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Le prix du gratuit - Emmanuel Revah - RMLL 2018

APRIL - dim, 05/26/2019 - 15:04


Titre : Le prix du gratuit
Intervenant : Emmanuel Revah
Lieu : Strasbourg - Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : juillet 2018
Durée : 33 min 40
Visualiser ou télécharger la conférence
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : capture d'écran de la vidéo, illustration d'une diapositive
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Merci d’être venus. Je ne sais pas pour vous mais les RMLL c’était vraiment cool cette semaine. Là on arrive un peu au bout et le sujet dont je veux vous parler, limite ça aurait pu être en introduction parce qu’il y a plein d’ateliers à côté, les chatons, les guides d’autodéfense, etc. Ça aurait été bien après ; là ce que j’ai à présenter c’est un petit peu déprimant et c’est tout public. Il y en a certains qui connaissent déjà bien le sujet, donc restez-la et accrochez-vous. Pour les autres, si certains ont des nausées, il y a peut-être des sacs anti-vomissement sous les sièges. À voir.

En gros ce qu’on veut voir là, aujourd’hui, c’est l’écosystème, l’économie des services gratuits, donc les services gratuits : mails, blogs, réseaux sociaux, etc., d’autres outils de communication qu’on utilise tous les jours.
J’ai une question ici : qui participe au service mail ou au blog ou autre publication, outil de communication qu’il utilise ? Que ça soit via de l’argent, des efforts techniques ou autre forme de participation ? Cool. Ça fait trois, peut-être quelques-uns qui ne parlent pas bien français, mais je pense que oui.
Donc souvent beaucoup d’entre nous, en tout cas au niveau de la population, pour la plupart d’entre nous c’est du mail gratuit chez Gmail, Hotmail, machin ; c’est du réseau social fourni gratuitement, etc. Donc ce qu’on veut voir aujourd’hui c’est qui fournit les services, qui les finance finalement, parce que là je ne parle pas des associations ou des services de collectifs, je parle des entreprises qui sont à but lucratif, qui gagnent beaucoup d’argent, qui sont parmi les plus grandes entreprises mondiales et quelle est la monnaie d’échange en fin de compte ; on ne leur donne pas d’argent qu’est-ce que c’est le truc ?

Qui fournit les services ?

Déjà qui fournit les services ? Ça c’est un super Internet bien décentralisé, il y a des services qui sont fournis par toi, elle, lui, moi, des entreprises, des associations, tout un tas de choses, c’est un truc super. On est tous là à participer au truc. En fait non pardon, c’est plutôt comme ça : il y a Google, il y a aussi Google et Google, il y a aussi Google, il me semble qu’il y a une autre entreprise qui s’appelle Google, et puis Amazon, Facebook, Microsoft, etc., toutes ces choses-là qu’on connaît bien qui, finalement, englobent presque tous les services gratuits sur Internet. Et je rappelle que ce ne sont pas des assos, ce sont des entreprises qui gagnent beaucoup de fric, on pourrait parler même « d’un pognon de dingue ».

Qui finance ?

Voyons qui est-ce qui finance tout ça.
À votre avis qui est-ce qui finance tous ces services ? On va prendre un cas simple, un site web basique, le site moyen qui a un petit contenu là l’article, ça c’est le truc qu’on veut voir, qu’on veut consommer ou lire selon le langage qu’on veut employer. On se connecte sur Internet, sur le serveur où il y a le contenu, on le télécharge, on le lit, on l’affiche c’est cool. À votre avis qui finance ce service ? Personne ? La pub. C’est ça, c’est la pub. Là ça résume un peu tout le truc, je crois qu’on a fini, vous pouvez partir, non je rigole !

Des outils… gratuits !

Il y a encore un petit truc qu’on a là c’est que le contenu est financé par la publicité, donc la publicité qui va rémunérer le site web, mais il y a d’autre petites choses qu’on ne voit pas forcément, qui sont un peu moins visibles, que ça soit des trucs comme des fonts, des Analytics, des scripts JavaScript, des choses comme ça qu’on va intégrer dans le site, que le fabricateur du site ou le webmestre va pouvoir utiliser, elles aussi gratuitement.
Donc quand je fais mon site… On va dire que c’est notre site, ça c’est notre site web, on fait un site ensemble, on veut gagner du fric. Pour économiser les coûts, on va utiliser des choses comme ça qu’on va emprunter à droite, à gauche, c’est très facile, on met trois bouts de code dans notre page HTML et paf ! On a des fonts super jolies, on a des statistiques hyper performantes, on a des librairies jQuery et autres et on ne se pose pas de questions, mais c’est gratuit pour nous aussi, webmestre.

Vive les contenus tiers

Pour enrichir le site on peut aussi intégrer des cartes, c’est vachement pratique pour les gens qui veulent venir nous voir, il y a des vidéos qu’on va trouver sur YouTube, il y a des Gravatar, personne ne veut parler du Gravatar ? Gravatar, c’est quand même un truc qu’on emprunte à droite, à gauche, qui est un petit peu un problème, on va en parler un peu après. Et ça peut être plein de contenus qui viennent d’ailleurs, à droite, à gauche et c’est génial. On les met dans notre site. On n’a toujours pas payé pour notre site. On a payé pour l’article, mais pour toutes ces autres choses-là, on n’a toujours pas payé.

Partager pour gagner plus

Et puis pour que notre site ait des clics, pour que les publicités qu’on a mises au début puissent nous rémunérer, eh bien on veut inciter les gens à partager, donc on va mettre des petits liens de partage. C’est cool, c’est pratique. Il y a la manière facile, c’est juste je vais sur un site quelconque, je mets un bout de code et ça m’affiche en temps réel le nombre de partages et de retweets, etc. ; ça c’est super pratique. Pour faire ça, les petits bouts de code et il y a des requêtes qui se font sur tous ces sites-là.
Donc en gros, pour afficher cette page, pour l’optimiser et ne pas payer grand-chose, on fait en sorte que le visiteur télécharge la moitié d’Internet.

Optimiser la pub

Ça c’est cool, maintenant on a de la publicité sur notre site. On a du contenu gratuit pour embellir notre page, etc., c’est génial et la publicité est là, c’est bien mais au début de l’Internet ce n’est pas très bien, ce n’est pas très rentable. D’abord ça concurrence la télé qui est encore un petit peu le moyen où il y a les publicités les plus chères, mais, à un moment donné, on se dit « tiens on peut donner un même contenu à tout le monde, mais des publicités différentes ».
Pour faire ça c’est très simple, il faut des profils. Avec les profils on peut dire toi « tu as une pub comme ça et toi tu en as une autre ». Et là, la valeur de la publicité augmente, donc c’est plus intéressant.

Ceux qui fabriquent des profils, ce sont les classiques, il y en a plein d’autres, mais basiquement on a un petit compte Gmail et puis on va sur Google Maps et YouTube, etc., donc il y a des choses qui se construisent sur notre identité numérique. Facebook le fait aussi, d’ailleurs même à notre insu. Si vous n’avez pas de compte Facebook, c’est juste que vous n’êtes pas au courant que vous avez un compte Facebook. Je pense que tous les autres le font, on peut vous profiler sur votre navigateur, etc. Donc il y a plein de moyens de créer un profil pour tout le monde. J'aurais dû appeler ce slide, des profils pour tous.

Public : Inaudible.

Emmanuel Revah : Tous ! Merci Sven.

Public : Inaudible.

[Rires]

Si ça peut servir à pister, ça sert à pister

Emmanuel Revah : Pardon, j’étais où Oui, là. Le truc qu’il faut se dire c’est juste si ça peut servir à pister, à priori ça sert à pister. Il n’y a pas de trucs comme ça, de Gravatar et de machins comme ça, bizarrement gratuits, et qui donnent quand même une partie de votre information sans échange. Donc là on peut commencer à rentrer dans le monde du supermarché des données.

Le supermarché des données

Le super marché des données c’est génial parce qu’on se dit Google, Facebook, ils ont nos données, ils connaissent plein de choses sur nous ce n’est pas bien, mais ce n’est rien ça, enfin ce n’est rien ! C’est une partie du problème. Ils récoltent les données des utilisateurs, hop, on a tous nos petits profils-là, c’est génial, et après, derrière, il y a des entreprises qui vont obtenir ces données, soit elles vont les acheter, soit elles vont les obtenir via un jeu quiz bizarre ou d’autres moyens. Elles peuvent très bien aller et chez Google et chez Twitter et chez l’un et chez l’autre pour récupérer plusieurs sources de données, les mettre ensemble et avec ça on a un tas de données. On peut aller voir ces entreprises-là et aussi plein d’autres entreprises pour leur demander quelle est la campagne optimale pour vendre ma paire de chaussures ou mon politicien. Donc là-dedans on a les clients de ces entreprises-là : c’est Nike, c’est Reebok, ce sont les machins comme ça. Mais c’est aussi Donald Trump, mais aussi Obama, ce ne sont pas que les méchants ou que les gentils, c’est tout le monde et ça donne beaucoup de données.

L’autre truc c’est qu’on est vraiment limités par le budget, en fait, ce qu’on veut savoir sur les gens, la limite c’est pratiquement le budget et il y a quelques personnes qui ne sont pas dans ces fils-là, mais quand même beaucoup.

Avez-vous la carte du magasin ?

J’ai une question que j’ai à poser et que je voudrais poser à ces données-là c’est : est-ce que vous avez la carte du magasin parce que si vous ne l’avez pas vous loupez des soldes, des remises de 10 %, etc.

Je veux parler de ça parce qu’on se dit toujours « c’est cool les cartes du magasin », mais les cartes du magasin, en fait, c'est tout un autre marché ; j’aurais dû diviser en deux ce slide, parce qu’il y a déjà le marché des entreprises, les mêmes que celles-là. Elles vont aller sur Internet auprès de Google et Facebook, etc., pour obtenir les données et il y a d’autres entreprises qui vont obtenir les données des cartes du magasin. Il y a même RelevanC, qui est tout en bas à gauche, c’est créé par le groupe Casino ; c’est leur agence de marketing. Ils appellent ça du Onboarding, c’est le fait de prendre les données off-line, hors ligne, et de les mettre dans une base de données en ligne. Et après, éventuellement, d’aller chez Facebook et Google et de dire « mon client a tel numéro de téléphone avec sa carte de fidélité et j’aimerais trouver mon client chez vous ». Si vous avez un magasin et vous avez les mails de vos clients, aujourd’hui vous pouvez aller chez Facebook très simplement, leur donner votre liste de mails et ils vous diront si vos clients sont sur Facebook. Vous pouvez les ajouter ou alors vous pouvez leur dire « je veux une publicité pour eux ». Ça c’est la version light qu’on peut faire aujourd’hui si on le voulait, juste avec un compte Facebook et peut-être deux-trois euros ou quelque chose comme ça.

Pourquoi Temelio ?

Donc tout ça c’est génial. Moi j’aime bien ! Ce que j’aime bien dans ces entreprises, c’est qu’il y a des entreprises comme Temelio qui disent des choses sympas : les données sont anonymes, mais on peut cibler jusqu’à l’individu. Je ne sais pas encore comment ça marche. On parle de nom, prénom, adresse postale, e-mail, ce n’est pas son navigateur, ce n’est pas juste qu’il vient avec son même tee-shirt rouge et qu'on peut le reconnaître ; s’il éternue quelque part il laisse quelques traces, on peut peut-être le reconnaître aussi !

Moi je n’aime pas ces gens-là. Ce n’est pas connu du grand public. C’est connu si vous avez un magasin : tu ouvres un magasin et tu veux une carte de fidélité pour tes clients, que tu sois Auchan ou Biocoop, eh bien tu vas dans des boîtes comme ça et tu leur dis : « Faites-moi un système ». Ils impriment un bout de plastique avec ton logo et après toutes les données se retrouvent chez eux ; ça permet d’avoir des camemberts et des machins et après on peut leur donner un peu plus d’argent et dire « allez acheter chez Google et Facebook ».
D’ailleurs je veux revenir un peu sur ce truc-là [slide précédent, NdT]. Les entreprises qui sont d’un côté et de l’autre finalement c’est une situation temporaire. Cette boîte-là [Acxiom] a acheté LiveRamp qui est là-bas et ils vont tous finir par devenir la même chose parce qu’il n’y a plus de différence entre en ligne et hors-ligne ; ça c’est fini.

Il y a des entreprises qui s’appellent « Des gens sympas au boulot » [NPAW, Nice People At Work]. Peut-être que ce sont les moins pires parmi toutes les entreprises que je suis allé voir pour faire ce truc-là, mais j’adore l’ironie de leur nom. Eux sont spécialisés dans la vidéo. Ils analysent toute la réaction, toute l’interaction qu’on peut avoir avec une vidéo en ligne, toujours dans l’objectif de transformer votre action, votre consommation d’informations, en vente quelque part ailleurs.

La ferme du gratuit

Finalement le produit sur Internet, pour ces entreprises-là, dans les échanges gratuits, ce sont les données et c’est vous qui les produisez, nous, moi, et je trouve que ça ressemble un peu à ça. On est là, on est nourris, on est logés, quand on va mal il y a quelqu’un qui vient nous soigner ; on s’occupe bien de nous. Franchement Gmail, apparemment, selon plein de gens, eh bien ça marche très bien. Les Analytics Google ça marche très bien, toutes ces choses-là fonctionnent très bien. Il y a un meilleur support chez eux que n’importe où ailleurs. D'ailleurs le support chez eux c’est souvent le cousin, etc. En gros nous on est là et les agriculteurs ce sont Google et Facebook. Ceux qui nous consomment qui vont consommer cette chose-là on ne les connaît pas bien, ce sont les gens de l’autre côté de la barrière, on ne les voit pas. On les a vu tout à l’heure.

Tout est bon dans le data

Je ne sais pas quoi dire, mais il n’y a vraiment rien qui est laissé. Je n’ai pas pu tout mettre ! Si vous imaginez quelque chose qu’on peut capter sur votre comportement devant un ordinateur ou dans un magasin, c’est quelque part là-dedans. Il n’y a vraiment rien qui est laissé. C’est déprimant. Les entreprises qu’on a vues dans les premiers slides mettent des fois toutes ces infos sur leur site, elles disent tout, direct : « notre objectif : analyser et transformer en vente. »
Ça c’est un exemple : savoir où vous passez votre souris, que vous cliquiez ou non. C’est où est votre souris, combien de temps ça met. Il y a plein d’autres façons de voir ce truc-là. On peut même avoir un replay, une rediffusion de la souris d’un visiteur individuel. Je peux dire « ce visiteur-là m’intéresse, je ne sais pas comment il ou elle a fait », donc on peut, avec ces services-là, refaire le mouvement en temps réel de la personne.

Prix= Cerveau

Donc quelque part ce qu’on paye c’est un accès direct à notre cerveau ; ce sont des moyens, des manières de nous manipuler ; quand on nous connaît bien on peut nous manipuler. Des amis proches arrivent à me faire faire des choses que je n’ai pas forcément envie de faire et ils me connaissent moins bien que si j’avais un compte Gmail et si je me baladais en mode normal sur Internet. Donc ce sont les liens les uns avec les autres.

Les hésitations je ne l’ai même pas dit, mais vous savez peut-être : quand vous allez sur des trucs comme Twitter ou autre, vous commencez à écrire dans la case et puis vous dites : « Non ce n’est pas sympa d’écrire ça, je l’efface ». C’est quand même envoyé ! D’ailleurs c’est plus intéressant, d’un point de vue de données, de savoir ce que vous aviez envie d’écrire au premier instinct ; ça c’est plus intéressant que le truc « je réfléchis, je mets un truc plus neutre. J’avais envie de dire un truc un peu plus… » Ça c’est quand même envoyé. Ça fait partie des données qu’ils peuvent prendre.
Comme j’ai dit tout à l’heure il n’y a pas de limites à ce qu’on peut prendre.

Ce dessin, moi j’aime bien dessiner des choses comme ça, j’adore ; mais ça ce n’est pas moi, c’est le logo de Cambridge Analytica. !

http://interweb.idiocracy

Un truc c’est qu’avec tout ça transforme la manière dont fonctionne le Web. Si certains d’entre vous ont connu Internet en 2000, jusqu’à 2005 peut-être même, mais surtout autour de 2000 et avant, vous avez connu un truc beaucoup plus simple, beaucoup plus informatif, beaucoup moins intrusif et avec ces choses-là sur notre site qu’on a fait tout à l’heure, on est en compétition avec d’autres.

Histrionisme

Je parlais du concept de l’histrionisme. L’histrionisme c’est caractérisé par une recherche constante d’attention excessive. Plus on passe de temps sur un site, plus on génère de données, donc plus on génère du revenu. Le truc c’est qu’il y a 24 heures pour chacun ici et chacun ailleurs, d’ailleurs, il n’y a pas plus de temps pour quelqu’un qui est riche ou pauvre, etc. On a 24 heures dans une journée. Je ne sais pas si vous lisez l’anglais, la compétition de Netflix, selon le patron c’est « notre compétition c’est le sommeil ». Facebook n’est pas en compétition avec Google, Facebook est en compétition avec ça [la conférence et les RMLL, NdT], avec un pic-nique, avec une balade entre amis. C’est ça leur compétition, parce que si vous restez devant l’ordinateur sur leur site, vous voulez du réseau social, eh bien on va sur Facebook. Point barre. Si vous voulez acheter un truc vous allez sur Amazon. Donc leur compétition c’est la vie déconnectée de ces choses-là, de ces moyens de capturer des données. Même si vous ne cliquez pas sur les pubs, vous produisez des données, des comportements ; tout ça, ça s’étudie.

Dans la série de l’histrionisme, qu’est-ce qu’on a ?
On a des sites avec des scrolls à l’infini : les pages ne s’arrêtent plus, on ne veut pas que les pages s’arrêtent ; il y a du AutoPlay, de la lecture automatique pour les vidéos. Il n’y a jamais de fin de page, ça continue sans cesse. L’idée c’est de ne pas partir ; « Ne partez pas ! »
Avec ça on a un peu des trucs types, des trucs pas chers, les appâts à clics et des choses qui vont attirer notre attention ou nous perturber un peu dans notre flux de lecture et nous harceler avec des choses comme ça [« Abonnez-vous à notre newsletter. Entrez votre e-mail »,NdT]. Je ne sais pas si quelqu’un ici s’est déjà abonné à la newsletter. Moi j’ai tendance à fermer la page et aller prendre l’air.

Je parle de ça parce que ça change vraiment comment fonctionne et comment on diffuse et ce à quoi le Web ressemble.

Troll

On peut aussi parler du troll. Vous avez peut-être connu Internet autour de 2000, peut-être avant, il y a des trolls qui viennent là sur les forums et d’autres trucs, et ils parlent de n’importe quoi. Ils aiment bien l’attention, ils ne pensent ni bleu ou rouge, ils vont juste défendre le truc que tout le monde n’aime pas, proposer des arguments un peu hallucinants. Leur idée c’est d’accaparer l’attention et d’emmerder tout le monde.

Fausses infos

C’est génial parce le troll, parce que ça inspire ce qu’on appelle les fausses informations, les fake news. C’est génial parce que ce comportement-là, les trolls, on remarque que ça attire vachement l’attention. Les gens sont là à répondre aux trolls, à interagir avec. On a même l’expression « ne pas nourrir les trolls » parce que c’est tentant.

Ce qui est tentant aussi c’est quand vous voyez deux pages comme ça [« La Terre est littéralement en feu » et « La Terre est plus chaude de 0,8 ° », NdT], je ne sais pas, je pense que vous connaissez la réponse, laquelle a plus de clics à votre avis ?

Public : Inaudible.

Emmanuel Revah : D’accord. C’est ça [« La Terre est littéralement en feu »]. Six fois plus selon une étude récente, six fois plus parce que le troll qui arrive et qui dit des trucs hallucinants, ça nous attire ; l’autre qui dit un truc un peu censé, on s’en fout. Et ça aussi c’est un peu à nous de combattre, mais de toute façon dans le site qu’on a fait pour gagner de l’argent, on a plus intérêt à faire le truc un petit peu « trollesque ». Le niveau peut varier, on peut juste faire un truc comme ça où on part d’une information réelle, on l’exagère un peu et l’information s’appauvrit. Mais ça va jusqu’aux sites de fausses informations, 100 % fausses. On ne va pas trop aller là-dedans, mais il y a un gars si vous voulez noter un nom c’est Paul Horner.

Public : Craie et tableau.

Emmanuel Revah : Craie et tableau. [Emmanuel écrit au tableau « Paul Horner », NdT]. Si vous avez du temps pour lire un peu la page Wikipédia sur ce mec-là, peut-être plus en anglais. Il a écrit un article sur son site de fausses infos comme quoi, après je ne sais après quelle tempête, Barack Obama a sorti de l’argent personnel pour aider à financer la reconstruction de la Mosquée. Fox News a vu ça et ils ont relayé l’info comme une info réelle. Voilà le pont entre ça et après la réalité et comme dirait Georges Abitbol « Monde de merde ! » [Dans le téléfilm ]. Donc on paye aussi avec une information de plus en plus débile.

La bulle

Petit effet secondaire, eh bien vous connaissez peut-être la bulle. Moi j’aime bien les chats, j’ai un compte Google, ils savent que j’aime les chats plus que les chiens. Quand je vais commencer une recherche objective « animal de compagnie », eh bien je vais peut-être ne voir que les trucs de chats ou de préférence des trucs de chats.
Donc si vous avez un compte Gmail et que vous allez souvent voir YouTube, etc., essayez, faites une recherche ; si vous êtes anti-nucléaire, essayez de faire une recherche pro-nucléaire. Je ne sais pas si vous aurez les mêmes résultats qu’un navigateur neutre. Ces effets-là c’est un peu compliqué parce que, du coup, ça nous pousse dans des directions et certaines choses deviennent introuvables [« ingoogleable », NdT]. Ça devient de plus en plus dur à trouver ; ce n’est pas encore introuvable.

Un petit peu d’optimisme. Ça vous dit ?

Démographie

Mais d’abord, moi j’aime bien regarder ces chiffres-là ; ça date d’il y a plus d’un an mais pour moi Facebook ou Google, etc., ce sont un petit peu des nations, des nouvelles nations. Ils ont leurs règles, ils ont leurs utilisateurs et si on ne respecte pas les règles on est viré de la nation. Donc ce sont un petit peu des nations, des lois qui sont une couche au- dessus, en parallèle, qui ont d’autres frontières, mais ils ont beaucoup plus de données sur leurs citoyens que n’importe quel pays, même la Corée du Nord ou la Chine, etc., et, en plus, ils ont plus de citoyens. Leurs citoyens habitent aux États-Unis et en Europe, essentiellement. Donc avec les deux milliards, quand on regarde les États-Unis et l’Europe, on est largement dedans. Il y en a quelques autres qui viennent d’ailleurs, mais ils ont quand même un petit peu beaucoup de connaissances sur tous nos citoyens, nos concitoyens.

OK ! Qu’est-ce qu’on fait ?

Moi je me suis mis une règle.

Ne faites pas comme eux ! Si vous faites des services, ne jouez pas à leurs trucs, ne revendez pas les données de vos utilisateurs ! Et surtout, si on est du côté utilisateur, puisqu’on se retrouve des deux côtés, eh bien peut-être qu’il faut qu’on change les liens qu’on a avec les fournisseurs de services. Au lieu d’échanger notre vie privée et l’accès à nos cerveaux, peut-être qu’il y autre chose à faire.

Envoyez STOP au 36…

Un truc qu’on peut faire en mode pansement, c’est couper la pub. Ça ne coupe peut-être pas tout, mais ça coupe pas mal de choses.
ubloc Origin1 est un bloqueur de pub bien, ce n’est pas un de ces bloqueurs de publicité qui fait des accords avec les régisseurs de publicité.
Privacy Badger2 apprend selon votre navigation quelles sont les URL, les liens, les objets qui viennent de plus en plus souvent, qui ne servent pas forcément à l’affichage mais qui, finalement, vous pistent, comme des Analytics ou des choses comme ça. La première fois il va l’afficher quand il le voit sur des sites qui n’ont rien à voir, il se dit : ça c’est pour pister, je le bloque. Donc on peut bloquer juste le cookie ou la connexion.
Ce sont des pansements, ce n’est pas une vraie solution, ce sont des pansements.
Si vous n’avez pas peur dans la vie, il y a aussi uMatrix.
Avec ça c’est bien, on voit tout de suite que l’Internet c’est vraiment un spaghetti pas possible. Moi j’utilise ça sur certains navigateurs et quand ça ne va pas, eh bien j’en ouvre un autre.

Il n’y a pas que Google

Sachez qu’il y a d’autres moteurs de recherche, bien que Google soit sans doute, j’ai envie de dire, « parmi les meilleurs », d’autres disent « le meilleur », peu importe, c’est sûr que ça marche, mais il n’y a pas que lui. Essayez d’aller vers Ixquick3, Qwant4, DuckduckgoDuckduckgo et d’autres. En fait je pense que côté moteur de recherche il y a vraiment du boulot à faire pour trouver un truc qui marche bien et qui ne revende aucune de nos données, parce que ces trois-là nous promettent des choses, mais, encore une fois, on ne sait pas tout.

Courriel éthique SVP

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais quand vous écrivez vous avez pris votre boîte mail bien quelque part, vous chiffrez, vous faites ce que voulez et vous écrivez quelque chose à quelqu’un qui est chez Gmail. Eh bien voilà ! [« Gmail nuit gravement à votre intimité et à celle de votre entourage », phrase affichée à l'écran, NdT]. Ça c’est un des problèmes avec le mail. Peut-être que toi tu fais un truc super, tu vas chez Posteo5 ou je ne sais pas qui et, à un moment donné, il faut écrire à lui qui est chez Gmail. Eh bien voilà ! Gmail, une fois que ça tombe là-dedans… On a vu quelqu’un l’autre jour, dans une autre conférence sur la sécurité, qui disait que Gmail ne peut pas techniquement lire vos mails. Si on vous dit ça, on vous ment !

Framasoft - CHATONS

Il y a des solutions. Vous avez entendu parler de Framasoft, ils sont beaucoup autour de l’éducation, de la sensibilisation. Ils mettent même en place des outils, des services web, des pads, des Framapiaf, des machins comme ça, on va en parler juste après. C’est très bien parce qu’on peut les essayer et après on peut les installer soi-même si on veut.
Et à côté il y a aussi les CHATONS. Les CHATONS6 c’est le Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Le truc c’est qu’il y a une charte, claire et simple, qui stipule que quand on est chaton on ne partage les données de nos utilisateurs. On utilise des logiciels libres. On fait les choses bien et ça c’est en évolution. Dans les chatons, il peut y avoir des particuliers, des associations, des collectifs comme ça, des professionnels. L’idée c’est de proposer les services aux utilisateurs et que l’utilisateur soit le client. C’est déjà une relation beaucoup plus simple. On peut aussi trouver des chatons qui demandent une participation : « Viens on va faire du mail, mais viens apprendre avec moi, et on apprend ensemble. » Donc il y a différentes possibilités.

Des outils réseaux pour nous

Dans tous ces outils, le mail on a déjà dit qu’il faut que ça soit privé. Donc allez donner de l’argent à quelqu’un s’il faut, mais faites-le.

Les réseaux sociaux ou les réseaux de médias, etc., selon les appellations, les services, c’est quelque chose de plus compliqué. Parce que si on veut pouvoir twitter ou un truc similaire ou entre nous, eh bien, à un moment donné, il faut créer un réseau. Je peux avoir juste mon serveur dans un coin, je peux installer mon petit serveur Mastodon7, ça se fédère. Il y a ActivityPub8 qui est assez récent. Il y avait d’autres trucs avant, Friendica existe depuis plus de dix ans ou dix ans tout court ; ce sont des projets vraiment bien qui adressent tous les problèmes qu’on a là et qui permettent d’avoir un truc décentralisé, mais en même temps interactif, fédéré.
Depuis que je suis sur Mastodon, c’est comme sur Twitter, je suis sur mon serveur, je ne suis peut-être pas tout seul, mais j’ai beaucoup d’interactions avec des gens qui sont ailleurs.
Il y avait un atelier PeerTube9, ça aurait bien de le voir, mais il faut retourner dans le passé et aller le voir.

Ça ce sont des outils super.

URL courtes, lib JS et autres

Quand on fait des sites web, ça c’est pour ceux qui font des sites web, arrêtez avec les liens courts, arrêtez avec les liens bit.ly et je ne sais quoi, ce n’est pas possible ! Ça dévoile des choses sur les utilisateurs, ça cache le lien réel, en plus, et il n’y a pas besoin. On peut publier plus de 140 caractères partout de nos jours, ça va.
Les liens courts ça nous suit de partout. Le JavaScript qui vient de partout ça aussi, c’est cool d’utiliser du jQuery mais téléchargez-le, mettez-le sur votre site.
Créez un proxy s’il faut, c’est possible.
J’ai parlé des Gravatar au début. Il y a dix ans je me suis dit tiens je vais implémenter Gravatar10 sur mon site, je suis allé voir comment on fait : c’est très simple, la personne met son commentaire, met une adresse mail et quand la page s’affiche, il y a un HMD5, donc on prend l’adresse mail, on la met dans une moulinette et ça sort un chiffre unique qui sera toujours le même et on envoie ça à Gravatar. Donc le lien vers l’image ce n’est pas un lien depuis mon site, c’est le lien vers Gravatar avec une petite information en plus qui est lisible par tous. Et cette information c’est l’adresse e-mail codée. Donc on ne peut pas connaître l’adresse mail de la personne, mais le visiteur, ce qu’on sait, eh bien je prends ce HMD5, je le mets dans un moteur de recherche performant et puis je trouve tous les autres commentaires de cette personne. Ça c’est facile, je l’ai fait. Et puis du côté de Gravatar on sait qui a posté quoi, où et quels sont les sites les plus visités. Donc ce qu’on peut faire c’est un proxy. J’ai fait sur mon site un petit proxy qui va juste faire la requête avec Gravatar et ensuite proposer au visiteur une image qui vient de mon site. On peut faire ça pour toutes les choses comme ça. Si on veut charger du JS sans le mettre sur le site, eh bien faites un proxy.

Fuck Google Fonts

Un dernier truc, je ne sais pas quoi mettre en dessous de ça, mais vraiment Google Fonts ça suffit maintenant. Et quand je dis ça suffit ce n’est pas oui, ça suffit, mais on en trouve partout ! Même la FSFE sur la campagne Save Code Share!, ça a été une campagne contre les articles 11 et 13, eh bien il y a des Google Fonts. Il y a un Piwik que je veux bien permettre, ça c’est cool, ça c’est uMatrix pour ceux qui ne connaissent pas, mais on voit des requêtes vers fonts.google-api [google api,google,fonts] et quand ça ne marche pas, ça essaye un autre truc, fonts.gstatic, donc la version statique parce que la version JavaScript est bloquée, donc on va essayer…
Il y a toujours une envie de prendre.

Je ne sais pas si j’ai déjà dit ça : « Si ça peut servir à pister, ça sert à pister ».

Merci d’être venus. Moi c’est Manu. Si jamais vous voulez un premier lien de contact, j’ai mis mon URL Mastodon [manu@social.hoga.fr]. Mon adresse mail c’est sans le social point [manu@hoga.fr] si on veut.

Au cœur de l'April - RMLL2018 - Christian et Bookynette

APRIL - sam, 05/25/2019 - 17:41


Titre : Au cœur de l'April
Intervenants : Christian Momon - Magali Garnero alias Bookynette
Lieu : Strasbourg - Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : juillet 2018
Durée : 1 h 03 min
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Diaporama support de la conférence
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : page 1 du diaporama support de la conférence - Licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure, licence GNU FDL3 version 1.3 ou ultérieure
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.

Transcription

Christian Momon : Bonjour à tous. On va commencer la conférence « Au cœur de l’April » qui vous est présentée par…

Bookynette : Bookynette, je suis libraire, je suis administratrice de l’April, j’ai plein de casquettes. Je suis aussi une des administratrices de En Vente Libre et on fait une conférence demain avec LinuxFr et l’Agenda du Libre. Et mon collègue…

Christian Momon : Christian Momon, membre du conseil d’administration de l’April et activiste à l’April depuis 16 ans.

