est logiciel libre. Pourquoi il y a si peu de partenaires, de partenariats avec tout ce qui est les écoles de design, de graphisme, etc. ?

Pierre-Yves : Genre on va pouvoir transmettre la réponse du coup à Maiwann qui va parler de ça je pense.

Public : Pour le coup moi ça m’est arrivé pour ma licence pro où je devais faire un projet. Les profs ne nous proposaient que des projets avec des entreprises privées ; c’est moi qui ai dû aller chercher et faire vraiment la croix et la bannière avec l’entreprise parce que je faisais du logiciel libre, parce qu’ils ne savaient pas du tout faire ça quoi !

Pierre-Yves : Je suis évidemment complètement d’accord. Si tu veux transmettre le micro, pour l’instant je commence à répondre. Pour moi c’est un problème de langage, de communication. On ne sait pas se parler. Moi j’ai participé à un certains nombre de débats, vous avez pu suivre des fois des choses en ligne, sur ces questions-là et juste on ne parle pas la même langue. Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas les mêmes buts, ; on a les mêmes valeurs, on a les mêmes buts, mais juste on ne se parle pas de la même façon. Du coup, tant qu’on sera, j’allais dire presque agressifs dans notre façon de juger nous, développeurs, développeuses, des designers, « designeuses » : ils arrivent, ils se prennent des baffes, ils repartent. Ils ne vont pas rester pour nous faire plaisir. Maiwann si tu veux.

Maiwan : Pour compléter un peu, je suis assez d’accord avec ce que tu dis, sans surprise. Je trouve que la façon par exemple de Framasoft qui a de communiquer ça rend inclusives les choses, ça donne envie aux personnes qui sont extérieures au monde des devs de venir. Pour être plus précise sur les designers, moi en école de design, on était en recherche de développeurs pour avoir des projets, parce que les profs nous disaient : « Il faut avoir des tas de projets, il faut faire des choses ». On était là en mode « oui, mais on ne connaît pas de devs, on sait rien ! » Quand ensuite, trois ans après, on découvre le monde du Libre et on voit à quel point il y a besoin de designers, on pète un peu un boulon. Et c’est surtout parce qu’on parle d’essaimage, pour le grand public, il faut essaimer aussi dans les écoles de design, parce que nous a une culture de droits d’auteur. On nous apprend, à l’école, qu’en fait si jamais on ne met pas des droits d’auteur sur nos créations, si jamais on ne borne pas bien les choses, ça veut dire qu’on va se faire flouer, qu’on va se faire voler ; et la notion de logiciel libre, de « communs » elle est complètement absente et donc je vous assure que si jamais n’importe qui va dans une école de design en disant « écoutez j’ai 50 projets qui n’attendent que vous pour améliorer leur interface », si vous leur faites une vraie place, il y a 50 personnes qui arrivent de suite !

Pierre-Yves : Tu auras vu que, du coup, on a un projet pour ça. Pour moi le Winter of Code c’est un petit peu ça ; on a identifié ça et on se dit ce qu’on sait faire ce sont des projets en ligne et bien peut-être qu’à travers du Winter of Code on pourra expliquer ce qu’est Mumble ou d’autres projets et leur dire « voilà, on a des outils, par contre on manque d’aide et travaillons ensemble ». Et non pas « travaillez pour nous », ce qui a longtemps été le discours du Libre vis-à-vis des designers.

Public : Bonjour. Moi je ne viens pas du tout du monde de l’informatique.

Pierre-Yves : Moi non plus !

Public : J’arrive globalement à comprendre tout ce que tu racontes, mais je suis incapable de taper une ligne de code sur Linux. Ce que je trouve marrant, tu vois, c’est que j’ai déjà utilisé des Framadate dans ma vie, il y a quatre-cinq ans, pour telle ou telle asso et tout, et je trouve que c’est génial et que c’est très intéressant. Après je comprends bien ton histoire de vouloir démocratiser ou passer la main ou rendre accessible et que chacun ait ses outils. J’ai été très sensible à tout ce que tu disais pour ne pas dégoûter ceux qui viennent de l’extérieur, mais dans ce monde où, finalement, il y a une énorme demande et une société qui crée cette demande, nous, on vous voit comme des gens qui proposez un service et, de mon point de vue, je ne pourrais pas vous voir autrement quoi !

Pierre-Yves : Tout change !

Public : C’est-à-dire que, finalement, que vous soyez une association ou une entreprise, qui faites le job pour 20 ou pour 200 ou pour 20 000 personnes, pour moi, mon contact et mon attente sera un petit peu toujours la même ! Je voulais te dire ça et en même temps remercier pour ce que vous faites.

Pierre-Yves : Merci. Je l’entends complètement. On en discutait hier avec Jean-Batiste Kempf le président de VidéoLan et fondateur de la société VidéoLab qui aujourd’hui paye des gens pour travailler sur VLC ; il me disait : « Vous devriez vendre du service ». Je l’entends complètement qu’on est perçus comme ça aujourd’hui. Mais nous sommes, nous avons toujours été, une association d’éducation populaire. Nous, notre boulot c’est la sensibilisation. On a fait Dégooglisons Internet parce que personne ne le faisait. Moi je suis économiste, Pouhiou est guide touristique. On n’est pas des informaticiens ; ce n’est pas notre boulot ! À la base c’était juste un pari parce qu’il fallait le faire. Gandi disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ». C’est cool, on l’a fait. Tout est libre. Je redis ce que je disais hier soir pendant la table ronde, « entreprises du Libre, prenez les logiciels que nous on a mis en place, etc., installez-les et vendez du service avec une condition de qualité de service qui soit supérieure. » Pour ceux qui utilisent Framacalc dans la salle, vous vous rendez compte que ça plante à peu près 100 fois par jour. Pourquoi ? Parce que Ethercalc qui est le logiciel qui motorise Framacalc a 0,0001 développeur annuel, à l’année, juste on ne s’en sort pas ! Nous on ne peut pas développer de front 32 logiciels et ce n’est pas notre objectif. C’est quelque chose qui est important à comprendre. Nous, notre mission, c’est porte d’entrée, porte de sortie. Pour moi la société de service qui proposerait du service payant, gratuit, peu importe, il y a toutes les compétences, mais il faut qu’elle vienne du milieu du logiciel libre et pas de cette interface qu’est Framasoft. Sinon j’entends complètement ce que tu dis, mais désolé, ça ne sera pas nous.

Public : Juste pour répondre un peu sur les liens entre le militantisme et puis le logiciel libre, il y a eu une conférence ce matin [« Militantismes et logiciels libres »] d’une personne qui expliquait pas mal de choses là-dessus. Elle s’appelle Malory, je vous invite à la regarder. Sinon j’avais une information : on est en train de créer un CHATONS toulousain. Le nom n’est pas définitif.

[Applaudissements]

Merci. C’est un CHATONS toulousain. On aimerait le faire en direction des associations et des collectifs, justement, militants. Le nom n’est pas définitif donc ça ne sert à rien que je vous le donne maintenant. Merci.

Pierre-Yves : Merci Manuelle. Il y a une question tout au fond. J’en ai vu une autre.

Public : Bonjour. Moi je suis une grande fan de Framasoft comme tu le sais déjà. J’ai une question sur la culture du Libre, au sens de culture comme on parlerait de culture d’entreprise. Moi je viens d’une école de commerce, c’est encore un monde qui n’a rien à voir, et aujourd’hui, ce que je vois, c’est que des produits comme Google, comme Dropbox, certes ce sont d’excellents produits je veux dire en termes d’utilisabilité, mais ils ont aussi bien fonctionné parce qu’ils ont un impact marketing qui est énorme. Et de fait, ce sont des choses que je sais faire, ce sont des choses qu’on m'apprend à faire, mais j’aurais l’impression d’essayer d’imposer une culture très étrangère à la culture de Framasoft si je proposais des idées de cet acabit. Finalement, je me demande si l’avenir de Framasoft ne passe pas aussi par le fait de parler aussi le langage des marketeux — désolée, je sais que c’est un gros mot — et accepter d’utiliser des moyens qui ne sont pas les moyens les plus glorieux du monde pour toucher des publics qu’on n’aurait pas touchés autrement. C’est une vraie question que je me pose.

Pierre-Yves : Je l’entends complètement. Marketing, on a utilisé, nous, le mot communication. Quand on propose à David Revoy est-ce que tu accepterais, pour nous, de réaliser des dessins comme ceux-ci parce que derrière on identifie que nous, ce qu’on veut toucher, c’est la société de contribution. On n’a pas fait un design à la French Tech, on est allé voir quelqu’un dont on savait, en plus de son côté libriste, – oui tu n’es pas très French Tech David, excuse-moi de te l’apprendre –, du coup, quand on va voir quelqu’un comme David et qu’on lui dit : « Voilà, nous notre problématique c’est ça, qu’est-ce que toi tu pourrais faire ? », ce n’est pas nous qui dessinons ça dans un coin. Donc si vous voulez appeler ça marketing, moi ça ne me pose pas plus de problème, mais pour nous c’est de la communication au sens vaste du terme et du coup c’est d’essayer de faire ça.

J’ai évidemment cette problématique à cœur de travailler ces aspects communication. On essaye d’y réfléchir et d’en discuter tous ensemble dans Framasoft, mais ce n’est pas toujours simple. Aujourd’hui, clairement, l’argent aide. Désolé, je refais un appel aux dons, mais concrètement, pouvoir payer quelqu’un comme David qui, en plus, nous a fait un bon tarif – merci –, mais du coup pouvoir le payer plutôt que de lui dire « ouais, tu pourrais être sympa nous faire ça ! » Si on vit tous là-dessus ça va être compliqué. Pouvoir dire « on est capables de financer des actions sur de la communication qui est un métier, qui n’est pas le nôtre, eh bien tant mieux ! » Donc j’espère que ça se développera et que ça pourra profiter à tout le monde. C’est pour ça que les dessins aussi sont sous licence libre. Dernière question, il reste une minute.

Public : Moi j’ai une question sur Framabee que je n’utilise, je suis désolée, que depuis un mois et demi ou deux, depuis que je suis passée sur votre stand à Alternatiba. J’étais très enthousiaste quand je suis partie du stand et je le suis un petit moins aujourd’hui. Je continue à l’utiliser mais là j’avoue que depuis hier ou avant-hier j’ai très envie de retourner chez DuckDuckGo parce que, d’après ce que j’ai compris, c’est plus un portail ; enfin vous faites appel à un certain nombre d’autres moteurs de recherche dont Google pour fournir les informations. Et je pense que le problème des retour d’informations qu’on a, c’est que Google et les autres voient très bien d’où viennent les demandes, que ce ne sont pas des particuliers. Du coup, ce qu’ils vous envoient comme réponses, alors moi je n’ai que de réponses en anglais déjà pour commencer, je parle très bien anglais, mais il y a des fois où je cherche des informations françaises, liées à ce qui se passe en France. Enfin bon bref !

Pierre-Yves : Qu’est-ce qu’on peut faire contre ça ?

Public : Qu’est-ce qu’on peut faire contre ça, oui, parce qu’en plus, avant d’avoir une information pertinente, je suis des fois obligée de faire deux pages ou voilà ! C’est un peu rude !

Pierre-Yves : Un, ne soyez pas désolée ! Vous n’avez pas à être désolée. Vous êtes utilisatrice d’un service, vous n’avez pas à être désolée à dire il ne correspond pas à mon besoin et c’est bien dommage. Deux, Framabee est ce qu’on appelle un métamoteur de recherche. Aujourd’hui, en fait, le problème c’est le coût. C’est comme pour YouTube. Vous voulez monter une infrastructure parallèle ou alternative à YouTube, ça va vous coûter des millions et des millions d’euros parce qu’il faut héberger des serveurs, etc. Ça coûte juste une fortune. Le problème du moteur de recherche c’est le même. Il faut énormément d’argent pour faire un vrai moteur de recherche ; aujourd’hui, je crois qu’il n’y en a que 9 ou 10 sur la planète, qui sont des vrais moteurs de recherche.

Framabee utilise un logiciel libre qui s’appelle Searx. Searx est un métamoteur c’est-à-dire que vous tapez « chaussures », il va chercher « chaussures » sur Google, sur Yahoo, sur Wikipédia, etc. Il récupère les résultats de façon anonyme pour vous et vous les affiche. Évidemment on est, du coup, dans des résultats qui sont souvent moins pertinents. Concrètement, aujourd’hui, nous on promeut des services typiquement comme DuckDuckGo, effectivement un bon moteur, malheureusement pas libre-libre, il y a des parties libres ou Qwant qui, là aussi, n’est pas libre mais, au moins, qui a des engagements assez forts sur la question de l’exploitation des données personnelles.

Il y a des possibilités de faire des moteurs de recherche fédérés en pair à pair, c’est possible. Il y a une expérience, par exemple YaCy, ça fonctionne, mais, par contre, c’est encore très expérimental et voilà ! Et tant qu’on n’aura pas de contributeurs et de contributrices pour développer ce type de solutions, comme nous on veut le faire avec Framatube qui, du coup, fonctionnerait en mode pair à pair et où on s’échange de l’information les uns les autres, on n’aura nécessairement pas de réponse sur la question du moteur de recherche. J’en suis à la fois désolé, enfin déso, pas déso ! Pour l’instant ce sont des questions d’investissement donc pas mieux à vous proposer aujourd’hui. Effectivement, si ça ne vous convient pas, il faut essayer autre chose tant qu’on n’a pas de meilleure solution à vous proposer.

Merci à toutes et à tous.

[Applaudissements]

Logiciel libre - Rapport de la Cour des comptes - Décryptualité du 12 février 2018

mer, 02/14/2018 - 10:52


Titre : Décryptualité du 12 février 2018
Intervenants : Luc - Magali - Manu - Nicolas
Lieu : Studio d'enregistrement April
Date : février 2018
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 6 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nicolas : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 6. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : De nouveau tous les quatre, ça va devenir une habitude. Sommaire.

Manu : Cinq petits articles, mais sympathiques quand même.

Mag : Numerama, « La Cour des comptes reconnaît l’intérêt du logiciel libre », par Julien Lausson.

Manu : Et plein d’autres articles qui parlent du même sujet parce que c’est le gros sujet de la semaine, dont on va parler après.

Mag : ZDNet France, « Directive droit d’auteur vs logiciels libres : une députée interroge la ministre de la Culture », par Thierry Noisette.

Manu : Alors ça descend, ce sont les questions au gouvernement et, effectivement, il y a une députée qui prend son bâton de pèlerin, qui s’intéresse au droit d’auteur et à ses conséquences ; c’est plutôt pas mal !

Luc : C’est quoi le nom de la députée ? Parce que si elle fait des choses bien, autant la nommer.

Manu : C’est Sabine Rubin.

Mag : Alternatives-economiques, « Isabelle Delannoy : "L’économie symbiotique produit une autre croissance" », par Catherine André,

Manu : Super intéressant. Honnêtement, je ne m’attendais pas à ce genre de choses. Je crois que c’est une ingénieure agronome qui discute et qui présente une croissance, croissance économique, mais en prenant d’autres concepts et en prenant des concepts qui viennent notamment de l’agronomie, de la culture et de la vie, de la biologie en général. Donc c’est une orientation très symbiose de tout ce qu’on peut faire économiquement en construisant de la complexité et en permettant aux gens de faire eux-mêmes des choses qui d’habitude viennent d’en haut. C’est super intéressant ! Vraiment allez jeter un œil.

Mag : Et surtout qui promeut la qualité plutôt que la quantité.

Manu : Oui, c’est un des points qui est mis en avant.

Luc : C’est bien la symbiose. Ça ferait un bon nom d’émission de radio.

Mag : ZDNet France, « L’Open Source a 20 ans : comment cette philosophie a-t-elle révolutionné la programmation ? », par J. Vaughan-Nichols.

Manu : C’est une continuation du sujet de la semaine dernière. Effectivement, ce sont les 20 ans de l’open source dont on a parlé et l’open source, le terme en tout cas, a été créé par une femme, il a été repris par pas mal de monde. En tout cas, là il y a encore des articles qui sortent là-dessus.

Mag : Et le dernier article dans Libération, « Que reste-t-il des utopies du Net ? », par Amaelle Guiton.

Manu : Ça reprend un Américain, un essayiste, John Perry Barlow, qui avait publié la Déclaration d’indépendance du cyberespace1 ; ça a fait des petits, beaucoup de gens en ont pris note et se sont un petit peu basés dessus pour construire l’Internet d’aujourd’hui, dans une certaine mesure.

Luc : Le gros sujet de la semaine c’est le rapport de la Cour des comptes2, comme tu le disais Manu.

Manu : Le sujet énorme, la bombe, il y a eu plein d’articles cette semaine. C’est le gros truc auquel moi je ne m’y attendais pas ; quelque chose de très positif. Enfin une institution majeure fait toute une analyse de ce qu’il faut faire en informatique et ça parle de logiciel libre.

Mag : La Cour des comptes c’est la Cour qui fait des rapports budgétaires en disant « vous avez trop dépensé », c’est ça ?

Manu : C’est exactement eux.

Nico : Et qui est plutôt bien écoutée d’habitude.

Luc : Et ce n’est pas que « vous avez trop dépensé », c’est qu’ils vont faire des analyses en disant « vous bossez comme des cons, vous pouvez beaucoup mieux, etc. »

Manu : « Ce n’est pas rentable ! Ça ne sert à rien ! »

Luc : Donc ce n’est pas simplement « ça coûte trop cher ». Ce sont des gens plutôt brillants qui sont dans ce truc-là.

Manu : Je rajouterais, ils sont très écoutés, mais ils n’ont aucun pouvoir officiel.

Mag : Et du coup, le fait que eux qui sont quand même ceux qui sont les spécialistes de l’argent nous disent que le logiciel libre serait mieux que du propriétaire, c’est bon signe pour nous ? Non ?

Manu : Il faut écouter.

Luc : Ils disent ça ; ils disent plein d’autres choses très intéressantes.

Manu : Ce n’est pas le truc majeur ; ce n’est pas l’argent qui est le premier truc de tous.

Luc : Ils en parlent quand même, mais par rapport au Libre ce n’est pas l’argument qu’ils mettent en avant et c’est ça qui est vachement intéressant.

Mag : Alors c’est quoi qu’ils mettent en avant ?

Nico : Ça va être surtout la partie consolidation et mutualisation des efforts. Plutôt que d’avoir 40 000 logiciels développés chacun dans son coin par des équipes différentes.

Luc : Ça, ça touche à l’argent pour le coup.

Manu : Ça y touchera forcément.

Nico : Ça touche aussi à l’argent indirectement, mais le but c’est vraiment qu’avec le logiciel libre on peut avoir un socle commun où tout le monde va capitaliser dessus plutôt que de s’éparpiller auprès de 40 000 prestataires et d’avoir des coûts cachés partout.

Manu : On parle de l’État, des administrations mais potentiellement des collectivités aussi.

Luc : Oui, effectivement, et même des services sociaux de type Sécu, etc. Et ce qu’ils mettent en avant par rapport au Libre c’est que, pour eux, c’est un puissant facteur d’efficience et d’influence et qui représente d’abord un enjeu de sécurité et de souveraineté. Ils parlent quand même d’efficience, donc derrière l’efficience il y a de l’argent, forcément, mais c’est aussi le pouvoir faire des choses et donc de réussir à faire des trucs qu’on ne pourrait pas faire autrement. Et également, cette question de souveraineté et de sécurité. Et donc, la Cour des comptes qu’on attend sur la question du pognon, ce n’est pas l’argument premier qu’elle met pour le logiciel libre.

Mag : Il n’y a pas aussi comme quoi il fallait former les gens, les fonctionnaires et les garder, les aider à s’améliorer ?

Manu : Il y a toute une discussion sur l’expertise, la perte d’expertise, notamment quand ils externalisent tous les services et toutes les capacités informatiques ; à un moment donné, ce sont les experts qui dirigent, ce sont les experts externes qui dirigent et qui contrôlent tout ce qu’on fait.

Nico : Et qui ne sont généralement pas des experts, mais plutôt des commerciaux ; ils vont vendre leur soupe pour arriver à faire monter le prix plutôt que de trouver des solutions techniques efficaces et qui répondent aux problèmes.

Luc : Et puis ils vont essayer de faire rentrer le besoin dans leur produit. C’est-à-dire qu’ils ont un produit qui fonctionne, plus ou moins, qui est celui qui a été vendu et donc, du coup, tout va être orienté pour rentrer dans le produit du prestataire. Et puis tu vas faire fructifier ton contrat pendant un certain temps et, en face, tu as des fonctionnaires qui ne comprennent pas ce qui se passe parce que ce n’est pas leur métier et qui, du coup, à part dire oui à un prestataire, ils n’ont pas vraiment de moyens !

Manu : L’État devient un vache à lait, il n’y a rien d’autre à dire.

Luc : Et donc perd le pouvoir sur son informatique et ce qui est vraiment intéressant dans ce qu’ils écrivent c’est que l’informatique c’est un moyen d’accélérer plein de choses et c’est un moyen d’avoir vraiment du pouvoir, en gros en disant « c’est en train de changer la société, donc il faut que l’État change fondamentalement en intégrant ça. »

Mag : Et donc ils s’adressent à qui exactement ?

Nico : Ils s’adressent à la DINSIC et à ce qu’ils appellent la start-up d’État. C’est d’arrêter d’externaliser à des entreprises-tiers à faire du logiciel propriétaire avec tous les travers qu’on connaît, pour les externaliser en interne.

Luc : Les externaliser en interne !

[Rires]

Manu : Ré-internaliser ! Ramener à l'intérieur.

Nico : C’est ça, c’est les ré-internaliser pour, en fait, avoir quand même un groupe qui du coup serait la DINSIC ou peut-être autre chose, on ne sait pas encore.