Bookynette : Hou la !

Christian Momon : Petite question : tout le monde connaît l’April1 ?

Public : Oui.

Christian Momon : Oui. Vous êtes tous adhérents ?

Public : Oui.

Bookynette : Waouh !

Christian Momon : C’est vrai ? Bravo.

Bookynette : Merci. Merci beaucoup.

Christian Momon : On a prévu un petit plan pour faire le tour de la présentation de l’April pour ceux qui connaissent et ceux qui ne connaissent pas. Bien sûr on réserve une partie pour vos questions parce que les RMLL sont une occasion de rencontrer nos adhérents partout en France, donc n’hésitez pas. On va passer en revue l’objet de l’association, les moyens, les initiatives et après on vous donne la parole. Donc l’April.

L’April - L’objet

Bookynette : Si vous avez des questions n’hésitez pas à nous les poser au fur et à mesure, ça évite de les oublier à la fin et on y répondra en essayant de ne pas trop sortir de notre plan.

Christian Momon : On a un plan mais c’est un prétexte, un support pour avoir des échanges avec vous.
Donc l’April. Vous connaissez l’April. Nous sommes dans la 21e année d’existence, créée par des étudiants à la fin de leur cycle universitaire.

Bookynette : Ce n’était pas dans un garage comme certains, c’était dans un bocal. En gros, un bocal c’est une salle informatique dans une université.

Christian Momon : Une rencontre avec Richard Stallman, une prise de conscience qu’il fallait faire quelque chose et c’est devenu l’April, une association qui, au début, était plus de l’ordre GULL [ Groupe d'utilisateurs de logiciels libres] qu’autre chose mais qui, très vite, a pris des initiatives entre guillemets « politiques » avec de la communication, avec des pétitions, etc., et puis qui s’est organisée, qui s’est structurée et qui, maintenant, a plus de 4000 adhérents, des permanents, etc.

Bookynette : Au départ, April c’était l’association pour la promotion et la recherche en informatique libre ; ils étaient jeunes, ils étaient en mode recherche. Et puis, on s’est vite rendu compte que la recherche c’était bien mais ce n’était pas suffisant parce que le logiciel libre était menacé. April c’est un acronyme ; maintenant c’est une association, donc on fait la promotion et la défense du logiciel libre.

Christian Momon : Nous sommes passés d’une approche technique de la problématique à une approche institutionnelle, politique. On parle de libertés numériques. L’April n’est pas un GULL, l’April se focalise sur les libertés numériques.

Bookynette : L’April n’est pas un GULL mais travaille énormément avec les GULL. Si les groupes d’utilisateurs de logiciels libres vous intéressent sachez qu’il y a une journée qui est consacrée aux GULL ; il me semble que c’est le 10, que c’est marqué 10.

Christian Momon : C’est mardi le matin et l’après-midi.

Bookynette : Voilà.

Christian Momon : On va le voir juste après. C’est important d’avoir à l’esprit, par exemple, que 40 % des adhérents de l’April ne sont pas du tout informaticiens. C’est important aussi de savoir qu’au conseil d’administration de l’April, il y a une libraire [Christian indique Bookynette, NdT], il y a une philosophe.

Bookynette : Il y a des profs.

Christian Momon : Il y a des profs. Voilà. Ce sont des enjeux sociétaux et ce n’est pas que de la technique.

Bookynette : Il y a des techniciens et des informaticiens aussi, on ne les a pas totalement virés, ils sont toujours là. Mais en tout cas, ils ne sont plus forcément en majorité ce qui est assez particulier dans le monde du Libre.

Christian Momon : Deux axes principaux d’action : la promotion et la défense du logiciel libre.
Promouvoir parce que aujourd’hui l’informatique n’est plus uniquement dans des laboratoires, elle est dans toute la société, chez tout le monde. Et, malheureusement, il y a des concours de circonstances qui font qu’on pousse les gens à utiliser certains logiciels, certains systèmes d’exploitation, sans leur expliquer qu’à côté il y a des alternatives qui existent. Ces alternatives les protègent, respectent leurs données personnelles, leur garantissent une vraie sécurité de leur informatique, un vrai contrôle de leurs outils. Donc c’est important de porter cette information le plus possible partout. Pour ça on fait des documents de sensibilisation, on a des initiatives avec Libre en Fête, on fait des conférences et des ateliers, on a l’Expolibre, on a l’Agenda du Libre, on a un certain nombre d’initiatives pour la promotion : informer, diffuser l’existence de cette alternative qui est la seule qui permet de contrôler son informatique.

Bookynette : Et puis il y a tout le côté de la défense. Là ce sont surtout les salariés qui s’en occupent. Nous avons la chance d’avoir Étienne Gonnu, on en parlera peut-être un peu après, qui va faire de la surveillance institutionnelle. Donc on combat des dangers qui ont été définis par quatre il y a quelques années mais qui maintenant sont beaucoup plus nombreux. Tu parles de brevets logiciels, on a parlé de TAFTA [Trans-Atlantic Free Trade Agreement] qui n’est pas passé, EUCD [European Union Copyright Directive], ACTA [Anti-Counterfeiting Trade Agreement], le contrat Open Bar ; le contrat, ce sont les contrats Open Bar parce que Microsoft a signé un contrat avec le ministère de la Défense, il y a aussi signé un contrat avec l’Éducation et il me semble qu’il a aussi signé un contrat avec la Santé. C’est sur ce genre de contrats-là qu’on essaye d’intervenir, de prévenir les élus locaux, que « attention danger ! » Et puis il y a plein d’autres choses aussi, il y a des lois qui sont passées. On est intervenus sur la loi de finances, on est intervenus sur la loi pour une République numérique. Là, en ce moment, on est en train d’intervenir au niveau européen parce que l’April ne se contente pas juste de la France mais aussi de l’Europe sur toute la loi sur le droit d’auteur et on est focalisés sur l’article numéro 13, mais c’est une autre histoire.

Christian Momon : Oui. Et c’est là où on voit que la dimension institutionnelle de l’April est fondamentale. Au niveau parlementaire européen, au niveau du Parlement français, les députés, au niveau du Sénat, au niveau des collectivités locales, etc. Là, eux ont besoin d’être motivés, poussés. Dans nos adhérents nous avons la ville de Paris, nous avons la région Rhône-Alpes. On a eu la région Île-de-France, il n’y a pas longtemps, mais ça reviendra.

Bookynette : On a la ville de Toulouse. On a des villes plus petites. On a aussi Digne-les-Bains. Bref ! On a pas mal d’adhérents qui ne sont pas des personnes physiques comme vous et moi mais qui sont des collectivités, des communautés de communes ou même des régions.

Christian Momon : Il y a aussi plus de 400 entreprises adhérentes. C’est tout ce tissu dans lequel l’April insuffle de l’information et des combats. Dernièrement il y avait un problème avec une loi sur les logiciels de caisse des commerçants. Grâce à la démarche de l’April et de bénévoles qui s’intéressaient à la question nous avons pu, lors d’un rendez-vous avec le ministère concerné, trouver une solution qui faisait que les logiciels libres n’étaient plus exclus de cette loi.

Bookynette : Sans rentrer dans les détails, il faut savoir qu’on combat des juristes qui n’ont aucune idée de ce que sont les logiciels libres. Donc notre première action c’est de leur expliquer ce que c’est et de leur expliquer surtout en quoi les lois qu’ils veulent faire passer vont à l’encontre de tout le système économique du logiciel libre. Ils pensent rentabilité, ils pensent chiffre d’affaires, ils oublient totalement le côté partage. Souvent le combat, ce n’est pas toujours le cas, mais souvent le combat ça va être : on vous informe de ce qui existe, on vous dit en quoi c’est bien, on vous explique en quoi ce que vous faites va ou risque de détruire notre système économique, si on peut dire, nos libertés et ainsi de suite. La plupart du temps ils nous disent : « Ah oui, c’est vrai, vous avez raison, on va modifier la loi ». En tout cas pour la loi des finances c’est ce qui s’est passé, on a été reçus plusieurs fois, on a pu leur expliquer, on a pu proposer des amendements qui sont passés. Donc on est contents, on a pu faire évoluer les choses. Il y a plein d’associations et d’entreprises du logiciel libre qui sont ravies que l’April se soit saisie du dossier. Il y a d’autres lois où c’est plus compliqué parce qu’il y a différents lobbies beaucoup plus forts, beaucoup plus riches et là on est en confrontation totale.

Christian Momon : Mais nous sommes là avec nos permanents, beaucoup grâce aux permanents et aux bénévoles qui s’investissent pour faire le plus possible dans ces combats.
Vous trouverez le détail de toutes les activités dans le monumental rapport moral2 que nous sortons une fois par an à l’occasion de l’assemblée générale, en février. Il fait 76 pages, quelque chose comme ça.

Bookynette : L’année dernière il en faisait 64, on a fait plus de choses, donc il a encore grossi.

Christian Momon : On met des photos en plus.

Bookynette : On essaye de le rendre vivant en mettant des photos, des dessins, des schémas, un peu de couleur, pas que du texte. Si vous voulez le récupérer pour voir exactement ce qu’on fait parce que vous imaginez que ce n’est pas en deux heures qu’on peut vous raconter tout ça, eh bien vous pouvez le télécharger librement sur le site internet.
On n’est pas actifs que sur du papier, on est très actifs dans les Rencontres parce qu’on donne des conférences, aujourd’hui il y avait « Au cœur de l’April », mais il me semble qu’il y a Étienne qui va intervenir.

Christian Momon : Mercredi à 16 heures. Étienne est notre attaché affaires publiques.

Bookynette : Chargé des dossiers institutionnels, c’est la même chose. C’est lui qui fait tout ce qui est veille, c’est lui qui contacte les élus, c’est lui qui propose des morceaux d’amendements. Tout ce qui est côté un peu politique, institutionnel, c’est son travail, il est payé pour ça et il le fait bien.

Christian Momon : Il lit tous les textes en anglais.

Bookynette : Oui. Il fait des communiqués de presse.

Christian Momon : Donc il pourra vous parler plus précisément de ses dossiers mercredi à 16 heures.

Bookynette : C’est pour ça qu’on n’en parlera pas, on a le laisser faire sinon vous n’auriez plus rien à découvrir mercredi, ce serait dommage.

Christian Momon : Nous avons une autre conférence : « Ces plateformes du Libre qui soutiennent les communautés ».

Bookynette : Oui. Ça c’est mardi à 14 heures en fait, monsieur Emmanuel Charpentier qui est là-bas, monsieur Benoît Sibaud qui est là-bas et moi-même allons vous parlez de trois plates-formes, trois sites internet qu’on estime indispensables à la communauté. Ces trois plates-formes c’est l’Agenda du Libre pour Emmanuel qui est un agenda où vous pouvez trouver tous les événements de la communauté du Libre et vous pouvez aussi trouver toutes les associations de cette communauté. Ensuite LinuxFr3 par Benoît qui est un site qui vous donne plein d’informations sur les communautés du Libre, sur les logiciels, sur plein de choses, bref ! Si vous voulez avoir des informations, c’est là qu’il faut aller. Et En Vente Libre4 c’est une plate-forme qui est beaucoup moins connue mais qui permet de vendre des gooodies d’associations du Libre ou de récupérer des dons. En gros c’est une plate-forme qui mutualise les coûts pour plein d’autres associations. On donne une conférence mardi à 14 heures.

Christian Momon : Et mardi également, du matin jusqu’au soir, il va y avoir une journée inter-GULL où, évidemment, l’April va intervenir étant donné qu’en tant qu’association nationale il y a aussi besoin d’avoir des appuis locaux, on ne peut pas tout faire de notre côté, on travaille avec beaucoup de GULL. Donc ces sujets seront abordés mardi matin avec un atelier mardi après-midi. Donc vous êtes les bienvenus.

Les moyens Les moyens humains

Il y a trois types de moyens dans l’association. Il y a d’abord les moyens humains qui sont les plus précieux. Il y a bien sûr les quatre permanents ; le délégué général Frédéric Couchet.

Bookynette : Qui est un des fondateurs de l’association.

Christian Momon : Isabella Vanni qui a un titre que je n’arrive jamais à sortir en entier, qui est responsable… Mince ! C’est à la fois l’assistante de l’association, c’est à la fois la chargée des membres, de la gestion des membres, de l’accompagnement des membres et aussi des projets associatifs avec les membres… Elle va m’en vouloir ! Elsa Pottier qui nous a rejoints récemment pour faire de l’assistance administrative et Étienne Gonnu notre chargé des affaires publiques et institutionnelles.
C’est un point très fort de l’April grâce à vos cotisations, à vos nombreuses cotisations et vos nombreux supports, nous arrivons à avoir des permanents. Ces permanents sont indispensables pour mener une action sur le long terme et régulière. Si on fait appel à des bénévoles, vous savez ce que c’est que la problématique du temps, j’imagine, en pointillés ce n’est pas aussi efficace que si vous y êtes tous les jours et que vous pouvez vous concentrer dessus. Les permanents nous apportent cette force-là. Soyez nombreux adhérents parce que ça leur permet d’ouvrir des portes auprès des ministères, auprès des députés. C’est très important.
Nous avons aussi un conseil d’administration qui soutient nos permanents.

Bookynette : Dont nous faisons partie tous les deux.

Christian Momon : Ici ce sont ceux de l’année dernière, mais ils sont tous quasiment-là, donc ça représente une douzaine de personnes. On vous disait tout à l’heure, une philosophe, une libraire et qui sont répartis un peu partout sur la planète puisqu’on en a au Québec, on en a à Digne-les-Bains, on en a à Toulouse, on en a à Dijon. Du coup c'est pratique parce qu'ils peuvent intervenir, on peut intervenir un peu partout, on n’est pas que parisiens, l’April est vraiment une association nationale.

Bookynette : Grâce à notre administratrice qui est au Québec on a pu intervenir à Boston.

Christian Momon : On a souvent fait le voyage jusqu’à Boston lors du grand meeting de la Free Software Foundation, mais Marianne est quand même plus poche que nous pour y aller.

Bookynette : On a plein de bénévoles, soit des bénévoles en mode ponctuels comme ceux qui viennent tenir des stands de temps en temps, ou des bénévoles qui nous font de la transcription, des bénévoles qui nous font de la traduction, des bénévoles qui animent des groupes de travail, bref ! On a énormément de bénévoles, on va dire qu’on en a moins 100 très réguliers, plus tous les autres par-ci par-là, on ne peut pas les compter, puisqu’ils sont actifs sans forcément nous le dire, mais il y a pas mal de bénévoles.

Christian Momon : Pas forcément au même moment dans l’année, mais c’est le but du jeu, c’est que chacun puisse participer quand il est disponible sur les sujets qui l’intéressent et il y a largement de quoi faire à l’April pour trouver son bonheur d’activiste. Et bien sûr, les bénévoles.

Bookynette : Non, les adhérents !

Christian Momon : Les adhérents, vous êtes merveilleux, merci beaucoup ! Et plus nous sommes nombreux et ça c’est important, c’est une stratégie de l’association qui a été mise en place en 2006, la volonté de grossir, d’avoir une large base d’adhérents pour, justement, nous ouvrir des portes, pour montrer qu’il y a du monde derrière nous. Et je peux vous dire qu’on est reçus aussi bien par des députés que par des ministres. La semaine dernière j’ai eu l’occasion d’accompagner la ministre de la Transition écologique, Brune Poirson ; on nous tend l’oreille.

Bookynette : En 2005, quand on était 250, 500, qu’on allait frapper à une porte, on nous riait au nez. Maintenant quand on dit qu’on est 4000, eh bien ils ne peuvent plus nous ignorer.

Christian Momon : Donc si vous pensez que vous êtes adhérent et que vous ne faites rien, non ! Vous faites énormément, c’est très, très important.

Bookynette : Le nombre est vraiment important. Moi j’ai fait adhérer mon père qui n’y connaît rien en informatique, mais je me dis que si tout le monde fait ça, si tout le monde fait adhérer quelqu’un, on peut encore plus grossir et moi ça me va bien. Atteindre, ré-atteindre les 5000 et pourquoi pas les 8. Voilà, petit message !

Christian Momon : En théorie des groupes en fait, c’est soit 5000 soit 20 000, donc moi je voudrais qu’on passe au cap d’après.

Bookynette : Tu es gourmand. Mais il est gourmand ! Ce n’est pas possible!
Il y a d’autres moyens que les moyens humains : les moyens organisationnels.

Les moyens organisationnels

Christian Momon : Il y a beaucoup d’activités, mais il faut organiser. On a des bénévoles, on a des permanents, on a des objectifs, il faut organiser tout ça. Donc on a des structures de groupes de travail pour les dossiers institutionnels, pour la sensibilisation, pour l’animation, pour la transcription, pour plein de choses.

Bookynette : On doit avoir à peu près 20 groupes de travail spécifiques sur lesquels les adhérents ou les non-adhérents, parce que certains groupes sont totalement ouverts, peuvent aller s’inscrire à une mailing-list et peuvent communiquer ensemble. C’est très important ce genre de petits groupes de travail parce que ça permet aux gens de se rencontrer, d’aborder des sujets, de discuter philosophie, éthique, action et en fait ça fait avancer l’April totalement en dehors des salariés ou des administrateurs.

Christian Momon : J’ai mis les supports de communication dans les moyens organisationnels parce que ce sont des outils qu’il faut organiser sur différents sujets et ça fait partie de nos moyens de communication, de diffusion ; on vous en parlera tout à l’heure avec des exemples. Il y a aussi les ateliers-réunions pour différents groupes de travail.

Bookynette : Dans le groupe Transcriptions on appelle ça des transcrip-parties, on n’appelle pas du tout ça ateliers ou réunions.

Christian Momon : Il y a bien sûr des stands, des conférences ; ça nécessite une certaine gestion ; ça remplit une voiture.

Bookynette : D’ailleurs je peux remercier les bénévoles qui nous tiennent le stand parce que j’en vois quelques-uns dans la salle. Donc merci aux bénévoles de tenir le stand, on est super nombreux cette année, c’est merveilleux.

Christian Momon : Il y a des April camps aussi. C’est un lieu qu’on transforme en camping pendant deux-trois jours afin de faire avancer des dossiers, résoudre des problèmes, réfléchir à des initiatives.

Bookynette : Le prochain devrait avoir lieu à Marseille, soit en septembre soit en octobre. Donc si vous êtes du coin, n’hésitez pas à venir taper à la porte et nous dire « j’ai envie de participer aux dossiers », on trouvera forcément quelque chose à vous faire faire ou une réunion dans laquelle discuter.

Christian Momon : Le local de l’April est à Paris, mais nos actions sont vraiment complètement décentralisées. On se déplace justement à Marseille, à Lille, à Lyon, à Nantes, à Toulouse.

Bookynette : À Strasbourg.

Christian Momon : Nous on aime bien sortir de Paris.

Bookynette : Oui, c’est cool, c’était sympa la dernière fois !

Christian Momon : Et bien sûr des apéros mensuels, etc.
Ça nécessite une organisation. On n’accueille pas dix-vingt personnes ou on ne déplace pas deux mètres cubes de matériel comme ça ! Et on ne tient pas un stand aux RMLL sans une logistique derrière. Quand nos bénévoles arrivent eh bien déjà on sait quand ils arrivent, on le sait, on leur fournit ce dont ils ont besoin pour pouvoir être efficaces et aussi que ça leur soit plaisant. Tout ça, ça fait partie des moyens organisationnels.
On va vous illustrer quelques cas avec des photos. Les supports techniques, les affichettes, les posters, on en a plein, je vous invite à aller voir…

Bookynette : Sur notre stand, venez les voir ils sont magiques.

Christian Momon : Évidemment !

Bookynette : Et le stand est vraiment juste derrière si vous n’avez pas encore vu.

Christian Momon : Il y a les réunions, les ateliers, les transcrip-parties, le concept c’est vraiment il faut trouver un lieu, donner une heure de départ, une heure de fin, accompagner les bénévoles qui arrivent, qui, si ça se trouve, ne savent pas de quoi ça parle et les accompagner. Ce sont des moments assez magiques. Ça marche.

Bookynette : Magiques et totalement silencieux, c’est à la limite flippant quand vous entrez dans une salle où on est tous en train de transcrire avec nos casques ou en train de relire, toujours avec les casques et où on ne dit rien.

Christian Momon : Je vous rassure, on parle et on boit avant et après.

Public : Vous transcrivez quoi ?

Bookynette : Eh bien tu vois, par exemple, on a fait cette conférence l’année dernière à Saint-Étienne et il y a une de nos bénévoles qui s’appelle Marie-Odile, que je salue et que j’embrasse même, qui est animatrice du groupe Transcriptions et qui est même entrée au CA cette année, c’est tout récent, qui a transcrit totalement notre conférence5 ce qui fait qu’on a pu la publier en ligne avec la vidéo et avec le texte. La transcription, c’est quelque chose qui est extrêmement important parce que les moteurs de recherche ne savent pas vraiment bien référencer tout ce qui est fichier audio, tout ce qui est fichier vidéo et si tu alignes un texte à ce fichier-là, eh bien la vidéo est beaucoup facilement plus retrouvable, réutilisable par d’autres puisqu’ils ont le texte, ils n’ont pas forcément besoin d’ouvrir la vidéo, donc forcément c’est beaucoup plus accessible. Ça peut être des conférences, ça peut être des émissions de radio, ça peut être, je ne sais pas ce qu’elle nous a fait, bref !

Christian Momon : Beaucoup de conférences, des conférences de RMLL, d’autres événements. Elle est formidable ! Bonjour Marie-Odile.

Bookynette : Et c’est celui qui transcrit c’est choisit ce qu’il transcrit. On n’impose rien.

Christian Momon : Et vous pouvez en proposer si vous en identifiez de très intéressantes.

Bookynette : Donc vous pouvez toutes les retrouvez nos vidéos et nos transcriptions sur le site internet, vous avez un onglet « vidéos »6 et tout ce qu’on a transcrit apparaît là.

Public : Et a priori, vous ne faites pas de traductions ?

Christian Momon : Nous avons un autre groupe qui s’appelle Traductions mais qui ne fait pas la traduction des transcriptions. Le volume de travail serait énorme ; on fait plus d’une centaine de transcriptions par an, c’est un nombre d’heures vraiment volumineux, s’il fallait faire la traduction, hou ! ce serait beaucoup plus difficile, je pense. Par contre on fait les traductions de tout ce qui est institutionnel, que ça soit nos communiqués de presse, les communiqués de presse de la FSF [Free Software Foundation], certains règlements, des choses comme ça, des documents qui sont importants pour informer les adhérents et tout le monde. Vous êtes intéressée par le groupe Traductions ? Vous êtes la bienvenue, il n’y a pas de problème, c’est une super équipe.

Bookynette : Je continue. Des photos des April camps, et encore, là on est tous en train de travailler, mais vers trois heures du matin quand les gens se mettent dans leur sac de couchage, ça devient rigolo aussi. Des photos des apéros mensuels. À une époque on avait une peluche en forme de gnou et à chaque apéro on lui faisait faire quelque chose. Elle s’est retrouvée avec une bouteille de bière, elle s’est retrouvée accrochée à un ballon, bref ! C’était notre fil rouge.

Christian Momon : À l’April, la créativité c’est quelque chose de très important.

Bookynette : Moi, l’heure des apéros, j’appelle ça plutôt un défouloir, mais bon ! Si tu appelles ça créativité. Voilà les stands ; on parlait des Rencontres, les JdLL [Journées du Logiciel Libre], Capitole, POSS [Paris Open Source Summit], bientôt les JM2L [Journées Méditerranéennes des Logiciels Libres].

Les moyens techniques

Christian Momon : Dernier type de moyens, les moyens techniques, parce qu’il y en a.
Logistiquement bien sûr il y a le local et tout ce qui va avec, les permanents. Non !

Bookynette : Le matériel.

Christian Momon : Disons que nos permanents travaillent quelque part, donc ils ont leur bureau. Bien sûr on peut y faire des réunions ; on y fait les apéros. Il faut savoir que les apéros il y en a Paris, mais il y en a aussi décentralisés ; il y en a à Montpellier, bientôt peut-être à Marseille. N’hésitez pas si vous êtes un GULL local, on peut faire un événement commun décentralisé.

Bookynette : Nos permanents ont leurs locaux et ils ont leur petit ordinateur avec leur petit téléphone et leurs petites imprimantes. C’est ça ?

Christian Momon : Oui. C’est important pour pouvoir travailler, échanger, se connecter, communiquer, organiser !
Il y a le système d’information de l’April, ce sont des ordinateurs avec des services, pour envoyer des courriels, gérer les listes de diffusion, pour gérer les sites de l’April. On a des outils tels que un wiki, un pad. On a aussi un site où on met en licence libre toutes les photos de nos événements, de l’action de nos bénévoles. On a plusieurs sites bien pratiques, l’Agenda du Libre, l'Expolibre, etc., des serveurs Mumble pour communiquer et faire des vidéoconférences ; on est présents sur 7, donc tout ça il faut le gérer. On a un groupe admin-sys qui s’occupe de ça et c’est bien pratique.
Comme autre moyen technique on a aussi bientôt un Chapril,

Bookynette : Le Chapril8 c’est un chaton. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un chaton, ce n’est pas forcément le bébé du chat tout mignon avec des grands yeux qui vous sourit. C’est une initiative qui a été mise en place par Framasoft. CHATONS9 ça veut dire Collectif d’Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires. En gros c’est pour proposer une belle alternative aux GAFAM et il était un peu normal qu’à l’April on fasse notre propre chaton et comme on a énormément d’imagination, on l’a appelé Chapril.

Christian Momon : Il y a eu tout un aspect organisationnel pour arriver à ce nom, des réunions de travail, de gestions des propositions et tous nos moyens ont été utilisés !

Dans les moyens qui existent on a des listes de diffusion. C’est très important. Ce n’est pas la peine d’être adhérent pour s’inscrire à une liste de diffusion. Il y a des listes de diffusion par exemple par groupe de travail et typiquement la liste de diffusion Educ10 regroupe plus de 500 personnes, très intéressantes où il y a plein de sujets sur l’Éducation nationale, sur l’enseignement, quel que soit le niveau de l’école primaire jusqu’aux doctorants ; c’est une liste très active où il y a beaucoup à faire. Il y a aussi liste atelier11 pour suivre les sujets institutionnels, où vous pouvez trouver le sujet de votre choix.

Bookynette : Il y a un wiki. Un wiki c’est un site internet sur lequel n’importe qui peut communiquer et trouver de l’information. Le nôtre c’est wiki.april.org/12. Vous avez une page d’accueil qui vous donne des informations pour savoir quelles sont les affaires en cours, quels sont les groupes de travail qui sont actifs.

Christian Momon : On l’utilise énormément. D’ailleurs il y a eu des pages de créées sur l’organisation du choix du nom Chapril. On l’utilise beaucoup.

Bookynette : Il y a aussi la galerie de photos.

Christian Momon : La galerie de photos13 ; ça remonte à 1996. On s’en sert pour valoriser les actions de l’April et aussi pour tout ce qui est communication.

Bookynette : Pour chaque événement, il y a l’Aprilien masqué, vous ne le connaissez pas et moi non plus, qui se prend pour le paparazzi, qui prend plein de photos pour la gloire, pour le futur, et qui nous met ça sur notre galerie, ce qui nous permet de piocher dedans quand on fait des conférences comme là, mais aussi quand on est en mode nostalgique et qu'on a envie de savoir qui était actif, quelle tête il avait, en quelle année. C’est sous licence libre.

Christian Momon : Toujours !

Bookynette : Toujours sous licence libre. Quand on organise des événements et que les gens ne veulent pas être photographiés, il suffit qu’ils le précisent, on leur met un petit badge souvent de couleur orange et comme ça l’Aprilien masqué ne les prend pas en photo.

Christian Momon : Nous sommes toujours soucieux de respecter la volonté des gens.
Le pad est aussi un outil très pratique pour nous. Ça permet de travailler à plusieurs sur un texte. Après, en général, il est rendu persisté dans un wiki, dans une page wiki.
Dans les moyens techniques on a aussi…

Bookynette : En Vente Libre. C’est pour moi ça. J’en ai parlé un petit peu tout à l’heure, je vais en redire deux mots. Pareil, c’est un site internet qui permet à plusieurs associations de récupérer des dons et de vendre leurs goodies. Je vous conseille de venir à ma conférence mardi parce que là vous aurez encore plus de détails, mais en exclusivité : au départ on était sept associations et depuis quelques jours on vient de passer à dix. C’était l’exclusivité du moment !

Christian Momon : Ça semble anecdotique, à la marge, mais quand vous gérez le temps et l’énergie de l’association, le fait de pouvoir s’appuyer et mutualiser le coût de gestion d’un tel site, c’est essentiel, c’est de l’optimisation parce que ça permet de dégager du temps sur les sujets qui semblent beaucoup plus importants.
Donc ces trois types de moyens, humains organisationnels et techniques, en soi c’est bien mais c’est au service des initiatives de l’association. Donc là on va en passer un certain nombre en revue parce qu’il y en a beaucoup. Nos bénévoles ont plein d’envies et ça donne des choses merveilleuses. Du coup il y a plein de choses. On commence par…

Les initiatives

Bookynette : L’Agenda du Libre14, ça pourrait presque être Manu qui nous parle de l’Agenda du Libre. Donc l’Agenda du Libre c’est une plate-forme qui recense tous les événements. Il n’y a pas un seul bénévole qui va chercher les événements, c’est plutôt ouvert à tous. Chaque personne qui organise un événement, vous remarquerez que c’est l’Agenda du Libre et pas du logiciel libre, donc chaque personne qui organise un événement peut aller le mettre sur la plate-forme. On a deux modérateurs qui se battent pour savoir qui validera les événements en premier ce qui fait qu’on a un temps de réaction très court : les événements sont publiés assez rapidement. Ça peut être du logiciel, ça peut être de l’art, ça peut être, je ne sais pas, ça peut être plein de choses. Du moment que ça a petit peu un rapport avec l’éthique du Libre, ça peut aller là.

Christian Momon : Et ça marche super bien.

Bookynette : En haut il y a quelque chose qui a été mis en place à ma demande parce qu’avant j’aimais bien aller sur « Trouve ton GULL » qui était une plate-forme qui faisait une sorte d’annuaire des associations ; cette plate-forme a disparu. L’Agenda du Libre a repris ce principe-là et on a fait le référencement de toutes les associations, que ce soit des associations nationales, des GULL, des chatons, des fournisseurs d’accès ou simplement des tiers-lieux.

Christian Momon : En introduction on vous disait que le gros travail de l’April est institutionnel. C’est vrai, mais on ne conçoit pas d’ignorer ces aspects-là d’échange, d’organisation et de facilitation des événements, des regroupements pour agir et, du coup, ça fait partie totalement de nos actions. Et ça marche super bien, ça marche super bien !

Bookynette : C’est un site qui existe depuis des années et que l’April a repris en 2013, quelque chose comme ça, avant que le site meure. En fait on a doublé le nombre d’événements, on l’a triplé, et là on commence à stagner plus ou moins, mais il y a énormément d’événements tous les ans qui sont organisés et c’est important que les gens sachent que dans leur ville, dans leur département eh bien il se passe des choses. Effectivement, vous n’êtes pas obligé d’avoir tous les événements comme ça vous pouvez filtrer par région pour n’avoir que les événements qui vous concernent.

Christian Momon : Il y a même une carte dynamique. C’est impressionnant de voir, ça c'est une semaine, c’est cette semaine, c’est très impressionnant de voir que tous les jours il y a un événement quelque part. Donc pour trouver l’événement proche de chez vous c’est l’idéal.

Bookynette : Pas le 14 [juillet, NdT] parce que c’est un jour férié, les gens se reposent.

Christian Momon : Voilà. Donc c’est l’idéal pour trouver un événement près de chez vous. À l’origine c’était un logiciel libre. Dans la vie des logiciels libres des fois les équipes parfois passent à autre chose, passent la main, et là c’était le cas. C’est toujours un logiciel libre et c’est beau !

Bookynette : Il y a un autre moyen de faire de la promotion c’est l’Expolibre15. Elle doit être affichée quelque part sur les Rencontres donc votre but c’est de la trouver. C’est un ensemble de sept ou huit panneaux suivant où on l’expose qui définit à peu près ce que c’est que le logiciel libre, les enjeux du logiciel libre, le logiciel libre au quotidien, les formats ouverts, le logiciel libre dans l’éducation, bref, des panneaux de format A1 ou A0 pour faire une exposition très grand public, c’est vraiment dirigé vers les gens qui ne connaissent pas trop l’informatique et il y a plein d’informations dedans.

Christian Momon : Bien sûr ce sont des documents sous licence libre, téléchargeables. Nous avons des mairies qui les ont imprimés elles-mêmes avec leur matériel et c’est bien, c’est super, parce que le but du jeu c’est de donner accès à l’information dans des médiathèques, dans des bibliothèques, dans des manifestations. Nous proposons un service de prêt pour les organismes qui n’ont pas envie de l’imprimer ou de l’acheter. On en a fait des versions très solides et on les envoie par la poste, pour faciliter la communication de tout le monde sur le sujet.

Bookynette : Comme les sources sont libres vous pouvez les imprimer vous-mêmes sans passer par la location de l’April.

Christian Momon : J’en profite pour dire un grand merci à Antoine Bardelli qui est notre graphiste professionnel qui participe bénévolement à ce type d’action, et qui là nous a fait un support d’une qualité très impressionnante.

Bookynette : Là on parle de Libre en Fête16. Libre en Fête c’est un événement qui a lieu souvent pendant quatre semaines autour du 20 mars et qui est, pareil, destiné au grand public. On demande aux gens d’organiser des événements et de les référencer sur notre site internet. Donc ils vont aller à la rencontre du grand public. Souvent ils exposent l’Expolibre. Pour être référencé sur notre site c’est très simple : il suffit d’aller mettre son événement sur l’Agenda du Libre avec le tag « libreenfete » et l’événement arrive directement sur notre site ; c’est automatique. C’est encore un lien qu’on fait entre l’Agenda du Libre et l’April et on a eu pas mal d’événements cette année.

Christian Momon : Tous les ans on a presque une centaine d’événements, c’est autour de mars, ça dure environ un mois et c’est vraiment l’occasion, encore une fois, de porter l’information auprès du grand public en coordination avec les GULL. Si ça vous intéresse vous pouvez en parler avec Isabella, notre chargée des projets associatifs, que vous pouvez voir au stand et que vous pourrez voir à la journée inter-GULL de mardi.

Bookynette : Ça c’est notre initiative préférée à tous les deux.

Christian Momon : On revient sur un sujet plus institutionnel. Il faut avoir conscience que quand il y a des élections, par exemple les législatives 2017, il y avait presque 8000 candidats. Étienne et Frédéric, nos permanents qui prennent vraiment à bras le corps les sujets institutionnels, 8000 candidats à deux ce n’est possible ! Donc là, depuis dix ans maintenant, nous avons lancé l’initiative Candidats.Fr17 qui s’appuie sur les bénévoles, avec une plate-forme qui est un outil qui va permettre d’identifier les coordonnées de contact des candidats, ce qui est parfois très difficile à trouver, paradoxalement, et aussi partager les actions de contact. C’est-à-dire savoir quel candidat n’a pas été contacté ou quel candidat a été contacté quatre fois, mais il n’a toujours pas répondu donc on va le recontacter encore une fois, ou ceux qui ont signé le Pacte du logiciel libre qui est un document où ils disent savoir ce qu’est le logiciel libre — aujourd’hui ils savent ; il y a dix ans je peux vous dire que c’était plus compliqué — et aussi qu'ils s’engagent à le soutenir ou à l’utiliser en priorité dans de leurs fonctions s’ils sont élus. Ce petit document est un prétexte pour aborder le sujet, les sensibiliser, les encourager, les convaincre et aussi pour, après, communiquer.
Actuellement il y a 30 défenseurs du logiciel libre à l’Assemblée nationale. On a eu 500 signatures de candidats. C’est quelque chose qui marche bien. Enfin, qui marche bien ! On voudrait toujours plus. Ça peut ne pas paraître énorme comme résultat, mais des actions de contact, quand vous en faites 2000, c’est monumental. C’est vraiment un défi énorme et il ne peut reposer que sur l’action des bénévoles. On a une plate-forme pour gérer ça, pour faciliter ça, donc venez nous aider. Surtout que la prochaine élection ce sont les Européennes et là ce sont des dizaines de milliers de personnes qu’il faut contacter. Les candidats sont réceptifs. Ça paraît bizarre parce qu'on les voit à la télé, on entend les journaux, bablabla, blablabla. Ce sont des êtres humains. On peut les rencontrer surtout quand il y a les élections, là ils sont très attentifs. Il faut savoir qu’on mène la campagne Candidats.Fr pendant la période des élections, mais on continue après. C’est pour ça que là, dans les chiffres, il y a des choses pas très cohérentes. Il y a marqué 26 signataires, mais on a continué, maintenant on est à 31. Il y a marqué 487 signatures, en bas il y a marqué 501, c’est parce qu’on continue de recevoir des signatures. La plate-forme est toujours active et pour les élections européennes de 2019, eh bien on va voir ce qu’on va pouvoir améliorer sur la plate-forme et essayer de relever le défi.

Bookynette : On a été obligés de mettre cette plate-forme en place parce qu’il y a tellement de bénévoles qui contribuent qu’on a besoin de savoir qui fait quoi, qui a fait quoi, qui a répondu, qui a signé. Le but c’est vraiment de contacter ces candidats.
Ça permet de faire de la promotion, de la sensibilisation, parce qu’ils n’auraient jamais entendu parler de logiciel libre s’ils n’étaient pas candidats, mais surtout ça permet de créer des liens avec eux qu’on pourra réutiliser plus tard. Typiquement, moi je suis en contact avec une ancienne candidate, qui n’a pas été élue, mais qui m’envoie régulièrement des messages avec des questions et j’essaie d’y répondre quand ça me concerne ou je ne répons pas parce que je n’y connais rien à ce qu’elle demande. Mais on a eu plusieurs moyens, grâce à cette plate-forme, de contacter les gens, que ce soit par mail, par téléphone, en se déplaçant dans les permanences, en les gazouillant, en allant sur des sites de réseaux sociaux que je ne nommerai pas ici, mais où ils sont plus réceptifs que par mail. Bref, on a eu pas mal de moyens pour les contacter. On a perdu un temps incroyable à rechercher leur adresse mail, leur téléphone, leurs comptes sur les réseaux sociaux, mais ça a permis de souder les bénévoles parce que quand on les trouve et qu’il y a cri de joie ou sur IRC qui fait : « J’ai trouvé ! » et quelqu’un qui dit : « Tu as trouvé, je contacte ! » et qu’on est plusieurs à contacter et ainsi de suite, ça soude des équipes, tout simplement.

Christian Momon : Ça peut vous paraître difficile de contacter. Il y beaucoup de gens qui nous disent : « Mais moi je ne sais pas quoi leur dire, etc. » On les accompagne, on les forme, on a des méthodes pour arriver à franchir facilement des étapes et à devenir un super contacteur. On a concept de super contacteur et ça marche. Ce sont aussi des résultats très importants pour nos permanents parce que, grâce à ça, ils vont savoir quel député aller voir, quel député ne pas aller voir parce que ça ne sert pas à grand-chose. Ça crée du lien, ça fait passer des messages et ça marche !
Au résultat, toutes les activités institutionnelles de l’April depuis 21 ans, à quoi ça sert ?

À quoi ça sert ?

À quoi ça sert d’aller voir des députés ? À quoi ça sert d’écouter des commissions, des débats, etc. ? Eh bien, ça marche. La preuve : il y a aujourd’hui deux textes de loi avec marqué « logiciel libre » dedans. On n’a pas de député April. Ce n’est pas toujours dans un contexte parfait. Typiquement dans la dernière loi c’est « encouragement » au logiciel libre. On a évité d’être trop radical. On voulait la « priorité » au logiciel libre ; c’est quand même un compromis important. Il faut savoir qu’il y a eu des débats intenses : il y a eu une heure de débats à l’Assemblée nationale sur un petit amendement, sur ce mot-là, sur ces mots-là.

Bookynette : Il faut savoir que quand il y a des amendements qui sont faits à l’Assemblée nationale, on lit l’amendement, la personne qui a posé l’amendement le défend. Il y a un vote, en deux minutes c’est pesé, on passe à autre chose.

Christian Momon : En trente secondes !

Bookynette : Là ils sont restés 45 minutes à l’Assemblée nationale et une heure au Sénat sur un amendement.

Christian Momon : Une heure et quart avec suspension de séance pour arriver à se mettre d’accord dans le couloir.

Bookynette : C’est extraordinaire ! La priorité n’est pas passée ; on n’a eu droit qu’à l’encouragement, mais du coup on sait qu’ils sont sensibilisés, on sait qu’ils avaient des arguments, ils ont repris les nôtres, mais, du coup, ils ont réfléchi et ils ont bataillé. On a eu « encouragement », mais on a déjà eu « encouragement », c’est mieux que rien.

Christian Momon : Donc ça marche. Ce travail donne des résultats, il peut faire encore faire mieux grâce à vous.

Public : C’est facile de retrouver les vidéos de l’Assemblée nationale ?

Christian Momon : Presque. Aujourd’hui que ce soit sur le site web du Sénat ou le site web du Parlement, vous avez accès aux vidéos anciennes. Oui, absolument. Vous pouvez les retrouvez.

Bookynette : Maintenant il faut que tu ailles sur le site de l’April pour savoir exactement quel jour, à quelle heure ça a été débattu pour ne pas te taper toutes les vidéos concernant l’unique loi concernée.

Christian Momon : Si ça vous intéresse, il y a déjà une page wiki qui existe. C’est un travail que j’ai initié de collecter ; à l’Assemblée nationale tout est filmé et effectivement ça marche assez bien quand on leur demande une journée en particulier, on arrive à avoir la vidéo à disposition. Ça ne fait pas longtemps, mais c’est super. Du coup, j’ai recensé sur ces sujets-là la liste des événements filmés et je suis en train d’essayer de les récupérer pour faire un montage, parce que les trois quarts d’heure à l’Assemblée nationale où sur un amendement, sur un mot, il y a des échanges de très haute qualité, pareil au Sénat, c’est incroyable ! Il y a dix ans, quand on allait les voir, c’était difficile ! Aujourd’hui ce sont eux qui portent l’information, la parole sur les libertés numériques. C’est impressionnant, donc on a un projet — si ça vous intéresse vous pouvez participer — de faire un petit film qui montre ces débats-là parce que c’est vraiment quelque chose de très marquant.

Bookynette : En fait maintenant ce sont eux qui viennent nous voir et ça c’est agréable.
Dans les autres initiatives vous avez « formats.ouverts.education »18. À la base c’est Microsoft qui signe un contrat avec l’Éducation nationale pour offrir leurs logiciels aux écoles, aux lycées et ainsi de suite, pas offrir, enfin un petit contrat Open Bar donc vous prenez et à la fin vous payez la facture, on vous fait un prix sympa ! On avait commencé à écrire un communiqué de presse en disant que c’était inadmissible ce partenariat, que c’était honteux et ainsi de suite. On a eu plein de journalistes, d’autres associations qui nous ont dit : « Est-ce qu’on peut le cosigner avec vous ? » Et finalement ce petit communiqué de presse s’est transformé en pétition générale où on a eu plus de 8000 signataires, je ne sais pas si écrit là, c’est lisible. Du coup, c’est un petit communiqué qui s’est transformé en pétition qu’on a transmise aux médias, à l’Éducation nationale, à des élus qui nous soutenaient, à des élus qui ne nous soutenaient pas aussi. Ça a été une initiative qui n’était pas du tout prévue, qui a été totalement gérée à l’arrache et ensuite qui a été bien réfléchie, bien mise en place et qui a été un succès.

Christian Momon : Et qui a fait appel à nos trois types de moyens humains, organisationnels et techniques.
Libre Association. Je te le laisse celui-ci.

Bookynette : Libre Association19, c’est une initiative de plusieurs de nos administrateurs qui se sont rendu compte que dans le monde associatif eh bien on avait tous les mêmes besoins informatiques et que la plupart des associations n’étaient même pas au courant qu’elles n’étaient pas obligées de payer des licences à Microsoft, Apple et compagnie, mais qu’elles pouvaient utiliser des logiciels libres. On a monté un groupe de travail, là c’est plutôt Laurent Costy qui a monté ce groupe de travail, qui est vraiment en direction des associations. Il y a eu un catalogue de logiciels libres qui a été imprimé pour ces associations-là, il y a des réunions d’associations qui sont faites ; il y a des réunions d’associations d’associations qui sont organisées justement pour que la parole du logiciel libre puisse redescendre vers les associations concernées.

Christian Momon : L’un des projets en cours c’est de réaliser une application de gestion du bénévolat valorisé. C’est une problématique qui est commune à énormément d’associations de comptabiliser le bénévolat des bénévoles et de pouvoir le valoriser. L’idée c’est de monter un projet, de le financer et de le réaliser pour en faire profiter toutes les associations.

Bookynette : Souvent les associations n’ont pas beaucoup de moyens et pour montrer qu’elles peuvent recevoir des subventions, il faut qu’elles montrent qu’elles sont actives, mais elles n’ont aucun moyen de prouver qu’elles sont actives. Le bénévolat valorisé permet de dire « j’ai tant de bénévoles qui ont travaillé tant d’heures, donc on est super actifs, donc vous devez nous donner des sous ». Ça c’est quelque chose qui est difficile à compter, donc Laurent Costy veut mettre en place ce petit logiciel-là pour permettre à toutes les associations d’avoir un chiffre à donner pour recevoir des subventions.

Christian Momon : Nous utilisons un système de gestion du bénévolat valorisé dans le site de l’April. C’est très important et c’est un volume immense qui apparaît dans notre comptabilité, qui nous permet, encore une fois, de montrer que nous sommes une grande association grâce à vous. N’hésitez pas à remplir votre « bénévalo », c’est très important, même pour cette occasion.

Bookynette : Surtout ceux qui tiennent le stand April.
Ça on l’a déjà vu.

Christian Momon : Oui. Là on a passé en revue un certain nombre d’initiatives de l’association. Il y en a d’autres. On ne voudrait pas être trop longs, etc. Si vous avez des idées, des envies, des critiques, on compte sur vous parce que c’est comme ça qu’on s’améliore, qu’on est pertinents. On a aussi besoin des informations qui viennent du terrain. Quand nous étions aux Journées du Logiciel Libre à Lyon dernièrement, il y a des gens de l’INSA de Lyon qui sont passés nous voir en nous disant « à la rentrée toutes nos messageries seront sur Office 365.com aux États-Unis, qu’est-ce que vous pouvez faire pour nous aider ? Vous avez des idées, etc. ? Ce sont des informations qu’on remonte, qu’on partage, sur la liste Educ par exemple. Parfois on monte des initiatives, parfois pas. On n’est pas la tête dans les nuages au Parlement européen, on est aussi enracinés localement.

Bookynette : Et surtout on a des argumentaires tout prêts. Si vous avez un problème, par exemple un patron, un supérieur et ainsi de suite qui vous oblige, on a des argumentaires qu’on peut vous donner pour que vous défendiez vos idées. On l’a beaucoup fait ces derniers temps avec des gens des hôpitaux qui se voient obligés d’utiliser du matériel Microsoft et compagnie.

Christian Momon : Je vous ai remis les conférences que vous pourrez voir ces jours-ci de l’April. N’hésitez pas et maintenant…

Bookynette : Avant de passer aux questions on va faire les choses bien. Voilà nos slides sont en version libre avec trois licences différentes. Ce sera bientôt sur le site internet, vraiment très bientôt, juste le temps qu’on la publie donc c’est dans les jours à venir, vous pouvez les récupérer, modifier, redistribuer, tout ce que vous voulez.

Christian Momon : Il y a des chances que ça soit bientôt transcrit par notre merveilleuse Marie-Odile. Coucou Marie-Odile !

Les questions

Bookynette : Maintenant si vous avez des questions n’hésitez pas, je ne sais pas combien de temps on avait.

Christian Momon : Il nous reste une dizaine de minutes et comme il n’y a pas de conférence ici après on peut déborder.

Bookynette : On peut dépasser.

Christian Momon : Sentez-vous libres, on est là pour vous.

Public : Vous pouvez revenir sur la conférence inter-GULL ?

Bookynette : La conférence inter-GULL n’a pas commencé à l’April, ça a commencé avec l’association Oisux, donc l’association qui a organisé les Rencontres l’année dernière, qui déplorait la difficulté de trouver des bénévoles, donc a envoyé un message à plein d’autres associations dont Framasoft, dont l’April. À Framasoft on s’est dit « eux ils ont du mal et à côté de ça il y a Montpel’libre qui fait énormément d’événements et peut-être qu’on pourrait se donner des conseils les uns aux autres. » Donc on s’est dit « quand faire ça ? Eh bien il y a les Rencontres qui arrivent bientôt et si on faisait une journée spéciale pour les GULL ? » Donc Montpel’libre a dit : « OK, moi je vais chapeauter ça ». Oisux a dit : « OK, moi je participe ». À l’April on a dit : « C’est une bonne idée, nous aussi on veut intervenir » et il y a toute une journée qui s’est montée pour ça donc c’est mardi 10.

Christian Momon : Le matin c’est plus orienté témoignages des associations, Framasoft, April Montpel’libre et l’après-midi ça va être un atelier avec les GULL. Il y a trois sujets différents.

Bookynette : L’après-midi ça va être un atelier.

Christian Momon : Mardi matin ce sont des témoignages des associations Framasoft, Montpel’libre et l’April.

Bookynette : Et peut-être d’autres.

Christian Momon : Oui, certainement Oisux. Et l’après-midi ce sont des ateliers sur des sujets précis avec les GULL, avec les membres des GULL, pour voir comment on peut optimiser, s'échanger des idées et essayer de faire avancer nos expériences, nos compétences.

Public : En fait il n’y a pas peut-être pas que les GULL, il y a des acteurs du Libre qui ne sont pas forcément des GULL comme l’association sur la crypto-partie, l’association OpenStreetMap.

Christian Momon : Tout à fait. Le GULL ici c’est le sens général, c’est groupes d’utilisateurs de logiciels libres ; c’est au sens vraiment très général.

Public : D’accord. Donc groupe d’utilisateurs de logiciels libres, mais aussi acteurs du Libre, associations, culture…

Bookynette : Oui. Tous ceux qui le veulent. Tous ceux qui le veulent pourront venir.

Christian Momon : Même ceux qui font des apéros sur le Libre sont les bienvenus !

Bookynette : Est-ce qu’il y a d’autres questions ? Oui.

Public : Est-ce que les panneaux qui ont été faits pour expliquer le logiciel libre sont en plusieurs langues ?

Bookynette : Oui.

Christian Momon : Excellente question et la réponse est oui !

Public : Est-ce que tu pourrais répéter la question ?

Bookynette : La question c’est : est-ce que l’Expolibre a été traduite en plusieurs langues ? L’Expolibre, les grands panneaux. Oui. Je vais essayer de te dire ça de tête, mais il me semble qu’elle existe en anglais, qu’elle existe en italien [Pas encore, NdT] et il me semble qu’elle a été traduite dernièrement en portugais.

Christian Momon : En espagnol.

Bookynette : En espagnol.

Christian Momon : On l’a mise en ligne dans la nuit de vendredi ou jeudi dernier.

Bookynette : Elle est traduite en espéranto, la classe quand même ! En espéranto [L’Expolibre n’est pas encore traduite en espéranto, NdT] Donc merci à l’association d’avoir fait ça. Il me semble qu’il y a une cinquième langue mais ça ne me revient pas. Comme les sources sont libres n’importe qui peut la traduire, donc si tu maîtrises une langue, n’hésite pas !

Christian Momon : Et c’est là qu’on voit que l’April n’est pas une association d’informaticiens. Même si on ne maîtrise pas l’informatique, si on a d’autres talents, eh bien on peut participer aux combats pour la liberté numérique, donc n’hésitez pas !

Bookynette : Et si on a des compétences informatiques, on peut venir nous aider à maintenir le SI [Système d'information], le chaton et compagnie.

Christian Momon : Oui, il y a un petit peu de travail.

Bookynette : Il y a un besoin.

Christian Momon : Il y en a. Il y a de quoi s’amuser si l’on veut vraiment être thécos [technicien, NdT]. Donc n’hésitez pas à en parler autour de vous. Il y a le stand April juste en bas. Vous pouvez discuter avec nos merveilleux bénévoles, avec notre merveilleuse Isabella.

Public : Où en est le chaton April ?

Christian Momon : L’équipe, le groupe de travail est monté. Nous avons un animateur, nous avons des membres, j’en fais partie ; les serveurs sont loués, sont installés, tout le système d’information qui va derrière avec les backups, avec le monotoring est en place. Nous avons mis quatre services en place, un Mastodon, un pad, un paste et …

Bookynette : Et un date, Framadate.

Christian Momon : Et un Framadate, effectivement, pour faire des sondages de rendez-vous, de dates, ou des sondages de choix. Ces services sont en train d’être finalisés, d’être personnalisés et le Chapril devrait officiellement ouvrir à la rentrée, d’ici la fin de l’année.

Public : Est-ce qu’il y a quelqu’un de Libre Asso aux Rencontres ?

Christian Momon : L’animateur de ce groupe de travail, Laurent Costy, n’est pas présent.

Public : D’accord. Une autre personne du groupe de travail ?

Christian Momon : Pas à ma connaissance, mais c’est quelqu’un de très communicant, c’est très facile d’entrer en communication avec lui, il se déplace souvent, mais il n’est pas là aujourd’hui.

Bookynette : Mais il devait être là.

Christian Momon : Il est présent au Capitole du Libre par exemple.

Bookynette : Aux JdLL.

Christian Momon : Aux JdLL, oui. Ça va ? Ça vous donne envie ? Ça vous rassure ? Ça vous inquiète ?

Bookynette : Il y a une autre question.

Public : Il y avait eu une discussion assez virulente sur une association, sur Solidatech, etc., donc pour moi ce genre de discusion, c'est difficile à avoir sur une liste de diffusion, il vaut mieux en parler de vive voix.

Christian Momon : On aime les bonnes discussions à l’April et on écoute tout le monde. Il se trouve que dans le milieu associatif il y a des pièges, il y a des filiales cachées de Microsoft qui enferment des associations en leur donnant des licences gratuites.

Bookynette : Mais pas libres !

Christian Momon : Mais pas libres et quand on approfondit le travail ou la structure de certaines sociétés qui travaillent pour les associations, eh bien parfois il y a de quoi hausser le ton.

Public : Oui, parce qu'en gros, en fait, le contexte c'est le programme français de Techsoup [prononcé « tech soupe », NdT], ça se dit en anglais tech so up mais j'aime bien dire « tech soupe » parce qu'en fait ce sont les fondations Microsoft, etc., qui, via Techsoup, essaient de vendre leur soupe. Donc le programme Solidatech, c'est le programme français de Techsoup, donc ayant forcément pour but de vendre Microsoft, etc. Même si la structure porteuse est une structure qui s'appelle ADB, un truc local affilié à Emmaüs, pour moi cette histoire fait partie de la stratégie d'une multinationale, la stratégie du dealer « la première dose est gratuite » et la stratégie du cheval de Troie, c'est à dire, en fait, trouver un gentil acteur ayant de l'influence, ayant une image crédible, avec qui elle va faire un partenariat et qui va faire la promotion auprès du public.

Christian Momon : Il faut savoir qu’à l’April on est très sensibles, justement, au respect des valeurs et à la cohérence avec les valeurs qu’on porte. Il y a beaucoup d’associations qui se concentrent sur un sujet mais qui, malheureusement, sont parfois en contradiction avec leurs outils, etc. Du coup on essaye de les accompagner de ce côté-là. Une autre question avant qu’on libère l’amphithéâtre ? C’est bon ?

Bookynette : Dans ce cas-là merci beaucoup d’être venus. Merci beaucoup pour l’enregistrement, la captation et on vous dit à bientôt sur le stand April.

[Applaudissements]

Quand les informaticiens se rebiffent - Décryptualité du 20 mai 2019

APRIL - ven, 05/24/2019 - 14:59


Titre : Décryptualité du 20 mai 2019 - Quand les informaticiens se rebiffent
Intervenant : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 20 mai 2019
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger la conférence
Revue de presse pour la semaine 20 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : A racist version of the raised fist - Wikimedia Commons de Williamcasey - Licence Creative Commons Attribution Share Alike
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

L'actualité des GAFAM montre que la main d’œuvre des GAFAM peut parfois faire entendre sa voix pour contester la politique de l'entreprise. Y-aurait-il une éthique spécifique dans le milieu ?

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 20. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Luc.

Luc : Sommaire.

Manu : C’est un sommaire un peu embêté avec beaucoup d’articles qui viennent du même site.

Nolwenn : Ce n’est pas grave, on fera de la pub !

Luc : Allons-y.

Nolwenn : La Tribune, « Open source : quand internet révolutionne le partage », par la rédaction.

Manu : Ça parle de partage au niveau philosophique. Un article qui n’est pas trop mal surtout sur un site qui parle surtout d’économie d’habitude. Là ils se sont un peu ouverts pour parler de sujets qui nous intéressent.

Nolwenn : Developpez.com, « Le gouvernement sud-coréen veut migrer vers Linux à la fin du support de Windows 7 », par Michael Guilloux.

Manu : C’est un gros sujet parce qu’il se trouve que le gouvernement sud-coréen était bloqué avec IE6, Internet explorer 6, depuis des années. Notamment si vous êtes Sud-Coréen, vous deviez utiliser Internet Explorer 6, il semblerait, pour remplir vos impôts.

Nolwenn : C’est légal avec la convention de Genève tout ça ?

Manu : La convention de Megève dit que non. On est embêtés. Là en tout cas, ils vont essayer de profiter de la fin du support de Windows 7 pour pousser à d’autres systèmes.

Luc : Il parait qu’il y a avait des Sud-Coréens qui partaient au Nord parce que c’était trop abominable.

Manu : C’était vraiment affreux. On espère que c’est pour de vrai qu’ils vont passer potentiellement à Linux. Il est aussi possible qu’ils nous fassent une sorte de munichoise, c’est-à-dire de dire : « On va passer à un autre système d’exploitation. Faites-nous des rabais pour qu’on reste avec vous ! » On va voir.

Nolwenn : Public Sénat, « Les propositions du Sénat pour adapter la France au changement climatique », par Ariel Guez.

Manu : Le changement climatique et le logiciel libre, oui, il y a un rapport, ça passe par les données libres, l’open data et là il est proposé par les sénateurs que les données qui viennent de Météo-France soient libérées et accessibles à tous les citoyens.

Luc : Eh bée !

Nolwenn : Mais les données n’étaient pas déjà plus ou moins ouvertes ?

Manu : Elles sont accessibles, mais je ne crois pas qu’elles soient accessibles gratuitement. Je pense que ça fait une grosse différence.

Luc : C’est un vieux truc. Depuis des années Météo-France dit : « Filez-nous de la tune parce que ces données ont de la valeur ! » Il y a des gens qui disent : « On vous paye déjà avec les impôts ». Ils disent : « Ce n’est pas suffisant, etc. », donc c’est un truc interminable. Donc si ça bouge, c’est bien.

Nolwenn : Developpez.com.

Manu : Encore !

Nolwenn : « France : quels sont les logiciels libres que l'État recommande en 2019 ? », Olivier Famien.

Manu : Ce n’est pas un nouveau sujet. C’est le SILL [Socle Interministériel de Logiciels Libres].

Luc : C’est la troisième fois qu’on en parle.

Manu : Exactement. Mais bon, ça veut dire que le sujet est important et qu’il continue à être discuté dans les médias. Donc on peut apprécier cela.

Nolwenn : Developpez.com

Manu : Encore !

Luc : Quelle surprise !

Nolwenn : « Pourquoi Linux n'a-t-il pas de succès sur desktop ? Entretien avec Mark Shuttleworth », par Michael Guilloux.

Manu : C’est un sujet à troll. Ce gars, Mark Shuttleworth, est un trolleur même s’il fait aussi Ubuntu, ce qui n’est pas mal. Il se trouve que là il se plaint qu’il y a de la fragmentation, c’est-à-dire qu’il a plein de gens qui font plein de trucs différents, mais que lui-même a largement contribué à cette fragmentation. Il se plaint que tout le monde ne le suive pas. Il veut que tout le monde s’unifie, tout le monde suive la même chose.

Nolwenn : C’est un Ouin-Ouin quoi !

Manu : C’est un classique, c’est un grand classique.

Luc : C’est un classique du : comme j’ai vu que tout le monde était divisé, j’ai créé un projet supplémentaire pour que tout le monde s’unisse derrière moi.

Nolwenn : Nouvelle République, « Poitiers : Loïc Soulas, coworker de Cobalt, spécialiste en open source », un article de la rédaction.

Manu : Ça parle de militantisme au niveau de Poitiers, c’est un peu de là-bas que je viens, donc ça me plaît bien.

Luc : Tout s’explique !

Manu : Effectivement, ils discutent notamment d’un tiers-lieu Cobalt où ils parlent un petit peu de se spécialiser dans le Libre et de monter des choses autour de ça.

Nolwenn : Developpez.com.

Manu : Toujours !

Nolwenn : « L'April se mobilise pour donner la priorité au logiciel libre dans l'éducation », un article de Michael Guilloux.

Manu : Ça reparle du Sénat, parce qu’il est en train d’être discuté des choses qui parlent de l’enseignement et de la priorité au logiciel libre dans le cadre de l’enseignement. L’April se mobilise1 et on essaye de mobiliser plein de gens pour contacter les sénateurs et qu’ils fassent avancer le sujet.

Luc : Donc allez sur le site de l’April pour voir ce que vous pouvez faire. N’importe qui peut intervenir. Si le sujet vous intéresse2, vous pouvez obtenir là-bas des contacts, aller démarcher des gens, faire du bruit, plus on est nombreux mieux c’est.

Le sujet du jour ça ne sera pas l’événement qui a marqué cette journée – on est lundi quand on enregistre : Huawei qui est un constructeur de téléphones chinois a perdu le droit d’utiliser les Google services. On se garde ça sous le coude pour la semaine prochaine, pour laisser décanter un petit peu. Aujourd’hui on va parler d’une révolte.

Manu : La révolte des développeurs.

Luc : Ça ne se voit pas, mais je vais faire toute l’émission avec le poing gauche au-dessus de la tête. Donc la révolte des développeurs.

Manu : Ça comprend plutôt des entreprises, notamment les GAFA, et c’est intéressant. Les GAFA c’est Google, Amazon, Facebook, Apple et on a tendance à rajouter le « M » de Microsoft pour dire GAFAM.

Luc : Oui.

Manu : Donc ce sont les grosses compagnies qui font fonctionner en grande partie Internet. Il se trouve que dans ces grosses compagnies il y a plein d’informaticiens et que, on le voit encore aujourd’hui, encore récemment, ces informaticiens ne se laissent pas juste mener par le bout de nez, ils n’acceptent pas de suivre tels quels tous les ordres qui leur sont transmis.

Nolwenn : Ils ont enfin compris que sans eux personne ne tourne.

Manu : Il y a de ça. Ce sont un petit peu des travailleurs de la mine, mais tellement mieux payés qu’à d’autres époques. Il y a eu des révoltes, on a constaté ça, notamment à Facebook où on se rend compte que les recrutements ont beaucoup baissé et que la désirabilité d’aller travailler à Facebook s’est complètement écroulée.

Nico : Ça a été surtout lié à Cambridge Analytica qui a pété il y a déjà pas loin d’un an je crois.

Manu : Deux ans.

Luc : Deux ans.