Manu : La DINSIC, Direction informatique des services…

Mag : Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État3.

Manu : Pas mal !

Nico : C’est la DSI de l’État, en gros, et aujourd’hui ils ne font pas grand-chose à part quelques conseils ou essayer d’orienter plus la chose.

Luc : Ils ne font pas grand-chose ! Je trouve que tu exagères !

Nico : En tout cas, ce ne sont pas eux qui développent.

Manu : Ils conseillent.

Nico : Ils conseillent et ce ne sont pas eux qui font les développements des gros logiciels qui ont beaucoup merdé, qui sont cités d’ailleurs, comme Louvois.

Luc : La Cour des comptes leur a quand même reconnu d’avoir fait pas mal de choses, notamment sur la mutualisation des infrastructures réseaux informatiques ; donc en disant « la DINSIC a fait pas de choses. »

Manu : De faire des recommandations. La DINSIC fait un référentiel, des choses comme ça.

Luc : Ils s’étaient notamment distingués lors du départ en retraite du patron de la DINSIC.

Nico : Qui avait déprécié Microsoft.

Manu : Du référentiel.

Luc : Référentiel général d’interopérabilité4 ; donc c’est le document qui dit « voilà en gros les formats qu’on a le droit d’utiliser, avec lesquels on va pouvoir utiliser plein de logiciels différents. »

Manu : Dans les administrations.

Mag : Et ils avaient mis aussi beaucoup en place l’ouverture des données avec l’open data qu’ils ont beaucoup encouragée.

Luc : Oui, tout à fait.

Manu : Ça fait partie de la chose et d’ailleurs, je me demande s’ils en parlent ; il faudrait creuser un petit peu dans ce rapport.

Nico : Mais du coup, la DINSIC n’a pas cette capacité de développement de logiciels ou autres qui, aujourd’hui, se retrouve dans des boîtes externes, et là c’est la Cour des comptes qui dit : « Il faudrait peut-être quelque chose pour faire ce développement et accompagner cette mutualisation et les bonnes pratiques, comme on arrête de faire des projets qui durent dix ans et qui, quand on les livre, ne servent à rien et ont coûté des millions d’euros. »

Luc : On peut en citer quelques-uns des projets qui nous ont coûté une fortune ?

Nico : Louvois.

Luc : Louvois est sans doute un des plus jolis ! »

Mag : C’est quoi Louvois5 ?

Nico : C’était le gestionnaire de paie de l’armée ou plutôt de la non paie, puisqu’en fait ils n’arrivaient pas à payer les soldats. Il y a eu des paies qui n’étaient pas livrées ou pas calculées correctement ou pas soldées. Enfin, c’était la catastrophe !

Luc : Il y a des soldats qui se sont endettés parce qu’ils n’étaient pas payés !

Mag : Oui, mais la paie c’est compliqué quand même !

Manu : C’est compliqué mais le logiciel a été démarré quand ? Terminé et livré quand ?

Nico : Il a été commencé en 1996, il a été livré en 2006 et ça ne marchait juste pas et, encore aujourd’hui, on en paye les pots cassés.

Manu : Sachant qu’il était complètement obsolète avant d’arriver parce qu’ils voulaient déjà refaire un logiciel de paie.

Luc : Vous avez vu qu’au démarrage du projet il y eu un audit qui a dit : « Ça ne marchera pas ! » Et en fait, comme personne n’était vraiment responsable de rien du tout et d’ailleurs il y a eu des enquêtes, ils ont dit : « Faute collective. Personne n’est responsable. »

Manu : C’est beau !

Luc : Ça a coûté une fortune. Et donc, en gros, on savait dès le début que ça allait planter et on y est quand même allé. Ça a coûté combien Nicolas ?

Nico : Le prix de départ était à 46 millions et je crois qu’ils ont dépassé plus de deux fois le budget avec 93 millions de dépassement.

Luc : Voilà ! Ça c’est juste le budget ; il doit y avoir des tas de coûts annexes et de frais cachés, donc on peut supposer qu’il y a plus de cent millions d’euros.

Manu : Et ça a fait plaisir à des SSII, plein de gens qui travaillent en externe et là c’est la vache à lait ! Rebelote ! On va voir l’État avec des factures, l’État paye facilement.

Luc : Donc des projets qui durent autant de temps !

Manu : Ils ont l’air de dire qu’en moyenne c’est six ans entre le démarrage d’un projet et sa livraison. Et six ans, en informatique, on le sait, c’est trop tard.

Nico : C’est une éternité !

Manu : Les technologies choisies sont déjà obsolètes six mois après le démarrage du projet.

Luc : Et en plus de ça, les chefs de projets changent donc, du coup, c’est difficile !

Manu : En termes de compétences ça doit être très difficile à garder.

Luc : La Cour des comptes indique que les projets qui durent plus de trois ans en informatique, ceux de l’État en tout cas, ont 50 % de chances de planter. Donc à six ans et à dix ans, on se doute que voilà, ça augmente encore plus.

Mag : Mais par contre, on peut se tourner vers les bonnes nouvelles puisqu’il y a plein de villes comme Nantes, Rennes, qui développent elles-mêmes des logiciels libres donc qui correspondent réellement à des besoins et qu’elles pourraient partager avec l’État et avec d’autres villes.

Manu : Elles le font déjà plus ou moins. Moi je pense à openMairie6, c’est toute une suite de logiciels.

Luc : OpenCimentière.

Manu : Exactement openCimetière, ça je dois dire, c’est la fête !

Luc : C’est un logiciel qui fait rêver.

Mag : Mais non ! Il y a plein d’autres logiciels qui sont développés par les mairies qui ont participé au label des Territoires numériques7 et qui pourraient être partagés avec toutes les autres mairies.

Luc : De fait qui le sont. Si c’est du Libre, les autres mairies peuvent y accéder.

Mag : Les autres mairies pourraient le faire, à condition qu’elles sachent que ça existe, qu’elles sachent qu’elles peuvent l’utiliser et que ce soit préconisé par la DINSIC.

Nico : Et puis même s’ils développaient des logiciels depuis zéro plutôt que de repartir sur des bases déjà existantes, ça permettrait de mutualiser. Si un prestataire, justement, s’arrête, eh bien on peut passer la balle au suivant sans avoir besoin de racheter l’intégralité des brevets ou autres. Les technologies, dans le monde du Libre, sont plutôt connues, maîtrisées et si on passe le bébé au voisin il sera capable de s’en sortir. Alors que prenez un logiciel développé par Sopra, filez-le à Thalès, ils n’en font rien du tout quoi !

Manu : Rappelons que tout ça arrive dans un moment où il y a des administrations françaises qui ont fait des accords, des gros accords avec des entreprises notamment américaines, Microsoft Irlande en particulier.

Luc : On peut parler de l’accord Open Bar Microsoft/Défense.

Manu : Et Éducation nationale.

Luc : Éducation nationale.

Mag : Et la Santé.

Manu : Et la Santé oui, qui est en ce moment en train d’être fait il me semble.

Luc : Donc un certain nombre d’accords qui sont passés sans appel d’offres, où l’État participe à l’évasion fiscale en payant directement Microsoft Irlande.

Manu : Alors que les experts concernés par ce sujet avaient dit que surtout il ne fallait passer sur du Microsoft en mode Open Bar et alors qu’il semblerait, il y a des documents qui sont sortis, que les ministres concernés étaient d’accord pour passer au Libre au tout démarrage de la procédure.

Luc : Et après changement de ministre !

Manu : Il y a d’autres choses de ce genre-là : Etalab, ils commencent à proposer des logiciels qu’ils mettent en avant. Est-ce que les start-ups de la nation, enfin qui sont recommandées par le rapport, vont pouvoir avancer en mode Agile en utilisant un petit peu les technologies à mettre en commun. Il y a peut-être même à travailler avec d’autres pays. Je sais que le Québec, le Canada travaille aussi sur ce sujet-là et on en a reparlé. Barcelone, les grandes villes européennes, elles se tâtent, elles réfléchissent à passer au logiciel libre.

Luc : Barcelone, ils font plus que se tâter, la mairie.

Manu : Barcelone ils ont l’air de partir vent en poupe.

Luc : Ils sont partis là. L’intérêt, tu disais Manu, la Cour des comptes a peu de pouvoirs, voire pas de pouvoirs du tout, mais quand elle dit un truc ça fait en général un petit peu mal ; et la DINSIC a un petit peu de pouvoirs mais pas tant que ça, puisqu’on voit qu’effectivement il y a des ministères qui font un peu ce qu’ils veulent derrière, mais disons que c’est de plus en plus compliqué de faire ce qu’on veut quand ça commence à tirer dans tous les sens en disant « vous faites n’importe quoi ! »

Manu : Et surtout la Cour des comptes qui est quand même bien entendue. C’est un gros coup d’arrêt quand même.

Luc : Effectivement !

Manu : « Vous faites n’importe quoi, ça ne marche pas et ça coûte de l’argent ! »

Luc : Il y a eu des réactions ?

Mag : En tout cas, dans les réactions qu’on a pu voir, notre premier ministre Édouard Philippe et son secrétaire d’État chargé du numérique Mounir Mahjoubi ont lancé un plan d’action publique 2022.

Luc : Oui. Bravo ! Donc comme quoi, je pense qu’ils ont dû être tenus au courant un petit peu en avance en se disant il faut qu’on ait quelque chose à proposer.

Nico : Ils ont proposé quoi dedans ?

Luc : Et ça consiste en quoi ce projet ?

Mag : Ils ont proposé 700 millions pour la modernisation administrative. En gros, sur cinq ans, 700 millions - pas en une année, ils vont étaler ça sur plusieurs années - et le but ça va être de faire des appels à des projets. On parle de mobiles aussi.

Luc : Sept Louvois quoi !

Mag : De simplifier l’accès aux services ! En tout cas ça doit être accessible à tous ! Bref, il y a plein, plein de choses à découvrir et c’est sur cinq ans.

Nico : Sachant qu’ils vont avoir du boulot puisqu’il y a des textes de lois qui commencent à passer où tous les codes développés par les administrations vont devoir être publiés. Donc il va y avoir de la centralisation à faire et de l’organisation autour de tout ça. Je pense que cette enveloppe-là va servir à ça.

Manu : Il y a deux projets dont on a régulièrement parlé, qui sont toujours intéressants à rappeler, c’était le projet pour la sélection des étudiants après le bac.

Nico : Parcoursup.

Manu : Exactement. Et les impôts, le calcul des impôts qui a donné lieu à toute une ouverture de code un peu compliquée et il y a eu des hackathons autour du sujet organisés avec des gens de Etalab.

Luc : Je crois avoir vu passer, mais ce serait à vérifier, sur Parcoursup, ils viennent de voter un truc.

Luc : Ils veulent l’arrêter.

Luc : En disant « on va fermer tout ça ». Ce qui montre que c’est loin d’être gagné et c’est là où ce genre de décision est super important parce que, comme on disait, l’État ce n’est pas un monolithe et on a des gens partout qui sont pro-libres et pour ce genre de choses.

Manu : Et qui ont une vision à long terme.

Luc : Et qui ont une vision à long à terme, effectivement, et qui se battent au quotidien dans les administrations et dans les entreprises. Mais dans les administrations, ce genre de décision, pour eux, c’est un argument extrêmement fort. Et donc, même si la Cour des comptes n’a pas de pouvoirs, ça va donner des billes à tout plein de gens pour réussir à faire changer les choses.

Mag : Un peu comme l’avait fait la circulaire Ayrault il y a quelques années.

Manu : À son époque.

Luc : Ce que je trouve vraiment très intéressant là-dedans, c’est qu’il y a une vraie vision d’organisation, même une vision sociale, puisque, en gros, dans le rapport, ils disent qu’il faut mettre le paquet sur la formation et que les fonctionnaires soient formés à l’informatique, à la gestion des projets. Utiliser des méthodes pour leur boulot de tous les jours qui sont des méthodes issues de l’informatique. Il y a plein de méthodes d’organisation du travail en commun qui sont très efficaces dans l’informatique et dont on peut s’inspirer dans notre boulot de tous les jours. Donc ils sont vraiment en train d’appeler à une sorte de révolution organisationnelle et de travail, avec cette idée.

Manu : L’outil informatique.

Luc : Oui mais aussi, ils l’avaient évoqué par rapport au logiciel libre, avec cette idée que ce soit un puissant facteur d’efficience et d’influence, en disant que les administrations devaient gagner également en termes d’attraction. C’est-à-dire donner envie aux gens de venir bosser dedans et donc, pour ça, c’est leur donner les moyens de, et du pouvoir sur leur boulot, etc., et donc sortir du truc bien bureaucratique. Donc c’est quand même super puissant comme projet ; c’est une vraie vision, un vrai programme.

Manu : Je pense qu’en plus ça tombe bien parce qu’il y a Emmanuel Macron qui est en train d’annoncer des réformes sur les administrations ; ça peut se combiner. Il parle même de faire un big-bang des administrations avec le renouvellement des fonctionnaires ou le non renouvellement ; c’est un petit peu compliqué comme sujet.

Mag : Ça sent devant la manifestation devant la librairie, ça.

Manu : Tout ça, ça arrive, à mon avis, sur un même temps. Ça peut faire des étincelles !

Luc : En tout cas la bonne surprise.

Manu : L’énorme surprise !

Mag : La considérable surprise ?

Luc : Oui. Nicolas, tu as un superlatif ?

[Rires]

Nico : Ça marche comme ça ! Non, comme ça, je n’ai pas de superlatif.

Luc : Bon OK. Eh bien on va s’arrêter là.

Manu : À la semaine prochaine. Salut tout le monde.

Mag : Salut.

Nico : Bonne semaine à tous.

Decryptualité du 12 février 2018

mar, 02/13/2018 - 00:24

Écouter ou télécharger le décryptualité du 12 février 2018 (15 minutes)

    On se penche sur la bonne nouvelle de le semaine, le rapport de la cours des comptes qui encense le logiciel libre.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Open source - Logiciel libre - Décryptualité du 5 février 2018

lun, 02/12/2018 - 16:35


Titre : Décryptualité du 5 février 2018
Intervenants : Luc - Magali - Manu - Nicolas
Lieu : Studio d'enregistrement April
Date : février 2018
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 5 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

On parle cette semaine d'open source et de logiciel libre à l'occasion des 20 ans de l'open source.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nicolas : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 5. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Nous sommes tous là, pour une fois, et revue de presse, petite revue de presse.

Manu : Petite revue de presse effectivement, seulement quatre articles.

Mag : Developpez.com, « L’expression "logiciel open source" souffle sur sa 20e bougie », par Stéphane Le Calme.

Manu : Ça parle de la définition d’un mouvement auquel on prend part et on va en discuter un peu après parce que ça mérite d’être approfondi.

Mag : Le Monde.fr, « La bibliothèque numérique Open Library inquiète des associations d’auteurs », par la rédaction.

Manu : Open Library diffuse des contenus pas forcément actuels, des vieux livres, notamment, qui sont dans le domaine public, mais aussi des livres actuels et ça, ça génère des problèmes avec les regroupements d’auteurs qui se plaignent de pertes de revenus et qui attaquent la librairie libre, ouverte, et ça leur crée des problèmes.

Mag : Ce sont réellement les auteurs qui attaquent ou les éditeurs ?

Manu : Ce sont des éditeurs, des associations d’auteurs aux États-Unis.

Mag : Le Point, « Algorithmes : "Ce sont les individus qu’il faut responsabiliser" », par Laurence Neuer.

Manu : Ça parle de la CNIL qui essaie de défendre un petit peu les libertés et la vie privée de tous. Mais justement, il y a des problématiques avec les logiciels et les algorithmes utilisés par les logiciels. On en a parlé plusieurs fois ; ce sont des sujets qui reviennent tout le temps. En gros, c’est inéluctable que ces problèmes apparaissent, on ne peut pas l’éviter et il faut faire attention, il faut se méfier de tout cela et les suivre. On ne pourra pas les empêcher fondamentalement.

Mag : LeMagIT, « Examen de code source par les autorités russes : des airs de faux procès », par Valéry Marchive.

Manu : Toute une problématique vis-à-vis des États et notamment en lien avec les soucis d’espionnage. Est-ce que les logiciels propriétaires peuvent être utilisés pour espionner ? C’est probablement le cas pour certains antivirus russes utilisés aux États-Unis, d’après les services des États-Unis.

Luc : Alors que les logiciels propriétaires américains n’espionnent personne !

Manu : Jamais, jamais. D’après les services secrets américains, ils n’espionnent pas. Il n’y a pas de souci ! En tout cas, pour essayer de, malgré tout, rester dans les marchés, les éditeurs de ces logiciels ouvrent un peu le code source à l’étude par les États, ce qu’a fait notamment Microsoft à certaines époques. Eh bien, la remarque qu’on peut faire et qui est faite dans l’article c’est de dire le logiciel libre, lui, fournit le code source de base, donc c’est quand même beaucoup plus simple et beaucoup plus efficace pour garantir une certaine sécurité.

Luc : Donc cette semaine on va exploiter ce sujet d’actualité sur les 20 ans de l’open source, pour revenir un peu sur une de ces notions fondamentales qu’on a dans le milieu : l’open source, nous on parle plutôt de logiciel libre. L’open source est un terme qui est reconnu, utilisé un peu partout. Ce terme open source d’où il vient ?

Mag : On le doit à Christine Peterson.

Luc : Christine, oui je la connais bien ! Non ! En fait, je ne sais pas qui c’est.

Nico : Elle faisait partie du Foresight Institute, c’est un think tank, clairement, qui réfléchissait autour du logiciel libre à l’époque, qui s’appelait free software.

Manu : Elle s’occupait des nanotechnologies et de l’intelligence artificielle.

Nico : Et de la sécurité, enfin ils faisaient beaucoup de choses ! La question qui se posait c’est qu’ils utilisaient free software, en anglais, et ça passe assez mal, en fait, parce que free, il y a plusieurs sens et, du coup, ça posait problème pour se faire comprendre.

Manu : C’est polysémique.

Luc : En quoi c’est polysémique, Magali ?

Mag : Free, en anglais, ça veut dire « gratuit » ou ça veut dire « libre ». Donc comme c’est le même mot, ce n’est pas très compréhensible. Contrairement à nous, en France, on dit « logiciel libre » et non pas « logiciel gratuit ».

Luc : Effectivement, c’est sans doute un très mauvais choix de Richard Stallman d’avoir choisi free software ; c’est hyper ambiguë.

Manu : C’est un très mauvais choix ! C’est une petite erreur, c’est une maladresse et il a des regrets là-dessus ; parfois il le dit, il aurait préféré utiliser le mot français ; le mot français « libre » est beaucoup plus approprié et direct.

Mag : Du coup, pour les entreprises, c’est vrai qu’ils ont dû chercher un terme, en tout cas en anglais, qui parle et qui est beaucoup plus évident.

Manu : C’est ce qu’ils en disent.

Mag : Et c’est vrai que open source eh bien, ça dit bien ce que c’est.

Luc : D’autant plus qu’il existe des freewares, donc des logiciels gratuits. Donc free software face à freeware c’était quand même un peu difficile.

Manu : En gros, c’est ce qu’ils expliquent dans l’article dont on parlait tout à l’heure ; c’est ce qu’explique Christine Peterson, c’est qu’à force de discuter de logiciel libre donc free software dans les différentes rencontres avec les entreprises, avec d’autres intervenants, ils devaient à chaque fois réexpliquer, réexpliquer, réexpliquer ; toujours faire en double. Après avoir réfléchi un peu, le code source c’était la chose qui ressortait, donc ils ont utilisé quelques autres termes et, en 98, ils sont arrivés avec ce terme logiciel open source qu’ils ont présenté. Et, petite remarque, ce n’est pas Christine Peterson qui a obtenu la paternité du terme ; non, ça a été retransmis.

Mag : Eric Raymond et Richard Stallman.

Manu : Surtout Eric Raymond, mais oui, Richard Stallman aussi ça lui a été, en quelque sorte, mis sur le dos parce que c’étaient eux qui portaient les concepts et toutes ces choses-là et donc Christine Peterson a été un peu oubliée dans l’histoire.

Mag : Là elle se récupère bien ! On ne voit qu’elle !

Luc : Dans l’article, effectivement, elle se met très avant. Quand ils ont déposé ce terme, ils n’ont pas perdu leur temps non plus ; ils ont déposé tout ça.

Nico : Ils ont fondé l’OSI, l’Open Source Initiative1, pour essayer de labelliser un peu toutes les licences parce qu’il y a des licences complètement différentes dans l’univers du Libre ou même un peu au-delà du Libre et donc ils ont essayé de mettre un label sur qu’est-ce qui était open source, qu’est-ce qui ne l’était pas, et en expliquant pourquoi, en faisant un peu de pédagogie derrière tout ça. Et aujourd’hui c’est quelque chose qui fonctionne bien, l’OSI est toujours vivante et continue à labelliser plein de choses. Il y a des gros du secteur qui sont reliés à cette initiative-là, même des qu’on n’aime pas forcément, des Google, des Oracle, du RedHat, des choses comme ça.

Mag : Non, nous on aime tout le monde !

Nico : Et aussi du Libre avec du Debian ou autres qui soutiennent ce mouvement-là.

Manu : Rappelons que les fondations de l’OSI, les critères pour dire qu’on est open source ce sont des critères qui ont été repris de Debian tels quels. Il y avait dix règles pour dire on peut rentrer dans Debian ou pas. Ils les ont reprises pour l’open source. Donc c’était assez intéressant, c’était un bon point de départ, mais ce ne sont pas les quatre libertés classiques dont on parle en général pour parler du logiciel libre.

Luc : Qui viennent de Stallman, pour le logiciel libre.

Manu : Qui viennent de Stallman, ce n’est pas la même origine, tout à fait.

Luc : Donc aujourd’hui, en 2018, le mouvement open source libre et open source s’est très largement développé. Ça a été un succès ; on peut difficilement le nier. Non ?

Mag : Économiquement parlant, il y a énormément d’entreprises qui font de l’open source et qui voient leur chiffre d’affaires grossir continuellement.

Nico : Et aussi, malheureusement, des boîtes qui font du pas libre, qui se goinfrent avec de l’open source ou du Libre en interne mais qui ne refourguent rien à leurs propres utilisateurs.

Luc : Aujourd’hui, il n’y a aucune entreprise d’informatique un peu conséquente qui n’utilise pas de Libre !

Manu : On en utilise forcément à un moment donné mais, par contre, tu ne le mets pas en avant. Je pense à Oracle ; Oracle, ils font une base de données tout à fait propriétaire, ils font aussi du Libre par ailleurs, mais pour leurs logiciels et pour ce qu’ils mettent en avant, ça ne se voit pas, quoi ! Il n’y a pas cette apparence de « on utilise autre chose ». Apple utilise du Libre. Toutes les bases d’Apple c’est du Libre, mais ils ne le mettent pas en avant du tout. Ils ont « repropriétarisé », privatisé, je ne sais pas comment on pourrait…

Mag : Va pour privatisé !

Manu : Oui, effectivement, c’est un peu compliqué, et donc Apple ils ne sont pas très cools de ce point de vue-là, ils ont repris plein de choses, ils ont refermé tout ce qu’il y avait derrière, mais ils font de l’open source quelque part, en tout cas ils l’utilisent et c’est plutôt encouragé par l’initiative.

Nico : On a aussi l’exemple de Google qui fait du Libre, en interne c’est quasiment du 100 % Libre sauf que, comme on n’est pas propriétaire du logiciel et qu’ils ne le distribuent pas, qu’on le consomme juste en tant que service, eh bien les utilisateurs sont quand même pris au piège de Google et ne peuvent pas s’échapper de là, alors qu’il y a fort à parier que c’est du 100 % Libre qui fait tourner tout ça.

Luc : Effectivement l’open source, le Libre, marche extrêmement bien. Quand on va regarder la Fondation Linux, qui est membre de la Fondation Linux2 ? On retrouve tous les grands noms de l’informatique.

Manu : Dont Microsoft !

Luc : Dont Microsoft qui les a rejoints il y a peu de temps et qui, il y a quelques années, disait que le libre c’est le cancer de l’informatique. Ils continuent à manœuvrer quand même pour se garder des choses.

Manu : Mais Microsoft fait du Libre.

Luc : Ils font du Libre.

Nico : Ils se sont ouverts énormément depuis cinq ans.

Mag : Ils ne font pas du Libre, ils font de l’open source !

Manu : Ils font du logiciel libre.

Luc : Ça pose la question, Magali. Quelle est la différence, selon toi, qui est la position de l’April je pense, entre Libre et open source ?

Mag : C’est un véritable troll la différence entre Libre et open source . Et ça peut être vu de tant de manières différentes que si on rentre là-dedans on est foutus, on dépasse les 15 minutes !

Manu : Oui, mais on peut mettre une base !

Mag : Alors une base ! Pour moi l’open source ne s’engage qu’à une chose : à avoir un code ouvert. Donc tout ce qui est éthique, liberté de l’utilisateur, ainsi de suite, c’est important, mais ce n’est pas essentiel. Contrairement au logiciel libre qui, lui, met vraiment les libertés des utilisateurs en avant.

Luc : Effectivement, et on voit dans ce que tu disais Nicolas par rapport à Google, mais les autres sont un peu pareil ; Facebook utilise énormément de Libre aussi.

Manu : Et ils en font, ils en diffusent.

Luc : Ils en diffusent. Ils ont même mis en place une sorte de club des boîtes qui ont des très gros datacenters pour partager des tas d’astuces sur comment bien procéder.

Manu : Je crois qu’ils partagent même les plans du datacenter. Il y a des éléments qui sont partagés, en matériel libre.

Luc : Mais ce qu’il y a c’est qu’effectivement les utilisateurs de Facebook, les gens qui vont se connecter, à moins qu’ils créent un datacenter géant demain, toutes ces libertés auxquelles ces grosses boîtes ont accès, ils n’en bénéficient pas. Donc effectivement, toutes des grosses boîtes, celles qu’on appelle les GAFAM et particulièrement celles qui sont vraiment tournées sur Internet, donc Google Facebook, etc.

Mag : Amazon, Apple, Microsoft.

Luc : Prospèrent grâce au Libre. On nous a expliqué que si Google voulait créer une infrastructure et devait payer une licence pour chacun des serveurs qu’ils déploient et pour chacune des bases de données qu’ils déploient, ne serait-ce que financièrement, ils n’auraient jamais pu atteindre un début de rentabilité. Et, en plus de ça, ils font des choses quand même très compliquées, donc ils ont besoin de mettre les doigts dans le code source pour pouvoir faire marcher leurs trucs très, très complexes.

Nico : Et c’est comme ça qu’ils ont pu démarrer, parce que aujourd’hui, si vous allez sur des technos privatrices, eh bien il y a un coût d’entrée qui est juste effroyable, alors que là, n’importe qui peut tester, peut mettre en place des solutions et regarder ce que ça donne. Et puis si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas tant pis, mais au moins, on n’a rien perdu au départ.

Luc : Donc ces géants qui se sont construits en quelques années, ça a été quand même très rapide quand on y pense, en dix-quinze ans, n’existeraient pas sans logiciels libres. En revanche, toutes les libertés libres qui leur ont permis d’exister, ils n’en font pas bénéficier leurs utilisateurs. C’est-à-dire que quand on se connecte sur son Facebook, on est, pieds et poings liés, enfermé.

Manu : Enfermé dans une cage dorée.

Luc : Plus ou moins dorée !

Manu : C’est pareil avec Apple !

Luc : Sachant que dans les conditions d’utilisation de Facebook ou de Google, on va jusqu’à céder nos droits d’auteur, les droits patrimoniaux, sur ce qu’on va mettre dans les réseaux sociaux. Donc on appartient au réseau social et notre vie appartient au réseau social d’un point de vue juridique, vraiment.

Manu : Ce qui veut dire que tes photos de vacances peuvent être utilisées, en général dans un autre pays, pour faire de la pub ?

Luc : Potentiellement. Et après certains disent « non, mais ils ne les utiliseront jamais ! »

Manu : Tu parles !

Luc : Pourquoi, dans ce cas-là, mettre un droit de propriété s’ils n’ont pas l’intention de l’utiliser ? Mais bref ! Moi j’avais cette formule que j’utilise de temps en temps en conférence qui est de dire « en fait, le logiciel libre c’est le logiciel qui est trop bien pour vous ! »

[Rires]

C’est-à-dire qu’ils ont prospéré dessus. Ça marche super bien, la preuve c’est qu’ils ont fait des trucs fabuleux dessus, ça reste très impressionnant leurs réalisations, mais ils ne veulent pas que vous, utilisateur final, bénéficiiez des mêmes libertés dont ils bénéficient eux. Ils se gardent ces bénéfices-là. Et comme tu disais Magali, c’est effectivement la différence qu’il y a entre nous, libristes purs et durs, où on dit : « Tout le monde devrait avoir les libertés et tout le monde devrait avoir les bénéfices de ces avantages-là. »

Manu : Les quatre libertés de Stallman, ce sont des libertés des utilisateurs et ce sont des libertés universelles, pas forcément faciles à utiliser, mais les libertés ce n’est pas forcément aisé d’en profiter, mais ces libertés sont partagées à tous. Le code source, quand on te dit juste « tu as accès au code source », c’est bien, c’est vrai, c’est une liberté, mais en fin de compte, tu te retrouves face à un mur.

Nico : Il n’y a que les informaticiens, du coup, qui peuvent s’en servir.

Manu : En tout cas c’est ce qui est mis en avant et c’est l’approche. Moi j’aime bien dire ça, c’est que l’approche open source libre, c’est vraiment ça la différence, c’est la façon dont on envisage les choses. Au final, le code source lui-même, ce qu’on en obtient, il n’est pas différent. Ce que produit Google en logiciel libre n’est pas différent de ce qu’on peut faire nous-mêmes. Par contre, effectivement, ils ne vont pas forcément tout diffuser et ils vont mettre en avant des services. Et ce sont les services qui vont enfermer les gens, les mettre dans des petits paquets, dans des boîtes, et on ne pourra plus sortir ses données une fois que les données ont été prises par ces services.

Luc : Effectivement, si on regarde ces codes sources, finalement, ce qui va faire la différence, c’est la capacité de différents acteurs à réussir à mettre les moyens nécessaires pour bénéficier de ces avantages. Et on voit que le grand public a, finalement, très peu d’organisations qui lui permettent de bénéficier de ces avantages-là. On a, dans le Libre, quelques initiatives majeures, dont Framasoft3 par exemple.

Manu : Dont on parle régulièrement.

Luc : Dont on parle régulièrement, qui met en place des services libres.

Luc : On a quelques très beaux logiciels libres. VLC.

Mag : On a VLC4, qui est le logiciel libre français le plus utilisé au monde.

Luc : Lecture de médias.

Mag : Voilà, et le moins rentable.

Nico : On a Firefox aussi.

Luc : Firefox5 aussi, avec une politique assez ambiguë qui fait grincer des dents.

Nico : Ça devient bordélique, ouais ! Il y a LibreOffice6 aussi, qui est très utilisé. Thunderbird7 en particulier dans la Gendarmerie, très utilisé dans la Gendarmerie française.

Luc : Et tous ces projets-là, évidemment ont besoin d’argent pour payer des gens pour bosser. Il ne s’agit pas de faire fortune ou ce genre de choses, mais bien souvent, les projets libres au sens que nous défendons, ont peu de moyens. LibreOffice tire vraiment le diable par la queue.

Mag : Peu de moyens et peu de développeurs derrière.

Luc : Oui. Et quand on y pense, voilà, Facebook, ce que leur rapporte un utilisateur en publicité par an, je crois que c’est de l’ordre de 13 dollars ou quelque chose comme ça. Donc quand on y pense ce n’est pas beaucoup d’argent finalement !

Manu : Mais sur un milliard, tu fais le calcul !

Nico : Ça va vite !

Manu : Oui, oui !

Luc : Mais au final on se dit qu’on est un petit peu, comment dire ?

Manu : Des parents pauvres, mais des parents pauvres qui constituent l’architecture et les fondements d’Internet. L’Internet existe grâce au logiciel libre. C’est l’infrastructure partagée qui a permis aux deux de se développer.

Mag : Je croyais que c’était grâce aux éditions pornos !

Manu : Alors ce n’est pas incompatible. Le porno, ça permet de développer tout.

Nico : On ne sait jamais qui a inventé le premier.

Manu : Mais en tout cas, comme infrastructure, il y a une combinaison des deux. Le logiciel libre c’est un partage ; Internet c’est un partage. Il y a des philosophies qui ont toutes les deux leurs sources dans les années 70, il y a des raisons, dans les universités américaines, dans les gens qui se battaient contre le Vietnam, qui étaient un peu Babas-cool, tout cela se combine et on voit aujourd’hui, des années après, arriver des choses qui sont un peu transformées, mais il y a quand même des origines communes. Et ces origines communes-là nous apportent le monde moderne tel qu’on le connaît aujourd’hui d’une manière assez novatrice.

Nico : Du coup, il faudra se battre un peu contre les gros pour arriver à reprendre nos libertés, les reconquérir et qu’enfin le Libre gagne sur l’open source.

Luc : Voilà, il faut s’unir et s’organiser. On a fait le tour à peu près.

Manu : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Nico : Bonne semaine à tous.

Revue de presse de l'April pour la semaine 6 de l'année 2018

lun, 02/12/2018 - 13:57

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 6

[Numerama] La Cour des comptes reconnaît l'intérêt du logiciel libre

Par Julien Lausson, le vendredi 9 février 2018. Extrait:
> Dans son rapport public annuel 2018, la Cour des comptes a reconnu l'intérêt du logiciel libre, décrit comme un «puissant facteur d’efficience et d’influence» mais aussi une façon de répondre à un «enjeu de sécurité et de souveraineté».
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/politique/328216-la-cour-des-comptes-reconnait-linteret-du-logiciel-libre.html

Et aussi:
[NewZilla.net] La Cour des comptes salue l’adoption des logiciels libres par les services de l’Etat
[Localtis] Cour des comptes - Pour une accélération du digital dans les services de l'Etat
[La Tribune] Transformation numérique: la Cour des Comptes presse l’Etat de «changer de siècle»
[cio-online.com] La Cour des Comptes réclame une révolution numérique plus ambitieuse

Voir aussi:
La Cour des comptes valide le recours aux logiciels libres au sein de l'État

[ZDNet France] Directive droit d'auteur vs logiciels libres: une députée interroge la ministre de la Culture

Par Thierry Noisette, le mardi 6 février 2018. Extrait:
> La députée LFI Sabine Rubin pointe les dangers pour le développement des logiciels libres du projet de réforme de la directive droit d'auteur, et demande à Françoise Nyssen comment seront protégées les forges logicielles.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/directive-droit-d-auteur-vs-logiciels-libres-une-deputee-interroge-la-ministre-de-la-culture-39863766.htm

Et aussi:
[Numerama] Une députée s'alarme des effets néfastes de la réforme du droit d'auteur sur le logiciel libre

Voir aussi:
Pour la députée Sabine Rubin, la directive sur le droit d'auteur met en danger les forges logicielles

[Alternatives-economiques] Isabelle Delannoy: «L’économie symbiotique produit une autre croissance»

Par Catherine André, le mardi 6 février 2018. Extrait:
> Théoricienne du concept d’«économie symbiotique», Isabelle Delannoy décrypte les voies d’une autre croissance, qui mise sur la qualité plus que sur la quantité
Lien vers l'article original: https://www.alternatives-economiques.fr/isabelle-delannoy-leconomie-symbiotique-produit-une-croissance/00082940

[ZDNet France] L’Open Source a 20 ans: comment cette philosophie a-t-elle révolutionné la programmation?

Par Steven J. Vaughan-Nichols, le mardi 6 février 2018. Extrait:
> «La récompense d’une victoire est souvent une nouvelle série de batailles.»
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/l-open-source-a-20-ans-comment-cette-philosophie-a-t-elle-revolutionne-la-programmation-39863738.htm

Voir aussi:
Position sur la terminologie logiciel libre - open source

[Libération] Que reste-t-il des utopies du Net?

Par Amaelle Guiton, le mardi 9 février 2016. Extrait:
> En 1996, l'essayiste américain John Perry Barlow publiait sa «Déclaration d’indépendance du cyberespace», devenue emblématique des cyberutopies libertaires. Vingt ans après, Etats et entreprises ont repris la main, mais l'imaginaire de réinvention sociale n'a pas disparu.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/futurs/2016/02/09/que-reste-t-il-des-utopies-du-net_1431942

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Démystification du RGPD - Xavier Mouton-Dubosc et Benjamin Benifei

jeu, 02/08/2018 - 13:51


Titre : Démystification du règlement général sur la protection des données
Intervenants : Xavier Mouton-Dubosc alias dascritch - Benjamin Benifei
Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
Date : novembre 2017
Durée : 45 min
Visualiser la conférence
Diaporama support de la présentation
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Un texte européen entrera en application en mai prochain pour protéger la vie privée des individus ainsi qu’encadrer la collecte et les transferts de leurs données personnelles. À l’inverse de dizaines de webinars paranos, cette présentation du règlement général sur la protection des données (RGPD) vise à rappeler les fondamentaux, les droits des uns ainsi que les obligations des autres. Si comme beaucoup d’experts RGPD, vous n’avez pas lu le RGPD, cette conférence est faite pour vous.

Transcription

Xavier : On est là pour démystifier le RGPD et vite parce que tout simplement, dans 188 jours il entre en action. C’est pour ça que je parlais tout à l’heure de la date de l’examen qui sera donc le 25 mai et on va tous y passer ! Bonjour, je suis dascritch, je suis développeur, je fais aussi une émission sur Radio FMR qui s’appelle CPU et, accessoirement, je fais des fois des trucs avec d’autres comparses qu’on appelle des Cryptoparties.

Benjamin : Bonjour à tous. Merci d’être venus. Je m’appelle Benjamin Benifei, je suis consultant en protection des données et donc je faisais de la protection de la vie privée, avant que ça soit cool, avant qu’on parle du RGPD à tout bout de champ.

Xavier : Avant 78 ?

Benjamin : Waouh ! Pas avant 78 !

Xavier : Comme on n’a pas le temps, on va faire un petit peu un résumé des épisodes précédents pour ceux qui n’étaient pas là bien évidemment. D’abord, ficher les citoyens, c’est quelque chose qui est relativement vieux. Je vous rappelle, par exemple, que l’état-civil est l’une des causes qui fait que Jésus s’est retrouvé dans une mangeoire puisque Joseph était appelé à faire son recensement en Galilée. Richelieu, lui-même, fichait ses opposants. À partir du XIXe, eh bien on commence à faire des élections, des élections censitaires, donc il fallait justifier qu’on avait un certain revenu pour voter et les pauvres, de toutes façons, pas besoin ! En 1914, comme on allait lancer une guerre, on a fait une grande réforme des finances de l’État et on a créé l’impôt sur la fortune ce qui voulait dire, bien évidemment, qu’il fallait que l’on sache, en fait, ce que gagne chacun.

En 1941 à l’époque l’Allemagne avait un petit peu écrasé la France… Comment ça c’est le cas maintenant ! Non, pas du tout ! Ce n’est pas la même chose ! Donc l’exercice de l’armée a été suspendu. On demande à un haut-fonctionnaire de préparer le retour de l’armée au cas où, on ne sait jamais ! Enfin ils font ça un petit peu dans leur coin sans prévenir le reste du gouvernement de Vichy. Cette personne s’appelle René Camille et va créer, en fait, un premier fichage de l’ensemble des citoyens français. Le but du jeu est de recenser tous les hommes valides qui seraient susceptibles de reconstituer une armée.

Et pour cela, il va créer un numéro d’identifiant unique pour tous les Français qui va être constitué de l’année de naissance, le mois de naissance, le département, un numéro à trois chiffres qui représente la commune et trois chiffres qui est le placement, en fait, dans le registre des naissances. Ça vous rappelle peut-être quelque chose, le numéro Insee. Mais il manquait un premier chiffre et comme ils se sont dit bon, là ça va peut-être un peu se voir. Le gouvernement de Vichy leur a dit : « Ah mais c’est super, pourquoi il n’y a pas de place. — Ah, mais c’est par foyer. — Non, on veut vraiment par individu. » Donc ils ont rajouté un premier chiffre où on en a en 1 les hommes et en 2 les femmes. Maintenant vous savez que c’est non seulement sexiste, mais c’est aussi pour dire allez messieurs, partez à la bataille.

Mais est-ce que vous savez, qu’en fait, ce premier chiffre avait d’autres numéros en usage. Ainsi en 3 et en 4, on y mettait les indigènes des colonies ; en 5 et en 6 les juifs des colonies. Attention les juifs de France étaient dans la classification 1 et 2. En 5 et en 6 c’est pour une question purement juridique, c’est parce que les juifs des colonies comptaient moins que les Français et colons, mais comptaient plus que les indigènes de nos colonies ; c’est beau la vie ! Et 7 et 8 pour les étrangers.

Bref ! On va bien évidemment garder le numéro Insee par la suite, qui nous sert encore actuellement, mais le ministère de l’Intérieur, en 1972, va se dire mais c’est bien pratique quand même d’avoir toutes ces infos sur les Français ; on va peut-être, grâce à la puissance du plan informatique, accumuler plus d’informations sur les Français ; par exemple on va prendre non seulement leur numéro de sécurité sociale, mais on va le croiser avec les fiches de police puisqu’on en a plein. On va y mettre aussi les impôts, après tout pourquoi pas ! Puisque toutes les banques sont nationalisées, elles vont nous donner tous les fichiers qu’elles ont sur chacun des Français là-dessus et puis les assurances aussi derrière, et tout ça.

Bref ! Évidemment cela pose quand même un problème pour les développeurs qui sont derrière et qui doivent construire ce fichier, fabuleusement nommé SAFARI [Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus]. La chasse aux Français est ouverte ! Je vous rappelle qu’à l’époque, quand même, on faisait des ratonnades. C’est dire si c’était très mal choisi !

Bien évidemment, ces développeurs ne sont pas exactement d’accord puisque l’information sur ce fichier SAFARI n’est absolument pas publique ; on se le fait, là aussi, dans le petit coin tranquille de notre ministère. Donc des informaticiens vont écrire un courrier au journal Le Monde. Le Monde va publier, en 1974, non seulement leur tribune, mais aussi une enquête sur ce fichier SAFARI et les implications que cela a derrière. Cela va faire un véritable tollé. Bref ! Cela va aller jusque devant le Parlement ; il va avoir un gros débat juridique là-dessus et on arrive à la loi dite informatique et libertés.

Benjamin : La loi informatique et libertés de 78. On vous a mis le tout premier article qui indique que l’informatique doit être au service du citoyen. C’était vraiment assez puissant de commencer une loi, en 78, par ces termes. C’est quelque chose qui est toujours d’actualité aujourd’hui, puisque vous savez qu’il y a tout plein de réflexions sur la gouvernementalité algorithmique, le pouvoir des algos, donc cet article reste plus que jamais d’actualité.