Nico : Deux ans. Ça a été un vrai scandale, personne ne s’attendait à ça. Du coup tous les développeurs ont pris conscience de ce à quoi servait leur boulot quotidien : à espionner les gens et que leurs données n’étaient pas contrôlées.

Manu : À influencer.

Nico : Ou à influencer parce que ça a vraiment eu des impacts même au niveau politique. Du coup les développeurs se sont dit c’est quoi ça ? Pourquoi est-ce qu’on bosse dans ces boîtes-là ? Pourquoi est-ce qu’on a fait ces monstres-là ? Autant la direction fait ce qu’elle veut et elle fait tourner son produit comme elle l’entend, mais les développeurs, du coup, disent : « On n’est plus d’accord avec ça et on arrête de bosser pour ces boîtes-là. »

Luc : La direction est aussi très critique puisque je rappelle qu’il y a quand même deux très hauts cadres de Facebook…

Manu : Un des anciens fondateurs aussi.

Luc : Oui, ça c’est venu après. Mais il y a déjà plus d’un an il y a deux cadres, dont un qui était était directeur général, qui ont claqué la porte et qui ont dit : « Facebook est une horreur absolue ; on ne sait pas ce que ça fait au cerveau des gens, on a tout optimisé pour les rendre complètement dépendants au fait de recevoir des like et des choses comme ça. Tout est fait pour qu’ils reviennent le plus souvent possible. »

Manu : Avec des conséquences parfois même sur l’humeur qu’on a dans la journée. Ça peut nous rendre dépressifs.

Luc : Tout à fait. Oui. Très récemment, il y a une semaine ou deux, un des fondateurs de Facebook a dit que Mark Zuckerberg avait trop de pouvoir, qu’il y a fallait éclater Facebook, puisqu’il y a Facebook, mais il y a également d’autres services. Il y a quoi ? Il y a Instagram.

Nico : Il y a Instagram, WhatsApp, et il y a plein d’autres services autour, de publicités ou autres, qu’ils ont rachetés. Allez voir la page Wikipédia, il y a une litanie de boîtes rachetées par Facebook.

Luc : Il dit : « Il est trop gros. Zuckerberg contrôle tout ça et il a trop de pouvoir ».

Manu : Dans les grosses universités américaines, l’Ivy League, la ligue, je ne sais plus que ce c’est, la plante en français, ce sont les gens les plus supposément intelligents. D’habitude à 85 % ils étaient pour aller travailler dans une entreprise comme Facebook et chez Facebook et là c’est descendu jusqu’à 35 % dans certains lieux, donc le recrutement est plus difficile et quand ils vont recruter, ils ne vont pas avoir forcément les gens les plus brillants tout de suite.

Luc : Plus brillants et aussi les plus riches, puisqu'il y a maintenant des affaires de corruption pour rentrer dans les grandes universités américaines.

Manu : Va savoir ! Il y a peut-être un lien !

Luc : Facebook ça a été un festival parce que ces dernières semaines, je crois qu’ils avaient réussi la performance d’avoir deux scandales dans la même journée.

Nico : C’est en permanence. Tous les jours il y a une qui sort, ça a été Cambridge Analytica.

Luc : Mais dans les trucs récents, dans les dernières semaines, ça a été les données de 500 millions de personnes à poil sur Internet.

Nico : Les mots de passe dans la nature, le mot de passe qui était demandé pour accéder à ses comptes mails. C’était une véritable horreur.

Luc : Il y a des trucs où on s’aperçoit qu’ils ont donné les données à n’importe qui et qu’il y a des tas de boîtes qui ont récupéré des tonnes et des tonnes de données de millions, de centaines de millions de personnes, qu’elles les stockent n’importe comment sur Internet et c’est juste n’importe quoi.

Manu : Mais enfin ! Vous êtes méchants. N’oubliez pas : à chaque fois Mark Zuckerberg vient s’excuser. Et ça, franchement, on ne peut pas lui retirer, il s’excuse à chaque fois !

Luc : Tu penses que c’est ça qu’il a dit à Macron quand il est passé ?

Nolwenn : Il s’excuse à chaque fois qu’il n’ait pas les moyens de mettre des billets dans la sécurité. C’est tout !

Luc : Ça coûte moins cher !

Manu : Oui. En fait il s’est excusé. Récemment il y a eu des pages de toutes les excuses qu’il a dû sortir au fur et à mesure des semaines et il semblerait que c’est assez conséquent. Il y a des gens qui ont codé un excusotron pour Mark Zuckerberg parce qu’il est tout le temps en train de dire : « Désolé, on ne le refera plus ! »

Nico : On l’a même vu pour acheter des pleines pages dans les journaux en Angleterre et aux États-Unis pour faire des mea culpa de Facebook : « On ne le refera plus, c’est vrai, on n’était pas bien, on était désolés. »

Manu : « On est désolés. Notre priorité ça va être votre vie privée » et ça il l’avait dit il y a encore un an et patatras ! Régulièrement.

Nolwenn : Mais ça a toujours été leur priorité !

Luc : C’est privé, c’est à eux !

Nolwenn : Voilà !

Manu : Nos vies privatisées, c’est moche ! Donc là, maintenant, les techniciens qui sont au service de cette entreprise, eh bien ils se rebellent, c’est-à-dire par leurs pieds, ils n’utilisent pas leurs pieds pour aller chez Facebook.

Luc : Voilà ! Il y a ceux qui sont éventuellement partis de Facebook, mais il y en a beaucoup dont on ne sait pas où ils vont. C’est-à-dire que s’ils vont bosser pour faire des missiles ou aller bosser, je ne sais pas, pour Monsanto, enfin ils ont été rachetés, ils ne s’appellent plus Monsanto maintenant.

Manu : Non. Ils s’appellent encore Monsanto, mais ils sont sous l’étendard de Bayer.

Luc : Tu peux imaginer qu’ils soient allés faire plein d’autres trucs dégueulasses mais dans une boîte qui a moins de casseroles aux fesses, enfin de marmites maintenant à ce niveau-là.

Nico : Moins visibles en tout cas, moins à la pointe de l’actualité.

Luc : Voilà ! Ouais.

Manu : C’est tout à fait possible.

Luc : Ça ne va pas dire qu’ils se rebellent, ça veut peut-être juste dire que la réputation de Facebook est en berne.

Manu : Tout à fait possible. Mais il y a d’autres contextes qui nous montrent que ça ne fonctionne pas que comme ça, la morale, l’éthique, joue quand même, on le voit chez Google

Nico : C’est un peu un moins visible, ça ne finit pas dans la presse comme en ce moment.

Manu : Pas autant !

Nico : Ou pas autant, mais il y en a beaucoup qui commencent à se poser des questions sur l’usage des technologies faites par Google puisque on les a vu, par exemple, entraîner leurs drones de combat avec des CAPTCHA. Du coup vous appreniez, en fait, aux drones à cibler les personnes sur les territoires de guerre. Ils ont commencé à se poser des questions. Il y a eu aussi Boston Dynamics qui est le gros leur fer de lance de Google.

Luc : Ils ont revendu, ils ne sont plus chez Google.

Manu : En tout cas des robots qui aideraient au combat.

Nico : Des robots de guerre. Il y en a beaucoup qui ont commencé à se poser des questions en disant à Google : « Arrêtez vos conneries, là vous êtes en train de mettre le doigt dans quelque chose qui n’est vraiment pas top. Si vous continuez dans cette direction-là, nous on arrête de bosser pour ça. »

Manu : Sachant qu’il y avait notamment un gros contrat qui était en train d’être ouvert par le département de la Défense américaine, ce sont des milliards, et Google s’était proposé de faire des data centers pour ce département. Les développeurs ont gueulé, ils ont marché et ils ont fait une petite manifestation pour dire : « Non ! Nous on ne veut pas travailler pour le département de la Défense, pour tuer des gens. » Ils ont forcé l’entreprise à reculer sur ce sujet-là. Il y a eu d’autres sujets, tout aussi intéressants, notamment sur le harcèlement au travail, le harcèlement sexuel. Des développeurs se sont plaints du traitement qui avait été fait à certains des cadres, qui avaient été poussé dehors à coups de millions, eh bien ça a fait un scandale interne assez conséquent, ça a fait bouger un petit peu les lignes et aujourd’hui ils ont promis de faire…

Luc : Des gens poussés dehors, c’est-à-dire des hauts cadres qui avaient là encore des marmites aux fesses suite à des comportements de harcèlement et plutôt que de les virer pour harcèlement, pour faute, on leur a dit : « Prends cette liasse de billets et va voir ailleurs si on y est. »

Manu : Voilà. Ce n’est pas très propre, mais ça a fait scandale, ça a fait gueuler. Il y a eu aussi tout un circuit pour essayer de contrôler l’intelligence artificielle qui avait été mise en place chez Google et qui a fait beaucoup jaser en interne. Les développeurs se sont plaints aussi des manques et des blocages qui n’étaient plus en place sur l’intelligence artificielle. Ça va assez loin chaque fois. Chez Google on peut voir qu’il y a une culture d’entreprise qui à l’origine était très libertaire, était très anti-autorité et qui est en train de changer. C’est-à-dire que la direction elle-même est peut-être plus fan, pour faire croître l’entreprise, d’aller suivre des contrats militaires, d’aller suivre des optiques un peu plus dirigistes, mais pas les développeurs.

Luc : Et puis il y a les trucs dont on parlait il y a quelques semaines avec les soupçons d’avoir flingué les concurrents en jouant de leur position dominante pour ça, ce qui n’est pas très éthique non plus. En tout cas, là-dessus, les employés de Google n’ont pas grand-chose à dire, manifestement ça n’a pas l’air de les chagriner plus que ça.

Manu : On est encore au niveau des soupçons.

Nico : Mais Google a quand même aussi changé sa politique de recrutement là-dessus. Avant, effectivement, ils essayaient de recruter les cadors au niveau technique avec des vrais fers de lance et maintenant ils sont plus dans la stratégie commerciale, donc ils cherchent plus des moutons, des gens un peu plus modulables et malléables. Forcément les tests d’entrée ont aussi beaucoup chuté, ce n’est pus du tout les mêmes objectifs visés lors du recrutement. Ça change aussi énormément la donne.

Luc : Tu peux être super fort techniquement, très intelligent et rester une raclure, je veux dire. Il n’y a aucun lien de cause à effet entre être intelligent et…

Nico : Oui. Là ils visent vraiment des personnes capables d’être modelées à la volonté commerciale de l’entreprise et plus des personnes qui allaient porter des projets et de l’éthique.

Manu : Ça se voit peut-être un peu, notamment avec leur moteur de recherche qui, en Chine, est supposé faire de la censure, on ne peut pas chercher ce qu’on veut.

Luc : C’était aussi un des sujets de rébellion.

Manu : Et Google était parti de la Chine à un moment donné, il y a quelques années, notamment sous la pression des développeurs ; ils avaient dit : « Non, on ne veut pas accepter cette censure, donc on sort du pays », mais finalement ils y sont retournés, il n’y a pas très longtemps il me semble. Je ne sais pas à quelque point ils ont accepté de se compromettre avec le gouvernement, mais c’est un marché qui est gigantesque et refuser de rentrer sur des gros marchés, ce n’est pas facile pour les dirigeants.

Luc : Est-ce qu’on pourrait oser prétendre qu’il y aurait une sorte d’esprit éthique chez les informaticiens ? On rappelle ce bouquin écrit il y a quelques qui s’appelait L'Éthique hacker [L'Éthique hacker et l'esprit de l'ère de l'information], qui faisait une sorte de parallèle avec l’éthique protestante de Max Weber. Est-ce que c’est du pur mythe ou quoi ?

Nico : On a surtout l’avantage d’être dans un métier qui est plutôt bien payé. On a des opportunités, donc on peut effectivement plus facilement mettre en avant notre éthique : on sait que si on dit non à un projet, si on se fait virer, on n’aura pas trop de problèmes pour retrouver un boulot derrière. Ça permet d’être plus à l’aise, on n’a pas non plus de problèmes financiers, donc ouvrir notre gueule c’est quand même plus facile que quand on est sur une chaîne, à devoir être payé un SMIC pour vivre et nourrir sa famille.

Manu : Il y a peut-être un autre point à mettre en avant c’est qu’on est très informés. On travaille dans la mer de l’information Internet, on est en contact avec tout ce qui circule aujourd’hui, donc dire qu’on ne fait pas quelque chose parce qu’on n’était pas au courant, c’est plus difficile.

Luc : Oui, mais il y a plein d’informaticiens qui font des avions de chasse, des missiles, des bombes, des trucs comme ça et ça ne les chagrine pas plus que ça.

Manu : Et il en aura probablement encore toujours.

Nolwenn : Les psychopathes ça existe.

Luc : Il y en a plein !

Manu : Ce sera toujours une couche de gris entre le blanc et le noir. À part faire vraiment don de soi-même à 100 %, se sacrifier, sacrifier tout ce qu’on a, on est tous en train de faire des formes de compromis et d’accepter qu’on va aider un peu jusqu’à un certain point et après c’est juste une question de où est-ce qu’on met le curseur.

Nico : Et aussi où est-ce qu’on met le chèque à la fin. Il y en a beaucoup qui peuvent être achetés. C’est vrai que dans les milieux qui sont moins éthiques, on va dire, généralement on est mieux payé. Allez dans le bancaire ou dans l’armée, vous aurez beaucoup plus de salaires à cinq ou six chiffres que si vous êtes développeur dans une petite SS2L [société de services en logiciels libres] du coin.

Manu : On pourrait même dire que l’éthique permet de diminuer les tarifs. Je connais des développeurs et j’en fais partie qui sont capables d’accepter un boulot : s’il est éthique eh bien je veux bien être moins payé que de faire un travail où je ne vais faire que du propriétaire toute la journée et faire du boulot pour des banques ou des choses comme ça. Ça s’est déjà fait pas mal et il y a des gens qui mettaient même ça dans leur contrat de travail.

Luc : OK. Donc une petite poignée de gens qui ont une éthique et effectivement, une situation qui permet d’avoir les moyens de se la payer. Donc les informaticiens ne sont pas des surhommes.

Nolwenn : Ni des sur-femmes.

Luc : Exact. Donc tant mieux. On va essayer de trouver…

Nolwenn : On va essayer de trouver notre sens éthique et notre sens moral !

Luc : Oui. Moi j’en avais quelque part, mais je ne sais pas où je l’ai mis. Je vais essayer de les retrouver d’ici la semaine prochaine. Salut tout le monde.

Manu : Salut. À la semaine prochaine.

Nolwenn : Salut.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (28 mai 2019) - Collectivités et logiciel libre - Jouons collectif - In code we trust

APRIL - jeu, 05/23/2019 - 11:09
Start: 28 Mai 2019 - 15:30End: 28 Mai 2019 - 17:00

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La vingt-septième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 28 mai 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

Notre sujet principal portera sur les collectivités et le logiciel libre avec Laurence Comparat, adjointe données publiques, logiciels libres et Administration générale de la ville de Grenoble et Pierre Levy de la Direction des Systèmes d’Information et du Numérique de la mairie de Paris et notamment en charge de la de maintenance et l'évolution de la plate-forme Lutece. Nous aurons également la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April et la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune. Chronique qui portera sur le RGPD (Règlement général sur la protection des données).

Écouter le direct mardi 28 mai 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

Liens utiles Les archives de l'émission

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Pour l’interopérabilité des géants du web : lettre commune de 45 organisations

APRIL - mar, 05/21/2019 - 17:36

La Quadrature du Net est à l'origine d'une lettre commune demandant au gouvernement et au législateur d’agir pour que les grandes plateformes (Facebook, Youtube, Twitter…) deviennent interopérables avec les autres services Internet. L'April fait partie des 45 organisations de défense des libertés, organisations professionnelles, hébergeurs et FAI associatifs co-signataires de la lettre.

Notre lettre commune (aussi en PDF) reste ouverte à signature par des associations et entreprises (les individus sont vivement encouragés à se l’approprier et à la diffuser autour d’eux). Pour signer, écrivez à contact@laquadrature.net avec « Signature lettre interopérabilité » en objet, puis en précisant le nom de votre organisation dans le courriel. Merci !

Lettre commune : pour l’interopérabilité des grandes plateformes en ligne

Nous, défenseurs d’un Internet neutre, libre et ouvert, appelons le législateur à agir pour que les grandes plateformes deviennent interopérables avec les autres services Internet.

L’interopérabilité garantit à tout le monde de ne pas se trouver captif d’une plateforme : de pouvoir librement la quitter, sans perdre ses liens sociaux, et de continuer à communiquer avec ses contacts. L’interopérabilité permet à quiconque de lire depuis un service A les contenus diffusés par ses contacts sur un service B, et d’y répondre comme s’il y était. L’interopérabilité est garantie lorsqu’elle repose sur des standards ouverts.

Des services comme Facebook, Twitter et Youtube tiennent leur pouvoir du nombre élevé d’utilisateurs et d’utilisatrices qu’ils ont rendu captives : ce grand nombre incite d’autres personnes à rejoindre leur service, et leur captivité permet de leur imposer une surveillance constante à des fins publicitaires. Aujourd’hui, nombreux sont celles et ceux qui souhaiteraient y échapper mais sont contraints d’y rester sous peine de perdre le contact avec leurs relations.

Pourtant, en dehors de ces plateformes, des services interopérables réunissent déjà des millions de personnes (Mastodon, Diaspora, PeerTube…), notamment via le protocole d’interopérabilité ActivityPub publié par le W3C en 2018. Ces réseaux décentralisés, basés sur des logiciels libres, sont co-hébergés par une multitude d’acteurs distribuant largement les coûts entre eux, ce qui contribue à l’émergence de modèles économiques bien plus respectueux des libertés que celui de la publicité ciblée.

Migrer vers ces services permettrait aussi d’échapper à l’environnement toxique entretenu sur Facebook, Youtube ou Twitter. Ces géants favorisent la diffusion des contenus qui maintiennent au mieux notre attention, souvent les plus anxiogènes ou caricaturaux. À l’opposé de la voie prise par les récentes lois de censure, il ne faut pas espérer que ces plateformes freinent la diffusion de propos haineux, trompeurs ou dangereux, car leur modèle économique, au contraire, renforce cette diffusion.

Il est urgent de permettre à toute personne d’échapper à la surveillance et à la toxicité de ces grandes plateformes en rejoignant des services libres, décentralisés et à taille humaine sans conséquences nocives sur ses liens sociaux. La loi doit imposer cette interopérabilité.

45 premiers signataires :

« Libre à vous ! » diffusée mardi 21 mai 2019 sur radio Cause Commune - Modèles d'organisation d'entreprises du libre - Transcriptions - Partager est bon (le droit de lire)

APRIL - mar, 05/21/2019 - 15:30

Nous avons commencé par la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions. Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur des modèles d'organisation d'entreprises du logiciel libre avec Pierre-Yves Dillard de la société Easter-Eggs et du Réseau Libre-Entreprise et Vincent Laurent de la société 24ème. Nous avons poursuivi avec la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, vice-présidente de l'April, qui portait sur le droit de lire. Nous avons terminé par des annonces diverses.

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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

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    1. Podcasts des différents sujets abordés
    2. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
    3. Bande annonce de l'émission Libre à vous !
    4. Nous contacter
    5. Programme de l'émission du 21 mai 2019
    6. Personnes participantes
    7. Photos
    8. Références pour la partie chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »
    9. Références pour la partie sur des modèles d'organisation d'entreprises du logiciel libre
    10. Références pour la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet
    11. Références pour la partie sur les annonces diverses
    12. Pauses musicales

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio « Cause commune » émet sur la bande FM en Île-de-France (93.1) et sur Internet sur le site web de la radio : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous animons une émission intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'April traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h et rediffusée le mardi soir à 21h.

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    Programme de l'émission du 21 mai 2019

    La vingt-sixième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 21 mai 2019 de 15 h 30 à 17 h.

    Au programme :

    • chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi
    • modèles d'organisation d'entreprises du logiciel libre
    • chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet
    • annonces
    Personnes participantes

    Les personnes qui ont participé à l'émission :

    • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
    • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions
    • Pierre-Yves Dillard de la société Easter-Eggs et du Réseau Libre-Entreprise
    • Vincent Laurent de la société 24ème
    • Véronique Bonnet, vice-présidente de l'April
    • Isabella Vanni et Patrick Creusot à la régie
    Photos

    Quelques photos.

    --> Références pour la partie chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » Références pour la partie sur des modèles d'organisation d'entreprises du logiciel libre Références pour la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

    Les références pour les pauses musicales :

    Décryptualité du 20 mai 2019 - Quand les informaticiens se rebiffent

    APRIL - mar, 05/21/2019 - 01:12

    Écouter ou télécharger le décryptualité du 20 mai 2019 (14 minutes)
    Decryptualité sur Mastodon

    L'actualité des GAFAM montre que la main d’œuvre des GAFAM peut parfois faire entendre sa voix pour contester la politique de l'entreprise. Y-aurait-il une éthique spécifique dans le milieu ?

      Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

     Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

    Revue de presse de l'April pour la semaine 20 de l'année 2019

    APRIL - lun, 05/20/2019 - 21:19

    Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

    [La Tribune] Open source: quand internet révolutionne le partage

    Le dimanche 19 mai 2019.

    Si le numérique fait de chaque citoyen un client captif, certains défendent le logiciel libre comme éthique philosophique. État des lieux de la liberté informatique aux quatre coins du monde.

    [Developpez.com] Le gouvernement sud-coréen veut migrer vers Linux à la fin du support de Windows 7

    ✍ Michael Guilloux, le samedi 18 mai 2019.

    À quelques mois de la fin du support de Windows 7, le gouvernement de la Corée du Sud envisage de passer à Linux plutôt que de continuer vers Windows 10, une option qui semble logiquement la moins douloureuse vu la comptabilité des OS.

    [Public Sénat] Les propositions du Sénat pour adapter la France au changement climatique

    ✍ Ariel Guez, le vendredi 17 mai 2019.

    Les sénateurs proposent 18 mesures pour «amplifier l’effort d’adaptation de la France face aux défis du changement climatique». Parmi-elles, un plan national d’adaptation de l’agriculture et la mise en open-source des données de Météo-France.

    [Developpez.com] France: quels sont les logiciels libres que l'État recommande en 2019?

    ✍ Olivier Famien, le jeudi 16 mai 2019.

    Dans un souci de minimiser les couts tout en conservant la qualité des logiciels utilisés, l’État français a défini depuis 2012, un cadre de convergence des logiciels libres à privilégier ou à abandonner dans le développement des systèmes d’information de ses ministères. L’ensemble des logiciels libres préconisés se présente sous la forme du socle interministériel de logiciels libres (SILL), c’est-à-dire sous la forme d’un tableau actualisé annuellement et répertoriant les logiciels conseillés ou abandonnés par l’Etat français.

    Voir aussi: [Developpez.com] Pourquoi Linux n'a-t-il pas de succès sur desktop? Entretien avec Mark Shuttleworth

    ✍ Michael Guilloux, le jeudi 16 mai 2019.

    Linux est le plus grand projet communautaire dans le monde du développement. S’il est populaire dans de nombreux domaines (serveurs, cloud, mobiles, etc.), sur le marché des PC, il a beaucoup de retard sur ses concurrents Windows et macOS. Actuellement, Linux détient par exemple moins de 3 % de parts de marché d’après les statistiques du baromètre Net Applications. L’adoption de l’OS sur le marché des PC est freinée par de nombreux problèmes, y compris le manque de constructeurs proposant des PC avec Linux préinstallé; le support des pilotes et des logiciels propriétaires; des interfaces utilisateur que les gens trouvent parfois très basiques; ou encore le problème de fragmentation de l’écosystème. Pour Linus Torvalds en tout cas, la fragmentation est l’un des principaux freins à l’adoption de Linux sur desktop.

    [Nouvelle République] Poitiers: Loïc Soulas, coworker de Cobalt, spécialiste en open source

    Le mardi 14 mai 2019.

    Installé dans les locaux de Cobalt à Poitiers depuis un an, Loïc Soulas est un militant de l’informatique en général et de l’open source en particulier.

    [Developpez.com] L'April se mobilise pour donner la priorité au logiciel libre dans l'éducation

    ✍ Michael Guilloux, le lundi 13 mai 2019.

    Contacter les membres du Sénat par email ou par téléphone pour leur expliquer l’importance du logiciel libre dans le système éducatif, c’est l’appel lancé par l’April afin que soit inscrite dans la loi la priorité au logiciel libre dans le cadre du service public de l’enseignement.

    Et aussi: Voir aussi:

    Interview de Sébastien Broca - Bonus de Philippe Borrel - Internet ou la révolution du partage

    APRIL - lun, 05/20/2019 - 18:21


    Titre : ITV Sébastien Broca/Bonus de Internet ou la révolution du partage
    Intervenant : Sébastien Broca
    Lieu : Arte - Documentaire de Philippe Borrel Internet ou la révolution du partage
    Date : mai 2019
    Durée : 6 min 30
    Écouter ou télécharger la vidéo
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : capture d'écran de la vidéo
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Le pouvoir du code. Effectivement Lawrence Lessig l’a très bien dit d’une formule très frappante et qui est restée, il a dit Code Is Law. Code Is Law ça veut dire : maintenant l’informatique a pris une telle place dans nos vies et dans nos existences qu’il y a plein de choses qui ne sont plus régulées par la loi ou par des choses que l’on connaît bien, mais qui sont régulées, en fait, par le code, d’où cet enjeu qu’il y a à avoir une certaine transparence du code, une certaine transparence de l’informatique, une certaine transparence des algorithmes parce que, de plus en plus, ça a un impact très fort sur nos vies, donc c’est en ce sens-là, encore une fois, que Lessig dit du Code Is Law parce qu’il y a une régulation qui est faite par le code, qui est faite par l’informatique. Donc, en tant que citoyens, on devrait peut-être avoir notre mot à dire sur les critères qui sont ceux de cette régulation.

    On est au cœur d’une bataille du Libre parce qu’il y a des formes de contrôle de plus en plus oligopolistiques de l’information, de la connaissance et du code. C’est à la fois ce qui peut se jouer dans le cadre de la publication scientifique avec la domination de trois-quatre éditeurs scientifiques au niveau mondial ; c’est ce qui peut jouer, évidemment, au niveau des fameux GAFA, cet oligopole d’Internet qui de plus en plus re-centralise Internet et dicte, en fait, ses conditions en fonction de leur business modèles aux internautes.

    Pourquoi est-ce qu’il y a une bataille du Libre ? Je disais en fait parce qu’il y a, à mon avis, une nécessité actuelle de lutter contre l’accaparement de certaines ressources, notamment des ressources informationnelles ou des ressources du code par quelques acteurs. C’est ça qu’on voit très clairement dans le monde numérique et c’est en cela que le Libre est une alternative porteuse d’espoir, finalement, pour réussir à contrer cette concentration de savoirs et aussi de pouvoirs.

    Pour Richard Stallman, dès le départ le logiciel libre est un mouvement social ; lui c’est comme ça qu’il le décrit, c’est vraiment la volonté de défendre certaines valeurs, les valeurs de partage, de collaboration entre informaticiens et puis de défendre les libertés des utilisateurs contre le pouvoir des grandes entreprises du logiciel propriétaire.
    Stallman est à un moment, au début des années 80, qui est le moment où on commence à avoir ce grand mouvement qui va ensuite s’amplifier, se généraliser, de privatisation de l’information et de la connaissance. Un des premiers objets sur lequel ce mouvement se déploie ce sont les logiciels. Stallman comprend ça à travers sa pratique professionnelle. Ce qu’il comprend un peu avant les autres c’est qu’il y a ce mouvement de privation de l’information et de la connaissance qui s’enclenche. Lui est un des premiers à trouver que c’est dangereux, qu’il y a là des questions de principe qui sont importantes et qu’il faut défendre. Et aussi, vu qu’il est informaticien, c’est le moment où l’informatique se démocratise et il comprend que l’informatique va devenir une chose de plus en plus importante, qui va prendre un rôle de plus en plus central dans nos vies. Donc laisser ce pouvoir grandissant de l’informatique entre les mains de quelques entreprises, de quelques multinationales, eh bien il y a un danger potentiel.

    Il y a une prise de conscience qui s’opère déjà dans les années 90 qui est de dire, en fait, on a plein d’objets qui étaient considérés comme séparés, n’ayant pas beaucoup de rapports entre eux, entre les semences, entre les médicaments, entre les logiciels, entre les publications scientifiques. En fait ces choses-là ont plus de rapports qu’on ne le croit pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que finalement, fondamentalement dans un monde numérique, ces choses-là on peut dire que c’est de l’information. La molécule d’un médicament, une semence, le code source d’un logiciel, tout ça, en fait, c’est de l’information, ce sont des 0 et des 1 ; une fois que c’est numérisé tout ça c’est de l’information. D'autre part tous ces objets sont en fait l’objet d’un même mouvement qui va être appelé par James Boyle « le deuxième mouvement des enclosures », c’est-à-dire ce grand mouvement de propriétarisation et de privatisation de l’information ou, plus largement, de la connaissance.
    Disons que ce renforcement de la propriété intellectuelle correspond aussi à un moment de mutation du capitalisme. Finalement on sort du capitalisme industriel, pour le dire vite, on rentre dans autre chose, cette fameuse économie de la connaissance, le capitalisme cognitif, en tout cas l’information et la connaissance acquièrent une importance économique absolument fondamentale. C’est vrai qu’à ce moment-là on a des évolutions juridiques qui sont finalement concordantes dans la mesure où elles amènent toutes à cette même privatisation de l’information et de la connaissance. On a différentes choses : dans les années 80, on encourage les universités aux États-Unis à breveter, par exemple, leurs découvertes ; ensuite on commence à pouvoir breveter les micro-organismes. Et puis, dans le même temps, on va allonger la durée des droits d’auteur et du copyright, etc. Il y a, en fait, tous ces mouvements à la fois d’extension de la brevetabilité, d’allongement de la durée du droit d’auteur et du copyright et puis, ensuite, de criminalisation du partage en ligne avec toutes les lois qu’on connaît qui ont culminé en France avec HADOPI. C’est vrai qu’il y a des gens qui commencent à se dire, dans les années 2000, tout ça, en fait, ça fait système, ça fait sens ; c’est un grand mouvement, effectivement, où une élite ou en tout cas un certain nombre d’acteurs économiques vont s’accaparer de manière privative l’information et la connaissance, donc il faut résister.
    Donc le Libre c’est vraiment mettre en valeur ces principes de partage, de collaboration, de résistance face à la privatisation de l’information et de la connaissance, plutôt que le logiciel libre en tant que tel, en tant que mouvement particulier et singulier.

    Ce qui est très intéressant dans le Libre et dans cette bataille du Libre, c’est qu’effectivement on construit des alternatives. Donc le Libre comme les communs c’est une manière de proposer autre chose, de proposer des alternatives par rapport à celles qui nous sont fournies, notamment par les grands acteurs du Web et du numérique.

    Projet de loi école de la confiance : amendement 187 sur la priorité au logiciel libre déclaré irrecevable

    APRIL - lun, 05/20/2019 - 16:24

    À l'occasion de l'examen en séance publique du projet de loi pour une école de la confiance, l'amendement n° 187 proposait que les logiciels mis à disposition des élèves dans le cadre du service public de l’enseignement soient en priorité des logiciels libres. Malheureusement, l'amendement a été déclaré irrecevable au titre de l'article 45, alinea 1 de la Constitution. Car, selon la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, la proposition n'a pas de lien direct ou indirect avec le texte du projet de loi. Une centaine d'amendements a subi le même sort.

    L'amendement n'a donc pas été examiné. Il y a cependant eu un débat vendredi 17 mai au sujet du logiciel libre lors de la discussion sur l'article 12 bis, voir la vidéo (à partir de 16:47:30). Vous pouvez aussi lire la transcription des débats.

    L'April remercie toutes les personnes qui se sont mobilisées en faveur de cet amendement. L'association remercie également les sénateurs et sénatrices qui sont intervenues lors de la séance publique pour exprimer un avis favorable à une priorité au logiciel libre.