Xavier : Mais voilà, cette loi, en fait, date de 1978, mais elle sera quand même révisée au fur et à mesure et puis étendue, par le jeu des autres lois. Si vous vous intéressez un petit peu aux amendements et à comment se constitue une loi en France, vous saurez que ce ne sont que des commits sur GitHub, c’est à peu près la même chose d’ailleurs. On retrouve le Code civil sur GitHub, c’est bien qu’il y a une raison ! Et d’ailleurs, elle passera carrément au niveau européen, puisque ce sera plus ou moins réunifié, parce que les autres pays ne nous ont pas attendus. Peut-être que vous ne le savez pas, mais dans la Constitution du Portugal, il y a un article de la Constitution qui précise très clairement ce que l’État n’a pas le droit de récolter comme informations et de centraliser comme informations sur les citoyens et surtout en croisements de fichiers, ce qui était très précoce. Et c’est aussi le cas pour les autres pays, bien évidemment.

Corollaire, de cette loi, on crée une haute autorité qui s’appelle la CNIL, qui est la Commission informatique et libertés, qui a donc principalement pour mission d’abord de contrôler et de censurer les fichiers de l’État, mais aussi de contrôler. C’est-à-dire que les entreprises doivent faire une déclaration auprès de la CNIL quand elles créent un fichier et, éventuellement, de vérifier l’usage qui est fait de ce fichier et de le censurer sous le prix d’une belle amende. Ça on le verra tout à l’heure. Et cela instaure un droit aux particuliers à la rectification des informations ; attention, des informations inexactes. Ce n’est pas l’occasion pour dire qu’on est haut-chevalier de je ne sais quoi ou titulaire de la rosace, de la légion quelconque.

Malheureusement cette loi, quand même, montre ses limites ainsi que sa directive européenne qui en découle, tout simplement parce que, entre temps, est arrivé Internet. On va faire des achats sur Internet et puis on va commencer à avoir une industrie qui va arriver qui va être l’industrie de la publicité. Donc on va commencer à récolter des informations, à faire du profilage sur les gens et, qui plus est, ce sont des entités qui ne sont pas soumises aux lois européennes puisque, bien souvent, elles sont placées en dehors de l’Europe, du moins pour les plus grands acteurs de ce côté-là.

En aussi en 2001, on a un triste événement le 11 septembre – non il ne faut pas croire qu’on ne parle que de Toulouse –, mais qui va instaurer pas mal de lois qui attendaient sur une étagère un événement triste, grave, mais oh ! Ça tombe bien ! J’ai une loi antiterroriste et là-dessus on va retirer à la CNIL le droit de sévir et de censurer, en fait, les fichiers de l’État, à tel point qu’il y avait je crois, à l’époque, quelque chose comme 70 fichiers illégaux de police ; tout d’un coup ils sont devenus légaux puisque la CNIL n’avait plus le droit de rien dire dessus !

Parallèlement, en 2003, la Californie instaure, en fait, une nouvelle obligation. C’est une loi qui oblige les entreprises qui entreposent des données personnelles sur des individus de prévenir ces individus si ces données ont fuité à cause d’un piratage, d’une malveillance ou, tout simplement, d’un administrateur système qui aurait mieux fait, quand même, de faire son boulot. Cette loi va être transposée au fur et à mesure dans différents États des États-Unis ; même Barak Obama va faire un discours, d’ailleurs, si je me trompe, devant le Congrès. En 2015, ça va devenir, en fait, une loi fédérale.

Il faut savoir que cette loi va aussi inspirer le législateur européen. Il se trouve qu’en 2002, en Europe, on avait une directive e-Privacy sur la gestion de la vie privée sur Internet et c’est la révision de 2009 de cette e-Privacy qui va justement apporter plus ou moins le concept d’obligation d’informer en cas de fuite d’une donnée personnelle. Mince !

Benjamin : C’est vrai, il y a peut-être un petit souci !

Xavier : Vous savez ce qu’elle a introduit aussi la directive de 2009 ? Elle a introduit, bien évidemment, le grand bandeau que là on va vous mettre de suite [Avec une diction de plus en plus rapide] : « En poursuivant l’écoute de cette conférence, vous acceptez nos CGV [conditions générales de vente] et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés aux centres d’intérêt qui nous permettent l’utilisation de boutons de partage sociaux. Pour en savoir plus et gérer ces paramètres, demander Simon sur la mailing-liste orga@capitoledulibre. » C’est fait !

Benjamin : Parfait !

Xavier : 2012. On a un dépoussiérage qui est fait à l’initiative d’un groupe constitué aussi bien des écologistes allemands et d’une élue du Parti pirate, auprès du Parlement européen pour revoir, justement, et unifier l’ensemble de ces directives, puisque les directives ne sont pas toutes uniformes, pas toutes transposées sur le domaine national.

Benjamin : Les lois des États membres de l’Union européenne sont plutôt disparates et donc on s’est dit, enfin le législateur européen s’est dit qu’il fallait peut-être harmoniser tout cela. C’est pour cela qu’on a commencé à parler, dès 2012, d’une nouvelle norme en matière de protection de la vie privée des citoyens européens et le règlement général est ce qui a abouti. Personnellement j’ai lu quatre ou cinq versions. Dascritch va vous dire pourquoi ça s’est précipité vers la fin, pourquoi tous les députés européens et les instances européennes se sont dépêchés.

Xavier : Je ne vais même pas vous le dire. Il y a un excellent documentaire qui est passé sur Arte, qui a suivi l’écriture de cette loi, où on voit les représentants des partis populaires, donc les partis de droite ; le rapporteur est face à une immense pile de papiers et députés et partis de droite lui disent : « Écoutez, vous voyez tout ça, ça ce sont tous nos amendements. Vous les jetez là, parce qu’après ce que vient de nous dire Snowden avant-hier ! »

Cela va permettre, en fait, une mise à jour réelle de l’ensemble des pratiques sur la gestion de la vie privée. Cela va aussi limiter les tentatives de contrôle voulu par certains gouvernants des États européens, je ne pense pas que de la France, mais par exemple aussi de la Pologne, de la République tchèque, de l’Angleterre – oui ils font encore partie de l’Europe. Bref This is RGPD !

Benjamin : Ce qu’il faut voir, en fait, c’est qu’avant on avait une directive européenne en matière de protection des données. La directive doit être transposée, c’est-à-dire le droit national doit s’adapter. Le règlement est d’application uniforme sur tout l’espace de l’Union européenne et les États ont une marge de manœuvre très réduite pour adapter leur droit national à ce règlement et à ses principes.

Xavier : Même si elle existe. Si vous lisez, elle existe. On va rester quand même sur le terme RGPD, ce sera plus simple pour nous tous. Mais le grand défi ça va être dès maintenant. En fait, on est en plein dedans et la plupart des gens ne s’en aperçoivent absolument pas. Le grand défi va être de se préparer à ce qu’elle soit appliquée. Et pour cela Paul-Olivier Gibert qui est le président de l’association, en fait c’est une association qui regroupe les CIL de France, donc les correspondants informatique et libertés, a dit à ce sujet : « Pas mal d’opportunistes incompétents proposent de l’accompagnement RGPD. »

Benjamin : On s’est dit…

Xavier : Pourquoi pas nous !

Benjamin : Pourquoi pas nous !

[Rires]

Donc on va juste poser deux-trois bases, les définitions, pour qu’on parle tous de la même chose.

Une donnée à caractère personnel qu’est-ce que c’est ? Vous avez les journalistes ou les écrits de vulgarisation qui vous parlent très souvent de « donnée personnelle ». Le terme idoine, le terme qu’on trouve dans les normes c’est « donnée à caractère personnel ». Tout simplement, une donnée à caractère personnel c’est une donnée qui permet d’identifier indirectement ou directement une personne physique.

On parle ensuite, désolé pour tout ce blabla un peu juridique, mais il faut qu’on pose les bases, il y a ensuite un deuxième acteur outre la personne concernée dont on va traiter les données, dont on va collecter les données, dont on va croiser les données, on a le responsable de traitement. Le responsable de traitement c’est celui qui pose les finalités et les moyens du traitement de données à caractère personnel. Et le traitement des données à caractère personnel c’est, très schématiquement, toute opération sur des données à caractère personnel, de la collecte à la suppression et tout au long de la vie de ces données dès lors qu’on les consulte, dès lors qu’on y a accès, dès lors qu’on les transfère, dès lors qu’on les chiffre ; tout ça ce sont des traitements de données à caractère personnel. Donc vraiment, dès lors qu’il y a une opération sur les données, de la création du fichier jusqu’à sa destruction, ce sont des traitements. Et tous ces traitements entrent dans le cadre des diverses normes et notamment du RGPD, règlement général sur la protection des données.

Xavier : Et maintenant vous êtes là, on va vous faire participer, on va faire un quiz, alors n’hésitez pas à répondre. C’est un QCM relativement simple et dites-vous bien que d’autres parlent plus du RGPD que nous et en savent moins que vous. Et on le voit tous les jours et encore ce matin ! Bref, on y va. Première question.

Jusqu’ici il est impossible de se faire retirer d’une liste de démarchage publicitaire.

Je vais vous demander de lever la main ceux qui pensent que oui ; ça veut dire qu’il y en a qui ont tenté, peut-être. Ceux qui pensent que non, ce n’est pas impossible. Ouais ! Et ceux qui pensent qu’ils ne sont pas sûrs. C’est mitigé, hein ! Mais ça reste une grande majorité de non. Et ça tombe bien.

Benjamin : Le RGPD, le règlement général, est souvent présenté par divers prestataires comme une révolution. En fait non, ce n’est juste que la continuité des normes qu’on avait en vigueur, une harmonisation et, effectivement, les normes en vigueur prévoyaient le fait de pouvoir faire supprimer ses données dès lors qu’elles n’étaient plus pertinentes. Il y a des conditions pour accéder aux données qui vous concernent, les données qui sont traitées et qui vous concernent, mais vous pouviez, et vous pourrez après et vous pouviez avant le 25 mai 2018, faire supprimer les données, notamment vous concernant pour le démarchage publicitaire dès lors que vous n’êtes plus intéressé.

Xavier :

Jusqu’ici la CNIL a très peu sévi.

Qui pense que oui ? Ça fait bien 40 % de la salle. Qui pense que non, la CNIL a très bien sévi jusqu’ici ? Zéro ! [Sifflement]. Et qui ne se prononce pas. Ouais ! 30 %.

Benjamin : La CNIL, Commission nationale de l’informatique et des libertés, qui existe depuis 1978, est une autorité administrative indépendante et, en fait, elle a sévi. Elle fait des contrôles concernant des fichiers d’opérateurs publics comme d’entreprises privées et elle a sévi. Le problème, c’est qu’elle fait avec les moyens qu’elle a. La CNIL c’est, je crois, 250 personnes. L’équivalent de la CNIL, l’ICO [Information Commissioner's Office], l’équivalent britannique, a 500 personnes, donc on voit beaucoup plus l’action quotidienne de l’autorité de protection britannique. Mais le problème c’est que la CNIL a mis des amendes, la CNIL a contrôlé, la CNIL a publié des mises en demeure. Vous vous souvenez tous du petit bandeau qu’il y avait sur google.fr tout un week-end, qui a fait tomber le site de la CNIL parce que tout le monde cliquait sur le lien en bas de page. Donc voilà !

Xavier : Et aussi une chose par rapport à l’ICO. La CNIL a un plateau téléphonique. On peut les appeler sur des questions, alors que l’ICO, tout est sur le Net. La contrepartie c’est que le site de l’ICO est superbe.

Benjamin : Ouais, c’est vrai. J’ai vu votre question. On parle souvent des sanctions pécuniaires, c’est-à-dire des amendes pour parler du RGPD. Vous avez pas mal de boîtes qui vous font de la pub en disant « faites attention, mettez-vous en conformité parce que vous risquez jusqu’à, oui, c’est vrai c’est dans les textes, jusqu’à 20 millions d’euros d’amende ou 4 % du chiffre d’affaires mondial » ; du chiffre d’affaires mondial, je précise. Oui, ça fait peur, mais personnellement je serais responsable de traitement, je serais une entreprise pas en conformité, j’aurais plus peur qu’on me file une autre sanction, par exemple la sanction d’arrêter le traitement. C’est-à-dire vous ne pouvez plus collecter les données ou vous ne pouvez plus utiliser les données. Imaginez si, par exemple, très schématiquement, on empêchait à Google de collecter des données sur tous les citoyens européens ? Personnellement, je pense que ça leur ferait beaucoup plus de peine qu’avoir une amende, certes qui paraît exorbitante. J’avais une question, je ne sais pas si on les prend au fur et à mesure.

Xavier : Non, on va les prendre après parce qu’on a vraiment beaucoup de points et tout va dépendre du temps qu’on aura, donc je suis vraiment désolé !

Une adresse IP, une adresse Mac, ne sont pas des données à caractère personnel.

Qu’est-ce qui pense que oui, ce ne sont pas des données à caractère personnel ? Une fois, deux fois, trois fois. Ouais, on va dire 5 %. Non, c’est une donnée à caractère personnel. 80 %. Et qui ne sait pas ? Bon, c’est une uniforme.

Benjamin : Je reviens à la finition que j’ai posée il y a trois ou quatre slides. Dès lors que ça permet d’identifier une personne physique, une personne précise, c’est une donnée à caractère personnel. En l’espèce, on a eu des décisions de justice au plus haut niveau puisqu’on a eu des décisions de la CJUE, Cour de justice de l’Union européenne. Par exemple, vous êtes un fournisseur d’accès à Internet, vous savez très bien lequel de vos abonnés se trouve derrière quelle adresse IP à un instant donné. Donc dès lors, c’est une donnée à caractère personnel.

Xavier :

Le RGPD est illisible, il est écrit in English tecnocrat from from Brussels comme les autres règlements européens.

Qui pense que oui, c’est illisible ?

Benjamin : Dans tous les sens du terme.

Xavier : Non il est lisible ? 50-60 %, ouais pas mal. Et ne se prononcent parce qu’ils n’ont pas lu, 20 %. D’accord !

Benjamin : Il y a beaucoup de gens qui ne l’ont pas lu, de toutes manières.

Xavier : Il faut être honnête. Moi j’ai trouvé beaucoup plus illisible que ça, je vous rassure !

Benjamin : Le règlement général est, bien entendu, traduit dans toutes les langues de l’Union européenne. Certes, il est un peu volumineux, mais la data est partout. On nous rebat les oreilles sur ça, donc il était important, quand même, de préciser le régime de tous ces traitements de données à caractère personnel. Oui, effectivement, c’est plus lisible que du Marc Lévy !

Xavier : En plus, je vais vous dire une chose, c’est que moi-même, je ne suis pas franchement un spécialiste, mais je me le suis fadé en un week-end, et ce n’est que de la bonne pratique à l’intérieur. C’est d’une lisibilité, franchement ! C’était l’été, donc j’étais près de la piscine, les deux me tentaient autant. Honnêtement, rarement j’ai vu un règlement européen aussi lisible. Plongez-vous dedans. Et pas « non, non ce n’est pas la peine de le lire, c’est illisible ! » On ne citera personne, on ne fera du name and shame !

Benjamin : C’est mal parti !

Xavier : Non, parce qu’il y a des spécialistes RGPD qui disent aux entreprises : « Ne perdez pas de temps à essayer de le lire ! » Et après on se rend compte qu’eux-mêmes ne l’avaient pas lu.

Le RGPD a été créé pour que les GAFAM prennent encore plus de nos données personnelles.

Qui pense que oui ? OK. Qui pense que non ? Ouais ! 80 %. Et qui pense que oh ! 10 %. On pensait que vous aviez vu du Laurent Alexandre, un truc comme ça. Mince !

Benjamin : On avait dit pas de name-shaming !

Xavier : C’est bien. Bref ! Vous avez bien compris qu’en fait le RGPD a été motivé, effectivement, sur la concentration en silos des données et il est vraiment passé comme une lettre à la poste, justement par les révélations Snowden, par le fait que les services de renseignement pompent d’autant plus facilement la donnée que tout est dans certains silos.

Le RGPD a été écrit par les GAFAM pour empêcher les entreprises européennes d’être compétitives.

Benjamin : Ça c’est quelque chose qu’on entend vraiment beaucoup.

Xavier : On l’entend. Ce qu’on vous écrit, en fait, ce sont souvent des trucs qu’en entend et dans les médias, des fois dans les très gros médias ! Donc qui pense que oui, ça a été écrit par les GAFAM ? Quand on connaît le budget que Google met pour aller voir les eurodéputés, je ne serais pas surpris. Non ? Ouais ! 80 %. Et ni ? 5 %. Au moins soyez honnêtes.

Benjamin : Là on vous a mis le titre complet du règlement. On parle beaucoup de RGPD ou GDPR [General Data Protection Regulation], ce qu’il faut voir c’est qu’en fait ce règlement a deux objectifs, deux finalités principales. La première, c’est la protection des données à caractère personnel des individus situés sur l’espace de l’Union européenne. Et la deuxième finalité, c’est vraiment de favoriser la libre circulation de ces données dès lors que cette circulation est faite de manière encadrée, dès lors qu’elle est respectueuse de la vie privée des individus dont on traite les données ; c’est-à-dire dès lors qu’on les a informés que ces données sont traitées, il y a toute une batterie de principes, dès lors qu’ils savent où vont ces données, ce qu’on va faire avec, etc. D'autant plus, au sein de l’Union européenne cette libre circulation des données est acquise.

Par contre, plus largement à l’échelle mondiale, ce qu’il faut voir c’est qu’il y a diverses conditions, notamment le fait d’adhérer à des principes protecteurs, le fait d’avoir une loi nationale dans le pays où on envoie les données qui est protectrice également des données à caractère personnel. Il ne faut pas voir le règlement comme quelque chose qui va empêcher les entreprises d’être compétitives, qui va les empêcher de faire du business. Au contraire, on pense que ce processus d’amélioration continue de la protection de la vie privée c’est quelque chose qui pourrait être un avantage compétitif des entreprises européennes comme américaines, etc. Comme on va le voir dans quelques slides.

Xavier : Et comme on l’a dit ce sont des bonnes pratiques. Notamment il y a tout ce qui est gestion documentaire. Si vous êtes intéressé à tout le cadre juridique sur la GED [gestion électronique des documents], ce n’est ni plus ni moins que les transpositions des normes ISO. Voilà.

Les entreprises américaines sont bien mieux préparées que les entreprises européennes.

Qui pense que oui ? 15 %. Qui pense que non, elles sont moins bien préparées. 35 %. C’est à vue de pif et à vue de pif, d’ailleurs, qui pense que pif, paf même pas ? 30 % ne sait pas. Eh bien je vais vous surprendre.

Benjamin : Il y a pas mal d’études qui montrent que les grosses entreprises américaines, notamment ce qu’on appelle les GAFAM, sont mieux préparées pour être conformes au 25 mai 2018 aux règles du règlement général sur la protection des données. Oui, effectivement, il y a pas mal d’entreprises françaises qui n’étaient déjà pas conformes aux textes de 1978, remaniés, etc., mais là, pour le règlement général, ça devient vraiment pressant de se mettre en conformité.

Xavier : Et à vrai dire, c’est un cabinet d’avocats qui, je crois, est basé à Chicago, qui a la plus grande masse d’informations sur d’abord la différence entre le droit américain et le droit européen, mais aussi sur les transpositions de chaque pays, ce que cela change dans chaque pays. C’est quand même affolant de voir qu’un cabinet d’avocats américain fournisse une masse de documentation monstrueuse sur son site à tel point qu’on aurait plus envie de dire à des grosses boîtes européennes allez les voir. C’est terrifiant !

Benjamin : Ou plutôt allez-les voir ou mettez-vous vous-même en conformité. Clairement.

Xavier :

Le Privacy Shield va rester.

Peut-être expliquer.

Benjamin : Je vais expliquer très brièvement ce qu’est le Privacy Shield. Comme je vous ai dit, il y a des mécanismes qui permettent d’assurer une protection des données à caractère personnel lors des transferts internationaux, notamment il y a Privacy Shield. Le Privacy Shield, ce sont des entreprises américaines qui peuvent adhérer à certains principes qui sont censés apporter un niveau de protection adéquat pour les données qui transiteraient, par exemple, de la France vers les États-Unis.

Le problème c’est que le Privacy Shield est la suite du Safe Harbor, le Safe Harbor qui a été invalidé par la Cour de justice de l’Union européenne. Pourquoi ? Parce qu’un étudiant autrichien, Maximilian Schrems, que vous connaissez peut-être, a réussi à faire invalider la décision de la Commission européenne qui instituait le Safe Harbor parce que les garanties sur les données personnelles des citoyens européens n’étaient pas là, dans le Safe Harbor. Maximilian Schrems est d’accord pour dire que le Privacy Shield c’est la même histoire.

Xavier : Bon! Qui pense que le Privacy Shield va rester ? 2 %, d’accord. Non ? 15 %. Et ne se prononcent pas ? Je pense que là-dessus il y a une belle indécision. Juste pour savoir, vous avez déjà une idée de pronostic, là, pour qui va être président du mouvement En Marche. Honnêtement…

Benjamin : On espère bien que non. Parce que c’est vrai que le Privacy Shield ce n’est pas mal d’auto-certification. Certes, on a fait entrer des tiers pour assurer la conformité des entreprises américaines, mais ce n’est pas génial. Ce n’est pas le niveau de protection qu’on attend au sein de l’Union européenne. Donc on pense que la CJUE, la Cour de justice de l’Union, va invalider ce mécanisme. Je vous rappelle que ça avait été un énorme chaos quand le Safe Harbor avait lui-même été invalidé. On avait plein d’entreprises européennes qui démarchaient leurs sous-traitants en leur disant : « Vous avez des données personnelles concernant nos salariés ou nos clients. Qu’est-ce que vous faites si vous les envoyez aux États-Unis parce le Safe Harbor est tombé ? » C’était un joyeux bordel parce qu’il n’y avait plus de mécanisme, enfin il y avait d’autres mécanismes, mais le mécanisme principal qui permettait l’envoi de données entre l’Union européenne et les États-Unis…

Xavier : Qui autorisait !