    Projet de loi école de la confiance - Discussion au Sénat sur la priorité aux logiciels libres - 17 mai 2019

    APRIL - lun, 05/20/2019 - 15:48


    Titre : Projet de loi école de la confiance - Discussion au Sénat sur la priorité aux logiciels libres
    Intervenants : Président de séance - Françoise Laborde - Pierre Ouzoulias - Catherine Morin-Desailly
    Lieu : Sénat
    Date : 17 mai 2019 après-midi
    Durée : 5 min
    Visualiser l'extrait de la vidéo à partir de 16:47:30
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : capture d'écran de la vidéo - Madame Françoise Laborde
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Président de séance. Philippe Dallier : Madame Laborde.

    Sénatrice Françoise Laborde : Merci Monsieur le président. J’apporte mon soutien à cet amendement 217 de Catherine Morin-Desailly qui répond à une préconisation de la commission culture éducation sur la maquette de formation des INSPE [Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation] qui m’apparaît structurante pur l’usage des outils et ressources numériques en classe.
    À ce propos j’estime que la priorité devrait être donnée à l’utilisation de logiciels libres dans le service public de l’enseignement, ce qui n’est pas souvent le cas.

    Si la loi pour la refondation de l’école de la République avait modifié l’article L131-2 du Code de l’éducation afin de prévoir que dans le cadre de ce service public la détermination du choix des ressources utilisées tient compte de l’offre de logiciels libres et de documents aux formats ouverts si elle existe, ce simple encouragement n’a pas eu réellement d’effets en pratique.

    J’avais proposé un amendement1 visant à s’inscrire dans la loi que la priorité sera donnée à l’utilisation de logiciels libres dans le service public de l’enseignement, qui a été déclaré irrecevable au titre de l’article 45 de la Constitution, ce qui m’apparaît étonnant. Il me semble qu’il existe un lien, peut-être indirect mais cela est permis par l’article en question, entre l’utilisation des logiciels libres dans l’Éducation nationale et la formation des futurs enseignants aux ressources numériques qui pourrait comprendre la sensibilisation à ce type de logiciels par exemple.
    Mais si je reviens à mes moutons, je soutiens l’amendement 217.

    Président de séance, Philippe Dallier : Monsieur Ouzoulias, vous avez la parole.

    Sénateur Pierre Ouzoulias : Merci Monsieur le président. Monsieur le ministre nous soutiendrons vraiment avec force et conviction l’amendement de notre présidente de commission parce qu’il est fondé sur un travail qui s'est poursuivi longtemps par notre commission sous sa conduite et nous pensons aujourd’hui que c’est absolument fondamental.
    Deuxième point. Je pense que j’ai été contacté par les mêmes personnes que celles que ma collègue Françoise Laborde. Il ne s’agit pas de conflit d’intérêt puisqu’il s’agit de promouvoir le logiciel libre, donc j’en parle avec grande transparence et sans aucune retenue. Je ne comprends pas non plus pourquoi, sur un amendement comme ça, nous n’ayons pas pu en débattre de façon plus libre, c’est le cas de le dire, dans notre hémicycle. Monsieur le ministre vous savez qu’il y a eu quelques polémiques au sein d’autres institutions avec l’utilisation de logiciels qui étaient moins libres et moins gratuits. Je pense sincèrement que la promotion des outils qui sont à la fois libres mais surtout gratuits et dont on connaît le code source, dont on peut le vérifier, c’est vraiment aujourd’hui un instrument fondamental pour la démocratisation et qui, surtout, pourrait éviter les vrais conflits d’intérêt. Merci.

    Président de séance, Philippe Dallier : La présidente Morin-Desailly a souhaité reprendre la parole.

    Sénateur Catherine Morin-Desailly : Très rapidement Monsieur le président. Pour répondre à madame Ghali, j’ai bien dit qu’il s’agissait d’un bilan en demi-teinte. Monsieur le ministre, je m’engage à emmener notre commission sur le terrain. Allons dans l’académie de Caen. On a un directeur du numérique éducatif qui est formidable, Pascal Cotentin, et je puis vous dire que dans nombre d’écoles les enfants en maternelle – j’ai vu ça, j’étais même bluffée – apprennent à coder. La problématique c’est cette généralisation. Pour cette généralisation, il faut que les enseignants soient formés. C’est tout simplement aller vraiment à la base des choses, voilà l’objet de l’amendement. Donc votre préoccupation est prise en compte.
    Quant au choix des logiciels libres, je rejoins mes collègues, c’est pour ça que j’ai dit au ministre que ça ne résout pas l’ensemble de la problématique et l'article 16 ter de la loi République numérique est une avancée vers l’obligation de choix d’outils technologiques qui garantissent la souveraineté de l’État quel que soit le ministère, mais il ne va sans doute pas assez loin. Et encore une fois, tout est corrélé à la formation. C’est pour ça que la formation de nos administrations est essentielle et que dans le texte sur la fonction publique on aura à travailler à cette obligation de formation, à ces sujets. Aujourd’hui il est vrai, il y a encore une incertitude parfois dans le choix de certaines solutions technologiques. C’était l’objet de ma question d’actualité2, vous vous souvenez Monsieur le ministre, ici.
    On voit aussi dans d’autres ministères parfois des marchés publics qui confient la formation par exemple des ingénieurs réseau à des filiales d’entreprises américaines dont on connaît parfois les connexions avec la NSA, je pense à Cisco, la formation des ingénieurs réseau dans les ministères où on traite des données sensibles. Tout ça doit faire l’objet vraiment d’une attention particulière du gouvernement dans le cadre d’une action transversale, coordonnée, stratégique, qui mériterait, on l’avait dit dans la loi République numérique, un haut-commissariat au numérique qui assure la transversalité de l’action stratégique de l’État dans cette matière pour la souveraineté, c’est vrai.
    On avancera, je pense, dans le cadre des futures lois sur le sujet, mais il faut vraiment le faire.

    Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 14 mai 2019

    APRIL - lun, 05/20/2019 - 12:37


    Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 14 mai 2019 sur radio Cause Commune
    Intervenants : Xavier Berne - Katia Aresti - Emmanuel Raviart - Philippe Borrel - Emmanuel Macron en off - Mounir Mahjoubi en off - Frédéric Couchet
    Lieu : Radio Cause Commune
    Date : 14 mai 2019
    Durée : 1 h 30 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Page des références utiles concernant cette émission
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    toc_collapse=0; Sommaire 
    1. Transcription
      1. Chronique de Xavier Berne : le bilan de Mounir Mahjoubi
      2. Le métier du développement logiciel libre
      3. Interview de Philippe Borrel, réalisateur du documentaire Internet ou la révolution du partage, version courte du film La bataille du Libre
      4. Annonces

    Transcription

    Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

    Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur libre préféré, rendez-vous sur le site de la radio causecommune.fm et vous pouvez nous rejoindre sur le salon dédié à l’émission.
    Nous sommes mardi 14 mai 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
    Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April.
    Le site web de l’association c’est april.org ; vous y retrouverez une page consacrée à cette émission avec les références qui seront citées pendant l’émission, les pauses musicales et toute information utile. N’hésitez pas aussi à nous faire des retours pour nous indiquer ce qui vous a plu mais également les points d’amélioration.
    Nous vous souhaitons une excellente écoute.

    Nous allons passer maintenant au programme de l’émission.
    Nous allons commencer dans quelques secondes par une chronique de Xavier Berne qui est journaliste pour le magazine d’enquête et d’actualité Next INpact. Normalement Xavier est avec nous par téléphone. Bonjour Xavier.

    Xavier Berne : Oui, je suis là.

    Frédéric Couchet : OK. On se retrouve dans quelques secondes. D’ici une quinzaine de minutes notre sujet principal portera sur le métier du développement logiciel libre avec nos invités : Katia Aresti, ingénieure logiciel chez Red Hat et Emmanuel Raviart développeur logiciel libre, nous les retrouverons tout à l’heure.
    En fin d’émission nous aurons également une interview de Philippe Borrel qui est le réalisateur du documentaire Internet ou la révolution du partage qui est la version courte du film La Bataille du Libre actuellement diffusé dans certaines salles et également sur Arte.
    À la réalisation ma collègue Isabella Vanni avec le soutien de Patrick Creusot. Bonjour Isa, bonjour Patrick.

    Chronique de Xavier Berne : le bilan de Mounir Mahjoubi

    Frédéric Couchet : Tout de suite place au premier sujet. Nous allons commencer par la nouvelle chronique de Xavier Berne. Xavier est journaliste pour le site d’enquête et d’actualité Next INpact, donc nextinpact.com. Rebonjour Xavier.

    Xavier Berne : Bonjour Fred.

    Frédéric Couchet : La chronique du jour. Aujourd’hui tu veux nous faire un bilan de Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’État chargé du Numérique qui a été, entre guillemets, « débarqué » du gouvernement fin mars pour vivre de nouvelles aventures. Alors ce bilan ?

    Xavier Berne : Eh bien ce bilan, il me semble qu’il est assez maigre en ce sens que Mounir Mahjoubi n’a, en fait, porté aucun texte devant le Parlement. Il est bien intervenu sur certains textes comme le projet de loi RGPD, mais il n’a pas vraiment été en première ligne, il n’a pas élaboré tout un projet de loi comme ce fut le cas par exemple pour Axelle Lemaire qui était secrétaire d’État au Numérique sous François Hollande et qui a soutenu son projet de loi pour une République en 2016.
    Ensuite, si on va sur certains de ses dossiers clefs comme la taxation des géants du numérique, l’échec est assez patent. La France a tout simplement échoué à imposer son projet à l’échelon européen et elle s’apprête, du coup, à légiférer au niveau national.
    Autre dossier clef, la dématérialisation des services publics. Rappelons que c’était Mounir Mahjoubi qui était aux manettes lorsqu’a été enclenchée la dématérialisation, à marche plus ou moins forcée, des cartes grises. Souvenez-vous un petit peu de tous ces ratés qu’il y avait eus il y a à peu près un an et demi autour du site de l'ANTS [Agence Nationale des Titres Sécurisés].
    Sur d’autres sujets comme la transparence ou ce que certains appellent l’open data, sur les questions d’éducation au numérique ou même sur le fichier TES, il n’y a malheureusement pas grand-chose à inscrire dans le bilan de Mounir Mahjoubi, alors qu’à sa nomination, en mai 2017, certains avaient beaucoup d’espoir. On avait là quelqu’un qui était jeune, qui avait un profil de startupeur, qui connaissait donc à priori plutôt bien ses dossiers. Mounir Mahjoubi s’était mobilisé en tant que président du Conseil national du numérique contre le fameux fichier TES, était plutôt favorable au logiciel libre, etc.
    Du coup aujourd’hui beaucoup de gens ont tendance à regarder ce qu’il n’a pas fait, voire ce qu’il a défait ! En l’occurrence, il a notamment réussi à flinguer le Conseil national du numérique dont il venait à peine de quitter les rangs. Rappelez-vous, c’était à la fin de l’année 2017, psychodrame autour de la nomination de certains membres du CNNum, dont Mounir Mahjoubi, en fait, ne veut pas. Tous les membres font bloc autour de leur présidente et démissionnent collectivement. Il faudra attendre plusieurs mois, le mois de mai en l’occurrence, pour que finalement de nouveaux membres soient désignés, autant que dire que l’indépendance de l’institution en a pris un sacré coup !

    Finalement, pour moi Mounir Mahjoubi c’était surtout un communicant, quelqu’un de très avenant, très chaleureux, très jovial, qui allait faire des blagues. Finalement il savait bien emberlificoter les choses ! Je garde en tête un épisode qui est peut-être anecdotique mais qui me semble, en fait, assez représentatif de l’animal politique, si on peut dire, qu’il fut en tant que secrétaire d’État au Numérique. Ça c’est passé l’année dernière, à l’Assemblée nationale, lors de l’examen du projet de loi sur le RGPD. Il avait été interpellé au sujet de l’obligation de transparence qui pesait, à l’époque, sur les administrations. Mounir Mahjoubi s’en était sorti grâce à un exercice assez proche du patinage artistique, il avait parlé de cette obligation future, comme si elle n’était pas encore entrée en vigueur, mais tout en assurant qu’elle serait bientôt mise en œuvre par les administrations. Il avait aussi laissé entendre qu’il n’y avait pas besoin de décret d’application, alors que son prédécesseur avait bien pris le fameux décret depuis belle lurette ! Et à la fin, cerise sur le gâteau, pour rassurer les députés il avait dit que le sujet pourrait être rediscuté lors de la seconde lecture et je vous le donne en mille : le gouvernement ayant enclenché la procédure d’urgence sur ce texte, il n’y avait qu’une lecture par chambre ! Et c’est passé comme une lettre à la poste ! Emmanuel Macron l’avait humilié publiquement devant un parterre de startupeurs pour ce côté un petit VRP. C’est Quotidien qui avait diffusé cette séquence l’année dernière : le président parlant d’une mesure s’était tourné vers Mounir en lui demandant quand serait promulgué les fameux textes. Je crois qu’on a l’extrait en régie, je ne sais pas si vous pouvez le diffuser.

    Frédéric Couchet : Eh bien on va écouter l’extrait.

    [Extrait du Quotidien]

    Emmanuel Macron : Là les textes sont passés et seront promulgués à quelle échéance Mounir ?

    [Pas de réponse] - [Rires]

    Emmanuel Macron : Ce sont des esprits pratiques, donc il faut une date précise. C’est quelle date à peu près ?

    Mounir Mahjoubi : C’est très bientôt Monsieur le président.

    Emmanuel Macron : Mais genre ? C’est 1er décembre, 1er janvier ou 1er mars ?

    Mounir Mahjoubi : C’est très exactement entre ces dates.

    Emmanuel Macron : Moi je pense qu’il faut se dire, Mounir, pour être cohérent et crédible, que tout ça c’est réglé au premier janvier, comme ça c’est bon. OK !

    [Applaudissements]

    [Fin de l'extrait]

    Frédéric Couchet : C’était l’extrait on va dire du recadrage, je ne sais pas comment appeler ça, du président Macron envers Mounir Mahjoubi. Avant que tu poursuives, juste peut-être préciser quand même ce qu’est le fichier TES dont tu as parlé, c’est le fichier des titres électroniques sécurisés qui était un projet du ministère de l’Intérieur de créer une sorte de méga-fichier des Français et le RGPD c’est le Règlement général sur la protection des données. Je te laisse poursuivre Xavier.

    Xavier Berne : Exactement. Merci pour ces petites précisions.
    On parlait du bilan. Est-ce que Mounir Mahjoubi n’a rien fait pour autant ? Non bien entendu. Il a quand même beaucoup travaillé pour les startups, pour le développement de l’économie numérique. Il a lancé le programme France Num pour aider les TPE, les PME à tirer profit du numérique.
    Autre dossier aussi à son actif c’est l’inclusion au numérique. En fait il a réussi à mettre autour de la table les principaux acteurs concernés, notamment les opérateurs sociaux type Caf, Pôle emploi et aussi des entreprises comme des banques ou même l’opérateur Orange, afin que tous ces acteurs financent des Pass de formation qui devraient prochainement être offerts à certaines personnes, qui pourraient être capables de réaliser des démarches administratives sur Internet après quelques heures de cours.

    Frédéric Couchet : Justement là-dessus je me permets d’intervenir, parce que très récemment le label « Numérique inclusif » concernant ces Pass a été publié et, parmi les points positifs, parmi les critères d’attribution du label figure explicitement l’usage à la fois de logiciels libres et le partage de documents et de contenus sous des licences libres. C’est un point quand même essentiel qui n’est pas que à mettre que au crédit de Mounir Mahjoubi, qui est aussi à mettre au crédit, évidemment, de l’Agence du numérique qui est en charge de ce « Pass Numérique inclusif ». Je te laisse poursuivre.

    Xavier Berne : Merci. Une autre chose importante aussi, je pense, qu’on retiendra du mandat de Mounir Mahjoubi c’est qu’il a réussi à obtenir le départ de Henri Verdier, le directeur interministériel au numérique avec qui il entretenait de très mauvaises relations. Là aussi ça a suscité beaucoup de réactions parce qu’en fait Henri Verdier était quelqu’un d’assez bien vu auprès des militants de la transparence, du logiciel libre, mais, au fil du temps, il était un petit peu, à mes yeux, devenu comme un ministre bis, en fait un cabinet fantôme du numérique tant il avait pris de l’importance au sein de l’appareil d’État sur tous les dossiers numériques. Certaines sources m’ont dit que Mounir Mahjoubi avait fait des pieds et des mains pour obtenir le départ de Henri Verdier qui a fini par accepter, l’année dernière, le poste d’ambassadeur de la France pour le numérique.

    Frédéric Couchet : Tu veux dire que c'est pour des questions d’ego que Mounir Mahjoubi a obtenu, quelque part, la peau de Henri Verdier qui, effectivement, était quand même un grand artisan de la transparence des données publiques et du logiciel libre.
    Mounir Mahjoubi a quitté le gouvernement pour se lancer dans la course, comme d’autres, à la mairie de Paris, avec un programme notamment à base de drones et de petits boutons bleus. Il y a un successeur qui s’appelle Cédric O. À quoi doit-on s’attendre avec son successeur ?

    Xavier Berne : Les priorités sont semblables. Ça reste très accès sur l’économie numérique, les startups. Ensuite ce sont les questions de priorité en termes de régulation des grandes plates-formes. On va bientôt entamer, à l’Assemblée nationale, l'examen de la proposition de loi sur les contenus haineux sur Internet. Et enfin, autre gros chantier, comme Mounir Mahjoubi, ça reste sur la dématérialisation des services publics puisque Emmanuel Macron s’était engagé, durant sa campagne, à dématérialiser l’ensemble des démarches administratives d’ici la fin de son quinquennat.
    Néanmoins, on va dire que Cécric O se montre pour l’instant plutôt discret, en tout cas plus discret que Mounir Mahjoubi, alors c’est peut-être le temps qu’il enfile son nouveau costume puisqu’il officiait, jusque-là, dans l’ombre, il était conseiller d’Emmanuel Macron. On va dire que les prochains mois permettront de voir comment les choses évoluent, mais, à priori, il n’y aura pas de grands changements.

    Frédéric Couchet : D’accord. Comme tu le dis, Cédric O vient d’être nommé récemment, donc attendons de juger sur les faits. Juste un petit point d’actualité, comme tu as dû le voir, l'un des documents les plus attendus concernant le logiciel libre dans l’administration, le fameux Socle interministériel des logiciels libres, c’est-à-dire cette liste de logiciels libres recommandés dans l’administration pour les utiliser de façon coordonnée, vient enfin d’être publié il y a quelques jours ; vous retrouvez la référence sur le site de l’April, c’était d’ailleurs une des demandes de l’April à Cédric O, le nouveau secrétaire d’État en charge du Numérique. La deuxième demande concerne la publication de la feuille de route de la « nouvelle » DINSIC [Direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'État], entre guillemets. Comme tu l’as dit Henri Verdier est parti, il y a un remplaçant et, dans un des articles que tu as d’ailleurs rédigé, je crois, sur Next Inpact, une interview de ce nouveau directeur, les réponses n’étaient pas forcément trop en faveur des données publiques et du logiciel libre, donc on aimerait bien savoir où va cette DINSIC avec notamment la publication de la feuille de route.

    Xavier Berne : Effectivement, c’est le moins qu’on puisse dire. On m’avait laissé entendre que cette feuille de route paraîtrait plutôt au mois d’avril, je ne sais pas si le départ de Mounir Mahjoubi a aussi, peut-être, un petit contrarié ces plans-là, mais du coup on est toujours en attente et il n’y a pas beaucoup de communication côté DINSIC.

    Frédéric Couchet : Eh bien écoute, on va attendre la communication côté DINSIC. On espère aussi qu’on les recevra peut-être un de ces jours. Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose dans cette chronique ?

    Xavier Berne : Non. Il me semble qu’on a fait le tour. Merci.

    Frédéric Couchet : Écoute merci Xavier. Évidemment on va voir comment évoluent les choses avec ce nouveau secrétaire d’État et aussi au niveau de la DINSIC, un peu la Direction informatique de l’État. Xavier je te remercie, on se retrouve le mois prochain pour la nouvelle chronique et je te souhaite de passer une agréable fin de journée.

    Xavier berne : Merci. Bonne émission. Au revoir.

    Frédéric Couchet : Au revoir. À Bientôt.

    Nous allons faire une pause musicale, c’est Another Happy Ukulele Song par Alex Nekita et on se retrouve juste après.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Pause musicale : Another Happy Ukulele Song par Alex Nekita.

    Le métier du développement logiciel libre

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Another Happy Ukulele Song par Alex Nekita. C’est évidemment sous licence libre Creative Commons Attribution et vous retrouvez la référence sur le site de l’April.
    Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
    Nous allons aborder notre sujet principal qui va porter sur le métier du développement logiciel libre avec nos deux invités, d’abord Katia Aresti ingénieure logiciel chez Red Hat. Bonjour Katia.

    Katia Aresti : Bonjour.

    Frédéric Couchet : Et Emmanuel Raviart, développeur logiciel libre. Bonjour Emmanuel.
    On va essayer d’expliquer un petit peu ce magnifique métier du développement logiciel notamment libre, mais pas forcément que libre. Comme je disais à mes deux invités avant la prise d’antenne, en venant en métro au studio, il y avait des pubs, une des pubs dans le métro disait : « Je veux faire du Java 35 heures par semaine ». C’est pour un site dont je ne me souviens plus exactement du nom, mais un site qui fait sans doute des formations autour d’un langage de programmation qui s’appelle Java. Comme quoi, finalement, ce métier de développeur et de développeuse doit attirer du monde. En tout cas je trouvais ça marrant, d’autant plus que Katia Aresti est une spécialiste Java, si je me souviens bien.
    On va essayer d’expliquer un petit peu ça. Ma première question va être relativement simple pour les deux personnes, c’est déjà de présenter votre parcours, d’où vous venez. Pour Emmanuel Raviart, ne pas faire tout son parcours depuis le début ! Mais d’où vous venez et où vous êtes aujourd’hui. Peut-être Katia Aresti qui est développeuse, actuellement ingénieure développeur chez Red Hat.

    Katia Aresti : Moi ça fait presque 14 ans que je travaille de manière professionnelle en tant que développeuse. J’ai fait mes études en Espagne, au Pays basque espagnol, ingénieur en informatique, pendant 5 ans. Après j’ai travaillé trois ans à Madrid pour une grosse SS2I [Société de services et d’ingénierie en informatique], une société de services appelée Sopra Group qui est française et du coup, avec cette boîte j’ai fait une mutation à Paris. J’ai travaillé pour cette grosse société de services, ensuite pour une autre plus petite en faisant du prestataire pour des gros clients : Orange, Pôle emploi, Bouygues Telecom, etc. Ensuite j’ai été freelance pendant une période. J’étais la plupart du temps développeuse Java ou plutôt axée sur Java même si j’ai aussi fait d’autres langages. Depuis deux ans je travaille chez Red Hat qui est une boîte internationale qui développe des produits open source ou libres, en fait le code source du produit est disponible et accessible pour tout le monde et ils monétisent comme ça. Moi je travaille pour une équipe en développant un produit depuis deux ans. Voilà ! C’est ce que j'ai fait ces derniers 14 ans ou 15 ans.

    Frédéric Couchet : D’accord. Emmanuel Raviart.

    Emmanuel Raviart : Assez vite, en 1997, j’ai créé une première société de logiciel libre qui avait la particularité, qui a la particularité d’être détenue par ses salariés avec égalité de salaires. En 2001 j’en ai créé une autre, sur le même principe, Entr’ouvert. Après j’ai créé un réseau d’entreprises sur ce principe-là qui s’appelle Libre-entreprises et dont Frédéric porte le tee-shirt. Après ça j’ai un peu travaillé pour la Caisse des dépôts, puis je suis entré à Etabab en tant que développeur, on a développé le nouveau data.gouv en 2013. Après j’ai travaillé sur le logiciel libre OpenFisca. Je me suis retrouvé par erreur, plutôt par un malentendu, directeur de campagne puis assistant parlementaire avant, maintenant, de retourner à mes amours sur le développement.

    Frédéric Couchet : Merci pour cette présentation. Déjà un point essentiel c’est que c’est sur la durée. Vous faites du développement logiciel libre depuis des années, alors que beaucoup de gens c’est souvent une étape avant une autre activité. Ça c’est déjà un point essentiel pour les personnes qui nous écoutent, c’est que le métier de développement logiciel libre peut être un métier sur la durée, qu’on peut y trouver du plaisir sur la durée.
    Deuxième question : comment vous définiriez, en une phrase ou deux, le développement logiciel ? Vous êtes dans une soirée, vous rencontrez des gens et, au lieu de dire que vous faites de l’informatique, ce qui est très générique, si vous deviez expliquer ce qu’est le développement logiciel, en quelques mots ? Est-ce que vous parleriez de langage de programmation ? Comment vous essaieriez de faire comprendre ce qu’est le développement logiciel ? Qui veut commencer ? Katia.

    Katia Aresti : Je peux commencer. Déjà je dirais que c’est un métier qui est assez créatif et, en même temps, il faut trouver des solutions aux problèmes. Ce que je fais au quotidien c’est passer du temps à écrire sur un éditeur en un langage que l’ordinateur va comprendre et, grâce à ce que j’écris, eh bien je vais construire à peu près tout ce qu’on peut imaginer aujourd’hui pour qu’on utilise son ordinateur, qu’on utilise son appareil mobile. Un peu partout, en fait, il y a des logiciels. Quand on a besoin d’envoyer un texto c’est quelque chose qui a été écrit par quelqu’un, c’est ce que je fais. Après, par rapport au côté Libre, moi ce que je fais c’est surtout construire des choses ou des applications. Par exemple le site de Pôle emploi était construit à base de logiciels libres ou plutôt open source, mais après le code de Pôle emploi est fermé, n’importe qui ne peut pas voir comment ça a été développé, ça c’est un truc. Aujourd’hui je code, du coup ce que je fais, mon travail est complètement disponible, on peut voir tous les jours ce que je fais, en fait.

    Frédéric Couchet : D’accord. On reviendra tout à l’heure dans la discussion justement sur cette évolution, notamment te concernant, d’un passage au logiciel libre et peut-être ce que ça a changé en termes de développement, parce que, forcément, on ne développe pas de la même façon quand on fait du logiciel propriétaire ou du logiciel libre. Emmanuel toi, comment tu présenterais ça ?

    Emmanuel Raviart : Je ne le présente pas souvent, mais si je le présentais là, maintenant…

    Frédéric Couchet : Tu vas à très peu de soirées, c’est ça ?

    Emmanuel Raviart : Je vais à très peu de soirées justement parce que je suis développeur et je n’ai pas le temps d’aller dans les soirées.

    Frédéric Couchet : Pour toi les 35 heures, c’est plus…

    Emmanuel Raviart : Voilà ! Les 35 heures ! Bon ! En fait être développeur, au début c’était écrire des mots dans un langage simplifié et avec ces mots dans un langage simplifié progressivement construire des phrases et tout. Chaque fois, moi j’assimile plutôt ces phrases à des briques comme quand on construit une maison, sauf que chacune de ces briques a une forme différente.

    Frédéric Couchet : Comme quand on construit un Lego aussi,

    Katia Aresti : C’est ça, je suis d’accord avec ça.

    Emmanuel Raviart : Comme on construit un Lego. Simplement chaque brique a une forme différente et elle peut avoir un impact sur le reste de la maison. C’est en ça que c’est un peu bizarre le logiciel parce que c’est quelque chose où chaque acte peut avoir de l’importance plus tard. Voilà ! Ce que je voulais dire de plus c’est que jusqu’à présent c’était souvent écrire des mots et maintenant c’est beaucoup réutiliser des phrases écrites par d’autres ou des blocs montés par d’autres.

    Frédéric Couchet : C’est une remarque effectivement intéressante. C’est que quand vous avez commencé le développement il y avait peut-être moins de briques disponibles.

    Emmanuel Raviart : Il n’y avait rien qui existait, maintenant tout existe !

    Frédéric Couchet : Il n’y avait rien qui existait. Et quand on parle de langages de programmation, quand je faisais tout à l’heure l’introduction tout à l’heure sur Java – alors on ne va pas du tout être trop techniques aujourd’hui, j’ai cité Java parce que j’ai vu la pub et que Katia est une spécialiste Java –, un langage de programmation, en gros, c’est une grammaire, un vocabulaire, qui permet effectivement d’écrire du code informatique, qui va permettre à partir de briques de gérer une maison, de gérer un téléphone, de gérer un site, Pôle emploi, et finalement c’est accessible à toute personne en fait. C’est-à-dire que c’est un apprentissage qui ne demande, on va dire, aucune caractéristique particulière. Ou plutôt, comment vous vous êtes venus à informatique justement ? Katia.

    Katia Aresti : Moi j’ai un parcours assez classique parce que j’ai fait une école d’ingénieur en informatique, mais ce n’est pas le seul parcours possible. Aujourd’hui il existe énormément de formations dans lesquelles des personnes qui, par exemple, travaillent mais qui envisagent un changement, peuvent pendant trois, quatre mois se former au lieu de faire une école d’ingénieur de cinq ans. Il y a énormément de ressources online et du coup, en fait, comment on peut commencer à coder ? C’est vraiment en allant sur un site chercher par exemple le langage JavaScript. D’ailleurs JavaScript, ce n’est pas mal parce que c’est quelque chose qu’on voit visuellement dans le navigateur, du coup ça donne tout de suite un retour sur ce qu’on code et après commencer à apprendre les bases avec un petit truc : si j’écris ça, qu’est-ce que ça donne, etc. ? Mais moi j’ai fait un parcours assez classique.

    Frédéric Couchet : D’accord. Emmanuel.

    Emmanuel Raviart : Je me suis lancé dans l’informatique, j’étais en 4ème, je voulais faire de l’intelligence artificielle, je voulais créer un ordinateur qui comprenne, qui se comporte comme un humain. Donc c’est comme ça que je me suis intéressé à l’informatique. Que dire de plus ? Rien.

    Frédéric Couchet : En fait, tu t’es intéressé à l’informatique finalement relativement jeune, même très jeune.

    Emmanuel Raviart : Jeune. C’était au détriment de mes études, ce qui d’ailleurs m’a fait rater quelques études. Après je suis retombé, j’ai fait un IUT [Institut universitaire de technologie] d’informatique. En fait j’avais tout appris avant mais l’IUT d’informatique m’a permis de stabiliser un peu mes connaissances théoriques.

    Frédéric Couchet : D’accord. Katia.

    Katia Aresti : Pardon, peut-être que je n’ai pas vraiment répondu à la question pourquoi j’ai fait une école d’informatique, d’ingénierie ? C’est parce que j’avais un peu appris à coder dans un cours quand j’étais au lycée ; on avait appris un tout petit peu à coder. J’étais une ado qui ne savais pas quoi faire, je savais pas des lettres, je ne voulais pas un truc comme médecine ou machin parce que je ne supporte pas le sang ni les animaux, ni rien. Du coup j’ai découvert ça, je suis allée faire des études d’ingénieur et c’est là, en fait, que ça m’a confirmé que j’adorais coder.

    Frédéric Couchet : D’accord. Je te laisse Emmanuel et ensuite on va revenir sur le mot « adorer coder », ça m'intéresse. Emmanuel.

    Emmanuel Raviart : À propos des études, ce qui m’a marqué c’est que les professeurs étaient souvent moins compétents que les élèves, au moins à mon époque et c’est encore quelque chose qu’on retrouve dans les apprentissages d’informatique maintenant. C’est-à-dire qu’il y a de bonnes écoles d’informatique, comme Epitech ou 42, où ce sont les élèves qui apprennent aux autres élèves et qui se forment eux-mêmes. L’informatique est une technique où on peut apprendre par soi-même en galérant beaucoup.

    Katia Aresti : En passant des heures.

    Emmanuel Raviart : En passant beaucoup d’heures et sans forcément avoir beaucoup de personnes pour t’enseigner.