Benjamin : Oui, qui autorisait ce transfert, ce mécanisme principal n’était plus en vigueur ; il a été invalidé. On pense que ça va être pareil pour le Privacy Shield d’ici quelques années.

Xavier : Deux fichiers dont il y a une copie systématiquement aux États-Unis alors que ce sont des données purement européennes :

SWIFT, le système des traitements des données des paiements par Carte bleue. Tout paiement par carte bancaire que l’on fait en Europe, même si ça reste en Europe, il y a une copie qui va aux États-Unis ; c’est pour la lutte contre, pas contre le terrorisme, mais contre les narcotrafiquants.

Un autre c’est le PNR, c’est le fichier des passagers qui n’est pas encore totalement unifié et qui comporte une masse d’infos sur vous absolument stupéfiante et qui est, cette fois-ci, pour les lois antiterroristes. Les Américains ont exigé des Européens que ce fichier soit hébergé chez eux, sinon ils faisaient une fouille pratiquement au corps de tous ceux qui venaient par les compagnies aériennes européennes. Sympa !

Benjamin : Il nous reste cinq minutes, me dit-on.

Xavier : OK.

Si une entreprise met ses données sur AWS, elle est en tort avec le/la RGPD.

Qui pense qu’héberger ses données sur Amazon Web Services nous met en tort vis-à-vis du RGPD ? Qui pense que non ? Ouais c’est bien. Et qui pense que uhh ! OK.

Bon, alors d’abord c’est « le », parce que c’est le règlement. T’exagères ! Et ensuite, comme on l’a dit, ils ont des très bons cabinets d’avocats, ils sont très bien conseillés et qui plus est, Amazon Web Services, ils ont des zones en Europe. Ça va même plus loin parce que, par exemple Microsoft, suite à la révélation des écoutes d’Angela Merkel, Microsoft Allemagne, leur solution Office qu’ils proposaient aux entreprises, ce n’est plus Microsoft qui opère, maintenant c’est Deutsche Telekom et c’est juste un accord de licence. Ils sont allés devant, d’ailleurs, une commission de défense du Sénat américain qui n’était pas content. « Mais comment ça, mais comment ça se fait ? — Ah non c’est juste un accord commercial, il n’y a aucun lien, on ne peut pas vous filer les infos. » [Sifflement].

Benjamin : Quand vous avez recours à un prestataire, notamment de cloud, vous avez toute la liste de ses certifications, toute la liste des méthodologies qu’il utilise notamment pour être conforme à diverses normes dont le futur RGPD, enfin le RGPD. Donc vraiment, bien sûr, il faut avoir confiance en ces certifications, mais allez-y, allez jeter un coup d’œil dessus. Amazon Web Services, sans faire la pub pour ce prestataire, vous avez toute une flopée de mesures qui sont prises et mises en œuvre et qui sont, selon Amazon, compliant, conformes avec le RGPD.

Xavier : Alors que certains centres d’appel out-sourcés par des opérateurs français, au secours !

Si un sous-traitant est en faute l’entreprise cliente est aussi en faute.

Qui pense que oui ? 50 %. Tout d’un coup on est passé à 80 ! Qui pense que non ? 2 %. Qui pense que uhh ? 10 %.

Eh bien oui !

Benjamin : Oui, ne sous-traitez pas vos erreurs. C’est ce qu’on a bien voulu mettre en exergue sur cette slide. C’était déjà le cas avant le GDPR, mais là, le règlement général alourdit la responsabilité du sous-traitant et également du responsable de traitement puisqu’il faut s’assurer de la bonne conformité de l’un et de l’autre avant de sous-traiter.

Xavier : « Bonjour. Je suis un autre opérateur du gaz. — Vous avez eu mon numéro comment ? — Ah je ne peux pas vous le dire, mais on l’a acheté donc on n’y est pour rien. » Rendez-vous le 25 !

Si j’achète un téléphone chinois pas cher sur Amazon, le constructeur n’est pas soumis au RGPD puisqu’il est basé en Chine, bien évidemment, et il peut continuer à récupérer un max de données sur moi grâce à ses spywares.

Qui pense que oui ? 15 %. Qui pense que non ? 70 %. Qui pense qu’il ne sait pas et qui ne lit même pas, d'ailleurs, les conditions générales d’utilisation de son téléphone ? 15 %.

Benjamin : C’est difficile et facile à la fois. Ce qu’il faut voir, une minute il nous reste, c’est que le champ d’application du règlement général concerne en fait les données des citoyens européens mais également de toute personne située dans l’espace de l’Union européenne. Donc le champ est vraiment très large. Théoriquement, on pourra poursuivre ce fabricant chinois qui ajoutera ses propres conditions générales d’utilisation en plus de celles de l’OS, par exemple Android, et toute la question ça va être de pouvoir traîner en justice si on veut, ou de faire une opération de contrôle de la CNIL, par exemple, contre ce constructeur chinois.

Xavier : On est tous les deux chez OnePlus !

Si votre site est mal conçu, est mal sécurisé, cette fois-ci c’est pan-pan cul-cul.

Qui pense que oui ? 45 %. Qui pense que non ? 0. Et qui ne sait pas ? Ouais, 30 %. C’est déjà le cas.

Benjamin : C’est déjà le cas. En fait vous aviez une obligation de sécurité qui perdure dans le GDPR, dans le règlement général. Mais ce qu’il faut voir c’est que beaucoup de prestataires parlent de ?

Xavier : 300 000 euros d’amende jusque-là, qu’est-ce que c’est ? Cent mètres carrés en centre-ville.

Benjamin : Maintenant a va être une très grosse amende !

Xavier : Paniquez ! [L’expression « très très grosse amende » clignote sur fond rouge].

Benjamin : On vous a dit que dans les sanctions il y avait vraiment l’obligation de cesser tout traitement et ça, de notre point de vue, c’est aussi important d’en parler que des amendes.

Xavier : Attention, c’est 4 % du chiffre d’affaires global, même pour une filiale. Donc c’est l’ensemble du groupe qui prend, mais pour une asso c’est aussi la même règle qui s’applique sachant que c’est la moins favorable des deux, donc c’est au moins deux millions d’euros, quand même ! Il y a un plancher donc ça va faire pas mal !

Benjamin : Non, ça sera proportionnel.

Xavier : Ça va faire mal ! Fais-les paniquer, sinon je ne vends pas ta presta.

On a trois jours pour prévenir nos clients que nous avons eu une brèche dans nos données qui les concernait.

Qui pense que oui ? 15 %. Qui pense que non ? 10 %. Qui ne se prononce pas ? On va dire le reste.

Benjamin : Très schématiquement, lorsque vous êtes responsable de traitement, dans le cadre du règlement général vous êtes obligé de prévenir l’autorité compétente, en France la CNIL, si vous avez subi une fuite de données. Donc une fuite, qu’elle soit malhonnête ou non ; que ce soit un dysfonctionnement technique qui ait fait fuiter les données ou non. Ce qu’il faut voir c’est que s’il y a un risque élevé sur la vie privée des personnes concernées, par exemple de vos clients, vous devez également les prévenir, leur notifier qu’il y eu une fuite des données les concernant.

Xavier :

Si quelqu’un le demande devons-nous lui envoyer toutes les données qu’on a sur lui dans un format dit utilisable.

Qui pense que oui ? 90 %. Qui pense que non ? 10 %. Qui n’ose même pas y songer ? Il y a en un qui a déjà essayé de faire un export sur MySQL !

Benjamin : Ça c’est une réelle avancée du règlement général, c’est le droit à la portabilité.

Xavier : Ça existait déjà !

Benjamin : Non ! Ça n’existait pas !

Xavier : Ah si, en cas de service.

Benjamin : Là, vraiment, le règlement général pose un principe comme quoi vous pouvez, en tant que personne concernée, demander l’intégralité des données que vous avez confiées à un prestataire qui devra vous les rendre dans un format interopérable pour que vous puissiez soit les ré-internaliser chez vous, par exemple monter votre propre serveur mail, en récupérant tous vos mails, ou passer à un autre prestataire de service de mails.

Xavier : Au hasard si vous passez sous Diaspora.

Si j’ouvre un compte bancaire je pourrai exiger que mon nom n’apparaisse pas dans leur informatique. J’aurai donc un compte anonyme.

Qui pense que oui ? Je fais un flop sur cette question. Qui pense que non ? Pratiquement 95 %. Et ne se prononcent pas, ouais ! [Est affiché le nom Cahuzac]. On aurait pu mettre n’importe quel nom. Mais lui s’est retiré, il n’est pas animateur chez C8.

Benjamin : On ne peut pas demander la suppression de données qui sont, par exemple, nécessaires à l’exécution d’un contrat ou nécessaires pour nouer une relation entre le responsable de traitement et son client, la personne concernée.

Xavier :

Un vendeur d’électroménager n’est pas obligé d’effacer mon nom, même si je l’exige.

Vous savez on n’arrête pas de parler du droit à l’effacement. Alors d’après vous ? Oui, il n’est pas obligé d’effacer toutes les données me concernant. D’accord, j’ai 10 %. Qui pense que non ? 60 %. Qui ne se pose même pas la question parce qu’il n’achète pas d’électroménager, il vit dans un meublé ? 15 %.

Benjamin : Là, on a deux intérêts différents qui sont mis en balance. D’un côté la protection de la vie privée et de l’autre la protection du consommateur. Effectivement, dans le cas où il y avait un rappel qui devait être effectué parce qu’un dysfonctionnement pourrait être dangereux pour la personne, eh bien on ne va pas pouvoir demander aussi facilement la suppression des données qui nous concernent parce qu’on a acheté, par exemple, un frigo ou je ne sais quoi.

Xavier : Figurez-vous que je suis dans une boîte de vendeurs d’électroménager, on a obligation de rappeler s’il y a vraiment un danger, un frigo qui devient fou, ce que vous voulez quoi !

Un DPO, c’est le nouveau rôle, c’est le Data Privacy Officer, c’est comme un CIL [Correspondant informatique et libertés], mais en anglais l’intitulé du poste sur LinkedIn est plus chic !

Qui pense que c’est plus chic d’être DPO sur LinkedIn que CIL ? 10 %. Qui pense que non, parce que, de toutes façons, vous n’êtes même pas sur LinkedIn, vous êtes sur Viadeo et les intitulés ne sont qu’en français ? 15 %. Qui ne sait vraiment pas et ne se pose pas la question parce qu’il ne veut même pas l’être. D’accord OK.

Benjamin : Le DPO, pour faire très rapidement, c’est le délégué à la protection des données. Je vois qu’il faut terminer donc je vais faire très court, c’est la suite, la succession du CIL, pour informatique et libertés, qui était présenté, jusque-là, comme le chef d’orchestre de la protection des données à caractère personnel dans une entreprise ou dans une administration. Ce qu’il faut voir c’est que le DPO, le règlement général lui pose des moyens renforcés dans une entreprise ou une administration. Il est obligatoire dans toutes les administrations. Il est obligatoire dans pas mal d’entreprises qui traitent de la donnée, enfin de manière élevée, etc. On va passer à la question suivante très rapidement.

Xavier : Dites-vous bien que si vous faites même un fichier Excel, c’est de la donnée personnelle, avec la liste des clients. Et évitez les champs « commentaire libre ».

Le rôle du DPO est celui d’être un fusible.

Qui pense que oui ? Qui pense que non ? 20 %. Qui pense que uuh ? 20 %. OK.

Benjamin : Le DPO ce n’est pas la variable d’ajustement. Il faut voir que le délégué à la protection des données c’est vraiment la personne qui supervise la protection de la privacy dans une entreprise ou dans une administration, mais ce n’est pas lui qui est responsable en cas de manquement. C’est le responsable de traitement qui l’est in fine.

Xavier :

La CNIL a vraiment dit qu’elle ne ferait pas du zèle dès le 28 mai.

Oui, parce que le 25 mai c’est un vendredi. On ne met pas en prod un vendredi. Donc le 28 mai, aller on y va, on va taper. D’après vous la CNIL va-t-elle vraiment ne pas faire de zèle dès l’ouverture du RGPD ? Qui pense que oui ? 15 %. Qui pense que non ? 35 %. Et OK. Ils n’ont pas revu leur budget.

Benjamin : Très rapidement, ce qu'il faut voir c'est ce que la CNIL a dit c'est que la sanction n’était pas ce qu’elle recherchait en priorité, mais il y a d’autres autorités européennes qui, du coup, elles ont dit que dès le 25 mai elles engageraient des procédures pour aller chercher ceux qui ne respectent pas le règlement.

Xavier : Le RGPD, ce qui va vraiment vous arriver.

Benjamin : On a isolé trois grands principes.

Ce qu’il faut voir c’est qu’en premier lieu la protection de la privacy, la protection de la vie privée, c’est vraiment au cœur du règlement général. Si vous êtes une entreprise ou une administration qui suit ces principes, vous protégeraient bien la vie privée.

Ensuite, le deuxième grand principe c’est la sécurité. En effet, pas de protection de la vie privée s’il n’y a pas de sécurité des données. La sécurité c’est la sécurité aussi bien informatique, physique, etc.

Et l’accountability, en fait, c’est montrer, c'est avoir la preuve, donner la preuve comme quoi on est conforme. C’est garder les traces de toutes les actions qu’on a mises en œuvre. Faire un inventaire des traitements de données à caractère personnel, un inventaire de tous les flux trans-frontières, etc.

Xavier : Ayez un flux, ayez une documentation, faites même des e-mails dans les boîtes où vous êtes pour faire du rappel à la loi. C’est tout simple, c’est vraiment une facilité. Et, en clair, la donnée personnelle, ce qu’il faut retenir, c’est que c’est vraiment à considérer comme une matière radioactive. C’est quelqu’un qui est dans un autre amphi en ce moment, qui fait une autre conf, qui a cette image fabuleuse : « Si tu ne sais pas ramasser de la donnée radioactive, tu ne tentes pas de la ramasser. Si tu ne sais pas la stocker, tu ne ramasses pas. Si tu ne sais pas t’en débarrasser, tu ne ramasses pas ! » C’est simple : s’il n’y a pas un objectif réel vis-à-vis de l’usage des données pour le fonctionnement normal de votre société, eh bien ne récupérez pas cette donnée personnelle. Si c’est pour essayer de constituer un fichier pour revendre derrière ou pour faire de la retape, oubliez ! Merci.

[Applaudissements]

Xavier : On va en prendre une, deux peut-être grand max. Oui monsieur ?

Public : Ce n’est pas une question, c’est un site qui, je pense, ne respecte pas le RGPD, c’est Datadock.

Xavier : Datadock ? Je serais incapable de le dire et on a fait déjà assez de name and shame, mais je n’en doute pas. Monsieur ?

Public : À qui appartiennent les données des objets connectés ?

Xavier : Les données des objets collectés.

Benjamin : Les données n’appartiennent à personne, en fait. On voit souvent dans les journaux la propriété des données, etc. Non, une donnée ça fait partie d’une personne, ça fait partie de sa sphère, de sa vie privée, donc ça n’appartient à personne. Les données des objets connectés, ça dépend déjà celles que collecte l’objet connecté.

Public : Dans la santé par exemple.

Xavier : Dans la santé c’est très particulier puisqu’il y a une autre loi qui se met en place. C’est-à-dire que les données de santé ne doivent être collectées que dans un certain nombre de datacenters qui sont certifiés et en France ils ne sont qu’une vingtaine.

Benjamin : Sur l’hébergement de données de santé, effectivement, il y a de lourdes normes en France. Ce qu’il faut voir c’est que le responsable de traitement qui doit assurer la sécurité des données, par exemple qui doit informer la personne que ses données sont traitées, c’est celui qui fixe les modalités et les moyens de traitement, de collecte, de croisement des données à caractère personnel.

Xavier : Monsieur ?

Public : En santé, la loi stipule clairement que le propriétaire des données de santé c’est le patient. Le médecin ou l’entité qui reçoit le patient, n’est pas propriétaire de ces données.

Xavier : C’est une loi d’ailleurs, c’est ce qu’on appelle le dossier médical dématérialisé. On ne va pas venir dessus, c’est très long, c’est relativement vieux. Monsieur au fond ?

Public : par rapport à tout à l'heure vous disiez que la CNIL sanctionne une entreprise, pourtant vous avez dit précédemment qu’elle n’a qu’un avis consultatif. Comment est-ce qu'elle peut ?

Benjamin : Non. Parce qu’en fait elle un avis consultatif sur, par exemple, les textes qui sont soumis au Parlement et qui sont votés par l’Assemblée nationale et le Sénat. Ça OK. Il faut séparer de tout ce qui est contrôle et sanction. La CNIL peut aller dans une administration ou une entreprise et elle peut aller vérifier quelles sont les pratiques vis-à-vis d’un fichier. Par exemple est-ce que la CAF, au hasard parce que j’ai le bâtiment en face, est-ce que la CAF respecte.

Public : C’est de l’autre côté la CAF.

Benjamin : C’est de l’autre côté, bon d’accord ! C’est la Poste, là. Est-ce que la Poste met bien en œuvre, par exemple, les mesures de sécurité sur les serveurs, etc. Elle peut aller contrôler. Si ce n’est le cas, elle peut sanctionner. D’abord elle commence par une mise en demeure publique et l’entreprise ou l’administration, très souvent, a la possibilité de se remettre en conformité et alors là, elle clôt très souvent la procédure. Si l’entreprise n’a pas mis en œuvre les mesures attendues, alors là, la CNIL peut prononcer une sanction.

Xavier : Mais en clair, tout ce qui est en rapport avec la police, le renseignement et le militaire, elle ne peut plus rien dire ! Voilà. Désolés. Merci beaucoup. On aimerait vraiment passer plus de temps et j’espère que ça vous a plu.

Benjamin : Merci.

[Applaudissements]

La Cour des comptes valide le recours aux logiciels libres au sein de l'État

mer, 02/07/2018 - 17:29

Dans son rapport public annuel 2018, la Cour des comptes valide la stratégie de la DINSIC (Direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'État), notamment sur le recours aux logiciels libres, et émet des recommandations pour qu'elle soit amplifiée et relayée au sein des services de l'État.

La Cour des comptes a publié le 7 février 2018 son rapport public annuel 2018. Il s'agit pour la Cour de présenter, dans le tome I de ce rapport, « une sélection d’observations suivies de recommandations, mesures concrètes visant à améliorer l’utilisation des fonds publics et l’efficacité des services publics ». Tome I lui-même réparti en 15 chapitres, dont « amplifier la modernisation numérique de l’État » où elle appelle l'État à recourir au logiciel libre.

La Cour des comptes contrôle et analyse les actions de la DINSIC, dont elle salue le travail qu'elle appelle à amplifier et à relayer dans les autres services interministériels. On peut ainsi rappeler le récent appel à commentaires de la DINSIC sur la politique de contribution aux logiciels libres de l'État clos le 28 janvier 2018.

« La DINSIC a par ailleurs conçu une stratégie — « l’État plateforme » — qui repose sur le partage et l’ouverture des API (application programming interface), des données et des codes-sources ».

Dans ce rapport, la Cour des comptes accorde une grande importance au logiciel libre comme élément moteur de la modernisation des administrations publiques. Elle qualifie ainsi le développement libre comme un « puissant facteur d’efficience », notamment en guise de sécurité puisque « l’identification et la correction d’erreurs [sont] amplifiées par le nombre d’utilisateurs et le caractère public des relevés d’erreurs ».

« Le partage de développements libres apparaît désormais comme un puissant facteur d’efficience et d’influence. Il permet d’étendre la portée des mutualisations au-delà de la seule sphère de l’État ».

On observe ainsi dans les quatre recommandations de la Cour des compte pour « amplifier la modernisation numérique de l’État » que la promotion du logiciel libre est considérée comme un levier permettant de « renforcer l'attractivité de l'État comme employeur ». La Cour signale d'ailleurs qu'il n’existait pas fin 2017 d’état des lieux du recours aux logiciels libres au sein de l’administration.

Notons enfin cette remarque univoque de la Cour des comptes sur les qualités intrinsèques du logiciel libre en termes de souveraineté informatique, qui trouve un écho particulier quelques mois seulement après le deuxième renouvellement de l'Open Bar Microsoft par le ministère des Armées et alors que l'on vient d'apprendre qu'en 2006 un rapport interne à ce ministère préconisant la migration vers les logiciels libres avait été approuvé par la ministre en poste :

« Le recours aux logiciels libres représente d’abord un enjeu de sécurité et de souveraineté. Il permet à leur utilisateur de s’assurer des actions réalisées par le logiciel, de se protéger contre les fonctions indésirables et éventuellement de le modifier en fonction des usages identifiés. À l’inverse, les solutions propriétaires ne permettent pas aux usagers de connaître l’ensemble des actions d’un logiciel ; ils sont distribués sans le code-source, qui reste le secret de l’éditeur ».

L'April salue cette prise de position sans ambiguïté de la Cour des comptes pour le développement d'une informatique libre et souveraine au service de l'intérêt général, et exhorte le gouvernement, en particulier le secrétaire d'État au numérique Mounir Mahjoubi, à se montrer à la hauteur de ces enjeux. Les ambitions numériques du gouvernement resteront lettre morte sans logiciels libres.