    Frédéric Couchet : Outre les écoles il y a aussi certaines universités ; je vais citer l’université de Paris 8 où j’ai appris l’informatique, justement plutôt la nuit que le jour et où il y a une forte entraide.
    Je vais revenir sur le terme « adorer cette activité de code ». Quelle satisfaction, quel plaisir trouvez-vous à faire du développement logiciel et à continuer à en faire aujourd’hui ? Comme je l’ai dit en introduction, il y a beaucoup de gens pour qui le développement logiciel est une étape dans une carrière d'informatique avant de devenir chef de projet ou autre. Quels sont les plaisirs que vous trouvez ? Emmanuel.

    Emmanuel Raviart : Le grand avantage d’un ordinateur c’est que quand on sait programmer, même un peu, l’ordinateur nous obéit. Ça, par rapport aux êtres humains, c’est un bonheur incommensurable. C’est une des vraies satisfactions qu’on a, c’est qu’on a l’impression un outil surpuissant entre les mains et qu’on arrive à lui faire faire des choses. Ça c’est un des vrais plaisirs que j’ai toujours avec l’ordinateur, c’est-à-dire arriver à lui faire faire des choses que j’ai envie qu’il fasse. Voilà ! C’est donc pour moi un outil qui me permet de mettre en pratique certaines choses que j’ai envie de faire.

    Frédéric Couchet : D’accord. Katia.

    Katia Aresti : Moi c’est vraiment le côté qu’on est en train de construire des choses potentiellement utiles, peut-être pas, mais au moins ça peut être fun : une appli mobile qui fait juste des photos rigolotes c’est déjà quelque chose qui est marrant. Le fait de pouvoir vraiment faire des choses qui aident au quotidien, construites par moi-même. J’ai beaucoup joué aux Lego quand j’étais petite et peut-être que ça a aussi structuré mon cerveau comme ça, pour aimer ça. C’est le mélange un peu scientifique avec le côté créatif et la satisfaction de faire avancer les choses quand ça marche ; tu passes beaucoup de temps et c’était très riche. Ce n’est pas un métier, contrairement à ce qu’on pense, assez individuel, mais c’est très collectif parce qu’on doit souvent travailler avec les autres, apprendre à coder avec les autres et justement, souvent les plus gros problèmes viennent plus des gens que de la machine. En fait, c’est vraiment le fait de travailler avec les gens, donc c’est un métier assez social. Il y a énormément de soirées, justement des choses pour qu’on apprenne tous ensemble. Donc c’est tout l’ensemble qui me plaît, en fait.

    Frédéric Couchet : D’accord. Par rapport à ça, dans la préparation de l’émission, un mot est revenu un moment c’est le mot d’« artisan », je crois, Emmanuel Raviart, que tu te revendiques comme artisan en logiciel libre. Pourquoi ce terme artisan ?

    Emmanuel Raviart : L’expression ne vient pas de moi, elle vient surtout de Rodolphe Quiédeville qui est ancien collègue commun. Je me retrouve totalement dans ce mot artisan parce que, en fait, on a longtemps pensé que l’industrie du logiciel était une industrie et que si, par exemple, on prenait une armée de singes et qu’on les mettait à coder un programme, ils arriveraient à coder un langage. Ça c’était un peu la théorie du langage Java, pour lancer un petit troll à ma collègue de gauche. Dans les années 90 il y avait un peu ce fond-là, bien sûr on en est revenus. En fait non. Comme je le disais, un logiciel c’est un ensemble de briques toutes avec des formes différentes. En fait je considère qu’on n’est jamais un bon informaticien. On peut juste essayer d’être un peu moins mauvais avec le temps et de s’améliorer, parce qu’il n’y a de vraie standardisation. Bien sûr on essaie de réutiliser des choses existantes, des choses comme ça, mais chaque petite décision peut avoir un impact énorme sur la suite du logiciel un ou deux ans après. Donc vraiment on est dans un truc où il faut…

    Katia Aresti : De l’expérience.

    Emmanuel Raviart : De l’expérience, aimer son métier et accepter de revenir en arrière. Donc c’est vraiment pour moi comme faire un beau meuble ; c’est de l’artisanat.

    Frédéric Couchet : Et est-ce qu'un parallèle aussi, tu parles d’industrie, si on pense à un avion. Un individu seul, une personne seule ne peut pas construire un avion alors qu’une personne seule peut, quelque part, construire un logiciel. Mais, d’un autre côté en fait, artisanat ne veut pas dire forcément isolement parce que dans le cadre du logiciel on travaille avec des briques, comme vous l’avez dit tout à l’heure, qui ont été écrites par d’autres et on peut aussi travailler, notamment dans le cadre du logiciel libre, avec d’autres développeurs et développeuses qui travaillent sur les mêmes codes ou sur des codes dont on dépend.

    Emmanuel Raviart : Oui. C’est ce qui a beaucoup changé dans le métier d’informaticien ces dernières années. Dans les années 80, 90, quand tu avais un problème tu cherchais pendant des mois, tu étais tout seul, mais vraiment tout seul ; il n’y avait pas vraiment des relations sociales. Maintenant, avec l’essor d’Internet et autres choses, pour résoudre les problèmes tu mets à peu près 30 secondes. On n’est plus sur des recherches d’un mois ou deux mois comme ça m’arrivait à l’époque rien que pour résoudre un petit problème. Maintenant tu poses la question sur un moteur de recherche, on te répond sans doute avec une réponse qui te fait comprendre ta question.
    C’est vrai que maintenant, comme on réutilise de plus en plus de composants existants, comme on est dans des logiciels qui sont de plus en plus des assemblages et autres choses, eh bien en fait, le métier de développeur de logiciel est devenu extrêmement social, comme le disait ma voisine.

    Frédéric Couchet : Sur cette notion, Katia, d’artisanat ou d’industrie, parce que Red Hat ce n’est pas de l’artisanat quelque part, on va dire que c’est l’un des « industriels du logiciel » entre guillemets. Est-ce que tu te reconnais dans cette définition, en tout cas dans ce mot d’artisanat, ou est-ce que tu ne te reconnais pas ?

    Katia Aresti : Oui et non. En fait je me reconnais dans le sens où c’est un métier qui s’apprend, qui s’améliore à force de faire, de faire, on devient comme ça meilleur et il y a toujours des remises en question, des nouvelles techniques à apprendre. Donc c’est quelque chose qui se perfectionne vraiment avec le temps. Après, je considère que c’est aussi une industrie, d’ailleurs très grande et qui bouge beaucoup d’argent justement. Moi je travaille pour une grosse société, Linux Enterprise, c’est un de leur plus gros succès. Je travaille dans une autre partie, on fait plutôt des briques de logiciel Java, justement pour que d’autres développeurs les utilisent pour créer d’autres solutions. Tout ça c’est open source, ce n’est pas forcément logiciel libre, il y a parfois une différence qui est faite entre le fait que le code soit disponible et ouvert qu’on puisse le voir et que ce soit un logiciel libre. Ça c’est peut-être un débat plus philosophique, plus long, à ne pas tenir maintenant. Ce que fait Red Hat c’est vraiment monétiser avec la formation, faire du consulting, aider les clients qui utilisent ses produits à s’en sortir en fait. Donc c’est aussi une industrie.

    Frédéric Couchet : D’accord. Sur la différence entre open source et logiciel libre, il y a à la fois une différence philosophique, mais souvent, derrière, les logiciels sont les mêmes, c’est une question de licences. Il y a des licences qui garantissent les fameuses quatre libertés du logiciel libre qu’on peut redire : la liberté d’utilisation, d’étudier le fonctionnement, de modifier le code soit pour corriger des bugs, soit rajouter des fonctionnalités et la possibilité de redistribuer soit la version originale du logiciel, soit la version modifiée.

    Dans ton parcours, Katia, tu as expliqué que tu n’as pas toujours fait du logiciel libre. Justement, dans ton métier de développeuse de logiciels, qu’est-ce qui a changé du fait que tu sois devenue une développeuse qui travaille sur des outils libres ? Je suppose que ça a changé en bien, mais peut-être qu’il y a des choses qui ont changé en mal, je n’en sais rien, mais qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui a changé et quelle a été l’évolution de ton métier, finalement, avec cette nouvelle base de travail qui est une base libre ?

    Katia Aresti : Déjà, la première chose, c’est que souvent les produits qui sont open source, dont le code source est ouvert, sont développés par des gens un peu partout dans le monde, donc c’est distribué par défaut en fait. Ça, ça a changé. Les premiers gros changements que j’ai eus c’est que mon équipe n’est pas en France : on est tous partout. Tous les gens avec qui je travaille au quotidien sont partout dans le monde, par contre, on travaille en équipe. On prend des décisions ensemble, on est tout le temps connectés mais pas forcément à parler, mais on écrit, on chatte et tout ça. C’est un gros changement que ça a fait. Après, j’adore le fait que tout le monde puisse voir, contribuer à ce que je fais et porter un jugement : que ce soit ouvert, que tout le monde puisse voir vraiment ce que je fais.

    Frédéric Couchet : Une question : ça ne t’a jamais bloquée potentiellement de te dire, justement, qu’en publiant en logiciel libre donc de façon totalement publique, n’importe quelle personne pourrait regarder ton code, éventuellement le commenter, éventuellement négativement ? Ça n’a jamais été un blocage pour toi ?

    Katia Aresti : S’il a raison de commenter ! En fait, je pense que c’est l’expérience qui m’a appris que le code ce n’est pas moi. Le code c’est mon code, c’est le code que j’ai fait, mais ce n’est pas moi. Si le code c’est de la merde, eh bien c’est de la merde quoi ! C’est bon ! Ce n’est pas ma personne qui est de la merde. En partant de là, les gens peuvent porter le jugement qu’ils veulent et s’ils ont raison tant mieux parce que je vais apprendre. Et s’ils n’ont pas raison, eh bien tant pis pour eux ! C’est peut-être à eux d’apprendre.

    Frédéric Couchet : D’accord. Il me semble que dans le développement, enfin dans le logiciel libre en général, l’un des avantages c’est qu’il n’y a pas de barrière juridique ni technique à la contribution et à l’amélioration du code. C’est-à-dire qu’en fait on dépend uniquement de ses propres capacités. C’est-à-dire si on a envie de faire évoluer un logiciel et qu’on va y passer le temps, on peut y arriver. Est-ce que c’est ça Emmanuel ?

    Emmanuel Raviart : Oui, c’est exactement ça. Le plaisir qu’on a en faisant du Libre c’est qu’à un moment, quand on a un problème en utilisant une bibliothèque ou un logiciel fait par quelqu’un d’autre, eh bien on peut se pencher sur le problème que pose cet outil, regarder son code source, essayer de voir pourquoi et le corriger. C’est vraiment ça l’apport majeur du logiciel libre, c’est cette possibilité, quand on a problème, de ne pas se dire on a une boîte noire. Hop ! On peut se plonger les mains dedans et tenter de résoudre le problème, donc contribuer à l’amélioration du logiciel qu’on utilise soi-même Ça c’est un des aspects très agréable du Libre.

    Je voulais peut-être juste ajouter comment moi je suis venu au logiciel libre. En fait, avant je travaillais pour des logiciels Apple et notamment je travaillais sur le Newton d’Apple. Newton c’était une tablette que faisait Apple dans les années 90. Quand Apple a à nouveau recruté Steve Jobs et l’a fait venir aux affaires, Steve Jobs a arrêté le Newton. Moi qui avais commencé à faire une activité autour du Newton, je me suis retrouvé tout d’un coup sans aucun débouché, aucun marché, aucun client. Donc du jour au lendemain j’ai dû trouver une autre activité. Je me suis dit que plus jamais de ma vie je ne dépendrai d’une décision faite par d’autres. C’est aussi pour ça. À ce moment-là j’avais le choix rapidement entre Java qui n’était pas encore libre et les logiciels autour du noyau Linux et le monde, la communauté GNU. Donc c’est à ce moment-là que je suis allé vers Debian, GNU/Linux, enfin tous les outils libres, c’est vrai, et en me jurant que plus jamais je ne ferai de propriétaire. C’est à cause d’Apple et de Steve Jobs.

    Frédéric Couchet : Est-ce que tu as tenu ?

    Emmanuel Raviart : Non. De temps en temps j’ai eu des très petites digressions en raison de contrats avec des boîtes ou des choses comme ça, mais à chaque fois j’ai regretté. Maintenant oui, je tiens, et je ne fais plus autre chose que du Libre.

    Frédéric Couchet : D’accord. Et la capacité de réutiliser son propre travail, je suppose que ça doit faire partie du plaisir. Tout à l’heure tu parlais, Katia, que tu avais travaillé dans une société de services importante. Normalement, quand on développe du code pour un client on ne peut pas le réutiliser pour un autre client, dans le monde traditionnel, alors que dans le monde du logiciel libre, au contraire, on est plutôt encouragé à le faire. Donc je suppose que ça c’est quand même une force incroyable de se dire qu’on a accès au travail passé qu’on a fait, qu’on peut le réutiliser voire l’améliorer.

    Katia Aresti : Oui. Après ça bouge tellement vite, les machines, les outils qu’on utilise pour coder, tout ça a tellement changé que franchement, parfois tu es bien content de ne plus utiliser ce que tu as fait il y a 25 ans parce que qu’il y a un nouveau truc qui est mieux. Ça bouge tellement vite que voilà !

    Frédéric Couchet : Justement ça bouge tellement vite. J’ai l’impression que toi tu le vis de façon très joyeuse. Ça doit faire partie, justement, de ce plaisir, mais est-ce que ça ne peut pas être stressant quelque part de se dire que dans ce métier-là on doit tout le temps remettre son ouvrage sur le métier parce que ça évolue, effectivement comme tu le dis, très rapidement ?

    Katia Aresti : En fait, le truc, c’est que les fondamentaux restent les mêmes. Du moment que tu as les fondamentaux c’est justement une de tes forces. C’est pour ça qu’en revenant aux trucs de l’artisanat et de l’expérience, l’expérience fait que tu apprends à apprendre. Tu apprends à apprendre, tu vas plus vite, les fondamentaux restent les mêmes. C’est juste qu’après il faut passer des heures. On est quand même habitué à faire ça. Après, avec les années, évidemment il faut aussi savoir lever le pied et ne pas se pencher sur les nouveautés, les sirènes de marketing des nouvelles choses et vouloir tout casser juste parce qu’un nouveau logiciel est mieux ou je ne sais pas quoi. Parfois ce n’est pas forcément mieux.

    Frédéric Couchet : Évidemment c’est un peu comme les langues naturelles. Apprendre la première langue étrangère c’est le plus compliqué, mais ensuite, apprendre une deuxième langue étrangère, il y a les codes et finalement on s’y remet.

    Sur le webchat de la radio dont j’ai parlé tout à l’heure, qui est sur causecommune.fm, on a une auditrice qui nous signale – c’est Marie-Odile qui s’occupe des transcriptions à l’April –, qui suggère à monsieur Emmanuel Raviart qu’il devrait parler avec le ministre de l’Éducation nationale sur le thème de la confiance dans ce qu’on utilise parce que ton exemple avec Apple et le Newton était clair et parlant. Je précise que c’est en lien, évidemment, avec le projet de loi école de la confiance dont je parlerai en fin d’émission.

    J’ai une petite question, une remarque de Marie-Odile, qui rajoute « remettre son ouvrage sur le métier n'empêche pas de vieillir » [« empêche de vieillir », NdT]. Comment on vieillit, et on fera une pause musicale après, comment on vieillit dans le monde du développement logiciel ? Tiens, c’est une question intéressante. Est-ce que ça permet de garder le cerveau toujours actif ? Est-ce qu’on n’a pas peur d’être dépassé par la jeunesse ? Toi, Emmanuel, tu as commencé en 4ème, mais aujourd’hui avec tous les codes disponibles, avec toutes les écoles et quand on voit les initiatives autour de l’apprentissage du code, on peut se dire que les petits jeunes qui débarquent vont vous bouffer, quoi ! Emmanuel et puis Katia après.

    Emmanuel Raviart : À une époque, il y a deux décennies, on disait qu’un développeur est fini avant 40 ans. Moi j’étais embêté parce que j’allais bientôt atteindre la quarantaine et on me disait que, finalement, je n’aurai plus de métier. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai créé mes propres boîtes, mes sociétés de logiciels, c’était pour pouvoir être mon propre salarié.
    En fait non. L’avantage qu’on a en codant en étant un peu un vieux, un vétéran, c’est qu’on a mis la main dans le cambouis, dans beaucoup de problèmes, dans beaucoup de choses, donc on a toute une expérience. C’est vrai que les langages évoluent, enfin tout évolue, l’environnement évolue, s’enrichit, les connaissances s’accumulent donc on a de plus en plus d’outils qui font de plus en plus de choses. Mais le fait d’avoir assisté quasiment, enfin moi, aux débuts de la micro-informatique jusqu’au Internet maintenant, jusqu’au téléphone mobile et tout, eh bien ça permet d’avoir des bases qui aident vraiment à bien comprendre les choses. Les jeunes ont des atouts et nous, plus anciens, on a aussi des atouts et c’est très complémentaire. Non, non, je ne me sens pas du tout dépassé.

    Frédéric Couchet : D’accord. Katia.

    Katia Aresti : Je suis d’accord avec lui en fait. C’est comme dire tu n’as pas peur de perdre ton métier de médecin alors que tu es chirurgien et que ça fait des années que tu fais des choses, parce qu’il y a des petits jeunes qui viennent à l’hôpital. Eh bien non, justement, tant mieux qu’ils viennent ! On va travailler ensemble et on va essayer de faire mieux les choses. Non, je n’ai pas peur.

    Frédéric Couchet : D’accord. On va faire une petite pause musicale. Nous allons écouter Blow Out par Franky Barbano et on se retrouve juste après.

    Pause musicale : Blow Out par Franky Barbano.

    Voix off : Cause Commune 93.1

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Blow Out par Franky Barbano ; c’est sous licence Creative Commons Partage à l’identique. Les références sont sur le site de l’April, april.org
    Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

    Nous poursuivons le sujet du développement logiciel libre avec Katia Aresti ingénieure logiciel chez Red Hat et Emmanuel Raviart développeur logiciel libre. Nous allons poursuivre avec un changement qui n’est pas récent mais qui a sans doute changé radicalement la façon de travailler sur le développement en logiciel libre, c’est notamment l’arrivée des forges logicielles il y a quelques années. Emmanuel, déjà est-ce que tu peux expliquer ce qu’est une forge logicielle ?

    Emmanuel Raviart : Une forge logicielle c’est un endroit où on dépose ce qu’on écrit, donc le code source qu’on écrit : au fur et à mesure qu’on l’écrit, par exemple tous les jours, on va déposer la nouvelle version sur une forge et la rendre généralement publique pour tout le monde afin que tout le monde puisse voir ce qu’on a déjà écrit et éventuellement y contribuer, le critiquer, signaler des problèmes. Les forges sont un outil qui s’est vraiment démocratisé depuis, je ne sais pas, dix ans, même quinze ans et qui a vraiment changé la manière de développer. On en parlait en off tout à l’heure, c’est une des raisons qui font que les développeurs, maintenant, sont incités à mettre leur code source ouvert, parce que justement, en mettant leur code source sur les forges, on voit que tel développeur, telle personne a contribué tel jour à tel projet, des choses comme ça. Donc dans cette sorte de CV numérique on voit que ce développeur a beaucoup contribué à beaucoup de logiciels. Avec les forges, les développeurs sont aussi incités à rendre public ce qu’ils font. Ce n’est pas une description des forges mais c’est un impact des forges.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. Et pour toi, Katia, qui travailles aujourd’hui chez Red Hat, qui utilises des forges, mais tu as aussi travaillé avant, est-ce que ces forges ont changé quelque chose dans ta manière de travailler ?

    Katia Aresti : Elles ont changé, oui, parce que c’est beaucoup plus simple, en fait, de contribuer. Moi quand j’ai commencé, quand je finissais mes études en 2005, mon projet de fin d’études portait sur un serveur, un produit open source, mais c’était beaucoup plus compliqué, en fait, de prendre le code, de pouvoir contribuer dessus. C’était un peu plus compliqué, alors qu’aujourd’hui c’est devenu une question de s’inscrire avec son e-mail et après, juste en deux clics, tu peux récupérer le code d’un projet, faire des changements et le partager à nouveau. Les outils sont très avancés justement pour tout ce qui est dire « je voudrais bien que cette personne-là regarde le code que j’ai fait » ; ça devient super collaboratif, ça devient vraiment très social, tu peux suivre des gens, voir leur activité, quels projets open source ils aiment plus que d’autres, en fait liker. Il y a toutes ces notions sociales qui ont agrégé, donc c’est merveilleux je trouve justement ; ici moi je suis du côté optimiste et je trouve que c’est merveilleux de pouvoir travailler comme ça. Donc oui, ça a eu un gros impact.

    Frédéric Couchet : Toutes les forges logicielles offrent les mêmes fonctionnalités ou est-ce qu’il y a des fonctionnalités qui sont vraiment essentielles ? Ce sont d’ailleurs deux questions différentes.

    Emmanuel Raviart : Elles sont toutes équivalentes.

    Frédéric Couchet : Toutes équivalentes.

    Emmanuel Raviart : Personnellement j’utilise surtout GitLab qui est une forge logicielle libre, développée en logiciel libre. Parce qu’il y a une forge logicielle libre très célèbre qui n’est pas libre elle-même.

    Katia Aresti : C’est GitHub.

    Emmanuel Raviart : Voilà. Mais maintenant GitHub et Gitlab sont fonctionnellement équivalentes, avec toutefois un problème c’est que sur GitLab tout le monde peut installer sa propre forge ; ça c’est un avantage : une entreprise peut installer sa propre forge logicielle et mettre ses logiciels. L’inconvénient c’est que le travail des développeurs ne sera pas mis en valeur sur une plate-forme centralisée [décentralisée, NdT], donc il y a une tentation pour les développeurs de tout mettre sur la plate-forme propriétaire GitHub parce que, du coup, on verra bien : toutes leurs contributions sont visibles.

    Frédéric Couchet : C’est ce qui permet d’avoir un CV quelque part pour les entreprises de développement.

    Emmanuel Raviart : Un CV, parce que les entreprises, maintenant, recrutent beaucoup en regardant ce qui se passe sur les forges logicielles.

    Frédéric Couchet : C’est sérieux ça ?

    Emmanuel Raviart : Oui, c’est sérieux. Les recruteurs utilisent ça. Ils utilisent aussi un site qui s’appelle Stack Overflow de questions et réponses. On regarde maintenant assez systématiquement ce que tu as fait sur git.

    Katia Aresti : Et Linkedin, énormément.

    Emmanuel Raviart : Linkedin c’est tout le monde.

    Katia Aresti : Linkedin c’est tout le monde, mais je pense qu’aujourd’hui, quand tu es développeur ou développeuse, tu es démarché partout en fait.

    Emmanuel Raviart : La première chose qu’on regarde c’est ce que tu as fait comme code source.

    Frédéric Couchet : Oui, bien sûr.

    Emmanuel Raviart : D’ailleurs j’ai une copine qui, il y a deux jours, me faisait la remarque : elle travaillait dans une boîte et elle a quitté la boîte, le fait que son code source n’était pas public ça lui pose problème parce que, du coup, elle a grand trou dans son CV. On ne voit pas ce qu’elle a fait pendant quelques années en termes de commits ou d’amélioration de code. Du coup c’est un vrai avantage de faire du logiciel libre y compris pour son CV.

    Frédéric Couchet : Si je comprends bien, pour une personne qui débute aujourd’hui en faisant du développement logiciel libre, même dans une phase d’apprentissage, finalement le conseil que vous donnez à cette personne c’est de publier tout de suite son code sur une forge logicielle, si possible évidemment une forge logicielle libre, peut-être publier sur deux, je ne sais pas, mais en tout cas c’est de publier tout de suite, même si, finalement, on est en phase d’apprentissage même si le code peut être, je ne sais plus quel terme tu as employé, pas forcément terrible, mais il faut le publier tout de suite, immédiatement ; se lancer dans le grand bain quoi !

    Emmanuel Raviart : Oui. Il faut prendre l’habitude, dès qu’on écrit une ligne de code, de faire un petit projet et le mettre sur une forge logicielle. Ça n’est que vertueux. Il y a quelque chose qui est très important sur le logiciel libre : une des grandes qualités du logiciel libre c’est la qualité de son code. Un code écrit qui a été relu, qui est potentiellement relu par d’autres, est de toutes façons mieux écrit qu’un code dont on sait qu’il ne sera pas relu. Ça je l’ai vu dans ma vie : quand je faisais du logiciel propriétaire, je faisais du logiciel de moins bonne qualité que quand je faisais du logiciel libre !

    Frédéric Couchet : C’est un peu la loi de Linus, c’est ça, du nom de Linus Torvalds, le créateur du noyau Linux, qui disait : « Plus il y a d’yeux qui regardent un code, plus on peut voir les bugs et les corriger », si je me souviens bien, c’est quelque chose comme ça.

    Emmanuel Raviart : Oui. Et puis il y a aussi une incitation : on met quand même un peu son ego quand on publie quelque chose, c’est nous l’auteur donc c’est un peu de nous-même qu’on y met.

    Frédéric Couchet : Tout à l’heure, quand Katia a dit que le code c’est le code mais ce n’est pas moi, toi quelque part…

    Emmanuel Raviart : Oui. j’aime bien dire que de la même façon que j’essaie de parler à peu près correctement français, j’essaie de programmer à peu près correctement et que ça se voie.

    Frédéric Couchet : D’accord. OK. Dans le monde du logiciel libre il y a un terme qui revient souvent c’est le terme « communauté », communauté de développeurs et de développeuses logiciel libre. Est-ce que dans ce terme-là vous vous reconnaissez ? Est-ce que vous pensez qu’il existe vraiment une communauté de développeurs et de développeuses ou des communautés ? Et, deuxième question : comment ça fonctionne au quotidien ? Katia, tu disais tout à l’heure : « Mes collègues sont partout, ils sont sur Internet au lieu d’être dans un bureau ». Toi Emmanuel, tu as sans doute travaillé sur des projets où il y a, pareil, des communautés décentralisées. Ce terme « communauté » vous vous y retrouvez dedans ou pas ? Emmanuel.

    Emmanuel Raviart : Énormément. Un logiciel qui n’a pas de communauté est un logiciel qui est mort à terme. C’est comme ça que nous on arrive à reconnaître les logiciels qu’on peut utiliser ou non. Un des grands problèmes quand on développe c’est de savoir quelles sont les briques faites par d’autres qu’on va réutiliser. Ce qui est important c’est de voir si la brique qu’on utilise va être maintenue, va évoluer, des choses comme ça, est-ce qu’on n’est pas en train d’utiliser quelque chose qui va mourir très vite. Un des critères c’est de voir si le logiciel a suffisamment de développeurs. Est-ce qu’il y a des gens qui le soutiennent ? Est-ce qu’il y a des équipes qui le font vivre et tout ? C’est ça une communauté, c’est tout un tas d’utilisateurs, qui utilisent le logiciel, qui font des retours sur le logiciel, qui font de la pub, enfin qui communiquent autour de ce logiciel et qui, éventuellement, contribuent à ce logiciel.

    Frédéric Couchet : Katia.

    Katia Aresti : C’est exactement ça en fait. Aujourd’hui il y a souvent les mêmes produits, les mêmes projets qui font la même chose et ça va justement contribuer beaucoup : savoir qui l’utilise, quand, comment et c’est par rapport à la communauté des développeurs qui sont autour qui va faire que tu choisis un produit ou un autre, parce que justement tu sais qu’il va être maintenu, qu’il va évoluer, qu’il ne va pas devenir obsolète tout de suite. En fait, si quelque chose devient obsolète, qui le maintient ? Qui fait vivre ça après ? Potentiellement tu vas devoir le changer et changer les choses ce n’est pas facile. Tu ne peux pas juste te débarrasser de quelque chose auquel tu es beaucoup lié.
    En plus aujourd’hui, au-delà de ça, il y a énormément de conférences, de meets-up, de soirées, de rencontres à Paris et ailleurs, partout dans le monde, justement pour se rassembler, pour parler, pour discuter et apprendre sur une technologie. Ça, ça fait aussi partie de la communauté.

    Frédéric Couchet : Ce n’est pas qu’une communauté « virtuelle » sur Internet, virtuelle entre guillemets, mais ce sont aussi des rencontres physiques.

    Katia Aresti : Oui, des rencontres physiques. Notamment moi je suis une des organisatrices d’un meet-up orienté femmes. En fait toutes les soirées qu’on organise sont ouvertes aux hommes et aux femmes, mais c’est vraiment pour mettre en avant le métier de développeuse et attirer la population féminine parce que c’est incroyable ce qu’on fait et ce qu’on peut faire. Ce n’est pas du tout un métier masculin ; déjà, d’ailleurs, je ne crois pas du tout aux métiers masculins ou féminins. C’est vraiment quelque chose qui est génial pour mettre en avant les femmes développeuses comme moi et d’autres, techniques, et attirer plus de femmes à faire ce métier. Ça c’est quelque chose qu’on organise. On fait des soirées techniques pour apprendre ; ce n’est vraiment pas porté sur une technologie en particulier. Le côté communauté c’est beaucoup plus large que juste sur une technologie en particulier.

    Frédéric Couchet : C’est Duchess France, c’est ça, sans « e » à « duchesse ». Je précise qu’on consacrera justement une émission à ce sujet-là parce que c’est un sujet essentiel. Ça me fait venir une question qui est là vraiment pour Katia : toi, justement en tant que femme, est-ce que tu es vue différemment des développeurs masculins, à la fois chez Red Hat ou sur les projets communautaires auxquels tu participes ? Ou est-ce que, finalement, tu n’as pas vu de différence ?

    Katia Aresti : Dans ma carrière ?

    Frédéric Couchet : Dans ta carrière, oui.

    Katia Aresti : Si, si, j’ai vu une différence. Si j’ai vu une différence ! Ça fait dix ans que je suis en France, du coup je me suis beaucoup améliorée en français mais quand même, au début je ne le parlais pas aussi bien qu’aujourd’hui. En fait les gens étaient surpris, l’à priori est : tu es nulle ; l’à priori c’est : elle est nulle. Du coup quand ils se mettent à travailler avec moi et que je ne suis pas aussi nulle que ça, que j’arrive à coder et à sortir le travail.

    Frédéric Couchet : Ce que tu veux dire c’est que l’à priori c’est que tu es nulle.

    Katia Aresti : Souvent, l’à priori qu’on a sur les femmes c’est qu’on est nulles et, du coup, il faut démontrer que tu n’es pas nulle. Alors que l’à priori sur les mecs c’est qu’ils sont forts et, après, tu vas voir que finalement il est nul !

    Emmanuel Raviart : Surtout s’ils ne savent pas coder !

    Katia Aresti : C’est quelque chose qui pourrait être corroboré par beaucoup de femmes dans le métier, je ne dis pas tout le temps ni tout le monde, c’est un petit regard auquel on est parfois confrontée et heureusement que ça change parce que les stéréotypes changent petit à petit mais de plus en plus. Ça c’est quelque chose que j’ai vécu.
    Après, aujourd’hui, dans mon équipe je ne suis pas vue différemment. Je suis jugée comme les autres, mon code n’est pas jugé plus durement que celui des autres ; mon équipe est super. Mais je dois dire aussi que mon équipe ce sont des personnes seniors donc vraiment des gens qui ont beaucoup d’expérience et qui sont super respectueux, super forts et qui sont super habitués à travailler avec tout type de gens et ça fait plaisir.

    Frédéric Couchet : D’accord. Tu sous-entends qu’il pourrait peut-être y avoir plus de problèmes avec des développeurs juniors ?

    Katia Aresti : Pas forcément. Mais le fait que ce soit des gens seniors qui ont bossé avec beaucoup de gens pendant beaucoup d’années.

    Frédéric Couchet : Des profils très différents.

    Katia Aresti : En tout cas mon équipe est top. Je n’ai pas à me plaindre.