Numérique Libre à l'ère du Cloud : se résigner à vivre dans écosystème Google ? - Tristan Nitot

mar, 02/06/2018 - 19:06


Titre : Le numérique Libre à l'ère du Cloud : faut-il se résigner à vivre dans l'écosystème Google ?
Intervenant : Tristan Nitot
Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
Date : novembre 2017
Durée : 54 min 35
Visualiser la conférence
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Avec l'avènement du SaaS (Software as a Service), du cloud et du smartphone, quelle place reste-t-il au logiciel libre et à la bidouille ? Peut-on espérer répandre le libre auprès de tous alors que Google et Facebook semble rafler la mise ? À quoi pourrait ressembler un cloud libre pour tous ? Faut-il vraiment s'inquiéter d'une hégémonie des GAFAM alors que nous n'avons rien à cacher ? Voici les réponses auxquelles Tristan Nitot va répondre lors d'une conférence qui a des vrais morceaux de cochons dedans.

Transcription

Bonjour. Oh la vache ! [Prononcé avec une voix caverneuse] On dirait la voix de Dieu, mais c’est juste moi. Voilà !

En fait, je suis bien prévu pour parler aujourd’hui à 14 heures, sauf qu’on est en retard parce qu’on a eu des petits soucis techniques, comme quoi il ne faut pas du tout avoir confiance en la technologie ! Par contre, j’ai décidé de changer. Je devais parler du Meilleur des mondes et de Google et, finalement, je vais vous parler de Matrix et de Facebook. Sinon c’est le même sujet, comme vous allez le voir.

Nous sommes donc à Toulouse, Capitole du Libre 2017 et je vais vous parler du rapport entre les réseaux sociaux et Matrix, Matrix le film.

Quel rapport entre les réseaux sociaux et Matrix ?

Moi, brièvement. Je m’appelle Tristan Nitot. J’ai passé 17 ans sur le projet Mozilla qui donne Firefox1, le logiciel libre que vous voyez là sur la gauche ; normalement le logo est rond, mais là il est râblé. Quand j’ai quitté Mozilla, j’ai écrit un livre qui s’appelle Surveillance:// qui est sorti il y a treize mois. Et maintenant, je travaille pour une start-up française qui fait du logiciel libre, qui s’appelle Cozy2 dont le site web est cozy.io, et c’est une solution de cloud personnel. Vous allez voir, c’est en rapport avec le sujet dont on va discuter aujourd’hui.

Déjà, puisque forcément on va parler du film Matrix, il convient de faire un léger rappel de ce que c’est que Matrix sinon vous allez être perdus. Qu’est-ce qu’on voit là ? C’est extrait du film et ce que vous voyez, ces choses oranges, il y en a ici, on ne voit pas bien, mais il y en a par là-bas et en haut à droite aussi, ce sont des capsules qui enferment des corps humains vivants et c’est dans quoi vit l’humanité. En fait, l’humanité vit dans une réalité virtuelle qui lui est injectée, mais physiquement les corps humains sont tous enfermés dans ces capsules. Pourquoi ? Parce que les machines ont gagné la bataille, la guerre contre les humains et donc utilisent les humains. Elles ont enfermé et utilisent les humains pour produire de l’énergie vitale qui est indispensable au bon fonctionnement des machines. C’est une dystopie, c’est-à-dire le contraire d’une utopie, c’est un futur qui a mal tourné ; les machines ont gagné et les humains, aujourd’hui, sont réduits à produire juste de l’énergie vitale et ne sont pas libres.

Je ne crois pas qu’on soit objectivement dans la matrice, aujourd’hui, mais c’est difficile à dire, on n’est jamais totalement certain, par contre il y a un certain nombre de points communs entre le film Matrix et ce que nous vivons nous, aujourd’hui, au XXIe siècle.

Avant de vous expliquer pourquoi, on va faire un rapide crochet par de la chimie. Je vous présente la dopamine, une substance qui est assez extraordinaire. La dopamine est un neurotransmetteur. Donc c’est une substance qui est dans le cerveau, qui est libérée dans un certain nombre de cas dans le cerveau, et qui a un effet sur les sensations de l’humain. En particulier, la dopamine donne du plaisir, donne, en fait, une récompense à la perspective de quelque chose qui est nécessaire pour l’humain. Je m’explique. Je vais vous donner des exemples pour être très concret.

En fait la dopamine, en quelque sorte, ça sert à récompenser l’humain quand il fait ce qu’il faut faire pour perpétrer le genre humain. Donc vous voyez un bon burger ou un bon plat de nouilles comme il y a dehors au food truck, vous voyez ça, et là vous avez un pic de dopamine qui est généré. Il y a de la dopamine qui est relâchée dans le cerveau, ça monte puis ça redescend et ce pic de dopamine signale en fait au corps « ça c’est bien, il faut manger ». Eh oui, il faut manger pour survivre et permettre la survie de l’espèce. En fait, la dopamine permet de récompenser quand on fait la bonne chose pour permettre la survie de l’espèce.

Alors il ne suffit pas de bouffer pour la survie de l’espèce, c’est une condition nécessaire mais pas suffisante, il faut aussi se reproduire ; et c’est pour ça que quand vous flashez sur quelqu’un, vous avez un pic de dopamine. La perspective d’avoir une relation intime avec quelqu’un génère des pics de dopamine. C’est indispensable puisque ça va permettre de vous reproduire, de vous inciter à vous reproduire. C’est quand même compliqué la reproduction ! Enfin, le premier quart d’heure ça va ; c’est quand vous avez des enfants à élever que c’est compliqué. Moi j’en ai deux donc je peux vous en parler. Donc voilà ! Il y a des pics de dopamine pour vous encourager à le faire, alors qu’objectivement, si on devait vraiment faire le calcul, bon bref ! On a la dopamine pour nous encourager à le faire.

Qu’est-ce qu’il y a d’autre ? Ah oui, il y a être proche des autres. C’est important. C’est important aujourd’hui. Je pense que c’est structurellement humain de vouloir être proche des autres, mais historiquement, du temps de la Préhistoire, au temps où on était physiquement en danger bien plus souvent qu’on ne l’est aujourd’hui, être dans le groupe, faire partie de la tribu, était quelque chose qui était essentiel à la survie de l’espèce. Donc se rapprocher des autres, sentir la communauté autour de soi, provoque aussi des pics de dopamine.

Et des pics de dopamine on en retrouve dans d’autres cas. Un, par des réactions chimiques : quand on prend de la coke on a des pics de dopamine ; je ne sais pas moi, c’est juste qu’on me l’a dit, je l’ai lu dans des communications scientifiques. Et puis autre chose qui est, là aussi, lu dans une communication scientifique, c’est quand on reçoit des like, quand on reçoit des retwette, quand on reçoit des commentaires sur quelque chose qu’on a fait, une vidéo de chatons, une photo de bébé ou d’un bon petit plat, hop !, on reçoit des pics de dopamine parce qu’on fait partie du groupe.

Du coup il y a eu des études qui ont été faites. Eh oui, quand vous êtes accro à Facebook, quand vous cherchez du like en permanence, eh bien vous avez des pics de dopamine en rafales et inévitablement, c’est comme la coke quand on arrête brusquement, on a un syndrome de manque, on est en sevrage et c’est douloureux.

Donc ce n’est pas hyper cool, mais c’est un fait : quand compulsivement vous consultez Facebook c’est que vous êtes à la recherche de dopamine. Et d’ailleurs, Sean Parker, premier président de Facebook, l’expliquait le 10 novembre dernier donc très récemment. Il expliquait « on vous donne — on, c’est Facebook et les autres réseaux sociaux — on vous donne un pic de dopamine à intervalles réguliers ». En fait, il dit qu’il est un hacker de la nature humaine et qu’il a trouvé un moyen, une faille, une vulnérabilité dans l’humain, pour générer des pics de dopamine en exigeant de lui qu’il utilise Facebook. Donc c’est une faiblesse de la psychologie humaine. Il l’explique : « On l’a compris consciemment et on l’a quand même fait… Dieu sait ce que ça fait au cerveau des enfants ». On est désolés, mais comme on a fait un max de blé ce n’est pas grave, en substance. Ça c’était il y a juste une semaine.

Déjà on le savait pour la dopamine et il y a quelques années l’American Marketing Association titrait : « L’utilisation des réseaux sociaux déclenche une hausse de dopamine ». Et ils se demandent en bas là « voilà comment ça fonctionne et voilà ce que les marketeux peuvent faire à ce propos ». On se demande qu’est-ce qu’ils vont faire, ils vont arrêter ça, forcément ! Et vous regardez l’adresse, l’URL là-haut, ils veulent nourrir l’addiction. Voilà ! Ces gens-là ne sont jamais décevants. C’est formidable ! Ils sont là où on les attend, exactement. Donc littéralement, l’American Marketing Association veut nourrir l’addiction à la dopamine. Bravo les mecs !

Les consultants ne sont pas en reste puisque voici le livre de Nir Eyal [Hooked] qui est la bible du domaine. En français, son titre c’est Accroc, direct ! Il tape là où ça fait mal. Le sous-titre c’est : « Comment construire des produits qui créent des habitudes » et ensuite, les trois étoiles sont tirées toujours de la page d’accueil du bouquin, ce sont les trois promesses : comment créer des habitudes dont on ne peut plus se débarrasser ; comment construire des produits que les gens aiment et qu’ils ne peuvent plus arrêter d’utiliser ; et troisièmement, technique comportementale utilisée par Twitter, Instagram, Pinterest et les autres. Le mec, c’est clair, il tape là où ça fait mal pour faire du blé, lui aussi.

Ça me rappelle cette citation de Steve Jobs qui, avant de faire des systèmes fermés faisait des choses assez extraordinaires comme l’Apple 2 qui était complètement ouvert avec un désassembleur pour comprendre comment était structurée la machine, avec le schéma électrique et électronique de la machine pour qu’on puisse la hacker comme on voulait. Il disait : « L’ordinateur est une bicyclette pour l’esprit. » Vingt ans plus tard il invente l’iPhone et là ce n’est plus tellement une bicyclette pour l’esprit, c’est plutôt une zone érogène qu’on n’arrête pas de tripoter pour créer du plaisir. Je ne vous fais pas la traduction parce qu’il y a des gros mots dedans, ma mère m’a interdit !

Là normalement c’est l’idée. Vous êtes Neo, le héros de Matrix, et vous vous réveillez, weuuh !, et vous voyez la réalité de ce qu’on vit aujourd’hui. C’est-à-dire qu’on est immergés dans ces réseaux sociaux, on ne le réalise pas et, en fait, on est shootés à la dopamine et on ne le réalise pas tant qu’on ne nous l’a pas expliqué.

Vous allez me dire, bon d’accord ils nous tiennent par la dopamine, mais heureusement ils n’en sont pas à prendre notre énergie vitale. Non, c’est vrai. Mais alors qu’est-ce qu’ils nous prennent ? Ils nous prennent notre travail, ce qu’on appelle le digital labor et nos données personnelles. On va commencer par les données personnelles.

Comment Google prend nos données personnelles

Ils ont deux grands outils. Sur le Web ils les prennent avec Chrome. Sur mobile ils les prennent avec Android. Qui utilise Chrome dans la salle, levez la main ? OK, merci. Qui utilise Firefox ? Merci. Merci ! Bravo !

[Applaudissements]

Tous ceux qui utilisent Chrome vous devriez essayer Firefox 57, il dépote. Bref ! Là n’était pas la question. Qui utilise Android dans la salle, levez la main ? Aie, aie, aie ! Qui utilise un iPhone ? C’est bien. Pour des libristes c’est normal, je ne vous jette pas la pierre. Bref ! Revenons à Google. En fait avec Maps, ils savent où je me déplace parce que accès au GPS, évidemment. Pareil avec Waze qui est une variante de Maps un peu spécialisée. Gmail, eh bien oui, on le sait, ils savent avec qui je corresponds et ce que je dis. Contacts. Eh bien oui, ils savent à qui je parle, qui j’appelle, qui m’envoie des mails, des textos, etc. Google Search, dès que j’ai un questionnement, une interrogation ou une inquiétude, je pose la question à Google, c’est même une des premières choses que je fais, je me rencarde, donc ils savent ce qui me préoccupe. Mon agenda, ce que je fais, ce que je prévois de faire. Drive, Google Drive, ils lisent mes documents bureautiques. Google Analytics est aussi avec Chrome, ils me suivent partout à la trace sur le Web. Donc voilà comment Google nous pompe nos données personnelles.

Comment Facebook prend nos données personnelles

Ça c’est une ancienne copie d’écran d’il y a trois ans, oui c’est ça, l’installation de l’application Facebook sur Android. En fait, maintenant, c’est plus sournois parce qu’ils sont moins front, ils sont moins directs, mais Facebook vous demande l’accès à votre agenda. Pourquoi Zuckerberg voudrait savoir avec qui j’ai rendez-vous, ça me dépasse, mais bon ! Il veut savoir. Il veut connaître mes contacts, ça c’est normal, c’est parce qu’il va siphonner les contacts. La position GPS. Il veut lire mes textos. Il veut savoir qui j’appelle et il veut aussi pouvoir importer mes photos, contenus multimédia et différents fichiers.

Alors là c’est très clair, pourquoi est-ce qu’il veut mes photos et mes vidéos ? Parce qu’en fait, Facebook en tant que tel, c’est une coquille vide. Il n’y a rien dans Facebook. Il y a des gens, mais il n’y a pas de contenu. Et le contenu, en fait, c’est vous qui l’apportez. Donc quand vous uploadez une vidéo de chatons ou une photo de bébé eh bien en fait, vous donnez votre travail à Facebook. C’est vous qui peuplez le contenu de Facebook.

La gratuité du numérique pour les nuls

Ça c’est censé représenter Facebook, donc une photo de chaton, une publicité, une photo de gamin, une publicité, une photo de chaton ; c’est comme un hamburger multi-étages. À gauche un utilisateur ou une utilisatrice, une utilisatrice pour changer, et voilà comment ça se passe. Déjà, elle a commencé par donner ses données personnelles, tout ce qu’elle fait sur le réseau est capturé, analysé. Elle donne son travail, donc ses photos, ses vidéos, ses commentaires, ses like, ses analyses, ça peut être ses CAPTCHA aussi, etc. ; bref, elle donne toutes ses données à Facebook et, en échange de quoi, eh bien elle a le contenu qui est posté par les autres et des pics de dopamine. Ça c’est le deal. Donc ce qui est une apparente gratuité n’en est pas, c’est un échange ; un échange de travail et de données qu’on donne à Facebook en échange de pics de dopamine. Paradoxalement la dopamine on l’a, c’est juste que Facebook permet le relâchement de ce pic de dopamine. Elle est déjà dans notre cerveau la dopamine.

Qu’est-ce qui fait que Facebook en compagnie de Google, Amazon, Apple et Microsoft soient, eux cinq, le top 5 des capitalisations boursières mondiales ? Eh bien c’est l’annonceur publicitaire le seul véritable client de ces sociétés. L’annonceur publicitaire, lui, cherche une audience ciblée. Là on est un petit peu plus dans le modèle de TF1 qui vend du temps de cerveau disponible. Facebook, là aussi, vend du temps de cerveau disponible à l’annonceur qui, en échange, évidemment, lui donne de l’argent et ça rapporte gros ; ça rapporte très gros !

Edward Snowden

Changement de décor. Maintenant voilà Edward Snowden. Moi je dis c’est l’occasion de boire un coup.

Edward Snowden est un lanceur d’alerte. Son nom est devenu mondialement connu en juin 2013. C’est un ancien contractuel de la NSA et avant il travaillait à la CIA. C’est un patriote américain, quelqu’un de bien droit dans ses bottes, qui a constaté et trouvé extrêmement désagréable le fait que la NSA, son employeur, enfin l’agence pour laquelle il travaillait, la National Security Agency, en fait une agence d’espionnage américaine, viole quotidiennement la Constitution américaine. Et pour lui, en tant que patriote américain, c’était totalement inacceptable.

Donc il a décidé de lancer l’alerte. C’est surtout, en fait, à un moment il a vu le patron du patron de la NSA déclarer sous serment au Sénat américain que non, jamais au grand jamais la NSA n’espionnait d’Américains puisque c’était contraire à la Constitution, qu’ils ne le faisaient pas sauf par erreur. Et là, Snowden qui était vraiment au cœur du réacteur a dit : « On se fout vraiment trop de notre gueule, ce n’est plus possible ! » Donc il a pris les documents et il y avait des milliers de présentations PowerPoint qu’il a mises sur des clefs USB, qu’il a fait sortir on ne sait pas comment parce que c’était extrêmement surveillé, bien sûr, et qu’il a données à plusieurs journalistes. Il s’est envolé pour Hong-Kong et il a donné ça à des journalistes qui continuent encore aujourd’hui d’analyser le contenu de ces documents pour révéler les activités de la NSA. D’ailleurs voici quelques-uns de ces documents qu’on retrouve sur Wikipédia3 qui est vraiment un très bon site, je vous le recommande !

Ça c’est comment est-ce que la NSA espionne le contenu de Google. C’est-à-dire que nous on met beaucoup de données dans les pattes de Google et la NSA a trouvé un moyen de pénétrer, de cracker pour savoir ce que Google sait sur nous. C’est vachement pratique. Parce que nous suivre nous ça serait très compliqué individuellement. On les aide vachement, c’est vrai, on a presque tous des smartphones donc ça simplifie énormément les choses. Mais en plus, comme des cons, nos données de smartphone sont envoyées à Google si on a Android et donc, à ce moment-là, il suffit d’espionner Google pour nous espionner tous autant qu’on est.

Ça c’est un autre document révélé par Snowden. Il y a beaucoup de noir parce que c’est tout ce qui est caviardé pour protéger les coupables et, en particulier, ça ce sont les câbles sous-marins et là où ils sont espionnés. Vous voyez, il y a un gros rond bleu là, c’est Marseille. Ça c’est le câble Orange qui fait Marseille-Singapour et qui passe par le Moyen-Orient. Mine d’or pour qui est la NSA, en gros, parce que ça permet d’avoir énormément ; c’est le câble internet du Moyen-Orient en substance. Donc ça c’est vachement intéressant et évidemment c’est espionné par la NSA parce que le job de la NSA on vous dit « c’est pour vous protéger des terroristes », ce n’est pas vrai ! S’ils peuvent le faire tant mieux, mais dans les faits, ça ne marche pas du tout. Concrètement, l’intérêt de la NSA c’est d’asseoir l’hégémonie américaine d’un point de vue diplomatique, financier, commercial et militaire. Voilà, c’est ça. Il faut tout savoir sur tout le monde.

Et là, un document qui explique comment un mouchard qui s’appelle le DROPOUTJEEP peut être mis dans les iPhones, et il y a l’équivalent pour Android, pour transformer votre iPhone ou votre Android, pour allumer le micro, pour récupérer les documents qui sont dessus, etc., le tout à distance. Il y en a des centaines de milliers des comme ça dans les révélations Snowden.

Alors évidemment, ce n’est pas facile de synthétiser toutes ces révélations Snowden en une phrase mais vraiment, s’il y a une chose à retenir, c’est que le fait qu’on centralise nos données dans les mains de cinq grandes entreprises et quelques autres eh bien c’est ce qui rend économiquement possible la surveillance de masse par la NSA et les organisations qui lui ressemblent.

Je vous vois dire, tout de suite, « je n’ai rien à cacher, ce n’est pas grave, gnagnagna… » Bon !

D’abord il fait combien de degrés ? Il fait au moins 22-23 ici ou c’est moi qui m’agite comme un dingue ? Il fait bon là ! Il fait bon ! Si on n’a rien à cacher, on pourrait tous se mettre à poil. Qu’est-ce que vous en pensez ? On ne risquerait pas… Aller hop !, on commence là, j’attends ! Je n’ai pas que ça à faire ! Il est la demie ! Je vous trouve un peu mous, quand même, pour des gens qui n’ont rien à cacher !

Effectivement. Donc voilà. Déjà, on a tous quelque chose à cacher.

Les entreprises aussi ont des choses à cacher : une liste de clients, la recette de Coca-Cola, la recette de la sauce du Big Mac, tout ce qui fait nos recettes, nos astuces de production, un état des stocks, le niveau des remises qu’on fait aux clients, etc. On a des choses à cacher. Ce n’est absolument pas illégal d’avoir des choses à cacher ; c’est juste nécessaire pour le business et puis c’est juste nécessaire pour nous en tant qu’individus.

La surveillance de masse est toxique pour la démocratie

Donc je vous disais la surveillance de masse est toxique pour la démocratie. Mais encore ? Tout simplement parce que quand on se sait surveillé, on a tendance à s’autocensurer. Ça peut paraître abstrait comme ça. Je peux aller du trivial au plus compliqué.

On va commencer par le trivial. Moi j’ai une confession à vous faire, je chante sous la douche. Très mal ! Mais très, très mal ! Quand je chante sous la douche, que j’entends la porte de l’appartement qui claque et que ma femme dit : « J’ai rapporté les courses ! », ça me coupe le sifflet, mais net quoi ! Pourtant ce n’est pas illégal de chanter. Mais je sais que je chante mal et donc, je ne peux pas chanter si quelqu’un m’écoute. C’est comme ça. Ça c’est de l’autocensure, tout bêtement !

Moi je ne vous parle pas de mon individu qui n’a pas beaucoup d’intérêt, mais c’est juste qu’il se passe la même chose à l’échelle du globe. Et là, on va voir d’une autre manière. C’est une étude menée sur l’audience de Wikipédia américaine sur des termes qui sont liés au terrorisme. Donc ça va être la page « terrorisme », ça va être la page « djihad », ça va être la page « explosif improvisé », « salafisme », vous voyez, « conflit en Syrie », etc. Ces pages-là sont visitées, voilà leur audience ici, et ça, c’est au fil du temps. Et on voit que les gens visitent de plus en plus ces pages au fil du temps. Il faut dire qu’avec les chaînes d’infos qui nous bombardent, si j’ose dire, d’informations sur le sujet, c’est normal, je dirais même que c’est sain que les citoyens se documentent non pas par les chaînes d’infos mais via un document de référence, une encyclopédie, savoir ce que c’est que tous ces mots qu’on nous balance à la télévision. C’est sain, c’est important d’essayer de comprendre comment le monde fonctionne, parce qu’après il va falloir prendre des décisions, ne serait-ce que pour savoir pour qui on va voter, etc.

Donc on voit qu’au fil du temps ces pages sont de plus en plus souvent visitées. Et là on arrive à la mi-juin 2013 qui coïncide avec les révélations de Snowden, révélations qui disent « regardez la NSA surveille les Américains. »

Et là on voit, subitement, les gens visitent beaucoup, beaucoup moins Wikipédia, ces pages-là. C’est toujours légal de visiter Wikipédia ! Ça n’a pas changé ; c’est plus que jamais important de se renseigner sur le terrorisme. Eh bien ils la visitent moins et ils la visitent de moins en moins. Et des citoyens qui savent de moins en moins de choses sur les choses importantes, ce n’est pas bon ! Juste après ils ont quand même élu Trump ; ça ne peut pas être un hasard, moi je dis !

Donc voilà le problème, c’est que dès lors qu’on se sent surveillé, dès lors qu’il y a de la surveillance de masse, il y a des choses qu’on n’ose pas faire ; choses qui étaient légales avant, toujours légales après, mais on n’ose plus les faire parce qu’on se sait surveillé. Même si c’était intelligent de les faire !

Et là vraiment big up à nos amis Chinois qui nous font un exemple extraordinaire, un exemple qui s’appelle le Social Credit System. C’est un système qui est mis en place, qui vise à donner une note, un genre de score, à chaque individu. C’est en place depuis 2016, c’est encore optionnel sur la base du volontariat, donc c’est vous qui décidez si vous voulez participer ou pas. Ça sera obligatoire à partir de 2020. Et le Social Credit System chinois vous donne une note sur cinq critères : est-ce que vous payez vos factures, gnagnagna, etc. Quels sont vos comportements ? Quels sont vos achats en ligne ? Vous achetez des jeux vidéos ? C’est mal ça, futur terroriste ! Relations avec vos amis et amies. Vos amis achètent des jeux vidéos ? C’est mal ça, mauvaises fréquentations ! Mauvaise note !

Le problème c’est que cette note est ensuite utilisée, c’est vrai aujourd’hui, pour vous donner le droit d’accéder ou non à un crédit ; le droit d’accéder ou non à un visa qui permet de voyager dans le pays ou mieux à l’étranger ; à trouver un travail. Si votre score est bon vous êtes mieux placé dans les sites de rencontre, etc. Donc ce sont vraiment les parties les plus intimes de votre vie, quand même, qui sont touchées par ça.

La surveillance de masse est une méthode de contrôle social qui pousse à la conformité

Donc vous voyez que, en fait, surveiller les gens, eh bien c’est une méthode pour contrôler la société. Donc le « ah je m’en fous je n’ai rien à cacher, je peux bien leur donner toutes mes données à Google et à Facebook », ce n’est plus du tout le même problème à ce niveau-là.

Le problème du contrôle social c’est que si on commence à s’autocensurer, si on n’ose plus faire les choses, eh bien, en fait, on va être poussé à la conformité : « Ah non je ne vais pas faire ça parce que sinon ça va être mauvais pour ma note et je ne vais pas fréquenter les gens qui font ça parce que c’est mauvais pour ma note. » C’est un système de contrôle social qui pousse à la conformité.

Aujourd’hui je ne connais pas votre opinion politique, je ne sais pas si vous trouvez que le monde va super bien. Est-ce que le monde est arrivé au top de ce qu’il peut être potentiellement ? Si vous pensez que c’est le cas, il faut qu’on parle du réchauffement climatique et des inégalités sociales. Bref !

Et si vous êtes dans la conformité, eh bien vous assurez que le progrès ne viendra jamais.

Doit-on abandonner le numérique pour autant ?

C’est un peu le caca, mais ça nous amène : est-ce qu’il faudrait qu’on fasse un gros tas de smartphones ici pour y foutre le feu. J’ai consulté la direction, ils ne sont pas d’accord. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il doit y avoir moyen de faire autrement et je pense que si on est aujourd’hui dans le Capitole du Libre, c’est bien pour inventer quelque chose qui est mieux que ça ; quelque chose qui est mieux que ce qu’on veut bien nous laisser aujourd’hui.

Je vous parlais du livre que j’ai écrit, tout à l’heure, qui s’appelle Surveillance:// et dans la partie trois de ce livre, dont voilà l’entête de chapitre, j’ai expliqué « un autre réseau est possible ». Si on doit avoir un internet qui est bien, qui est respectueux de l’individu, à quoi il doit ressembler ? Eh bien c’est un internet qui marche avec 7 principes que voici. J’ai donné un acronyme un peu à la con, le S.I.R.C.U.S., Système d’Information Redonnant le Contrôle aux UtilisateurS, il y a un « S » à la fin. On voit que ce n’est pas là que je suis très bon, quand même. Le reste est mieux ; le nom est pourri, mais !

  • Principe n°1 : on ne peut pas se reposer sur un business modèle qui est la publicité. Pourquoi ? Parce que la publicité c’est ce qui fait qu’on analyse tout sur vous pour tout savoir sur vous. Et après, le ver est dans le fruit, quoi, puis on a la dopamine derrière. C’est vraiment le plan de merde. Donc j’ai une mauvaise nouvelle, à un moment ou à un autre, il faut payer. Il vaut mieux payer avec du vrai argent qu’avec un plan pourri où on ne sait pas ce qu’on a en échange de quoi.
  • Deuxièmement : utiliser du matériel qu’on contrôle. Si on veut stocker ses données dans un endroit sur un serveur, il faut qu’on ait le contrôle sur ce serveur. Il y a plusieurs solutions. Idéalement, si vous en avez les capacités techniques et le temps, vous pourriez vous auto-héberger. Vous pourriez avoir votre propre serveur à la maison. Là on a à l’écran un Cubietruck, ça vaut une centaine d’euros, mais aujourd’hui les Raspberry Pi 3 ça vaut 35-40 euros et on arrive à faire tourner des serveurs dessus ; ça ne bouffe quasiment pas d’électricité, c’est un projet intéressant et, au moins, vous avez pleinement le contrôle de la chose. Ou bien vous vous faites héberger par une association ; ou bien vous louez un serveur chez OVH ; là ils ont eu la panne de l’année donc maintenant c’est bon, peut-être même du siècle, donc on est tranquilles ; ou vous allez chez d’autres, Skyway. Il y a des tas de gens qui seront ravis de vous louer des serveurs.
  • Troisième chose : il faut utiliser, alors ça va sans dire mais ça va mieux en le disant, utiliser du logiciel libre. Eh bien oui, parce que si vous utilisez du logiciel propriétaire, vous ne savez pas ce qui est fait par ce logiciel. Vous lui confiez vos données, vous voulez remplacer les services d’un Google, d’un Facebook ou autre, il faut que le logiciel soit libre pour qu’on sache ce qui est fait avec vos données. Et ça, il n’y a que le Libre qui peut faire une chose pareille. Pourquoi ? Parce que le code source étant disponible, il est donc auditable. Et aussi il est adaptable ; si ça ne vous convient pas, vous avez la maîtrise, vous savez, vous pouvez demander à quelqu’un de modifier le logiciel pour vous. Alors que si c’est du logiciel propriétaire, évidemment, vous ne savez pas faire.
  • Utiliser du chiffrement. Eh bien oui : pour que ce cloud où je stocke mes données soit sécurisé, il faut que les données qui rentrent et qui sortent soient chiffrées pour que quand ça transite entre mon smartphone et mon cloud, eh bien c'est sécurisé ; entre mon cloud et mon PC, c’est aussi sécurisé grâce à du chiffrement.
  • Mais si on veut inventer des serveurs et des services qui sont capables de concurrencer les Google et Facebook, etc., il faut être super bons sur la User eXperience. Parce que si on fait des machins en ligne de commande avec la convivialité d’un vi ou d’un mutt, enfin on peut trouver pire je suis sûr, mais, non ! Ça se voit que moi je viens d’Emacs ? Bon, ce n’est pas grave. Il faut voir, ce n’est pas une question de guerre de religions, mais il ne faut quand même pas laisser 99,9 % des gens à la porte sous prétexte que pour rentrer il suffit de taper trois lignes de commande. Donc c’est essentiel d’avoir une User eXperience qui est vraiment satisfaisante pour les individus. Sachant que, quand même, on a un souci, c'est qu'on n’a pas la dopamine pour nous quoi !
  • Sixième point : interopérabilité grâce aux standards. Évidemment si on commence à faire des clouds où on stocke nos données, si on veut pouvoir échanger des données entre les différents clouds, eh bien il faut qu’il y ait des standards et donc il faut les respecter.
  • Et septièmement, il faut une killer feature, un truc incroyable que nous seuls pouvons offrir aux individus et que Google, Facebook et autres ne pourront pas offrir à l’individu. Et ça, eh bien on va en parler justement. Qu’est-ce que ça peut être que cette killer feature ?

Aujourd’hui, il y a un certain nombre de projets libres qui travaillent sur cette optique de cloud personnel. Le premier est un projet allemand qui s’appelle NextCloud ; il paraît qu’il y a même des employés de NextCloud dans la salle c’est vous dire ! Ce sont des gens vachement sympas qui font un logiciel en PHP, donc c’est facile à installer et ça permet de faire un groupe de travail pour partager des documents et bien d’autres choses. Et c’est, accessoirement, un des plus anciens et des plus robustes.

Ensuite il y a Solid, lui il est tout nouveau ; il n’est pas du tout fini, mais il a pour lui d’avoir à sa tête quelqu’un d’assez connu puisque c’est Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web, qui dit : « Il y en a ras-le-bol de ces problèmes de vie privée. Il faut s’y attaquer ! » Donc avec une équipe de chercheurs du MIT, le très prestigieux MIT, il a fait ce projet Solid qui est très ambitieux et qui est intéressant parce que s’il a ne serait-ce qu’un dixième du succès de son précédent projet qu’était le Web eh bien ce n’est déjà pas mal !

Il y a un projet franco-belge qui s’appelle YunoHost, qui est centré sur l’auto-hébergement et sa simplicité d’utilisation, aussi à garder sous le coude parce qu’ils font vraiment des trucs supers.

Et enfin, le projet sur lequel je travaille, qui est français et qui s’appelle Cozy Cloud.

Le Cloud personnel

L’approche de Cozy Cloud la voilà. C’est un cloud personnel où vous allez stocker vos données avec ceci de particulier. Bon, une évidence : si c’est un cloud, un genre de Drive, si vous voulez vous pouvez synchroniser votre smartphone, votre tablette, votre PC, etc., bon, c’est bien !

Ce qui est vraiment spécifique chez Cozy, il y a deux choses.

  • La première c’est que vous allez pouvoir, avec un système de connecteurs, importer des données qui sont des données personnelles détenues par des tiers. Donc ces connecteurs peuvent être libres ou propriétaires. Si vous voulez, d’ailleur,s nous aider à écrire des connecteurs, évidemment on est là pour ça, on fait des meeet-up, on crée de la doc et tout pour que chacun puisse créer un connecteur pour récupérer ses données. Donc votre banquier, votre assurance maladie, votre shopping, votre opérateur mobile, etc., ils ont des données : facturation détaillée, factures, etc., que vous pouvez récupérer. Évidemment, après, vous avez accès à ces données depuis tous les devices, tous vos appareils dont on parlait tout à l’heure.
  • Et la deuxième chose qui est spécifique à Cozy c’est que c’est une plateforme, donc on peut mettre par-dessus des applications qui vont utiliser ces données personnelles.

Je vous propose une démo, en fait, parce que sinon ça reste extrêmement théorique ; très vite parce qu’on n’a pas beaucoup de temps. Une démo. Je m’appelle Isabelle Durand. Je sais depuis tout à l’heure je vous disais que j’étais Tristan Nitot, mais c’est entièrement faux. Je m’appelle Isabelle Durand et je me connecte à mon Cozy.

Qu’est-ce qu’on remarque là-dessus, deux choses. Premièrement, tout en haut, Isabelle a son cloud à elle avec son URL. Quand elle arrive sur cette URL on ne lui demande pas qui elle est puisque c’est un cloud personnel, pour elle toute seule. C’est comme un smartphone, il ne vous demande votre user ID quand vous vous connectez, il vous demande juste le code. Là c’est pareil, Isabelle a juste un mot de passe à rentrer et ça y est, elle est connectée et, à ce moment-là, elle arrive sur la fonctionnalité principale de Cozy qui est un Drive : la possibilité de partager et de stocker ses fichiers. Donc ce Drive, vous voyez, il y a différents dossiers dedans. Je peux cliquer sur un dossier, le dossier « Administratif » et là on voit que j’ai « Mutuelle & Assurances », etc., et, en haut à droite, j’ai ce bouton « Applications » et, quand je clique dessus, j’ai accès aux applications qui sont disponibles sur mon Cozy.

Première application que je veux utiliser c’est Cozy Photos, évidemment puisque c’est un Drive, eh bien je peux y stocker des photos et afficher ces photos où que je sois puisque c’est du Web, lesquelles peuvent être regroupées, évidemment, en albums et ensuite je peux prendre ces albums et je peux les partager avec un menu « Partager », « Partager avec d’autres », et quand j’envoie le lien les gens ont accès à mes photos.

Quand je re-clique sur le bouton « Applications », je vais vous emmener ensuite sur le Cozy Collect, dans les applications Cozy, qui permet la collecte de mes données. En fait, ce sont des connecteurs. J’ai des connecteurs pour ces différentes entreprises, des dizaines, littéralement. Là ce sont mes opérateurs mobiles et par exemple Bouygues Telecom, je vais rentrer mon identifiant, mon mot de passe, et mon collecteur, régulièrement, va se connecter au site de Bouygues Telecom et récupérer mes factures quand elles arrivent. Ce qui fait que j’ai toujours mes factures à jour et elles sont rangées dans le bon répertoire, pour retrouver mes factures facilement. Vous allez voir que c’est utile. Si je clique sur mon collecteur EDF, là on voit, par contre, je peux récupérer plus de données. Mes factures oui, mais pas seulement, aussi ma consommation, mon profil client, etc. Des données, comme la consommation, qui sont numériques, que je pourrais, si je le souhaite, afficher sous forme de graphe, etc., ou faire du traitement sur ces données. Et on voit d’ailleurs que dans mon Drive mes factures EDF sont stockées dans le répertoire qui va bien, automatiquement. Rien que le fait d’avoir renseigné mon user ID et mon password dans mon connecteur fait que mes factures arrivent au bon endroit et sont rangées.

Là où ça devient intéressant c’est qu’ici j’ai des applications et je vais pouvoir aller sur mon application Banque, qui est une application qu’on développe avec la MAIF, et que voici. Donc ça c’est mon application Banque ; dans le jargon on appelle ça un PFL, Personal finance manager ou un agrégateur bancaire. Donc j’ai saisi mes identifiants de compte, que voici, et j’ai l’ensemble de mes comptes bancaires qui sont là. On voit que c’est une simulation parce que je n’ai pas 13 000 euros sur mon compte bancaire. Évidemment, j’ai des dépenses. Par exemple Bouygues Telecom, j’ai une facture et, à droite, eh bien je peux cliquer sur « Voir votre facture ». Et évidemment, ma facture est déjà dans mon Drive, donc d’un simple clic elle s’affiche et je peux voir, en fait, à quoi correspondait la dépense.

De même j’ai une dépense de santé ici, le cabinet Consult, en haut à droite, eh bien je peux cliquer sur « Vérifier vos remboursements » et là j’arrive dans une autre application qui me dit : « Cabinet Consult voilà combien ça vous a coûté, voilà ce qui est remboursé par la CPAM, voilà ce qui est remboursé par votre mutuelle — parce que j’ai des connecteurs vers la mutuelle, j’ai des connecteurs vers la Sécu ». Ça me permet de réconcilier mes dépenses et mes remboursements.

Et ça c’est intéressant, c’est ça la killer feature, en fait, de Cozy que j’espère que Google ne pourra jamais répliquer, parce que j’espère bien que Google n’aura jamais accès à mon compte bancaire, à mes données de santé et à ma mutuelle. Ça arrivera peut-être mais alors le plus tard possible, s’il vous plaît, parce que le jour où ils peuvent faire ça, ils vont vraiment… Enfin ils sont déjà flippants, mais encore plus quoi ! Deux crans au-dessus !

Donc ça c’est quelque chose que seul un logiciel libre qui est sous votre contrôle et avec votre accord peut faire. Et ces données sont confidentielles et elles restent sur votre cloud et c’est pour vous tout seul. Ce n’est pas quelque chose qui est destiné à aller sur le cloud de Google.

Donc le cloud personnel avec cette approche, que ce soit celle de Cozy ou d’autres approches que j’ai citées plus tôt, l’idée c’est de permettre aux individus de reprendre la main sur leurs données et la main, finalement, sur leur vie, parce que dans ce monde numérique dans lequel on est, les données c’est notre vie, et permettre d’essayer d’inventer un futur meilleur.

Dans quelques jours on va lancer Cozy Cloud bêta et c’est vraiment très bientôt. Je vous encourage à vous inscrire maintenant et ce n’est pas de la retape. Inscrivez-vous maintenant parce que les gens qui s’inscrivent en bêta auront une offre qui est carrément meilleure que celle qui va arriver par la suite. Donc vous avez encore quelques jours pour vous inscrire sur cozy.io et laisser votre adresse e-mail pour bénéficier d’une bêta.

Et puis si vous avez d’autres choses à faire, si vous n’êtes pas branché informatique, etc., essayez d’utiliser des alternatives par exemple à Google, faire preuve d’hygiène numérique en ligne. Il y a, par exemple, des Cafés Vie Privée aussi, vous pouvez vous former, qu’on appelle aussi des Chiffrofêtes ou des CryptoParties.

Utilisez des services par exemple de nos camarades Framasoft, dégoolisonsinternet.org4, à la place d’autres.

Utilisez des systèmes libres, utilisez des systèmes qui sont orientés vie privée.

Et puis sur le mobile, bon moi je vous dirais bien d’utiliser un iPhone à la place d’Android mais vous n’allez pas aimer.

Un truc qui est facile à faire, par contre, c’est le numéro 1, c’est, le soir, vous mettez votre téléphone branché dans la cuisine et pas dans la chambre. Déjà ça réduit, finalement, la dopamine et son addiction. Et aussi, une autre suggestion, c’est de supprimer les notifications d’applications qui sont là pour vous dire « viens chercher ta dopamine ! » Non ! Fermez ça, coupez-leur le sifflet, mais laissez, par contre, si vous le souhaitez, les notifications de personnes : si quelqu’un vous envoie un texto oui, là ça a du sens.

Et enfin désinstallez Facebook ! Ah oui, c’est trop dur ! Désinstallez Facebook et utilisez-le dans votre navigateur mobile, c’est une première chose, ou sinon mettez l’application Facebook en 4e ou 5e ou 40e page de votre page d’accueil parce que ça va créer de la friction et ça vous poussera moins à l’utiliser.

Maintenant voilà. Retour à la case départ. Vous avez le choix, vous pouvez oublier tout ce que je vous ai dit. Vous pouvez revenir comme avant et reprendre vos pics de dopamine ou bien vous pouvez essayer d’avancer vers une approche avec du logiciel libre et où les individus sont, eux aussi, libres. Merci.

[Applaudissements]

On a le temps pour deux questions si vous faites court.

Public : Inaudible

Tristan : Dans Cozy Cloud où sont hébergées les données ? Eh bien elles sont hébergées où tu veux ! Si tu veux, comme c’est du logiciel libre et que tu en as les compétences, tu prends Cozy Cloud, tu le télécharges sur GitHub, tu l’installes sur ton serveur et tes données sont physiquement chez toi. Je ne recommande quand même pas l’auto-hébergement aux débutants, ne serait-ce que pour la sécurité des données. Donc l’idée, en fait, chez Cozy, on va faire une offre où elles sont hébergées sur des serveurs en France, chez OVH.

[Rires du public]

Je vous ai dit la panne du siècle est derrière nous. C’est bon ! Il y a des gens chez Cozy qui font tourner les serveurs, c’est le même logiciel sauf qu’il y a quelqu’un qui gère l’administration pour toi. Et si tu n’es pas contente et que tu préfères aller prendre les données et les remettre chez toi plus tard ou les mettre chez un concurrent d’OVH qui est géré par Cozy ou par quelqu’un d’autre, ça sera possible aussi. C’est ça ce que je voulais dire, c’est notre façon de répondre à utiliser un matériel que vous contrôlez. C’est que même si ce n’est pas toi qui l’administres et qu’il n’est pas physiquement chez toi, eh bien tu peux le prendre et le mettre ailleurs. Et si tu n’es pas contente de quelqu’un, tu peux t’en aller. Tu ne peux pas faire ça chez Google. Déjà, aujourd’hui, il n’y a pas de portabilité des données chez Google ou très mauvaise et, surtout, il n’y a personne qui est prêt à reprendre tes données et à les rendre utilisables ailleurs quoi ! Au hasard.

Public : Bonjour. Ça fait déjà deux ans que ce projet est en formation. Comment ça se passe dans l’équipe, les gens qui travaillent ensemble ? Comment le projet a germé et comment ça s’est créé ?