    Frédéric Couchet : D’accord. OK. En tout cas on abordera plus en détail ce sujet-là sans doute avec Katia et puis d’autres personnes, je ne sais pas quand, peut-être en juin ou à la rentrée, parce que c’est un sujet évidemment essentiel. Ça ne fait penser d’ailleurs qu’il y a une école qui va s’ouvrir, je crois que c’est début octobre, qui s’appelle Ada School du nom d’Ada Lovelace la première programmeuse. Vous cherchez sur Internet les références et on aura l’occasion de reparler de ce sujet-là.
    Le temps avance, je surveille un petit peu. C’est un métier passionnant et, en plus, on a des invités vraiment passionnants.
    Je disais en introduction, je crois, que pour beaucoup de personnes le métier du développement c’est une étape. Je me souviens, quand j’ai travaillé il y a très longtemps dans une autre SS2I traditionnelle, les jeunes qui arrivaient souvent ils étaient plutôt contraints d’être développeurs pendant quelques mois, un an maximum, et après leur priorité c’était de devenir chef de projet. Finalement le chef de projet n’était pas forcément un chef de projet de qualité parce que quand on fait peu de développement, est-ce qu’on est vraiment capable d’encadrer des équipes. Vous c’est visiblement un métier que vous poursuivez. Vous voulez le poursuivre jusqu’à la retraite voire après ce métier de développement logiciel libre ?

    Emmanuel Raviart : Oui, sans hésiter.

    Frédéric Couchet : Sans hésiter.

    Katia Aresti : Je pense que si je peux oui. Ça ne m’attire pas plus que ça le côté chef de projet ou management, tout ça. Peut-être qu’un jour je changerai, mais je m’approche de la quarantaine et je ne crois pas, non ; pour l’instant je n’ai pas envie, je ne trouve pas de satisfactions à ça.

    Emmanuel Raviart : Le fait d’être développeur n’empêche pas d’être chef de projet par moments.

    Frédéric Couchet : Oui.

    Katia Aresti : Bien sûr.

    Emmanuel Raviart : Je ne te contredis pas, mais il faut mieux éviter d’être chef de projet quand on est soi-même développeur sur le projet, mais ça c’est un autre problème. Ça n’empêche pas de faire les deux aussi.

    Frédéric Couchet : Tout à fait. Je vous parlais en introduction de la pub que j’ai vue dans le métro sur « je veux faire du Java pendant 35 heures ». Les 35 heures, évidemment, c’est le temps de travail officiel aujourd’hui, mais tout à l’heure en intro, juste avant l’émission, on parlait justement de cette notion de durée et même en préparant, est-ce que pour vous ça a un sens de travailler 35 heures sur du développement ou 50 heures ou 20 heures ? Est-ce que justement il faut travailler comme un fou, comme une folle, pendant 50 heures pour faire un bon développement ou au contraire est-ce qu’il faut savoir faire des pauses ? Comment vous vivez ça au quotidien dans votre métier ? Katia tu veux commencer ?

    Katia Aresti : Moi je le vis vraiment par vagues. Il y a des moments pendant lesquels je suis vraiment très productive et, du coup, je peux bosser énormément d’heures, mais à d’autres moments j’ai un coup de barre, je suis un peu moins motivée. Donc voilà ! C’est moi qui fonctionne comme ça. Après il faut dire que, du coup, les horaires 9 heures-18 heures, ça ne me convient pas parce que, justement, parfois je peux être super productive la nuit et à d’autres moments je peux être super productive de 7 heures du matin à midi. Donc ça change vraiment. En plus j’ai deux enfants, du coup le fait que je puisse travailler comme ça depuis chez moi dans une équipe distribuée un peu partout dans le monde, ça fait que je peux aussi aménager mes horaires en fonction de tout.

    Frédéric Couchet : Et sans ressentir un isolement.

    Katia Aresti : Je ne ressens aucun isolement.

    Frédéric Couchet : C’est ça qui paraît fort dans ce que tu dis. Ce qui peut inquiéter des personnes c'est de se dire quand je travaille à la maison et que mes collègues sont sur Internet ailleurs, je pourrais ressentir un isolement. À t’entendre, tu ne ressens pas cet isolement.

    Katia Aresti : Ah non ! Pas du tout. D’ailleurs j’adore parce que si tu as besoin d’être concentré tu peux te déconnecter un peu. À d’autres moments tu es tout le temps en train de répondre à des questions de ton quotidien. Après si j’ai envie de voir des gens je vais faire du sport ou je vais manger avec des amis à midi si je veux voir des gens physiquement. Je ne ressens aucun isolement du fait de ne pas voir de gens dans l’open space. En plus je ne fais plus la bise. Du coup je suis contente aussi de ne plus être dans un open space

    [Rires]

    Frédéric Couchet : C’est vrai que ça peut prendre du temps!

    Katia Aresti : On pourrait faire une émission complète sur ce sujet je pense.

    Frédéric Couchet : Emmanuel, tu vois ça comment ?

    Emmanuel Raviart : Exactement pareil, je n’ai pas ce problème de bises.

    Frédéric Couchet : Donc toi pareil ! Est-ce que vous arrivez mentalement, des fois, à couper, parce que l’impression que j’ai pour avoir aussi fait un peu développement, c’est qu’à un moment, quand on est sur un truc c’est difficile, on a envie de poursuivre, machin. Est-ce qu’on arrive, à un moment, à couper un peu, à passer à autre chose et sans avoir en tête le problème qu’on est en train de résoudre ? Ce sera une de mes dernières questions.

    Emmanuel Raviart : C’est une des caractéristiques de ce métier. Quand tu développes tu construis un échafaudage mental avec tout un tas de briques les unes sur les autres. Dès que tu te déconcentres tu oublies, ce château de cartes s’écroule. Donc quand tu te remets à programmer il faut reconstruire ce château de cartes mental pour redevenir un peu efficace. Donc oui, quand tu es concentré, tu as envie de faire ça pendant de longues phases. Maintenant, ce n’est pas contradictoire avec les 35 heures. Simplement ce sont des longues phases, après il faut couper, faire autre chose.

    Moi, ce qui me plaît dans le métier de développeur, c’est de pouvoir de temps en temps passer des semaines à coder très tranquillement, tout seul, et après avoir d’autres phases beaucoup sociales. C’est ce mélange des deux. Cette alternance des deux n’est pas un mélange : quand tu fais du social tu ne développes pas. C’est aussi clair que ça.

    Frédéric Couchet : Justement, avant de poser ma dernière question sur les jeunes qui voudraient se lancer, le mot « social » me fait penser, est-ce que quand vous développez vous coupez les notifications des réseaux dits sociaux ?

    Emmanuel Raviart : Moi je ne suis pas sur les réseaux sociaux.

    Frédéric Couchet : Je sais que tu n’es pas sur les réseaux sociaux. Katia.

    Katia Aresti : Moi j’y suis. À un moment donné il faut. À un moment donné il faut vraiment, si tu veux rentrer dans la zone.

    Frédéric Couchet : Il faut s’isoler dans la bulle, dans la zone, comme les sportifs.

    Katia Aresti : Il faut s’isoler au moins pendant une période de deux heures pour être tranquille parce que sinon ce n’est pas possible, en fait.
    Après en revenant au truc « si tu as un souci comment le régler ? », eh bien ça arrive qu’à un moment donné ça ne marche pas, tu fais une pause, tu vas faire du sport, tu vas dormir, tu vas faire autre chose et quand tu es en train de faire cette autre chose-là, d’un coup tu as la solution qui vient toute seule dans ta tête. Ça c’est un truc magique parce que c’est le cerveau qui travaille dans une phase, dans son coin, à reconstruire toutes les piles et ça c’est génial. Il faut faire des pauses.

    Frédéric Couchet : Exactement. Emmanuel tu vas faire du sport, te remettre au sport !

    [Rires]

    Frédéric Couchet : Dernière question : imaginons des gens, pas forcément jeunes d’ailleurs, qui nous écoutent aujourd’hui, qui voudraient se lancer, voudraient découvrir ne serait-ce que pour le fun, parce que tout à l’heure un mot important prononcé par Katia c’est le fun, voudraient se mettre à cette activité de développement logiciel avant éventuellement d’en faire un métier, c’est quoi le conseil que vous leur donneriez à part de publier ce code et se lancer dans le grand bain ? Concrètement ? Katia.

    Katia Aresti : Vraiment pour commencer eh bien de participer à une soirée, un meet up.

    Frédéric Couchet : Une rencontre.

    Katia Aresti : Une rencontre à Paris avec des groupes qui existent pour apprendre un peu plus et peut-être participer à des petits ateliers de deux-trois heures, juste pour découvrir, faire quelques tutoriaux et apprendre. Entrer comme ça, en fait, sur un truc un peu tranquille, chez soi ou avec des gens. C’est le conseil.

    Frédéric Couchet : D’accord. Emmanuel.

    Emmanuel Raviart : Pour prendre le problème différemment, c’est essayer de trouver un sujet qui vous intéresse vraiment et après dire :sur ce sujet qu’est-ce qui me manque comme outil ? Essayer de commencer par un petit quelque chose que vous pourriez rajouter sur cette problématique, partir d’un problème. Quand vous codez, il faut savoir que vous allez en prendre pour des heures et des heures, donc il vaut mieux prendre un sujet qui vous intéresse plutôt que n’importe quel sujet.

    Frédéric Couchet : Une des forces des communautés c’est qu’après, sur des forums, on trouve de l’aide.

    Emmanuel Raviart : Partout, sur les tous sujets.

    Frédéric Couchet : Quel que soit l’age qu’on a. Je vais faire une petite référence personnelle : mon fils, qui a 13 ans aujourd’hui, à un moment il s’est mis à faire du Python et il a fait des codes pour sa maman qui est professeur des écoles. Il était bloqué, il a été sur des forums et il a eu de l’aide. Par contre je lui ai dit : « Fais attention parce que les gens ne savent pas forcément que tu as 13 ans, ils vont te répondre comme si tu étais un développeur expérimenté. Il faut bien préciser que tu débutes, etc. » En tout cas il trouvait des réponses sur des forums, ce qui est merveilleux et ce qui, effectivement, en revenant sur une discussion de tout à l’heure, à notre époque, enfin quand on a commencé l’informatique, Emmanuel Raviart ou même Katia, ce n’était pas le même cas, il y avait beaucoup moins de forums qui étaient disponibles ou de lieux où on pouvait trouver de l’aide.

    Écoutez je vous remercie. Je pense qu’on refera une émission, pas forcément avec vous deux, peut-être avec d’autres, mais sur cette activité, sur ce métier de développement logiciel qui est passionnant. On fera aussi, mais ça c’était déjà prévu, une émission notamment sur les structures qui accompagnent les femmes, qui aident les femmes pour faire des conférences, pour aller vers les métiers de l’informatique et autres parce que c’est un sujet qui est vraiment important, notamment avec Duchess France, il y aussi Open Heroines et d’autres structures. C’est de toute façon prévu de faire ça.

    Nos invités étaient Emmanuel Raviart développeur logiciel libre ; Katia Aresti ingénieure logiciel chez Red Hat.

    On va faire une petite pause musicale avant d’aborder le sujet suivant. Nous allons écouter Sometimes par Minda Lacy et on se retrouve juste après.

    Pause musicale : Sometimes par Minda Lacy.

    Voix off : Cause Commune 93.1.

    Interview de Philippe Borrel, réalisateur du documentaire Internet ou la révolution du partage, version courte du film La bataille du Libre

    Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Sometimes par Minda Lacy, c’est en licence Creative Commons Partage à l’identique. Les références sont sur le site de l’April.
    Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout dans le monde.

    Nous allons maintenant passer au sujet suivant avec une présentation, un échange avec Philippe Borrel qui nous a rejoints, qui est le réalisateur du documentaire Internet ou la révolution du partage, version courte du film La Bataille du Libre, documentaire qui a été diffusé sur Arte à une heure absolument incroyable pour toucher le grand public c’est-à-dire 23 heures 55 mardi 7 mai 2019. J’en souris et Philippe Borrel en sourit aussi ; je trouve ça un peu tristounet. Mais le documentaire est disponible en replay comme on dit, donc en rediffusion sur le site de la chaîne Arte jusqu’au 5 juin 2019. Profitez-en, Philippe veut déjà me corriger.

    Philippe Borrel : On est en train de se battre pour qu’il y ait prolongation jusqu’au 5 juillet.

    Frédéric Couchet : Espérons qu’il y aura prolongation jusqu’au 5 juillet parce que ça permettra notamment dans les écoles de le diffuser, vu que la période scolaire se termine le 5 juillet.

    Philippe Borrel, tu es réalisateur de documentaires. Finalement comment, à quel moment tu t’es intéressé à cette question du logiciel libre et du partage du savoir et que tu t’es décidé à faire un documentaire sur le sujet ?

    Philippe Borrel : On va dire que c’est par accident, complètement par accident. Tancrède Ramonet qui a fondé la production Temps noir, on se connaissait depuis quelques années, m’a demandé si je voulais bien rencontrer Jérémie Zimmermann, c’était en été 2015, et Jérémy Zelnik qui allait devenir le producteur du film, deux Jérémie. L’un a quitté le projet en cours de route, Jérémie Zimmermann, parce que, après deux ans et demi de réflexion, de notes, de contre-notes, de discussions avec Arte, il y avait une dissension qui apparaissait : Arte, la production et moi on voulait absolument aller sur l’angle d’une mise en perspective de l’apport de la culture libre et des logiciels libres avec l’enjeu des communs, c’est-à-dire l’esprit du Libre qui, comme l’informatique, s’est infiltré.

    Frédéric Couchet : Et qui irradie d’autres champs.

    Philippe Borrel : Voilà, jusqu’aux champs de la santé, de l’alimentation, de l’accès à la connaissance, de l’accès à l’information, etc., puisqu’on est dans une forme de capitalisme de la connaissance depuis l’émergence de l’ultralibéralisme, du néolibéralisme, donc depuis les années 80, et ça s’est accompagné d’une informatisation du monde donc de la logique du Libre puisque le Libre, étant à la marge, a suivi. Bref ! On voulait faire cette mise en perspective et paradoxalement Jérémie aurait voulu faire un film qui donne la parole aux femmes développeuses, si possible des pays du Sud et sous l’angle de la surveillance généralisée. Il y avait vraiment une dissension, donc il a choisi de quitter le projet. Moi je venais de terminer un autre film qui s’appelle Un monde sans travail ? point d’interrogation, pour France 5, et j’ai commencé à m’immerger, comme je le fais à chaque fois, dans ce domaine.
    À chaque film je fonctionne comme un gonzo journaliste ou un gonzo réalisateur qui plonge dans un domaine qu’il ne connaît pas, ce qui était le cas pour tous les sujets que j’ai abordés précédemment, aussi bien La fin de travail ? point d’interrogation que L’urgence de ralentir, Un monde sans humains sur le transhumanisme ou Un monde sans fous sur la crise de la psychiatrie. À chaque fois j’ai envie de plonger dans le sujet en n’ayant pas de conflit d’intérêt, en n’étant pas spécialiste, avec cette volonté de mettre en perspective, c’est-à-dire de créer un puzzle, le film, chaque pièce du puzzle pouvant être un sujet ou un film à part entière. Ce qui est intéressant c’est que ça crée des zones de contraste, des zones de tension et que l’image globale, ensuite, fasse réfléchir et donne des clefs à des gens qui, comme moi au départ, n’ont aucune connaissance du sujet. C’est rendre accessible un sujet qui est méconnu du grand public, que ce soit le transhumanisme dans Un monde sans humains, que ça soit le monde du libre dans La Bataille du Libre ou Internet ou la révolution du partage.

    Frédéric Couchet : Donc tu as été à la rencontre des gens, des événements pendant combien de temps en fait ?

    Philippe Borrel : En fait à chaque fois je m’immerge ; ça peut durer une année et demie, deux ans parfois. Là ça a duré une année et ça donne non seulement deux versions du film, une de 55 minutes Internet ou la révolution du partage et la version projection-débat de 87 minutes la Bataille du Libre, mais aussi 15 bonus, parce que je tourne beaucoup. Je cherche en faisant, donc je reviens avec 120, 130, 150 heures de rushes. À la fin de la production je m’assure toujours qu’il n’y ait pas de gâchis, en ce sens qu’avec ma camarade monteuse, Marion Chataing que je salue là, on aime monter des bonus, c’est-à-dire des entretiens qui ne sont pas pressurisés par la pression du temps dans un impératif d’efficacité pour le film, mais qu’on laisse se dérouler en longueur, ou des séquences inédites qui deviennent des bonus.

    Frédéric Couchet : Je précise d’ailleurs qu’il y a déjà deux bonus que l’April a transcrits, enfin que Marie-Odile, de l’April, a transcrits.

    Philippe Borrel : Il y en a maintenant cinq en accès libres sur PeerTube, sur ma page PeerTube, maintenant cinq

    Frédéric Couchet : Je précise donc à Marie-Odile qui, en plus, nous écoute, tout à l'heure Marie-odile est intervenue.

    Philippe Borrel : Il faut les chercher et les mettre en ligne maintenant.

    Frédéric Couchet : Il y en a déjà deux qui sont transcrits, c’est l’interview de Pierre-Yves Gosset de Framasoft qu’on recevra d’ailleurs le 4 juin et aussi l’interview de Hervé Le Crosnier, notamment à la tête des éditions C&F Éditions avec de très bon bouquins autour du logiciel libre, de l’Internet. On a d’ailleurs reçu récemment Stéphane Bortzmeyer pour son livre Cyberstructure.
    Comme tu le dis il y a deux versions, la version courte Arte et la version longue. Est-ce que ce sont les mêmes sujets traités ou est-ce que dans la version longue il y a d’autres sujets qui ne sont pas traités dans la version courte ?

    Philippe Borrel : Moi je suis assez fou avec le budget, c’est la deuxième fois que je le fais, avec le budget d’un 52 minutes, le budget officiel, les moyens donnés par la chaîne. France 5 pour Un monde sans travail nous avait donné les moyens de faire un 52 minutes et je me suis débrouillé pour faire une version longue qu’ils avaient, eux, validée, Un monde sans travail de 75 minutes, le format long de France 5. Là ça n’a pas marché, donc j'ai fait deux films. Arte n’a pas voulu prendre la version longue pour des raisons qui m’échappent. Mais, en gros, la version courte est comprise, incluse complètement dans la version longue. On va juste un peu plus loin sur les questions de santé, alimentation et la question du commun dans La Bataille du Libre que dans la version courte, forcément.

    Frédéric Couchet : D’accord. La version longue, je précise tout de suite qu’il y a des projections-débats. Il y en a peut-être déjà eu une trentaine.

    Philippe Borrel : Cette semaine il y en a quatre-cinq, on va atteindre les 40 je pense.

    Frédéric Couchet : Je ne sais pas si c’est pour la totalité ou pour certaines, tu es présent lors de cette projection-débat.

    Philippe Borrel : Pour l’instant j’étais présent à chacune.

    Frédéric Couchet : Tu étais présent à chacune. Si des personnes ou des structures veulent faire une projection-débat, le plus simple c’est de te contacter et il y a des conditions financières, bien sûr.

    Philippe Borrel : Il y a des droits. Grâce à la production Temps noir, en accord avec mes producteurs, je suis l’unique ayant droit de la version longue, ce qui me permet de survivre en attendant le démarrage, la signature d’un prochain film avec une des chaînes publiques ; il y a des discussions en cours, j’espère que ça ne va pas trop tarder.

    Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce qu’il y a un site sur lequel sont référencées toutes les projections-débats ?

    Philippe Borrel : Il est en genèse.

    Frédéric Couchet : Il est en genèse. D’accord.

    Philippe Borrel : François, à Lyon, est en train d’y travailler.

    Frédéric Couchet : François Aubriot ?

    Philippe Borrel : Oui.

    Frédéric Couchet : D’accord. Je salue François Aubriot, entrepreneur libriste à Lyon. Je précise quand même que pour certaines elles sont annoncées sur le site de l’Agenda du Libre et j’encourage les personnes qui organisent ces projections-débats à les soumettre sur l’Agenda du Libre parce qu’après il y a un mot-clé, une étiquette qui est la-bataille-du-Libre, qui permet de les retrouver. Ça permet d’avoir une liste des projections sans avoir à monter un site à partir de zéro. Donc j’encourage les gens à organiser ces projections-débats. Je précise aussi, comme tu l’as dit, que sur Arte c’est encore en replay jusqu’au 5 juin, peut-être jusqu’au 5 juillet.

    Philippe Borrel : On y travaille !

    Frédéric Couchet : Pourquoi je disais tout à l’heure que le 5 juillet c’est intéressant parce que c’est la fin de la période scolaire et qu’il y a des gens qui ont posé la question : quelles sont les conditions pour utiliser ce documentaire Arte dans les classes ? Il faut savoir qu’en fait, à partir du moment où un documentaire a été diffusé sur une chaîne non payante, il y a une autorisation de diffusion dans la classe de façon longue, c’est-à-dire complète et pas simplement les six minutes. Ce sont les accords entre, disons, les ayants droit, alors je ne sais plus, je crois que c’est PROCIREP le producteur audiovisuel, et le ministère de l’Éducation nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche il y a quelques années. Les enseignants, dans ce cadre-là uniquement, évidemment, ont l’autorisation de diffuser ce documentaire, que moi j’ai personnellement vu et j’ai aussi vu la version longue. C’est vrai que ça permet vraiment d’accrocher les gens sur plein de sujets ; ça se finit même, la version longue je crois, par la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, si je me souviens bien, et ça se finit par un petit passage de Richard Stallman, le fondateur du mouvement du logiciel libre, qui appelle chacun et chacune à rejoindre le mouvement.

    Philippe Borrel : Il dit la résistance.

    Frédéric Couchet : Il dit la résistance ? Je ne me souviens plus du terme exact.

    Philippe Borrel : À ce moment du film, on n’est plus sur le monde du Libre, on est sur quelque chose de plus global : en fait une résistance contre une logique qui, en ce moment, avance comme un rouleau compresseur et qui concerne tout le monde. Il y a des enjeux écologiques, économiques et sociaux et on peut voir que certaines personnes, dans ce pays, se sont réveillées depuis quelques mois.

    Frédéric Couchet : C’est intéressant parce qu’on parle de La Bataille du Libre, d’Internet et on pourrait penser qu’on ne parle que de ça, mais les exemples, quelque part, qui sont les plus frappants et que nous on connaît parce qu’on a un petit peu suivi ça, c’est notamment les tracteurs, les exemples de ces tracteurs sur lesquels il y a des logiciels qui sont privateurs et les personnes expliquent que quand le logiciel ne fonctionne plus, quand il y a un bug, elles ne peuvent plus agir, elles doivent attendre le bon vouloir de l’éditeur, je ne me souviens plus comment. Donc il y a des ateliers de réappropriation de l’outil agricole qui sont organisés. C’est un exemple qui est très frappant parce que c’est relativement récent et on voit la place – tout à l’heure on parlait de développement logiciel – là du logiciel qui est dans un tracteur, qui finalement emprisonne ce tracteur et les personnes qui utilisent ce tracteur. C’est fondamental aujourd’hui.

    Philippe Borrel : Et en même temps, ces agriculteurs, ces entrepreneurs de l’agriculture du Middle West au Nebraska, sont prisonniers dans tous les domaines : leur terre est morte et ils ne la possèdent même plus, ils sont endettés auprès de banques. Il faut des engrais, des intrants chimiques sinon rien ne pousse. Les graines sont propriétaires aussi, elles sont OGM. Le tracteur, de plus en plus autonome, est conduit par une machine informatique, donc un code auquel ils n’accèdent pas, ils n’ont pas leur droit de le réparer. Qu’est-ce qu’il leur reste comme pouvoir, comme autonomie ? Ils s’aperçoivent qu’ils sont juste pieds et poings liés, piégés. Ils se sont fait dépouiller de leur savoir-faire d’agriculteur.

    Frédéric Couchet : Et on voit des initiatives pour récupérer ce savoir-faire, pour se réapproprier cette connaissance, ce savoir et puis ce contrôle. Tout à l’heure on parlait de contrôle de la part des utilisateurs et des utilisatrices, c’est une réappropriation du contrôle.
    Évidemment nous encourageons toutes les personnes à visualiser, à regarder ce documentaire, à inviter Philippe pour des projections-débats, à organiser aussi chez elles des projections-débats parce qu’on a le droit de diffuser dans le cercle familial le documentaire d’Arte.

    Philippe Borrel : On travaille à libérer, d’ailleurs, la version courte.

    Frédéric Couchet : Justement ça va être ma dernière question. J’ai parlé d’autorisation effectivement dans les écoles, etc. Tu dis que tu travailles à le libérer c’est-à-dire à le rendre vraiment accessible, effectivement après la période officielle, donc sous une licence libre ?

    Philippe Borrel : Mon producteur est en train d’étudier les contrats signés avec Arte, etc. Il y a tout un micmac à éplucher. Mais il y a une volonté de rendre Internet ou la révolution du partage accessible à tous et sur la durée. D’ailleurs je remercie celles et ceux qui ont permis ça. Le film est maintenant inscrit officiellement sur Wikipédia, il a une page qui est publique depuis aujourd’hui.

    Frédéric Couchet : Oui. J’ai vu ça effectivement, avec les références.

    Philippe Borrel : Ce qui est important c’est la durée justement, la visibilité et la durée. Donc merci de partager, surtout quand vous l’avez vu si vous avez aimé.

    Frédéric Couchet : En tout cas merci à toi d’avoir fait ce documentaire. J’encourage vraiment toutes les personnes à le regarder, à le diffuser, à en parler, parce que c’est un documentaire qui est réussi on va le dire, très clairement, avec beaucoup d’intervenants que nous on connaît, évidemment, mais que la plupart des gens ne connaissent pas et avec une large gamme de sujets traités.

    Philippe Borrel : Vous connaissiez Pierre Dardot ou Benjamin Coriat avant ?

    Frédéric Couchet : Oui. Génial !

    Philippe Borrel : Oui. Je suis dans une bonne place.

    Frédéric Couchet : Exactement. Merci. C’était Philippe Borrel réalisateur du documentaire Internet ou la révolution du partage, version courte du film La Bataille du Libre. Nous allons faire un petit jingle musical.

    Jingle basé sur Sometimes par Jahzzar.

    Annonces

    Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission, donc les annonces les plus importantes.

    Là c’est le projet de loi pour une école de la confiance. Vous allez retrouver sur le site de l’April l’information complète. Je vous encourage à vous rendre sur le site de l’April, car le projet de loi est actuellement étudié au Sénat. Dans ce projet de lieu a beaucoup de soucis évidemment, mais il y a un amendement numéro 187 qui vise à mettre en œuvre la priorité au logiciel libre dans le service public de l’enseignement. L’amendement devrait être étudié normalement jeudi 16 mai dans la journée ou vendredi 17 mai. Nous vous encourageons à contacter les sénateurs et les sénatrices pour leur expliquer l’importance du logiciel libre. Vous pouvez prendre éventuellement l’exemple de l’enfermement de Newton évoqué tout à l’heure par Emmanuel Raviart parce que d’ici là les podcasts seront disponibles. C’est le projet de loi pour une école de la confiance ; les informations sont sur le site de l’April, april.org.

    Il y a pas mal d’évènements April qui arrivent et d’autres évènements. Vous allez les retrouver sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, sur lequel vous retrouvez aussi certaines projections du film La Bataille du Libre.
    Par exemple jeudi soir, à la FPH [Fondation pour le progrès de l’Homme] à Paris, il y a la soirée de contribution au Libre ; il y a la réunion du groupe de travail Sensibilisation de l’April avec ma collègue Isabella Vanni.
    Le 16 mai, jeudi soir toujours, c’est à Montpellier, il y a un apéro April.
    Le 17 mai, vendredi, il y a un apéro April à Marseille. Tout à l’heure Katia Aresti disait qu’il y avait beaucoup de rencontres dans le logiciel libre ; eh bien on confirme, on fait pas mal d’apéros !
    Ce week-end nos camarades d’Ubuntu France organisent l’Ubuntu Party à a La Cité des sciences et de l’industrie à Paris dans le 19e avec pas mal de sujets, de conférences et la découverte de logiciels libres mais pas forcément que Ubuntu. Vous pourrez aussi découvrir d’autres distributions logiciel libre comme que Debian. Tu voulais ajouter quelque chose Philippe.

    Philippe Borrel : Le film La Bataille du Libre est projeté à Audierne.

    Frédéric Couchet : À Montreuil.

    Philippe Borrel : Déjà à Audierne jeudi.

    Frédéric Couchet : Audierne c’est dans quelle région ?

    Philippe Borrel : C’est dans le Finistère !

    Frédéric Couchet : Précise !

    Philippe Borrel : C’est quasiment à la Pointe du Raz.

    Frédéric Couchet : D’accord. Très bien.

    Philippe Borrel : Et le lendemain c’est à Brest, vendredi soir, au cinéma Les Studios. J’ai oublié immédiatement le nom du cinéma à Audierne. Pardon. On discutait d’une éventuelle projection lors de l’Ubuntu Party de ce week-end, mais on va voir. Il est diffusé, projeté à Montreuil.

    Frédéric Couchet : Exactement. Dimanche je crois.

    Philippe Borrel : À Les Chaudronneries, c’est LaLibreRie qui l’organise et c’est dimanche après-midi à partir de 13 heures je crois.

    Frédéric Couchet : C’est dimanche, c’est quand ? C’est le 19 mai 2019, pour les personnes qui écouteraient un podcast dans le futur, on précise. Donc pas mal d’événements.

    L’émission se termine. Je remercie évidemment les personnes qui ont participé à l’émission : Xavier Berne de Next INpact qui était tout à l’heure avec nous par téléphone ; Kata Aresti ingénieure logiciel libre chez Red Hat ; Emmanuel Raviart développeur logiciel libre ; Philippe Borrel réalisateur de documentaires et de films ; Isabella Vanni, ma collègue, qui est actuellement à la régie avec Patrick Creusot, bénévole à l’April, qui fait des photos et qui aide Isabella.
    Vous retrouverez sur le site web de l’April, april.org, une page avec toutes les références citées pendant l’émission. La page est déjà en ligne, je rajouterai les références qui manquent.

    La prochaine émission aura lieu en direct mardi 21 mai 2019 de 15 heures 30 à 17 heures. Notre sujet principal portera sur les modèles d’organisation d’entreprises du logiciel libre. Il y aura une entreprise qu’Emmanuel Raviart connaît bien, vu qu’il l'a évidemment fondée il y a quelques années ; elle s’appelle Easter-eggs. Nous aurons Pierre-Yves Dillard d’Easter-eggs et nous aurons également une personne de la Scop 24ème qui fait du logiciel libre et qui a un modèle d’organisation autour de l’entreprise libérée. On expliquera ce qu’est l’entreprise libérée.

    Nous vous souhaitons de passer une agréable fin de journée et une belle soirée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là portez-vous bien.

    Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

    Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (21 mai 2019) - Modèles d'organisation d'entreprises - Transcriptions - Partager est bon

    APRIL - jeu, 05/16/2019 - 11:38
    Start: 21 Mai 2019 - 15:30End: 21 Mai 2019 - 17:00

    (Ré)-écouter en ligne --> Lire la transcription

    -->

    La vingt-sixième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 21 mai 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

    Notre sujet principal portera sur des modèles d'organisation d'entreprises du logiciel libre avec Pierre-Yves Dillard de la société Easter-Eggs et du Réseau Libre-Entreprise et Vincent Laurent de la société 24ème. Nous aurons également la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, vice-présidente de l'April.

    Écouter le direct mardi 21 mai 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

    Liens utiles Les archives de l'émission

    Écouter les émissions précédentes

    Publication officielle du SILL 2019 (Socle interministériel de logiciels libres)

    APRIL - jeu, 05/16/2019 - 11:15

    L'April demandait récemment du SILL (Socle interministériel des logiciels libres) et de la feuille de route de la DINSIC (Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État). La version 2019 du SILL est enfin publiée officiellement sur le site des groupes M.I.M (Mutualisation Inter-Ministérielle Logiciels Libres).

    L'April se réjouit de la publication du SILL, document qui a notamment vocation à encourager l’usage concerté et coordonné des solutions libres dans l’administration. Le SILL a également été publié sur Plateforme ouverte des données publiques françaises. Il ne reste plus qu'à mettre à jour la page des documents de référence du système d'information de l'État.

    L'April attend désormais avec impatience la publication de la feuille de route de la DINSIC.

    Interview de Lionel Maurel - Bonus de Philippe Borrel - Internet ou la révolution du partage

    APRIL - jeu, 05/16/2019 - 06:55


    Titre : 5 BONUS ITV Lionel Maurel/Bonus de Internet ou la révolution du partage
    Intervenant : Lionel Maurel
    Lieu : Arte - Documentaire de Philippe Borrel Internet ou la révolution du partage
    Date : mai 2019
    Durée : 3 min 30
    Visualiser ou télécharger la vidéo
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : copie d'écran de la vidéo
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Transcription

    Les communs, en fait, c’est une très vieille approche qui existe depuis le Moyen Âge et même au-delà. Ce sont des systèmes de partage de ressources entre individus qui se rassemblaient en communautés et qui définissaient des droits d’usage pour maintenir un accès dans le temps à des ressources qu’ils pensaient essentielles ; ça concernait des pâturages, des forêts des rivières.

    Aujourd’hui il y a toute une renaissance de la question des communs qui est en partie due à Internet et au numérique. On s’est rendu compte que sur Internet on pouvait construire des ressources sous forme de communs par des communautés qui en prennent soin, qui les développent et qui les mettent en partage. On cite souvent Wikipédia1 ou le logiciel libre2 comme étant des exemples de ces communs-là.
    En fait, les communs numériques ont prouvé qu’on pouvait produire des ressources relativement complexes comme peut l’être un système d’exploitation ou une encyclopédie collaborative, sur une base décentralisée dans des communautés qui n’ont pas besoin d’organisation hiérarchique pour se coordonner ; elles le font grâce au réseau notamment. Du coup ça a validé, en fait, mais à une échelle beaucoup plus grande, des analyses qui avaient été déjà conduites sur des ressources naturelles où on avait constaté que la ressource était gérée de manière plus durable et plus efficace sans y mettre de droits de propriété et en permettant à une communauté de la prendre en charge en s’auto-organisant.

    Ce qui se passe aujourd’hui sur Internet c’est qu’on peut, grâce aux moyens numériques et au réseau, arriver à une échelle de coordination qui est beaucoup plus grande, avec des groupes qui sont beaucoup plus vastes : on estime que sur Wikipédia il peut y avoir 200 000 contributeurs réguliers qui arrivent à se coordonner pour produire la ressource sans avoir besoin d’une organisation hiérarchique.

    L’intérêt de généraliser un peu la dynamique de l’open source ou du Libre, c’est de profiter au maximum des effets d’intelligence collective. Il y a une productivité, en fait, du travail en commun, notamment dans les champs de la connaissance. Plus on libère les droits d’usage, plus on permet justement à des communautés de travailler à des échelles plus hautes au développement des ressources, à ce moment-là on maximise les effets de l’intelligence collective.
    L’autre chose qui est très importante dans ce mouvement, c’est qu’on évite que les ressources soient à nouveau capturées à titre exclusif par des entreprises ou par des acteurs uniques. Donc on casse les monopoles et, par cette forme de partage, on peut arriver à avoir des choses qui ont de la valeur mais qui ne dérivent pas vers des formes de monopole nocif.

    On pourrait essayer d’imaginer une société, pas seulement une société de la connaissance, mais une société de la connaissance ouverte et ça pourrait avoir des incidences très fortes dans tous les domaines, pas seulement dans le domaine de la recherche par exemple. On pourrait imaginer carrément avoir des filières industrielles qui soient basées sur la connaissance ouverte où même les entreprises mutualiseraient leurs connaissances et continueraient à fabriquer des produits, mais avec ces logiques d’intelligence collective sur la production des connaissances de base qui permettent ensuite de faire tourner l’économie.

    Il y a des gens qui commencent à modéliser ce que pourrait être une économie de la connaissance ouverte, sans renoncer à ce qu’est une économie, parce le but ce n’est pas non plus de faire disparaître ni le marché ni les entreprises, etc., mais de repenser le système pour qu’on ait cette mutualisation des connaissances et qu’on essaie de produire le maximum d’effets sur l’intelligence collective.

    Fontaine, ville « libre » - Bonus de La Bataille du Libre

    APRIL - mer, 05/15/2019 - 15:35


    Titre : BONUS Fontaine, ville « libre »/Bonus de La bataille du Libre
    Intervenants : Thibault Prat - Nicolas Vivant - Brice Di Gennaro - Jean-Paul Trovero
    Lieu : Arte - Documentaire de Philippe Borrel Internet ou la révolution du partage
    Date : mai 2019
    Durée : 4 min 30
    Visualiser ou télécharger la vidéo
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : copie d'écran de la vidéo
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.
    Certains propos tenus dans la vidéo et présents dans cette transcription concernent le système d'exploitation GNU/Linux mais le nomment « Linux ».

    Transcription Vers une laïcité numérique… à l'école ou dans les services publics

    Thibault Prat, directeur de l’école élémentaire Robespierre : Qu’est-ce que c’est coder ? Le codage c’est vous rentrez des choses dans l’ordinateur, un petit programme et ça va permettre au petit bonhomme de se déplacer pour écrire et pour dessiner la figure. D’accord ? C’est ça le codage. Vas-y, essaye.
    Qu’est-ce qu’on fait ? Parfait.
    Pas tout le temps la même qui a la souris.
    Vous arrêtez juste une seconde, vous me regardez, je veux tous les yeux sur moi. Pensez-bien à relancer régulièrement votre programme pour voir ce qui se passe. D’accord ?

    Thibault Prat : Parce que ce n’est pas 120.

    Élève : Il n’y a pas d’autre !

    Thibault Prat : Eh bien si, clique. Il ne faut pas que tu arrives d’ici, il faut que tu arrives d’ailleurs !

    Élève : D’ailleurs ?

    Thibault Prat : Eh oui.

    Peu de gens savent qu’il est possible d'utiliser des logiciels libres. L’école est un endroit laïc et quand on parle de laïcité on parle des groupes de pression et les groupes de pression, on pense souvent aux religions, mais ce n’est pas que les religions. La laïcité est aussi liée à toute forme de commerce et autres et s’affranchir des grosses firmes peut aussi permettre, au niveau de l’école, de montrer qu’on peut utiliser l’informatique par d’autres biais.

    Ça leur plaît, ils n’ont pas l’impression qu’ils font des mathématiques, mais en fait ils sont en train de faire des maths.

    Nicolas Vivant : Tous les principes de la programmation sont là, en fait.

    Thibault Prat : Oui. Mark Zuckerberg ! [Photo de Mark Zuckerberg à l’écran, NdT] [Rires]

    Depuis 2001, la mairie de Fontaine a équipé les 600 ordinateurs municipaux de logiciels libres.

    Nicolas Vivant, directeur des services municipaux d’information : J’arrivais du privé et le logiciel libre1 je n’en avais jamais entendu parler avant d’arriver à Fontaine. Donc j’ai découvert ça en arrivant ici et c’est parce qu’il y avait une volonté politique que moi, en tant que directeur des services informatiques, je me suis à faire le boulot. D’ailleurs c’est assez intéressant parce que je n’étais pas quelqu’un de convaincu à priori, je n’étais pas un militant du Libre. Et c’est parce que ça marchait, c’est parce que j’ai pu mesurer cette stabilité que j’ai été convaincu de l’utilité du Libre.

    On a toujours l’impression que Linux, notamment, c’est fait pour des informaticiens avec des fenêtres dans le genre de celle-ci [Fenêtre du terminal, NdT], auxquelles on ne comprend absolument rien. Linux, ça fait bien longtemps qu’on a des interfaces graphiques qui sont aussi belles, voire plus belles que celles de certains logiciels propriétaires, et qui permettent de travailler encore plus simplement et avec une meilleure réactivité.

    Jean-Paul Trovero, maire de Fontaine : Non seulement ça fonctionne, mais ça nous permet aussi, alors là c'est le grand argentier, je ne suis pas l’adjoint aux finances de la commune mais quand même, ça nous fait faire des économies, entre 80 000, 100 000 euros annuels, ce qui n’est quand même pas négligeable ! Même une grande ville comme Grenoble s’est approchée de mes équipes pour dire « ce n’est pas mal ce que vous faites ! » Utiliser, y compris au quotidien, des choses qui ne relèvent du droit de propriété, qui ne génèrent pas de profit, c’est du service public. Voilà ! Je considère que c’est au même titre que du service public.

    Brice Di Gennaro, adjoint à la culture, spécialiste du numérique : L’enjeu est exactement à ce niveau-là : à un moment donné s’émanciper, se libérer d’un monopole qui n’a pas raison d’être. On peut lutter avec nos modestes moyens et à notre modeste niveau contre la toute puissance des multinationales américaines.

    Nicolas Vivant : Personne ne paye de publicité à la télévision pour vendre un logiciel libre. Les PC ne sont pas livrés avec des logiciels libres, ils sont livrés avec des logiciels propriétaires, donc les gens ne savent pas ; le dernier frein est là, il est culturel. Les gens, en utilisant du logiciel libre au sein de la mairie de Fontaine ou dans les écoles et en prenant conscience, du coup, que ça fonctionne, que ce n’est pas plus compliqué, que ce n’est pas moins beau, que ce n’est pas moins rapide, eh bien c’est autant de gens pour qui le frein culturel, dont je parlais à l’instant, est levé.

    L'April présente à la Fête du Libre le 25 mai 2019 à Ivry-sur-Seine (94)

    APRIL - mer, 05/15/2019 - 12:05
    Start: 25 Mai 2019 - 14:00End: 25 Mai 2019 - 18:00

    Dans le cadre du Libre en Fête 2019, l’Ecole du Logiciel Libre (E2L) organise pour la première année, dans la ville d’Ivry-sur-Seine où elle donne ses cours tous les samedis depuis 2015, une « Fête du Libre ». Pendant toute la journée de samedi 25 mai 2019, l'équipe enseignante de l’école présentera ses projets et donnera des exposés/conférences. Le programme complet de la journée est disponible en ligne.

    À cette occasion, l'April et d'autres associations libristes sont invitées à tenir un stand.

    Nous cherchons des bénévoles pour animer notre stand, ainsi nous faisons appel à votre aide ! Si vous avez des disponibilités, vous pouvez vous inscrire sur le wiki ou envoyer un courriel à evenements AT april POINT org (si vous n'êtes pas inscrit⋅e à la liste événements, vous recevrez un message avec une demande de confirmation : il faudra y répondre afin que votre message soit diffusé).<∕br>

    Collectivités, participez à l'édition 2019 du label Territoire Numérique Libre

    APRIL - mer, 05/15/2019 - 10:15

    Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label « Territoire Numérique Libre » avant le 15 octobre 2019 minuit.

    Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destinée à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises. Son objectif est aussi d'y promouvoir l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts ainsi que la mise à disposition de données ouvertes.

    L'April fait partie du Comité d'Orientation du label et du jury, et a travaillé de concert avec d'autres acteurs ainsi qu'avec l'ADULLACT pour produire et mettre à jour le questionnaire et le règlement de ce label.

    Pour en savoir plus et pour candidater, consulter le site web du label « Territoire Numérique Libre ».

    Tonton Alias raconte comment il s'est cogné au mur du content ID de Google - Décryptualité du 13 mai 2019

    APRIL - mer, 05/15/2019 - 07:20


    Titre : Décryptualité du 13 mai 2019 - Tonton Alias raconte comment il s'est cogné au mur du content ID de Google
    Intervenants : Alias - Mag - Manu - Luc
    Lieu : April - Studio d'enregistrement
    Date : 13 mai 2019
    Durée : 14 min
    Écouter ou télécharger le podcast
    Revue de presse pour la semaine 19 de l'année 2019
    Licence de la transcription : Verbatim
    Illustration : Stéphane Gallay - Licence Creative Commons, partage dans les mêmes conditions (CC-BY-SA)
    NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
    Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

    Description

    Alias, auteur sous licence libre de jeu de rôle notamment mais aussi critique amateur de musique publie les critiques de son blog dans des vidéos sur YouTube (et sur PeerTube !). Comme des chaînes bien plus grosses que la sienne, le Content id et les ayants droit ignorent son droit de citation et limitent brillamment sa capacité à dire du bien de leur musique.

    Transcription

    Luc : Décryptualité.

    Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

    Luc : Semaine 19. Salut Manu.

    Manu : Salut Mag.

    Mag : Salut Alias.

    Alias : Salut Luc.

    Luc : Alias, tu es loin, tu es en Suisse.

    Mag : Ce n’est pas si loin que ça la Suisse !

    Alias : Surtout là où je suis, je suis à trois kilomètres de la frontière française !

    Luc : En tout cas nous on est à Paris. Tu nous as rejoins ce soir pour parler de tes misères notamment avec YouTube. En attendant on va faire la revue de presse et on entre dans le vif du sujet tout à l’heure.

    Mag : La revue de presse ça commence par Numerama, « CC Search: un site pour trouver facilement des photos libres de droits sur le net », par Julien Lausson.

    Manu : Ça parle d’images et d’images que vous pouvez récupérer, intégrer dans d’autres médias, donc c’est très sympathique. Ce ne sont pas forcément des images qui sont « libres de droits », mais parfois, même souvent, libres tout court. Donc vous pouvez les reprendre, parfois les modifier en fonction des licences qui sont dessus.

    Mag : Ça peut être très pratique ! Le Monde Informatique, « La Banquiz accélère des start-ups open source en Nouvelle-Aquitaine », par Véronique Arène.

    Manu : C’est un accélérateur ou une pépinière, Qu’est-ce que ça fait une pépinière ? Eh bien ça « pépiniérise » les entreprises du logiciel libre.

    Mag : Je suis sûre que tu l’as inventé, ce mot-là ! Reporterre, « Le logiciel libre, un enjeu philosophique autant qu’un choix de société », par Philippe Borrel.

    Manu : Ça parle d’un documentaire qui vient de sortir et qui a été diffusé sur Arte notamment ; on ne l’a pas encore vu de notre côté, donc va falloir rapidement. Il s’appelle Internet ou la révolution du partage.

    Mag : Be Geek [prononcé en criant, NdT] excusez-moi, j’adore ce mot, « Open source : voici les logiciels recommandés par l'État », par la rédaction également.

    Manu : C’est le socle interministériel de logiciels libres, le SILL, et ce sont des recommandations faites par l’État pour les administrations.

    Mag : novethic, « RSE en open source : les entreprises se mettent à nu », par Béatrice Héraud.

    Manu : Ça parle d’open data sur les entreprises cette-fois ci et pas sur l’État seulement. Ça consiste à aller voir ce qu’il se passe dans les entreprises à l’aide de leur bilan notamment et de mettre tout ça en forme pour pouvoir en retirer des données, des informations, des analyses. Donc il y a pas mal de travail à faire sur ce domaine.

    Mag : ouest-france.fr, « Le patron de Facebook Mark Zuckerberg reçu vendredi à l’Élysée ».

    Manu : C’était vendredi de la semaine dernière. Au moment où on enregistre on n’a pas encore les retombées de cette rencontre-là, mais en attendant il se passe pas mal de choses autour de Facebook, ce qui nous fait assez plaisir. Plein de gens discutent de diminuer le pouvoir que cette entreprise a sur le monde, parfois même de la dépiauter, de virer son patron, de la découper en d’autres morceaux, parce qu’il y a vraiment pas mal d’atteintes qui sont faites sur la planète entière au niveau de la vie privée notamment et des manipulations que ça peut entraîner sur la population

    Mag : Et le dernier article : Basta!, « Logiciels, semences, éducation : à la rencontre des activistes du « Libre », pionniers d’une société de partage ».

    Manu : Ça parle de partage en général et ça aborde à nouveau le documentaire de tout à l’heure, qui est un petit peu plus loin dans l’article. Partage, c’est le partage de toutes les données qu’on peut fabriquer aujourd’hui dans notre civilisation, c’est assez sympa, parce que parler de partager des semences, c’est aussi bien que de partager des idées, je trouve. Encore une fois il y a ce documentaire qu’il faut vraiment qu’on aille regarder.

    Luc : En tout cas ce soir, on évoque un tout autre sujet avec Alias. Alias, tu es auteur de jeu de rôle, c’est comme ça que je t’ai connu il y a de ça un paquet d’années.

    Alias : Hou là, là !

    Luc : Voilà ! Donc un jeu de rôle qui s’appelle notamment Tigres volants, qui est de la science-fiction fantaisie. Tu commences à écrire des romans également, tu les publies notamment sous licence libre.

    Alias : C’est ça, tout à fait. D’ailleurs Tigres volants1 est un jeu que j’ai aussi republié sous licence libre assez récemment.

    Luc : D’accord. Désormais tout est en libre. Je t’ai rencontré sur des forums de jeux de rôle il y a de ça très longtemps.

    Alias : À l’époque où c’était hype les forums de jeux de rôle.

    Luc : Je t’ai retrouvé sur Mastodon, comme quoi il se passe plein de choses sur les réseaux sociaux libres. J’ai vu que tu faisais également des critiques musicales du metal dont tu es fan et que tu les publies notamment sur YouTube, mais également sur PeerTube et que tu as eu quelques déboires.

    Alias : À l’origine, en fait, ce sont des chroniques vidéos que je fais sur mon blog et j’ai décidé il y a environ un an de les faire au format vidéo, en fait, de reprendre chaque mois un résumé de ces chroniques.

    Luc : Donc tu t’es pris le méchant Content ID dont on a déjà parlé dans ce podcast.

    Manu : Content ID, le filtre de YouTube.

    Alias : En deux mots, les vidéos que je fais, ce sont des résumés, donc j’ai environ une dizaine de chroniques, une dizaine d’albums dont je parle, et je m’efforce toujours d’illustrer ces chroniques par un petit extrait vidéo. Je vais récupérer les vidéos officielles des groupes sur YouTube et je coupe ça en un petit extrait, 10 secondes de son, 15 secondes de vidéo, vraiment un truc super-court, juste pour illustrer. Ça fait maintenant quelque temps que le Content ID de YouTube m’a dans le collimateur, s’est aperçu que j’avais ça sur mes vidéos, donc je me reçois de plus en plus de contestations d’ayants droit qui partent du principe que ce que je fais là est illégal.

    Luc : C’est-à-dire que tu diffuses leur musique sur YouTube, de la musique qui ne t’appartient pas, donc tu es un sale pirate !

    Alias : Tout à fait.

    Manu : Ça fait plaisir !

    Alias : Il se trouve que j’ai quand même un petit peu fait des recherches et d’après la loi suisse je suis dans les clous. La loi dit précisément qu’il y a un droit de citation qui existe. Il n’est pas vraiment précisé techniquement, on ne vous dit pas exactement quelle est la longueur de la citation ; c’est un petit peu comme le temps de refroidissement du canon, c’est « un certain temps » [référence à l'humoriste Fernand Raynaud, NdT], c’est « une certaine longueur ». Ce sont des blagues de vieux, on remarque tout de suite ceux qui rigolent.

    [Rires]

    Alias : Il se trouve que jusqu’à présent la plupart des contestations que j’avais eues finissaient par se résoudre soit par abandon, soit par admission qu’en fait j’étais dans les clous, sauf pour l’épisode de mars où, après moultes contestations, eh bien l’épisode de mars a été supprimé par YouTube et je me suis pris un strike sur mon compte.

    Luc : On le rappelle, un strike ce n’est pas comme au bowling, ce n’est pas une bonne nouvelle.

    Alias : Pas vraiment, à part si tu es une quille !

    Luc : Le strike c’est un avertissement et au bout d’un certain nombre d’avertissements…

    Alias : Trois.

    Luc : Trois, oui, on dégage toute ta chaîne. Tu n’as droit qu’à deux « erreurs », entre guillemets erreurs.

    Alias : De mon point de vue ça n’en est pas.

    Luc : À priori, tous les retours que tu as eus, ce sont des trucs automatiques tu penses ?

    Alias : Tous les retours que j’ai eus jusqu’à présent fonctionnaient par l’interface de YouTube. C’est-à-dire que lorsque je recevais une contestation d’un ayant droit je faisais une contre contestation d’une certain manière, chaque fois en utilisant l’interface que YouTube met à disposition des gens qui publient des vidéos.
    Il y a, on va dire, trois niveaux : il y a un premier niveau où, quand on reçoit une contestation, on peut contester la contestation. Si l’ayant droit confirme cette contestation, on peut contester cette confirmation. Par contre au troisième niveau, là, généralement, la vidéo dégage. Il y a encore derrière d’autres possibilités de contester cette suppression de vidéo, mais ça devient un petit plus vaporeux, il faut contacter l’ayant droit directement ou contacter directement YouTube. Pour l’instant je n’en suis pas encore tout à fait là ; j’ai contacté l’ayant droit mais c’est un peu tout.

    Luc : Est-ce que tu gagnes de l’argent avec ces vidéos ?

    Alias : En théorie non, je n’ai pas monétisé ces vidéos, c’est-à-dire que YouTube me verse très exactement 0 franc, 0 centime ou 0 euro suivant la monnaie que vous utilisez. Après, il se trouve que j’ai mis en place des boutons de dons par les systèmes de mécénat ou de micro-paiement comme Flattr, Liberapay, uTip, Tipeee, et là j’ai des gens qui me donnent de l’argent. Est-ce qu’ils me donnent de l’argent pour les vidéos ou pour d’autres choses que je fais, c’est difficile à dire, mais je ne peux pas, en étant entièrement honnête, dire que je ne gagne pas un peu d’argent avec ces vidéos. Si je gagne 20 euros par mois tous trucs compris c’est vraiment le bout du monde.

    Luc : Est-ce que tu as l’impression que le Content ID est plus violent depuis que tu as mis ces liens-là ?

    Alias : Non. Ça n’a pas vraiment changé.

    Luc : Ce sont des gros acteurs que tu as en face de toi ?

    Alias : De ce que je vois, j'ai des abréviations qui sont généralement UMG et SMI. Si mes souvenirs sont bons UMG c’est Universal Music Group et SMI c’est Sony Music Entertainment.

    Manu : Donc plutôt des gros !

    Alias : Plutôt des gros trucs. Oui. La contestation qui m’a valu une suppression de vidéo venait de SMI. J’ai des boîtes un peu plus petites. Il me semble que Napalm Records avait râlé à un moment donné. On va dire que dans le milieu du metal ou du prog ce sont quand même un petit peu des poids lourds même si, au niveau de l’industrie, ce ne sont pas forcément des énormes trucs. Encore que je soupçonne qu’ils appartiennent à des plus gros groupes.

    Luc : Quand tu reçois ces envois, c’est un système automatique, c’est Google qui va repérer de la musique et puis lever une alerte et toi, face à ce traitement automatique, tu as également mis en place un traitement automatique.

    Alias : C’est-à-dire que j’ai mis en place un contre traitement, en fait j’ai une macro texte que je reprends systématiquement lorsque je reçois une contestation. Dans le formulaire qui permet de contester on a cette possibilité d’expliquer en quelques mots pourquoi on estime que la revendication des ayants droit n’est pas fondée. J’ai un texte qui dit : « J’utilise ça, c’est un court extrait vidéo, ça sert pour illustrer une critique musicale ». Pour moi ça tombe sous le coup de la loi suisse, la loi sur le droit d’auteur, article 25, donc j’ai le lien vers l’article de loi sur le site de la Confédération. C’est pour me faciliter la vie.

    Luc : Du coup il y a quand même cette notion, dans l’espace de contestation, du pays où tu habites, donc il y a bien une référence à la législation de ton pays d’habitation.

    Alias : C’est ça.

    Mag : J’ai une question : est-ce que ces contestations que tu reçois ce sont juste des choses qui pourraient être faites des machines ou est-ce qu’il y a parfois un humain derrière ?

    Alias : Je n’en sais rien pour être très précis. Tout fonctionne dans une interface qui est intégrée à YouTube, donc ça pourrait être tout aussi bien être automatique que généré par un humain. Ce qui me laisse penser que souvent c’est fait par des machines c’est que, assez régulièrement, ces contestations apparaissent dans les cinq minutes, voire parfois dans la minute qui suit la mise en ligne de la vidéo.

    Mag : Soit l’ayant droit est au taquet du taquet, soit effectivement c’est automatique !

    Alias : Ça pourrait être aussi des Turcs mécaniques, c’est-à-dire ces employés qui sont payés des cacahuètes pour faire des tâches ultra-répétitives. On peut tout à fait imaginer des fermes un petit peu comme les call centers qu’on trouve dans des pays comme l’Inde, la Chine ou le Maroc, des gens qui sont juste là pour réagir le plus rapidement possible quand des notifications leur arrivent dessus. Mais je pense quand même que c’est plutôt automatique.

    Luc : Ce que je trouve assez dingue dans cette histoire et qui a plutôt tendance à faire penser que c’est de l’automatique, c’est que, si moi je me mets dans la peau d’un label, je serais plutôt content que quelqu’un fasse des critiques de la musique que j’essaye de vendre.

    Mag : On appelle ça de la publicité gratuite.

    Luc : Voilà, tout à fait. Or, eh bien là ils sont en train de s’asseoir dessus et ils sont en train d’essayer d’empêcher de parler de la musique. Surtout qu’en général tu disais que tu essayes plutôt de parler de ce que tu aimes dans la musique plutôt que de la descendre.

    Alias : Oui, c’est ça. On va dire que l’à priori éditorial que je fais c’est de parler des choses que j’aime bien. Ce que je soupçonne c’est que ce ne sont peut-être pas forcément les mêmes bureaux, les mêmes administrations qui s’occupent de la promotion et qui s’occupent des contestations de droit. Je verrais tout à fait ce genre de choses délégué à des bureaux juridiques, potentiellement externalisé, qui ont une approche ultra-bureaucratique du bidule. Donc même si la promotion, quelque part, veut bien qu’on parle de leurs albums, toutes ces histoires de contestation de droit d’auteur, ça vient peut-être de bureaux qui, eux, ont une approche « si ça ne rentre pas dans les petites cases, on dégage ! »

    Mag : Du coup, tu as fait ta vidéo, il y a une contestation de l’ayant droit, tu as contesté toi-même et ainsi de suite, il y a eu plusieurs allers-retours, tu t’es pris un strike. La question que je me posais c’est : qui a déterminé que c’était à toi de prendre un strike et de retirer la vidéo ? Évidemment tu vas me répondre que c’est YouTube, mais est-ce qu’ils ont regardé ta vidéo ? Est-ce qu’ils ont estimé, effectivement, que ce n’était pas une citation ou est-ce qu’ils ont juste cru l’ayant droit ?

    Alias : J’aimerais bien le savoir ! Le problème c’est que je ne vois pas comment le savoir. Parce que, là encore, on a des interactions qui passent uniquement par un formulaire web, qui est, somme toute, assez spartiate. Il n’y a, en tout cas, aucune justification qui est clairement mentionnée, c’est du boilerplate, ce sont des trucs qui sont préformatés et ça ne donne vraiment aucune impression d’avoir une intelligence humaine qui est derrière, à part celle du type qui a fait l’algorithme. Même s’il y a quelqu’un derrière, on a vraiment la sale impression d’avoir un système qui est automatisé, qui fonctionne de façon purement arbitraire, en fait.

    Mag : Donc ce système-là donne tous les pouvoirs à l’ayant droit ?

    Alias : À première vue oui.

    Luc : Du coup qu’est-ce que tu prévois comme prochaines actions par rapport à ces problèmes-là ?

    Alias : Déjà j’ai un plan de secours qui est que mes vidéos sont systématiquement mises en ligne sur YouTube, certes, mais également sur PeerTube2. PeerTube qui est donc la solution fédérée, le YouTube open source qui a été développé notamment par…

    Luc : Framasoft.

    Mag : Framasoft3.

    Alias : Framasoft. Ils sont quand même très actifs là-dessus. J’ai un compte sur une des instances PeerTube sur laquelle je mets les vidéos en parallèle de YouTube. D’ailleurs, dans les descriptions des vidéos, je marque toujours « version miroir sur PeerTube avec le lien ou YouTube avec le lien ». Cela dit, je vais continuer à essayer, parce que je suis quand même persuadé d’être dans mon bon droit. J’ai déjà pris contact avec les ayants droit via une adresse e-mail qui a été fournie au moment où la vidéo a été retirée. Je crois qu’il existe aussi une possibilité de contacter directement YouTube pour essayer de contrer cette mise au ban la vidéo. Après je ne sais pas. Cet épisode existe toujours, il existe toujours sur PeerTube, mais voilà ! Est-ce que c’est un accident ? Est-ce que c’est la seule fois où ça va m’arriver ? Ou est-ce que dans un an, deux ans, je vais me retrouver avec ma chaîne qui va dégager simplement parce que j’aurais fait ça une fois de trop ? Je ne sais pas.

    Luc : Écoute, merci beaucoup pour ce témoignage.

    Alias : Merci de m’avoir donné la parole.

    Luc : C’est une belle illustration du Code Is Law, qui est un principe qui a été énoncé il y a fort longtemps. Est-ce que tu peux nous donner quelques liens pour les gens qui voudraient découvrir ce que tu fais ?

    Alias : Le plus simple c’est sans doute d’aller sur radio.erdorin.org4, qui est donc la page sur laquelle il y a la liste de toutes les vidéos avec les liens. Chaque fois il y a un lien vers YouTube, il y a un lien vers PeerTube et il y a un lien vers un article du blog qui est une sorte de making-of où j’explique comment j’ai fait la vidéo et quelles sont les misères qui me sont arrivées lorsque je me suis battu avec la technique.

    Luc : Donc erdorin, e, r, d, o, r, i, n.

    Alias : e, r, d, o, r, i, n, c’est ça.

    Luc : Très bien. Eh bien Alias, merci beaucoup. On aura plaisir à te recevoir à nouveau pour la suite de tes aventures. Bon courage. Merci. Salut.

    Alias : Merci.

    Mag : Salut.

    Manu : Salut.

    « Libre à vous ! » diffusée mardi 14 mai 2019 sur radio Cause Commune - Développement logiciel libre – Next INpact – Internet ou la révolution du partage

    APRIL - mar, 05/14/2019 - 15:30

    Nous avons commencé par la chronique de Xavier Berne de Next INpact sur le bilan de Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’État chargé du Numérique. Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur le métier du développement logiciel libre avec Katia Aresti, ingénieure logiciel chez Red Hat, et Emmanuel Raviart, développeur logiciel libre. Nous avons poursuivi avec une interview de Philippe Borrel, réalisateur du documentaire « Internet ou la révolution du partage », version courte du film « La bataille du Libre ». Nous avons terminé par des annonces diverses.

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    Podcasts des différents sujets abordés

    Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

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    1. Podcasts des différents sujets abordés
    2. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
    3. Programme de l'émission du 14 mai 2019
    4. Personnes participantes
    5. Références pour la partie chronique de Xavier Berne sur le bilan de Mounir Mahjoubi
    6. Références pour la partie sur le développement logiciel libre
    7. Références pour l'interview de Philippe Borrel
    8. Références pour la partie sur les annonces diverses
    9. Pauses musicales

    Les ambitions de l'émission Libre à vous !

    La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

    Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h.

    N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

    Programme de l'émission du 14 mai 2019

    La vingt-cinquième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 14 mai 2019 de 15 h 30 à 17 h.

    Au programme :

    • chronique de Xavier Berne de Next INpact sur le bilan de Mounir Mahjoubi
    • le métier du développement logiciel libre
    • interview de Philippe Borrel, réalisateur du documentaire « Internet ou la révolution du partage », version courte du film « La bataille du Libre »
    • annonces
    Personnes participantes

    Les personnes qui ont participé à l'émission :

    • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
    • Xavier Berne journaliste pour Next INpact
    • Katia Aresti, ingénieure logiciel chez Red Hat
    • Emmanuel Raviart, développeur logiciel libre
    • Philipe Borrel, réalisateur
    Références pour la partie chronique de Xavier Berne sur le bilan de Mounir Mahjoubi Références pour la partie sur le développement logiciel libre
    Références pour l'interview de Philippe Borrel Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

    Les références pour les pauses musicales :

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