Tristan : Oh là ! On vient d’exploser les cinq minutes restantes. Déjà, au départ, il y a deux personnes qui ont créé la société et qui avaient envie de résoudre ce problème, de reprendre la main sur leurs données. L’année dernière, il y en a une qui est partie, mais, entre-temps, elles avaient monté cette start-up qui est Cozy. Aujourd’hui, chez Cozy, on est 35 employés en France. On a fait une première version, puis une deuxième version, et maintenant la troisième version, en version bêta, ça va sortir dans les jours qui viennent et donc, peu de temps après, on aura une version finale. Comment ça se passe ? Eh bien on travaille comme des dingues et on fait du logiciel libre. Voilà ! C’est difficile de rentrer plus dans le détail compte-tenu du temps restant. Si je suis balbutiant et que j’ai des cernes comme ça, c’est parce qu’on travaille trop !

La question du business modèle c’est une excellente question, parfaitement légitime. Aujourd’hui, si tu télécharges Cozy, tu l’installes sur ton serveur, on ne touche rien et c’est très bien comme ça, nous ça nous va ! Aujourd’hui, si tu utilises la bêta, on ne touche rien, mais on attend ton feed-back, tu fais partie de la communauté, pour nous aider à faire un meilleur produit et, quand il sera lancé, à ce moment-là on verra comment ça se passe ; je ne peux pas pré-annoncer les tarifs, mais on s’oriente vers une offre freemium. C’est-à-dire une partie sera gratuite et une partie sera payante en option, un peu comme un jeu vidéo par exemple. Tu vois, si tu veux stocker beaucoup de données eh bien tu payes de l’espace disque et ceux qui payent de l’espace disque payent pour la gratuité de ceux qui n’ont pas beaucoup d’espace disque, en substance. Voilà. Ça ne repose pas du tout sur l’exploitation des données individuelles ; il vaut mieux le dire. Dans le monde où on est, ce n’est, malheureusement, pas évident. Je ne sais pas si on a un micro là-haut. Monsieur en rouge-là, le staff, toi ne te retourne pas, regarde-moi, oui, toi là ! Oui !

Public : Inaudible.

Tristan : Je n’aime pas l’iPhone.

Public : Première question c’est pourquoi Apple serait plus, comment dire, honnête que Google ? Quelles garanties j’ai là-dessus si je prends un iPhone ? Et la deuxième question c’est le fameux Firefox, non, c’était Mozilla…

Tristan : Non, FirefoxOS.

Public : FirefoxOS est planté à ce que j’ai su. Pourquoi cet échec et est-ce qu’il y a un espoir que… ? Est-ce qu’il y a un espoir quoi ?

Tristan : Il a juré de me faire pleurer ! Il va falloir faire super vite. Mais, en gros, j’utilisais un Android jusqu’à ce que j’écrive ce livre et là je me suis dit ce n’est plus possible quoi ! Quand mon Android est mort je suis passé à l’iPhone en toute connaissance de cause. En fait, le problème c’est qu’aujourd’hui on doit choisir entre peste et choléra. Tu as la peste respectueuse de la vie privée ou tu as le choléra qui met des bouts de libre dedans. C’est essentiellement propriétaire, mais il y a quand même des bouts de libre, tu vois, et un peu plus de libertés que sur la peste, parce que tu peux choisir des App Store alternatifs sur Android, ce que tu ne peux pas faire avec l’iPhone. Donc, en fait, il n’y a pas de bonne solution.

Maintenant, en termes de vie privée, Apple est infiniment plus crédible que Google et ce, en fait, grâce à leur business modèle. Chez Apple, ils te vendent odieusement cher des gadgets haut de gamme. Quand tu as vu le prix de l’iPhone 10 tu fais « ah oui, effectivement, c’est odieusement cher et c’est du haut de gamme ». Par contre, ils n’ont pas d’intérêt à revendre tes données et ils ne le font pas. Et si tu regardes des documents d’architecture de l’iPhone et comment il est fait, par exemple ton empreinte digitale est stockée dans une partie de l’iPhone qui s’appelle le SecureVolt, architecture allemande, on ne peut pas récupérer les données qui sont dans le SecureVolt physiquement. C’est pour ça qu’Apple n’a pas pu aider le FBI à San Bernardino et ils ont fait de la résistance, ce qui n’était vraiment pas facile. Tu imagines dans l’Amérique d’aujourd’hui donner l’impression que tu es du côté des terroristes ! C’était très courageux et en même temps nécessaire par Apple. Ils sont vraiment du côté de la vie privée. Pourquoi ? Parce que en face, chez Google, on fait Android et Android est donné gratuitement à Samsung qui pourtant a les moyens de payer. C’est donné gratuitement à Samsung parce que Google dit : « Je vous donne Android à condition que vous preniez aussi les applications qui vont avec ». Et ces applications sont là pour siphonner tes données. Le business modèle de Google c’est de te donner des applications qui sont des chevaux de Troie comme Gmail pour lire tes mails, Google Contacts pour tes contacts et Google Maps, machin, etc.

Donc structurellement ce sont deux business qui sont très différents. Google ne gagne pas d’argent sur l’OS, ils ne font quasiment pas de matériel, enfin c’est négligeable, ils sont là pour pomper tes données et les monétiser derrière. À l’inverse, chez Apple, ils te vendent du matériel odieusement cher et dieu sait s’il est vraiment très cher et, du coup, ils n’ont pas besoin de gagner du pognon avec tes données.

Donc voilà pourquoi. Mais il y a quand même un sacrifice qui est fait en choisissant l’iPhone : on dit non à un App Store alternatif derrière, donc on ne peut avoir d’équivalent de F-droid. Ils ne sont pas cools avec les logiciels libres, etc., donc c’est peste ou choléra. Mais en termes de vie privée Apple est vraiment mieux.

On arrête là, parce qu’il est 3 heures 5 déjà. Merci à tous. Bonne journée.

[Applaudissements]

Libre en Fête 2018 : découvrir le logiciel libre à l'arrivée du printemps

mar, 02/06/2018 - 15:24

Pour la dix-huitième année consécutive, l'initiative Libre en Fête est relancée par l'April. Entre le samedi 3 mars et le dimanche 8 avril 2018 inclus, dans une dynamique conviviale et festive, des événements auront lieu partout en France pour permettre au grand public de découvrir les logiciels libres. La thématique optionnelle de cette édition étant « la priorité au logiciel libre au quotidien ».

Depuis 2001, l'April invite les groupes d'utilisateurs de logiciels libres et les associations de promotion de ces logiciels à organiser, pour l'arrivée du printemps, des événements de découverte à destination du grand public.

Libre en Fête 2018 peut être notamment l'occasion pour la mise en place de partenariats réguliers entre les groupes d'utilisateurs de logiciels libres et les cyber-bases, les espaces publics numériques (EPN) et autres espaces d'initiation à l'informatique et ses enjeux. Ces groupes d'utilisateurs ont pour objectif de faire découvrir le logiciel libre et ses applications au grand public à travers des actions locales. Ces actions sont non seulement complémentaires aux activités d'un espace Cyber-base ou d'un EPN mais leurs objectifs est le plus souvent intégré à leurs missions.

Les logiciels libres sont des logiciels que tout un chacun peut utiliser, étudier, copier, modifier et redistribuer. Au travers des événements du Libre en Fête, le grand public est invité à découvrir tous les avantages de ces logiciels : des valeurs d'entraide et de coopération, un bien commun accessible à tous favorisant le partage des connaissances, une communauté vivante prête à aider les nouveaux venus.

Le référencement d’un évènement se déroule au travers de Agenda du Libre. Sur la page de soumission d’un évènement de l’Agenda du Libre, vous pouvez indiquer toutes les informations concernant votre évènement (date, lieu, horaires, description, etc.). Pour que votre évènement soit référencé dans le cadre du Libre en Fête 2018, il est nécessaire d’ajouter le mot-clé libre-en-fete-2018.

Proposer un événement pour le Libre en Fête 2018

Autour du 21 mars, de très nombreux événements auront donc lieu : ateliers de découverte, conférences, débats, fêtes d'installation1, projections, rencontres, etc. Le public découvrira ainsi des applications comme la suite bureautique LibreOffice.org, le lecteur multimédia VLC, le navigateur Web Mozilla Firefox, des systèmes d'exploitation (GNU/Linux, *BSD…) ou des projets tels que l'encyclopédie libre et collaborative Wikipédia, la cartographie libre collaborative OpenStreetMap et bien d'autres.

Pour cette édition 2018, les animateurs proposent aux organisateurs d'événements la thématique optionnelle de « la priorité au logiciel libre au quotidien ».

Une liste de diffusion a été mise en place pour que les organisateurs d'évènements puissent échanger leurs expériences et idées. L'inscription à cette libre est libre.

Faites circuler cette annonce, merci !

Pour la députée Sabine Rubin, la directive sur le droit d'auteur met en danger les forges logicielles

mar, 02/06/2018 - 11:52

Dans une question écrite n°5128 publiée au journal officiel le 6 février 2018 la députée Sabine Rubin (France Insoumise) interpelle la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, sur les dangers que fait porter l'article 13 du projet de réforme de la directive droit d'auteur sur les forges logicielles et les communautés du libre.

Dans sa question la députée fait référence à la campagne Save Code Share, lancée par la FSFE (Free Software Foundation Europe) et l'OFE (Open Forum Europe) en septembre 2017, et soutenue par l'April. Cette campagne attire l'attention sur les dangers de l'article 13 du projet de réforme de la directive droit d'auteur pour les forges logicielles.

Comme l'illustre le livre blanc produit dans le cadre de cette campagne, remettre en cause le principe de non-responsabilité par défaut des intermédiaires techniques « hébergeurs de contenus » soumis au droit d'auteur, que sont de fait les forges logicielles, pourrait avoir de graves conséquences non seulement pour les projets logiciels libres, mais aussi, plus largement, pour la préservation d'un internet libre et ouvert.

Notons par ailleurs, comme le relève l'euro-députée Julia Reda sur son site, le soutien plein et entier de la France au texte de la Commission européenne.

Les explications de la ministre sont donc vivement attendues et nous l'invitons à formuler sa réponse avant le vote en commission des affaires juridiques (JURI) qui devrait avoir lieu fin mars 2018.

Question n°5128 de madame Sabine Rubin à la ministre de la Culture : le logiciel libre comme garant de la sécurité.

Mme Sabine Rubin attire l'attention de Mme la ministre de la culture sur l'article 13 du projet de réforme de la directive sur le droit d'auteur actuellement en cours d'étude au Parlement européen qui prévoit l'obligation pour les plateformes d'hébergement de mettre en place des « mesures de reconnaissance des contenus » mis en ligne par leurs utilisateurs. Cette disposition a fait l'objet de très nombreuses critiques, tant du point de vue de sa compatibilité avec le droit européen, que de ses conséquences sur le fonctionnement libre et ouvert d'internet.

Plus spécifiquement, un certain nombre d'associations spécialisées dans la question du logiciel libre et des libertés informatiques s'inquiètent de l'impact qu'une telle mesure aurait pour les forges logicielles ; plateformes hébergeant des contenus, les codes sources, soumis au droit d'auteur et mis en ligne par les utilisateurs. Les développeurs, auteurs des codes sources, publient leurs œuvres sous licence dite « libre » sur des plateformes d'hébergement, les forges logicielles, afin d'en permettre la libre circulation et la libre modification. Ces libertés accordées aux autres membres et utilisateurs sont structurantes pour le modèle de développement dit « agile » des logiciels libres. Un système de reconnaissance automatique de contenu s'opposerait donc à la volonté de celles et ceux dont le droit d'auteur est censé être protégé, tout en portant le risque de sérieusement limiter l'innovation et la réactivité des projets de logiciels libres.

La grande majorité des technologies utilisées, comme le web ou les téléphones pour ne citer qu'eux, ont de nombreuses composantes basées sur du logiciel libre. Or il y a un principe indiscutable en sécurité informatique : plus un logiciel est mis à jour, plus une communauté de développeurs est réactive, plus ledit logiciel est sûr. Tout frein au développement des logiciels libres est donc un frein à la sécurité globale des systèmes informatiques. Alors que toute entrave au fonctionnement des forges logicielles implique des risques significatifs en termes de sécurité informatique et de capacité d'innovation, elle souhaite savoir comment elle entend assurer leur pérennité des forges logicielles.

Decryptualité du 5 février 2018

lun, 02/05/2018 - 23:47

Écouter ou télécharger le décryptualité du 5 janvier 2018 (14 minutes)

    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 5 de l'année 2018

lun, 02/05/2018 - 15:05

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 5

[Developpez.com] L'expression «logiciel open source» souffle sur sa 20e bougie

Par Stéphane le calme, le dimanche 4 février 2018. Extrait:
> Le 3 février a sonné le 20e anniversaire de l'expression «logiciel open source», qui a été adoptée par le directeur exécutif du Foresight Institute, un groupe de réflexion à but non lucratif axé sur la nanotechnologie et l'intelligence artificielle.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/186243/L-expression-logiciel-open-source-souffle-sur-sa-20e-bougie-la-cofondatrice-du-Foresight-Institute-en-raconte-la-genese

Voir aussi:
Position sur la terminologie logiciel libre - open source

[Le Monde.fr] La bibliothèque numérique Open Library inquiète des associations d’auteurs

Par la rédaction, le lundi 29 janvier 2018. Extrait:
> Le projet Open Library, qui veut donner libre accès à des milliers de livres, va trop loin dans sa démarche, estiment plusieurs associations d’auteurs qui dénoncent une violation de leurs droits.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/01/29/la-bibliotheque-numerique-open-library-inquiete-des-associations-d-auteurs_5248746_4408996.html

[Le Point] Algorithmes: «Ce sont les individus qu'il faut responsabiliser»

Par Laurence Neuer, le lundi 29 janvier 2018. Extrait:
> Pour la présidente de la Cnil Isabelle Falque Perrotin, la «déviance» des algorithmes est inéluctable, d'où l'importance de les tester régulièrement.
Lien vers l'article original: http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/laurence-neuer/algorithmes-ce-sont-les-individus-qu-il-faut-responsabiliser-29-01-2018-2190382_56.php

[LeMagIT] Examen de code source par les autorités russes: des airs de faux procès

Par Valéry Marchive, le vendredi 26 janvier 2018. Extrait:
> De nombreux éditeurs ont, au moins par le passé, autorisé l'examen du code source de leurs produits afin d'accéder à certains marchés en Russie. Une source de vulnérabilité? Pas tant que cela, soulignent certains.
Lien vers l'article original: http://www.lemagit.fr/actualites/252433877/Examen-de-code-source-par-les-autorites-russes-des-airs-de-faux-proces

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Lettre d'information publique de l'April du 1er février 2018

jeu, 02/01/2018 - 10:10

Bonjour,

Concernant le dossier Open Bar Microsoft/Défense, Next INpact a publié des documents qui révèlent qu'une migration vers le logiciel libre aurait été approuvée par le ministère quelques années avant qu'un revirement en faveur de Microsoft ne soit consommé. Nous avons diffusé un communiqué de presse, également disponible en anglais.

La prochaine édition de Libre en Fête aura lieu du samedi 3 mars au dimanche 8 avril 2018. N'hésitez pas à référencer vos événements.

Le groupe Transcriptions vous offre huit nouvelles transcriptions. Pour rappel, proposer une version texte des enregistrements audio et vidéo permet de faciliter leur indexation, leur accessibilité et leur réutilisation. N'hésitez pas à participer ne serait-ce qu'en relisant les transcriptions en attente.

N'oubliez pas d'écouter la les trois dernières éditions du Décryptualité.

La prochaine assemblée générale se tiendra le samedi 17 mars 2018 à l'université Paris 8 (Saint-Denis), avec diffusion en direct, audio et vidéo.

Au mois d'avril, le 14 et le 15, un April Camp aura lieu à Marseille. Des outils pour participer également en ligne seront disponibles. N'hésitez pas à vous inscrire.

Mais avant ces évènements, deux apéros sont prévus.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Libre en Fête 2018

La prochaine édition de Libre en Fête aura lieu du samedi 3 mars au dimanche 8 avril 2018. Pour accompagner l’arrivée du printemps, des événements de découverte des logiciels libres et du Libre en général sont proposés.

Pour qu'un événement soit référencé dans le cadre du Libre en Fête 2018, il est nécessaire d’ajouter le mot-clé libre-en-fete-2018 lors de la soumission de l'événement sur le site de l'Agenda du Libre.

Migration vers le logiciel libre : volte-face de la Défense en 2007

Le site d'actualités Next INpact dévoile dans un article que madame Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense aurait approuvé les recommandations d'un rapport préconisant en 2005 la migration du ministère de la Défense vers le logiciel libre. Donc quelques années avant que le ministère choisisse de conclure un accord Open Bar avec Microsoft, sans procédure publique, ni mise en concurrence et contre l'avis des experts militaires. Lire notre communiqué.

Notre communiqué est également disponible en anglais.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Libre en Fête 2018
  2. Migration vers le logiciel libre : volte-face de la Défense en 2007
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Inscription au répertoire des représentants d'intérêts géré par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique
    2. Huit nouvelles transcriptions
    3. Décryptualité
    4. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Évolutions d'hebdobot
    3. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Inscription au répertoire des représentants d'intérêts géré par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique

Suite à la loi de décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique dite « loi Sapin 2 », un répertoire des représentants d’intérêts géré par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a été créé.

Nous avons procédé à l'inscription de l'April dans ce répertoire et notre fiche est disponible en ligne.

Huit nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec huit nouvelles transcriptions :

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptactualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour ceux qui souhaitent contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir Événements passés Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 05 janvier 2017, la synthèse de la revue du 12 janvier 2017, la synthèse de la revue du 19 janvier 2017, la synthèse de la revue du 26 janvier 2017.

Évolutions d'hebdobot

Pour faciliter l'organisation de la revue hebdomadaire, nous utilisons un bot irc, nommé Hebdobot, qui gère les logs et la synthèse de la revue hebdomadaire. Début 2018, un travail de refonte du code de ce logiciel a été effectué : normalisation, réorganisation packages, classes, méthodes et code, amélioration du code existant, ajout de fonctions mineures. Des évolutions sont prévues en 2018.

Adhésions

Au 1er février 2018, l'association compte 4 142 adhérents (3 731 personnes physiques, 411 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

Decryptualité du 29 janvier 2018

lun, 01/29/2018 - 23:50

Écouter ou télécharger le décryptualité du 29 janvier 2018 (14 minutes)

    Cette semaine on parle de Reporty, l'application niçoise de signalement des incivilités.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 4 de l'année 2018

lun, 01/29/2018 - 18:26

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 4

[RTL.fr] 5 questions sur la protection des données personnelles

Par Benjamin Hue, le dimanche 28 janvier 2018. Extrait:
> Célébrée tous les 28 janvier, la journée mondiale de la protection des données personnelles vise à sensibiliser les internautes à la nécessité de protéger leur vie privée en ligne. Cette année revêt une importance particulière. Une nouvelle législation européenne entre en vigueur le 25 mai.
Lien vers l'article original: http://www.rtl.fr/actu/futur/5-questions-sur-la-protection-des-donnees-personnelles-7792001103

[L'info durable] Un festival met la ”science collaborative” à l'honneur

Par Sarah Diep, le vendredi 26 janvier 2018. Extrait:
> Laboratoires associatifs, microscopes low-cost et performances queer gynécologiques? Bienvenue dans la santé du futur!
Lien vers l'article original: http://www.linfodurable.fr/culture/un-festival-met-la-science-collaborative-lhonneur-1783

[L'ADN] Tristan Nitot: «Les internautes sont devenus le bétail de Google et Facebook»

Par Olivier Robillart, le mercredi 24 janvier 2018. Extrait:
> Ne plus laisser Facebook, Apple, Google ou Microsoft avoir accès à votre vie numérique, c’est possible. Tristan Nitot de Cozy Cloud livre les clés pour reprendre le pouvoir sur vos informations personnelles.
Lien vers l'article original: http://www.ladn.eu/tech-a-suivre/data-big-et-smart/tristan-nitot-les-internautes-sont-devenus-le-betail-de-google-et-facebook

[canoe] Linus Torvalds: les correctifs Spectre et Meltdown, de la foutaise

Par André Boily, le mardi 23 janvier 2018. Extrait:
> Jusqu'ici, les impacts des vulnérabilités Spectre et Meltdown des puces Intel ont été couverts pour les systèmes Windows et macOS, mais du côté des systèmes libres Linux, ça ne tourne pas rond là non plus.
Lien vers l'article original: http://fr.canoe.ca/techno/materiel/archives/2018/01/20180123-183000.html

[ZDNet France] Quand la Défense a changé de cap en faveur de Microsoft

Par Thierry Noisette, le mardi 23 janvier 2018. Extrait:
> Des présidences Chirac à Sarkozy, et des ministères Alliot-Marie à Morin, la Défense a d'abord penché pour les logiciels libres, avant de se jeter dans les bras de l'éditeur, montrent des documents révélés par Next INpact et pointés par l'April.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/quand-la-defense-a-change-de-cap-en-faveur-de-microsoft-39863050.htm

Et aussi:
[ZDNet France] En 2005, le ministère de la Défense s’intéressait de près au logiciel libre

Voir aussi:
Migration vers le logiciel libre: volte-face de la Défense en 2007

[Le Monde Informatique] Barcelone délaisse Microsoft au profit de l'open source

Par Serge Leblal, le lundi 22 janvier 2018. Extrait:
> Dans le cadre de la campagne européenne «Public Money, Public Code» lancée par la Free Software Foundation Europe, Barcelone a décidé de se passer des services de Microsoft au profit de solutions open source. Les logiciels Exchange Server, Internet Explorer et Office vont être progressivement délaissés au profit d'Open-Xchange, Firefox et la suite LibreOffice.
Lien vers l'article original: https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-barcelone-delaisse-microsoft-au-profit-de-l-open-source-70627.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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